Saint-Cloud et la caserne Sully.

Publié le 5 Avril 2015

 

La caserne.

A Saint-Cloud, de nombreux bâtiments ont été endommagés par la Guerre franco-prussienne de 1870-71, et c’est bien entendu le cas du château qui s’élevait au milieu de son parc. L’un des rares édifices à ne pas avoir subit ce sort est la caserne Sully. Celle-ci fut construite sous le règne de Charles X et servait à abriter des gardes du Corps du roi, dans les murs du Domaine, à quelques dizaines de mètres du château.

Par la suite, elle servira pour le 101e régiment d’infanterie et sera protégée par le ministère de la Guerre devenu celui de la Défense. Après avoir longtemps servi pour la Direction Générale de l’Armement (DGA), la caserne a été rachetée en 2012 par le Conseil général des Hauts-de-Seine pour, entre autres, servir à implanter les archives du département.

« L’implantation des Archives départementales à cet emplacement permettrait de donner une vocation patrimoniale à l'entrée du Domaine national de Saint-Cloud et s'inscrirait dans le projet de la Vallée de la culture développé par le Département », indiqua à l’époque explique Patrick Devedjian, président du Conseil général. Et Eric Berdoati, député-maire de la ville ajouta : « Situé à côté du Domaine national de Saint-Cloud, le site de la caserne Sully est un site exceptionnel et nous souhaitions qu’un accord soit trouvé afin que cette partie de la ville puisse être véritablement reliée au reste du territoire, accueillir du public, ce qui n’était jusqu’à présent pas possible. Ce protocole fixe les objectifs afin de bien travailler ensemble ».

 

Le 101e.

 

En 1787, un régiment est créé sous le nom de Royal Liégeois. Mais à la Révolution, à la suite de l’éclatement du système de l’Ancien régime, l’unité est dissoute et immédiatement recréée sous les noms de 101e, 102e et 103e régiment d’infanterie de ligne.

Le 101e participe aux guerres de la Révolution et du Premier empire. Il s’illustre notamment à Marengo en 1800, à la bataille de Caldiero en 1805 et à la campagne d’Allemagne en 1813 (Bautzen, Lipezig).

 

Première Guerre mondiale.

 

Un siècle plus tard, le commandant Grasset, dans son ouvrage intitulé La guerre en action – Le 22 août 1914 à Ethe, publié aux Editions Levrault en 1924, indique : « La 7e division, c’est l’une des divisions de Paris. Ses régiments d’infanterie sont les 101e, 102e, 103e et 104e. Ils ont bien leur dépôt et un bataillon respectivement à Dreux, à Chartres, à Alençon et à Argentan, mais leur deux autres bataillons viennent des environs immédiats (NDA : comme Saint-Cloud), des forts, des bastions ou des casernes de la capitale : Babylone, Penthièvre, Ecole militaire, Latour-Maubourg ; les numéros de leurs écussons sont familiers aux Parisiens. Ce sont leurs drapeaux que la foule a l'habitude de saluer à Longchamp; leurs musiques qu'elle applaudit dans les concerts publics. Il y a dans l'ensemble de ces effectifs un tiers de soldats de l'armée active et deux tiers de réservistes des plus jeunes classes. Ce sont des hommes de la Mayenne, de l'Orne, de la Sarthe, de l'Eure-et-Loir; il y en a de Seine-et-Oise et de la Seine aussi, venus de Rambouillet, de Sceaux, de Saint-Germain, de Vanves, de Villejuif et d'Ivry. Les Provinciaux (8e DI) sont un peu mous, mais solides, calmes, disciplinés, tenaces et résolus. Les Parisiens (7e DI) ont de l'entrain, de l'enthousiasme et l'esprit un peu frondeur; leur cœur est chaud ; leur patriotisme raisonné et ardent ; ils sont pénétrés de la grandeur du devoir à remplir. Y a-t-il parmi eux quelques antipatriotes, travaillés par les théories malsaines qui trouvent toujours un terrain favorable dans les faubourgs des grandes villes? On ne saurait le dire, car ils n'ont garde de montrer leurs sentiments aujourd'hui, si tant est qu'ils ne soient pas réellement gagnés par l'ambiance un peu enivrante.

Mais si le moral de ces hommes est excellent, leur instruction militaire présente de graves imperfections. La pénurie des effectifs dans les unités du temps de paix; l'abus des permissions ; le manque de champs de tir et de camps d'instruction où des exercices de guerre puissent s'exécuter normalement en toute liberté, sans souci du respect des récoltes ou des propriétés privées ; pour les réservistes, la faculté de choisir l'époque de leurs périodes, habitude qui les faisait souvent venir à la caserne à un moment où on ne pouvait rien leur apprendre d'utile... toutes erreurs ou faiblesses dérivant directement du besoin de réaliser des économies et de gêner le moins possible l'activité nationale, et qui avaient finalement abouti, en dépit du dévouement et de la valeur des cadres, à faire qu'officiers et soldats ne s'étaient jamais trouvés, autrement qu'en imagination, en présence de difficultés du genre de celles qu'ils allaient avoir à résoudre demain. (...) ».

 

Quant au lieutenant Charles Delvert, à la 2e section de la 4e compagnie du 1er bataillon du 101e RI, il écrit : « Vendredi 7 août 1914 / Après-midi, 2 heures 30 / Départ de Saint-Cloud. Les femmes, le visage tiré, les yeux secs de larmes. "Au revoir! Au revoir!". Agitant les mouchoirs dans une gaieté sans conviction. La campagne est splendide. Ciel gris. Il a plu toute la matinée, et pendant tout l'embarquement. Triste, bien triste pour un départ vers la victoire. Partout des vivats. Sèvres, Ville-d'Avray, Coteaux de bois. Tout est en fleurs. Les villas aux jardins soignés dans la verdure. »

 

Le 101e est affecté à Reims avant de se rendre sur les Ardennes où il perd de très nombreux hommes dans les combats d’Ethe (en Belgique proche du Luxembourg). Le régiment est engagé aux côtés de ceux de la IIIe Armée dirigée par le général Ruffey. Le 101e est sous le commandement du colonel Farret et les chefs de bataillons sont Lebaud, Laplace et Tisserand. Non loin se trouve le 14e hussards, commandés par un certain lieutenant-colonel de Hautecloque, aïeul du maréchal. Le 22 août, en plein brouillard et au cœur d’un déluge de feu, le 101e réussit à sauver momentanément le village d’Ethe. Mais le repli du 5e corps entraîne le sien. Ceux des soldats qui ne peuvent se sauver sont systématiquement passés par les armes ennemies. Au lendemain de la bataille, le régiment a perdu une bonne partie de ses effectifs…

 

A la suite de ces premiers combats, le 101e se replie jusque sur Paris (place forte de Pantin) puis participe à la Première bataille de la Marne puis à celle de Picardie. En 1915, il se trouve dans l’Aisne avant l’offensive en Argonne puis à Jonchery, Auberive et Thuisy. L’année suivante, c’est Verdun et Tavannes. En 1917, le régiment est dans le secteur de la Somme en janvier et février, avant de se rendre sur la Woëvre en mars – avril puis dans la Marne. L’année 1918 voit le 101e combattre en Champagne entre mars et juillet puis être de l’offensive victorieuse à Tahure, quilly et à nouveau dans l’Aisne.

 

Le 8 août 1918, alors que le général allemand Ludendorff parle de « Jour de deuil de l’armée allemande », le général français Henri Gouraud cite le 101e RI à l’ordre de la IVe Armée : « Unité d’élite qui a fait l’admiration de l’ennemi lui-même en Champagne et devant Verdun. A affirmé une fois de plus sa valeur au cours de récents et durs combats sous le commandement du lieutenant-colonel De Benoist, a opposé une résistance acharnée à la puissante poussée de l’ennemi qui avait concentré sur le front le maximum de son effort, afin de percer coûte que coûte et d’atteindre rapidement les objectifs éloignés qu’il avait choisis ; avec une abnégation et un courage magnifique, a brisé net la progression de l’ennemi en le fixant sur les positions qu’elle avait reçu l’ordre de maintenir à tout prix et en lui infligeant de très lourdes pertes ».

Le général Ecochard ajoute : « Le 101e est un brillant régiment qui vient de faire preuve d’une bravoure admirable et d’un mordant irrésistible ».

 

Extraits du Journal de Marche et des Opérations du 101e RI : « Samedi 9 novembre 1918 : le général Hilaire est de passage à Aussonce. Le général Cot rassemble les officiers du 101e RI, du 124e et du 44e RA au foyer du soldat d’Aussonce. Rien à signaler pour le régiment. Dimanche 10 novembre : Repos. Revues. Douches. L’armistice est attendu. Lundi 11 novembre : ARMISTICE. A 6 heures du matin, un coup de téléphone annonce que l’armistice est signé. Les hostilités cesseront à 11 heures. Le soir, feu d’artifice exécuté à l’aide de… fusées boches abandonnées à Aussonce ! Les Poilus fêtent discrètement l’armistice. Pas de manifestation bruyante. Mardi 12 novembre 1918 : messe à Aussonce à la mémoire des morts du 101 et du 124. L’assistance est nombreuse ».

 

Par la suite.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 101e RI fait partie de la 41e division d’infanterie. Il est affecté dans la Meuse, au secteur de Montmédy. Il combat contre la Wehrmacht mais pris par l’offensive ennemie, il est mis en déroute. Il combat à nouveau dans le Loiret à Gondreville quelques jours avant l’armistice du 17 juin demandé par le maréchal Pétain. Les dernières unités sont capturées par les Allemands à ce moment-là.

 

Plus tard, le 101e RI est dissous. Il est remplacé par la Délégation générale à l’Armement dans sa caserne Sully de Saint-Cloud.

Soldats du 101e RI.

 

Sources