Les chars d'assaut de 14-18 : 1/4 - Les précurseurs.

Publié le 11 Novembre 2015

Tracteur Caterpillar Holt - Vosges 1916 - Armée française.
Tracteur Caterpillar Holt - Vosges 1916 - Armée française.

Situation du front en 1915.

Dès le début de l’année 1915 et après la course à la mer, le front occidental se stabilise et les belligérants commencent à s’abriter dans des tranchées, creusées plus ou moins profondément dans le sol. Elles sont protégées par des réseaux de barbelés, à piquets de bois ou d’acier, et quelque fois électrifiées. L’espace, séparant ces tranchées ennemies, est régulièrement labouré par l’artillerie. Ceci rend le terrain très accidenté et, avec la boue, interdit le passage aux véhicules à moteur et à roues et rend la progression de l’infanterie très périlleuse car les réseaux de barbelés sont battus par des redoutables nids de mitrailleuses.

Les belligérants se mettent donc à construire de plus en plus de canons et d’obus de tous calibres ainsi que des camions pour tracter les canons et transporter les obus. Il faut faire appel à l’industrie étrangère, américaine en particulier, qui commence à vendre, à crédit, ce type de matériel. Mais le courage et l’abnégation des soldats, dans les deux camps, leur permettent de résister à des bombardements d’artillerie de plus en plus violents sans que le front ne soit jamais percé. Il faut donc trouver des armes nouvelles pour revenir à la guerre de mouvement et forcer la victoire.

Les tracteurs à chenilles précurseurs.

En 1904, le tracteur anglais Hornsby est mis au point par la société Richard Hornsby and Son sous la direction de son ingénieur en chef, David Roberts. Il est équipé d’un moteur à huile développé par Herbert Akroyd Stuart et possède un système de chenilles débrayables très efficace pour orienter le tracteur. Il est proposé à l’armée anglaise comme tracteur d’artillerie lourde. David Roberts propose également d’atteler une remorque armée d’un canon à ce tracteur car la plate forme est très encombrée. Mais l’armée rejette cette idée car le tracteur, bruyant, effraye les chevaux et l’odeur de paraffine dégagée par le moteur indispose l’équipage. Le brevet est alors cédé à l’Américain Benjamin Holt qui le développe avec ses autres brevets aux Etats-Unis sous la marque Carterpillar Holt.

Jean-Baptiste Eugène Estienne est un brillant officier. Polytechnicien, passionné de mathématiques et de technologies, il choisit l’arme de l’artillerie à sa sortie de l’école et est affecté au 25e RA (régiment d’artillerie) à Vannes. Il étudie la balistique et se fait l’avocat du tir indirect de l’artillerie. Promu capitaine en 1891, il commence à développer, à l’atelier de Bourges, des instruments télémétriques qui permettront de mettre ses théories en pratique. Chef d’escadron au 19e RA en 1902, il met au point divers instruments de précision. En 1907, il nommé directeur de l’école d’artillerie de Grenoble. Quand la Première Guerre mondiale éclate, Estienne est désigné comme chef de corps du 22e RA basé à Belfort, qui fait partie de la division du général Pétain. A la bataille de Charleroi, l’artillerie, qu’il dirige de main de maître et qui emploie un réglage par l’aviation, impressionne les troupes allemandes. Cependant, ainsi qu’on l’a vu, cela n’empêche pas l’infanterie de se faire décimer par le tir des mitrailleuses. Estienne dit alors : « Messieurs, la victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur une voiture capable de se mouvoir en tout terrain ».

En visite dans le secteur anglais du front en 1915, le colonel Estienne voit fonctionner le tracteur américain Holt 75, comme tracteur d’artillerie et conclut qu’on peut le transformer en engin offensif à chenilles, après l’avoir armé et blindé. Il propose cette transformation à Louis Renault, sans le convaincre, puis à Eugène Brillié de la société Schneider et Cie et cette fois avec succès.

Sources :

  • Ce texte a été écrit dans sa version originale par Monsieur Jean-Pierre Fouché. Il a été repris pour partie.
  • Ce texte a été l’un des supports d’une exposition présentée dans plusieurs villes en partenariat avec le Souvenir Français.
  • Henri Ortholan, La guerre des chars : 1916-1918, Bernard Giovanangelis Editeur 2007.
  • Arlette Estienne-Mondet, Le général J.B. Estienne – père des chars : des chenilles et des ailes, L’Harmattan, 2010.
  • Alain Gougaud, L’aube de la gloire, les automitrailleuses et les chars français pendant la Grande guerre, Ocebur, 1987.
  • LCL Malmassari, Les Chars de la Grande guerre, 14-18 Editions, 2009.
  • Sites Internet : Chars français sur le net, hébergé chez OVH ; sites Internet du ministère de la Défense et du Service Historique de la Défense.
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse.