La Toussaint rouge et les époux Monnerot.

Publié le 12 Mars 2017

Les obsèques de Guy Monnerot.

Les obsèques de Guy Monnerot.

La Toussaint Rouge.

Il s’agit du nom donné, en France, à la journée du 1er novembre 1954, durant laquelle le Front de Libération Nationale (FLN) manifeste, pour la première fois, son existence en commettant une série d’attentats en plusieurs endroits du territoire algérien, à l’époque sous administration française. Rétrospectivement, cette journée est considérée comme le début de la Guerre d’Algérie.

 

En Algérie, le 1er novembre est devenu est une fête nationale, la Fête de la Révolution.

 

70 attentats ont donc lieu en cette journée. Il s’agit d’explosions d’engins artisanaux ou d’assassinats. Ils sont réalisés en une trentaine de points du territoire algérien, alors répartis ainsi pour les commandants du FLN :

  • Zone 1 : les Aurès, zone commandée par Mostefa Ben Boulaïd.
  • Zone 2 : Constantinois, zone commandée par Mourad Didouche.
  • Zone 3 : Kabylie, zone commandée par Belkacem Krim.
  • Zone 4 : Algérois, zone commandée par Rabah Bitat.
  • Zone 5 : Oranie, zone commandée par Larbi Ben M’Hidi.

 

Les victimes :

  • Ben hadj Sadok, caïd du douar M’Chouneche.
  • Haroun Ahmed Ben Amar, agent de police.
  • Georges-Samuel Azoulay, chauffeur de taxi.
  • François Braun, garde-forestier près de Saint-Denis du Sig.
  • Laurent François, tué près de Mostaganem.
  • Pierre Audat, soldat à Batna.
  • Eugène Cochet, brigadier-chef à Batna.
  • André Marquet, soldat à Khenchela.
  • Lieutenant Roland Dameaud, officier à Khenchela.

 

Mais le mort devenu symbole de cette journée est l’instituteur Guy Monnerot, assassiné.

 

L’attentat contre les époux Monnerot.

Patrice Herreyre, du journal Le Populaire (distribué à Limoges et dans tout le Limousin, région d’origine des Monnerot) a raconté cet épisode :

 

« Il n’est pas le premier mort de la guerre d’Algérie. Pourtant, Guy Monnerot, le jeune instituteur originaire de Limoges, est devenu le symbole de cette France investie en Algérie et que le FLN voulait frapper.

 

Par la fenêtre du car Citroën qui s'essouffle sur la petite route qui relie Biskra à Arris, Jeanine Monnerot admire, éberluée, la beauté du paysage. Guy, son mari, est en pleine discussion avec le caïd de M'Chounèche, Hadj Sadok. Le véhicule s'engage dans la gorge de Tighanimine, la plaie béante qui balafre cette partie des Aurès. À gauche du bus, s'élève, vertical, l'à-pic du Foum Taghit. À droite, une vingtaine de mètres en contrebas, coule l'oued El-Abiod.

 

 

Au volant, Djemal Hachemi regarde son compteur. Dans quelques centaines de mètres, il devrait apercevoir un barrage de pierre. De mèche avec les insurgés, il a pour consigne de freiner violemment. Les passagers, secoués, ne devraient alors pas opposer de résistance aux hommes de Si Messaoud, de son vrai nom Chihani Bachir.

 

L'embuscade fonctionne à merveille. Hadj Sadok est la cible du commando. Il est conduit sans ménagement hors du car. Le couple d'instituteurs est emmené lui aussi. « Tu as reçu notre proclamation, tonne Si Messaoud en direction du caïd. De quel côté vas-tu te ranger maintenant ? ». Après la tonitruante fin de non-recevoir du notable algérien, les événements s'accélèrent. Un geste de trop, une mauvaise interprétation, un pistolet-mitrailleur trop sensible… La rafale de Sbaïhi, l'un des hommes de Chihani Bachir, transperce les trois prisonniers.

 

Si Messaoud, dont les ordres étaient de ne s'attaquer qu'aux militaires ou aux musulmans pro-français mais surtout pas aux civils, donne l'ordre à Djemal Hachemi de transporter rapidement Hadj Sadok à Arris. En revanche, Guy et Jeanine Monnerot sont laissés pour morts, sur le bord de la route. Lorsque l'ethnologue Jean Servier arrive sur les lieux, vers midi, il est trop tard pour sauver Guy mais il est encore temps de conduire Jeanine à l'hôpital.

 

Le voyage de Guy Monnerot ne va cependant pas s'arrêter là. Il est d'abord inhumé selon la tradition musulmane, dans un linceul blanc. Le 10 novembre 1954, une cérémonie à Batna permettra de lui rendre hommage. Mais c'est à Limoges, le 29 novembre 1954, que l'émotion aura été la plus forte. Des centaines de personnes ont assisté d'abord à l'office donné en la paroisse Saint-Joseph, puis à l'inhumation dans le caveau familial.

 

Même le ministre de l'Intérieur fera connaître son émotion par un court télégramme. «… Stop Je m'incline devant votre douleur Stop François Mitterrand. »

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse et Britannica.
  • Site Internet du Journal Le Populaire.
  • Site Internet du groupe de presse Centre-France.

Rédigé par Souvenir Français des Hauts-de-Seine

Publié dans #Témoignages-Portraits - Algérie

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