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  • Colonel Charton - Cao Bang

Témoignages-Portraits - 1939-1945

Lundi 18 avril 2011 1 18 /04 /Avr /2011 10:55

Siroco - Dunkerque

 

 

 

 

 

 

Le Siroco (copyright Bruno Pruvost).

 

« Irrésistiblement, il regarda la mer. Elle était là, immobile, brillante sous le soleil, avec, à l’horizon, cette légère vapeur blanche des beaux temps. Elle fascinait. On ne voyait qu’elle. Tous les yeux se tournaient vers elle ardemment. Une si petite mer ! Si petite qu’on l’avait franchie à la nage ! Et elle s’étendait là, si calme, si accueillante, sous le soleil. Cela paraissait si facile d’atteindre l’autre bord ! La pensée s’y élançait d’un bond, en une seconde. Et sur l’autre bord, un monde intact commençait. Sur l’autre bord, il y avait l’ordre, le calme, la sécurité. »

 

Ces quelques lignes sont extraites du roman Week-end à Zuydcoote (prix Goncourt 1949), dans le lequel Robert Merle décrit les pérégrinations d'un soldat français dans la poche de Dunkerque en mai 1940, après la défaite franco-britannique. Les plus cinéphiles se souviennent aussi de Jean-Paul Belmondo, interprétant le sergent Maillat, héro désabusé de cette fin de semaine à la fois cocasse et tragique, dans l’adaptation au cinéma par Henri Verneuil en 1964.

 

Robert Merle, agent de liaison  avec les forces britanniques, est à Dunkerque en mai 1940. Il ne rejoindra pas l’Angleterre : fait prisonnier par les allemands, il reste en captivité jusqu’en 1943. Dans le roman, le sergent Maillat trouve la mort le dimanche après-midi enseveli sous les décombres de la maison bombardée où il s’est réfugié avec son amie Jeanne. Jeanne, qu’il a sauvé quelques heures plus tôt de deux violeurs, soldats français comme lui.

 

Raymond Foison, soldat au 19ème Train, dont le nom apparait sur le monument aux morts de Châtillon, a lui aussi trouvé la mort dans la poche de Dunkerque, le 31 mai 1940, alors qu’il est passager sur le torpilleur le Siroco, lors de l’opération Dynamo. Déclenchée le 21 mai 1940, celle-ci a pour but d'évacuer les effectifs des armées alliées britanniques regroupées dans la poche de Dunkerque à destination de Douvres.

 

Le Siroco, une des dix-huit unités de la deuxième flottille de torpilleurs, est commandé par le Capitaine de Vaisseau de Toulouse Lautrec. Dans les semaines précédentes, le valeureux bâtiment a déjà envoyé par le fond trois sous-marins, dont deux en un jour. Il a également manqué se faire couler, alors qu’il est en mission de soutien dans les eaux hollandaises : une bombe lâchée par un Junkers 86 touche le navire mais n’explose pas.

 

Le 30 mai le Siroco quitte le port de Douvres pour rejoindre Dunkerque par la route du nord. Il doit forcer le passage pour atteindre la jetée dunkerquoise : un navire anglais en bloque l’entrée ! Selon les témoignages son but est d’empêcher l’accès du port aux bâtiments venus chercher leurs troupes !

 

En fin d’après-midi, le Siroco embarque sept-cent-cinquante soldats, dont le soldat Raymond Foison, et reprend la route Y, la plus longue, vers les côtes anglaises. Vers deux heures du matin, alors que le navire prend le tournant d’une bouée éclairée, deux torpilles lancées par un schnell-boot allemand foncent sur lui par l’avant. Le commandant de Toulouse Lautrec fait éviter de justesse les engins de mort par une déviation rapide. Malheureusement deux autres torpilles atteignent le navire français sur son arrière, arrachant les deux hélices et occasionnant une voie d’eau.

 

Alors que le commandant demande par radio de l’aide qui ne vient pas assez tôt, un avion stuka ennemi qui rôde dans les parages repère le Siroco et pique sur lui malgré le feu des mitrailleuses du bord. Le stuka lâche deux bombes. La soute à munitions explose, emportant la moitié arrière du bâtiment, et entraînant dans la mort tous ceux qui s'y trouvent. Le Siroco coule en quelques minutes, son étrave dressée vers le ciel. Quelques hommes peuvent monter dans les radeaux de sauvetage.

 

Malgré l’arrivée à la rescousse d’un contre-torpilleur polonais et d’un paquebot anglais, le sauvetage est rendu particulièrement difficile par les grandes quantités de mazout libérées dans la mer. Le bilan est lourd, très lourd : six-cent-quatre-vingt morts ou disparus. Seuls deux cent soixante dix survivants sont recueillis.

 

Lors de l’opération Dynamo, trois-cent-trente-huit-mille-six-cent-quatre-vingt soldats, dont cent-vingt-trois-mille Français, sont ainsi débarqués en Angleterre. Cette évacuation maritime entraîne la perte d'un tiers des trois-cent-trente-six navires engagés. Elle cesse le 4 juin 1940: les Allemands viennent d'envahir la ville de Dunkerque.

 

 

Antoine Junqua.

 

 

Sources :

 

Week-end à Zuydcoote, Robert Merle, Ed. Folio

Site « Epaves au large de Dunkerque », http://dkepaves.free.fr/

 

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - 1939-1945
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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 18:55

 

boulogne1

 

Bombardements sur Boulogne-Billancourt.

 

 

 

 

Daniel Jouin, président du comité du Souvenir Français de Boulogne-Billancourt a recueilli le témoignage de Monsieur Jacques Dubois, maire-adjoint honoraire de la ville.

 

 

« La découverte récente d’une bombe de 500 Kg non explosée à Billancourt nous rappelle que la ville a subi plusieurs bombardements très meurtriers durant la Seconde Guerre mondiale. Présent dans la ville pendant toute la guerre j’en garde un souvenir très précis.

 

J’avais dix ans à la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. On s’y attendait depuis la signature du pacte germano-soviétique qui laissait les mains libres à Hitler pour envahir la Pologne et poursuivre sa conquête de l’Europe. On ne parlait que de cela sur les plages des vacances et, nous, les enfants, nous comprenions très bien la menace que cela représentait. Dès la déclaration de guerre à l’Allemagne (suite à l’invasion de la Pologne) on s’attendait à ce que les centres industriels de France et d’Angleterre soient bombardés et il était prévu d’évacuer les enfants vers la campagne. Pour Boulogne-Billancourt un plan d’évacuation était organisé vers la Creuse. Mon frère et moi avons été accueillis par une tante dans sa propriété de Normandie ».

 

« N’oublie pas ton masque à gaz ».

 

« Aucune menace ne s’étant réalisée, nous avons regagné notre appartement de la rue Paul Bert et repris le chemin de l’école de la rue de Billancourt à la rentrée du 1er octobre 1939 avec notre masque à gaz.

 

 

En effet, la Grande guerre ayant inauguré l’emploi des gaz asphyxiants, tous les pays en guerre se préparaient à cette éventualité et les populations civiles des centres urbains avaient reçu des masques à gaz. Je me souviens très bien quand j’ai été chercher le mien avec ma mère et mon frère au poste de secours organisé dans le sous-sol de la mairie. Ce masque (made in Tchécoslovaquie, alors occupée par le Reich !) non seulement puait le caoutchouc mais nous donnait, comme à l’avance, une tête de mort.

 

Nous ne devions pas nous séparer de la grande boite en fer qui le contenait et que nous emmenions avec notre cartable à l’école. Nous ne réalisation pas vraiment la menace que supposait cet engin de guerre. Comment penser que des gens pouvaient imaginer de tuer par gaz des petits écoliers pacifiques ? Si les bombardements aux gaz des populations civiles n’ont pas eu lieu, les gaz ont servi à l’extermination des juifs et résistants dans les camps nazis.

 

Le premier bombardement, vécu comme écolier, est un raid de l’aviation allemande sur les usines Citroën en juin 1940. Nous étions en classe lorsque la sirène retentit. C’est sagement, en rang que nous nous sommes dirigés vers les abris qui étaient prévus pour les élèves de l’école Billancourt, dans le square Henri Barbusse sur l’emplacement actuel de la patinoire et de la piscine. Ces abris étaient de simples tranchées recouvertes de dalles de béton qui n’assuraient qu’une illusoire protection contre les bombes. Le dimanche suivant nous sommes allés en famille voir les dégâts occasionnés surtout à Paris. L’avenue de Versailles avait été particulièrement touchée et offrait un spectacle de destruction que nous avons vu à Boulogne-Billancourt lors des bombardements suivants.

 

Après le retour à une certaine tranquillité en 1941, nous, les enfants, avions repris une vie d’écolier presque normale. Le masque à gaz restait à la maison. Nous souffrions de dures restrictions et le ravitaillement nous obligeait à de queues interminables et pénibles dans le froid. Nous pensions que la guerre nous avait oubliés ».

 

Le 3 mars 1942.

 

« Ce fut donc une brutale surprise quand, le 3 mars 1942 vers 21 heures, le hurlement sinistre des sirènes placées sur la terrasse de la mairie nous fit prendre le chemin des caves et des abris. Nous étions réfugiés dans notre immeuble du 21 rue Paul Bert qui accueillait aussi, outre les locataires, des habitants du quartier.

 

Immédiatement après la sonnerie de l’alerte les premières vagues de bombardiers larguaient leurs bombes à basse altitude, par vagues successives. Dans l’abri, non éclairé, régnait une lourde angoisse. A chaque série d’explosions on rentrait la tête dans les épaules en attendant la vague suivante. Personne ne parlait on n’entendait seulement des prières et des «Je vous salue Marie » que récitaient certains. Quand la vitrine de la boutique non loin de nous s’effondra à grand bruit de verre brisé, on cru notre dernière heure venue. Après plus de deux heures le bruit des avions cessa et on pu regagner son logement mais la ville retentissait de sirènes d’ambulances et de voitures de police.

 

Le lendemain matin mon frère et moi nous nous présentâmes à l’école rue de Billancourt comme d’habitude. Mais l’accès nous était interdit par un soldat allemand casqué et armé d’une mitraillette car des bombes étaient tombées sur l’école et les élèves devaient être accueillis dans d’autres écoles. C’est ainsi que j’ai été affecté à l’école de la rue Fessart pendant plusieurs mois.

 

Nous avons parcouru la ville pour constater les dégâts. Des immeubles entiers étaient effondrés. C’était notamment le cas d’un grand immeuble de la rue de Paris dont les habitants étaient encore sous les décombres. On disait que certains avaient été noyés par l’eau des gazomètres qui avaient été détruits près du pont de Sèvres. L’hôpital Ambroise Paré était rasé. La petite église de Billancourt qui datait de l’Empire était en ruine.

 

Ce fut le premier bombardement en France occupée par les alliés. Il en eu bien d’autres par la suite ».

 

Le 4 avril 1943.

 

« Un an après, le 4 avril 1943, Boulogne-Billancourt subit un autre grand bombardement effectué, celui-là par l’aviation américaine et en plein jour par un beau dimanche après-midi. Après le bombardement du 3 mars 1942 une grande partie de la population avait quitté Boulogne-Billancourt pour se mettre à l’abri mais il restait encore de nombreuses familles sur place.

 

Le bombardement nous surpris rue de l’ancienne Mairie, devant l’église Sainte-Thérèse, où la troupe scoute se préparait pour une sortie au parc de Saint-Cloud. Il ne dura que quelques minutes comme si les équipages qui volaient à haute altitude étaient pressés d’échapper à la défense antiaérienne. Elle s’était d’ailleurs considérablement renforcée depuis le bombardement de 1942.

 

La bombe qui tomba près de l’église à quelques dizaines de mètres de moi me précipita dans la crypte. Elle éclata heureusement dans la terre meuble du jardin du curé en faisant un entonnoir énorme mais ne tuant miraculeusement personne. Toute la troupe s’était réfugiée dans la crypte sous le clocher avec les prêtres de la paroisse.

 

Hélas ce bombardement coûta la vie à notre mère qui périt dans le hall d’un immeuble du boulevard Jean- Jaurès où elle avait cherché refuge et où périrent plusieurs personnes. Notre père, quant à lui, échappa miraculeusement à la mort. Les dommages furent considérables en pertes humaines et beaucoup de Boulonnais quittèrent définitivement la ville. Il y eut encore plusieurs bombardements en septembre 1943 puis ils cessèrent. Les alliés préférant, dans la perspective du débarquement, choisir des cibles ferroviaires.

 

Entretemps j’avais intégré le lycée Jean-Baptiste Say à Auteuil où les cours étaient fréquemment interrompus par les alertes aériennes qui nous contraignaient à gagner les abris situés dans les caves des grands immeubles du quartier et ce, parfois plusieurs fois par jour. Puis les cours s’espacèrent jusqu’au printemps 1944 où on commençait à voir circuler des pistolets et autres révolvers de cartables en cartables à la barbe des miliciens cantonnés rue d’Auteuil.

 

Un détachement de la Division Leclerc entré dans Boulogne par le pont de Sèvres nettoya la ville des éléments de SS qui s’étaient retranchés dans les ruines de l’hôpital.

 

Les Boulonnais étaient libérés.

 

Plusieurs des aînés des scouts routiers de Billancourt, et habitant notamment dans la cité du Point du Jour (aujourd’hui Pierre Grenier), s’engagèrent immédiatement dans la 2ème DB qu’ils accompagnèrent au Bourget où de durs combats se déroulèrent après la libération de Paris. Malgré leur inexpérience, ils furent de vaillants combattants, certains obtenant même la Croix de guerre au feu.

 

Je veux rendre hommage à ces camarades scouts dont on a oublié le courage ».

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - 1939-1945
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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 09:37

 

Ordre de la Libération

 

 

Médaille de l’Ordre de la Libération

 

 

Formation.

 

Le 16 novembre 1940, à Brazzaville alors en Afrique Equatoriale Française, le général de Gaulle créé un nouvel ordre : l’Ordre de la Libération. Il s’agit de récompenser des personnes et des collectivités qui œuvrent de façon exceptionnelle pour la libération de la France. Les titulaires reçoivent le titre de « Compagnon de la Libération ».

 

En 1946, l’ordre cesse d’être décerné, la libération du territoire national étant achevée depuis plus d’une année. A cette date, mille-trente-six personnes physiques, dix-huit unités militaires et cinq communes (l’île de Sein, Paris, Nantes, Grenoble, Vassieux-en-Vercors) le portent.

 

L’ordre sera à nouveau ouvert en 1958 puis en 1960, à titre exceptionnel, pour le remettre à Winston Churchill puis au roi d’Angleterre George VI.

 

Le dernier compagnon sera inhumé au Mont Valérien, dans le 9ème cercueil de la crypte, laissé vide à cet effet.

 

A Saint-Cloud.

 

A Saint-Cloud, sont enterrés deux compagnons : Jean des Moutis et Gilbert Grandval.

 

  • Jean des Moutis : officier de marine, il rallie l’Angleterre le 17 juin 1940, emmenant avec lui tout le commissariat de la marine de Cherbourg. De tous les combats pendant la Seconde Guerre mondiale puis en Indochine, effectuant une carrière exemplaire au sein de son arme, il décède à Fontainebleau en 1965.

 

  • Gilbert Grandval : Alsacien (son nom de naissance est Hirsch-Ollendorff), haut responsable chez les FFI (Région C – Alsace / Lorraine), il prend une part importante dans la libération de cette zone en 1944. Il fait par la suite une carrière de haut fonctionnaire et est nommé Ambassadeur de France de 1952 à 1955. Après cette date, il quitte la fonction publique pour entamer une reconversion dans la Marine marchande, et devient président de la Compagnie des Messageries maritimes. Il meurt à Paris en 1981.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

 

D’autres Compagnons de la Libération sont enterrés dans les Hauts-de-Seine, comme Yves Mahé à Issy-les-Moulineaux ; Pierre Julitte, Henri Dewavrin-Passy, André Bergeret ou encore Henri Gorce-Franklin à Neuilly ; André Schock à Meudon ; bien sûr Berty Albrecht et Alfred Touny, inhumés dans la crypte du Mont Valérien ; ou encore Pierre Louis-Dreyfus, décédé le 15 janvier 2011 et enterré à Ville d’Avray. Mais le département des Hauts-de-Seine en a vu naître aussi beaucoup d’autres :

 

  • Emile Bellet est né le 20 juin 1911 à Boulogne ; soldat au 1er bataillon d’infanterie de marine, il participe aux premières campagnes de la France Libre. Il meurt au cours d’un accrochage à Bir-Hakeim le 13 avril 1942 et est inhumé dans le cimetière militaire de Tobrouk.

 

  • Maurice Duclos est le 23 août 1906 à Neuilly-sur-Seine ; militaire de carrière, il participe à plusieurs engagements dont celui de Narvik au sein de la prestigieuse 13ème DBLE. Membre du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Actions), il effectue de nombreuses missions en France occupée et en Afrique du Nord. Après 1945, il travaille pour des sociétés privées puis se fixe en Argentine. Il meurt le 23 février 1981 à Buenos Aires, où il est enterré.

 

  • Pierre Dureau est lui-aussi né à Neuilly-sur-Seine, mais le 23 août 1915. Présent sur presque tous les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, il quitte l’armée en 1945 avec le grade de capitaine et commence une nouvelle vie dans l’industrie du bois et de la construction. Il est mort le 22 avril 2006 à La Cadière d’Azur, dans le Var, où il vivait et où il est enterré.

 

  • Yves Ezanno nait le 14 juillet 1912 à Clamart. Militaire de carrière, il est un as de l’aviation, vainqueur de nombreux duels en vol. Présent aussi bien en Afrique du Nord et au Levant en 1942 qu’en Normandie deux ans plus tard, il gravit par la suite tous les échelons de l’Armée de l’air pour devenir général de corps aérien. Il décède le 20 octobre 1996 à Nice et est inhumé à Aix-en-Provence.

 

  • Philippe Fauquet est originaire de Neuilly-sur-Seine ; il y nait le 7 novembre 1921. Sous-lieutenant au 2ème RCP, il trouve la mort en octobre 1944 dans un accident de jeep.


 

  • Ernest Gimpel est natif de Vaucresson (le 5 août 1913) ; spécialiste du renseignement, membre du BCRA, il quitte l’armée après la Seconde Guerre mondiale et s’installe en Angleterre où il dirige une galerie d’art dont la renommée sera internationale. Il meurt le 26 janvier 1973 dans à Crettingham Woodbridge, dans le Suffolk, où il est enterré.

 

  • Jacques Joubert des Ouches est originaire de Meudon où il voit le jour le 2 mai 1920. Pilote, il réalise plus de cent-soixante missions offensives. Il disparait le 6 juin 1944, au-dessus d’Utah Beach, alors qu’il procède, à bord de son Spitfire, à sa seconde attaque. Son corps ne sera jamais retrouvé.

 

  • Roger Lavenir nait le 8 octobre 1919 à Bois-Colombes. Refusant l’armistice de 1940, il s’engage dans les Forces Françaises Libres et œuvre dans le cadre de la Campagne du Levant en 1941-42. Après 1945, il se fixe à Marseille. Il meurt à Saint-Maximin, dans le Var, le 31 juillet 2005, où il est enterré.

 

  • Jean Mantelet est de Nanterre. Il y nait le 5 mars 1891. Marin pendant la Première Guerre mondiale, il entre en 1925 à la Compagnie du canal de Suez en tant que pilote. En 1939, de nouveau mobilisé, il rejoint le général de Gaulle et devient commandant du paquebot Paul Doumer, mis au service des Forces Françaises Libres. Le navire est coulé par un sous-marin allemand le 30 octobre 1942.

 

  • Robert Marchand est né à Fontenay-aux-Roses le 6 février 1915. Résistant de la première heure, il soutient de nombreuses actions contre l’ennemi nazi. Arrêté en 1942, torturé, il est exécuté d’une balle dans la nuque le 22 août 1942, à Issy-les-Moulineaux.

 

  • Roger Motte est de Neuilly-sur-Seine où il nait le 15 août 1912. Pilote, il totalise, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, près de cent-soixante-dix missions et deux-cent-cinquante heures de vol de guerre. Il continue par la suite sa carrière au sein de l’Armée de l’air, et meurt en service commandé le 26 octobre 1962. Il est inhumé au cimetière de Pantin.

 

  • Jean Nanterre est né le 30 août 1907 à… Nanterre ! Sous-lieutenant chez les dragons, il combat avec bravoure en 1940. Démobilisé, il rejoint le général de Gaulle et intègre la 2ème Division Blindée du général Leclerc, avec laquelle il participe à la libération de la France. Cité à de nombreuses reprises, il quitte la vie militaire en 1945 et entame une carrière dans le privé, où il devient, entre autres, directeur des Etablissements métallurgiques Worms. Il meurt le 13 novembre 1996 à Paris où il est inhumé.

 

  • Jacques Piette nait le 13 mai 1916 à Issy-les-Moulineaux. Après l’armistice de 1940, il rejoint les réseaux de renseignement où il œuvre entre la fin de 1940 et 1944. Nommé commissaire de la République à Lille par le général de Gaulle à la Libération, il commence une brillante carrière politique, au Parti socialiste, qui le voit élu député, conseiller général et conseiller régional. Conseiller d’Etat en 1981, il meurt le 2 avril 1990 à Boulogne-Billancourt et est incinéré au cimetière du Père Lachaise.

 

  • Edgar Tupët-Thomé nait à Bourg-la-Reine le 19 avril 1920. Après la défaite de 1940, il rejoint la Résistance et permet l’évasion de nombreux camarades. En 1944, il rejoint le 3ème bataillon d’infanterie de l’air (futur 3ème RCP) et libère Daoulas (Finistère) puis Landerneau. De même, dans le Jura, il se distingue à Clerval puis intègre la 7ème armée américaine où il se couvre à nouveau de gloire. Après la guerre, il entre à l’Ecole Nationale d’Administration et est nommé en Tunisie. Par la suite, il exerce au sein de plusieurs secteurs de l’économie : viticulture, agriculture, élevage, mais aussi laboratoire pharmaceutique, construction automobile et tourisme.

 

  • Robert Weil est né le 25 avril 1916 à Suresnes. Sous-lieutenant dans l’Armée de l’air en 1939, pilote, il décide avec plusieurs de ses camarades de rejoindre le général de Gaulle en 1940. Mais au moment d’atterrir à Gibraltar, leur avion est abattu par la DCA espagnole. L’un des premiers compagnons de la Libération.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

o    Encyclopédies Larousse, Wikipédia.

o    Pierre Miquel, les Compagnons de la Libération, Denoël, 1995.

o    Olivier Matthey-Doret, les Compagnons de la Libération de la Région Franche-Comté et Bourgogne, 1996.

o    Henri Weill, les Compagnons de la Libération, Privat, 2006.

o    www.ordredelaliberation.fr.

o    www.cheminsdememoire.gouv.fr.

o    www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.

 

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - 1939-1945
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Vendredi 4 mars 2011 5 04 /03 /Mars /2011 22:40

 

 

Chalvidan - Memorial-GenWeb

 

 

René Chalvidan – Cliché www.memorial-genweb.org

 

   

 

Quand, au cours de l’été 1939, l’Union soviétique de Staline et l’Allemagne nazie d’Hitler signent un pacte, resté dans l’Histoire sous le nom de « Pacte Germano-soviétique », et qu’en vertu de celui-ci les deux puissances se partagent allégrement la Pologne, la République française décide la dissolution du parti communiste français, juste après être entrée en guerre contre le IIIème Reich.

 

Les Francs-Tireurs Partisans.

 

Formés, habitués à être structurés dans des cellules prêtes à la lutte des classes, les militants communistes vont alors œuvrer en clandestinité. Et avec d’autant plus d’ardeur qu’en juin 1941, Hitler désagrège le pacte en envahissant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (opération Barbarossa).

 

La direction du parti, sous l’égide de Jacques Duclos, décide de la lutte armée contre le nouvel ennemi fasciste. Des groupuscules, ou unités combattantes, sont conçus, entre autres par Eugène Hénaff, et sont rattachés à un Comité militaire national (CMN). Les combattants, d’abord regroupés en Organisations spéciales prennent, au début de 1942, le nom de Francs-Tireurs Partisans Français (FTPF) puis FTP.

 

Développements.

 

En octobre 1941, la direction du CMN est confiée à Charles Tillon. Les réunions se tiennent au gré de l’évolution des consignes de sécurité et des mises à l’abri des dirigeants. Ensuite, un journal est produit : France d’abord, dont plus d’une soixantaine de numéros paraissent entre 1942 et la Libération.

 

A partir de la fin de 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes. Le mouvement s’accélère au fur et à mesure de la montée de l’engagement dans la Résistance. De même, sont intégrés les militants de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). La MOI, structurée depuis le début des années 1920, permet aux jeunes travailleurs étrangers vivant en France de participer à la Troisième Internationale communiste sans dépendre directement du PCF. Les FTP-MOI sont surtout connus pour leurs actions en Région parisienne et le charisme de leurs chefs : le Roumain Boris Holban et l’Arménien Missak Manouchian.

 

En Zone sud, les FTP se développent également. A partir de novembre 1942 – date de l’invasion de la zone par les troupes allemandes – les FTP montent un Comité Militaire de la Zone Sud (CMZ). Parmi les responsables, il convient de citer : Boris Guimpel, Mathieu Puyo, Francisque Jommard. Le CMZ est maintes fois désorganisé par les rafles du responsable de la Gestapo de Lyon : Klaus Barbie.

 

Ainsi, partout en France, les maquis – généralement composés d’une trentaine d’hommes – se multiplient, comme les actions militaires : sabotages, exécutions de responsables SS et de la Wehrmacht ou simplement de soldats ; élimination de personnels du Régime de Vichy… Mais les exécutions peuvent aussi concerner des membres des FTP qui refusent obstinément de suivre la ligne du parti.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) est le nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée, d’autres groupes moins importants et bien entendu les FTP.

 

L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.

 

En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Au sein de cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud.

 

Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas).

 

Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris.

 

Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

René Chalvidan.

 

René Chavildan nait le 26 août 1912 à Nîmes dans le Gard. A dix-neuf ans, il intègre l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr avec la promotion du Tafilalet (1931-1933, du nom de cette région du sud-est du Maroc, à la frontière algérienne, où des soldats français combattirent à plusieurs reprises). A la sortie de son école, il entre à la gendarmerie et y commence sa carrière d’officier. En 1944, alors capitaine commandant la caserne de gendarmerie Exelmans à Paris, il s’engage pour la libération de la capitale, dans les FFI.

 

Après le débarquement de Normandie en juin 1944 et la bataille de Normandie, les Alliés avancent assez rapidement en direction du sud et de l’est de la France. Apprenant ces nouvelles, les Parisiens se soulèvent à la mi-août 1944. La grève générale est déclenchée le 18 et bientôt les insurgés couvrent les rues de la capitale de barricades et s’en prennent aux garnisons allemandes aidées de membres de la Milice. Pauvrement armés, les FFI et autres résistants ne peuvent tenir longtemps. Avec l’accord du général de Gaulle, forçant la décision américaine, les blindés de la 2ème DB du général Leclerc quittent la Normandie précipitamment, contournent par l’ouest la Région parisienne et entrent dans la proche banlieue par le sud. L’enthousiasme de la population est tel qu’il ralenti la progression des militaires. Appuyés par la 4ème division d’infanterie américaine, les Français défont tout à tour les différents points d’appui allemands. Dans un délire total, ils pénètrent dans Paris par la porte d’Orléans le 24 août 1944.

 

Le lendemain, dans l’hôtel de ville de Paris, Charles de Gaulle prononce ces paroles historiques : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Malheureusement, René Chavildan n’est plus. Il est tombé sous les balles ennemies trois jours plus tôt. Marié, père de trois enfants, titulaire de la Croix de Guerre, il est l’un des mille-cinq-cent morts FFI de la libération de la capitale. Son nom est inscrit sur le monument aux morts du square des Martyrs de la Résistance du Plessis-Robinson.

  

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site de « la Libération de Paris » par Gilles Primout.

- Site « Plaques commémorative » de François Tanniou.

- Le général Leclerc et sa deuxième DB, par Dominique Forget, Ed. Hemdal.

- Les enjeux de la Libération, par Christine Levisse-Touzé, Ed. Albin Michel.

- Les FTP, par Charles Tillon, Ed. Julliard.

- Les Fils de la nuit, par Albert Ouzoulias, Ed. Grasset.

- Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Ed. Robert Laffont.

 

 

 

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - 1939-1945
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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 14:56

Déportés Nanterre

 

 

 

Commémoration du Souvenir Français et d’associations d’anciens combattants et patriotiques au Monument Départemental aux Déportés.

 

 

A la mémoire des Déportés.

 

Nanterre abrite pour les Hauts-de-Seine, le Monument Départemental aux Déportés.

 

Avant d’être déportées, des populations entières (étrangers, juifs, résistants, tziganes, homosexuels…) ont été raflées en France, souvent avec le concours direct des forces de police françaises, voire à leur propre initiative.

 

Notre mémoire collective est particulièrement marquée par la rafle du Vel’ d’Hiv, le 16 juillet 1942. Ce jour là plus de douze-mille personnes juives sont arrêtées (quatre-mille-cinquante-et-un enfants, cinq-mille-huit-cent-deux femmes et trois-mille-trente-et-un hommes). Cinq-mille partiront rapidement pour le camp de Drancy et sept-mille seront regroupées et surveillés durant cinq jours par des policiers français dans l’enceinte du Vélodrome d’Hiver, situé dans le 15ème arrondissement de Paris. Cette rafle représente à elle-seule, plus du quart des quarante-deux-mille juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls huit-cent-onze reviendront chez eux après la fin de la guerre.

 

Les rafles.

 

Mais il y eut d’autres rafles avant et après celles du Vel’ d’Hiv.

 

La première grande rafle de juifs a lieu le 14 mai 1941 à Paris. Des milliers de juifs étrangers, polonais pour la plupart, sont convoqués par la Préfecture de police de Paris, à 7h du matin, «pour examen de situation». Ceux qui se présentent, soit trois-mille-sept-cent-dix personnes, sont arrêtées et envoyées dans les camps du Loiret, à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande.

 

La deuxième rafle se déroule du 20 au 25 août 1941, toujours à Paris. Quatre-mille-deux-cent-trente-deux hommes sont appréhendés par des policiers français, sous la direction de militaires allemands. La plupart sont des étrangers, mais il y a tout de même mille-cinq-cent Français parmi eux. Cette rafle conduit à la création du camp de Drancy, situé dans la banlieue nord de la capitale.

 

La troisième rafle a lieu le 12 décembre 1941, à Paris. Sept-cent-quarante-trois juifs, uniquement des hommes, sont arrêtés par des policiers allemands, avec l’aide de policiers français. La plupart des juifs sont Français, tous de milieux aisés : avocats, hommes politiques ou industriels. Ils sont internés pendant une nuit à l’Ecole militaire, puis envoyé au camp de Compiègne-Royallieu.

 

Le 26 août 1942 a lieu la grande rafle de juifs étrangers de la Zone Sud. Par un accord de collaboration policière, le gouvernement de Vichy accepte de livrer aux Allemands dix-mille juifs étrangers qui se trouvent en zone non-occupée. Il livre tout d’abord les juifs internés dans les camps français, puis ceux qui ont été incorporés dans les Groupements de travailleurs étrangers. Cela prend les trois premières semaines d’août 1942.

 

Enfin, une rafle massive est organisée, le 26 août. Toutes les régions de la Zone Sud sont concernées. Les résultats ne sont pas aussi élevés que prévus, car beaucoup de juifs sont prévenus. Ils sont transférés en train jusqu’à Drancy et de là, déportés. Au total, dix-mille-cinq-cent juifs sont transférés de zone non-occupée vers Drancy. Ces déportations depuis la Zone Sud de la France sont les seules en Europe depuis un territoire qui n’est pas occupé par les troupes allemandes !

 

Il y a par la suite de nombreuses autres rafles, mais moins massives. A partir de 1943, le gouvernement français refuse d’apporter son aide à l’arrestation de juifs. Les Allemands doivent se contenter de leurs propres forces de police, ce qui réduit largement l’efficacité des rafles. Elles se poursuivent jusqu’au mois de juillet 1944, juste avant la libération de la France. Entre le 21 et 25 juillet, deux-cent-trente-deux enfants sont arrêtés dans les maisons d’enfants de l’UGIF, par la Gestapo.

 

Un témoignage.

 

Il existe un témoignage poignant et révolté de ce que fut la survie des raflés du 16 juillet ; c’est cette lettre qu’une jeune assistante sociale affectée le 18 juillet 1942 au Vel’ D’Hiv écrivit à son père. Nous vous la livrons in extenso :

 

« Au Vel d'Hiv', 12 000 Juifs sont parqués. C'est quelque chose d'horrible, de démoniaque, quelque chose qui vous prend à la gorge et vous empêche de crier. Je vais essayer de te décrire le spectacle, mais ce que tu vois déjà, multiplie-le par mille, et tu n'auras seulement qu'une partie de la vérité. En entrant, tu as d'abord le souffle coupé par l'atmosphère empuantie, et tu te trouves dans ce grand vélodrome noir de gens entassés, les uns contre les autres, certains avec de gros ballots déjà salis, d'autres sans rien du tout. Ils ont à peu près un mètre carré d'espace chacun quand ils sont couchés, et rares sont les débrouillards qui arrivent à se déplacer de 10 mètres de long dans les étages. Les quelques WC qu'il y a au Vel'd'Hiv' (tu sais combien ils sont peu nombreux) sont bouchés ; personne pour les remettre en état. Tout le monde est obligé de faire ses déjections le long des murs. Au rez-de-chaussée sont les malades. Les bassins restent pleins à côté d'eux, car on ne sait où les vider. Quant à l'eau, depuis que je suis là-bas, je n'ai vu que deux bouches d'eau (comme sur les trottoirs), auxquelles on a adapté un tuyau de caoutchouc. Inutile de te décrire la bousculade. Résultat : les gens ne boivent pas, ne peuvent pas se laver.

 

Le ravitaillement : une demi-louche de lait par enfant de moins de neuf ans (et encore tous n'en ont pas), 2 tartines épaisses de 2 cm de gros pain pour toute la journée (et encore tous n'en ont pas) ; une demi-louche de nouilles ou de purée pour les repas (et encore tous n'arrivent pas à en avoir). Cela va encore, car les gens ont des provisions de chez eux, mais d'ici quelques jours, je ne réponds plus de rien.

 

L'état d'esprit des gens – de ces hommes, femmes et enfants, entassés là – est indescriptible ; des hurlements hystériques, des cris : « libérez-nous », des tentatives de suicide (il y a des femmes qui veulent se jeter du haut des gradins) ; ils se précipitent sur toi : « tuez-nous, mais ne nous laissez pas ici », « une piqûre pour mourir, je vous en supplie », et tant d'autres, et tant d'autres. On voit ici des tuberculeux, des infirmes, des enfants qui ont la rougeole, la varicelle. Les malades sont au rez-de-chaussée ; au milieu se trouve le centre de la Croix-Rouge. Là, pas d'eau courante, pas de gaz. Les instruments, le lait, les bouteilles pour les tout-petits (il y en a qui ont treize mois), tout est chauffé sur des réchauds à méta ou à alcool. Pour faire une piqûre, on met trois quarts d'heure. L'eau est apportée dans des laitières plus ou moins propres. On tire l'eau avec des louches. Il y a trois médecins pour 15 000 personnes et un nombre insuffisant d'infirmières. La plupart des internés sont malades (on est allé chercher même les opérés de la veille dans les hôpitaux, d'où éventrations, hémorragies, etc. J'ai vu aussi un aveugle et une femme enceinte). Le corps sanitaire ne sait où donner de la tête ; de plus, le manque d'eau nous paralyse complètement et nous fait négliger totalement l'hygiène. On craint une épidémie.

 

Pas un seul Allemand ! Ils ont raison. Ils se feraient écharper. Quels lâches de faire faire leur sale besogne par des Français ! Ce sont des gardes mobiles et des jeunes des « chantiers de jeunesse » qui font le service d'ordre. Inutile de te dire ce qu'ils pensent. Nous - assistantes sociales et infirmières – avons reçu comme consigne de nos monitrices : « Surtout ne racontez rien de ce qui se passe ici au dehors ! ». C'est ignoble. On voudrait faire silence autour de ce crime épouvantable !

 

Mais non, nous ne le permettrons pas. Il faut qu'on sache. Il faut que tout le monde soit au courant de ce qui se passe ici. »

 

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

 

 

Sources :

 

André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Seuil, 1997

Léon Chertok, Isabelle Stengers, Mémoires : les résistances d’un psy, Odile Jacob

Lettres et Histoire, Académie de Rouen, http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/spip/

 

 

 

 

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