Le massacre de Palestro.

Publié le 17 Décembre 2010

 

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Les gorges de Palestro.

 

Avril 1956. Sur ordre du gouvernement, les premiers militaires du contingent débarquent sur le sol algérien. Ils sont appelés, ou rappelés : c’est-à-dire qu’ayant effectué déjà leur service militaire, ils reviennent sous les drapeaux pour une durée de six mois, ou plus selon leur demande.

 

C’est ainsi le cas de l’aspirant Hervé Artur. Natif de Casablanca, âgé de trente ans, préparant son agrégation de philosophie, il effectue une nouvelle période et intègre le 9ème régiment d’infanterie coloniale. Il a sous ses ordres les fantassins de la 2ème section : les sergents Bigot et Chorliet, les caporaux-chefs Galleux et Aurousseau, les caporaux Poitreau et Hecquet et les soldats Desruet, Dufour, Caron, Dobeuf, Gougeon, Carpentier, Serreau, François, Villemaux, Chicandre, Nicolas, Daigneaux, David-Nillet et Dumas.

 

Le 9ème RIC est implanté non loin de la ville de Palestro, aujourd’hui appelée Lakhdaria, en Kabylie. Au matin du 18 mai 1956, Artur reçoit l’ordre d’une mission de reconnaissance dans des villages se trouvant non loin de l’Oued Djerrah. Une mission tout à fait ordinaire, menée par un officier qui croit en l’œuvre de pacification de l’Armée française en Algérie, comme le demande le secrétaire d’Etat aux Forces armées, chargé des Affaires algériennes, Max Lejeune. C’est d’ailleurs bien dans cet esprit que sont menées toutes les sorties de la section depuis plusieurs semaines.

 

Après plusieurs heures de marche, la section s’arrête dans un village où elle est reçue avec respect. C’est l’heure du casse-croûte, et les militaires commencent les palabres avec le chef du douar. Vers 11h, la section reprend sa marche. La piste se transforme en un sentier et commence la montée dans le djebel. Soudain, parfaitement placés, des fellaghas se mettent à tirer sur les soldats français. C’est une tuerie. Les hommes d’Artur ne peuvent se replier, pris sous un feu croisé. Aux ordres du lieutenant Khodja, ancien sergent de l’Armée française, déserteur, les militaires de l’Armée de libération nationale abattent les Français un par un. Le combat ne dure pas plus de vingt minutes. Seuls cinq marsouins survivent : Caron, Chorliet et Aurousseau sont blessés et intransportables ; ils sont confiés à des villageois. Dumas et David-Nillet sont faits prisonniers. Leurs geôliers leur laissent le temps d’écrire des lettres à leurs familles en indiquant qu’ils sont bien traités.

 

Macabre découverte.

 

Au lendemain, sans nouvelles de la section, le régiment donne l’alerte. Les parachutistes du 13ème dragons sont envoyés sur place. Ils trouvent le village abandonné. Ils trouvent également les hommes de la section Artur. Les villageois les ont exposés sur des rochers. Les marsouins sont atrocement mutilés : les yeux sont crevés, les testicules sont coupées, les entrailles retirées et remplacées par des cailloux, les pieds sont striés de coups de couteau. La chasse est lancée dans le djebel environnant et se solde par la mort d’une cinquantaine d’Algériens.

 

L’embuscade fait la une des journaux, à commencer par le magazine Paris Match. L’article fait sensation en métropole : en Algérie, c’est bien la guerre.

 

Sous les ordres du général Massu, l’Armée française décide d’envoyer près de trois mille soldats pour retrouver la section perdue. Le 23 mai, les parachutistes du 1er REP (régiment étranger parachutiste) et du 20ème BPC (bataillon parachutiste colonial) retrouvent la section de Khodja. Elle s’est réfugiée dans une grotte, avec ses deux prisonniers. L’assaut est lancé et il se termine par la mort de seize fellaghas, mais aussi du marsouin David-Nillet. Seul Dumas réussit à sortir vivant de l’aventure. Il décrit l’horreur qu’il vient de vivre.

 

Le déserteur – l’opinion publique.

 

Quelques jours avant le drame, l’aspirant Maillot, militant communiste, déserte l’Armée française. A bord du camion qu’il conduit se trouvent des dizaines d’armes automatiques. Il livre son chargement aux fellaghas. Le marsouin Dumas raconte : « Nous approchions d’une ligne de rochers en surplomb du sentier, lorsque la fusillade éclata. Les rebelles n’étaient pas à trente mètre devant nous, bien à l’abri dans la pierraille. Ils tiraient au fusil de chasse et à l’arme automatique ».

 

Finalement, même s’il est difficile d’indiquer qui sort vainqueur de cette tragédie, un fait est avéré : l’opinion publique française découvre qu’en Algérie, même si le gouvernement parle « d’événements », c’est bien la guerre, et que les soldats qui tombent pour la patrie sont aussi des rappelés. Mesure qui deviendra au fil des mois de plus en plus impopulaire.

 

Le nom du marsouin Serge Villemaux, né le 31 octobre 1932, mort à Palestro, est inscrit sur le monument aux morts de Ville d’Avray.

 

Rédigé par Souvenir Français des Hauts-de-Seine

Publié dans #Témoignages-Portraits - Algérie

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