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Rendez-vous sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr et retrouvez vos aieux Morts pour la France. Sur ce site, sont répertoriés tous les soldats morts aux cours des conflits 1914-1918, 1939-1945, Indochine et Algérie.

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Témoignages-Portraits - 1914-1918

Dimanche 30 août 2009 7 30 /08 /2009 17:37



Trois frères.

 

Une plaque attire l’attention dans le carré militaire de Rueil-Malmaison. Elle mentionne : « Lucien Lambert, Charles Lambert, Louis Lambert ». En-dessous de celle-ci figure une tombe triple, ce qui n’est pas banal.

 

Charles Lambert est l’aîné. Il nait à Paris, dans le 6ème arrondissement, le 7 mai 1888. Son frère Lucien le suit de quatorze mois : il nait au même endroit le 19 août 1889. Louis est le plus jeune : il nait le 23 novembre 1891. Il se peut que la famille ait déménagé entre temps, car a contrario de ses frères, le petit Louis voit le jour dans le 2ème arrondissement de Paris.

 

Charles a intégré le 23ème régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). A l’époque, un RAC est composé de trois, voire quatre, groupes. Chaque groupe est lui-même formé trois batteries de canons (quatre canons) et est commandé par un capitaine. Le 23ème RAC a son casernement à Toulouse en 1914 et dispose de neuf batteries de canons de 75.

 

Lucien Lambert est au 76ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Paris. Le journal des marches et opérations du régiment commence ainsi : « Le 76ème Régiment d’Infanterie a reçu l’ordre de mobilisation générale le samedi 1er août à 16h30 (premier jour de mobilisation le dimanche 2 août 1914). Le régiment s’est mobilisé à Paris et à Coulommiers. L’état-major du régiment et les 1er et 2ème bataillons se sont embarqués à Paris, gare de la Villette, en deux trains partis le 6 août 1914, à 5 heures et à 13 heures. Le 3ème bataillon a quitté Coulommiers également par voie ferrée, le 6 août à 3h30. Les trois bataillons ont débarqué à Bannoncourt, où ils ont cantonné, dans la nuit du 6 au 7 août 1914. Le 76ème Régiment d’Infanterie (colonel Cottez) fait partie du Vème Corps d’Armée (général Brochin), 10ème Division d’Infanterie, 20ème Brigade d’Infanterie (général Bachelard). Il appartient à la 3ème Armée (général Ruffey) ».

 

Louis Lambert a, quant à lui, été incorporé au 156ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Toul. En 1914, son chef de corps est le colonel Quillemot.

 

 

Trois morts.

 

Louis, le plus jeune, est tué le premier, dès le 28 octobre 1914, à l’occasion des combats de Monchy-au-Bois, dans le département du Pas-de-Calais, arrondissement d’Arras. Ces combats se déroulent dans le vaste mouvement appelé « course à la mer » : il s’agit de l’ultime épisode de la guerre de mouvement de 1914, quand après avoir essayé sur Nancy, la Champagne et la Marne, les armées françaises et allemandes ont tenté de se déborder l’une et l’autre par le nord-ouest entre l’Oise et la mer du Nord. Aucune n’a réussit ; si ce n’est de se positionner dans des tranchées et de stabiliser le front. C’est dans ce même secteur qu’un an plus tard, le futur célèbre romancier allemand Ernest Jünger note qu’en dépit des interdictions formelles de part et d’autre, des échanges ont lieu entre Anglais, Allemands et Français au moment de Noël : « C’était un vrai champ de foire… ».

 

Lucien Lambert succombe un an plus tard, le 22 octobre 1915, à la Butte du Mesnil, en Argonne, dans l’ouest de la Meuse. La commune du Mesnil-les-Hurlus possède une butte, haute de 199 mètres et quadrillées de tranchées, abris, bunkers fortifiés imprenables, comme le fortin de Beauséjour. Pendant pratiquement toute la durée de la guerre, des soldats français sont morts en tenant de la reprendre aux Allemands.

 

Quant à Charles, l’aîné, il succombera des suites d’une congestion pulmonaire, attrapée l’année précédente. La guerre est finie depuis près de trois mois, quand le jeune homme décède sur son lit d’hôpital, à Rueil. C’était le 19 février 1920, et il avait 31 ans.

Trois frères. Tous morts pour la France.

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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /2009 19:19

Copyright Assemblée Nationale.

Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ».

 

Jeunesse.

 

Charles Péguy nait à Orléans en 1873. Son père meurt quelques mois plus tard. Le jeune Charles entre en 1880 à l’école annexe de l’Ecole Normale d’Orléans puis fait des études secondaires brillantes au lycée d’Orléans. Il effectue son service militaire au 131ème R.I., puis il finit, après deux échecs, par entrer à l’Ecole Normale Supérieure toujours à Orléans. Charles Péguy est aussi titulaire d’une licence ès lettres (philosophie).

 

Avec son ami André Bourgeois, il loue un appartement et passe ses loisirs à s’intéresser à Jeanne d’Arc.

 

Le Dreyfusard.

 

Mais, jeune adulte, Charles Péguy devient un anticlérical convaincu. Dreyfusard, il défend le capitaine injustement accusé. Il fonde également un groupe socialiste et s’oppose aux partisans de Jules Guesde et leur « socialisme collectiviste ». Longtemps, il soutient Jean Jaurès. Il lance, pour promouvoir ses idées et ses premières œuvres une revue : les Cahiers de la quinzaine. Celle-ci n’atteindra en tirage jamais plus de deux mille exemplaires et finira par être un échec.

 

En 1897, il épouse Charlotte Baudouin avec qui il aura quatre enfants : Marcel (1890) ; Germaine (1901), Pierre (1903) puis Charles-Pierre, enfant posthume né en 1915.

 

 

Le mystique.

 

Vers les années 1907 et 1908, il revient à la religion catholique et peu à peu tombe dans un mysticisme sincère et affiché. En 1910, il fait paraître le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc. Il ne manque jamais de montrer en public ses retrouvailles avec la foi. En 1911, il reçoit le prix Estrade-Delcros de l’Académie française. En 1912 et en 1914, il fait le pèlerinage de Chartres, accompagné jusqu’à Dourdan par Alain-Fournier. Parallèlement, il expose dans plusieurs articles et récits son refus du modernisme.

 

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. [...]

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol à la face de Dieu [...]

Heureux les épis murs et les blés moissonnés. »

 

En 1913, la famille s’installe à Bourg la Reine pour permettre au fils aîné de suivre ses études.

 

 

Œuvres.

 

Ecrivain prolifique, parmi ses œuvres restées célèbres, on peut citer : Jeanne d'Arc, 1897 ; De la raison, 1901 ; Notre Patrie, 1905 ; Notre jeunesse, 1910 ; Victor-Marie, Comte Hugo, 1910 ; Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, 1910 ; Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912 ; Le Mystère des Saints Innocents, 1912 ; L'Argent, 1913 ; La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, 1913 ; La Tapisserie de Notre-Dame, 1913 ; Ève, 1913 ; Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, 1914.

 

La mort.

 

Fervent patriote, Charles Péguy est nommé lieutenant de réserve au 276ème Régiment d’Infanterie en septembre 1905. Grâce aux travaux du Service historique de la Défense, voici un extrait du Journal du 276ème Régiment d’Infanterie :

 

« La 55ème Division se porte en deux colonnes dans la direction de l’Est. La 110ème Brigade forme la colonne de gauche, le 276ème en avant-garde, dans l’ordre suivant : 6ème bataillon, groupe du 13ème d’artillerie. Itinéraire : Moussy-le-Vieux, Thieux, Nantouillet, Plessis-Lévêque. Arrivé à 1.500 mètres à l’Est de Nantouillet, le lieutenant-colonel détache la 24ème compagnie (lieutenant Jaconcet) pour couvrir le flanc gauche de la colonne dans la direction de Saint-Soupplets et reconnaître les lisières du bois de Tillières. Cette compagnie est contrainte, en cours de route, de détacher un peloton en soutien d’artillerie et ne pourra envoyer par suite qu’une force insuffisante dans le bois.

 

La tête de colonne arrivait à 12h à hauteur de Plessis-Lévêque, où le 276ème devait cantonner. A ce moment, quelques dragons, débris d’un peloton du 23ème, revenaient ventre à terre sur l’avant-garde. Quelques minutes après, des obus, dont le tir était mal réglé, tombaient sur le 6ème bataillon et les batteries du 13ème, qui commençaient à former le parc.

 

Le 6ème bataillon se mit à l’abri des maisons de Plessis-Lévêque. La 21ème compagnie (lieutenant Truillet), reçoit l’ordre de se glisser par petits paquets, dans le bois de Tillières et de le nettoyer jusqu’à sa corne Est. Le mouvement s’opère très lentement à cause de la canonnade très nourrie. Néanmoins la compagnie arrive à pénétrer dans le bois, qui est faiblement occupé. Elle arrive avec ses premiers éléments à la corne Est, mais elle tombe sous des feux nourris d’infanterie. Le capitaine Truillet et l’adjudant-chef Mouty sont blessés et la compagnie conduite par ce dernier, qui n’accuse sa blessure qu’après avoir mis ses hommes à l’abri, reflue en arrière dans le bois, qu’elle ne quitte pas.

 

A 17 heures, le lieutenant-colonel est avisé de l’échec de cette tentative. A ce moment, le feu de l’ennemi s’est sensiblement ralenti. Ordre est donné à la 22ème compagnie (capitaine Dessat) de se porter dans le bois, de rallier les éléments de la 21ème compagnie, et de dégager ce bois, qui était une menace pour notre flanc gauche. Le capitaine Dessat réussit dans sa mission, arrive, à la nuit tombante, à la corne Est du bois, mais tombe dans un guet-apens et est littéralement assassiné par les Allemands, qui, dès les premiers coups de feu, avaient criés : « Ne tirez pas, nous sommes amis ! ». La pénombre avait permis de faire, pour un instant, prendre l’ennemi pour des Anglais ou des Marocains, que l’on savait à proximité.

 

Les hommes des deux compagnies se trouvant sans chef, rentrèrent par petits groupes à Plessis-Lévêque.

 

Le 5ème bataillon était, de son côté, employé d’abord à soutenir l’artillerie, puis à appuyer une attaque de tirailleurs marocains entre Penchard et Villeroy. Le bataillon, lancé à l’attaque sans préparation suffisante de l’artillerie, déploya successivement ses compagnies, mais sa marche en avant fut bientôt brisée, les capitaines Guérin et Hugin, les lieutenants de la Cornillière, Péguy, furent tués, un grand nombre d’homme fut mis hors de combat, et les unités désorganisées furent ralliées sur la 17ème compagnie à peu près intacte. Le 5ème bataillon cantonna à Villeroy.

 

La journée du 5 septembre avait coûté au régiment : 27 tués dont 5 officiers ; 135 blessés dont 2 officiers ; 300 disparus.

 

Le régiment a rassemblé ses divers éléments à 8h. L’ennemi a évacué les positions de Monthyon ».



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Dimanche 26 juillet 2009 7 26 /07 /2009 09:20

Claude Correia, pilier du Souvenir Français du Plessis-Robinson, ancien de la 2ème Division Blindée, nous a communiqué des documents exceptionnels : des photographies du contingent portugais pendant la Première Guerre mondiale. Celles-ci ont été prises par un des premiers reporters photographiques de Guerre : Arnaldo Garcez.

 

Claude Correia : « Pendant la Première Guerre mondiale, le Portugal avait envoyé un contingent pour aider les Alliés, sur le front de l’Ouest. Une des principales raisons de cet engagement consistait à combattre partout où cela était possible, l’ennemi allemand, qui avait des visées sur les possessions africaines du Portugal. Et d’obtenir un appui des Anglais. Mon père était de ce contingent. Il participa, entre autres, à la bataille de la Lys, en avril 1918. Le courage des Portugais força l’admiration de l’ensemble des Alliés. Mon père s’en sortit, comme par miracle. Sinon, je ne serais pas là ! »

 

La bataille de la Lys.

 

D’abord sous commandement britannique, comme le veut la convention du 3 janvier 1917, le contingent portugais prend par la suite l’entière responsabilité du front qui lui est affecté. Le 9 avril 1918, se déroule la terrible bataille de la Lys. Celle-ci consiste à reprendre Ypres aux troupes du IIème Reich. Pendant près de vingt jours, la seconde division portugaise, dirigée par le général Gomes da Costa (qui deviendra en 1926 président de son pays), forte de seulement 20.000 hommes, fait face à huit divisions allemandes, soit près de 100.000 hommes et un feu roulant d’artillerie. La lutte est acharnée. Les Portugais perdent plus de 7.000 hommes et 300 officiers.

 

Ceux qui réchappent par miracle du carnage sont retirés du front et envoyés vers l’arrière pour se refaire une santé. En juillet 1918, le général Tomàs Antonio Garcia Rosado est nommé nouveau chef de commandement du CEP (Corps Expéditionnaire Portugais).

 

Après l’armistice du 11 novembre 1918, une délégation portugaise participe à la conférence de paix de Versailles. Cette délégation est emmenée par le professeur Egas Moniz. L’une des clauses du traité apporte le port de Kionga (dans l’actuelle Tanzanie) au Portugal (à l’époque le Mozambique et l’Angola sont colonies portugaises).

 

Il existe plusieurs monuments et cimetières portugais, ou à la mémoire du sacrifice des soldats portugais sur le front de France. Nous pouvons, par exemple, citer : le monument de la Couture et le cimetière de Richebourg l’Avoué, dans le Pas-de-Calais.



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Le président portugais Machado rend visite à un blessé.


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Samedi 27 juin 2009 6 27 /06 /2009 17:28

Origines.


Gaston Biron est né à Paris le 19 mai 1885. Seul fils d’une famille de sept enfants, le jeune homme écrit tant qu’il peut à sa mère Joséphine, sans oublier ses sœurs Berthe, Hélène, Blanche, Marguerite, Madeleine et Marie.

 

Blessé le 8 septembre 1916, Gaston Biron meurt trois jours plus tard à l’hôpital militaire de Chartres. L’acte est transmis à la mairie de Gennevilliers le lendemain.

 

« Lettres de poilus ».

 

En 1998, les éditions Taillandier Historia, en collaboration avec les stations locales de Radio France ont publié un livre remarquable : Lettres de poilus. Une lettre de Gaston Biron s’y trouve. La voici :

 

« Mercredi 14 juin 1916


Ma chère Mère,

 

Je suis bien rentré de permission et j’ai retrouvé mon bataillon sans trop de difficultés. Je vais probablement t’étonner en te disant que c’est presque sans regret que j’ai quitté Paris, mais c’est la vérité. Que veux-tu, j’ai constaté, comme tous mes camarades du reste, que ces deux ans de guerre avaient amené petit à petit chez la population civile, l’égoïsme et l’indifférence et que nous autres, combattants, nous étions presque oubliés, aussi quoi que de plus naturel que nous-mêmes nous prenions aussi l’habitude de l’éloignement et que nous retournions au front tranquillement comme si nous ne l’avions jamais quitté.

 

J’avais rêvé avant mon départ en permission que ces 6 jours seraient pour moi 6 jours trop courts de bonheur, et que partout je serais reçu les bras ouverts ; je pensais, avec juste raison je crois, que l’on serait aussi heureux de me revoir, que moi-même je l’étais à l’avance à l’idée de passer quelques journées au milieu de tous ceux auxquels je n’avais jamais cessé de penser. Je me suis trompé ; quelques-uns se sont montrés franchement indifférents, d’autres, sous le couvert d’un accueil, que l’on essayait de faire croire chaleureux, m’ont presque laissé comprendre qu’ils étaient étonnés que je ne sois pas encore tué.

 

Aussi, tu comprendras, ma chère mère, que c’est avec beaucoup de rancœur que j’ai quitté Paris et vous tous que je ne reverrai peut-être jamais. Il est bien entendu que ce que je te dis sur cette lettre, je te le confie à toi seule, puisque, naturellement, tu n’es pas en cause bien au contraire, j’ai été très heureux de te revoir et j’ai emporté un excellent souvenir des quelques heures que nous avons passées ensemble.

 

Je vais donc essayer d’oublier comme on m’a oublié, ce sera certainement plus difficile, et pourtant j’avais fait un bien joli rêve depuis deux ans. Quelle déception ! Maintenant je vais me sentir bien seul. Puissent les hasards de la guerre ne pas me faire infirme pour toujours, plutôt la mort, c’est maintenant mon seul espoir.

 

Adieu, je t’embrasse un million de fois de tout cœur.

 

Gaston. »

 

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Jeudi 14 mai 2009 4 14 /05 /2009 21:25

Nissim de Camondo (copyright Musée des Arts Décoratifs). 

Les origines.

 

Etablis à Istanbul, dans l’Empire ottoman, les Camondo, juifs sépharades, font des affaires fructueuses dans le monde de la banque. En guise de remerciements pour services rendus dans le cadre de la réunification italienne, la famille est anoblie par le roi d’Italie Victor-Emmanuel II en 1867.

 

Décidant d’optimiser leurs affaires en Europe, les Camondo – Nissim et son frère Abraham-Behor – s’installent en France. Dans leur bagage, âgé de neuf ans : Moïse, qui apprend très vite et devient, comme son cousin Isaac, un financier et un collectionneur important. La famille s’installe au n° 63 de la rue de Monceau à Paris, dans un hôtel particulier. En 1891, Moïse Camondo épouse Irène Cahen d’Anvers. De cette union naissent deux enfants : Nissim, le 23 août 1892, à Boulogne-Billancourt et Béatrice, le 9 juillet 1894.

 

Mais le couple formé par Moïse et Irène se sépare rapidement, en 1896. Abandonné par son épouse, Moïse met du temps à se remettre, même si ses enfants restent lui. Le divorce est prononcé en 1901. Puis à la suite des disparitions de sa mère puis de son cousin, Moïse, passionné par l’art du 18ème siècle, fait raser la demeure familiale, en 1912, pour y faire construire un hôtel particulier somptueux, dans la tradition du Petit Trianon de Versailles.

 

La jeunesse de Nissim de Camondo.

 

Le jeune Nissim reçoit une éducation stricte et patriotique. Il poursuit ses études au lycée parisien Janson de Sailly. Il est de ces milieux de l’aristocratie et de la bourgeoisie parisienne si bien décrits par Marcel Proust. Les Rothschild, les Fould, les Pereire, sont des habitués de la rue de Monceau. En 1911, Nissim de Camondo devance l’appel et s’engage dans l’armée pour y effectuer son service militaire : il est affecté dans un régiment de hussards qui tient garnison dans la ville de Senlis. Il est libéré de ses obligations militaires en novembre 1913, et commence une carrière de banquier au service des titres de la Banque de Paris et des Pays-Bas. 

 

La guerre.

 

Nissim de Camondo rejoint l’Armée française dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914. Il est sous-lieutenant chez les Hussards. Faisant preuve d’un courage inouï, il s’illustre dès le 21 août et est cité à l’ordre de l’Armée : « Etant de patrouille de découverte avec quatre cavaliers, reçu à coups de fusil au village de Mellet, l’a contourné, mis pied à terre sous le feu pour relever un hussard tombé avec son cheval et, au retour, a abordé résolument une patrouille allemande de onze cavaliers qu’il mit en fuite… ».

 

Intéressé par les propos de camarades qui lui enjoignent de poursuivre la guerre au sein des nouvelles unités de l’Armée de l’Air, qui est alors en pleine création, il devient officier observateur, et est rattaché au 21ème Régiment de Dragons (les escadrilles aériennes n’existent pas encore). Il fait encore une fois preuve d’une attitude exemplaire : « Observateur en avion de haute valeur, ayant montré en diverses circonstances de remarquables qualités de courage et de sang-froid, notamment en prenant les photographies du secteur du C.A. devant Verdun, malgré les attaques quotidiennes de plusieurs avions ennemis en groupe puissamment armés ».

 

Dans son ouvrage Le Dernier des Camondo, publié aux Editions Gallimard, Pierre Assouline relate le carnet de campagne du jeune Camondo : « 23 décembre 1915 : départ pour les tranchées ; 18 janvier 1916 : visite de Charles de Noailles ; 21 janvier : journée à Malassise et Aumont ; 8 février : vais à Fosseux. Phonographe ; 17 mars : arrivée de papa et Béatrice ; 14-15 mai : Paris ; 22 mai : photos de Verdun. Prise de Douaumont ; 29 juin : premier vol comme pilote et non plus comme observateur. Deux fois dix minutes sous la pluie ; 30 juin : vol à nouveau. Enfin seul. Un quart d’heure ; 28 juillet : départ pour Paris. Arrivée 11h30. Déjeuner avec maman ; 29 juillet : retour de papa de Vichy ; 31 juillet : retour à l’escadrille ; 1er septembre : Champs ; 9 septembre : Paris. Déjeuner et dîner chez Larue avec Ninette ; 12 septembre : chasse à Aumont ».

 

Une nouvelle fois, Nissim de Camondo est cité à l’ordre de l’Armée : « Officier commandant la section photographique du corps d’armée, joint à une très grande habileté professionnelle les plus hautes qualités de courage, de hardiesse et de sang-froid. A rendu des services exceptionnels en exécutant au cours de la bataille de l’Aisne, tant comme observateur que comme pilote de monoplan, des reconnaissances photographiques particulièrement dangereuses à très faible altitude sur un appareil de C.A. sans se soucier des attaques des avions ni du feu de terre de l’ennemi. Le 26 avril 1917, son appareil étant gravement endommagé par le feu de l’artillerie ennemie, n’est rentré qu’ayant terminé entièrement sa mission ».

 

Nissim de Camondo est promu lieutenant. Au sein de l’escadrille MF33, stationnée près d’Embermenil dans le département de Meurthe-et-Moselle, il est un exemple pour tous. Le 5 septembre, alors qu’il revient d’une courte permission effectuée à Deauville, son avion, à bord duquel se trouve également le sous-lieutenant Desessart, est pris en chasse par un appareil allemand. Camondo réussit à abattre l’engin ennemi, mais, également touché, il ne peut éviter un atterrissage en catastrophe. Des témoins voient le biplace disparaître derrière la forêt qui sépare les lignes françaises des allemandes. Ayant appris cette nouvelle, et sans aucune indication de l’Armée française, Moïse de Camondo espère un miracle pendant plus de deux semaines. Puis, un intendant confirme ce que l’on n’osait imaginer : Nissim de Camondo est bel et bien mort au combat ; il est enterré en terre française, à Dieuze, en Moselle, près de Sarrebourg. Même si sa disparition est notifiée en Belgique, à Housse.

 

Pierre Assouline : « Qui saura dire la misère d’un père à jamais privé de son fils ? Il n’est pas de plus haute solitude. C’était comme s’il avait planté un arbre, qu’il l’avait amoureusement entretenu pendant toute sa jeune vie et qu’au bout de vingt ans, sans raison apparente, la foudre le déracinait brutalement ».

 

Ce destin horrible amène Moïse de Camondo à léguer toute sa fortune et ses biens à L’Union des Arts Décoratifs (Musée des Arts Décoratifs). Jusqu’à sa mort, en 1935, il achète des œuvres d’art pour compléter une donation déjà exceptionnelle.

 

1943.

 

Mais la tragédie ne s’arrête pas là. Béatrice de Camondo épouse en 1920 Léon Reinach. De cette union naissent deux enfants : Fanny, en 1920, puis Bertrand en 1923. En 1943, tous sont arrêtés et envoyés au camp de Drancy. Léon et ses enfants sont déportés à Auschwitz quelques jours plus tard. En 1944, c’est au tour de Béatrice. Aucun d’eux ne reviendra. 

 

Le musée.

 

Aujourd’hui, le musée Nissim de Camondo, situé au 63 de la rue de Monceau, renferme des collections inestimables de meubles, de commodes, de secrétaires à cylindre, d’œuvres (estampes, toiles, dessins…) du 18ème siècle. Il est ouvert du mercredi au dimanche de 10h00 à 17h30.

 

Un peu d’éternel, ou tout au moins de durable, était entré dans la composition de cet éphémère… Marcel Proust.




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