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Témoignages-Portraits - 1939-1945

Mardi 9 février 2010 2 09 /02 /2010 21:23
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Paul Lacroix nous a quittés au milieu de l’été 2009, discrètement, en conformité avec la modestie qui était sienne, alors qu’il aurait eu maintes raisons de se faire valoir, par sa vie professionnelle exemplaire, ses faits de guerre et ses titres : Meilleur Ouvrier de France, Médaillé de la Résistance, Officier de la Légion d’Honneur.

 

Mis en apprentissage à 14 ans, il fit toute sa carrière dans l’industrie du chauffage et de la ventilation. Par son travail, son souci de la perfection, son sens de la technique, il gravit tous les échelons jusqu’à la création de sa propre entreprise, installée à Vaucresson en 1974.

 

Pendant la guerre, il rejoignit en Haute-Savoie le maquis de La Clusaz qui fut pratiquement anéanti par une attaque de l’armée italienne d’occupation. Paul se retrouva à Saint-Etienne où il entra dans la clandestinité et s’engagea dans la Résistance. Arrêté par la Gestapo, torturé, il refusa de parler. Libéré en juillet 1944, au départ des troupes allemandes, il fit ce geste inouï et chevaleresque de pardonner à celui qui l’avait dénoncé.

 

Paul était profondément intégré dans la vie vaucressonnaise. Il faisait partie de plusieurs associations, tout particulièrement des Anciens combattants et du Souvenir français. Il se distinguait par sa participation active, son dévouement et son affabilité.

 

Nous garderons le souvenir d’un homme d’honneur solide dans ses convictions et fidèle en amitié.


François GOURE
Président du Souvenir Français de Vaucresson.

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Vendredi 8 janvier 2010 5 08 /01 /2010 09:14

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« Loin des états-majors, la vie du soldat est faite le plus souvent de courage, de volonté, de patience. Parfois, en un instant, elle est teintée d’héroïsme… dans une simplicité qui touche au sublime.

 

C’était en novembre 1944, dans un secteur montagneux, en Savoie. Des éléments de la 4ème Division marocaine de montagne (DMM) étaient postés non loin du village de Termignon, à la frontière entre la France et l’Italie. Nous avions face à nous, une division mongole, dont les cadres étaient des officiers allemands. A la suite de multiples accrochages avec les tirailleurs marocains, nos ennemis s’étaient rendus à l’évidence qu’il leur était préférable de se tenir tranquille. Néanmoins, le commandement français estimait ne pas être à l’abri d’infiltrations. Il faut savoir que les Mongols s’étaient rendus coupables d’exactions abominables parmi les populations des communes de Saint-Michel et de Saint-Jean-de-Maurienne. L’injustice était totale : les plaintes déposées auprès de la Kommandantur étaient restées lettres mortes.

 

Aussi, le commandement demanda au génie d’installer des barbelés truffés de mines anti-personnelles. Quelques jours plus tard, les travaux étaient réalisés, grâce aux sapeurs de la 1ère section de la 2ème compagnie du 82ème bataillon du génie divisionnaire de la 4ème DMM (dont le chef de section était le lieutenant Croisé).

 

La neige se mit à tomber plusieurs jours durant. Puis le froid fit place à un redoux aussi soudain qu’inattendu. La terre se tassa, laissant apparaître les sommets des mines piégées. Un lieutenant d’infanterie visitant le passage s’en aperçut et prononça cette phrase : « Il faut de la bonne volonté pour sauter sur vos mines ». Le reproche n’était pas acceptable. Des discussions eurent lieu afin de savoir quelle attitude adopter. Le génie déclara qu’il était préférable que les mines fussent camouflées. Un volontaire se présenta : le caporal Jullié, le plus charmant des garçons qui soit. Bachelier à 17 ans, il s’était engagé quelques mois plus tard et avait rejoint le 19ème régiment du génie, basé à Hussein-Day.

 

Jullié se dirigea alors vers le champ de mines. Le sergent-chef que j’étais alors lui cria : « Eh Jullié, avez-vous les goupilles de sécurité ? ». Il me répondit : « Oui, chef. Ne vous en faites pas. »

 

Et ce furent ses dernières paroles. Nous entendîmes une explosion. Nous nous précipitâmes vers le barrage. Jullié était là, devant nous. Etendu sur le côté. La tête arrachée par la déflagration. Il ne restait que le fond de la boîte crânienne. Que s’était-il passé ? Vraisemblablement le vêtement du caporal Jullié avait dû s’accrocher dans un barbelé, tirant sur le fil de la mine piégée provoquant son fonctionnement. Ou encore le percuteur avait-il été libéré avant que le malheureux ne place la goupille de sécurité. Quoiqu’il en soit, le jeune homme gentil qui me parlait une minute plus tôt était mort. Pour dégager son corps, il fallut prendre mille précautions.

 

Après cette tragédie, le commandant du bataillon décréta dans une note de service que tout champ de mines ne devait être modifié en aucune façon.

 

Des dizaines d’années sont passées. Je n’ai jamais effacé de ma mémoire la mort du jeune caporal Eugène Jullié, tué le 6 novembre 1944 par l’une de nos mines ».

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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 13:42

Au sein des Partisans français de Slovaquie.



Septembre 1944, les Français embarquent dans les 3 camions prêtés par une fabrique de bière de la ville de Martin. Les hommes portent l’uniforme de l’armée slovaque.

 

 

Septembre 1944 : Maurice nous informait avec une certaine fierté, qu’’il est devenu « Partisan Français sur le sol de Slovaquie ». Il ajoute : « Je sais bien également, surtout en pensant à toi ma petite maman chérie que vous allez être bien inquiet et dire : quelle idée a eu ce fou de Maurice d’aller s’exposer alors qu’il avait l’occasion d’attendre tranquillement la fin de la guerre qui maintenant ne saurait plus tarder ».

 

Il précise aussi : « Si je m’étais toujours trouvé en Allemagne, toute évasion aurait été certainement impossible mais ici, en Slovaquie, une occasion nous a été offerte de prendre la fuite et c’est pourquoi, avec 36 camarades, nous n’avons pas hésité à nous joindre aux Slovaques qui passaient à la dissidence ».

 

« De cette évasion, pas grand-chose à vous dire sinon qu’à part une certaine fatigue, tout s’est fort bien passé. Nous avons franchi les postes allemands par petits groupes ayant l’air d’inoffensifs promeneurs et c’est seulement dans la montagne que nous nous sommes regroupés et que, sous la conduite d’un parachutiste russe et de deux officiers de police slovaques, nous avons rejoint le gros des forces dissidentes. Depuis, évidemment après pas mal d’ordres et de contre-ordres et surtout grâce à notre force de caractère, nous avons réussi à rejoindre une compagnie de camarades français prisonniers évadés et placés sous le commandement d’un Capitaine Français ayant reçu du Général de Gaulle, l’ordre d’organiser la dissidence en Slovaquie. Depuis, nous avons également retrouvé 20 autres de nos camarades qui travaillaient avec nous et qui, prenant exemple sur nous, ont saisi la première occasion pour prendre la poudre d’escampette ».

 

« Au point de vue de notre activité ici, je ne peux pas vous dire grand-chose car pour nous ce n’est pas une guerre de position mais plutôt une série de coups de main poussés un jour à un endroit, un jour à un autre et toujours de même. Maintenant ce qui est intéressant pour nous c’est que très certainement bientôt, nous pourrons faire notre jonction avec les troupes Russes qui ont réussi à s’infiltrer jusqu’à nous ».

 

Une remarque de Maurice, indiquée en PS sur sa lettre du 23 septembre 1944 : « Quand nous avons quitté l’usine où nous travaillions, il était exactement 5 heures du soir, le 3 septembre 1944, soit exactement 5 ans, jour pour jour, heure pour heure, après notre première entrée en guerre ».

 

Alors que durant le deuxième semestre de 1945, rentraient dans leur famille, en France, les prisonniers, déportés, ouvriers STO, rescapés de cette maudite guerre. Notre famille, elle, restait toujours dans l’attente du retour de Maurice. Nous dûmes attendre le 14 septembre 1945 pour avoir des nouvelles. Une lettre signée du Capitaine de Lannurien, commandant le Groupe des Combattants Français en Tchécoslovaquie, informait mes parents en ces termes : « J’ai le douloureux devoir de vous apprendre que le Soldat Maurice Simon est tombé glorieusement au cours des combats livrés en Slovaquie contre les Allemands. Le 6 février 1945, au cours d’une mission dans les environs du village de Nemecka Lupca, il a été surpris par les Allemands et abattu. Son corps a été inhumé à Nemecka Lupca. Lors de mon récent voyage en Slovaquie, j’ai fait le nécessaire pour qu’une sépulture décente lui soit assurée ».

 

Le chagrin éprouvé par notre mère fut indescriptible et le resta jusqu’à son décès, 30 ans après. 30 ans de douleur. Jamais, elle ne se consola de la perte de ce fils de 26 ans et de n’avoir pu rapatrier son corps. Des camarades STO évadés de Dubnica pour se battre près des Slovaques envoyèrent quelques courriers :

 

Le 24 août 1945, René Cuilleron nous indiqua : « J’ai connu Maurice en janvier 1944 à l’usine où il travaillait. Il était mon régleur et toujours nous avons été ensemble à Pottendorf, à Prague, puis à Dubnica. Le 3 septembre 1944 nous sommes partis dans le maquis ensemble et nous avons rejoint la Compagnie Française vers le milieu de ce mois. Nous avons été affectés à la même Section. Lui était tireur au F.M. et moi, chargeur. Par la suite nous avons permuté. A tous les engagements nous étions ensemble. La dernière fois que j’ai vu Maurice, c’est au nord de Bukovec (entre Banska Bystrica et Brezno) le 31 octobre 1944. Alors que nous étions surpris par les Allemands, il sortait en courant de la baraque où nous avions couché et ensuite nous nous sommes perdus. Dans le courant de l’hiver, vers la mi-décembre, j’ai reçu un mot de lui m’apprenant qu’il était en vie et m’invitant à le rejoindre. Après le passage du front russe, j’ai appris cette triste nouvelle et j’ai eu l’occasion de voir entre les mains d’un nommé Hochet, le portefeuille et les montres, je crois de Maurice. Il y avait d’ailleurs dans son portefeuille une photo que je lui avais donnée et qui est signée CUI-CUI (c’est mon surnom). Si vous êtes en possession de ces objets, dites-moi si vous avez un chapelet que je lui avais donné ».

 

Le 16 septembre 1945, ce fut un mot de Maurice Perrin, séminariste, devenu prête par la suite dans les environs de Clermont Ferrand. Il précisait dans quelles conditions il avait connu et apprécié Maurice en ces termes : « J’ai été moi-même très touché en apprenant la mort de votre frère. Je le connaissais depuis longtemps si je puis parler ainsi. En effet j’ai fait sa connaissance à Vienne à la Flugmotor ou je travaillais dans la même équipe que lui vers le mois de septembre 1943 et depuis cette date, nous ne nous sommes pas quittés avec quelques autres d’ailleurs, tels que René Cuilleron, Lionel Gabillon. Nous étions ensemble à Pottendorf où notre usine a brûlé, à Prague, à Dubnica et c’est de là-bas que le 3 septembre 1944, toujours ensemble, nous avons pris le maquis. Il avait comme arme un fusil-mitrailleur avec René et après les combats nous nous retrouvions au cantonnement, où nous étions des frères. C’est vers le 2 novembre que je l’ai perdu de vue. Il resta en effet ce jour-là avec sa Section pour monter une cuisine roulante et depuis ce jour où nos souffrances commencèrent véritablement, car nous étions traqués de tous côtés, je ne l’ai plus revu… Ce qui est certain, c’est que vous pouvez être fière de lui car il est mort en faisant son devoir. Je ne sais pas si vous êtes chrétienne, je sais que lui ne l’était pas, mais il était droit, dévoué corps et âme à cette classe ouvrière dont il était et dont il souhaitait ardemment le bonheur et c’est pour cela que j’espère que Dieu lui donnera le bonheur de l’Autre Côté et à cette intention, je prie souvent pour lui ».

 

Le 9 octobre 1944, la lettre de Armand Hochet qui nous avait renvoyé quelques affaires ayant appartenu à Maurice, apportait les précisions suivantes à la suite de nos remerciements : « Le 28 octobre 1944 je me suis trouvé avec lui dans la montagne car depuis que nous avions perdu notre Compagnie, nous étions tous égarés. Alors, après quelques jours de recherches, nous avons trouvé votre frère ainsi que quelques camarades, nous étions 28 Français dans une cabane. Un matin, nous avons été surpris par une patrouille allemande. Nous avons réussi à nous dégager sans perte, mais là, nous nous sommes égarés et c’est là que je suis resté avec votre frère et 4 autres camarades et nous avons erré tous les six pendant 2 jours dans la montagne, sans vivres et là, votre frère et un autre camarade du nom de Ginzbourg sont partis aux renseignements et nous ne les avons pas revus. C’était le 3 ou 4 novembre. Une quinzaine de jours après nous avons retrouvé leur trace sans réussir à les revoir ».

 

« Nous avons passé tout l’hiver sans avoir de leurs nouvelles. Le 2 avril 1945, nous sommes descendus de la montagne car l’Armée Roumaine nous avait libérés et nous avons été à Slovenska Lupca où nous avons appris la triste nouvelle qui était survenue à votre frère. Arrêté par les Allemands fin décembre ou début janvier, il a été emprisonné à Banska Bystrica et a été fusillé le 6 février seulement ».

 


 

Novembre 2008 – Juin 2009.





« A la gloire éternelle des fils de la France“.

 

Sur la colline de Zvonica près de Strecno, en Slovaquie, se dresse un monument du souvenir en forme d’obélisque dédié aux partisans Français morts aux combats lors du Soulèvement national slovaque (fin août 1944) : 24 partisans sont enterrés dans les cryptes sous le monument. Le nom de mon frère, Maurice SIMON, figure parmi les 56 Partisans Français !

 

Comment en sommes-nous arriver là ? Cette histoire remonte à la fin de l’année 2008. Ma sœur aînée Jeannine a l’occasion d’effectuer un voyage à Vienne, Bratislava et Budapest. Alors pourquoi ne pas en profiter et tenter d’en savoir plus. A force de recherches – car l’épopée des Français de Slovaquie est fort peu connue – nous apprenons que chaque année le gouvernement Slovaque procède à des cérémonies commémoratives notamment devant la stèle de Strečno lors de l’anniversaire de l’Insurrection de 1944. Le peuple slovaque est encore infiniment reconnaissant aux combattants français pour leur participation héroïque lors des combats pour leur liberté.

 

L’idée nous vient de chercher dans nos archives familiales, de tout reprendre, classer, analyser et contacter d’éventuels survivants. Et là, le miracle ! René Cuilleron, la fameux « Cui-Cui » répond à notre attente ! Avec ses informations, sa connaissance, nos recherches, nous en venons à remettre en doute la version officielle du capitaine de Lannurien. Maurice a-t-il vraiment été abattu et à l’endroit indiqué ? Où peut donc bien se trouver sa tombe ?

 

René Cuilleron a l’idée de demander à son ami, d’origine slovaque, Milan Podolsky, d’écrire dans sa langue au maire actuel de Slovenska Lupca, Monsieur Peter Lakomcik. C’est ainsi qu’en janvier 2009, nous avons la grande satisfaction de recevoir la photo de la tombe de Maurice qui est entretenue depuis 64 ans par les habitants de Slovenska Lupca et une copie du Registre de la commune : « Au cours et après des combats qui se sont déroulés aux environs de Slovenska Lupca, il a été trouvé un corps sans vie (mort) à PRIBOJ, quartier de Slovenska Lupca. D’après les documents personnels en sa possession, trouvés sur son corps, on a constaté qu’il s’agissait d’un homme du nom de Maurice SIMON, né le 5.01.1919 à Paris, métier, employé mécanicien. Il a été atteint par plusieurs coups tirés dans sa tête ainsi que des coups sur la partie supérieure de son corps. La date de sa mort : 3 février 1945. Il était vêtu d’une tenue civile de couleur bleue, coiffé d’un béret, chaussé de chaussures militaires ».

 

J’en déduis que Maurice, qui est vraisemblablement sorti de la prison le 20 janvier comme relevé par l’historien Chnoupek dans le sinistre registre noir du pénitencier de Banska Bystrica, s’est probablement évadé du camion qui les conduisaient au four à chaux de Nemecka Lupca pour y être fusillés. Il a été abattu à l’occasion de cette évasion. Son corps a été trouvé à Priboj qui se situe à l’entrée de Slovenska Lupca, près des Usines BIOTIKA, le long de la rivière Hron.

 

Et à l’occasion de notre voyage en Slovaquie, j’ai acquis la certitude que les partisans, sortis de prison le 20 janvier 1945, étaient conduits pour être abattus au-dessus des fosses de Kermnicka, dans la banlieue de Banska Bystrica. Le directeur du musée du SNP à Banska Bystrica m’a indiqué que les fameux « fours à chaud » ne servirent en fait que durant la période du 5 au 12 janvier 1945.

 

Et c’est ainsi que Jeannine (ma sœur), Sabine (ma fille), Jeanne (ma petite-fille) et moi, nous nous sommes rendues du 29 mai au 2 juin 2009 en Slovaquie, afin de nous recueillir au nom de toute notre famille, sur la tombe de notre cher Maurice, en emportant avec nous le souvenir de nos parents et notre sœur Mimie.

 




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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /2009 12:26

Sur cette photographie, mon frère Maurice a emprunté la chéchia d’un tirailleur.

 

Réquisitionné pour le STO.

 

« Maurice Simon, mon frère, notre frère, je l’ai si peu connu... Je suis née en 1935 et lui en 1919. Je n’avais donc que quatre ans lors des bouleversements apportés par la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie par la France et l’Angleterre. Maurice était chasseur alpin. Mobilisé en 1939, il effectua son service au 13ème BCA de Chambéry puis appartint au 153ème Régiment d’Infanterie alpine de Lyon.

 

Je ne sais pratiquement rien de sa guerre. Juste qu’on le vit partir en 1939, revenir pour quelques permissions cette année-là, puis repartir pour être démobilisé en 1942. Maurice était très fédérateur au niveau de notre famille, mère, père, frère et sœurs, nièce, tantes et oncles, cousins et cousines. Tous en ont toujours gardé le souvenir d’un garçon gentil, bienveillant, amusant, attentif au bonheur de tous.

 

En 1942, Hitler exigea de la France et de la Belgique le recrutement de travailleurs pour remplacer les ouvriers allemands envoyés sur les fronts de l’Est. Pétain et Laval se chargèrent avec enthousiasme de faire exécuter les ordres nazis, sans grand succès dans les premiers temps, faut-il le rappeler ! Lorsque Maurice fut démobilisé, il fallut bien trouver du travail, ce qui n’était pas facile. C’est Lucien Schmit, patron de notre sœur Mimie qui le fit embaucher à la Polymécanique (filiale de Motobécane). Il y était depuis trois mois quand, le 16 février 1943, une loi imposa le Service du Travail Obligatoire (STO) : tous les jeunes âgés de 20 ans pouvaient être envoyés de force pour travailler en Allemagne.

 

Maurice reçut son ordre de partir. Il est clair qu’il n’y allait pas de grand cœur, mais dans le même temps il se sentait des responsabilités vis-à-vis de sa famille et il voulait avant tout, éviter des soucis à notre mère. En effet, les familles des hommes qui n’obtempéraient pas étaient menacées de représailles. Il se résigna donc à partir pour l’autre côté du Rhin.

 

Triste départ. Maman en compagnie de ma sœur aînée Renée, souhaitèrent l’accompagner jusqu’à la Gare de l’Est comme elle l’avait fait précédemment pour notre autre frère Pierrot. Le sort s’acharna sur nous : ma mère ne put aller plus loin que la Porte de la Villette car un camion allemand l’accrocha et la renversa. Légèrement blessée, elle rata le train et ne revit jamais son fils.

 

Deux années au cours desquelles les restrictions furent notre lot quotidien. Et pourtant, notre mère se dévouait comme seule une mère peut le faire. Eté comme hiver, elle se levait à 1h00 du matin pour aller faire la queue dans les couloirs des commerçants afin d’être dans les premiers servis car il n’y en avait pas de la viande pour tout le monde.

Pour aider sa sœur qui avait tant de difficultés pour nourrir tout son monde, ma tante Marthe m’accueillit chez elle à Gorenflos, petit village de la Somme. Elle avait bon cœur mais était assez sévère et je la craignais. Son mari, mon oncle Eugène était très gentil et tous les deux aimaient beaucoup notre famille. Ah, je n’ai pas souffert de la faim à Gorenflos ! Ma tante mettait un point d’honneur à me renvoyer chez mes parents avec une bonne mine et quelques kilos en plus !

 

C’est ainsi que j’allai à l’école avec les enfants du village dans une classe unique et que j’appris à parler un « ch’ti picard » que je comprends toujours… Je vis aussi se construire dans le Parc du Château, une rampe de V1 destinée à détruire Londres. Le village avait été complètement investi par les militaires allemands. Les soldats dans des casernements et les officiers dans des fermes aux alentours. Avec toute la famille, nous écoutions la radio. Je me souviens du célèbre leitmotiv « collaborateur » de Jean-Hérold-Paquis sur Radio-Paris qui était « L’Angleterre comme Carthage sera détruite », ainsi que la réplique de Pierre Dac à l’encontre de cette radio : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est aux Allemands ».

 

 

Lettres d’Autriche.



Photo retrouvée dans le portefeuille de Maurice (2ème en partant de la gauche) à Pottentorf. Photographie envoyée en 1945 par Armand Hochet, Partisan français de la Cie de Lannurien.

 

« Et la première lettre arriva ! Elle venait de Vienne et de Pierrot. Il semblait se satisfaire de son sort, étant passé garde-baraque. La nourriture n’était pas abondante mais bonne et propre selon ses termes. Puis, ce fut une lettre de Maurice, datée du 2 mars 1943 dans laquelle il racontait la pénibilité du voyage et son arrivée à Vienne après 10 heures de train, par Stuttgart et Munich, content de ne pas avoir été séparé de son copain de Pantin, Lucien Rayer, ouvrier lui aussi de la Polymécanique. Maurice n’avait pas réussi à se faire affecter à la Wiener Locomotiv comme Pierrot mais se consolait du fait d’être également à Vienne et de pourvoir le voir tous les dimanches.


Je n’ai pas retrouvé de traces de lettres entre les mois d’avril 1943 et février 1944. Une lettre du 3 février 1944 nous indiqua que l’usine F.O.W. se situait à Brunn-am-Gebirge dans la banlieue ouest à 15 km du centre de Vienne. Les ouvriers n’étaient plus autorisés à écrire que deux lettres par mois et qu’en conséquence ils utiliseraient davantage les cartes-lettres. Maurice semblait persuadé que nos misères touchaient à leur fin et il montrait toujours un certain enthousiasme, ne se plaignant jamais de ses conditions de travail et de nourriture, certainement pour rassurer notre mère.

 

En avril 1944, il nous apprit que son équipe déménageait pour s’installer dans le village de Pottendorf, situé à 25 km au sud-ouest de Brunn (30 kms au sud de Vienne). Ils ne perdraient pas au change, écrivait-il, car s’ils étaient 20.000 dans l’usine précédente là ils ne seraient pas plus de 200 ! Et il se consolait en pensant que le dimanche il pourrait toujours voir son ami Lucien Rahier et Pierrot.

 

Ce même mois Pierrot nous apprit dans une carte qu’il s’était blessé au pied. Il revint chez nous en convalescence pour deux mois. Les événements que tout le monde connaît se déroulèrent le 6 juin 1944. Nous profitâmes de ce retournement de situation, de cette libération, pour cacher Pierrot jusqu’à la victoire.

 

Nouvelle lettre de Maurice le 27 avril 1944 : « Est-ce que Jeannine travaille toujours ? Est-ce que Denise, Dédée et Nicole sont gentilles et ne vous font pas enrager ? Est-ce que Mimie lui a trouvé un gentil beau-frère ? Et toi, ma petite maman, es-tu maintenant complètement remise de ta bronchite ? J’espère bien que quand nous rentrerons, nous te trouverons aussi forte qu’avant, tout au moins en bonne santé et alors, là, sois tranquille, à nous tous, nous te ferons récupérer tes forces et aussi que tu n’auras plus aucun souci. »

 

Vinrent ensuite des lettres dans lesquelles il nous parlait des alertes et des bombardements. Ainsi, le mardi midi 30 mai, avec quelques copains, l’usine et les baraquements furent détruits mais, heureusement, sans faire de victimes parmi les Français. Maurice et un copain furent désignés pour établir la liste des affaires qu’il était nécessaire d’obtenir pour tous auprès de la Flugmotor et de la Délégation Française : « Ce n’est pas un mince travail que de s’occuper de tout cela, mais enfin, cela rend service aux copains et c’est le principal. »

 

L’usine fut ensuite transférée à Prague en Tchécoslovaquie d’où Maurice nous écrivit les cartes-lettres datées des 28 juin et 10 juillet 1944 : « Tu sais, ma petite maman, depuis le 27 novembre 1939 que je suis parti presque continuellement de la maison, je commence à savoir me débrouiller et pour le peu qu’il me reste à faire, j’arriverai bien à m’en tirer » Et toujours il nous recommandait de garder Pierrot près de nous et de ne pas le laisser repartir.

 

Le 21 juillet 1944, après un nouveau déménagement, les Allemands les installèrent à Dubnica nad Váhom, au nord de Trenčín à l’ouest de la Slovaquie. C’est le site actuel des Usines SKODA. Là, Maurice décrivit leurs conditions de travail qui étaient très dures mais aussi, l’abondance de la nourriture, cigarettes et alcools.




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Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /2009 21:51

Un Français libre.

 

André Mansat s’engage dans la Marine française en 1939. Il embarque à bord du cuirassé Courbet le 18 janvier 1940.

 

Après l’armistice demandé par le maréchal Pétain, le 17 juin 1940, André Mansat rejoint les Forces Françaises Libres (FFL) à Londres, le 1er juillet 1940. Il est alors affecté aux Forces Navales Françaises Libres (FNFL), chez les fusiliers marins, et à bord de l’aviso La Moqueuse, il va participer aux engagements pour la libération, d’abord des territoires de l’Empire colonial français puis de la métropole.

 

 

Les Forces Navales Françaises Libres.


 



Au début du mois de juin 1940, après le rembarquement à Dunkerque d’une partie de l’Armée française et du Corps Expéditionnaire Britannique, de nombreux bâtiments ont pu échapper à leur captation par l’Armée allemande et se réfugient dans les ports du sud de l’Angleterre ou dans ceux de notre Empire colonial. Mais, la Grande-Bretagne se montre relativement hésitante. La Marine française ne doit tomber en aucun cas dans des mains allemandes !

 

Le bombardement, par les Anglais, d’une partie de la flotte française dans le port de Mers-el-Kébir (Algérie), le 3 juillet 1940, ne favorise pas la mise sur pied de forces dignes de ce nom. Pour autant, l’amiral Muselier, nommé par le général de Gaulle, s’efforce de constituer un Etat-major et de réarmer plusieurs navires : les premiers bâtiments de cette nouvelle Marine française sont le cuirassé Courbet, les avisos Savorgnan-de-Brazza, Commandant-Duboc et Commandant-Dominé, les contre-torpilleurs Triomphant et Léopard, le torpilleur Melpomène, les sous-marins Rubis, Narval, puis Surcouf, Junon et Minerve.

 

L’amiral Muselier est aidé dans son œuvre par un lieutenant de vaisseau et un commandant qui deviendront de hautes figures de la Résistance et de la France Libre : Honoré d’Estienne d’Orves et Thierry d’Argenlieu.

 

Les FNFL participent à des missions de protection de bâtiments de ravitaillement, aussi bien dans l’océan Atlantique que dans la Manche. En septembre 1940, elles tentent, au large de Dakar, de rallier l’Afrique Occidentale Française. Mais c’est un échec cuisant.

 

Plus tard, un engagement naval fratricide se déroule au large du Gabon : le Bougainville, pour le régime de Vichy, combat le Savorgnan-de-Brazza pour les FNFL. Ce dernier sort vainqueur de l’engagement. Dès lors, la reconquête peut réellement commencer : ce sont les épopées de l’Afrique Equatoriale Française, puis d’Afrique du Nord, de Lybie, de Syrie et enfin le débarquement de Provence en 1944.

 

Le 1er bataillon de Fusiliers Marins.

 


Le 17 juillet 1940, à la demande de l’amiral Muselier, le 1er bataillon de Fusiliers marins est créé. André Mansat fait partie des soldats de cette unité, commandée par le lieutenant de vaisseau Détroyat. Ses premières missions sont en Afrique Equatoriale Française. Puis c’est la campagne de Syrie, au cours de laquelle Détroyat perd la vie.

 

Son successeur est le lieutenant de vaisseau Amyot d’Inville. L’unité est engagée en Lybie. Elle participe au glorieux fait d’armes de Bir-Hakeim. Les combats se poursuivent en Tunisie. Puis ce sont le débarquement en Sicile et la reconquête de l’Italie. Enfin, le bataillon, devenu 1er régiment de Fusiliers marins se distingue dans la campagne de France (en Provence, dans les Vosges et en Alsace). Il est dissous à la fin de la guerre.

 

 

Au service du général de Gaulle et du Souvenir Français.

 



André Mansat est démobilisé le 31 juillet 1945. Il reçoit, outre ses nombreuses décorations, un certificat de « très bonne conduite ». Remarqué par le général de Gaulle, André Mansat a l’insigne honneur d’entrer au sein de son cabinet privé.

 

Bien plus tard, au début des années 1980, à la demande du commandant Gabillard, de la Marine, par ailleurs secrétaire de la Région Ile-de-France et maire-adjoint de Boulogne-Billancourt, André Mansat créé le Comité du Souvenir Français de Puteaux. Il est aidé dans cette tâche par Monsieur Jean Mignot, maire-adjoint de la commune, en charges des anciens combattants. Le 25 juin 1982 est la date officielle de création du comité. Il laisse ensuite la place à Monsieur Léon Gary, qui continue l'oeuvre selon les mêmes principes et avec la même volonté.
 

Le dimanche 25 mars 2007, André Mansat disparaît, laissant un comité solide, présidé depuis 1999 par Madame Den Marais-Hayer, et agissant au quotidien de façon remarquable pour le Devoir de Mémoire.

 

André Mansat était titulaire des décorations suivantes :

 

  • – Chevallier de la Légion d'Honneur.
  • – Médaillé Militaire.
  • – Croix de Guerre deux citations.
  • – Médaille de la Résistance.
  • – Croix du Combattant Volontaire 39/45.
  • – Médaille Commémorative service volontaire dans la France Libre.
  • – Médaille commémorative 39/45 avec barrettes Manche – France – Afrique – Méditerranée – Libération.
  • – Croix du Combattant.
  • – Médaille du Combattant Volontaire de la Résistance.
  • – Médaille coloniale avec barrette Libye- Bir-Hakeim 1942.

 

- Publié dans : Témoignages-Portraits - 1939-1945
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