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Rendez-vous sur www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr et retrouvez vos aieux Morts pour la France. Sur ce site, sont répertoriés tous les soldats morts aux cours des conflits 1914-1918, 1939-1945, Indochine et Algérie.

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  • Colonel Charton - Cao Bang

Témoignages-Portraits - Algérie

Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 10:47

Guy Manceaux (copyright Arrigosi)

 

 

 

Le sous-lieutenant Guy Manceaux (copyright Arrigossi, Garcia, Garguilo).

 

 

Sous un chêne imposant, donnant des glands gros comme le pouce, la commune de Fontenay-aux-Roses a fait placer une croix et une stèle : « A la mémoire des enfants de Fontenay-aux-Roses morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918. Cette croix a été érigée, ce chêne a été planté pour honorer à jamais en ce champ du repos leur courage et leur devoir ». A côté se trouve le carré militaire, qui comporte une trentaine de tombes individuelles parmi lesquelles on peut citer celle de Guy Manceaux.

 

Guy Manceaux nait le 16 juin 1933 dans le quatorzième arrondissement de Paris. A l’âge de 20 ans, il est admis à l’Ecole Spéciale Militaire Inter-Armes de Saint-Cyr. Il signe un contrat d’engagement pour, selon la formule militaire, « une durée égale au temps qui doit s’écouler jusqu’à la sortie de l’Ecole, augmenté de six ans à compter du 1er octobre 1953 ». En janvier 1954, il est nommé caporal-chef puis sergent à la fin de la même année. Classé soixante-cinquième sur trois-cent-quarante-et-un futurs officiers de l’Armée française, Guy Manceaux choisit l’arme blindée et entame sa spécialisation à partir du 9 février 1955. A la fin du mois de juillet, il « a satisfait aux épreuves de sortie de la 16ème série Saint-Cyr, classé cent-cinquante-quatre sur trois-quarante-et-un » et après un congé de fin d’études il rejoint l’Ecole d’Application de sa nouvelle arme.

 

En septembre 1955, Guy Manceaux reçoit le grade de sous-lieutenant d’active et poursuit sa formation à l’Ecole d’Application de l’Arme Blindée et de la Cavalerie à Saumur. Muté au 18ème RCP (régiment de chasseurs parachutistes) de Pau le 1er juin 1956, il débarque à Alger le 30 du même mois.

 

 

Le 18ème RCP.

 

Héritier du 18ème régiment d’infanterie et du 18ème bataillon d’infanterie parachutiste, le 18ème régiment de chasseurs parachutistes de Pau a pour devise : « Brave 18ème, devant toi l’ennemi ne tient pas ». Sur son drapeau figurent les batailles suivantes, qui montrent sa longévité et sa gloire : Rivoli 1797, Austerlitz 1805, Moskowa 1812, Les Deux-Morins 1914, L’Aisne 1917, L’Avre 1918, Vauxaillon 1918, AFN 1952-1962. Unité de la 25ème division parachutiste, le 18ème débarque à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, dans la région de Tabarka. Il s’agit pour la France de tenter d’empêcher les membres de l’ALN (Armée de libération  nationale) de s’approvisionner et de se réfugier de l’autre côté de la frontière algérienne.

 

Par la suite, le 18ème est repositionné dans le Constantinois et les Aurès.

 

 

La côte 802.

 

Sur le site internet http://parachutiste.18.rcp.free.fr/ géré par un ancien du 18ème RCP, René Mazoyer, les parachutistes Garcia, Arrigosi et Garguilo ont raconté l’embuscade du 12 juin 1957 à Chekfa, département de Constantine

 

«  La côte 802  »

 

« Le 12 juin 1957 l’escadron de reconnaissance du 18°RCP est en opération dans la région de Chekfa (secteur de Djidjelli). Sa mission consiste à effectuer l’ouverture de route menant à Bordj Tahar et à assurer la protection d’un élément du génie équipé d’un bulldozer chargé de la remise en état de la piste. La progression est mise en place avec en tête le 2ème peloton, suivi du 1er et 3ème. Les compagnies du régiment se trouvent dans le secteur en opération de contrôle. Vers 11h l’escadron fait une halte, stoppé par un éboulement de la piste, et le 2ème peloton est remplacé en tête par le 1er commandé par le sous-lieutenant Manceaux (…).

 

L’éboulement est situé dans un virage à deux-cents mètres de la côte 802. Une équipe se met immédiatement au travail pour rétablir le passage sous la protection de ses camarades. A 13h la piste est de nouveau praticable et le 1er peloton reprend sa progression. A partir de cet instant une certaine appréhension gagne les hommes et certains ont un mauvais pressentiment. Les visages sont tendus, et tous redoublent de prudence. Il est 13h15 : arrivé à la hauteur d’une maison forestière sur le bord de la piste peu avant le sommet, le S/L Manceaux donne l’ordre de stopper les véhicules.

 

Les équipages des trois premières jeeps débarquent pour effectuer une reconnaissance. Le terrain est couvert de hauts buissons très touffus et de ronces. Ce lieu est sinistre et peu rassurant. Soudain, une courte rafale de fusil mitrailleur posté en bordure de piste donne le signal d’ouverture du feu. Un fort élément rebelle est en embuscade des deux cotés de la piste. Les paras du 1er peloton sont pris sous un feu croisé. La fusillade d’une grande intensité fait immédiatement plusieurs tués et blessés.

 

L’opération a été minutieusement préparée : les rebelles sont parfaitement embusqués, invisibles depuis la piste et fortement armés. Le radio de la jeep de commandement a juste le temps de signaler l’accrochage avant de s’écrouler, mortellement blessé. Des tireurs postés sur les hauteurs environnantes retardent le débordement d’éléments du 2ème peloton arrivés à pied en renfort. Les quelques survivants du 1er peloton, tous grièvement blessés, se défendent avec courage jusqu'à épuisement de leur munitions et de leur force.

 

Un groupe de rebelle sort de sa position et prend d’assaut les jeeps de tête. Le décrochage se fait rapidement sous les tirs du 75S/R du 2ème peloton. Les rebelles emportent dans leur fuite une mitrailleuse, plusieurs fusils et pistolets mitrailleurs. La fusillade n’a duré que quelques minutes. Les véhicules sont pratiquement détruis, deux jeeps brûlent.

 

Un élément de la 2ème compagnie arrive en renfort et permet l’évacuation des tués et blessés. Une opération d’envergure est montée rapidement, des troupes sont héliportées afin de pourchasser les fuyards. L’escadron de reconnaissance du capitaine Darse a perdu onze tués et six blessés.

 

Les tués sont : le sous- lieutenant Guy Manceaux ; les caporaux chefs Emile Decramer et Pierre Flores ; les parachutistes Raymond Maugras, Louis Dambry, Paul Simon, Lucien Cousin, Richard Biernat, Jean Sotto, Henri Vergez, Michel Peter. Les blessés sont : les sergents Langlois et Legros ; le caporal Faure ; les parachutistes Arrigossi, Lemoine et Latouche. »

 

L’Etat des Services du sous-lieutenant Guy Manceaux mentionne : « Rayé des contrôles du 18ème RCP le 13 juin 1957. Mention « Mort pour la France » accordée ».

 

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Fontenay-aux-Roses : www.fontenay-aux-roses.fr

·         Site sur le 18ème RCP et Guy Manceaux : http://parachutiste.18.rcp.free.fr/

·         Site 1er RCP : www.rcp1.terre.defense.gouv.fr

·         Histoire des parachutistes : www.museedesparas.com

·         Etat de services de Guy Manceaux, obtenus auprès de la caserne Bernadotte de Pau, Bureau Central d’Archives Administratives Militaires.

 

 

 

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Vendredi 15 juillet 2011 5 15 /07 /Juil /2011 17:39

 

 

 

 3ème RIMA - 1960

 

 

 

Marsouins du 21ème RIMA – 3ème section – Secteur d’Aïn Zerga en 1960 (copyright Jean-Pierre Vanneau).

 

 

Une enfance châtenaisienne.

 

Parmi les quatorze tombes du carré militaire du cimetière « nouveau » de Châtenay-Malabry, figurent Jean-Louis et François Benoit. « Bien sûr ce sont les jumeaux ! » ont été les premiers mots entendus quand nous avons commencé à chercher des renseignements. Et l’Etat civil a donné son verdict. Jean-Louis Henri Maurice Benoit est né le 8 mars 1939 à Paris, dans le 13ème arrondissement. Il est le fils de Maurice (il n’y a que cette indication) et Marthe de Bonnedeau, domiciliés à Châtenay-Malabry, rue Claude Monet. Quant à François Guy Benoit, il nait le 27 juillet 1939 à Douala, au Cameroun. Il est le fils de Guy Charles Benoit et d’Emma Dupuy.

 

« C’était bien des jumeaux », indique Monsieur Jean-Claude Laronde, aujourd’hui porte drapeau du Souvenir Français de Châtenay-Malabry. « Du moins, rectifie-t-il, il y aurait à redire. Nous étions ensemble à l’école élémentaire Thomas Masaryk de Châtenay et peut-être bien que le premier à les avoir appelés les jumeaux était le maître d’école. Et après, nous avons tous pris cette habitude. On ne se posait pas plus de questions que cela. Nous n’avions qu’une dizaine d’années… En plus, comme il y avait une certaine ressemblance, on n’est jamais allé chercher plus loin. Par la suite, je les ai perdu de vue ».

 

Par la suite, comme la très grande majorité des jeunes gens qui ont vingt ans à la fin des années 1950, direction l’Algérie !

 

  

Embuscade à Bir-Rezala.

 

Les informations inscrites sur l’état signalétique et des services de François Benoit, fourni par le Bureau central d’archives administratives militaires de la caserne Bernadotte de Pau, signalent un « appelé à l’activité » le 2 septembre 1959. Le jeune homme est affecté au Groupe de Transport n°500 pour ses classes. Nommé brigadier le 1er février 1960, il est transféré à la 281ème Compagnie de Circulation Routière le 29. Le 21 juin 1960, il embarque à Marseille et arrive à Philippeville, en Algérie, le lendemain. Il est alors nommé à la 3ème compagnie du 43ème régiment d’infanterie.

 

Le 43ème RI, descendant de l’illustre « Régiment des vaisseaux » créé sous l’Ancien régime, en 1638, fait à l’origine partie de ces unités chargées de servir sur les bateaux et dans les colonies. L’un de ses premiers chefs de corps est le cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu. Juste retour des choses en 1960…

 

Cette année-là marque la fin du plan du général Challe qui aboutit à la victoire de l’armée française sur le terrain, même si au global la situation est loin d’être pacifiée : les attentats continuent ; çà et là, des groupuscules font régner la terreur. La France a maintenant près de 400.000 hommes sur le terrain et cela ne suffit toujours pas. Toute victoire militaire ne peut rien sans solution politique. La situation semble inextricable. Le général de Gaulle le sait plus que quiconque. A Alger, Joseph Ortiz et Jean-Jacques Susini montent les Français les uns contre les autres. Le 14 juin, le président de la République française demande une nouvelle fois l’arrêt des combats et parle ouvertement d’un vote d’auto-détermination du peuple algérien sur son avenir.

 

François Benoit n’a que faire de la politique. Il est militaire. Il obéit aux ordres donnés par son supérieur. Quotidiennement, il participe avec son escouade à ces opérations de pacification, que l’on appelle à l’époque « de maintien de l’ordre ». Placé dans le secteur de Djidjelli, il tombe malheureusement dans une embuscade le 26 juillet 1960 dans la région de Bir-Rezalla et y est mortellement blessé. A titre posthume, il reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme.

 

Chez les marsouins.

 

Jean-Louis Benoit est appelé le 4 mai 1959 et est affecté au 2ème régiment de marche du Tchad. Libérable le 1er novembre 1960, il est maintenu sous les drapeaux, selon l’article 40 de la loi du 31 mars 1928, réactivée en 1956 par le gouvernement de Guy Mollet, et est alors dirigé le 14 novembre vers le 21ème RIMA (régiment d’infanterie de marine). Il devient marsouin, nom donné aux militaires de ces unités et provenant de ce petit cétacé qui accompagne souvent les navires (les militaires de l’infanterie coloniale ne participant à la navigation).

 

Jean-Louis Benoit débarque à Bône, en Algérie, le 15 novembre 1960. Au premier jour de l’année 1961, il est nommé au grade de caporal. Galons qu’il a peine le temps de fêter : il est tué le 24 février 1961, dans la région de Bekkaria.

 

Le Journal officiel du 17 juin 1961 publie le décret du 10 juin par lequel Charles de Gaulle, président de la République, décrète la médaille militaire à Jean-Louis Benoit, caporal au 21ème régiment d’infanterie de marine : « Chef de voiture particulièrement courageux et mordant, dans la nuit du 24 au 25 février 1961, comme chef de patrouille, s’est porté avec rapidité malgré les tirs de mortiers, de mitrailleuses et de canons S.R., au secours du poste de « Pharandole » (zone sud-est Constantinois) attaqué. Arrêté par des éléments rebelles infiltrés près du barrage, a riposté immédiatement avec sa mitrailleuse puis avec son half-track d’appui. S’est élancé sous un tir très dense à hauteur du premier véhicule du peloton blindé d’intervention pour lui désigner les emplacements repérés. A été mortellement blessé dans cette action au cours de laquelle il a montré toutes ses qualités de chef. Restera pour ses camarades, un exemple permanent de courage et du dynamisme. Cette concession comporte l’attribution de la croix de la valeur militaire avec palme ».

 

Deux frères ? Deux cousins ? Finalement, peu importe. Pour l’éternité, François et Jean-Louis Benoit sont l’un à côté de l’autre dans le petit carré militaire de Châtenay-Malabry.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

·  Ville de Châtenay-Malabry : www.chatenay-malabry.fr

·  Informations et entretiens avec Monsieur Torre et Monsieur Laronde, Châtenay-Malabry, mars 2011.

·  Site : http://copainsdavant.linternaute.com  : page de Jean-Pierre Vanneau.

·  Etats signalétiques et des services de François Benoit et Jean-Louis Benoit, fournis par le Bureau central d’archives administratives militaires (Caserne Bernadotte de Pau).

·  Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·  Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·  Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·  Georges Fleury, Nous les combattants d’Algérie, François Bourin Editeur, 2010.

 

 

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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 17:02

 

Algerie 62 - depart des français

 

 

Exode de Français d'Algérie en 1962 (copyright www.histoire-en-questions.fr).

 

Au sein du carré militaire de Meudon, la tombe « Famille Cassis » évoque entre autres la disparition de Maurice Cassis, à Oran le 5 juillet 1962, soit trois mois et demi après les Accords d’Evian du 19 mars 1962, qui mettent fin à la guerre d’Algérie. Comment en est-on arrivé là ?

 

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

 

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

 

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

 

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités. Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

 

« Une victoire française sur le terrain ».

 

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

 

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

 

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

 

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

 

 

Oran – 5 juillet 1962.

 

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

 

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

 

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

 

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr

·         Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.

·         Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.

·         Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

·         Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·         Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·         Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·         Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

 

 

 

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Vendredi 17 décembre 2010 5 17 /12 /Déc /2010 22:03

 

palestro2

 

 

 

Les gorges de Palestro.

 

Avril 1956. Sur ordre du gouvernement, les premiers militaires du contingent débarquent sur le sol algérien. Ils sont appelés, ou rappelés : c’est-à-dire qu’ayant effectué déjà leur service militaire, ils reviennent sous les drapeaux pour une durée de six mois, ou plus selon leur demande.

 

C’est ainsi le cas de l’aspirant Hervé Artur. Natif de Casablanca, âgé de trente ans, préparant son agrégation de philosophie, il effectue une nouvelle période et intègre le 9ème régiment d’infanterie coloniale. Il a sous ses ordres les fantassins de la 2ème section : les sergents Bigot et Chorliet, les caporaux-chefs Galleux et Aurousseau, les caporaux Poitreau et Hecquet et les soldats Desruet, Dufour, Caron, Dobeuf, Gougeon, Carpentier, Serreau, François, Villemaux, Chicandre, Nicolas, Daigneaux, David-Nillet et Dumas.

 

Le 9ème RIC est implanté non loin de la ville de Palestro, aujourd’hui appelée Lakhdaria, en Kabylie. Au matin du 18 mai 1956, Artur reçoit l’ordre d’une mission de reconnaissance dans des villages se trouvant non loin de l’Oued Djerrah. Une mission tout à fait ordinaire, menée par un officier qui croit en l’œuvre de pacification de l’Armée française en Algérie, comme le demande le secrétaire d’Etat aux Forces armées, chargé des Affaires algériennes, Max Lejeune. C’est d’ailleurs bien dans cet esprit que sont menées toutes les sorties de la section depuis plusieurs semaines.

 

Après plusieurs heures de marche, la section s’arrête dans un village où elle est reçue avec respect. C’est l’heure du casse-croûte, et les militaires commencent les palabres avec le chef du douar. Vers 11h, la section reprend sa marche. La piste se transforme en un sentier et commence la montée dans le djebel. Soudain, parfaitement placés, des fellaghas se mettent à tirer sur les soldats français. C’est une tuerie. Les hommes d’Artur ne peuvent se replier, pris sous un feu croisé. Aux ordres du lieutenant Khodja, ancien sergent de l’Armée française, déserteur, les militaires de l’Armée de libération nationale abattent les Français un par un. Le combat ne dure pas plus de vingt minutes. Seuls cinq marsouins survivent : Caron, Chorliet et Aurousseau sont blessés et intransportables ; ils sont confiés à des villageois. Dumas et David-Nillet sont faits prisonniers. Leurs geôliers leur laissent le temps d’écrire des lettres à leurs familles en indiquant qu’ils sont bien traités.

 

Macabre découverte.

 

Au lendemain, sans nouvelles de la section, le régiment donne l’alerte. Les parachutistes du 13ème dragons sont envoyés sur place. Ils trouvent le village abandonné. Ils trouvent également les hommes de la section Artur. Les villageois les ont exposés sur des rochers. Les marsouins sont atrocement mutilés : les yeux sont crevés, les testicules sont coupées, les entrailles retirées et remplacées par des cailloux, les pieds sont striés de coups de couteau. La chasse est lancée dans le djebel environnant et se solde par la mort d’une cinquantaine d’Algériens.

 

L’embuscade fait la une des journaux, à commencer par le magazine Paris Match. L’article fait sensation en métropole : en Algérie, c’est bien la guerre.

 

Sous les ordres du général Massu, l’Armée française décide d’envoyer près de trois mille soldats pour retrouver la section perdue. Le 23 mai, les parachutistes du 1er REP (régiment étranger parachutiste) et du 20ème BPC (bataillon parachutiste colonial) retrouvent la section de Khodja. Elle s’est réfugiée dans une grotte, avec ses deux prisonniers. L’assaut est lancé et il se termine par la mort de seize fellaghas, mais aussi du marsouin David-Nillet. Seul Dumas réussit à sortir vivant de l’aventure. Il décrit l’horreur qu’il vient de vivre.

 

Le déserteur – l’opinion publique.

 

Quelques jours avant le drame, l’aspirant Maillot, militant communiste, déserte l’Armée française. A bord du camion qu’il conduit se trouvent des dizaines d’armes automatiques. Il livre son chargement aux fellaghas. Le marsouin Dumas raconte : « Nous approchions d’une ligne de rochers en surplomb du sentier, lorsque la fusillade éclata. Les rebelles n’étaient pas à trente mètre devant nous, bien à l’abri dans la pierraille. Ils tiraient au fusil de chasse et à l’arme automatique ».

 

Finalement, même s’il est difficile d’indiquer qui sort vainqueur de cette tragédie, un fait est avéré : l’opinion publique française découvre qu’en Algérie, même si le gouvernement parle « d’événements », c’est bien la guerre, et que les soldats qui tombent pour la patrie sont aussi des rappelés. Mesure qui deviendra au fil des mois de plus en plus impopulaire.

 

Le nom du marsouin Serge Villemaux, né le 31 octobre 1932, mort à Palestro, est inscrit sur le monument aux morts de Ville d’Avray.

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - Algérie
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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 21:47

 

2010-09-25, Hommage Harkis 019 

Voici le discours prononcé le 25 septembre 2010, à la mairie d'Issy-les-Moulineaux, par André Santini, à l'occasion de la journée d'hommage aux harkis et aux membres des autres formations supplétives de l'Armée française pendant la guerre d'Algérie.

 

Retrouvez les photographies dans l'album : "2010-09-25, Harkis".

 

 

« La Ville d’Issy-les-Moulineaux, attache depuis toujours, une particulière importance au devoir de mémoire.

 

Victimes du génocide arménien, déportés,  résistants et anciens combattants de la seconde Guerre Mondiale, soldats français d’Indochine… je ne les citerai pas tous, mais, nous tenons à rendre hommage, chaque fois que nous le pouvons, à ces héros anonymes ou célèbres.

C’est pourquoi il était naturel qu’Issy-les-Moulineaux s’associe à nouveau à la Journée nationale d'hommage aux harkis et autres membres des formations supplétives pour que les générations futures mesurent l’importance de leur sacrifice et n’oublient rien du tribut tragique qu’ils ont payé alors.

 

En effet, comment oublier les harkis, à la fois héros et martyrs de la France ?

 

Souvenons-nous que, supplétifs, militaires d’active, agents de l’Etat ou anciens combattants, ce sont près de 280 000 musulmans restés fidèles à la France pendant la guerre d’Algérie qui ont été directement menacés de mort par le FLN à la fin de la guerre, soit plus d'un million de personnes si l'on y ajoute leurs familles.

 

Du fait du refus du gouvernement français de prendre les mesures nécessaires pour les protéger, 150 000 d'entre elles seront assassinées dans des conditions abominables, après le 19 mars 1962, date officielle du cessez-le-feu.

 

Après cette date, 25 000 Pieds-noirs ont également été massacrés ou enlevés, sans avoir davantage été ni secourus ni recherchés.

 

Ces chiffres terribles, c’est moi-même qui les ai communiqués, alors que j’étais secrétaire d'Etat aux Rapatriés de 1986 à 1988.

 

Ce devoir de mémoire, qui nous rassemble aujourd’hui, ne doit donc pas occulter notre devoir de réparation.

 

J’ai apporté une première pierre lors de mes fonctions ministérielles, la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés en a ajouté une seconde.

 

Le lundi 20 septembre dernier, Hubert Falco, Secrétaire d’état aux Anciens combattants, à poursuivi cet œuvre en annonçant la création de la Fondation pour la mémoire de la Guerre d’Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie, prévue par la loi du 23 février 2005.

Elle sera installée aux Invalides le mardi 19 octobre.

 

Mais nous devons aller encore plus loin dans l’édifice qui abritera ces fils et filles de la France, ainsi que leurs familles.

 

C’est justement pour que les harkis ne soient pas ces oubliés de l’Histoire, c’est pour que le souvenir de leur sacrifice demeure vivant dans nos cœurs que nous leur rendons hommage aujourd'hui. »

 

 

 

André SANTINI

Ancien Ministre

Député - Maire d’Issy-les-Moulineaux

 

 

2010-09-25, Hommage Harkis 011

 

Par Souvenir Français des Hauts-de-Seine - Publié dans : Témoignages-Portraits - Algérie
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