Publié le 24 Août 2015

Les Compagnons de la Libération des Hauts-de-Seine : Jacques Baumel de Rueil-Malmaison.

Jeunesse à Marseille – La Résistance.

Fils de médecin, Jacques Baumel est né à Marseille le 6 mars 1918. Après des études au lycée Thiers, il entre à la faculté de médecine de Marseille. C’est alors qu’il est mobilisé, à la déclaration de la guerre, en tant que de médecin lieutenant auxiliaire. Il est affecté successivement à Montpellier et Toulon puis, après l’armistice, à un régiment de chasseurs près de Cannes.

Jacques Baumel tente de rejoindre Londres au cours de l’été 1940 et se fait engager comme médecin intérimaire de bord sur une compagnie maritime ce qui lui permet de gagner Alger. Ne trouvant pas de filière d’évasion, il rentre en France et décide d’y rester et d’agir sur place. Démobilisé début 1941, il reprend ses études de médecine à l’hôpital. Il fait la rencontre de Maurice Chevance et d’Henry Frenay, chef du Mouvement de Libération Nationale (MLN), futur mouvement Combat. Chargé de la diffusion du journal Vérités pour Marseille, il participe à la réunion constitutive de Combat pour la région R2 (Hautes-Alpes, Alpes de Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Bouches du Rhône, Gard et Vaucluse). Il est alors chargé de la branche ROP (Recrutement / Organisation / Propagande) pour la région sud-est aux côtés du responsable militaire Henri Aubry, avec Bertin (Maurice Chevance) comme chef de région et il entre au Comité directeur de Combat.

Se couvrant de ses fonctions médicales, il multiplie les contacts avec les groupes Combat de Nice, Toulon, d’Avignon, des Hautes Alpes et Basses Alpes. Il assiste, entre autres, à une réunion générale des responsables de toutes les régions de zone sud, à Yenne, en Savoie, convoquée pour coordonner l’action de Combat sur la zone sud. Au moment de l’occupation totale de la zone sud, Jacques Baumel est désigné comme secrétaire politique de Combat et, comme tel, est chargé des questions civiles et administratives. A ce titre, il voyage constamment pour rencontrer les responsables de Combat, pressentis pour de futurs postes administratifs.

Début 1943, au moment de la constitution des Mouvements Unis de la Résistance (MUR), fusion de Combat, Libération et Franc-Tireur, il est désigné comme secrétaire général des MUR et est chargé de mettre à exécution les décisions du Comité directeur qui se réunit clandestinement deux fois par semaine. Il a également la responsabilité de superviser les services généraux du Mouvement, c’est-à-dire le service trésorier, le service social, le service « faux-papiers » et les liaisons, ce qui l’amène à prendre des contacts étroits avec la délégation zone sud du Comité de Londres et notamment avec « Max » (Jean Moulin) et Pierre Lambert.

En août 1943, les MUR s’installant à Paris, il est désigné comme secrétaire du Comité directeur et chargé plus spécialement des contacts politiques avec les autres mouvements de Résistance et la délégation générale, ce qui l’amène à multiplier ses rendez-vous avec différentes personnalités du monde politique et résistant. A l’automne 1943, il est désigné par le délégué du CFLN, Jacques Bingen, au poste de secrétaire du Comité Central des Mouvements de Résistance, en remplacement du titulaire récemment arrêté.

Jacques Baumel créé alors un service de coordination et de liaison avec quelques collaborateurs, service chargé des relations entre les Mouvements de Résistance nord et sud et les Commissions spécialisées du Comité central, c’est-à-dire le CAD (Comité Anti-déportation) avec Yves Farge, le Commission Service de santé avec le professeur Vallery-Radot, la Commission Ravitaillement avec Minet, le Commission Noyautage des administrations publiques (NAP), etc. En 1944, il est l’élément de liaison entre le MLN (Mouvement de Libération Nationale qui a remplacé les MUR) dont il reste secrétaire du Comité directeur, et la délégation du gouvernement.

Quelques semaines avant le débarquement, Jacques Baumel est chargé d’accompagner l’exécutif zone sud du MLN en vue de mettre en état cette zone en cas de débarquement par le sud. Il parcourt alors diverses villes de zone sud (Toulouse) avec Pascal Copeau et Marcel Degliame (dit « Fouché »), puis, au moment de l’arrestation de « Reclus » (Jacques Bingen), délégué général, à la mi-mai 1944, il est chargé provisoirement de la délégation zone sud avec Pierre Lambert. Après la désignation par Londres du nouveau délégué général, Jacques Maillet, Jacques Baumel reste à Lyon jusqu’au débarquement en Provence au mois d’août 1944 pour assurer la liaison entre les mouvements de Résistance et la délégation. Il passe ensuite dans la zone contrôlée par le maquis et accompagne le délégué du gouvernement, Claude Serreulles à Clermont et à Limoges récemment libérées. Il gagne Paris au début septembre pour prendre le secrétariat du MLN. Nommé au Comité directeur du MLN, il est désigné comme secrétaire général le 13 novembre 1944.

Carrière politique nationale.

Après la Libération, Jacques Baumel entreprend une carrière politique. Membre de l’Assemblée consultative provisoire (1944-1945), il est élu député de la Moselle à la première Assemblée nationale constituante en 1945, puis député de la Creuse à la seconde Assemblée nationale constituante en 1946 ; il préside la groupe UDSR (Union Démocratique et Socialiste de la Résistance – mouvement créé par René Pleven et François Mitterrand).

Le 10 novembre 1946, il n’est pas réélu dans la Creuse qui envoie à l’Assemblée nationale deux députés communistes et un député socialiste. La liste du Rassemblement des gauches qu’il conduit ne recueille que 16.096 voix sur 89.065 suffrages exprimés. Dès l’hiver 1946, Jacques Baumel entame avec Jacques Soustelle une campagne de recrutement parmi les gaullistes. Il contribue à ce que l’UDSR autorise ses membres à adhérer individuellement au RPF (Rassemblement du Peuple Français), fondé le 7 avril 1947 à Strasbourg. Adjoint de Jacques Soustelle, secrétaire général du RFP, il en est le délégué général pour la Région parisienne en 1950 et se consacre à l’organisation professionnelle et aux groupes sociaux. Secrétaire général du groupement des patrons intéressés par la réforme des relations dans l’entreprise, il mène aussi une activité de publiciste, dirigeant notamment l’hebdomadaire Terre des Hommes et le Panorama du Monde et des Sciences.

Sénateur de 1959 à 1967, il devient l’un des adjoints des secrétaires généraux de l’Union pour la Nouvelle République (UNR). Il se rend aux Etats-Unis pour suivre la campagne de John Fitzgerald Kennedy en 1960. Il accède au secrétariat général du mouvement gaulliste le 7 décembre 1962 après le succès remporté par l’UNR-UDT en novembre et assume cette fonction jusqu’au 19 janvier 1968 où il est remplacé par Robert Poujade (ce dernier est alors député de la Côte d’Or). Il est élu lors des neuf élections à l’Assemblée nationale dès 1967 et siège au Palais Bourbon jusqu’en 2002, tour à tour membre de l’Union pour une Nouvelle République (UNR), de l’Union pour la Défense de République (UDR) et du Rassemblement pour la République (RPR).

A Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine et en Europe !

Jacques Baumel est secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre Jacques Chaban-Delmas du 20 juin 1969 au 5 juillet 1972. Maire de Rueil-Malmaison, « une ville de province aux portes de Paris » selon son expression, de 1971 à 2004, il est à l’origine de Rueil 2000 (aujourd’hui Rueil-sur-Seine – un des 12 villages de Rueil-Malmaison, comme Buzenval ou Les Coteaux). Il pratique une politique active dans tous les domaines, à commencer par celui des jumelages (19 en tout) et favorise l’implantation de sièges sociaux d’importantes entreprises (Heineken, Unilever, Astra Zeneca, Vinci…).

Il préside le Conseil général des Hauts-de-Seine pendant neuf ans de 1970 à 1973 puis de 1976 à 1982. Au niveau européen, il représente le Parlement français à l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale et à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Jacques Baumel meurt le 17 février 2006 et repose au cimetière du petit village de Fourneville dans le Calvados.

Publications.

  • Une certaine idée de la France, éditions Vaugirard, 1985.
  • La France et sa Défense, éditions des Forges, 1994.
  • Résister, Histoire secrète des années d'occupation, Albin Michel, 1999.
  • De Gaulle, l'exil intérieur, Albin Michel, 2001.
  • La Liberté guidait nos pas, Plan, 2004.
  • La Libération de la France, édition l'Archipel, 2004.
  • Un tragique malentendu. De Gaulle et l'Algérie, Plon, 2006.

Décorations.

  • Compagnon de la Libération.
  • Officier dans l’ordre national de la Légion d’honneur.
  • Croix de Guerre 39-45.
  • Médaille de la Résistance.

Sources :

Musée de l’Ordre de la Libération et site : www.ordredelaliberation.fr

Encyclopédie Wikipédia.

Site du Sénat – www.senat.fr

Site de l’Assemblée nationale – www.assemblee-nationale.fr

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Publié le 26 Juillet 2015

Le Révérend Père Corentin Cloarec, mort pour la France.

Jeunesse – Etudes – Première Guerre mondiale.

Jean-Marie Cloarec nait le 30 mars 1894 à Saint-Sauveur dans le nord du Finistère, pays des Abers et de l’Iroise. Ses parents sont cultivateurs. Troisième enfant d’une fratrie de quatre, il fait des études secondaires au collège de Saint-Pol-de-Léon puis entre au grand séminaire de Quimper en octobre 1913.

Alors qu’il est toujours séminariste, Jean-Marie Cloarec est mobilisé en novembre 1914 et rejoint il rejoint le 118e RI. Il participe aux batailles sur la Somme puis en Champagne en 1915. C’est là qu’il est blessé, le 25 septembre 1915, à Perthes-les-Hurlus. Rétabli, il retourne au front en février 1916, alors que la bataille de Verdun fait rage. Porté disparu, il est en fait prisonnier des Allemands et emmené en Allemagne. Il restera détenu au camp de Rennbahn (près de Munster) jusqu’en 1918.

Retour au grand séminaire de Quimper.

En 1919, Jean-Marie Cloarec reprend ses études au grand séminaire de Quimper et demande à entrer dans l’ordre des Frères mineurs. Il devient alors Corentin Cloarec.

Il fait son noviciat au couvent d’Amiens puis rejoint le scolasticat de Mons-en-Barœul dans le Nord. Il est ordonné prêtre le 2 juillet 1925 à Notre Dame de Paris. Devenu le père Corentin Cloarec, il enseigne au petit séminaire de Fontenay-sous-Bois puis au couvent de Saint-Brieuc, entre 1927 et 1937. A cette date, il est rappelé à Paris pour être vicaire du couvent Saint-François de Paris et responsable régional du Tiers-ordre franciscain.

La Seconde Guerre mondiale.

Mobilisé en 1940, le père Cloarec est affecté à un dépôt à Brest. Il ne participe pas aux combats de la Campagne de France mais refusant d’être prisonnier des Allemands qui arrivent en Bretagne au cours de l’été 1940, il se réfugie au couvent Saint-François de Paris, rue Marie-Rose dans le 14e arrondissement.

Peu après son arrivée, il prend contact avec des groupes de résistants, et notamment le mouvement « Ceux de la Libération ». Il est également en contact avec des gendarmes pour obtenir des faux-papiers à celles et ceux qui le sollicitent pour partir en Espagne. Deux années plus tard, il commence sa collaboration avec le mouvement de résistance Vercingétorix. A cette occasion il retrouve l’un de ses anciens condisciples du dépôt de Brest, Yves Massié. Comme il retrouve également Jean Teissier de Marguerittes, franciscain, qu’il héberge en 1943 au couvent Saint-François de Paris.

L’endroit devient peu à peu le repère – le refuge – d’un bon nombre de résistants et les réunions permettent aux lieutenants FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) de la Région parisienne d’exposer et de partager les ordres reçus du colonel Henri Rol-Tanguy, chef des FFI pour toute l’Ile de France.

Mais des tels agissements, de telles réunions finissent pas être découverts par la Gestapo. Des membres des réseaux régulièrement reçus au couvent sont arrêtés et torturés par la police politique allemande. Le 28 juin 1944, celle-ci dépêche deux jeunes français dont la mission consiste à se rendre au couvent et rencontrer le père Cloarec. Se faisant passer pour des résistants, ils y sont reçus et, à peine le temps d’entamer la conversation, ils tirent sur le religieux.

Le père Cloarec est atteint de plusieurs balles. Il parvient à se refugier dans le cloître du couvent, mais poursuivi, il est de nouveau atteint de plusieurs balles. Transporté dans une clinique toute proche, le père Corentin Cloarec meurt en déclarant : J’offre ma vie pour mes frères et pour le pays.

Hommages.

Dès l’annonce de l’assassinat du père Cloarec, c’est la consternation. Près de 30.000 personnes défilent devant sa dépouille entre le 29 juin et le 3 juillet 1944, date des obsèques, présidées par un évêque auxiliaire de Paris, Monseigneur Touzé.

En août 1944, le conseil de Paris décide de baptiser « Père Corentin » la rue qui longe le couvent Saint-François de Paris. L’année suivante, les municipalités de Courbevoie et de Bois-Colombes baptisent elles-aussi des rues du nom du révérend père.

Le 28 juin 2014, en l’honneur du 70e anniversaire de sa mort, une conférence a été organisée au couvent Saint-François et un ouvrage a été publié aux Editions Franciscaines. Il s’intitule : Le Père Corentin – Franciscain et résistant ».

Sources :

Sites Wikipedia, Larousse.

Site de la Résistance en ligne : www.museedelaresistanceenligne.org

HJ Rochereau, Le Séminaire Notre Dame de la Merci, Paris, Tequi, 1919.

Archives de la ville de Courbevoie

Journal de Marche et des Opérations du 118e RI

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Publié le 26 Juillet 2015

Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard en action.
Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard en action.

Notre camarade et ami Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard vient d’être élevé à la dignité de chevalier dans l’Ordre du Mérite maritime, par Madame Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Ecologie.

La Délégation des Hauts-de-Seine du Souvenir Français lui adresse toutes ses félicitations.

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Publié le 27 Juin 2015

Conseil de guerre à Bir-Hakeim avant la bataille (Copyright ECPAD).

Conseil de guerre à Bir-Hakeim avant la bataille (Copyright ECPAD).

Biographie.

 

Emile Bellet est né le 20 juin 1911 à Boulogne d’un père mécanicien et d’une mère blanchisseuse.

Il s’engage dans l’armée, à Nevers, et choisi l’arme de l’infanterie de marine.

Il sert au 24e régiment d’infanterie coloniale (24e RIC) à Tripoli au moment de l’armistice de 1940. Le 27 juin, dès que le général Mittlehauser dépose les armes en Syrie, il refuse l’armistice et passe en Palestine avec le capitaine Folliot et les volontaires de sa compagnie, à l’aide de faux ordres de mission.

Rassemblée au camp de Moascar (Egypte), la compagnie Folliot, équipée et armée par les Anglais, est rejointe en juillet par les 350 hommes du 3e bataillon du 24e RIC emmenés par le capitaine Lorotte en provenance de Chypre. Ils forment ensemble le 1er Bataillon d’infanterie de marine, 1er BIM, première unité française libre à reprendre le combat.

Emile Bellet participe ainsi à la 1ère campagne de Libye avec les Britanniques contre les Italiens. Il est toujours volontaire pour les patrouilles de renseignements dans les lignes ennemies. Alors qu’il est détaché sous les ordres du sergent Delsol auprès de l’artillerie britannique, il parcourt, dans le cadre d’une mission, 25 km à pied dans la nuit pour chercher du secours pour ses camarades blessés dans un champ de mine.

Le 3 janvier 1941, il est blessé à l’attaque du camp d’aviation de Bardia. Dirigé sur un hôpital britannique, il rejoint son unité le 21 février 1941. Il prend part ensuite à la campagne de Syrie en juin 1941 puis, avec la 1ère Brigade française libre du général Koenig, à la campagne de Libye.

Au cours d’une mission de liaison près de Bir-Hakeim, Emile Bellet est mitraillé à bord de son véhicule par des avions ennemis et meurt de ses blessures à Bir-Hakeim le 13 avril 1942. Il est inhumé sur place. Après la guerre, son corps est transféré au cimetière de Tobrouk.

 

 

Décorations.

  • Compagnon de la Libération – décret du 7 mars 1941.
  • Croix de Guerre 39-45.

 

© Ordre de la Libération.

 

Source :

Musée de l’Ordre de la Libération et site : www.ordredelaliberation.fr

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Publié le 13 Juin 2015

e gauche à droite: Marie Thérèse Duval, Michel Krieff, Claude Durand, André Labour, Robert Duval et Yves Perrée

e gauche à droite: Marie Thérèse Duval, Michel Krieff, Claude Durand, André Labour, Robert Duval et Yves Perrée

Cette assemblée s’est tenue 23bis rue du Château, le 11 avril 2015, à partir de 15 heures 15.

 

Après la diffusion de la Marseillaise, le président Robert Duval a accueilli Yves Perrée, Premier adjoint au maire, délégué aux Associations patriotiques, André Labour, délégué général du Souvenir-Français des Hauts-de-Seine, les participants. Il demande d'excuser l'absence de Philippe Juvin et de nombreux membres retenus à Sèvres par l'assemblée générale de l'UNC 92 ainsi que celles de Sylvianne Steinhof, présidente départementale des Amis de la Gendarmerie 92, et de Mme Claude Véron, présidente de la 626e section des Médaillés militaires de Courbevoie/La Garenne. Ensuite, il demande à Yves Perrée, de présider la séance. Il invite à respecter un moment de recueillement en souvenir des membres des associations décédés en 2014.

 

L’assistance écoute alors les différents rapports :

 

  • compte-rendu de l’assemblée générale du 8 mars 2014, par Gisèle Moulard ;
  • rapport moral, par Robert Duval. Le président rappelle la participation à de nombreuses cérémonies, remercie les porte-drapeaux, remercie les quêteurs, et exprime sa reconnaissance envers la mairie pour ses aides diverses et importantes ;
  • compte-rendu financier, par Gisèle Moulard ;
  • rapport du commissaire aux comptes, par Alain Pouilly.

 

Tous ces exposés sont adoptés à l’unanimité.

 

Lors de son intervention, André Labour, délégué général des Hauts-de-Seine, se réjouit d’être de nouveau parmi nous, il se félicite des bonnes relations avec les autres associations et apprécie la présence des jeunes porte-drapeaux à nos cérémonies. Il indique la tenue du congrès national la semaine suivante à Reims, au cours duquel le contrôleur général des Armées (2s) Serge Barcellini doit prendre la présidence générale du Souvenir-Français et il rappelle la tenue de l'assemblée générale départementale en novembre prochain à Saint-Cloud.

 

André Labour annonce la publication de deux documents départementaux l'un destiné aux enfants, l'autre aux parents afin de rappeler l'historique et faire connaître l'action du Souvenir-Français. Il rappelle les actions dans le cadre de l'entretien des tombes et des carrés militaires lorsque les municipalités ne peuvent plus le faire. Il indique que, conformément à leurs statuts, les Anciens de Rhin-et-Danube qui ne peuvent mener leurs actions vont rejoindre le Souvenir-Français. Il sollicite plusieurs actions, la relance de la quête du 1er novembre, l'incitation à rechercher quelle a été la vie d'un ancien combattant dont le nom figure sur un monument aux Morts et, bien entendu, la nécessité d'actions du souvenir pour le 100e anniversaire de la Guerre de 14-18, en particulier au profit des jeunes.

 

En guise de conclusion, après avoir indiqué que des comités locaux du département sont parfois dans une situation difficile, il fait savoir qu'il souhaite trouver un successeur à la tête de la délégation départementale.

 

Robert Duval le remercie et reprend la parole pour annoncer que Gisèle Moulard souhaite être relevée de ses fonctions de secrétaire et de trésorière. Alain Pouilly et Claude Durand font savoir qu'ils sont volontaires pour prendre, respectivement, les postes de trésorier et contrôleur de gestion. Cela se fera à l'issue de l'exercice financier en cours c'est à dire en octobre 2015.

 

Yves Perrée, reprend la parole pour remercier André Labour d'être venu une nouvelle fois participer à notre réunion, il remercie également Robert Duval d'avoir tenu cette assemblée générale annuelle et félicite  Any Loreaux qui vient de fêter ses 101 ans il y a quelques semaines et qu'il est heureux de voir en si bonne forme. S'agissant de la venue au sein du Souvenir-Français de membres de comité de villes voisines ou d'autres associations dissoutes, il exprime toute la confiance qu'il a en Robert Duval pour mener à bien cet accueil.

 

Sur proposition de Robert Duval, le président général du Souvenir-Français a décidé l’attribution de médailles d’honneur à plusieurs membres du comité garennois en remerciements des services rendus. André Labour procède à la remise de la médaille de bronze à Claude Durand, d'argent à Marie-Thérèse Duval et de vermeil à Michel Krieff. Robert Duval indique qu’un diplôme sera envoyé à plusieurs jeunes porte-drapeaux venus au moins une fois participer à une cérémonie patriotiques l’an dernier.

 

Yves Perrée remercie à nouveau Robert Duval et tous les participants, puis lève l’assemblée vers 16 h 15. Ensuite, nous avons partagé les verres de l’amitié dans une ambiance chaleureuse.

 

 

Robert Duval

Président du Comité garennois du Souvenir-Français

 

 

 

 

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Publié le 6 Juin 2015

Courbevoie et la caserne Charras.

A l’instar de nombreuses communes des Hauts-de-Seine, comme Rueil, Suresnes, Nanterre ou encore Saint-Cloud, Courbevoie a eu elle-aussi une caserne. Une caserne autrefois célèbre et qui permit à la ville de grossir rapidement. Une caserne dont maintenant seul le nom est connu car elle est devenue un centre commercial ! Il s’agit de la caserne Charras.

 

La caserne.

La Caserne Charras est l'une des trois casernes construites pour les Gardes suisses en application d'un décret royal de 1754, sur les plans de l'architecte français Charles Axel Guillaumot. Celle-ci date de 1756, et construite en même temps et sur le même modèle que celles de Rueil-Malmaison et de Saint-Denis. C'est de cette caserne que les Gardes suisses, commandés par le marquis de Maillardoz, partent le 10 août 1792 pour aller défendre les Tuileries, sur ordre de Louis XVI. Sur 950, seuls 300 soldats reviendront.

 

Durant le premier Empire, entre deux campagnes, la caserne abrite le 1er régiment de Grenadiers à pied de la Garde impériale. Pendant la révolution de 1830, des habitants de Courbevoie s'emparent de la caserne, défendue par le 3e régiment de la Garde. En 1886, elle prend le nom de « Caserne Charras » en hommage à deux officiers républicains, le général Joseph Charras et son fils le colonel Jean-Baptiste-Adolphe Charras.

 

A la déclaration de guerre, en 1914, s’y trouvent plusieurs compagnies du 119e régiment d’infanterie (d’autres étant sur Lisieux).

 

Le 119e.

Le 119e régiment d’infanterie de ligne est formé en 1808, à partir d’autres unités, pour aller combattre en Espagne. D’ailleurs, il s’illustre à Burgos et à Santander. Il reste en Espagne jusqu’en 1814 – date de la perte de cette conquête par la Grande Armée – et recule sur la France pour aller défendre la ville de Toulouse, sous les ordres du maréchal Soult. Ville qu’il ne peut tenir et qu’il doit évacuer le 12 avril 1814. Depuis six jours, l’Empereur napoléon 1er a abdiqué. L’encre parafant le traité qui le condamne à l’exil sur l’ile d’Elbe est à peine sèche…

Plus tard, le régiment est de la Guerre franco-prussienne et se bat héroïquement à Buzenval en janvier 1871. En 1914, le 119 se trouve établi dans deux casernes, à Lisieux et à Courbevoie, au quartier Charras. Le 119 fait partie de la 12e brigade d’infanterie, de la 6e division et du 3e corps d’armée.

Vincent Martin, caporal, a raconté ses premières impressions au 119e RI : « A Courbevoie, nous avons deux bataillons en garnison; le 1er commandé par le chef de bataillon Rignot et le 2ème par le chef de bataillon Carlier. Le Colonel, auquel sont adjoint un Lieutenant-colonel et un chef de bataillon adjoint, est avec nous. Nous sommes la portion principale du régiment. A Lisieux nous avons un troisième bataillon. C'est la portion centrale ou se tiendra le dépôt en cas de guerre. Chaque bataillon est composé de quatre compagnies : en temps de paix chaque compagnie est divisée en huit escouades numérotées : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15. En temps de guerre, chaque compagnie comprend seize escouades. Les soldats de l'armée active sont répartis entre les escouades qui sont complétées par les réservistes appelés directement à leur lieu de mobilisation. Ainsi j'appartenais à la 5ème escouade et je fus versé, à la mobilisation, à la 6ème. Ce qui fait qu'a la mobilisation, nous avons par compagnie quatre sections de quatre escouades. A chaque bataillon est adjointe une section de mitrailleuses, bien peu à côté de ce que possèdent les allemands. Nous nous plaisions bien en garnison à Courbevoie; tous les samedis soir, nous allions en permission à Dennemont et rentrions le dimanche avant minuit à la caserne. »

 

Première Guerre mondiale.

A la déclaration de guerre, le 119e est envoyé en Belgique où il participe à la bataille de Charleroi, puis à celle de la Marne. L’année suivante, il est de l’offensive en Artois puis à Vimy et au Bois de la Folie dans la Somme. Lors de l’attaque du 25 septembre, le régiment connait l’une de ses pages les plus noires avec la mort de près de 240 de ses hommes : « les premières vagues escaladent le parapet ; mais elles sont aussitôt accueillies par un feu intense de mousqueterie et de mitrailleuses, car la préparation d’artillerie, très efficace sur la deuxième et la troisième ligne, a respecté la première. Nombreux sont ceux qui tombent avant d’avoir fait dix pas ; ceux qui ont pu parvenir jusqu’aux fils de fer, intacts, sont accueillis par un violent barrage de grenades. Les secondes vagues s’élancent néanmoins et ont le même sort ; le commandant Broquette, les capitaines Viguier, Roussel, sont tombés les premiers. Les survivants des vagues d’assaut, blottis dans les trous d’obus, doivent attendre la nuit pour regagner en rampant la parallèle de départ ».

En 1916, le 119e combat à Verdun entre avril et mai. Il est décimé au Fort de Vaux le mois suivant.

Sur l’Aisne, de mars à mai 1917, le régiment fait partie de ceux qui refusent de monter au combat. Il n’en est pas fait mention dans son « Journal de Marche et des Opérations ». Au contraire, le document insiste sur l’héroïsme dont fait preuve l’ensemble des soldats face aux attaques répétées de l’ennemi. Enfin, en 1918, en Picardie, le 119e RI participe à l’offensive victorieuse.

 

Le 16 novembre, la 6ème division, massée sur le terrain de manœuvres d’Epernay, est passée en revue par le général Poignon qui prononce l’allocution suivante :

« Camarades de la 6ème division,

Les combats ayant pris fin nous pouvons, avec une légitime fierté, porter nos regards sur le chemin parcouru depuis plus de quatre ans. Chemin âpre et glorieux le long duquel nous avons laissé des camarades aimés qui, par leur sublime bravoure, en nous donnant la Victoire, ont assuré le triomphe du Droit et de la Liberté. Soldats tombés à Charleroi, vainqueurs de la Marne, lutteurs obstinés du Godat, d’Aix-Noulette et de Verdun, défenseurs tenaces du Chemin-des-Dames et de Tahure, combattants victorieux de Ressons et de Canny-sur-Matz, de Pontavert et de Sissonne, malgré la terre qui vous recouvre, vous avez tressailli de joie le jour sacré où l’ennemi, battu et poursuivi, forcé d’avouer sa défaite, a demandé la paix,

Avant de nous éloigner de la zone dévastée où se livrèrent ces combats épiques, à vous ; héros glorieux de la 6ème division, en témoignage suprême de notre reconnaissance, nous adressons le salut de nos armées et de nos drapeaux.»

 

Par la suite.

En 1929, les bâtiments de la caserne sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Puis, en 1963, elle est démolie pour être remplacée par un centre commercial, qui en conservera le nom, de même que la façade… Une partie de celle-ci – l’avant-corps central – figure désormais dans le parc du château de Bécon les Bruyères.

 

Sources

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Publié le 24 Mai 2015

Marie-José Chombart de Lauwe (Copyright Le JDD).

Marie-José Chombart de Lauwe (Copyright Le JDD).

Elle se tient par terre, au milieu des fleurs de son jardin d’Antony. « M’asseoir dans l’herbe m’a beaucoup aidé au retour des camps, glisse la vieille dame. Là-bas, le moindre brin d’herbe, on l’arrachait pour le dévorer ».

 

A la voir se relever d’un bond, s’accroupir pour attraper un dossier, dérouler sans faiblir le fil de sa mémoire sans céder à l’émotion, en tenant droit ses grands yeux clairs dans les vôtres, difficile de croire que cette nonagénaire a survécu à l’enfer nazi. Marie-José Chombart de Lauwe fut déportée à Ravensbrück en même temps que Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle, qui entreront au Panthéon le 27 mai et dont un livre fait revive l’engagement (Dialogues, aux Editions Plon). Dans ses mémoires qui sortent ce mois aux Editions Flammarion, document bouleversant de sincérité, le matricule 21706 raconte l’horreur nue des camps, et pourtant ses pages prennent parfois des accents d’hymne à la vie.

 

Yvette, ou plutôt Marie-José (son deuxième prénom) Wilborts avait 17 ans, vivait une existence pour le moins sans histoire autour de son « royaume d’enfance », l’île de Bréhat, en Bretagne, quand elle entra en résistance, en 1940, en suivant  un engrenage familial. Avec un religieux, Jean-Baptiste Legeay – qui sera décapité à Cologne, en 1943, à 46 ans – sa mère, Suzanne Wilborts, sous le nom de « Sidonie Gibbons », rallie son mari – qui ne survivra pas à Buchenwald – et ses filles. Ce réseau informel se structure grâce au soutien de l’Intelligence Service, mais finit par imploser, dynamité par le contre-espionnage allemand. Le 22 mai 1943, « Marie-Jo » est arrêtée par la Gestapo.

 

Elle est déportée pendant près de deux ans. Une barbarie que Marie-José Chombart de Lauwe décrit presque au jour le jour. Car elle a tout noté quelques mois après son retour. Les exécutions, les souffrances, les humiliations, tout est consigné sur un cahier d’écolier. Il ne manque aucun détail, comme ce jour où les SS réveillent leurs prisonnières au milieu de la nuit, en hiver, pour « désinfecter le camp ». « Deux heures durant, entassées nues les unes contre les autres, nous attendons, témoigne la survivante. Puis on nous asperge de la tête aux pieds d’une sorte de pétrole huileux. On nous donne une chemise, une culotte, une robe de toile et une veste. On nous jette dehors alors qu’il gèle ». Le Mal distille son venin au quotidien. En interdisant aux travailleuses, par exemple, de quitter la chaîne de production pour aller aux WC hors de heures réglementaires ; or toutes souffrent de dysenterie. « Nous nous tordons sur place et attendant la pause ou l’accident, se souvient-elle. C’est un supplice et une humiliation ». Mais tout cela n’est rien par rapport à la Kinderzimmer, la nurserie du camp à laquelle le matricule 21706 sera affecté et qui reste une blessure à vif – ce passage du récit est insoutenable.

 

De retour des camps, « Marie-Jo » rencontre Paul-Henry Chombart de Lauwe, qui, aux commandes de son Spitfire, appuya le débarquement en Italie et en Provence, puis devint l’un des plus grands ethnologues du CNRS. Ensemble, ils auront quatre enfants. Ensemble, ils s’engageront, dans le sillage de Témoignage Chrétien, contre l’Algérie française et l’OAS.

 

Depuis la disparition de Paul-Henry, en 1998, Marie-José poursuit la lutte seule, multipliant les conférences dans les écoles, s’engageant pour la protection de l’enfance et contre l’extrême droite, dont elle surveille les moindres faits et gestes. La vieille dame ne baissera jamais la garde. Jamais.

 

Jérôme Cordelier

© Le Point

 

 

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Publié le 15 Mai 2015

Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Copyright Paris Match).

Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Copyright Paris Match).

Né le 22 janvier 1917 à Colombes, Jean-Louis Crémieux-Brilhac est mort à Paris le 8 avril 2015.

 

Cour des Invalides, le 15 avril 2015, discours de François Hollande, président de la République :

 

« Nous sommes rassemblés ici, autour du cercueil de Jean-Louis Crémieux-Brilhac, parce que c'était un grand Français, disparu après une longue vie mise au service de la République, qui lui avait d'ailleurs décerné, avant qu’il ne meure, la Grand Croix de la Légion d’Honneur. 

Jean-Louis Crémieux-Brilhac était un homme de devoir, il l’avait montré. C’était un homme de savoir, il le démontrait. Avec le temps, il était devenu un homme de mémoire. 

De son époque, longue, il avait tout vu, tout vécu, tout connu : le premier et le second Conflit mondial ; les camps de prisonniers allemands et les prisons soviétiques ; à 20 ans, il avait rencontré André Malraux et Stefan Zweig ; à 30 ans, il avait servi le Général de Gaulle à Londres ; à 40 ans, il avait suivi Pierre Mendès-France au pouvoir. Jusqu’à la fin de sa vie, il continuait d’écrire l’Histoire, après l’avoir faite. 

Jean-Louis Crémieux était un enfant de la République, c'est ainsi qu’il se définissait lui-même. Dans sa famille, on était républicain, évidemment, et citoyen, passionnément. Son père était un professeur, mais c’était aussi un ancien combattant de la Grande guerre. Il avait emmené son fils, Jean-Louis, aux obsèques d’Anatole France et du Maréchal Foch, comme pour réconcilier la France. 

Adolescent, il a vu la montée des périls et la France s’enfoncer dans ses querelles. De son éducation, il avait retenu qu’il n’y avait rien de plus digne que de servir la collectivité, et c'est cette passion civique qui l’aura finalement guidé tout au long de son existence. 

Il se destinait à devenir historien, et c'est l’Histoire qui l’a rattrapé. En 1940, il est mobilisé, il se bat avec courage lors de la campagne de France, mais il n’a pas le temps, pas le temps de sauver son pays. Il voit le spectacle de l’effondrement, de l’abaissement, et c'est cette situation éprouvante qu’il a voulu comprendre, pour en déchiffrer les raisons. 

Il a dénoncé tant de fois cette France anémiée, divisée, rongée par le défaitisme et la tentation de l’extrême. Il en avait tiré une conviction, elle était simple : c'est lorsque la France doute d’elle-même, lorsqu’elle se renferme, lorsqu’elle se referme, qu’elle cesse de se projeter, que la France cesse d’être la France. 

En pleine débâcle, lui, il avait tenu sa position. Ensuite, prisonnier en Allemagne, puis retenu en Russie, il parvint à rejoindre Londres, après un périple de plus de huit mois, avec 185 autres Français. Ils furent pour le Général de Gaulle, à Londres, l’un des plus importants renforts depuis les hommes de l’île de Sein. 

Libre et Français, Jean-Louis Crémieux l’avait toujours été. A Londres, il devint Crémieux-Brilhac. Brilhac, un pseudonyme qu’il avait choisi, en souvenir de la rue où, en mars 1940, il avait vécu les premières semaines de son mariage avec sa femme Monique. 

Pour parler de la France libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac aimait à emprunter les mots de Stendhal sur l’armée d’Italie de 1796. « On n’y eut pas trouvé 30 000 hommes, ayant plus de 30 ans. J’ajouterais, disait-il, une parole imprudente : ils n’étaient pas des gens du monde. » C’était la France des volontaires venus à Londres et aussi de l’Afrique, ces 30 000 volontaires de l’Empire qui formaient la moitié des troupes du général de Gaulle. C'est cette France-là que Jean-Louis Crémieux-Brilhac a voulu sortir de l’oubli, lorsqu’il a publié 1 500 pages de l’histoire de la France libre. 

Il a montré comment le Général de Gaulle a constitué cette utopie combattante « avec des bouts d’allumettes ». Il a raconté comment elle est devenue cet élan fantastique insufflé dans le corps rompu de la France. Il a rappelé qu’elle fut aussi une extraordinaire régénération politique, la matrice où la République s'est réinventée à la Libération plus sociale et plus démocratique. 

Dans cette petite République fraternelle de la France libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac était le responsable de la propagande. Il écoutait les émissions de l’ennemi, il recevait les nouvelles du front, et les rediffusait vers la France occupée. 

Tous les mois, il rédigeait un bulletin à l’intention de Rex, le chef de la Délégation générale clandestine. Longtemps, il a ignoré qui était Rex et qui se cachait derrière ce pseudonyme, pour découvrir ensuite qu’il s’agissait de Jean Moulin. 

En février 1944, il écrivit un article qui dénonçait l’extermination de trois millions de juifs d’Europe de l’Est « dans des chambres asphyxiantes ». Il fut hélas l’un des premiers à alerter. Lorsque le jour du débarquement est venu, il eut cet honneur de rédiger les messages de la BBC, à l’intention de l’opinion française. 

Dans cette période exaltante qui marqua sa vie, il considéra qu’il n’avait qu’un regret, celui de ne pas avoir connu la clandestinité. Il aurait dû en effet être parachuté sur le maquis de l’Ain, à l’été 1944, avec deux officiers, l’un américain et l’autre anglais. L’Anglais ne s’était pas présenté à l’heure, et le rendez-vous fut manqué, et il dut attendre Paris libéré pour participer à son tour à la libération de notre pays. 

La guerre terminée, Jean-Louis Crémieux-Brilhac devint fonctionnaire, avec une belle idée : promouvoir et diffuser le savoir. Il imagina alors en 1945 la Documentation française, pour que la reconstruction du pays se fasse aussi par la connaissance. Il voulait une maison d’édition de service public, créée pour donner aux citoyens, des faits, des chiffres, des analyses, des outils de compréhension sur les grandes questions, économiques, sociales, diplomatiques, politiques. 

Il voulait créer un instrument d’information, de transparence, de réflexion, pour une République moderne. Il ne s’agissait plus de propagande comme sous la France libre, il s’agissait de connaissances, de savoir, d’information. 

Il s’attacha à cette maison de la Documentation française, pendant plus de 30 ans. Il en fut le dirigeant. Il l’a modernisée, informatisée, représentée. Pour toute une génération de responsables publics, de fonctionnaires, dont je suis, il a été l’âme de la Documentation Française, celui qui a porté cette volonté inédite de l’Etat de s’ouvrir aux débats publics et d’aider à la compréhension du monde. 

L’homme qui incarnait à ses yeux cette République moderne, transparente, exigeante, savante, c’était Pierre Mendès-France. Jean-Louis Crémieux-Brilhac fut auprès de Pierre Mendès-France celui qui définit la stratégie publique pour la recherche en France. Il pensait que ce qui faisait la force de la France, c’étaient ses savants, c'était la science, c’était cette capacité à découvrir. 

Il travailla pour promouvoir cette belle idée du progrès, à travers l’Association d’étude pour l’expansion de la recherche scientifique. Il le fit avec Jacques Monod, le futur prix Nobel. Cette association était originale : elle était composée d’industriels, de chercheurs, de syndicalistes. Elle était placée sous le haut patronage de Pierre Mendès-France et fut un aiguillon pour les pouvoirs publics. 

Jean-Louis Crémieux-Brilhac en fut le secrétaire général, et à ce titre, il fut associé, tout au long de la Vème République, avec le Général de Gaulle, puis Georges Pompidou, aux grandes réformes scientifiques : la création de la Délégation générale de la recherche scientifique, la modernisation des universités, le développement de secteurs jusqu’à lors délaissés comme la biologie, les recherches médicales, l’agronomie. Tout cela est dû aussi à la promotion de la science dont Jean-Louis Crémieux-Brilhac fut un des acteurs. 

En 1986, il prit sa retraite du Conseil d’Etat, et s’ouvrit pour lui une nouvelle carrière, celle dont il avait rêvé, jeune : historien. Historien parce qu’il voulait expliquer, chercher, comprendre, éclairer le présent en cherchant dans le passé ce qui avait pu nous encombrer, nous entraver ou au contraire, nous élever. 

Il revint régulièrement sur « les Français de l’an 40 ». Il y a consacré huit ans de sa vie, et il ne voulait, pour être exhaustif, pour n’oublier personne, aucun fait, aucun visage, il voulait accomplir ce travail, en mémoire de ses frères d’armes de la France libre. Il voulait aussi tout montrer. C'est ainsi que Crémieux-Brilhac, à la fin de sa vie, fut aussi producteur de documents, réalisateurs de documentaires audiovisuels, toujours avec cette même passion : ressusciter l’Histoire et mobiliser les générations d’aujourd'hui, pour qu’elles soient à la hauteur des précédentes. 

Il s’attachait aussi à des personnages qu’il avait lui-même connus. En 2010, il publia une biographie de Georges Boris. Georges Boris, une grande figure républicaine, qu’il avait connu à Londres, et qui avait successivement servi Léon Blum, Charles de Gaulle et Pierre Mendès-France. C'est pour ce livre consacré à Georges Boris son ami qu’il obtint la récompense qui lui toucha davantage le cœur que l’esprit. C’était le prix d’Histoire du Sénat, parce que ce prix avait une valeur particulière pour lui, c’était la reconnaissance par les historiens, de son travail d’historien. 

Aujourd'hui, Jean-Louis Crémieux-Brilhac est dans l’Histoire. Nous sommes autour de lui, dans cette Cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides, où il a accompagné lui-même tant de Français libres, tant de compagnons de lutte. 

Le 10 avril 2012, j’y étais, c'est lui qui prononçait l’éloge funèbre, ici, de Raymond Aubrac. Le 7 mars 2013, c'est lui aussi qui prononça le discours en hommage à Stéphane Hessel. A chaque fois, c’était le même mot qui revenait dans sa bouche, celui de fraternité. La fraternité d’âme des derniers témoins, de ceux « qui connaissent tellement plus de morts que de vivants ». 

Au moment de dire adieu à son ami Raymond Aubrac, Jean-Louis Crémieux-Brilhac avait retrouvé les derniers mots de la Complainte du partisan, d’Emmanuel d'Astier de La Vigerie : « Hier encore nous étions trois / Il ne reste plus que moi / Et je tourne en rond / Dans les prisons des frontières / Le souffle sur les tombes / La liberté reviendra / On nous oubliera / Nous rentrerons dans l’ombre ». 

Jean-Louis Crémieux-Brilhac ne rentrera pas dans l’ombre, parce qu’il était une lumière. Jean-Louis Crémieux-Brilhac avait connu tant d’événements, avait connu tant de personnages, avait connu trois Républiques et quinze présidents. Il en avait gardé comme une forme de détachement, et en même temps d’engagement. 

Dans sa vie, longue, il s’était fait un devoir, qui se résumait dans cette belle phrase, que je laisse à la méditation des plus jeunes : « Quand on habite la patrie des Droits de l’Homme, on a une responsabilité, celle de l’engagement ». 

Jean-Louis Crémieux-Brilhac s’est engagé tout au long de sa vie, et c'est ce message-là, ce message de l’engagement, qu’il nous laisse aujourd'hui, et que nous entendons encore ».

 

© Présidence de la République française

 

 

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Publié le 7 Mai 2015

Les Compagnons de la Libération des Hauts-de-Seine : Bernard Saint-Hillier de Vanves.

Biographie.

Fils de colonel d’infanterie, Bernard Saint-Hillier est né le 29 décembre 1911 à Dôle dans le Jura.

Après des études secondaires au lycée Michelet à Vanves, puis au Prytanée militaire de La Flèche, il entre à Saint-Cyr en 1931. Il en sort deux années plus tard, sous-lieutenant, et est affecté au 11e bataillon de chasseurs alpins. Lieutenant en 1935, il entre à la Légion étrangère en 1938, au 1er régiment étranger d’infanterie.

En avril – mai 1940, il participe, avec la 13e demi-brigade la Légion étrangère (13e DBLE) à l’expédition de Narvik, en Norvège, pour y déloger les Allemands et couper la fameuse route de l’acier en provenance de Suède. Bernard Saint-Hillier est blessé d’un éclat de bombe à l’occasion de cette opération.

Avec son unité, il est évacué vers l’Angleterre et il s’engage le 1er juillet 1940 dans les Forces Françaises Libres (FFL) sous le nom de Jean de Vienne. Capitaine en août 1940, il prend part à l’expédition de Dakar, où il doit renoncer à débarquer et rebrousser chemin après que les navires des Forces Navales Françaises Libres eurent essuyé les tirs des Français de la garnison de cette ville restée fidèle au maréchal Pétain et au régime de Vichy. Mais il finit par débarquer au Cameroun et, avec la Brigade française d’Orient, prend part aux combats en Erythrée contre les Italiens. Le 26 mars 1941, il fait 80 prisonniers. En avril, lors de la prise de Massaoua, il réussit, par une habile manœuvre, à faire encore plus de 150 prisonniers.

Il remplace par intérim le colonel Koenig comme chef d’Etat-major de la Brigade.

Adjoint du chef de bataillon Amilakvari, commandant le 1er BLE, pendant la campagne de Syrie, il participe brillamment, en Lybie, à la défense de Bir-Hakeim. (mai – juin 1942). Au cours de la bataille d’El Alamein, les 23 et 24 octobre 1942, il se signale par sa bravoure au moment de la prise temporaire de la position de l’Himeimat. Le 4 novembre 1942, il est blessé par une mine alors qu’il effectue une reconnaissance sur la cote 101 et qu’il règle des mouvements de canons antichars.

Après le campagne de Tunisie, en juin 1943, Bernard Saint-Hillier reçoit les galons de chef de bataillon. Nommé chef d’Etat-major de la 1ère Division française libre sous les ordres du général Brosset en septembre 1943, il débarque en Italie en avril 1944, puis en France, à Cavalaire, le 16 août 1944.

Après la remontée de la vallée du Rhône, à la tête de ses légionnaires, il libère Ronchamp. Il est de nouveau blessé par un éclat d’obus devant Belfort le 4 octobre et assure le commandement de la 1ère DFL entre la mort du général Brosset et la désignation du général Garbay pendant l’offensive au nord de Belfort. Promu lieutenant-colonel à trente-trois ans, le 5 décembre 1944, neuf fois cité et quatre fois blessé, Bernard Saint-Hillier prend, le 25 mars 1945, le commandement de la 13e DBLE et termine la guerre dans le sud des Alpes, au massif de l’Authion.

En 1946, il est affecté au Secrétariat général du Ministère des Armées avant de suivre les cours de l’Ecole supérieure de guerre et du Cours supérieurs interarmées (1947-1948). En poste à l’Etat-major général des Forces armées (1949), promu au grade de colonel (1951), il est affecté au Collège de défense de l’OTAN (1952) puis au commandement du 18e régiment parachutiste.

De 1954 à 1955, Bernard Saint-Hillier commande le Groupement aéroporté n°1 en Indochine.

Chef d’Etat-major à l’Inspection générale de l’Infanterie en 1956, il sert à l’Etat-major de Londres pour la préparation de l’expédition d’Egypte (Suez) à laquelle il prend part. En 1957, il se trouve au Centre des hautes Etudes militaires (CHEM) puis à l’Institut des Hautes Etudes de Défense nationale (IHEDN).

En 1958, il chef d’Etat-major du Corps d’Armée de Constantine avant de recevoir ses étoiles de général de brigade en 1959. Chef de cabinet du Ministre des Armées, il reçoit en mai 1960 le commandement de la 10e Division parachutiste en Algérie. Il est arrêté par les mutins au moment du putsch d’avril 1961 et interné à In Salah.

Représentant militaire français auprès du Commandement suprême allié en Europe (1962-1968), le général Saint-Hillier est promu général de division (1965) et reçoit la charge de l’Inspection technique du Personnel des Réserves de l’Armée de Terre (1966-1968). Général de corps d’armée en 1968, il commande alors la 3e Région militaire à Rennes jusqu’en 1971 et est membre titulaire du Conseil supérieur de la Guerre (1968-1971). Le 30 avril 1990, à Aubagne, à l’occasion de l’anniversaire de la Légion (Camerone), il a l’honneur d’être choisi pour porter la main du capitaine Danjou. Président de l’Amicale de la 1ère Division française libre, il est l’auteur de nombreux articles et ouvrage historiques.

Bernard Saint-Hillier est décédé le 28 juillet 2004 à Paris. Il est inhumé à Vanves dans les Hauts-de-Seine.

Décorations.

  • Grand Croix de la Légion d’Honneur.
  • Compagnon de la Libération – décret du 27 mai 1943.
  • Croix de Guerre 39-45 (9 citations).
  • Croix de la Valeur militaire (2 citations).
  • Médaille de la Résistance.
  • Croix du Combattant 39-45.
  • Croix du Combattant Volontaire de la Résistance.
  • Médaille Coloniale avec agrafes « Erythrée », « Libye », « Bir-Hakeim », « Tunisie ».
  • Médaille de l’Aéronautique.
  • Médaille Commémorative 39-45.
  • Médaille des Blessés.
  • Distinguished Service Order (Royaume-Uni).
  • Croix de Guerre (Norvège).
  • Croix de Guerre (Brésil).
  • Grand Officier de l’Etoile d’Anjouan.
  • Commandeur du Nicham Iftikar.
  • Commandeur de l’Etoile Noire (Bénin).

Publications.

  • De Byzance à Byzance par l’atome, Berger-Levrault, Paris 1957.
  • Bir-Hakeim 1942. Sur les traces de la première légion romaine, ECPA, 1992.
  • Le cinquantenaire de Bir-Hakeim, 26 mai 1942-11 juin 1942, Délégation à la Mémoire et à l’information historique, paris 1992.
  • Les premiers soldats du général de Gaulle, Editions La Bruyère, Paris 2000.
  • Les Soutiers de la Gloire, Ed. Le Publieur, Paris 2004.

© Ordre de la Libération.

Source :

Musée de l’Ordre de la Libération et site : www.ordredelaliberation.fr

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Publié le 3 Mai 2015

Vaucresson et Martelange unis depuis le 7 août 1914.

Hommage au brigadier Georges Martel et au cavalier de 1ère classe Henri Pecchini, de Vaucresson, premiers morts de la Grande guerre en territoire belge.

 

Depuis le 11 novembre 2014 une plaque distingue le tombeau de la famille Martel au cimetière de Vaucresson, dans les Hauts-de-Seine. L'écriteau mentionne que le monument  en pierre grise renferme les cercueils de deux combattants de la Première Guerre Mondiale : le brigadier Georges Martel et le cavalier de première Classe Henri Pecchini.

 

Ces deux soldats français sont les premiers à avoir perdu la vie en Belgique le 7 Août 1914. Si l'Histoire a bien souvent retenu l'identité du caporal Jules André Peugeot pour personnifier la première victime du million et demi de Français emportés lors de ce conflit meurtrier, d'autres s'arrêtent sur les noms de Martel et Pecchini car le caporal Peugeot est décédé le 2 août or l'Allemagne a déclaré officiellement la guerre à la France le 3 août. D'autres historiens recensent de leur côté une première victime militaire française le 3 août en Meurthe-et-Moselle. Mais, au fait, posons-nous cette question : que venaient faire ces deux dragons le 7 Août 1914 à Martelange ?

 

En 1870, la France ayant été vite vaincue, on entreprit dès 1874 la construction de forts. Les principales constructions se portèrent sur l'est et le nord-est, car les neutralités de la Belgique et du Luxembourg avaient été respectées en 1870.

 

Suite à l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo, les Allemands et les Autrichiens regardèrent surtout vers l'est car la Russie mobilisait pour protéger la Serbie. Le 1er Août, l'Allemagne déclara la guerre à la Russie, mais liée par une alliance militaire avec la Russie la France mobilisa aussitôt le 1er août.

 

Comprenant qu'elle devait alors se battre sur deux fronts, l'Allemagne voulut agir vite. Premier objectif : battre la France rapidement, pour se reporter ensuite sur la Russie. Les Allemands suivirent le plan Schlieffen qui consistait à passer par la Belgique et le Luxembourg et effectuer un mouvement tournant afin d'encercler les forces françaises cantonnées surtout à l'est. Dès le 2 août, les allemands violèrent la neutralité du Luxembourg et le 3 août déclarèrent la guerre à la France. Le 2 août, le régiment du 9e dragons d'Epernay  quittait sa caserne pour "monter" en Belgique.

 

Le 4 août 1914, les Allemands étaient à Rombach-Martelange (Luxembourg) et des éclaireurs passèrent la frontière avec la Belgique. Le lendemain, les premières troupes Françaises arrivaient à Etalle qu'elles allaient occuper jusqu'au 14 août. Le 5 août à 17h00, le capitaine Yvart, adjoint du colonel Claret, commandant du 9e régiment de dragons effectua une reconnaissance automobile vers Florenville, Neufchâteau, Libramont, Bertrix, Bouillon avec retour le 6 août à 5h00 du matin.

 

Le 6 août 1914, à 5 h 30 le 3e escadron partit vers Neufchâteau pour reconnaître les routes vers Martelange, Bastogne. Une automobile, réquisitionnée pour deux officiers s’en alla reconnaître la route nationale 4. Ils rapportèrent que des patrouilles de cavalerie allemande surveillaient la frontière du Luxembourg. Le même jour, il y eut des escarmouches entre Uhlans et hussards.

 

Le Vendredi 7 août à 2h00 du matin  le 3e escadron de Fontenay, précédé par l'automobile réquisitionnée la veille, partit vers Martelange sans rencontrer d'Allemands. Vers 7h30 environ 200 Dragons français passèrent à Radelange. Le drapeau flottait sur l'église et la population fit une ovation à ces cavaliers en pantalon rouge et casque à crinière.

 

A 9 h 45 ce même escadron poussa une reconnaissance  jusqu'à Wolwelange. Des contacts eurent lieu avec des patrouilles allemandes. Celles-ci furent repoussées mais les Français constatèrent que les lisières des forêts étaient occupées par les Uhlans. Sur ordre du capitaine de Fontenay, l'escadron se scinda en deux groupes. Le second, un peloton sous les ordres des Lieutenants de Lassardière et Bertrand fut envoyé vers la route de Bastogne. Le brigadier Georges Martel et le cavalier Henri Pecchini constituaient l'avant-garde de l'escouade. De la ferme familiale le jeune Pierre Kauten, âgé de 8 ans vit alors passer les deux éclaireurs.

 

Entre temps, un petit nombre de cavaliers allemands  traversèrent la route nationale, là où elle fait une grande courbe. Les Uhlans mirent pieds à terre et se postèrent en embuscade dans un petit bois de sapins appelé : "Hinter des Hart". Alors que Martel et Pecchini s’approchaient, sans voir les ennemis, ils furent abattus par une salve tirée à bout portant. L'une des montures fut tuée sur place, l'autre s'échappa et, terrorisée, fut arrêtée, tant bien que mal par le père de Pierre Kauten.

 

Aussitôt, les Uhlans retraversèrent la route et disparurent en direction du Grand-Duché. Les Allemands s'étant retirés, l'escadron de Fontenay pu se diriger vers les lieux. Le brigadier Georges Martel avait été tué sur le coup à 11h00 et le cavalier Henri Pecchini, grièvement blessé, décéda peu après à 12h00. On les avait retrouvés couchés ou adossés aux banquettes du chemin. Les deux Français furent ramenés à Martelange dans la voiture du docteur Malget, chez les religieuses Maristes françaises établies route de Bastogne. Les corps furent ensevelis pieusement au cimetière de Martelange. M. et Mme Spoiden prirent soin de leur tombe jusqu'au moment du transfert des corps en France.

 

Plus tard, Armand Martel, le père de Georges entreprit les démarches nécessaires pour rapatrier le corps de Georges, son fils unique. Comme Pecchini n'avait plus de proches pour réclamer sa dépouille, Armand Martel dans un grand geste de solidarité fit ramener les deux corps à ses frais. Le 3 mai 1921, l'exhumation eut lieu à Martelange en présence de la famille Martel et de nombreuses personnalités. Les deux héros reçurent la médaille Militaire et la Croix de Guerre. Le lendemain, un service religieux eut lieu puis des discours furent prononcés par le Bourgmestre et plusieurs personnalités. Enfin, les corps furent escortés  jusqu'aux limites de la commune où toutes les maisons avaient été pavoisées.

 

Le dimanche  8 Mai 1921, après une magnifique cérémonie funèbre dans l'église de Vaucresson trop petite pour recevoir la foule, les deux frères d'armes furent inhumés. Pour l’Eternité, ils reposent côte à côte dans le caveau de la famille Martel dans le cimetière de Vaucresson (Hauts de Seine).

 

Le 31 Août 1924 à Martelange, un monument érigé à l'endroit où ils avaient été tués. Aujourd’hui encore, on peut y lire l’épitaphe suivante:

 

1914-1918

A L'HONNEUR DE LA CAVALERIE FRANCAISE

EN SOUVENIR

de

MARTEL Georges, brigadier

PECCHINI Henri   Cavalier de Première classe

du 9e régiment de dragons

Les deux premiers soldats Français

tombés sur le sol Belge  le 7 août 1914

sur le territoire de la commune de Martelange

 

Dans le cadre du centenaire de 1914, Le comité du Souvenir Français de Vaucresson a inauguré le 11 novembre 2014 une plaque qui rappelle ces évènements en reprenant l'épitaphe du monument de Martelange. L’inauguration s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités et des descendants de la famille Martel.

 

 

 

 

 

 

Alain Goussard – Président du comité de Vaucresson

 

Grâce aux recherches approfondies du Cercle d'Histoire de Martelange

et aux archives de la famille Martel-Lafosse.

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