Publié le 25 Octobre 2013

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français de Châtenay-Malabry organise une cérémonie œcuménique à la mémoire des soldats morts pour la France.

 

En présence du général Delbauffe, contrôleur général des armées et président général du Souvenir Français, d’André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine, de Françoise-Marie Belin, présidente du Comité de Chatenay-Malabry et bien entendu de Monsieur Georges Siffredi, maire de la commune, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, cette cérémonie se déroulera le dimanche 10 novembre 2013, en l’église copte Sainte-Marie-Saint-Marc de Chatenay, à 16 heures.

 

La cérémonie religieuse sera célébrée par :

 

  • - Le Père Lucas Guirgis, de l’église copte orthodoxe Sainte-Marie Saint-Marc.
  • - Le Pasteur Philippe Kabongo Mbaya, de l’église réformée de Robinson.
  • - Jean-Marie Parant, diacre de la paroisse Saint-Germain l’Auxerrois et Sainte-Thérèse d’Avila.

 

Renseignements au Souvenir Français de Chatenay-Malabry au 01 46 60 67 89.

 

 

Venez nombreux !

 

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Publié le 24 Octobre 2013

 

 

2013-10-12, Bourg-la-Reine

De gauche à droite: Claude Pocholle, président du Comité de Bourg-la-Reine; Bernard Chopin, vice-président national; André Labour, Délégué général; Jean-Noël Chevreau, maire de Bourg-la-Reine.

 

La Délégation des Hauts-de-Seine du Souvenir Français remercie Monsieur Chevreau, son équipe municipale, ainsi que le président du Comité de Bourg-la-Reine, Claude Pocholle et tous ses adhérents, pour l'organisation et la réussite du congrès du samedi 12 octobre.

 

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Publié le 20 Octobre 2013

 

Dargols Bernard 2

Juin 1944 : Bernard Dargols et sa jeep « La Bastille ».

 

8 août 2013. La Garenne-Colombes. Rue de l’Aigle. Beau nom quand on est citoyen américain, et que le symbole de son pays est un aigle (un pygargue pour être plus précis) à tête blanche !

 

Bernard Dargols est donc Américain, depuis qu’un jour de 1944 son supérieur hiérarchique lui a proposé, tout en conservant sa nationalité française. Le parcours jusqu’à cette cérémonie n’avait pas été simple. Celui qui s’en suivit, encore moins…

 

 

Machines à coudre.

 

« Je suis né à Paris en mai 1920. Cela a son importance. Non pas la date en tant que telle, mais parce qu’en France, à cette époque, cela signifiait être appelé à l’armée 20 ans plus tard. En mai 1940 !

 

Ma famille était dans la machine à coudre. Mon père tenait un atelier d’importation de machines destinées à l’industrie, qui se situait au numéro 8 de la rue des Francs Bourgeois, en plein quartier du Marais. Il était la tête de pont de fabricants américains tels que Dearborn ou Consolidated. Cette affaire marchait bien. Après moi, mes parents eurent deux autres garçons.

 

A l’école, je n’étais pas le meilleur. Pour moi les résultats étaient, certes importants, mais sans y accorder plus de valeur qu’il ne le fallait. J’affectionnais particulièrement le calcul mental – et ma mémoire a toujours été excellente – et l’anglais. L’une comme l’autre de ces matières me servira plus tard ! En attendant, je collectionnais les prix de camaraderie et cela ne m’empêcha pas de poursuivre ma scolarité au lycée Turgot, préparant les Arts et Métiers. Je me destinais à être Gadzarts.»

 

 

A NYC.

 

« A l’âge de 18 ans, mon père me convoqua dans son bureau. Il m’expliqua que j’étais l’aîné et de ce fait devait un jour reprendre l’affaire familiale. Il n’était pas question d’être un « fils à papa ». Je l’entends encore me faire la morale sur le principe du travail et de l’apprentissage et non du legs et de la cuiller en argent ! Pour se faire, il s’était mis d’accord avec ses fournisseurs et partenaires américains : je partais pour une année de stage aux Amériques. Ainsi, je connaîtrais le métier et serait plus à l’aise en anglais.

 

Imaginez donc un peu : moi le jeune titi parisien, rêvant devant les photographies de la Grosse Pomme, écoutant la musique de jazz, ne concevant le cinéma qu’Américain, j’étais en plein rêve. J’allais aux Etats-Unis ! Le monde s’ouvrait devant moi.

 

Je pris le bateau Paris pour New York. Après un passage rapide à Ellis Island – je n’étais pas considéré comme émigrant – je pris mes quartiers chez nos fabricants et reçus un accueil formidable de la part des ouvriers. A l’époque, comme aujourd’hui encore, dire qu’on était Français et qui plus est de Paris, attirait spontanément la sympathie. Et puis, mes cours d’anglais, et la qualité remarquable de mon professeur du Turgot, me permirent de familiariser de suite, même si mon accent « so british » était quelque peu moqué. Dans un premier temps, je fus hébergé chez de lointains cousins, installés dans le borough de Brooklyn. Puis je déménageai dans Manhattan, dans la 108ème West.

 

Mai 1940 : j’ai vingt ans et la France est en guerre. Je suis appelé par le consulat de France aux Etats-Unis. Je dois passer une visite médicale afin de savoir si je suis apte au service national. Je dois une année à la République et pas question de s’y soustraire. « Ne bougez pas, on vous appellera » me dit-on après les résultats positifs des examens. J’attends toujours… ».

 

 

France Libre ou US Army ?

 

« Un mois plus tard, à l’occasion d’actualités vues au cinéma, je prends conscience de l’effondrement de mon pays. Pis que cela ! A Montoire, dans le centre de la France, le maréchal Pétain vient saluer Adolf Hitler. C’en est trop. Non seulement indigné, j’avais aussi le désir ardent de ma battre pour mon pays. Après quelques renseignements, je sollicite un rendez-vous auprès du représentant new-yorkais de la France Libre. Il s’agissait du colonel Alexandre de Manziarly. Un homme charmant, amputé d’une jambe pendant la Première Guerre mondiale. Il m’explique que la France Libre a besoin d’hommes comme moi. Je peux partir dès que possible en Angleterre et je serai bien accueilli. Je pourrais être rapidement nommé officier, tant le manque d’hommes fait défaut aux troupes du général.

 

Je m’en retournai auprès de mes amis et leur expliquai la situation. Ils n’appuyèrent pas ma démarche, expliquant pour l’un que les rapports entre de Gaulle et Churchill étaient médiocres – ce qui ne laissait augurer rien de bon – et pour l’autre qu’entre soldats gaullistes et officiers vichystes, cela sentait bien un parfum de guerre civile ! J’attendis et continuais mon travail.

 

Néanmoins convaincu par la force du général de Gaulle, je fondis une association, la « Jeunesse France Libre » pour soutenir son action. La cotisation était de 25 cents et tous les gens que je connaissais étaient impitoyablement chassés pour devenir membres ! Parmi eux, se trouvait une jeune française, nommée Françoise… Mon soutien se matérialisa également par une lettre d’encouragements que j’écrivis sous le nom de Bernard Darvil – ma famille étant restée à Paris, pas question pour moi de la mettre en danger – et le grand journal New-York Times la publia !

 

Au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, le président Franklin Roosevelt déclara la guerre au Japon. De ce fait, les Etats-Unis ayant ouvert la conscription, mes camarades n’hésitèrent pas : ils signèrent presque tous. « Pourquoi ne viendrais-tu pas avec nous ? » me dirent-ils ? De France, j’avais quelques nouvelles via la Croix Rouge établie en Suisse. Les restrictions pour les juifs se multipliaient. Nous sommes juifs. Peu portés sur la religion et plutôt laïcs. Mais pour l’Etat français, peu importait qu’on soit pratiquant ou laïc : on était d’abord juif. Plus question pour moi de tergiverser. Je signais mon engagement dans l’armée américaine. »

 

 

Dans l’US Army.

 

« Au début de 1943, deux choses étaient essentielles pour moi : faire venir ma famille aux Etats-Unis et poursuivre mon engagement. Mon père et mes frères réussirent à fuir la France et passer par Cuba. Ils y restèrent quatorze mois car les autorités américaines exigeaient la constitution de dossiers très complexes – et complets ! – et cela nécessitait des sommes d’argent conséquentes. Les dirigeants de firmes que nous représentions en France prêtèrent les montants exigés à mon père, et lui dirent : « Tu nous rembourseras quand nous aurons gagné la guerre ». Il le fit, au dollar près !

 

J’intégrai le Fort Dix, centre militaire du New Jersey où je fis mes classes pendant plusieurs mois, puis on m’envoya au Camp Croft en Caroline du Nord où je fus nommé sergent-chef à la Military Intelligence Services, que l’on peut résumer aux termes de « Service des renseignements Militaires ». Elle était composée de trois sections : la première regroupant les Américains d’origine allemande ; la deuxième, faite pour l’interprétation des photographies aériennes – en relief ! – prises en Europe et la troisième, composée des éléments chargés d’interroger les civils français. Nous devions tout apprendre par cœur : le nom des divisions allemandes, leurs compositions, leur armement…

 

Tout cela me passionnait mais je commençais à douter de mon départ pour l’Europe. D’autant que plusieurs de mes camarades se battaient déjà dans le Pacifique. Et puis, un jour, nous étions en décembre 1943, je reçu un ordre : j’étais envoyé en Angleterre ! C’était sûr : tôt au tard, je reverrais Paris et la Normandie ! J’embarquai sur le Queen Elisabeth et j’arrivai en Ecosse quelques semaines plus tard. De là, je partis pour le Pays de Galles, où se trouvait mon camp d’entraînement. J’y restai près de six mois. Mon rôle consistait à enseigner « La France » aux soldats US !

 

A la veille de juin 1944, mon supérieur me proposa de devenir citoyen américain, sans pour autant perdre ma nationalité française : « Si tu restes Français, me dit-il, avec ton uniforme US, et que les Allemands te prennent, alors il n’est pas impossible que tu finisses fusillé ! Si tu es Américain, alors ils te considéreront comme un soldat et ils traiteront comme tel ». Je n’hésitai guère plus de quelques secondes ! Avec mon grade de sergent-chef, on me confia deux jeeps, une remorque et six gars à diriger. J’étais rattaché à la prestigieuse 2ème division d’infanterie américaine. »

 

 

In the « Indianhead » Infantry Division.

 

« Forte de 13.000 hommes, la Indianhead – son écusson représente une tête d’Indien – a été formée par le général Pershing, en France, en 1917. Elle a combattu à Bois-Belleau, à Saint-Mihiel et sur la Marne en 1918.

 

En juin 1944, nous n’étions pas au courant de tout, loin s’en faut, mais on se doutait de quelque chose à voir l’accélération des préparatifs. Nous savions que nous allions prendre le bateau – pour la France ? Pour la Belgique ? – et que ce ne serait pas une croisière. Le 5 juin, on nous fit monter dans un bateau – un Liberty ship – au port de Cardiff. Nous étions tous pétrifiés de peur. Mais quand on a peur à plusieurs centaines d’hommes, on trouve toujours un moyen de se réconforter, d’imaginer qu’on va s’en sortir. Au départ, notre bateau était seul. Et nous restâmes trois jours en mer, mais au fur et à mesure que nous approchâmes des côtes françaises, ce furent des milliers de bateaux qui s’offrirent à nos vues !

 

Le 8 juin au matin, une formidable canonnade commença. Notre commandement savait que les Allemands, bousculés par les premières vagues du 6 juin, avaient reculés de près de 3  kilomètres. Mais un retour est toujours possible. On nous fit monter dans des barges de débarquement et quelques instants plus tard, je retrouvais le sol de France, à Saint-Laurent-sur-Mer, sur la plage que nous appelions Omaha Beach ! »

 

 

La campagne de France.

 

« Le quartier-général de la division fut installé dans le village de Formigny. Mais auparavant, je fus appelé par le colonel Christiansen, chef du G2, l’unité de renseignement. Avec ma jeep et un MP (« Military Police »), je devais entrer dans Formigny et interroger les habitants : « Les Allemands sont-ils encore dans le coin ? Loin ? Près ? Combien sont-ils ? Demandent-ils à manger ? Ont-ils de l’argent pour payer ? Quelles sont les unités vues ou aperçues ? Quand ils bivouaquent, à quelle heure se lèvent-ils ? Où se trouvent leurs réserves de munition, leurs dépôts de carburant ?… ». En fonction des renseignements que je rapportais, des décisions étaient prises. Ainsi, notre seule jeep pénétra, au pas, dans le village. Nous n’en menions pas large… Aujourd’hui, la petite route que nous avions empruntée de la plage à Formigny porte mon nom !

 

Plus tard, on me demanda « d’ouvrir » de même les villages de Trévières, Cerisy-la-Forêt, Saint-Georges-d’Elle (près de Saint-Lô), Brétigny… Tout cela en direction de la Bretagne. A chaque fois, je cherchais la ferme dont les bâtis étaient les plus grands. Normalement, c’étaient celles qui pouvaient abriter le plus grand nombre de soldats. A chaque fois, je reçus un accueil délirant : « On vous attendait depuis si longtemps ! ». Pensez-donc : un soldat américain, parlant parfaitement le français, qui conduit une jeep appelée La Bastille, qui distribue du chocolat et des chewing-gums à qui veut bien ! J’étais moi aussi en plein rêve.

 

Par la suite, la division pris la route de Brest qu’une armée allemande tenait fermement. Les combats durèrent plus d’un mois, entre août et septembre 1944. Puis, toujours, dans le cadre du G2, notre campagne nous porta à Bastogne en Belgique. Mais là, pas de Français à interroger : les habitants ne parlaient que l’allemand ! Aussi, je fus muté sur Paris, dans les anciens locaux de la Kommandantur, place de l’Opéra… Je profitai de mon passage dans la capitale pour visiter ma mère : quatre longues années que je ne l’avais vue… Ma pudeur m’interdit d’en dire plus. »

 

 

Retour aux USA.

 

« Janvier 1946 : je reçus mon ordre de démobilisation. Mais les formalités étaient à remplir à Fort Dix. Je suivis les ordres : bateau à Marseille et retour aux USA. Je retrouvais mon point de départ, puis ma famille à New-York et notre association la « Jeunesse France Libre ». Je retrouvai également la jeune et belle Françoise… que j’épousai quelques semaines plus tard à Manhattan !

 

Retour en France, où nous reprîmes tous ensemble, notre vie et l’atelier laissé en sommeil pendant ces années terribles. Pas tous d’ailleurs. Plusieurs de mes oncles et tantes avaient été déportées et n’étaient pas rentrés des camps hitlériens.

 

Avec Françoise, nous eûmes trois enfants, une fille aînée, professeure d’anglais, notre cadette, professeure de français à New-York et notre fils, médecin à Paris, au sein de l’association SOS Médecins.

 

L’atelier de la rue des Francs Bourgeois se portait bien et notre activité se développa. Associé avec l’un de mes frères, il reprit l’affaire à mon départ en retraite en 1985 ».

Dargols Bernard

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Publié le 5 Octobre 2013

 

Bataille de Coulmiers

Le salut à la Victoire (bataille de Coulmiers) ; œuvre du peintre Etienne Dujardin-Beaumetz.

 

 

Isabelle Moity-Legrand a eu une remarquable idée : placer dans un ouvrage destiné à sa famille et ses amis, les récits et lettres de trois de ses aïeux, trois « morts pour la France ». Il s’agit de Julien Sandrin, oncle de son grand-père, mort en 1871, de Joseph Legrand, son grand-père, mort lors de la Première Guerre mondiale et de son père, Raoul Legrand, mort en déportation à Buchenwald.

 

Cet ouvrage a été publié par les Editions Lacour, installées à Nîmes, en décembre 2010.

 

* * *

 

« Julien Sandrin naît à Paris en 1850 sous la IIème République. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre garçons dont les suivants se prénomment Edmond, Augustin et Ferdinand. Le grand-père paternel de Julien est un homme important : il est maître de poste, c’est-à-dire responsable d’un relais de poste à Sceaux, à vingt kilomètres de Paris. Le père de Julien est métreur-couvreur. C’est un ouvrier très qualifié et il a ouvert sa propre entreprise de couverture-plomberie. L’entreprise est d’abord installée dans des quartiers insalubres de Paris, mais doit rapidement déménager avec les travaux de modernisation et d’embellissement de la capitale, dus au baron Hausmann. Aussi, la famille vient-elle s’installer à Bourg-la-Reine. C’est là que le jeune Julien passe son enfance.

 

En 1870, Julien Sandrin a vingt ans. L’Empire français vient de déclarer la guerre à la Prusse. A cette époque, les jeunes gens ne sont pas encore astreints au service militaire obligatoire. Mais la loi oblige les hommes mobilisables à s’inscrire sur les registres communaux : c’est la conscription. Un tirage au sort désigne ceux qui doivent effectuer cinq années de service militaire, avec la possibilité pour les plus riches de se trouver un remplaçant moyennant une compensation financière. En cas d’entrée en guerre du pays, la levée en masse mobilise tous les hommes valides.

 

Julien a tiré le mauvais numéro. Il est conscrit, mobilisé dans l’artillerie. Entre juillet 1870 et mai 1871, Julien Sandrin va écrire des dizaines de lettres à ses parents ».

 

* * *

 

« Chartres, le 27 juillet 1870,

 

Mes chers parents. Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je me porte bien. Je désire que ma lettre vous trouve de même. Je vous dirai que je suis parti lundi de Versailles. Nous ne pensons pas rester longtemps à Chartres, mais aussitôt que nous en partirons je vous écrirai de suite. Si vous aviez besoin de m’écrire : Sandrin Julien au 1er Régiment du train d’artillerie à la 10ème compagnie à Chartres en Eure-et-Loir. Rien de plus à vous dire pour le moment et je vous embrasse très fort ».

 

Le 1er régiment va parcourir des centaines de kilomètres, à la poursuite ou devant l’ennemi. Après avoir encerclé Paris, plusieurs armées prussiennes se dirigent vers la Loire, pour anéantir celles qui Français qui ont retraité vers le sud (comme d’autres l’ont fait vers le nord ou la Franche-Comté). Le 12 octobre, les Bavarois entrent dans Orléans. A Blois, le 16ème corps d’armée est créé et Julien y est incorporé. Les Français se réorganisent. Ils livrent bataille, sous le commandement du général d’Aurelles de Paladines, et l’emportent à Coulmiers, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Orléans. L’artillerie française est pour une fois particulièrement efficace : des obus tombent par centaines dans le camp des soldats bavarois, créant la panique. Ils retraitent en désordre. Au soir, les Français font leur retour dans la ville. Ils y rencontrent les populations locales et toutes celles et ceux qui ont fui la capitale et sa banlieue, encerclées par l’ennemi.

 

 

« Le 16 novembre 1870,

 

Mes chers parents,

 

Je vous écris pour vous dire que je me porte bien. Je me suis battu à Coulmiers depuis 8h du matin jusqu’à 5h du soir. J’ai eu mon cheval tué sous moi. Mais j’en ai été quitte pour une belle peur. Nous ne sommes pas heureux. Je ne m’étends pas davantage sur ma missive mais je vous en dirai plus quand je serai auprès de vous. Je pourrai vous parler.

 

Voilà cinq lettres que je vous écris, et je n’ai pas reçu de réponse. Je pense que vous ne devez pas être heureux non plus. Je ne vous demande pas d’argent parce que vous ne devez pas en avoir de trop. Si vous m’en envoyez, mettez cela dans un mandat.

 

J’ai vu sur le champ de bataille Castonet et Darenne de Sceaux. Ils sont comme moi : ils n’ont rien attrapé. Je te dirai que nous allons marcher sur Paris depuis Angers. J’ai vu le père Poulin : il m’a donné 5 francs, et cela m’a fait plaisir. J’ai vu le beau-frère à Souchet et sa sœur. Ils se portent bien. Je te dirai que j’ai déjà fait 100 lieues depuis que je suis soldat : j’ai été à Dreux, à Chartres, au Mans, à Vierzon, à Châteauroux, à Limoges, à Angers, à Blois, à Artenay, à Orléans. Pour m’écrire : Sandrin Julien au 1er train d’artillerie, 1er peloton, 12 principales 16ème corps d’armée, Armée de la Loire. Je voudrais être auprès de vous et je vous embrasse ».

 

Mais après cette euphorie, de courte durée, les choses se gâtent pour l’Armée de la Loire. Plutôt que poursuivre le mouvement sur Paris, elle s’enferme dans Orléans pour s’y refaire une santé. Et les Allemands en profitent pour encercler à nouveau la ville. Par la suite, les Français livrent bataille à plusieurs reprises et sont à chaque fois battus. Il faut encore et toujours aller chercher son salut vers le sud… En mars 1871, Julien Sandrin écrit une nouvelle fois à ses parents :

 

« Mes chers parents,

 

Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je vais bien. Je n’ai pas reçu votre lettre. Je la recevrai quand j’arriverai sur Bayonne. Je vous écrirai aussi quand je serai à Angoulême. Nous avons encore cinq jours de marche. Je sais que vous n’avez pas reçu toutes mes lettres, mais n’en soyez pas fâchés. Je me suis trouvé à 11 batailles : la première c’était quand j’avais 49 jours de soldat. A Orléans. Je n’étais pas trop hardi. J’ai été fait prisonnier deux fois. Je suis resté une fois 2 jours et un fois 9 jours. Une fois, tout près d’Etampes, nous étions 18.000 hommes et 100 pièces de canon contre 40.000. Nous nous sommes bien battus 6 jours de suite et le 7ème nous avons battu en retraite. C’est là que nous avons été faits prisonniers. Nous étions 5.000 à 6.000 et nous avons tous été pris. Ils ont pris aussi toute notre artillerie. On mangeait pas tous les jours. »

 

Après avoir faussé compagnie aux Prussiens, Julien Sandrin regagne son régiment et continue sa retraite en direction du sud de la France : Angoulême, Langon, Tarbes, et enfin Perpignan, au camp d’Orles où l’unité va rester pendant plusieurs mois. Il en profite pour envoyer plusieurs lettres à ses parents et demande, entre autres, des nouvelles d’une connaissance de la famille, Madame Jubin, et de ses deux filles, dont la chère Adélaïde. Le 10 mai 1871, le traité de Francfort met fin à la guerre. On compte, du côté français, près de 139.000 morts.

 

« Mes chers parents,

 

Je vous écris cette lettre pour vous dire que je pars pour Versailles. Le Dépôt de mon régiment va en Afrique et comme je ne veux pas y aller je vais rentrer sur Versailles. Je pense que nous allons rentrer par étapes avec au moins 5 à 6 semaines de voyage. Nous ne pouvons pas rester là car on nous fait trop de misère. Je pars donc et avec 50 hommes, nous allons compléter une batterie qui manque d’hommes car ils ont été tués. »

 

Julien Sandrin rejoint Bourg-la-Reine à pied. Epuisé, n’en pouvant plus physiquement ni moralement, il s’est alité en arrivant chez ses parents et s’est endormi pour ne plus se réveiller. Il n’avait pas vingt et un ans. Sa mère ne survivra pas à son absence et mourra l’année suivant son retour. A la mort de Julien, Adélaïde Jubin se découvrira pour le jeune homme un amour qu’elle-même ignorait et ne se mariera jamais car il est des absents qu’on ne remplace pas ».

 

 

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Publié le 29 Septembre 2013

 

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La bataille de la Marne.

Septembre 1914. Les armées françaises et allemandes sont en train d’en découdre dans ce qui restera pour l’Histoire la Bataille de la Marne. Le général allemand von Klück vient de faire une erreur magistrale : alors qu’il peut, en quelques heures, atteindre Paris et prendre la capitale – ce qui aurait un effet cataclysmique sur les troupes françaises – il effectue un mouvement vers l’est pensant encercler l’ensemble des armées françaises. Mais, tout à l’exécution de sa manœuvre, il ne fait pas attention aux Ière et IIème armées (général Dubail et général Curières de Castelnau) qui sont restées stationnées en Lorraine et qui deviennent le pivot de la contre-offensive française.

Concentrée le long de la Marne, la VIeme armée commandée par le général Maunoury, et créée par Joffre pour l’occasion, engage les Allemands le 5 septembre 1914, et soutient les combats jusqu’au 9, grâce, entre autres, à l’envoi d’urgence de dix-mille hommes de la garnison de Paris (commandée par le général Gallieni), dont une partie sera transportée par les célèbres taxis parisiens que l’on appellera « Les Taxis de la Marne ».

Au centre du dispositif français, Joffre nomme le général Foch à la tête d’une nouvelle IXème armée, chargée d’éviter toute brèche dans la région des marais de Saint-Gond (ouest du département de la Marne).

Du 6 au 8 septembre, les Alliés ne réussissent pas à remporter une victoire décisive. Le 7, le Corps expéditionnaire britannique force le passage du grand Morin, rivière du nord de la Seine-et-Marne, puis le lendemain, franchit le petit Morin et arrive aux bords de la Marne. Au même moment, la cavalerie française de Franchet d’Esperey traverse aussi le petit Morin, alors que Foch doit reculer sur ses positions dans les marais.

Le 9 septembre, Joffre décide d’une nouvelle contre-attaque au nord de Meaux sur l’Ourcq. Il effectue une trouée de cinquante kilomètres dans les lignes ennemies, ce qui permet à la Veme armée et au Corps expéditionnaire britannique d’attaquer les armées Allemandes exposées sur leur flanc en pleine manœuvre, les stoppant et les obligeant au repli sur la ligne Noyon-Verdun le long de l’Aisne.

Le 13 septembre, les Allemands établissent des positions défensives solidement implantées qui figeront le front. Certains diront « Ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue » car elle laisse les vainqueurs maîtres du terrain, mais elle ne peut infliger au vaincu ce sentiment d’infériorité sans espoir qui est la marque d’une défaite définitive. Cependant, la Marne représente la première victoire stratégique de la guerre, car, par leur succès, les Alliés rendent inéluctable pour l’Allemagne une guerre longue et couteuse sur deux fronts.

 

« Ma campagne ».

Maurice Joron est né en 1883. Dessinateur et peintre reconnu, il participe régulièrement aux Salons et gagne sa vie en collaborant à des journaux. Peu à peu, il se spécialise dans les portraits. Après la guerre, il sera l’un des piliers de périodiques comme Le Crapouillot.

Mobilisé en 1914, il est intègre le 46ème RI dont les casernements sont à Paris et à Fontainebleau. Unité de la 10ème division d’infanterie et du 5èmecorps d’armée, le régiment participe à la fin du mois d’août 1914 à la retraite des armées (après avoir attaqué les Allemands et pénétré en territoire ennemi, les Français sont violemment repoussés ; c’est la phase précédant la bataille de la Marne).

 

A posteriori de la bataille, Maurice Joron écrit des lettres à une femme, qu’il appelle « ma mère » (il s’agit de Madame Tavernier, qui habite Paris) et qui racontent son engagement du 6 septembre 1914, au cours duquel il est grièvement blessé à une cheville (1). S’ensuivra près d’une année d’hôpital.

 

« Le 6 septembre 1914. Une journée de combat, la dernière pour moi, de la bataille de l’Ourcq. Au soir de laquelle, je fus blessé d’une balle de shrapnel à la cheville droite.

Après avoir, la veille, pris contact avec les Allemands à Yverny, les avoir chassés de Monthyon et fait reculer d’environ 5 kilomètres, cette seconde journée de cette bataille s’est passée à la 55ème division, dans la plaine de Barcy… Ce matin-là, à l’aube de la victoire, je repassais forcément les phases du combat en constatant les effets : trous d’obus, maisons effondrées, brûlées, murs crénelés troués et abattus, meules incendiées, la ruine, le château de Monthyon saccagé, un vieux paysan nous montrant au passage sa blessure à la tête que lui avait fait la crosse d’un mauser pour n’avoir pas donné son meilleur vin…

A partir de la petite gare, la compagnie prit la formation de marche sous le feu de l’artillerie. Nous primes la direction de la ferme Saint-Gobert et nous fûmes bientôt sur le plateau de Barcy sous une voûte de mitraille hurlante. Nous entrons dans la mitraille, les officiers nous exhortent pour surmonter la terrible impression que nous cause la grêle des balles ; nous avons un mort, notre camarade est tombé sur le nez, sa tête découverte laisse voir le sang bouillonnant sur le crâne, deux sont blessés au bras…

Nous sommes dans un vacarme épouvantable, ayant à gauche Barcy et à droite un peu derrière nous Marcilly, couverts et disparaissant dans l’éclatement des énormes marmites allemandes qui brûlent. Le régiment progresse par vagues successives ; les bonds se font par sections, elles se couvrent les unes les autres dans leur mouvement. Elles ne tirent pas. Les Allemands sont terrés, invisibles…

Je vois le colonel, debout dans cet enfer. Il est blessé mortellement d’une balle dans la poitrine. Il retire son dolman et ayant agrafé sa croix sur sa chemise toute rouge, il lance ses soldats contre l’ennemi dans un geste émouvant et héroïque…

Parvenus à la tranchée allemande, nous en dégageons les occupants avec entrain et fureur. Pour reprendre en main leurs hommes, se regrouper et lancer un deuxième assaut, les officiers font sonner le rassemblement. La deuxième vague s’ébranle à la baïonnette. C’est à ce moment que les 77 nous arrivent drus et éclatent tout près. Le destin a voulu qu’une balle reçue dans la cheville droite m’oblige à cesser le dur mais joyeux combat et à rentrer dans la vie civile après plus d’un an d’hôpital. »

 

Plus tard, Maurice Joron reprendra ses activités de correspondant de presse et illustrera sa « campagne » par plusieurs ouvrages dessinés. Nous vous proposons de feuilleter quelques-unes de ces pages dans l’album intitulé « 2013-09-09, Maurice Joron ».

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(1)  La correspondance et les dessins nous ont été communiquées par la fille de Maurice Joron, Marie-Louise Joron, adhérente du Souvenir Français de Vaucresson.

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Publié le 3 Septembre 2013

 

La Garenne-Colombes-20130525-00134

Années 1930 : Roger Poulet à l’Ecole Saint-Joseph de La Garenne-Colombes (derrière et à gauche de l’abbé).

 

Samedi 25 mai 2013. Nous rencontrons Monsieur Roger Poulet qui habite la commune de La Garenne-Colombes.

 

Un gamin parisien.

« Je suis né à La Garenne le 21 janvier 1917. Je vous laisse compter et je sais que cela en fait pas mal au compteur ! Nous étions alors en pleine guerre. La bataille de Verdun venait d’être remportée. D’ailleurs mon père était au front. Comme il avait une formation d’écuyer, les chefs le placèrent au débourrage et au dressage des chevaux. Il commença par des chevaux de l’armée française et par la suite on lui en confia du contingent américain. Tout se passait bien jusqu’au jour où il fut chargé et renversé par un cheval : réformé !

 

Après la guerre, il entra chez De Dion-Bouton, qui était alors un constructeur de moteurs et d’automobiles remarquable. Il commença comme simple ouvrier pour finir chef d’atelier. Quelques années plus tôt, il avait rencontré ma mère, qui travaillait en tant que domestique dans une maison bourgeoise.

 

Me voilà donc, gamin, dans les rues de La Garenne. Et ce n’est rien de dire que la ville a bien changé depuis. Fils unique, je suivis une scolarité somme toute normale pour l’époque, si ce n’est qu’elle fut pour une grande partie religieuse. Placé à Saint-Joseph, auprès d’un maître d’école extraordinaire, l’abbé Rouillau, j’obtins assez facilement mon certificat d’études. De là, entrée dans la vie active à travers l’apprentissage et je devins tailleur. En ce temps-là, il y en avait quinze à Courbevoie et tout autant à La Garenne-colombes. »

 

Une « drôle de guerre ».

« En 1937, je fus appelé pour faire mon service militaire. Nommé au 23ème RIF (régiment d’infanterie des frontières), dans la forteresse d’Haguenau, mon temps fut prolongé à la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Une fois par mois, pour nous dégourdir les jambes, nous faisions une marche de 15 km, avec tout le barda sur le dos. En 1939, je fus mobilisé en Alsace, à Bischwiller. C’est là que je vécut, comme mes camarades la « drôle de guerre », selon l’expression du journaliste Roland Dorgelès, qui s’y connaissait en guerre !

 

Comme cela est bien connu, la Ligne Maginot ne servit pas à grand-chose : les Allemands attendirent les beaux jours et passèrent à la fois par la Belgique et les Ardennes, réputées infranchissables (« Tu parles ! »). Ma section ne s’attarda pas à la forteresse – il y avait longtemps que nous avions été dépassés par les forces allemandes – alors, fort l’honneur, nous combattîmes quelques jours dans les Vosges. Un jour pas comme un autre, nous fûmes encerclés. Nous devenions ce que tout le monde appelait des « PG » : des prisonniers de guerre. Les Allemands nous conduisirent sur Strasbourg et de là nous primes le train pour Nuremberg ».

 

Prisonnier en Allemagne puis en Pologne.

« Stalag 13A, Commando 2700, tel était ma nouvelle unité. J’avais indiqué mon métier dans le civil et je fus ainsi envoyé à Der Schuhfabrik (la fabrique à chaussures) où l’on me demanda de gérer la réfection d’uniformes de la Wehrmacht. On les passait par paquets de 10 dans une grande chaudière et on remplaçait ce qui faisait défaut : boutons, fermetures, …

 

On couchait au 5ème étage de l’usine et le matin on prenait le petit-déjeuner au rez-de-chaussée. Les mois passant – nous étions déjà en 1941 – et comme j’étais violoniste, avec des camarades nous montâmes une petite troupe de Théâtre aux Armées. Plusieurs Allemands trouvaient que c’était une bonne idée et nous encourageaient. Ils n’étaient pas tous des salauds ! A cette époque, j’étais parfois aussi employé au grand théâtre de Nuremberg en tant que machiniste. Et puis vint la catastrophe…

 

Evénement qui commença pourtant si bien. J’avais repéré une jeune allemande, superbe. Elle ne semblait pas non plus insensible à mon charme de « titi parisien ». Alors, ce qui devait arriver arriva bien sûr. Et de plus je me fis prendre la main – si je puis dire – dans le sac !

 

La sentence fut sévère : « Attendu que le prisonnier de guerre français, Poulet Roger, matricule 69.045 au Stalag XIII, est accusé, étant suspect, d’avoir désobéi continuellement aux ordres, attendu qu’il entrait en relations coupables avec M.H., épouse âgée de 23 ans, attendu qu’il l’embrassait une fois dans la cantine, attendu qu’ils avaient convenu de se rencontrer sur un terrain sportif, et qu’ils (…), alors par ces faits et ces motifs, le prisonnier de guerre français Poulet Roger est renvoyé devant le conseil de guerre ». Et c’est ainsi que je me retrouvai en prison à Graudenz (aujourd’hui Grudziadz) dans le nord-ouest de la Pologne, sur le fleuve Vistule. Je n’en menais pas large…

 

Mon métier me sauva encore une fois. Nous étions 6 par cellule et nous étions engagés dans divers travaux. Je fus muté dans un atelier de couture, ou nous devions rapiécer des uniformes. Je résistais comme je pouvais et ce fut un miracle que je ne pris pas une balle. Une fois, un officier me surpris en train de cisailler des vestes : deux semaines de cave ! Je m’y fis, comme on se fait à tout ».

 

La grande marche.

« Le 21 janvier 1944, alors que je fêtais mes 27 ans, un ordre d’évacuation nous mit dehors des baraques, en colonnes par quatre. Nous ne savions pas grand-chose, mais on entendait bien parfois le canon tonner au loin. A voir les têtes de nos gardiens, les vainqueurs avaient changé de camp. Nous sortîmes avec ce que nous avions sur nous et tant mieux pour ceux qui étaient bien chaussés. Et malheur aux faibles, aux malades, aux chétifs, à ceux qui n’avaient pas ou plus de chaussures. Sous la conduite de soldats de la Wehrmacht, nous entamâmes une marche de plusieurs centaines de kilomètres. On commença par traverser la Vistule, comme l’avaient fait 132 ans plus tôt les soldats de la Grande Armée de l’Empereur. Evidemment, nous laissâmes rapidement derrière nous des gars qui avaient les pieds gelés, d’autres qui se vidaient du fait de la dysenterie. On mangeait ce qu’on trouvait, parfois ce qu’on nous donnait, et bien souvent ce furent des pommes de terre.

 

Le soir, nous étions regroupés dans des chambrées de 50 ou 60 gars, et il y avait de tout là-dedans. Les microbes s’en donnaient à cœur joie. Une nuit, nous fûmes réveillés par les hurlements d’un prisonnier : gris d’appendicite aigüe. On partit au petit matin, le laissant là, agoniser, à la merci du premier venu.

 

Les soldats allemands relâchaient de plus en plus la surveillance. Certains désertaient, d’autres paraissaient sans courage. La morgue du début était bien loin. Nous étions par groupes de 100 ou 200 soldats. Un jour, alors que nous étions proches du lac de Constance – nous avions bien traversé toute la Pologne et toute l’Allemagne soit plus de 1.000 kilomètres – je décidai avec deux camarades qu’il était temps de foutre le camp ! J’avais encore en tête quelques leçons de géographie : si la Suisse n’était pas loin, Strasbourg non plus ».

 

L’évasion.

« La chance fut toujours avec nous. Nous partîmes d’un coup, sans nous retourner. Après quelques heures de marche, nous arrivâmes dans un petit village quasi déserté par ses habitants. Dans une grange, nous trouvâmes des vêtements militaires. Cela pouvait être utile et c’était de toute façon mieux que nos frusques usées, déchirées et déguenillées. Un peu plus loin, dans une ferme, une dame allemande nous donna deux ou trois bricoles à manger. Plus tard, dans un autre village, nous tombâmes sur un vieux garage, à peine moins âgé que son propriétaire. Une voiture de marque Adler trainait là. Je ne sus jamais si mon audace, nos quelques mots d’Allemand ou nos uniformes, ou tout bonnement la lassitude du gars, tant est si bien qu’il nous remit le véhicule en état de marche. L’un de mes camarades ayant trouvé un peu d’essence dans un bidon – encore une fois, la chance était avec nous – nous pûmes quitter l’endroit, et direction plein ouest vers la frontière française.

 

Tout au long de notre périple, nous rencontrâmes beaucoup de monde, mais sans jamais être inquiété. Il régnait sur les routes un bazar indescriptible : des militaires, des civils, des matériels étaient laissés à l’abandon dans des fossés…Après quelques temps, nous vîmes une colonne de soldats US. Nous nous mîmes à hurler nos qualités de prisonniers français. Notre équipée amusa les Américains, qui nous indiquèrent la direction à suivre. Nous étions alors en avril 1945. Mais franchir la frontière pour entrer en France fut une toute autre histoire : nous fûmes arrêtés par les Français pour port illégal d’uniformes, vol de voiture, j’en passe et des meilleures ! Deux jours de prison que dura la plaisanterie.

 

Le 5 mai 1945, on nous libéra et nous prîmes un train pour Paris. A la gare de l’Est, un convoi nous emmena directement au cinéma le Rex, sur les Grands boulevards, où nous passâmes des formalités administratives. Enfin, le 7 mai, je franchis le portail de la maison familiale, quittée sept années plus tôt. Près de 70 ans après, je peux encore décrire la tête que fit maman ! Le lendemain, avec les copains, je fêtais la fin de la guerre sur les Champs-Elysées et le 9 mai, j’étais de retour chez mon patron pour reprendre mon travail de tailleur.

 

Travail que j’exerçai en tant qu’artisan pendant quelques années. Mais l’URSSAF ayant eu raison de mes économies, je quittai l’artisanat pour entrer d’abord chez Armand Thiery puis dans la maison Burton, où je terminai ma carrière en tant que responsable technique des prises de mesures. Auparavant, je m’étais marié et nous eûmes deux belles filles ».

 

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Publié le 28 Août 2013

 

Denoix de St Marc - 2eme CIPLE

Indochine 1952 : le capitaine Elie Denoix de Saint-Marc à la tête de la Compagnie Indochinoise de Parachutistes de la Légion Etrangère du 2ème BEP.

 

 

Hélie de Saint Marc, qui vient de mourir, connut un destin exceptionnel. Ne serait-ce que parce qu'au cours de sa longue vie il fut successivement l'homme de l'humiliation, de l'engagement, de la proscription avant d'être finalement réhabilité.

 

Humiliation: au printemps 1940, un adolescent assiste à Bordeaux à l'arrivée de l'armée française en déroute. Peu après, il entre dans la Résistance, décide de gagner l'Espagne, avant d'être arrêté dans les Pyrénées et déporté en Allemagne, au redoutable camp de travail de Langenstein.

 

Engagement: en 1945, un rescapé mal à l'aise dans la France de la Libération délaisse le statut que peut lui conférer son passé incontestable de résistant déporté, pour endosser la défroque mal taillée d'officier de la Légion étrangère. Avec l'armée française, il plonge dans une guerre incertaine en Indochine.

 

Proscription: en avril 1961, le commandant en second du 1er REP choisit la sédition pour protester contre la politique algérienne du général de Gaulle. Après l'échec du putsch, il connaît la prison.

Réhabilitation: longtemps, Hélie de Saint Marc reste silencieux, muré dans ses souffrances, acceptant son manteau de paria. Jusqu'à ce que l'amitié quasi paternelle qu'il porte à son neveu, l'éditeur Laurent Beccaria, le pousse à accepter de témoigner.

 

En 1989, Hélie Denoix de Saint Marc témoigne dans l'émission Apostrophes en 1989, après la sortie de sa biographie.

 

L'ancien officier, sorti de prison en 1966, qui vit paisiblement à Lyon, en pratiquant avec bonheur l'art d'être grand-père, devient en quelques livres l'icône d'un pays en mal de références.

 

Un mélange de tradition et de liberté

 

Hélie Denoix de Saint Marc incarnait la grandeur et la servitude de la vie militaire. De tout, il tirait des leçons de vie. Il relatait des faits d'armes oubliés, décrivait des héros inconnus. Il avait fait du Letton qui lui avait sauvé la vie à Langenstein, de son frère d'armes l'adjudant Bonnin mort en Indochine, du lieutenant Yves Schoen, son beau-frère, de Jacques Morin, son camarade de la Légion, des seigneurs et des héros à l'égal d'un Lyautey, d'un Bournazel, d'un Brazza. Au fil de souvenirs élégamment ciselés, il dessinait une autre histoire de France, plus humaine, plus compréhensible que celle des manuels scolaires.

 

Écouter ou lire Saint Marc, c'était voir passer, par la grâce de sa voix étonnamment expressive et de sa plume sensible et claire, une existence riche et intense.

 

Né en 1922, Hélie Denoix de Saint Marc était un fruit de la société bordelaise de l'avant-guerre, et de l'éducation jésuite. Il avait été élevé dans un mélange de tradition et de liberté (n'est-ce pas le directeur de son collège qui l'avait poussé à entrer dans le réseau Jade-Amicol?). De sa vie dans les camps, de son expérience de l'inhumanité, de ses séjours en Indochine, puis en Algérie, il faisait le récit sobre et émouvant, jusqu'aux larmes. Et de son geste de rébellion, il parlait toujours avec retenue, mezza voce, comme s'il était encore hanté par les conséquences de celui-ci.

Ses milliers de lecteurs, ses admirateurs, tous ceux qui se pressaient à ses conférences, aimaient en lui ceci: par son histoire se retrouvaient et se réconciliaient plusieurs France: celle de la Résistance, celle de la démocratie chrétienne et celle de l'Algérie française. Aux diverses phases de son existence, Saint Marc avait su donner une unité, en martelant: «Il n'y a pas d'actes isolés. Tout se tient.» C'était un être profond qui cherchait davantage à comprendre qu'à condamner. D'une conversation avec lui, on tirait toujours quelque chose sur soi-même, sur ses passions, ses tentations ou ses errements.

 

Cortège d'horreur, d'héroïsme et de dilemmes

 

La grande leçon qu'administrait Saint Marc, c'était que le destin d'un homme - et plus largement celui d'un pays - ne se limite pas à une joute entre un Bien et un Mal, un vainqueur et un vaincu. Il avait comme personne connu et subi la guerre, avec son cortège d'horreur, d'héroïsme et de dilemmes: en Indochine, que faire des partisans auxquels l'armée française avait promis assistance, maintenant qu'elle pliait bagage? En Algérie, que dire à ses hommes en opération, alors que le gouvernement avait choisi de négocier avec le FLN?

 

Son parcours chaotique, abîmé, toujours en quête de sens, n'avait en rien altéré sa personnalité complexe et attachante qui faisait de lui un homme de bonne compagnie et lui valait des fidélités en provenance des horizons les plus divers.

 

L'une d'elles, parmi les plus inattendues (et, au fond, des plus bouleversantes), s'était nouée il y a une dizaine d'années avec l'écrivain et journaliste allemand August von Kageneck. Cet ancien officier de la Wehrmacht avait demandé à s'entretenir avec son homologue français. Leur conversation, parsemée d'aveux et de miséricorde, devint un livre, Notre histoire (2002). Kageneck était mort peu de temps après, comme si avoir reçu le salut (et pour ainsi dire l'absolution) d'un fraternel adversaire l'avait apaisé pour l'éternité. Sa photo en uniforme de lieutenant de panzers était dans le bureau de Saint Marc, à côté de celle de sa mère, qu'il vénérait.

 

Rien d'un ancien combattant

 

D'autres admirations pouvaient s'exprimer dans le secret. Ce fut le cas dès son procès, où le commandant de Saint Marc suscita la curiosité des observateurs en se démarquant du profil convenu du «réprouvé». Des intellectuels comme Jean Daniel, Jean d’Ormesson, Régine Deforges, Gilles Perrault, un écrivain comme François Nourissier lui témoignèrent leur estime. Se souvient-on que ses Mémoires, Les Champs de braises, furent couronnés en 1996 par le Femina essai, prix décerné par un jury de romancières a priori peu sensibles au charme noir des traîneurs de sabre?

 

En novembre 2011, Hélie de Saint Marc fut fait grand-croix de la Légion d'honneur par le président de la République. Dans la cour des Invalides, par une matinée glaciale, le vieil homme recru d'épreuves et cerné par la maladie reçut cette récompense debout, des mains de Nicolas Sarkozy. Justice lui était faite. Commentant cette cérémonie, il disait d'une voix où perçait une modestie un brin persifleuse: «La Légion d'honneur, on me l'a donnée, on me l'a reprise, on me l'a rendue…»

 

À ces hommages s'ajoutèrent au fil des ans les nombreux signes de bienveillance de l'institution militaire (notamment grâce à une nouvelle génération d'officiers libérée des cas de conscience qui entravaient leurs aînés), qui furent comme un baume au cœur de cet homme qui prenait tout avec une apparente distance, dissimulant sa sensibilité derrière l'humour et la politesse.

 

Histoire authentique ou apocryphe, il se raconte qu'un jour l'ex-commandant de Saint Marc avait été accosté par une admiratrice qui lui avait glissé: «Je suis fière d'habiter la France, ce pays qui permet à un ancien putschiste de présider le Conseil d'État.» La bonne dame confondait Hélie avec son neveu Renaud (aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel). Cette anecdote recèle quelque vérité. La France contemporaine l'avait pleinement adopté, ayant compris que cet homme lui ressemblait, avec ses engagements heureux ou tragiques, ses zones d'ombre, ses chagrins et ses silences.

 

Hélie de Saint Marc n'avait rien d'un «ancien combattant». S'il avait insolemment placardé à la porte de son bureau le mandat d'arrêt délivré contre lui en mai 1961, il parlait de ceux qui avaient été ses adversaires avec mansuétude. Quand un article lui était consacré dans Le Figaro, il ne manquait jamais de demander à son auteur, avec ironie: «Avez-vous eu une réaction des gaullistes?» Son épouse, Manette, et leurs quatre filles s'attachaient à lui faire mener une vie tournée vers l'avenir. Il n'était pas du genre à raconter ses guerres, s'enquérant plutôt de la vie de ses amis, les pressant de questions sur le monde moderne, ses problèmes, ses défis. Ce vieux soldat bardé d'expériences comme d'autres le sont de diplômes n'avait jamais renoncé à scruter son époque pour la rendre un tant soit peu plus intelligible.

 

Énigme insondable

 

L'existence humaine restait pour lui une énigme insondable. À Buchenwald, Saint Marc avait laissé la foi de son enfance. L'éclatement de tout ce qui avait été le socle de son éducation l'avait laissé groggy. Une vie de plus de quatre-vingt-dix ans n'avait pas suffi pour reconstituer entièrement un capital de joie et d'espérance. C'était un être profondément inquiet, qui confessait que sa foi se résumait à une minute de certitude pour cinquante-neuf de doute. Le mal, la souffrance, le handicap d'un enfant, ces mystères douloureux le laissaient sans voix.

Attendant la fin, il confiait récemment avec un détachement de vieux sage: «La semaine dernière, la mort est encore passée tout près de moi. Je l'ai tout de suite reconnue: nous nous sommes si souvent rencontrés.»

 

 

 

Etienne de Montety – Le Figaro – Le 26 août 2013.

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Publié le 25 Août 2013

Anori

 

Sous le patronage du général de division Patrick RIBAYROL,

 

Commandant les écoles militaires de Draguignan,

 

Commandant l’École  de l’Infanterie,

 

 

 

le lieutenant-colonel (h) Patrice FICHET, président,

 

et les membres du conseil d’administration de l’ANORI

 

ont l’honneur de vous convier à assister

 

aux cérémonies de la célébration de la Saint Maurice, patron des Fantassins,

 

 

le vendredi 14 septembre 2012  ‏   : Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe

(Rassemblement terminé à 17h45 en haut des Champs Elysées)

avec la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et mécanisés

et la fanfare du 27ième BCA

 

***

 

le samedi 15 septembre 2012 à 16h au Fort-Neuf de Vincennes

 

Dépôt de gerbe à la plaque en l’honneur des élèves des Préparations Militaires

à l’initiative du Conseil de Région Ile de France de l’UNOR (rassemblement terminé à 15h45)

 

Commémoration des combats de SIDI-BRAHIM

et cérémonie de transmission du Drapeau des Chasseurs du 7ème BCA au 13ème BCA

 

 

 

Autour de ces cérémonies, la FNAC organise plusieurs manifestations auxquelles vous êtes conviés le matin :

 

-de 8H30 à 12H : Visite du Mémorial des Chasseurs au Château de Vincennes (Pavillon du Roi)

 

-à 10H30 : Conférence sur un RETEX d’OPEX par un chef de corps d’un Bataillon de Chasseurs au Fort Neuf

 

-à 12H15 : dépôt de gerbes par les Chasseurs au monument aux Morts de Vincennes

 

-à 13h15 : déjeuner amical de la FNAC au Fort Neuf (dans la limite des places disponibles-inscription et règlement obligatoires avant le 4 septembre 2012)

 

 

 

Pour toute ces manifestations :

 tenue 21 (interarmées B2) ou civile sombre - Se munir de cette invitation

RSVP à l’aide du bulletin ci-joint avant le 4 septembre 2012

 

 

Pour de plus amples informations et éventuellement les modifications de dernière minute des cérémonies, connectez vous sur le site de l’ANORI : http://anorinfanterie.free.fr

 

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Publié le 11 Juillet 2013

Vaucresson Gare

 

Le déclenchement de la guerre.

 

J’avais six ans en 1914. Les enfants de mon âge, comme moi-même, nous commençâmes à entendre parler de la guerre par des adultes dès le printemps ; ce mot, pour nous, n’avait pas de sens bien précis, on ne nous donnait que peu d’explications, mais avec une telle prudence, que nous pressentions qu’il s’agissait de quelque chose de grave comme une sorte de danger inconnu pour nos parents et nous-mêmes.

 

La guerre fut déclarée le 2 août 1914, et nous nous rendîmes compte de suite qu’un bouleversement important venait de se produire. Nos pères, nos frères aînés, nos voisins, étaient presque tous des militaires de réserve ; ceux qui avaient un grade d’officier ou de sous-officier détenaient leurs uniformes à domicile. Ils s’empressèrent de s’en revêtir. Tous les hommes, de 20 à 48 ans, nous apparurent sous un jour nouveau, inconnu de nous : ils avaient remplacé leurs vêtements civils et familiers par des tenues de couleurs différentes suivant l’arme dans laquelle ils étaient mobilisés, ornées d’insignes et de numéros différents suivant les régiments qu’ils devaient rejoindre. Ils se rendaient mutuellement visite et échangeaient des propos et des commentaires inhabituels pour nous auxquels nous ne comprenions rien. Certains partaient de chez eux très rapidement, les autres quelques jours plus tard, suivant les dates de leurs ordres de mobilisation.

 

Leurs mères, leurs épouses, leurs fiancées ou leurs sœurs étaient effondrées, beaucoup pleuraient, inquiètes pour leurs militaires, mais aussi par la perspective de rester seules et souvent sans moyen d’assurer leurs existences en l’absence des ressources du travail des hommes, car à cette époque très peu de femmes exerçaient un emploi à l’extérieur de leurs foyers. C’étaient les pères, les maris, voire les frères aînés qui, par leur travail procuraient les ressources nécessaires à la vie des foyers. Malgré notre jeune âge, nous percevions ces inquiétudes, bien sûr, sans pouvoir n’en tirer aucune conclusion.

 

Vint le jour du départ de mon père. Nous l’accompagnâmes, ma mère et moi, jusqu’à la gare de Vaucresson, vers la fin de l’après-midi. Quelques autres hommes partaient aussi le jour même, par le même train. Après tous les gestes d’adieu, prolongés jusqu’à la disparition du dernier wagon, nous regagnâmes notre domicile à pied. Nous marchions en silence et je m’aperçus que ma mère pleurait. Ce fût peut-être la première fois que je la vis pleurer et cela m’impressionna tellement que je me mis moi-même à pleurer comme elle.

 

Nous rentrâmes à la maison à l’heure du dîner. Nous nous mîmes à table. La chaise de mon père était vide et nous mangeâmes à peine tant nos cœurs étaient serrés. Ce fût, ce soir-là, que débuta la vie à deux de ma mère avec moi. Elle devait se poursuivre pendant plus de quatre ans.

 

L’année 1914.

 

Notre nouvelle existence commença à s’organiser pendant les jours qui suivirent. Nous parlions beaucoup de mon père et nous guettions, chaque matin, le passage du facteur dans l’attente fébrile de l’arrivée de la première lettre.

 

Bientôt les événements se précipitèrent, les troupes allemandes étaient victorieuses : elles pénétraient dans notre pays et s’approchaient de Paris. De nombreux habitants, qui étaient principalement des hommes de plus de 50 ans, des femmes et des enfants, partaient précipitamment se réfugier en province dans la famille ou chez des amis. La bataille de la Marne eut lieu en septembre. Nos mères nous en parlaient : nous les enfants, nous ne savions pas trop où cela se passait, mais nous savions que c’était près de chez nous car la nuit, nous entendions dans le lointain le grondement des canons.

 

Les nouvelles arrivaient lentement. L’on n’était informé que par la lecture des journaux du lendemain matin et nous les jeunes enfants qui ne savions pas encore lire, nous n’apprenions que ce que nous en disaient nos mères. Dès la victoire de la Marne acquise, les Allemands se replièrent, ce qui provoqua un grand soulagement et une sorte d’allégresse s’empara des adultes, que nous partagions bien entendu.

 

En ce début de guerre, il n’existait aucune censure, ni restriction de circulation. Mon père avait écrit, juste avant les combats, en nous donnant son lieu de stationnement qui était la position sur laquelle il avait, par la suite, participé à la bataille.

 

Il était en Seine-et-Marne, tout près de chez nous. Ma mère décida que nous irions le voir et dès le lendemain matin, nous primes un train à Paris qui nous transporta rapidement auprès de lui. Cet événement nous permit d’arriver sur les lieux des combats tout de suite après la bataille. Il s’agissait de prés et de champs, récemment fauchés, sur lesquels étaient disséminés les corps des soldats tués, Français et Allemands. Des militaires les enterraient, les plus vite possible, sur place, auprès de l’endroit où ils étaient tombés et signalaient les tombes en y plantant une croix de bois, portant quelques indications. Ces champs étaient survolés par des nuées de corbeaux qui venaient prélever leur nourriture sur les corps non encore enterrés et, détail affreux, ils commençaient toujours par manger les yeux, de telle sorte que ces cadavres avaient tous les orbites vides. C’était la première fois que je voyais des morts et je suis, par la suite, resté longtemps persuadé dans mon esprit d’enfant que la mort se caractérisait par la disparition des yeux au moment du décès.

 

Dans les mois qui suivirent, les soldats creusèrent des tranchées dans lesquelles ils pouvaient poursuivre les combats, avec une meilleure protection et le front se stabilisa.

 

L’année 1915.

 

Une nouvelle vie commença à s’organiser à l’arrière : les femmes prirent la direction de leurs foyers et élevèrent seules leurs enfants, comme des orphelins privés de leurs pères, qui étaient aux armées.

 

Les écoles ouvrirent de nouveau leurs portes. Ma mère me fit inscrire à l’école communale primaire de Vaucresson qui occupait à l’époque la seule partie haute de l’école du Coteau actuelle. Elle était divisée en deux parties égales : au nord (côté plateau Théry) se trouvait l’école des filles et au sud, celle des garçons. La partie basse actuelle de cette école était la place du marché. C’était mon premier contact avec une école. A l’époque, il n’existait pas de classes de maternelles et l’on prenait les enfants directement à l’école primaire vers l’âge de six ans. Chacun des deux moitiés de l’école comprenait deux classes, la petite classe au rez-de-chaussée et la grande au premier étage. Chaque classe était à trois niveaux : on passait ainsi trois années dans chacune d’elles. Les instituteurs étant mobilisés aux armées jusqu’à l’âge de 48 ans, seuls ceux qui étaient plus âgés continuaient leur métier. Aussi, le corps enseignant primaire était principalement composé d’institutrices et comme leur nombre était encore insuffisant, on avait créé des classes à double effectif, comprenant des filles et des garçons. C’est ainsi que ma première année scolaire se déroula dans une classe mixte. Les années suivantes, les choses rentrèrent dans l’ordre : un jeune instituteur gravement blessé au cours des premiers combats, et de ce fait réformé, ayant été affecté à Vaucresson, on récréa une classe de garçons séparée de celle des filles.

 

Les années suivantes.

 

Les mois et les années passant, on s’installa dans la guerre. Pour nous les enfants, elle finissait par devenir une situation normale. Nous jouions à la guerre, chaque quartier de la commune avait son « armée » et le soir, après la sortie des classes, il nous arrivait de nous affronter, quelque fois avec violence, à ce point qu’il y eut parfois des blessés par des coups de bâton ou par des jets de pierres qui étaient notre artillerie. A Vaucresson, la propriété de la Croix Blanche, toujours existante, située au carrefour du Fer Rouge, avait été transformée, dès 1914, en hôpital auxiliaire, tenu par le Comité des Dames Françaises de Garches et de Vaucresson. Il recevait des blessés, souvent mutilés, en voie de consolidation qui venaient y passer leur convalescence. Il fonctionna jusqu’en février 1918.

 

On commença à rencontrer dans les rues de Paris et dans les nôtres, des mutilés, souvent amputés d’un bras ou d’une jambe, marchant en s’aidant d’une canne ou des béquilles et certains autres portant d’affreuses cicatrices au visage qui se qualifièrent, eux-mêmes, de « Gueules Cassées ». Ils devenaient de plus en plus nombreux au fur et à mesure du déroulement des mois de guerre.

 

Dans les écoles, les enfants dont le père ou un frère aîné avait été tué, portaient un morceau de ruban tricolore en haut du bras gauche ou sur leur tablier noir, qui était l’uniforme des écoliers, qui écrivaient avec des plumes trempées dans l’encre noire qui tachait les vêtements.

 

Souvent le matin, en arrivant à l’école, nous apprenions le décès du père de l’un de nos camarades tué au front ou mort de ses blessures, un autre jour c’était un parent blessé ou fait prisonnier. L’inquiétude de nos mères était fréquente, en particulier lorsque les nouvelles de nos pères tardaient à arriver.

 

Paris était bombardée par le tir du canon allemand à longue portée, appelé « La Grosse Bertha », qui envoyait sur la capitale un obus à peu près toutes les vingt minutes. Il y avait aussi des raids aériens, effectués au début de la guerre par de gros dirigeables appelés « Zeppelin ». ils avaient lieu la nuit, les phares de la défense les recherchaient et les éclairaient lorsqu’ils en trouvaient ; on tirait alors vers eux, en général sans les atteindre en raison du peu d’efficacité des armes employées. Ils lançaient quelques bombes assez rudimentaires qui ne provoquaient généralement pas de gros dégâts. Par la suite, des avions nommés « Taubes » les remplacèrent, les bombes qu’ils lâchaient étaient un peu plus dangereuses.

 

Au niveau de la population, on assistait au début des grandes évolutions : les épouses qui n’avaient pour vivre que de modestes allocations de « femmes de mobilisés » étaient contraintes de chercher des emplois qu’elles trouvaient assez facilement en remplacement des hommes sous les drapeaux, certaines mêmes étaient embauchées dans les usines où l’on « tournait des obus ».

 

A partir de 1916, les denrées alimentaires commencèrent à se raréfier, on commença à distribuer des cartes d’alimentation portant des tickets détachables et à voir des files d’attente, qui devenaient de plus en plus longues, devant les boutiques des commerçants.

 

L’hiver 1917 fut extrêmement rigoureux et difficile à supporter, le charbon se faisant rare, car les mines du nord de la France étaient occupées par les Allemands ou situées dans les zones de combats.

 

Pendant toutes ces années les seules vraies joies que nous éprouvions étaient les visites de nos pères lorsqu’ils pouvaient obtenir une permission de quelques jours, ce qui se produisait une fois ou deux par an, mais elles étaient trop courtes et le jour du départ arrivait bientôt, ramenant la tristesse, l’angoisse et les larmes au foyer.

 

L’armistice du 11 novembre 1918.

 

Depuis quelques jours, nous entendions parler d’armistice, nous imaginions mal ce que ce pouvait être. Grandis pendant la guerre, nous y étions habitués et nous ne savions pas ce que deviendrait la vie au foyer après le retour de nos pères, du moins pour ceux d’entre-nous qui ne l’avaient pas perdu. Enfin, vint le 11 novembre 1918. C’était un jour de classe, nous nous rendîmes à l’école le matin, comme d’habitude. Quatre années s’étaient écoulées, j’avais alors dix ans et j’étais monté dans la grande classe du premier étage dans laquelle l’enseignement était donné par Monsieur Octave Sassier, le directeur de l’école.

 

Nous travaillâmes comme les autres jours. A onze heures exactement, nous entendîmes le premier des cent un coups de canon annonçant l’armistice. Le directeur arrêta la dictée en cours et nous dit :

 

-       Mes enfants, l’armistice est signé. La guerre est finie. Ceux d’entre vous qui ont la chance de n’avoir pas perdu leur père, vont avoir la joie de le voir revenir. L’Alsace et la Lorraine vont redevenir françaises. Vive la France !

 

Après un moment de silence seulement troublé par le bruit du tir des canons qui se poursuivit par le tintement de la cloche de l’église qui battait à toute volée, il ajouta :

 

-       La classe est terminée. Rangez vos affaires et mettez vous en rangs pour partir retrouver vos mères.

 

Nous quittâmes l’école sous le coup d’une grande émotion. Dans les rues tous se félicitaient, beaucoup exprimaient une grande joie, vite atténuée par les larmes de ceux et celles qui avaient perdu un être cher et par l’inquiétude de ceux qui étaient sans nouvelles d’un des leurs depuis longtemps et qui craignaient le pire ; aussi, la gaité n’était pas générale, ni bruyamment exprimée.

 

Le soir, des militaires au repos à Vaucresson organisèrent, sur la place de la gare, un feu d’artifice improvisé au moyen d’engins et de fusées provenant des approvisionnements de l’armée.

 

Les années qui suivirent.

 

En 1919, on commença à voir revenir dans leurs foyers les premiers militaires démobilisés, en général ceux des classes les plus anciennes. Une nouvelle existence commençait pour eux, ils tentaient de retrouver leur emploi d’avant-guerre ou à défaut un autre.

 

Le 28 avril 1919 à 22h20, arriva en gare de Vaucresson, sévèrement gardée par des gendarmes, le premier convoi de plénipotentiaires allemands pour négocier les conditions du traité de paix ; le lendemain soir arriva le deuxième convoi. Ils furent transportés de suite à l’Hôtel des Réservoirs, proche du château de Versailles, par des voitures automobiles et des autobus parisiens requis à cet effet.

 

Ultérieurement, arrivèrent aussi en gare de Vaucresson, la délégation hongroise qui fut logée au Manoir Blésois, situé au rond-point du Centre (aujourd’hui place du général Leclerc) et la délégation turque qui fut logée à la Vaucressonnière, toute proche, actuellement caserne de la 2ème CRS.

 

Le traité de paix entre la France, ses alliés et l’Allemagne fut signé à Versailles dans la Galerie des Glaces du château le 28 juin 1919 ; les autres traités de paix étaient les suivants :

 

-       Traité de paix avec l’Autriche, le 10 septembre 1919 à Saint-Germain.

-       Traité de paix avec la Bulgarie le 27 septembre 1919 à Neuilly-sur-Seine.

-       Traité de paix avec la Hongrie le 4 juin 1920 à Versailles.

-       Traité de paix avec la Turquie le 10 août 1920 à Sèvres.

 

Le 14 juillet 1919 fut la première fête nationale célébrée depuis la fin de la guerre, quelques jours seulement après la signature du traité de paix avec l’Allemagne.

 

Une très importante revue militaire se déroula à Paris. Le défilé était ouvert par les maréchaux Joffre et Foch, à cheval. Elle débuta avenue de la Grande Armée, passa sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile et se poursuivit avenue des Champs-Elysées. Elle comprenait des détachements de tous les pays alliés vainqueurs de la guerre et de toutes les armes de troupes françaises qui avaient contribué à la victoire ; le détachement français, qui était conduit par le maréchal Pétain, à cheval, était de loin le plus important.

 

A Vaucresson, cette fête nationale fur particulièrement importante. Elle débuta par un cortège qui partit du cimetière où l’on était venu chercher un jeune tilleul, qui, porté par quatre enfants des écoles, fut acheminé jusqu’à la place de la gare, où il fut solennellement planté au milieu de la pelouse qui se trouvait à l’est de la gare. Il fut nommé « Arbre de la Victoire » ; il est toujours à la même place mais il a beaucoup grandi depuis cette date. La fête se poursuivit toute la journée dans la joie retrouvée et se termina par un brillant feu d’artifices. Par la suite, la ville fit édifier au cimetière, le monument aux Morts qui s’y trouve toujours aujourd’hui. Il fut inauguré le 24 juillet 1921 et sur lequel sont gravés les noms des Vaucressonnais morts pour la France.

 

Ce récit, écrit en 1988, soixante-dix ans après ces événements, relate des souvenirs si extraordinaires qu’ils ne peuvent être oubliés par ceux qui en furent les témoins. Il est souhaitable qu’ils intéressent les écoliers de Vaucresson qui pourront se rappeler que les Vaucressonnais qui les vécurent, et beaucoup de ceux dont les noms sont gravés dans la pierre du Monument aux Morts, étaient d’anciens élèves de leur école communale de Vaucresson, ce dont ils peuvent tirer une légitime fierté.

 

 

 

 

Louis Facquet

Maire-adjoint à Vaucresson

 

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Publié le 16 Juin 2013

 

Oradour Puteaux 2 SFDG

 

Le Comité du Souvenir Français de Puteaux est reçu en Délégation de la Ville de Puteaux par Monsieur Raymond Frugier, chevalier de la Légion d’Honneur, commandeur dans l’Ordre National du Mérite, commandeur des Palmes Académiques, maire d’Oradour-sur-Glane.

Lors d’un accueil très chaleureux au sein du salon d’Honneur en sa mairie, Monsieur le Maire dans son discours de bienvenue a évoqué la tragédie du 10 juin 1944. Il a souligné son profond attachement au Devoir de Mémoire et son action permanente pour la conservation des restes du village martyr.

 

Madame Den Marais-Hayer, Présidente et, Monsieur Jean Michel Fouquet, Vice- Président du Comité, ont remis au nom de Madame Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux, la Médaille de la Ville, ainsi que le Diplôme d'honneur à Monsieur Raymond Frugier en présence de Monsieur Dugot, Délégué Départemental de la Haute Vienne et de Madame Dugot, Présidente du Souvenir Français de Nexon-Oradour.

 

Cérémonie d’hommage.

 

Ce fut un moment d’intense émotion et de recueillement lorsque fut déposé devant le « Monument aux Martyrs », la gerbe de fleurs de la Ville de Puteaux, avec à nos cotés Monsieur le Maire d’Oradour, entourés des drapeaux ainsi que notre Délégation.

 

Non la mémoire n’est pas sans voix !

L’objectif diabolique de la division Das Reich traversant nos campagnes était d’effacer par le feu l'existence d'une population innocente, éprise de liberté, de la faire taire à jamais. A travers ces murs, ces rues désertes, nous entendons ces hurlements d’effroi et de souffrance d’un peuple opprimé. Rester muet devant l’horreur, c’est refuser de transmettre cette mémoire aux vivants, c’est faire affront à Monsieur Hebras, survivant, ainsi que tant d’autres disparus.

Ils vivront toujours et donneront longtemps de la voix à travers nous.

 

La dignité et la pudeur de nos sentiments, le respect des lieux, n’implique pas le silence et l’absence de pleurs, regardons cet endroit de notre France avec notre cœur et avec notre âme et souvenons nous! 

Nos plus vifs remerciements vont à Monsieur le Maire d’Oradour Raymond Frugier pour avoir été à nos cotés toute cette journée, à tous ses collaborateurs, à la Municipalité, à Monsieur Dugot, Délégué Départemental, à Madame Dugot Président du Comité de NEXON à nos porte-drapeaux ainsi qu’a tous les Putéoliens qui ont répondu présents à ce voyage.

 

2013 © photos de Philippe Coudeyrat, les textes de Jean-Michel Fouquet et Den Marais-Hayer

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