Publié le 12 Octobre 2014

 

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Notre assemblée se déroulera le samedi 25 octobre 2014 à Antony où nous serons reçus par le président André Zurcher et toute son équipe.

 

Voici le programme :

A partir de 8h00 : accueil et petit déjeuner salle Malraux, au 1 avenue Léon Harmel à Antony.

8h45 : mise en place pour les porte-drapeaux.

9h00 : accueil par Monsieur le maire d’Antony, début des travaux.

11h15 : fin de l’assemblée départementale.

11h30 : départ en car de la salle André Malraux pour le cimetière.

11h50 : arrivée au cimetière ; cérémonie sur place, dépôts de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué général et par Monsieur le maire d’Antony.

12h00 : départ en car en direction du Monument Leclerc ; dépôt de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué général et par Monsieur le maire d’Antony.

12h25 : début du cortège.

12h45 : cérémonie devant le monument aux morts ; dépôts de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué et par Monsieur le maire d’Antony.

13h50 : départ en car en direction de la salle Malraux ; discours du Délégué général et de Monsieur le maire d’Antony ; vin d’honneur offert par la municipalité d’Antony suivi du repas de l’amitié servi salle Malraux.

 

Nous comptons vivement sur la participation, nombreuse, des membres de chaque comité de notre département.

 

Votre Délégué général,

André LABOUR.

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Publié le 6 Octobre 2014

 

André Labour et Pierre Keraudren

André Labour (à dr.), Délégué général du Souvenir Français et le colonel Pierre Keraudren.

 

Début de carrière.

 Engagé pour trois ans en septembre 1953, et alors âgé de 19 ans, je rejoins l’Ecole d’Application de l’infanterie à Saint-Maixent où je suis affecté au peloton des élèves sous-officiers d’active (ESOA). J’en sors en juin 1954, après avoir été nommé au grade de sergent.

 Les affectations sont depuis toujours faites suivant le rang de sortie de l’école. Pour ma part, cela allait être le 1er régiment de tirailleurs algériens (1er RTA) dont la garnison était à Blida, au sud d’Alger. Après une traversée en avion de Marseille à Alger, je rejoins le régiment avec une dizaine de camarades, venant comme moi de l’école, le 5 juillet 1954.

 Ce choix n’est pas un hasard : j’avais été influencé par des lectures sur la conquête et la pacification de l’Algérie, de même que par des témoignages et des ouvrages de grands anciens. Je vivais, à ma façon, le rêve saharien !

 Nous sommes alors reçus par le commandant du régiment. Il s’agit du colonel de Rocca-Serra, un Corse qui deviendra par la suite général. Nous voilà, nous les nouveaux, maintenant répartis entre les trois bataillons. L’effectif d’un bataillon de cette époque équivaut à celui d’un régiment actuel (avec quatre compagnies de combat et une compagnie de commandement). Le bataillon qui m’échoit est le 9e, situé à Miliana, au-dessus d’Affranville et de la plaine du Chéliff, sur les pentes sud du Zaccar. Le 9e bataillon doit son nom au fait d’avoir repris les traditions du 9e RTA, qui avait participé, dix ans auparavant, à la libération de Marseille et de la France, sous l’impulsion de son ancien chef de corps, un général énergique du nom de Monsabert, alors à la tête de la division (3e division d’infanterie algérienne).

 Donc, ce 8 juillet 1954, me voilà avec mon camarade Jaffeux, au sein du 9/1er RTA, et c’est dans cette unité que je devais effectuer mon séjour en Algérie, à l’exception d’un détachement de quelques temps dans le noyau actif d’un bataillon de rappelés d’Algérie. J’allais connaître, entre cet été là et la Toussaint 1954, les derniers moments de paix de l’Algérie française.

 En effet, les « événements », comme ils sont alors appelés, débutent à la Toussaint et l’insurrection ne cessera de se développer jusqu’à mon départ en septembre 1957, pour le Peloton de l’Ecole Spéciale Militaire Interarmes, afin de préparer le concours d’officier (cette école, aujourd’hui dissoute, était installée à Strasbourg).

 Il n’est pas question pour moi de décrire en entier mon séjour en Algérie, mais de présenter quatre moments qui m’ont marqué :

 L’opération de l’Oued Hallal, près de la frontière tunisienne, le 31 mars 1955 ;

  1. L’embuscade de Souk El Arba le 29 juillet 1956 ;
  2. L’opération des Ouled Naïls, le 5 avril 1957 ;
  3. La trahison du lieutenant Benchérif, le 28 juillet 1957.

 

L’opération de l’Oued Hallal.

 A mon arrivée au bataillon, je suis affecté à la 3e compagnie qui est commandée par le capitaine Mazagot. Par suite des événements de Tunisie, le régiment avait envoyé là-bas une compagnie de combat pour laquelle le bataillon a fourni une section d’intervention. Celle-ci est commandée par le lieutenant de Pontual, qui par la suite prendra la tête de la 1ère compagnie. Elle rentre à Miliana le 18 août 1954.

 Dès la Toussaint, mon bataillon devient « bataillon de marche » et participe à des opérations en Kabylie, et ce jusqu’à la Noël. J’ai le souvenir des opérations « Genévrier » (cuvette d’Azrou) et Tourterelle (région de Dellys à Tizi Ouzou). Nous y subissons nos premières pertes, dont celle du sous-lieutenant Tarrit, le 22 décembre 1954 (il était de la promotion « Union Française »).

 Le 15 janvier 1955, mon bataillon rejoint les Aurès. Ma compagnie occupe un poste situé dans la montagne au nord-est de Biskra. Il est accolé au village d’Oulach en pays Chaouia. Nous effectuons dans ce secteur plusieurs opérations. Pour cela, notre unité est constituée en compagnie légère montée, avec de nombreux mulets. Ce séjour est marqué par la mort du sergent-chef Dambraine, ancien parachutiste de la France Libre, tué dans une embuscade de convoi le 1er mars 1955. Le 25, le bataillon rejoint le secteur de Tébessa au pied des Nementchas. Le 30 mars, nous sommes au poste de Guentis, près de la frontière tunisienne. Nous devons relever le 15e bataillon de tirailleurs algériens.

 Le lendemain est déclenchée l’opération de l’Oued Hallal, connue grâce au livre de Pierre Closterman, ancien pilote de la France Libre, rappelé en Algérie. L’ouvrage s’appelle « Appui feu sur l’Oued Hallal ». Je faisais partie des fantassins qui se trouvaient au fond de l’oued, avec mes camarades du 9e et du 15e BTA. Le 9e a, à sa tête, le commandant Rieu-Boussut, ancien de 39-45 et de l’Indochine, et qui connait bien nos unités pour avoir servi au 7e RTA. Il va exercer son commandement pendant pratiquement tout mon séjour. L’opération se déroule sur plusieurs jours. Elle est rendue d’autant plus épuisante que nous avons de la pluie et même une tempête pendant toute sa durée. Nous sommes « trempés jusqu’aux os » ! Il est bien loin mon Sahara ! Le froid et la pluie éprouvent tellement les hommes que nous connaissons plusieurs morts dont un par congestion.

 Nous sommes accompagnés de gendarmes mobiles, détachés au bataillon pour permettre le contrôle des mechtas. L’un d’eux, un maréchal-des-logis chef, qui a fait les campagnes de France et d’Allemagne en 1944 et 1945, et a également commandé une compagnie de supplétifs en Indochine, nous déclare qu’il n’a jamais eu aussi froid depuis l’hiver 1945 en Alsace.

 L’opération approchant de sa fin, des feux sont allumés pour nous permettre de nous réchauffer. Il y a là comme un air de retraite de Russie de la Grande Armée. J’ai le souvenir d’avoir vu passer près de moi un camarade accroché à la queue d’un mulet : il marche les yeux fermés ! Il est grand temps pour nous de rejoindre le poste pour relever le 15e. Nous sommes au bout de nos forces.

 La veille de l’opération, j’ai fait la connaissance du sergent d’ordinaire de ce 15e BTA. C’est un breton, comme moi. Il s’appelle Le Boulch’ et est originaire de Lannion où j’ai eu son frère aîné comme répétiteur au collège Félix Le Dantec. Le monde est petit. Il m’offre un bon repas à base de beefsteaks et me fait dormir sur un tas de toiles de parachutes.

 Quelques jours plus tard, nous relevons donc le 15e qui a reçu une nouvelle affection. Nous prenons possession des lieux qui vont devenir notre camp et notre refuge pendant de longs mois. A l’automne 1955, je suis détaché dans un bataillon de rappelés d’Algérie, bataillon connu car l’un de ses cadres, l’aspirant Maillot, le quitte à bord d’un camion chargé d’armes, pour rejoindre les rebelles dans l’Ouarsenis. Il a pris soin préalablement de désarmer les soldats qui sont sous ses ordres. Il sera tué quelques semaines plus tard, au cours d’une opération.

 A l’issue de cette affectation, je suis détaché dans un bataillon de marche du train. Je suis l’adjoint du chef de section et participe à l’entraînement des jeunes venant de métropole. Le 7 mai 1956, ma mission étant terminée, je rejoins la 3e compagnie du 9e BTA.

 

 

L’embuscade de Souk El Arba.

 Un jour, revenant à la base arrière, à Miliana, base que nous partageons avec le bataillon du train, un appelé de la section qui était encore la mienne quelques semaines plus tôt, me tombe dans les bras en pleurant, alors que je viens de descendre de camion. Il m’apprend que sa section a été totalement anéantie, à la suite d’une embuscade. L’unité était commandée par un sous-lieutenant de réserve, provenant de l’Ecole Centrale. Je le connaissais bien. Aujourd’hui encore, je le revois nous faisant défiler aux accents du chant des Africains, diffusé par un tourne-disque posé sur un tabouret. Ce rescapé ne doit son salut qu’au fait qu’il a été admis à l’infirmerie peu de temps auparavant. C’est un Breton de Paris, travaillant aux usines Citroën.

 Ma compagnie se trouve alors au poste du Bordj Okriss, à l’est d’Aumale. Le bataillon est devenu unité de réserve générale de la 20e division d’infanterie. Nous recevons l’ordre de nous déplacer pour occuper le poste de Souk el Arba (ce qui signifie littéralement « le marché du mercredi »). Je revois les tailleurs en plein air faisant fonctionner leurs machines à coudre Singer à pédale et les bouchers avec la viande couverte de mouches…

 Un changement majeur a été opéré dans l’organisation de la compagnie : nous hébergeons le commando du bataillon (il ne s’appelle pas encore « commando de chasse »). Il représente l’équivalent de deux sections de combat, soit la moitié de l’effectif de combat de la compagnie. Celle-ci comprend aussi deux sections de combat classiques et une section de commandement. Elle est dirigée par le capitaine Daniès, ancien adjoint du capitaine Mezagot. Il a fait le siège de La Rochelle en 1944-45 et deux séjours en Indochine. C’est un officier expérimenté.

 Le commando est sous les ordres du sous-lieutenant Morel-Vitré, ancien parachutiste d’Indochine, qui a suivi une formation dispensée par le fameux colonel Marcel Bigeard ! C’est un officier remarquable. A la tête d’une section administrative spécialisée (SAS), il sera victime d’un attentat en Oranie en 1957.

 Le commando part souvent en nomadisation tandis que le reste de la compagnie garde le poste. Ainsi, le 29 juillet 1956, le capitaine Danies décide d’effectuer une reconnaissance sur les crêtes boisées du nord du village. Il prend avec lui la section du sous-lieutenant Henry, dont je fais partie, avec mon groupe de combat. Nous quittons le poste de très bonne heure le matin. La journée est particulièrement ensoleillée. Je progresse en tête, disposant mes tirailleurs en formation très étirée, pour pouvoir faire face à une embuscade. Je dispose de caporaux qui connaissent la guerre pour l’avoir faite en Indochine. L’un d’eux voit en premier des fellaghas qui tentent de nous encercler. Stoppant ainsi, nous n’entrons pas dans la nasse : nous tirons les premiers ! Mais à ce moment-là un feu d’enfer se déclenche : on voit la terre éclater un peu partout autour de nous sous l’effet des balles. Pris entre deux feux de mitrailleuses de 30 (calibre 7,62), le capitaine réussit à nous replier en bon ordre. La chance est avec nous ce jour-là : deux scout-cars, qui passaient non loin, arrivent, envoyés par le lieutenant resté au poste et qui a entendu la fusillade.

 Au retour, le lieutenant nous apprend que d’autres fellaghas ont échoué dans l’attaque de notre poste. Nos hommes ont fait des prisonniers.

 Cette affaire me vaut la croix de la Valeur militaire avec citation à l’ordre de la brigade et la proposition au grade de sergent-chef. Le soir même, pour nous endurcir, le capitaine m’envoie en embuscade de nuit avec une partie des effectifs restés au poste…

 

 

L’opération des Ouled Nails.

 Le 5 avril 1957, une opération organisée par le secteur d’Aumale, se déroule au sud de Bou Saada, dans les monts des Ouled Nails.

 L’action dure depuis quatre ou cinq jours ; la fin est proche. Nous devons être héliportés à bord de Piasecki (que nous appelions des « bananes » du fait de leur forme) sur les crêtes environnantes. La deuxième compagnie, alors commandée par le lieutenant Jupille est déposée sur la côte 1169. L’hélico redécolle pour prendre un nouveau stick. A ce moment-là, nous entendons une déflagration et nous voyons une énorme flamme : au moyen de mitrailleuses, des fellaghas bien postés viennent de descendre notre hélico au décollage ! Le commandant Rieu-Boussut fait modifier immédiatement le dispositif. Il modifie les départs, confie au lieutenant de La Morinière (qui terminera sa carrière comme général) un posé d’assaut sur une côte toute proche, avec 20 de ses meilleurs soldats. Il convient d’éliminer les rebelles et avant tout de venir en aide avec hommes déjà sur place. Je fais partie de la second vague : au moment de sauter de l’appareil, je vois que le sol est jonché de cadavres de rebelles.

 Je progresse à côté d’un caporal-chef reconnu : Tayan, de la 1ère compagnie. Je me fie à lui pour les indications face aux rebelles. Un moment, je le laisse passer devant : un éboulis ne permet pas de passer à deux. Je le revois quelques secondes plus tard, allongé, comme dormant… Une pensée idiote me traverse l’esprit : « Tu es gonflé de te reposer alors qu’on nous tire dessus » ! Quel imbécile : je réalise que Tayan est mort. Il a reçu une balle en pleine poitrine.

 L’opération continue encore quelques heures et se termine par un succès, en dépit de nos pertes et de la mort de mon ami. Je revois encore un tirailleur qui était connu de tous : il ne se déplaçait jamais sans son chèche ! Bien sûr le vêtement flotte au vent. A la fin, celui-ci nous le fait voir : en plusieurs endroits, des balles de mitrailleuses l’ont troué… Le soir, au mess, il fête avec nous sa baraka !

 

 

La trahison du lieutenant Benchérif.

 La trahison du lieutenant Benchérif a provoqué en moi un grand choc ! Le 25 juin 1957, le commandant Rieu-Boussut est remplacé par le commandant Blanchard. Notre compagnie est désignée pour occuper une maison forestière, située à flanc de montagne entre Masqueray et Aumale. On installait à cette époque des postes médicaux où des médecins et des infirmières itinérants venaient soigner les populations locales. Afin de protéger à la fois ces personnes et les personnels médicaux, on construit des tours de contrôle en béton, et pour protéger les ouvriers, on commence par un poste de protection. Le lieutenant Benchérif est désigné pour occuper le poste et surveiller le secteur. Le capitaine Danies me désigne comme adjoint. Je connais Benchérif depuis les Aurès où il commandait une section de supplétifs.

 Le 2 juin 1957, alors que je me trouve au poste, avant de rejoindre Alger, je suis désigné pour diriger un convoi de cinq véhicules qui doivent percevoir des vivres. Benchérif se trouve dans le premier. Des tirs sont déclenchés contre nous. Pour des petits convois comme le nôtre, la consigne était d’accélérer pour sortir de la nasse. Mais Benchérif ordonne à son chauffeur de faire arrêter son camion GMC, ce qui oblige les autres véhicules à stopper. J’ai la conviction qu’il fait tout cela pour offrir une meilleure cible aux rebelles. J’arme mon PM, prêt à faire feu, et sur Benchérif, en me disant « tu seras le premier à y passer ». Par chance, les tirs cessent. Nous reprenons la route. Des pensées terribles me traversent l’esprit.

 Par ailleurs, depuis que nous sommes placés dans la maison forestière, Benchérif a pour habitude de partir, tout seul, avec sa carabine, pour soi-disant chasser. Avec le recul, je pense qu’il allait plutôt renseigner ses copains fellaghas ! Un autre jour, il donne l’ordre d’abaisser la hauteur des murs entourant la maison. Nous offrons alors une cible magnifique. Mon lit même est parfaitement dans un axe de tir depuis les collines qui nous font face ! Je lui dis. Il semble un peu gêné. Il donne l’ordre de faire remonter les murs aussitôt.

 Un de mes anciens camarades, que j’ai connu au bataillon des rappelés d’Algérie, et que j’ai invité dans ma famille en Bretagne, me demande de venir passer quelques jours à Hussein Dey, dans la banlieue d’Alger, avant de prendre le bateau pour la France (je dois partir pour l’Ecole de Strasbourg). Cela va me sauver la vie : en lisant le journal, j’apprends ce qui s’est passé le 22 juillet 1957. Benchérif a ouvert la porte du poste à la bande rebelle du secteur pour récupérer l’armement et le poste radio. Le caporal Andrieux, mort par la suite de ses blessures, a pu par donner les détails de l’attaque : ayant confié mes soupçons à Andrieux, ce dernier dort avec des grenades. Sage précaution car Benchérif a fait enchaîner les armes. Par ailleurs, le sergent Vuillemin, lui aussi au courant des agissements de Benchérif, ne dort que d’un œil. Au milieu de la nuit, il voit Benchérif debout se pencher sur son sous-officier afin de l’égorger. Vuillemin se lève, les hommes se battent. Vuillemin est touché d’un coup de poignard, comme Andrieux qui mourra dans l’hélicoptère des secours. Mais, avant de se sauver, les rebelles ont le temps de massacrer tous les Européens et les musulmans fidèles à la France.

 Apprenant cette nouvelle, je téléphone immédiatement au capitaine Danies, qui est encore sous le choc. Il ne peut que se féliciter de mon absence. Il me raconte que les murs de ma chambre sont couverts de sang… L’affaire ne s’arrête pas là. Benchérif et sa bande sont faits prisonniers quelques temps plus tard par des parachutistes. Il convient de rappeler que l’armée française a toujours respecté ses prisonniers. Avec les Accord d’Evian en 1962, Benchérif est libéré. On n’a pas agit avec lui comme il a traité les soldats français et les soldats musulmans qui sont restés fidèles à la France.

 A la fin des années 1980, alors lieutenant-colonel, je suis affecté à l’encadrement de l’Ecole de Guerre en tant que responsable de l’enseignement des Sciences Humaines et de la Communication. Je fais venir des journalistes pour entraîner les officiers à parler en public. Il y a également des instructeurs étrangers. Je sympathise avec un colonel espagnol qui se passionne pour la guerre d’Algérie. Il me dit ceci : « J’ai bien connu Benchérif à Alger, du temps qu’il commandait la gendarmerie. Figures-toi que je l’ai rencontré il y a quelques temps à Paris. Il avait l’air tout affolé. Il était recherché par les autorités algériennes ». C’est quand même incroyable que cet individu qui a, de ses propres mains, assassiné ses adjoints et a laissé égorger ses soldats, puisse se réfugier en France.

 Je lui souhaite, s’il est encore en vie, de ne jamais oublier cela, et que ses nuits soient agitées comme ont été trop longtemps les miennes. Il n’y avait pas à l’époque de psychologues dans les armées. J’ai poursuivi ma carrière d’officier, ayant en tête ces images qui ne m’ont jamais quittées. Je suis parti d’Algérie en 1957 et nos adieux furent déchirants, tant ce que nous avions vécu ensemble avait été fort. Une grande amitié nous unissait. Je n’ai jamais, par la suite, ressenti avec une telle intensité ce sentiment dont je conserve la nostalgie soixante années plus tard…

 

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Publié le 2 Octobre 2014

 

Bob Maloubier - 2

 

Sacré Bob ! Nous ne permettons cette familiarité envers un véritable héros de la Seconde Guerre mondiale, de la Force 136 et de toute l’armée française !

 

Nous nous permettons cette familiarité tant Bob Maloubier est quelqu’un d’exceptionnel, de par ses actions et sa droiture.

 

Bob Maloubier, ancien SAS, ancien de la Force 136 en Indochine, fondateur des nageurs de combat et l’un des créateurs du 11e bataillon de Choc, a été fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique par sa Majesté la Reine Elisabeth II, lors de sa visite officielle à Paris le 5 juin 2014. Toutes nos félicitations, Monsieur Maloubier. Congratulations ! diraient nos amis anglais…

 

Bientôt, sur ce site, nous parlerons plus longuement de Bob Maloubier, personnage hors du commun !

 

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Publié le 6 Septembre 2014

 

Francis Cote Clamart.jpg

 

 

Sidi-Brahim.

 Francis Cotté est né en 1927 à Paris. Durant la période 1943-1944, il fait secrètement sa préparation militaire à la Sidi-Brahim, camouflée sous le terme de Société de Gymnastique. Ce nom va marquer sa jeunesse : quelques mois plus tard, il intègre le 8e bataillon de chasseurs à pied qui vient d’être recréé sur décision du général de Gaulle. Et ce bataillon a pour origine l’Algérie et plus particulièrement la ville de Sidi-Brahim ! L’unité rejoint l’armée américaine du général Patton et contribue à la libération de l’Alsace et de l’Allemagne.

 Mais Francis Cotté vit ces combats de loin : compte tenu de son jeune âge, il est affecté à l’Ecole de Rouffach pour y devenir chef de section. Le commandement lui propose d’entrer dans le corps des officiers, mais il refuse, préférant, en tant que sous-officier, participer au bataillon de choc dirigé par le commandant Gambiez. Il lui faut de l’action ! Il va être servi : durant les mois qui suivent, à partir de février 1945, il est demandé au bataillon de vider la Forêt noire de groupuscules allemands.

 

 

Au 11e Choc.

 Direction Perpignan où Francis Cotté rejoint le 11e Choc, dirigé par le capitaine Paul Aussaresses. Pour l’anecdote, le nom de l’unité vient de son numéro de téléphone : pour l’obtenir il suffisait de demander « le 11 à Mont-Louis » dans les Pyrénées ! L’entraînement est intense : les hommes doivent s’aguerrir en quelques mois afin d’être de parfaits commandos, dans l’esprit du Special Operations Executive (SOE) britannique, qui est une branche de ses services secrets. Les formations aux opérations de sabotage et subversives, comme celle d’encadrement de forces locales, sont primordiales. Jean Sassi, grand militaire, qui fut commando en Indochine, disait souvent que cette unité fut à l’origine des Bérets verts américains.

 Sous les ordres des lieutenants Duprat et Rivoal, Francis Cotté apprend le maniement de différentes armes et techniques. Il est ensuite envoyé à Pau pour passer son brevet de parachutiste. Retour à Mont-Louis pour quelques semaines seulement : le 11e Choc est envoyé en Indochine. A l’occasion d’une interview en 2008, pour le livre de Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française (Ed. La Découverte), le capitaine Paul Aussaresses livra sa pensée : « je demandais aux hommes de mener ce qu’on appelait alors la guerre psychologique, partout où c’était nécessaire, et notamment en Indochine. Je préparais mes hommes à des opérations clandestines, aéroportées ou non, qui pouvaient être le plasticage de bâtiments, des actions de sabotage ou l’élimination d’ennemis… ».

 En Indochine, Francis Cotté connaîtra plusieurs affectations dont la plus longue sera au 10e bataillon de chasseurs à pied parachutistes. Ses supérieurs lui ordonneront d’être moniteur à Bag Mel au pool d’entraînement de tous les bataillons parachutistes. Puis il est affecté aux largages de munitions et d’équipements à bord de quadrimoteurs Halifax du Groupe Guyenne (actifs depuis la Seconde Guerre mondiale).

 

Retour en France.

 A son retour, Francis Cotté est promu au grade d’adjudant et devient instructeur au 11e Choc. En 1956, il assure l’instruction des parachutistes prémilitaires avec de nombreux sauts à Persan-Beaumont, Mitry-Mory, Evreux. Il se fait une spécialité du saut depuis les Nord-Atlas. A cette époque, il a pour camarade instructeur le sergent-chef Egarteler qui est le moniteur d’un certain François-Xavier Philipp. Des années plus tard, ce dernier deviendra président du Souvenir Français de Clamart et Francis un membre actif !

 Dans le même temps, Francis Cotté devient parachutiste au Centre d’Essai en Vol de Cazaux où il teste les sièges éjectables des Vautours de l’armée de l’air. Au total, il effectue pas moins de 11 sauts éjectables avec ouverture de l’éjecteur du siège, « dégrafage » et saut à partir du siège à seulement 800 mètres. A cet exercice, les accidents mortels furent nombreux…

 En 1960, après 551 sauts, il prend sa retraite militaire et entame une nouvelle carrière, civile cette fois, en tant que visiteur médical. Vingt-sept années plus tard, il prend sa retraite civile. Son ancien chef de corps, le général Gambiez est alors à la tête de la Commission Nationale d’Histoire Militaire. Il l’appelle en 1987 et le fait entrer au Service Historique des Armées du fort de Vincennes, où bénévolement il donne ses avis.

 

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Publié le 3 Septembre 2014

2014-08-25, Chatillon

 

Le lundi 25 août 2014, la ville de Châtillon a célébré avec émotion le 70e anniversaire de sa Libération. Devant une foule nombreuse, en dépit des conditions atmosphériques, accompagné de représentants de la municipalité, le colonel Pierre Keraudren, ancien secrétaire général du Souvenir Français au plan national, a déposé une gerbe de fleurs. Une minute de silence a été demandée à la mémoire de tous les Français morts pour la Libération de notre pays, et plus particulièrement des Châtillonaises et Châtillonais, puis la Marseillaise a été chantée par l’ensemble des participants.

 

Plus loin, au square Jean Moulin, après le dépôt de gerbes et de coussins, Monsieur Jean-Paul Boulet, maire-adjoint, a rappelé les conditions de vie sous l’Occupation nazie puis celles de la libération de Châtillon.

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Publié le 31 Août 2014

Clamart, 2014-08-24-002

24 août 2014 : au carrefour des Trois communes, François-Xavier Philipp, président du Comité de Clamart du Souvenir Français prononce le discours de remerciements aux autorités civiles et militaires.

 

Clamart a participé le dimanche 24 août 2014, avec plus de 60 autres communes de France, au parcours mémoriel de la « Voie de la 2e DB ». Parcours historique. Des bornes sont la colonne vertébrale du parcours, permettant d’identifier le chemin emprunté par cette glorieuse unité blindée pour nous libérer.

 Des panneaux ont été posés pour apporter une explication rigoureuse des faits historiques. Ils sont placés au carrefour du rond point du Petit Clamart, au carrefour des Trois communes, devant le centre Jean Arp, sur la place Marquis, et devant l’hôpital militaire de Percy.

 Devant une foule de plusieurs centaines de personnes et en présence d’anciens de la 2e DB et de nombreuses personnalités civiles et militaires, la borne du carrefour des Trois communes et les 5 panneaux présents sur la commune ont été inaugurés, le dimanche 24 août 2014. Si ces derniers sont à l’initiative du Souvenir Français, il convient de noter qu’ils ont été financés par la mairie de Clamart et par souscription publique.

 * * *

 24 août 1944. Brouillard, pluie sur Clamart. Une agitation inhabituelle laisse présager des événements importants.

 

Un ordre a été donné. Il faut « empêcher les Allemands de fuir ».

 Les FFI (Forces Française de l’Intérieur) et des Clarmontois abattent les arbres, déversent des pavés pour dresser des barricades. Des sacs de sable, du bois, d’autres objets bouchent différentes artères de la ville ; un autobus à gazogène de la TCRP immobilise même la côte de Châtillon à la Tour Biret.

 Début de soirée, le soleil parvient à trouer les nuages, les cloches se mettent à sonner à toute volée. Les premiers chars de la 2e DB viennent de franchir le carrefour du Petit-Clamart, avec, à leur tête le commandant Massu. L’explosion de joie, d’enthousiasme et d’émotion n’effacera pas la tragédie survenue cinq jours plus tôt avec le martyre des quatorze mitraillés de la rue des Carnets dont deux enfants. Une famille anéantie : les Schmauder.

 Mais ces heures historiques sont vécues comme une véritable délivrance. La colonne passe le rond point des Trois communes, descend la rue du Plessis Piquet (devenue depuis rue de la Division Leclerc), la rue de Chevreuse (avenue Jean-Baptiste Clément), la rue de Sèvres (rue Paul Vaillant-Couturier). Arrivée place Marquis, les uns explorent l’avenue Adolphe Schneider, la rue de la Vallée du Bois, la rue de Fleury ; les autres, la rue du bois du Boulogne (rue Henri Barbusse). C’en est fait : Clamart est libéré !

 

François-Xavier Philippe

Président du Comité de Clamart du Souvenir Français

 

Clamart, 2014-08-24-001

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Publié le 23 Août 2014

 

Exode 1939 Villeneuve la Garenne

Madame Anne-Marie Bouy, du Souvenir Français de Villeneuve-la-Garenne, est née après la Seconde Guerre mondiale. Mais elle parle ici de souvenirs racontés par sa mère, Simone Allard : le départ précipité de la famille de Paris, en 1939.

 

« 39-40, la dernière guerre. La drôle de guerre ! On a tous un souvenir vécu ou transmis de cette période. Celui-là m’a été souvent raconté par maman. Avec à chaque fois autant d’émotion. L’exode… A cette période, les Parisiens quittèrent leur domicile. Direction le sud, car l’ennemi arrivait. Paris allait être envahie, le peuple avait peur. Il partait à pied, en voiture, avec une carriole à cheval ou à bras. Ma famille n’échappa pas à ce départ massif. Septembre 1939 : papa était mobilisé en Seine-et-Marne, à May-en-Multien, près de Lagny. Il fit dire à maman : « Pars, Paris va être prise, pars chez ton grand-père à Conforgien, près de Saulieu ».

 

Maman organisa alors le départ. Mon frère aîné Jean-Claude y participa – il était alors âgé de 5 ans – en rassemblant en quelques minutes ce qui lui semblait être essentiel. Un bruit ! Quelqu’un frappait à la porte. Maman ouvrit : la cousine Juliette. Elle était enceinte. Elle avait rencontré un jeune homme, qui s’était sauvé en apprenant la grossesse. Comme Juliette, orpheline de ses deux parents, vivait chez tonton Edouard, et que celui-ci était plutôt strict, elle avait été tout simplement mise à la porte. « Je pars chez grand-père à Conforgien, lui dit maman, viens donc avec nous. C’est ton grand-père aussi ! ».

 

Direction la gare de Lyon. Il y a du monde partout. Tous veulent entrer pour quitter Paris. A peine les portes ont-elles été ouvertes qu’il faut les refermer aussitôt. C’est l’émeute ! Des trains sont à quai. Ils sont bondés. Ils doivent partir, mais quand ? Les agents l’ont dit. Partiront-ils vraiment ? Maman et Juliette montent dans un train vide, qui doit normalement rester à quai. Le petit Jean-Claude peut enfin se reposer. Le temps passe, la fatigue l’emporte. Les trois passagers s’endorment. Ils sont réveillés bien plus tard par le ballotement du train ! Panique… Maman s’aperçoit qu’ils sont restés seuls. La meilleure tactique consiste à rester discrets et attendre que le train s’arrête. Il fait d’abord une halte à Auxerre. Un machiniste descend. Le train repart. Il semble se diriger vers le Morvan. Vaille que vaille ! Quelques heures plus tard, nouvel arrêt : Saulieu ! Dieu soit loué. Voilà les deux femmes et l’enfant presque arrivés à bon port. Mais Saulieu n’est pas Conforgien, il reste plusieurs kilomètres à faire.

 

Arrivés en centre ville, Maman appelle une vieille amie dont le mari est chauffeur de taxi et tout le monde se retrouve dans la soirée chez les grands-parents. Mais ceux-ci ne peuvent les accueillir. Le lendemain matin, un oncle et une tante passent et sont étonnés de leur découverte. Pas de radio ni de télé, peu de journaux informent les populations de la panique des Parisiens. Ils emmènent les réfugiés chez les cousines Adrienne et Yvonne. Le temps pour elles de prévenir le maire, celui-ci se débrouille pour faire ouvrir une maison qui servira de refuge (il s’agit d’une maison de vacances). Ainsi, Juliette, maman et le petit Jean-Claude y habiteront quelques mois. Juliette accouchera en décembre 1939 d’une petite Maryse. La maman et l’enfant repartiront sur Paris en 1940. Maryse, en tant que pupille de la Nation, sera confiée aux soins d’une institution à Auffargis, dans l’Essonne. Malheureusement, l’établissement sera bombardé le 14 juillet 1944 et l’enfant trouvera là une mort terrible. Elle repose à Bièvres, dans un carré de quatre petits. Maman aura été une éphémère marraine…

 

Quel destin tragique pour la pauvre enfant. Un destin que se renouvelait, hélas. La maman de Juliette, Marie Lombardi, avait rencontré un jeune gars du nom de Robert Anthony. Il était mort dans les tranchées de 14-18 et elle d’une phtisie galopante. La petite Juliette ayant été conçue le temps d’une permission… Je n’ai jamais su où est enterrée Marie Lombardi. Quant à Robert, son nom figure sur une colonne du cimetière de Levallois-Perret. »

 

 

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Publié le 21 Août 2014

Clamart.jpg

 

Le dimanche 24 août 2014, le Souvenir Français avec l’appui du Conseil municipal a décidé d’immortaliser l’itinéraire par l’installation d’une borne du « Serment de Koufra, voie de la 2e DB », à côté de la stèle du général Leclerc et de cinq panneaux signalétiques marquant le trajet suivi par les libérateurs.

 – 14h00 : carrefour du Rond Point du Petit-Clamart – Dévoilement des panneaux ; dépôts de fleurs.

 – 15h00 : carrefour des 3 communes – Inauguration de la borne ; revue des troupes ; allocutions ; dépôts de gerbes ; dévoilement des panneaux.

 – 16h45 : Centre Jean Arp ; dévoilement des panneaux ; dépôts de fleurs.

 – 17h15 : place Marquis ; dévoilement des panneaux ; dépôts de fleurs.

 – 17h45 : Hôpital militaire de Percy ; ancienne entrée, Henri Barbusse ; dévoilement des panneaux ; dépôts de fleurs.

 – 18h00 : mairie de Clamart ; fin de cérémonie ; pot de bienvenue.

 

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Publié le 8 Juillet 2014

Bao Dai et de Lattre Armee Vietnam

Le chef de l’Etat du Vietnam, Bao Daï et le général de Lattre parlent de la mise en place d’une armée du Vietnam. (copyright ECPAD).

 

Les Supplétifs.

 Etymologiquement, le terme « supplétif » vient de suppléer, à savoir « qui complète ». En matière militaire, c’est vrai de toutes les guerres quand elles sont faites à l’extérieur d’un pays. Et le meilleur exemple est bien celui des colonies : comment conquérir un pays dont vous ne connaissez ni la langue, ni les croyances et encore moins le mode de vie ? Les batailles gagnées par la seule force ne sont pas des conquêtes de long terme. Aussi, dès le 19ème siècle, la France s’est-elle penchée vers les habitants de ces territoires afin de former des unités locales.

 Ce qui était vrai en Afrique allait l’être aussi en Asie. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans le but de bouter hors d’Indochine les troupes étrangères, le général Leclerc fait appel à la population pour combattre le Vietminh communiste.

 En 1950, cinq années après le début de la guerre, plus de 40.000 hommes composent les effectifs des forces supplétives : ils sont intégrés dans des CSM (Compagnies de Supplétifs Militaires) des unités du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) comme les bataillons de parachutistes, la Légion étrangère (CIPLE – Compagnie Indochinoise de la Légion Etrangère), les unités classiques de la Coloniale et d’autres unités dont les noms sont évocateurs : bataillons de marche d’Extrême-Orient, bataillons de marche indochinois, régiments de tirailleurs tonkinois, le bataillon annamite, le bataillon des forces côtières du Tonkin, les bataillons muongs, les bataillons thaïs, les bataillons de chasseurs laotiens, le régiment mixte du Cambodge.

 En juillet 1951, le général de Lattre veut aller encore plus loin. Son but consiste à créer une armée vietnamienne, digne de ce nom, pour maximiser la lutte. A l’occasion d’un discours à Saigon, le général indique : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

A la Mission vietnamienne à Paris.

 1987. Jean-Michel Fouquet est bénévole comme professeur de français à la Mission vietnamienne de Paris. Il œuvre pour l’intégration des réfugiés du Vietnam. On les appelle « Boat People » car ils ont fui par ce moyen le régime communiste mis en place dans la totalité du pays après la chute de Saigon en 1975.

 Jean-Michel, qui plus tard deviendra vice-président du Comité du Souvenir Français de Puteaux, enseigne donc la langue de Molière. Il fait la connaissance de Than Thi My Dung puis l’épouse. La nouvelle Madame Fouquet lui présente son père. Il s’agit du colonel Than Van Han, réfugié politique. En 1975, le colonel quitte précipitamment le Vietnam. Fiché par les communistes, il n’a eu que quelques instants pour partir. Il emmène avec lui ses plus jeunes enfants. Dix années plus tard, durée du délai légal au Vietnam, sa femme et les enfants les plus âgés réussiront à venir le rejoindre en France, et auront également droit au statut de réfugiés politiques.

 

Combats en Indochine.

 Dès les premiers combats en Indochine, le jeune Than Van Han s’engage dans les forces supplétives. En 1949, alors sergent à la 161e compagnie de supplétifs militaires, il est cité à l’ordre du régiment pour faits d’armes, par le général de division Alessandri, commandant les Forces Terrestres du Viet-Nam Nord et la Zone Opérationnelle du Tonkin : « Chef de section de partisans d’un courage et d’un calme exemplaires. Le 14 octobre 1949 à Bi-Noi (Tonkin), le 5 novembre 1949 à Ya-nam, le 15 novembre 1949 à Khang-Giang (Tonkin), encerclé par des rebelles supérieurs en nombre, a réussi en contre-attaquant brillamment à leur infliger des pertes sévères, tant en matériel qu’en nombre. Le 22 octobre 1949, a été l’âme de la défense du village rallié de Mo-Tho durement attaqué par de forts éléments rebelles. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile de bronze ».

 L’année suivante, alors passé adjudant, Than Van Han s’illustre à nouveau. Le général d’armée de Lattre de Tassigny, Haut-Commissaire de France en Indochine, le fait citer à l’ordre de la division : « Chef de section de supplétifs d’un courage et d’un sang-froid admirables. A pris une part prépondérante aux coups de main de mars et d’avril 1950 aux environs de Mo-Tho (Tonkin), en détruisant 7 Vietminh, récupérant deux fusils et un pistolet automatique. Les 20 et 23 mai 1950, près de Bi-Moi (Tonkin), étant en embuscade, a tué trois rebelles et pris deux fusils, dix-sept mines et obus piégés. Vient à nouveau de se distinguer en novembre 1950, où, à la tête de ses supplétifs il a tué trois rebelles au cours d’embuscades de nuit, contribuant ainsi à faire cesser la dure pression exercée sur le village rallié de Ngia-Thuong. Par ses brillantes qualités guerrières, fait constamment l’admiration de tous. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile d’argent ».

 Après 1951, Than Van Han rejoint l’Armée nationale vietnamienne, dans le cadre des accords passés entre le général de Lattre et Bao-Daï, chef de l’Etat du Vietnam. Il y restera en dépit du départ des troupes françaises, après la chute du camp retranché de Dien Bien Phu en 1954. Il continuera sa carrière militaire jusqu’au grade de colonel.

 Than Van Han n’est jamais retourné au Vietnam. Il est mort sur sa terre d’exil en 2005.

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales Jean-Michel Fouquet, vice-président du Souvenir Français de Puteaux.
  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Alexandre Le Merre, Lieutenant en pays Thai, Indo Editions, 2008.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • Francis Agostini, les Unités Thaïes dans la bataille de Diên Biên Phù.

 

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Publié le 21 Juin 2014

 

Carraz 4

 

Pierre Carraz, membre du Souvenir Français de Bois-Colombes, a été officier des Affaires algériennes. Voici le compte rendu d’une visite effectuée le 6 juin 1960 dans le Sahara. Il convient de restituer le cadre de cette année-là en Algérie. Après l’espoir de 1958 et la victoire militaire de « l’Opération Jumelles » l’année suivante, le doute s’est installé : le général de Gaulle n’a-t-il pas évoqué « l’autodétermination » pour le peuple algérien ? La récente découverte d’immenses champs de pétrole et de gaz, et leur exploitation, permet un instant d’imaginer une nouvelle et possible solution française pour l’Algérie…

 

« Le 6 juin 1960, un coup de téléphone de la préfecture d’Alger : le cabinet des Affaires algériennes m’avise que le 11 juin, je serai de la partie pour un voyage – ou plutôt une visite au « puits du bonheur » à Hassi Messaoud. Départ à 6h à l’aérodrome militaire de Maison Blanche, avec retour le soir même. L’attaché du cabinet me précise de ne pas oublier les subsides : achat de pellicules photos, prise en compte de l’appareil photographique de la SAS (Section Administrative Spécialisée). Me voilà prêt pour aller visiter le pays de la soif !

 Le samedi 11 : débout de grand matin. Je me rends en jeep à l’aérodrome où des 6 heures une vingtaine d’officiers des Affaires algériennes attendent déjà. Je me présente. Le commandant Faret dirige les opérations. De petits groupes se forment. Tout le monde se connait, l’Algérie est finalement « petite » pour ces globe-trotters. Chacun parle de ses difficultés dans l’implantation des SAS : « Dans mon patelin, dit l’un d’entre-nous, le frère du maire a des propriétés. Quelle diplomatie dois-je faire ! Je te prie de me croire qu’il y a une différence avec la belle Kabylie que j’ai connue auparavant ! ». Mais nous sommes heureux de nous retrouver entre nous et les bonnes blagues comme les bons souvenirs sont rappelés à tous propos.

 L’heure tourne. Peu à peu, les rangs grossissent et à 8 heures, nous somme toujours devant la salle de réception au nombre d’une soixantaine, attendant le moment du départ. Une formalité : la pesée ! Il s’agit d’une grosse balance qui indique un peu plus que son poids, ce qui inquiète quelques officiers qui n’ont guère l’habitude de faire de longues marches ! Enfin, un haut-parleur nous indique que le moment est venu d’embarquer.

 Sur la piste, les Nord-Atlas 2501 sont alignés : bien entendu, c’est celui à la carlingue jaunâtre qui sera notre oiseau migrateur. Une charmante hôtesse de l’armée de l’air fait l’appel avant le départ. L’avion est commandé par un commandant de l’air, assisté de deux sergents-chefs, d’un mécanicien et d’un radio. Quelques aviateurs de la base prennent également place à bord avec nous. Les moteurs vrombissent, l’avion se dirige vers la piste d’envol. Les moteurs grondent de plus en plus ; par les hublots, nous observons une hélice qui semble vouloir couper la carlingue ! Le bruit est infernal, l’intérieur de mes oreilles commence à se compresser. Enfin, nous prenons de la vitesse et nous décollons…

 Maintenant la base est un tout petit champ, la route nationale 5 un fil, et les maisons de simples pions qu’on a déposé par hasard. Direction sud-est. Le mécanicien nous annonce : « Vous allez effectuer, à l’altitude de 1 300 mètres un voyage de deux heures et demie, à la vitesse de 300 km/h ». Le calcul est vite fait : il y a au moins 1 000 km jusqu’à notre destination. Un chef de SAS, de la région d’Aumale, vient de reconnaitre son petit « bordj », au sommet d’une colline. Nous prenons donc une direction un peu déviée de l’avis des routiers : Alger, Blida, Médéa, Djelfa, Ghardaia, Ouargla, Hassi-Messaoud. Un courant d’air parcourt la carlingue : le Sahara serait-il le pays des glaciers ? Certes, non. Simplement, la nuit a dû être froide et nous parcourons des zones aériennes fraîches. C’est tout de même abrutissant d’entendre constamment ce bruit sourd. Et l’avion est quelque peu secoué (il le sera encore plus au retour).

 Une feuille circule pour faire valoir ses services aériens. Quelques officies s’inscrivent. Des revues et des journaux (comme le Bled) circulent. Après les Hauts Plateaux et l’Atlas saharien, nous atteignons la grande étendue jaune : pas d’habitation, pas de piste, aucun point d’eau, aucune végétation…

 Bientôt une grande tache verte dans le désert : c’est une oasis et une grande piste qui semble carrossable. Des mouvements de camions apparaissent. Je comprends que le métier de routier n’est pas de tout repos sur ces routes droites et ensoleillées à l’excès. Là, une petite maisonnette qui se déplace lentement : ce sont des constructions préfabriquées que l’on monte à Alger et qu’on amène toutes faites. La traversée des sables est assez longue, de trente minutes à trois quarts d’heure. Que sera Hassi-Messaoud ? Une ville ? Un douar ? Pourtant, un officier SAS est installé dans cette région désertique.

 Bientôt, notre avion perd en altitude. L’observateur nous demande d’attacher notre ceinture. L’atterrissage, que nous suivons au hublot, se fait en douceur. Mais quelle différence avec les pistes de Maison Blanche !

 L’aérodrome d’Irara n’est pas vraiment encombré. Un DC3 d’Air France est sur la piste. Il doit assurer la liaison avec la côte. Les portières de 2501 s’ouvrent au désert et déversent le flot d’officiers avides de connaître les secrets de cette contrée lointaine. Un coup d’œil environnant permet de nous rendre compte qu’aux alentours, c’est le vide et que l’agglomération n’est pas proche. Par ci, par là, de grandes buttes de sable surgissent et donnent l’illusion de petites montagnes. Une chaleur oppressante s’abat sur notre groupe. Il est dix heures du matin et sans doute la température avoisine les 30 degrés. Dans deux heures, elle sera plus élevée.

 Le commandant Faret prend contact avec de jeunes civils qui nous attendent. Les installations de cet aérodrome ne sont pas importantes : un seul bâtiment et une tour de contrôle vraiment peu élevée, faisant aussi office de bar-buffet. Nous ne voyons aucune sentinelle en faction. Cela surprend les officiers. Ici, y aurait-il une trêve ou les hommes doivent plutôt lutter contre la chaleur ? Nous longeons une plantation assez importante de lauriers roses, protégés par de jeunes pousses de roseaux groupés en haies, une prouesse dans cette civilisation de solitude.

 Un jeune homme, notre hôte envoyé par la Compagnie de Pétrole SN Repal, nous explique que dans ce désert il y a facilement de l’eau mais qu’il faut la puiser à grande profondeur. Nous prenons place dans un autocar de la Satac, qui nous conduit au puits MDH 101, base d’origine de la SN Repal. Nous parcourons de longues routes goudronnées et surélevées qui traversent l’étendue désertique. Sur le côté, des panneaux indicateurs, des bornes toutes neuves donnant l’impression d’un endroit fictif, une véritable maquette. Cette image se renforce à notre arrivée au centre de production.

 Tiens ? Une 2Cv Citroën ! Cela nous ramène à la réalité.

 

 

Carraz 5 

 

Nous apercevons sur notre gauche de longs panaches de fumées, sortis de longues cheminées qui crachent le feu. Ce sont les torchères que nous avions survolées en avion. Nous arrivons à la base de la SN Repal, où nous nous empressons d’entrer pour nous abriter dans une baraque climatisée. Tout près se trouvent un réservoir, ou plutôt des tuyaux de canalisations, entourés d’une clôture. On nous donne des indications précises sur la latitude, la température, la profondeur des puits. Nous voyons deux ingénieurs préparant le mélange boueux dont la densité devra assurer une résistance supérieur à la pression du pétrole qui devra jaillir.

 

 Carraz 6

 

En face, dans le lointain, brûlent des torchères, indiquant la présence d’un autre puits. Mais nous écoutons notre hôte avec attention nous donner toutes les explications techniques sur Hassi-Messaoud et son pétrole. Des cartes murales électriques, des graphiques nous donnent la situation réelle des productions et des puits. A ces données s’ajoutent des chiffres sur les projets futurs. Avec pour conclusion : « Le pétrole est une réalité sur laquelle il faut et il faudra compter. C’est un poids important dans la balance pour le règlement du conflit ».

 Après cette passionnante visite, nous sommes raccompagnés à 14 heures vers l’aérodrome et nous regagnons notre Nord-Atlas pour le voyage du retour. Il est temps pour moi d’écrire mon rapport, depuis ma SAS des Ouled Sultan ».

 

Aux Accords d’Evian, le pétrole et le gaz algériens, après d’âpres discussions, seront cédés à l’Algérie.

 

 

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