Publié le 8 Décembre 2014

 

Bosnie Forpronu

Convoi militaire de la FORPRONU dans les montagnes enneigées de Bosnie (région de Gorazde – Copyright ECPAD).

 

L’image du militaire est souvent représentée par un guerrier, aux couleurs bariolées sur le visage, tenant dans ses mains un fusil d’assaut, prêt à en découdre. En effet, la vocation première du soldat est de défendre la France, sa patrie à laquelle il est dévoué, en tout lieu et en tout temps. Il s’entraîne chaque jour, avec ténacité, tant physiquement que moralement, afin de pouvoir accomplir la mission confiée. Car il sait, qu’un jour, il sera appelé par les plus hautes instances de l’Etat pour partir défendre les valeurs de son pays avec honneur, franchise et loyauté.

Combien de jeunes soldats, officiers, sous-officiers et militaires du rang, sont partis un jour en opération extérieure, en OPEX comme cela se dit dans le jargon militaire, fier de son engagement mais avec aussi, en soi, cette appréhension propre à tous ceux qui partent à l’aventure sans trop savoir comment celle-ci va se dérouler. Il sait qu’il risque sa vie mais il est prêt à la donner pour une cause qu’il pense être juste et surtout pour une population qui souffre et qu’il souhaite aider à retrouver la paix et la quiétude.

Soldat de la Paix, c’est souvent le cas ! La France se trouve chaque année engagée sur de nombreux théâtres d’opérations et son engagement concourt à rétablir la paix au sein de communautés déchirées par la haine et des années de guerre. Depuis les années 1980, la France a été souvent mandatée par l’ONU, par l’Europe et par l’OTAN. Cela fut le cas en Ex-Yougoslavie où les forces françaises furent engagées au sein de la FORPRONU de 1992 à 1995 puis au sein de l’OTAN à partir de 1996.

Je me retrouve ainsi, en mars 1996, commandant en second au sein d’un bataillon du Génie, appelé BATGEN, dont trois compagnies proviennent du 3e régiment du génie de Charleville-Mézières. Son chef de corps prend le commandement du bataillon. Je suis alors commandant en second du 71e régiment du génie de Oissel, près de Rouen et notre régiment fournit une compagnie d’appui. Le 4e régiment du génie de La Valbonne et le 25e régiment du génie de l’air de Compiègne fournissent également une compagnie respectivement de combat et de travaux.

Dès mon arrivée au Camp de Rajlovac, j’ai le plaisir de retrouver le chef de corps du 6e régiment étranger du génie, un légionnaire que j’ai connu quelques années avant, et commandant le BATGEN que nous relevons. Les consignes se passent à chaque niveau hiérarchique. Je fais le tour du camp avec mon binôme et je découvre dans des pièces, abandonnées et pas encore dépolluées, des parkas serbes. À l’extérieur des bâtiments, se trouve également un conteneur de rations autrichiennes, laissé sur un parking par la FORPRONU, et dont les dates de validité arrivent à péremption. Je trouve regrettable de gâcher de tels produits alors que des milliers de gens cherchent à se nourrir et se protéger du froid avec des températures hivernales et de la neige encore très présente.

Je me mets donc en quête de renseignements sur les structures locales que nous pourrions aider. En allant à Sarajevo, je m’aperçois qu’il y a une gabegie dans l’aide humanitaire fournie par les ONG présentes, par manque bien souvent de coordination, et je ne suis pas sûr d’intéresser quiconque avec nos parkas et rations militaires.

Notre aumônier militaire catholique, rattaché à notre bataillon, contacte des communautés religieuses et nous trouvons des destinataires intéressés par nos denrées. Il est donc décidé que les missions d’aide à la population seront effectuées par le personnel qui s’occupe du soutien, comme les soldats travaillant à l’ordinaire, et qui n’ont pas l’occasion de sortir du camp.

Notre première mission consiste à charger dans trois remorques ¼ de tonne de caisses et de colis de tailles diverses. Destination Sarajevo ! Nous sommes une petite vingtaine. Le convoi contourne la vieille ville et se faufile dans les ruelles étroites qui mènent au séminaire de Sarajevo, notre premier objectif. Il faut souvent dételer les remorques pour manœuvrer plus facilement. À peine arrivés, nos soldats entament plusieurs rotations afin de livrer les cartons de nourriture. Les sourires illuminent les visages des religieuses présentes au fur et à mesure que les colis s’entassent dans la cuisine. Nos soldats repartent avec un petit morceau de gâteau dans la main.

Le convoi redescend l’axe principal de la Snipper Avenue. Notre interprète, avec son sourire habituel, arrive sans trop de difficultés à amadouer le policier de service afin que nos véhicules puissent se garer le long du bâtiment des sœurs de Saint Vincent de Paul. Elles soutiennent beaucoup la population en préparant par jour 150 repas pour les familles les plus démunies. En trois minutes les trente colis sont passés des remorques dans le bâtiment. Sœur Corona est heureuse et remercie vivement toute l’équipe.

Il est 14h45 ! Pas de temps à perdre ! Le convoi repart, accompagné d’un salut très gentil du policier. Les petites ruelles sont, à nouveau, empruntées. Le convoi s’arrête en plein milieu de l’une d’entre elles. Le ballet est bien rodé. En moins de quatre minutes, les caisses se sont entassées dans le couloir des sœurs franciscaines. Sœur Emmanuella n’est pas là. Elle est au chevet du cardinal qui vient de se faire opérer. La sœur présente est heureuse car, ce matin, elle n’a pas pu distribuer de nourriture à trois femmes nécessiteuses. Mais demain, grâce à nos soldats, elle pourra le faire.

Et le convoi repart vers l’orphelinat de la maison d’Egypte où le reste des colis est déchargé. Sœur Libérija offre rapidement une petite slibovitch à notre aumônier qui l’accepte avec un sourire plein de gratitude. Cet alcool de prune réchauffe bien après ces déplacements dans le froid glacial. Elle connaît bien le BATGEN car nos soldats sont déjà venus apporter plein de vêtements pour les petits orphelins qui rejoindront l’établissement dès que les travaux seront terminés.

En effet, en arrivant à Sarajevo, nous sommes alertés sur cet orphelinat qui a subi de gros dégâts pendant les durs combats qui opposent bosniaques et serbes. Il est géré par l’ONG Sade International. Nous en discutons le soir en réunion de commandement et nous décidons de faire quelques travaux, sur les temps libres de nos unités, pour déblayer les gravats et remettre en état les locaux pour permettre aux enfants d’être à nouveau logés de façon décente. 450 m2 de planchers sont cassés et plus de 120 m3 de gravats évacués à la main. Nos compagnies font un travail exceptionnel qui permet d’augmenter la capacité d’hébergement de l’orphelinat.

Par ailleurs, faisant suite à des comptes-rendus alarmants sur la situation de certaines populations, nos lieutenants reçoivent pour mission d’alerter le chef du bureau des opérations de toute situation difficile rencontrée sur les hauteurs du Mont Igman et le long de la piste que nous construisons entre Sarajevo et Gorazde afin de désenclaver les populations bosniaques encerclées.

C’est ainsi que nous apprenons la grande précarité de plusieurs villages dont les familles vivent dans des maisons n’ayant plus de toits. En effet, afin de pousser les populations à quitter les villages, les agresseurs ouvrent une bouteille de gaz et posent une bougie allumée à l’étage. Lorsque le gaz échappé atteint la bougie, cela provoque une explosion qui souffle la toiture. La population a donc beaucoup de mal à se protéger du froid et de la neige. Une ONG lyonnaise, l’ONG Equilibre, souhaite aider la population à reconstruire des toitures. Pour cela, elle récupère les rondins de bois qui servent d’abris aux forces en conflit et à l’ONU et que nous démontons. Nous lui construisons une plate-forme et 150 mètres de piste pour qu’elle puisse mettre en fonction une petite scierie et débiter les rondins en planches.

Les demandes s’intensifiant, nous décidons d’écrire un courrier à toutes les familles de nos soldats pour collecter des vêtements chauds, des chaussures, des jouets et des produits de première nécessité comme du savon, du dentifrice et des brosses à dents. Nos amis aviateurs, effectuant de nombreuses rotations entre la France et Sarajevo peuvent ainsi nous apporter plusieurs mètres cubes de matériels collectés par nos bases arrières respectives. Une vraie chaîne de solidarité s’organise. Le soir nous faisons des colis par tranche d’âge et de sexe dans des sacs fournis par le commissariat.

Ainsi, nous localisons le village de Pomenici. Le 27 août 1996, au matin, un convoi s’élance avec une dizaine de militaires, d’un interprète et d’un journaliste d’Azur FM. Il nous faut plus d’une heure de route pour atteindre la localité. Nous traversons la ville minière de Breza, où le charbon est parmi le meilleur de Bosnie. Ces mines fournissent la matière première pour le fonctionnement de la centrale thermique de Kakanj, ville où était stationné l’ancien BATGEN. Nous arrivons enfin au village de Pomenici situé sur le flanc d’un mont bosniaque.

En nous voyant, les villageois se rassemblent rapidement et avec méthode. Ils s’organisent pour la distribution de l’aide humanitaire. Une jeune femme prend la tête de l’opération et, dans une atmosphère très cordiale, la distribution s’effectue sans aucun problème. Cela est dû au fait que nous avons préparé, à l’avance et lors de notre reconnaissance, une liste alphabétique de chaque famille appartenant au village. La distribution est ainsi équitable pour chaque famille : parka, survêtements, shorts et maillots de sport, vêtements chauds, chaussures, layettes, nourriture, fournitures scolaires et produits d’hygiène élémentaire. Les mamans sont ravies et les enfants affichent un large sourire sur leurs visages rougis par le vent frais. Nous repartons après avoir pris le café et échangé quelques discours avec ces gens qui n’aspirent qu’à vivre en paix.

L’œuvre du BATGEN passe également à Vukanovici, petit village perdu au milieu des montagnes à 1100 mètres d’altitude. Le but est d’apporter médicaments et nourriture pour les deux cents familles restantes qui ne voient aucune ONG. Il en est de même au village de Detcici, petit bourg pratiquement détruit où subsiste une quarantaine de familles. Comme pour le village de Pomenici, la distribution est assurée dans le calme, car chaque famille a été également recensée avec l’aide du chef du village et de notre interprète. Les familles sont donc appelées les unes après les autres pour recevoir vivres et colis de première nécessité. Les enfants se voient également attribuer une belle peluche de l’IFOR, des crayons de couleurs et autres fournitures scolaires. Les mamans sont très attentives à ces objets car elles veillent de près à ce que leurs enfants poursuivent leur scolarité, peut-être plus encore pendant le conflit.

Parallèlement à ces distributions de vivres et denrées de première nécessité, nos soldats remettent en état le parc de la Bosna. Ce parc, d’une superficie de 10 km2, a été aménagé à la fin du XIX°siècle par les autorités austro-hongroises. Il a été par la suite le lieu de rencontre des jeunes amoureux qui venaient jeter, dans les eaux limpides de la source de la Bosna, une pièce pour sceller à jamais un amour naissant.

Le parc a complètement été détruit et de nombreux restes explosifs de guerre traînent partout au risque de blesser un jeune imprudent. Les bancs ont été enlevés pour faire du feu pendant les périodes de grand froid et les petits ponts sont détériorés. Il est convenu, en liaison étroite avec la municipalité d’Ilidza et avec l’aide des scouts de Hrasnica, de procéder au nettoyage des étangs, des espaces verts et de reconstruire les bancs, les barrières et les poubelles afin de redonner à ce magnifique endroit son éclat d’autrefois. Lors de l’inauguration, le député maire d’Epernay remettra 5 cygnes, un noir et quatre blancs, symbole de la Bosna.

Ainsi, de mai à septembre 1996, notre bataillon réalise ses missions de maintien de la paix. Elles consistent à faire la dépollution et le déminage des zones polluées, la destruction de nombreuses armes, munitions, explosifs et mines. Elles se traduisent aussi par la  remise en état de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Sarajevo, la construction de routes, de ponts, de maintien en état de pistes pour permettre aux populations enclavées de pouvoir circuler librement.

J’ai, pour ma part, la joie d’organiser un réel travail humanitaire grâce la volonté du commandement et l’ardeur de nos soldats. Les communautés catholiques de Sarajevo et de Kiseljak, celles des réfugiés serbes de Lucavica et de Filipovici et des bosniaques de Pomenici, de Detcici et de Vukanovcici sont secourues. L’ONG Sade International voit la remise en état de la crèche qu’elle soutient à Ilidza. L’ONG Equilibre obtient la réalisation par nos sections de150 m de piste et d’une plate-forme pour l’installation de leur scierie. Enfin, à la demande des maires des communes locales, le jardin d’enfants à Trnovo, la cour de l’école de Vojkovici et le parc de la Bosna sont remis en état.

Nos armées n’ont pas la vocation à intervenir pour des missions humanitaires. Cependant, les chefs militaires savent tous très bien qu’il est important d’aider les populations à retrouver une certaine sérénité dans des zones où les équilibres de paix sont très instables. C’est une raison aussi pour laquelle l’armée française est appréciée sur le terrain car elle n’oublie pas la dimension humaine, et rivalise d’ingéniosité pour organiser une chaîne de solidarité lorsqu’elle le juge opportun.

Bravo à nos sapeurs qui connaissent bien la devise du génie : parfois détruire, souvent construire, toujours servir.

 

 

(*) Joël Kaigre est lieutenant-colonel (ER) dans l’arme du génie. Il est président de l’ONG Hamap et du Souvenir Français de Chaville.

 

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Publié le 24 Novembre 2014

 

2014-11-11, Montrouge

 

Le 11 novembre dernier, Monsieur le Maire de Montrouge accompagné de Monsieur André Labour, Délégué Général du Souvenir Français ainsi que du Président du Comité de Montrouge Monsieur Jean Jourdan, ont inauguré la Stèle à la mémoire des 96 combattants tombés au Champ d'Honneur durant la guerre de 1914/1918, sur un total de 1200 Montrougiens qui ont également péri durant ce conflit, dont les noms figurent dans le hall de l'hôtel de Ville, mais qui ont fait l'objet d'une inhumation en d'autres lieux.

 

Cette inauguration effectuée sous un soleil radieux a mobilisé de très nombreux Montrougiens présents durant toute cette matinée de commémoration. Par le passé, les sépultures qui étaient à la charge des familles se trouvaient dans un état de grand délabrement et le regretté Président du Comité de Montrouge Monsieur René Nicolazo (aujourd'hui décédé) s'était beaucoup investi dans le projet de création de ce lieu de mémoire. Ce projet avait alors reçu un accueil favorable de la part de la Municipalité.

 

Celui-ci a mis plusieurs années avant d'être réalisé en raison des difficultés rencontrées dans les recherches des familles pour les autorisations nécessaires mais également pour le coût financier à partager entre le Souvenir Français et la Ville de Montrouge.

 

Aujourd'hui, cette inauguration apporte enfin la réponse et l'on ne peut que féliciter Monsieur le Maire, Monsieur Jean Loup Metton qui a mené cette réalisation. Nous tenons également à apporter notre témoignage de satisfaction à l'entrepreneur, la maison URAS qui a eu en charge la conception de cette Stèle, en 3 parties pour un total de 9 tonnes de Granit de Rose de la Clarté, sur laquelle sont gravés en lettre d'or, les noms de ces combattants. Nous nous devons également de remercier la Direction du cimetière de Montrouge pour le travail de regroupement des reliques de ces braves qui ont été déposées de manière individuelle dans des reliquaires et inhumées au pied de ce Monument. Cet emplacement où se trouvaient les anciennes sépultures a fait l'objet d'un aménagement en espace de verdure, qui devient ainsi un lieu de recueillement et de mémoire.

 

"PASSANTS SOUVENEZ-VOUS, ILS SONT TOMBES POUR VOTRE LIBERTE"

 

Jean JOURDAN

Président du Comité de Montrouge.

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Publié le 9 Novembre 2014

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français de Châtenay-Malabry organise une cérémonie œcuménique à la mémoire des soldats morts pour la France.

 

En présence du général Delbauffe, contrôleur général des armées et président général du Souvenir Français, d’André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine, de Françoise-Marie Belin, présidente du Comité de Chatenay-Malabry et bien entendu de Monsieur Georges Siffredi, maire de la commune, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, cette cérémonie se déroulera le dimanche 9 novembre 2014, en l’église Saint-Germain l’Auxerrois de Chatenay, à 16 heures (2 rue du Lavoir).

 

La cérémonie religieuse sera célébrée par :

- Le Père Lucas Guirgis, de l’église copte orthodoxe Sainte-Marie Saint-Marc.

- Le Père Joseph N’Guyen, vicaire et Jean-Marie Parant, diacre de la paroisse Saint-Germain l’Auxerrois et Sainte-Thérèse d’Avila.

- Le Père Philippe Kabongo Mbaya de l’Eglise réformée de Robinson.

 

Renseignements au Souvenir Français de Chatenay-Malabry au 01 46 60 67 89.

 

Venez nombreux !

 

Françoise-Marie Belin

Présidente du Comité de Chatenay-Malabry

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Publié le 4 Novembre 2014

 

 

Le Souvenir Français 2 25 10 077

Monsieur le maire d’Antony Jean-Yves Sénant – Dépôt de gerbes au monument aux morts du cimetière communal.

 

Le samedi 25 octobre 2014 s’est déroulée à Antony la 38ème Assemblée Générale de la Délégation Départementale des Hauts de Seine.

 

Dans les locaux de la salle André Malraux, et en présence de Jean-Yves Sénant, maire, du Délégué Départemental André Labour et de pratiquement tous les présidents des comités de notre département, le Président du Comité local André Zurcher a d’abord tenu à demander une minute de silence pour tous les adhérents et combattants morts cette année, et plus particulièrement Monsieur Roger Charles, vice-président du comité d’Antony, qui avait tant œuvré pour l’organisation de cette journée dans sa commune.

 

Après la présentation du bilan 2013 de la délégation par André Labour, chacun des Présidents des comités a pris la parole. Par la suite, des cars ont transportés l’ensemble des participants au monument à la mémoire du général Leclerc et sa 2e DB, puis au cimetière municipal et enfin au monument aux morts de la ville.

 

L’assemblée générale s’est poursuivie par le verre de l’amitié et le traditionnel repas.

 

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Publié le 1 Novembre 2014

 

2014-09-25 - Harkis - LGC

 

Avant que débute cette cérémonie, nous avons respecté une minute de silence à la mémoire d’Hervé Gourdel, guide de haute montagne né à Nice en 1959. Pris en otage par des djihadistes en Algérie le 22 septembre, il a été exécuté par ses ravisseurs le 24 septembre pour le seul motif qu’il était Français.

 Le samedi 28 septembre, à 11 heures, sous un sous un beau ciel bleu, nous nous sommes réunis au cimetière pour cette cérémonie en présence de 21 porte-drapeaux des associations patriotiques de La Garenne-Colombes, de Colombes et de Courbevoie dont Alexis Faverel et Tahar Rouabah, ancien harki, et de jeunes porte-drapeaux Paul et Hugo Belogi, petits fils de Benito Belogi, et Vadim Zacaropoulos. La police municipale était représentée par José Dos Santos, brigadier de police municipale, Gabriel Apcher et François Béal, gardiens de police municipale. De plus, Claude Colas et Roger Poulet, anciens combattants 39-45 étaient également présents. Enfin Rolande et Maxime Raffestin, trésorière et vice-président de l’amicale des Anciens de la 1re Armée française Rhin-et-Danube, ainsi que Christiane Auribault et Germaine Ségard, veuves d’Anciens Combattants de la 2e DB, étaient excusées.

 La cérémonie a eu lieu face au monument aux Morts à 11 heures. Cortège habituel depuis l’entrée du cimetière jusqu’au centre de celui-ci. Mise en place des personnalités et des participants par Jean-Pierre Butet, syndic du conseiller municipal.

 Honneur au drapeau par Yves Perrée, Premier adjoint au maire délégué aux Associations patriotiques, Arthur Saint-Gabriel, conseiller municipal de Courbevoie, délégué à la gestion des dossiers militaires des anciens combattants et aux affaires militaires, représentant Jacques Kossowski, député, maire de Courbevoie, et Pierre Lucas, président du Comité d’Entente des associations patriotiques.

 Allocution d’Yves Perrée qui a rappelé « qu’afin de rendre un hommage solennel aux Harkis, la France avait fait graver aux Invalides et en 26 lieux symboliques l’article premier de la loi du 11 juin 1994 enjoignant de témoigner de la reconnaissance de la France envers les rapatriés, anciens membres des formations supplétives pour les sacrifices qu’ils ont consentis. C’est la démonstration qu’il nous faut porter un regard de vérité sur une histoire méconnue et déformée, celle de l’histoire de nos frères d’armes qui avaient choisi la France pour patrie et attendaient d’elle qu’elle défende leur honneur et leur témoigne l’estime auxquels ils ont droit sans oublier que leurs pères et leurs grands-pères s’étaient déjà engagés dans la glorieuse Armée d’Afrique. A la fin de la Guerre d’Algérie, ils n’ont trouvé leur salut que dans la fidélité à la France dont ils avaient rêvé et qui ne leur a pas fait la place qui leur était due. Il est grand temps de reconnaitre leur sacrifice. C’est pourquoi, aujourd’hui la France rend hommage à ceux qui ont tout donné pour elle. Ainsi, leur loyauté, leur patriotisme, leur dignité d’hommes libres dans un pays libre, seront enfin reconnus. »

 Dépôt de fleurs :

 - au monument aux Morts par Yves Perrée, Bernard Pailhé, président du Comité garennois de la Société des membres de la Légion d’honneur, et Pierre Lucas,

 - au monument aux Morts d’Indochine et d’Afrique du Nord, par Bernard Chaillet, vice-président du Comité d’Entente, président de la 44e section de l’UNC, Sylvianne Steinhof, présidente départe-mentale des Amis de la Gendarmerie 92, et Pierre Bessière, trésorier du comité d’Entente, correspondant garennois de l’Association des Anciens des Forces Françaises en Allemagne et en Autriche,

 - au carré militaire par Arthur Saint-Gabriel, Claude Véron, présidente de la 626e section des Médaillés militaires de Courbevoie - La Garenne, et Daniel Foucard, président du Comité d’Entente des associations patriotiques de Courbevoie.

 Sonnerie aux Morts, minute de silence terminée par ‘‘La Marseillaise’’.

 Aux accents de ‘’la Marche des soldats″ et des ″Africains″, la cérémonie s’est achevée par les remerciements aux porte-drapeaux par les personnalités qui avaient déposé des fleurs. Puis le cortège s’est reformé pour se diriger vers la sortie du cimetière.

 Lors du vin d’honneur servi au Théâtre de La Garenne, Yves Perrée, après nous avoir demandé d’excuser le maire qui était retenu par une autre réunion, a remercié les participants et, en particulier, les jeunes porte-drapeaux. Il a salué la présence de Jacqueline et Ibrahim Sayah, à l’origine du jumelage de La Garenne avec Daroun Harissa au Liban, et de José Rodriguez, instigateur à l’origine de celui avec Valpaços au Portugal.

 

Pierre LUCAS.

Président du Comité d'Entente des Associations patriotiques de La Garenne-Colombes.

 

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Publié le 17 Octobre 2014

Peintres 14-18

 

 

 

 

Du mercredi 26 novembre au dimanche 7 décembre 2014, les Amis des Arts de Chaville célèbrent le Centenaire de la Première Guerre mondiale, en recevant les Invités d’honneur prestigieux  que sont les Peintres Officiels de l’Air et de l’Espace et les Peintres Officiels de l’Armée de Terre.

Ils présenteront également une Collection privée de 26 aquarelles, peintes au Front par le Peintre impressionniste Jules-René Hervé, cartographe de son régiment.

 

A cette occasion, l’association a fait éditer des timbres de collection pour lettre prioritaire de 20g, sous forme de 7 carnets (2 de l’Armée de Terre, 1 de Jules-René Hervé, 2 de l’Armée de l’Air, 2 mixtes), de 4 timbres différents.

 

Chaque collector est à vendre 10€ + frais d’expédition éventuelle.

 

S’adresser à Nicolle Pailler 06 87 72 04 85 ou contact@nicollepailler.com

 

 

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Publié le 12 Octobre 2014

 

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Notre assemblée se déroulera le samedi 25 octobre 2014 à Antony où nous serons reçus par le président André Zurcher et toute son équipe.

 

Voici le programme :

A partir de 8h00 : accueil et petit déjeuner salle Malraux, au 1 avenue Léon Harmel à Antony.

8h45 : mise en place pour les porte-drapeaux.

9h00 : accueil par Monsieur le maire d’Antony, début des travaux.

11h15 : fin de l’assemblée départementale.

11h30 : départ en car de la salle André Malraux pour le cimetière.

11h50 : arrivée au cimetière ; cérémonie sur place, dépôts de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué général et par Monsieur le maire d’Antony.

12h00 : départ en car en direction du Monument Leclerc ; dépôt de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué général et par Monsieur le maire d’Antony.

12h25 : début du cortège.

12h45 : cérémonie devant le monument aux morts ; dépôts de gerbes par le Souvenir Français, du Délégué et par Monsieur le maire d’Antony.

13h50 : départ en car en direction de la salle Malraux ; discours du Délégué général et de Monsieur le maire d’Antony ; vin d’honneur offert par la municipalité d’Antony suivi du repas de l’amitié servi salle Malraux.

 

Nous comptons vivement sur la participation, nombreuse, des membres de chaque comité de notre département.

 

Votre Délégué général,

André LABOUR.

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Publié le 6 Octobre 2014

 

André Labour et Pierre Keraudren

André Labour (à dr.), Délégué général du Souvenir Français et le colonel Pierre Keraudren.

 

Début de carrière.

 Engagé pour trois ans en septembre 1953, et alors âgé de 19 ans, je rejoins l’Ecole d’Application de l’infanterie à Saint-Maixent où je suis affecté au peloton des élèves sous-officiers d’active (ESOA). J’en sors en juin 1954, après avoir été nommé au grade de sergent.

 Les affectations sont depuis toujours faites suivant le rang de sortie de l’école. Pour ma part, cela allait être le 1er régiment de tirailleurs algériens (1er RTA) dont la garnison était à Blida, au sud d’Alger. Après une traversée en avion de Marseille à Alger, je rejoins le régiment avec une dizaine de camarades, venant comme moi de l’école, le 5 juillet 1954.

 Ce choix n’est pas un hasard : j’avais été influencé par des lectures sur la conquête et la pacification de l’Algérie, de même que par des témoignages et des ouvrages de grands anciens. Je vivais, à ma façon, le rêve saharien !

 Nous sommes alors reçus par le commandant du régiment. Il s’agit du colonel de Rocca-Serra, un Corse qui deviendra par la suite général. Nous voilà, nous les nouveaux, maintenant répartis entre les trois bataillons. L’effectif d’un bataillon de cette époque équivaut à celui d’un régiment actuel (avec quatre compagnies de combat et une compagnie de commandement). Le bataillon qui m’échoit est le 9e, situé à Miliana, au-dessus d’Affranville et de la plaine du Chéliff, sur les pentes sud du Zaccar. Le 9e bataillon doit son nom au fait d’avoir repris les traditions du 9e RTA, qui avait participé, dix ans auparavant, à la libération de Marseille et de la France, sous l’impulsion de son ancien chef de corps, un général énergique du nom de Monsabert, alors à la tête de la division (3e division d’infanterie algérienne).

 Donc, ce 8 juillet 1954, me voilà avec mon camarade Jaffeux, au sein du 9/1er RTA, et c’est dans cette unité que je devais effectuer mon séjour en Algérie, à l’exception d’un détachement de quelques temps dans le noyau actif d’un bataillon de rappelés d’Algérie. J’allais connaître, entre cet été là et la Toussaint 1954, les derniers moments de paix de l’Algérie française.

 En effet, les « événements », comme ils sont alors appelés, débutent à la Toussaint et l’insurrection ne cessera de se développer jusqu’à mon départ en septembre 1957, pour le Peloton de l’Ecole Spéciale Militaire Interarmes, afin de préparer le concours d’officier (cette école, aujourd’hui dissoute, était installée à Strasbourg).

 Il n’est pas question pour moi de décrire en entier mon séjour en Algérie, mais de présenter quatre moments qui m’ont marqué :

 L’opération de l’Oued Hallal, près de la frontière tunisienne, le 31 mars 1955 ;

  1. L’embuscade de Souk El Arba le 29 juillet 1956 ;
  2. L’opération des Ouled Naïls, le 5 avril 1957 ;
  3. La trahison du lieutenant Benchérif, le 28 juillet 1957.

 

L’opération de l’Oued Hallal.

 A mon arrivée au bataillon, je suis affecté à la 3e compagnie qui est commandée par le capitaine Mazagot. Par suite des événements de Tunisie, le régiment avait envoyé là-bas une compagnie de combat pour laquelle le bataillon a fourni une section d’intervention. Celle-ci est commandée par le lieutenant de Pontual, qui par la suite prendra la tête de la 1ère compagnie. Elle rentre à Miliana le 18 août 1954.

 Dès la Toussaint, mon bataillon devient « bataillon de marche » et participe à des opérations en Kabylie, et ce jusqu’à la Noël. J’ai le souvenir des opérations « Genévrier » (cuvette d’Azrou) et Tourterelle (région de Dellys à Tizi Ouzou). Nous y subissons nos premières pertes, dont celle du sous-lieutenant Tarrit, le 22 décembre 1954 (il était de la promotion « Union Française »).

 Le 15 janvier 1955, mon bataillon rejoint les Aurès. Ma compagnie occupe un poste situé dans la montagne au nord-est de Biskra. Il est accolé au village d’Oulach en pays Chaouia. Nous effectuons dans ce secteur plusieurs opérations. Pour cela, notre unité est constituée en compagnie légère montée, avec de nombreux mulets. Ce séjour est marqué par la mort du sergent-chef Dambraine, ancien parachutiste de la France Libre, tué dans une embuscade de convoi le 1er mars 1955. Le 25, le bataillon rejoint le secteur de Tébessa au pied des Nementchas. Le 30 mars, nous sommes au poste de Guentis, près de la frontière tunisienne. Nous devons relever le 15e bataillon de tirailleurs algériens.

 Le lendemain est déclenchée l’opération de l’Oued Hallal, connue grâce au livre de Pierre Closterman, ancien pilote de la France Libre, rappelé en Algérie. L’ouvrage s’appelle « Appui feu sur l’Oued Hallal ». Je faisais partie des fantassins qui se trouvaient au fond de l’oued, avec mes camarades du 9e et du 15e BTA. Le 9e a, à sa tête, le commandant Rieu-Boussut, ancien de 39-45 et de l’Indochine, et qui connait bien nos unités pour avoir servi au 7e RTA. Il va exercer son commandement pendant pratiquement tout mon séjour. L’opération se déroule sur plusieurs jours. Elle est rendue d’autant plus épuisante que nous avons de la pluie et même une tempête pendant toute sa durée. Nous sommes « trempés jusqu’aux os » ! Il est bien loin mon Sahara ! Le froid et la pluie éprouvent tellement les hommes que nous connaissons plusieurs morts dont un par congestion.

 Nous sommes accompagnés de gendarmes mobiles, détachés au bataillon pour permettre le contrôle des mechtas. L’un d’eux, un maréchal-des-logis chef, qui a fait les campagnes de France et d’Allemagne en 1944 et 1945, et a également commandé une compagnie de supplétifs en Indochine, nous déclare qu’il n’a jamais eu aussi froid depuis l’hiver 1945 en Alsace.

 L’opération approchant de sa fin, des feux sont allumés pour nous permettre de nous réchauffer. Il y a là comme un air de retraite de Russie de la Grande Armée. J’ai le souvenir d’avoir vu passer près de moi un camarade accroché à la queue d’un mulet : il marche les yeux fermés ! Il est grand temps pour nous de rejoindre le poste pour relever le 15e. Nous sommes au bout de nos forces.

 La veille de l’opération, j’ai fait la connaissance du sergent d’ordinaire de ce 15e BTA. C’est un breton, comme moi. Il s’appelle Le Boulch’ et est originaire de Lannion où j’ai eu son frère aîné comme répétiteur au collège Félix Le Dantec. Le monde est petit. Il m’offre un bon repas à base de beefsteaks et me fait dormir sur un tas de toiles de parachutes.

 Quelques jours plus tard, nous relevons donc le 15e qui a reçu une nouvelle affection. Nous prenons possession des lieux qui vont devenir notre camp et notre refuge pendant de longs mois. A l’automne 1955, je suis détaché dans un bataillon de rappelés d’Algérie, bataillon connu car l’un de ses cadres, l’aspirant Maillot, le quitte à bord d’un camion chargé d’armes, pour rejoindre les rebelles dans l’Ouarsenis. Il a pris soin préalablement de désarmer les soldats qui sont sous ses ordres. Il sera tué quelques semaines plus tard, au cours d’une opération.

 A l’issue de cette affectation, je suis détaché dans un bataillon de marche du train. Je suis l’adjoint du chef de section et participe à l’entraînement des jeunes venant de métropole. Le 7 mai 1956, ma mission étant terminée, je rejoins la 3e compagnie du 9e BTA.

 

 

L’embuscade de Souk El Arba.

 Un jour, revenant à la base arrière, à Miliana, base que nous partageons avec le bataillon du train, un appelé de la section qui était encore la mienne quelques semaines plus tôt, me tombe dans les bras en pleurant, alors que je viens de descendre de camion. Il m’apprend que sa section a été totalement anéantie, à la suite d’une embuscade. L’unité était commandée par un sous-lieutenant de réserve, provenant de l’Ecole Centrale. Je le connaissais bien. Aujourd’hui encore, je le revois nous faisant défiler aux accents du chant des Africains, diffusé par un tourne-disque posé sur un tabouret. Ce rescapé ne doit son salut qu’au fait qu’il a été admis à l’infirmerie peu de temps auparavant. C’est un Breton de Paris, travaillant aux usines Citroën.

 Ma compagnie se trouve alors au poste du Bordj Okriss, à l’est d’Aumale. Le bataillon est devenu unité de réserve générale de la 20e division d’infanterie. Nous recevons l’ordre de nous déplacer pour occuper le poste de Souk el Arba (ce qui signifie littéralement « le marché du mercredi »). Je revois les tailleurs en plein air faisant fonctionner leurs machines à coudre Singer à pédale et les bouchers avec la viande couverte de mouches…

 Un changement majeur a été opéré dans l’organisation de la compagnie : nous hébergeons le commando du bataillon (il ne s’appelle pas encore « commando de chasse »). Il représente l’équivalent de deux sections de combat, soit la moitié de l’effectif de combat de la compagnie. Celle-ci comprend aussi deux sections de combat classiques et une section de commandement. Elle est dirigée par le capitaine Daniès, ancien adjoint du capitaine Mezagot. Il a fait le siège de La Rochelle en 1944-45 et deux séjours en Indochine. C’est un officier expérimenté.

 Le commando est sous les ordres du sous-lieutenant Morel-Vitré, ancien parachutiste d’Indochine, qui a suivi une formation dispensée par le fameux colonel Marcel Bigeard ! C’est un officier remarquable. A la tête d’une section administrative spécialisée (SAS), il sera victime d’un attentat en Oranie en 1957.

 Le commando part souvent en nomadisation tandis que le reste de la compagnie garde le poste. Ainsi, le 29 juillet 1956, le capitaine Danies décide d’effectuer une reconnaissance sur les crêtes boisées du nord du village. Il prend avec lui la section du sous-lieutenant Henry, dont je fais partie, avec mon groupe de combat. Nous quittons le poste de très bonne heure le matin. La journée est particulièrement ensoleillée. Je progresse en tête, disposant mes tirailleurs en formation très étirée, pour pouvoir faire face à une embuscade. Je dispose de caporaux qui connaissent la guerre pour l’avoir faite en Indochine. L’un d’eux voit en premier des fellaghas qui tentent de nous encercler. Stoppant ainsi, nous n’entrons pas dans la nasse : nous tirons les premiers ! Mais à ce moment-là un feu d’enfer se déclenche : on voit la terre éclater un peu partout autour de nous sous l’effet des balles. Pris entre deux feux de mitrailleuses de 30 (calibre 7,62), le capitaine réussit à nous replier en bon ordre. La chance est avec nous ce jour-là : deux scout-cars, qui passaient non loin, arrivent, envoyés par le lieutenant resté au poste et qui a entendu la fusillade.

 Au retour, le lieutenant nous apprend que d’autres fellaghas ont échoué dans l’attaque de notre poste. Nos hommes ont fait des prisonniers.

 Cette affaire me vaut la croix de la Valeur militaire avec citation à l’ordre de la brigade et la proposition au grade de sergent-chef. Le soir même, pour nous endurcir, le capitaine m’envoie en embuscade de nuit avec une partie des effectifs restés au poste…

 

 

L’opération des Ouled Nails.

 Le 5 avril 1957, une opération organisée par le secteur d’Aumale, se déroule au sud de Bou Saada, dans les monts des Ouled Nails.

 L’action dure depuis quatre ou cinq jours ; la fin est proche. Nous devons être héliportés à bord de Piasecki (que nous appelions des « bananes » du fait de leur forme) sur les crêtes environnantes. La deuxième compagnie, alors commandée par le lieutenant Jupille est déposée sur la côte 1169. L’hélico redécolle pour prendre un nouveau stick. A ce moment-là, nous entendons une déflagration et nous voyons une énorme flamme : au moyen de mitrailleuses, des fellaghas bien postés viennent de descendre notre hélico au décollage ! Le commandant Rieu-Boussut fait modifier immédiatement le dispositif. Il modifie les départs, confie au lieutenant de La Morinière (qui terminera sa carrière comme général) un posé d’assaut sur une côte toute proche, avec 20 de ses meilleurs soldats. Il convient d’éliminer les rebelles et avant tout de venir en aide avec hommes déjà sur place. Je fais partie de la second vague : au moment de sauter de l’appareil, je vois que le sol est jonché de cadavres de rebelles.

 Je progresse à côté d’un caporal-chef reconnu : Tayan, de la 1ère compagnie. Je me fie à lui pour les indications face aux rebelles. Un moment, je le laisse passer devant : un éboulis ne permet pas de passer à deux. Je le revois quelques secondes plus tard, allongé, comme dormant… Une pensée idiote me traverse l’esprit : « Tu es gonflé de te reposer alors qu’on nous tire dessus » ! Quel imbécile : je réalise que Tayan est mort. Il a reçu une balle en pleine poitrine.

 L’opération continue encore quelques heures et se termine par un succès, en dépit de nos pertes et de la mort de mon ami. Je revois encore un tirailleur qui était connu de tous : il ne se déplaçait jamais sans son chèche ! Bien sûr le vêtement flotte au vent. A la fin, celui-ci nous le fait voir : en plusieurs endroits, des balles de mitrailleuses l’ont troué… Le soir, au mess, il fête avec nous sa baraka !

 

 

La trahison du lieutenant Benchérif.

 La trahison du lieutenant Benchérif a provoqué en moi un grand choc ! Le 25 juin 1957, le commandant Rieu-Boussut est remplacé par le commandant Blanchard. Notre compagnie est désignée pour occuper une maison forestière, située à flanc de montagne entre Masqueray et Aumale. On installait à cette époque des postes médicaux où des médecins et des infirmières itinérants venaient soigner les populations locales. Afin de protéger à la fois ces personnes et les personnels médicaux, on construit des tours de contrôle en béton, et pour protéger les ouvriers, on commence par un poste de protection. Le lieutenant Benchérif est désigné pour occuper le poste et surveiller le secteur. Le capitaine Danies me désigne comme adjoint. Je connais Benchérif depuis les Aurès où il commandait une section de supplétifs.

 Le 2 juin 1957, alors que je me trouve au poste, avant de rejoindre Alger, je suis désigné pour diriger un convoi de cinq véhicules qui doivent percevoir des vivres. Benchérif se trouve dans le premier. Des tirs sont déclenchés contre nous. Pour des petits convois comme le nôtre, la consigne était d’accélérer pour sortir de la nasse. Mais Benchérif ordonne à son chauffeur de faire arrêter son camion GMC, ce qui oblige les autres véhicules à stopper. J’ai la conviction qu’il fait tout cela pour offrir une meilleure cible aux rebelles. J’arme mon PM, prêt à faire feu, et sur Benchérif, en me disant « tu seras le premier à y passer ». Par chance, les tirs cessent. Nous reprenons la route. Des pensées terribles me traversent l’esprit.

 Par ailleurs, depuis que nous sommes placés dans la maison forestière, Benchérif a pour habitude de partir, tout seul, avec sa carabine, pour soi-disant chasser. Avec le recul, je pense qu’il allait plutôt renseigner ses copains fellaghas ! Un autre jour, il donne l’ordre d’abaisser la hauteur des murs entourant la maison. Nous offrons alors une cible magnifique. Mon lit même est parfaitement dans un axe de tir depuis les collines qui nous font face ! Je lui dis. Il semble un peu gêné. Il donne l’ordre de faire remonter les murs aussitôt.

 Un de mes anciens camarades, que j’ai connu au bataillon des rappelés d’Algérie, et que j’ai invité dans ma famille en Bretagne, me demande de venir passer quelques jours à Hussein Dey, dans la banlieue d’Alger, avant de prendre le bateau pour la France (je dois partir pour l’Ecole de Strasbourg). Cela va me sauver la vie : en lisant le journal, j’apprends ce qui s’est passé le 22 juillet 1957. Benchérif a ouvert la porte du poste à la bande rebelle du secteur pour récupérer l’armement et le poste radio. Le caporal Andrieux, mort par la suite de ses blessures, a pu par donner les détails de l’attaque : ayant confié mes soupçons à Andrieux, ce dernier dort avec des grenades. Sage précaution car Benchérif a fait enchaîner les armes. Par ailleurs, le sergent Vuillemin, lui aussi au courant des agissements de Benchérif, ne dort que d’un œil. Au milieu de la nuit, il voit Benchérif debout se pencher sur son sous-officier afin de l’égorger. Vuillemin se lève, les hommes se battent. Vuillemin est touché d’un coup de poignard, comme Andrieux qui mourra dans l’hélicoptère des secours. Mais, avant de se sauver, les rebelles ont le temps de massacrer tous les Européens et les musulmans fidèles à la France.

 Apprenant cette nouvelle, je téléphone immédiatement au capitaine Danies, qui est encore sous le choc. Il ne peut que se féliciter de mon absence. Il me raconte que les murs de ma chambre sont couverts de sang… L’affaire ne s’arrête pas là. Benchérif et sa bande sont faits prisonniers quelques temps plus tard par des parachutistes. Il convient de rappeler que l’armée française a toujours respecté ses prisonniers. Avec les Accord d’Evian en 1962, Benchérif est libéré. On n’a pas agit avec lui comme il a traité les soldats français et les soldats musulmans qui sont restés fidèles à la France.

 A la fin des années 1980, alors lieutenant-colonel, je suis affecté à l’encadrement de l’Ecole de Guerre en tant que responsable de l’enseignement des Sciences Humaines et de la Communication. Je fais venir des journalistes pour entraîner les officiers à parler en public. Il y a également des instructeurs étrangers. Je sympathise avec un colonel espagnol qui se passionne pour la guerre d’Algérie. Il me dit ceci : « J’ai bien connu Benchérif à Alger, du temps qu’il commandait la gendarmerie. Figures-toi que je l’ai rencontré il y a quelques temps à Paris. Il avait l’air tout affolé. Il était recherché par les autorités algériennes ». C’est quand même incroyable que cet individu qui a, de ses propres mains, assassiné ses adjoints et a laissé égorger ses soldats, puisse se réfugier en France.

 Je lui souhaite, s’il est encore en vie, de ne jamais oublier cela, et que ses nuits soient agitées comme ont été trop longtemps les miennes. Il n’y avait pas à l’époque de psychologues dans les armées. J’ai poursuivi ma carrière d’officier, ayant en tête ces images qui ne m’ont jamais quittées. Je suis parti d’Algérie en 1957 et nos adieux furent déchirants, tant ce que nous avions vécu ensemble avait été fort. Une grande amitié nous unissait. Je n’ai jamais, par la suite, ressenti avec une telle intensité ce sentiment dont je conserve la nostalgie soixante années plus tard…

 

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Publié le 2 Octobre 2014

 

Bob Maloubier - 2

 

Sacré Bob ! Nous ne permettons cette familiarité envers un véritable héros de la Seconde Guerre mondiale, de la Force 136 et de toute l’armée française !

 

Nous nous permettons cette familiarité tant Bob Maloubier est quelqu’un d’exceptionnel, de par ses actions et sa droiture.

 

Bob Maloubier, ancien SAS, ancien de la Force 136 en Indochine, fondateur des nageurs de combat et l’un des créateurs du 11e bataillon de Choc, a été fait membre de l’Ordre de l’Empire britannique par sa Majesté la Reine Elisabeth II, lors de sa visite officielle à Paris le 5 juin 2014. Toutes nos félicitations, Monsieur Maloubier. Congratulations ! diraient nos amis anglais…

 

Bientôt, sur ce site, nous parlerons plus longuement de Bob Maloubier, personnage hors du commun !

 

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