Publié le 2 Février 2014

Plongee-St-Victor

 

Est-ce le ciel assombri par de sombres nuages menaçants ?

C’était le 5 décembre 2013, température fraîche, de la neige visible sur des sommets, je faisais route vers « Le Bourget-du-Lac » (73) pour rejoindre une équipe de Légionnaires-plongeurs du 1er REG. Je me suis alors souvenu de la légende de Sainte-Barbe, vers l’an 230. Barbe la fille d’un riche seigneur fut enfermée dans une tour tandis que son père partait en expédition. A son retour son père découvrit que sa fille s’était convertie au christianisme et tenta en vain de lui faire renoncer à sa foi. Jugée, torturée, condamnée à mort, Barbe eut la tête tranchée par son père qui avait tenu à être le bourreau pour accomplir cette immonde besogne. Mal lui en a pris car il fut frappé immédiatement par la foudre qui réduisit son corps en cendres et précipita son âme en enfer. Sainte-Barbe s’était révélée puissance de feu et devint la patronne de tous ceux qui présents et à venir manieraient la poudre ou les explosifs…

Sainte-Barbe patronne de l’arme du Génie fêtée comme il se doit à la Légion étrangère en associant l’image du légionnaire combattant et celle du légionnaire sapeur. Grandeur des soldats et bâtisseurs un état d’esprit résumé par l’exécution d’un ordre célèbre au Maroc à la fin du XIXème siècle pour creuser un tunnel : « La montagne barrait la route. L’ordre fut donné de passer. La légion l’exécute ! ». Au Bourget-du-Lac en ce mois de décembre pas de tunnel à creuser mais un site naturel propice à des entraînements pour des « Plongeurs de Combat du Génie » (PCG) pour des Légionnaires-plongeurs du 1er REG.

 

Les « PCG » sont les plongeurs de l’Armée de terre française autrefois appelés « SAF » (Spécialistes de l’Aide au Franchissement) puis « PAT » (Plongeurs de l’Armée de Terre). A leur création, leur mission principale était l’aide au franchissement des véhicules blindés. Ils sont toujours formés et entraînés à la reconnaissance des berges et des zones de franchissement possibles et en se tournant vers les interventions offensives. Les « PCG » évoluent dans les milieux d’eau douce, lacs, fleuves, rivières, étangs, réseaux souterrains inondés, etc… Evoluer en milieu difficile avec de l’eau froide, turbide, du courant peu ou pas de visibilité, de jour comme la nuit, nécessite une compétence technique et une condition physique irréprochable. Le légionnaire est avant tout un combattant avant d’être un spécialiste et donc apte à remplir des missions militaires classiques comme celles qui exigent des savoirs faire reconnus dans le domaine de l’amphibie. Une mission amphibie est exigeante, délicate pour combiner les difficultés du milieu maritime, aérien et terrestre. Maîtriser l’environnement pour garantir la sécurité des forces engagées et la coordination des manœuvres parfois dans un cadre international sous commandement de la Marine Nationale pendant la phase de débarquement. Appréhender les conditions météorologiques est essentiel pour la réussite d’une action amphibie.

 

Pour percer un dispositif ennemi au meilleur endroit et au meilleur moment il faut tenir compte de multiples paramètres tactiques et terrestres en exploitant les atouts d’une force amphibie : furtivité, mobilité, endurance et puissance de feu en synergie avec les moyens terrestres à débarquer sur une côte défendue mais reconnue car contrôlée et préparée par l’action de forces avancées le renseignement est initié en amont par les FS (Forces Spéciales). Commandos marine et plongeurs démineurs, spécialistes de la guerre des mines planifient et conduisent des raids nocturnes de reconnaissance offensive pour donner au Commandant du groupe amphibie une solution de débarquement tout en préservant un effet de surprise capital pour la suite des opérations et la conquête des objectifs.

 

Commandos marine, nageurs de combat, membres des forces spéciales, spécialistes de la guerre des mines, renforts souhaitables de « PGC » de l’Armée de terre, ils participent tous lors d’opérations amphibies à des actions de forces avancées, à la lutte contre les mines pour renseigner, reconnaître des itinéraires pour atteindre des points clefs, déminer, neutraliser des défenses, réussir les missions assignées par l’Etat-Major… La plongée est un vecteur pour accomplir la mission assignée aux Légionnaires-plongeurs du 1er REG. Les PGC peuvent jouer un rôle d’interface pour collecter les renseignements au sein des Forces avancées avec une mission de transmission des renseignements au commandement des opérations pour faciliter la prise de décision stratégique au bon moment.

 

Le savoir faire dans l’ amphibie devient de plus en plus important au vu d’interventions pouvant être menées sur des côtes pour évacuer des ressortissants, débarquer en premier, participer à l’action de forces avancées à plusieurs composantes… En matière de combat en zone urbaine les capacités du génie participent à l’action des appuis pour réussir des opérations quelque soit le contexte offensif ou défensif en apportant une réponse à la question de la vitesse de mise en œuvre et de la réactivité des forces interarmes : ouverture de portes, mise en œuvre d’explosifs, déminage, ouverture de brèches d’itinéraires… Le 1er REG au sein de la 6e Brigade Légère Blindée (BLB) – Brigade à vocation amphibie – conduit par ailleurs l’expérimentation de la numérisation de l’espace de bataille pour le génie : intranet tactique, communication de manière optimale l’ensemble des systèmes d’informations entre eux…

 

Laissons les défis technologiques relevés par le 1er REG pour revenir à la plongée militaire et aux cursus « Plongeurs de Combat du Génie » de l’Armée de terre. Le CTE (Certificat Technique Elémentaire) de « Plongeur de Combat du Génie » (PGC) donne par divers modules de stage une formation permettant d’exercer un rôle de plongeur de combat en quartier comme en opération associant pratique intensive à théorie détaillée. C’est une formation obligatoire pour les officiers, sous-officiers militaires du rang pour des volontaires aptes médicalement et…parachutistes. La formation « Spécialiste des techniques subaquatiques » a pour but de former de jeunes plongeurs sortant de la formation de base à la plongée militaire en eaux intérieures (AIRBASE 40).

La formation « Réseaux suburbains » a pour but de former les plongeurs de l’armée de terre à réaliser des missions d’appui en zone urbaine et elle est ouverte aux brevetés « STS » (Spécialiste Technique Subaquatique) donnant ainsi une qualification pour évoluer en réseau suburbain.

La formation « Chef d’équipe Plongeurs de l’Armée de Terre » (PAT) a pour but de former des officiers et des sous-officiers plongeurs de l’armée de terre qualifiés TECHPAT au commandement d’une équipe de plongeurs dans le cadre des missions communes des PAT.

La formation « Directeur de plongée » a pour but de former les responsables plongeurs de l’armée de terre à la direction des activités nautiques pour la partie sécurité. Elle est ouverte aux officiers qualifiés STS ou sous-officiers BSTAT et qualifiés STS.

La formation « Reconnaissance à l’oxygène » ou module de formation de « chef de mission de plongée à l’oxygène » a pour but de donner aux officiers et sous-officiers une formation leur permettant de diriger un groupe de plongeurs à l’oxygène engagés dans une mission de type intervention offensive en totale discrétion, dans la frange des contacts. Elle est ouverte aux officiers qualifiés STS ou sous-officiers qualifiés STS.

Notons que pour les sous-officiers des spécialisations supplémentaires sont ouvertes dans d’autres cursus :

  • CT1 plongeur de combat du génie : formation des sous-officiers au commandement d’une équipe de plongeurs dans le cadre de toutes leurs missions en opération.
  • FS2 plongeur de combat du génie : formation permettant d’exercer un rôle de directeur de plongée et de chef de détachement au quartier comme en opérations.
  • Dépollution subaquatique : il s’agit d’un stage ayant pour but de donner aux plongeurs de combat du génie (PGC) une formation leur permettant d’éliminer les munitions immergées en opération.
  • OXYBASE : Pour les spécialistes militaires de travaux subaquatiques : formation aux recycleurs (appareils à circuit fermé) dans le cadre d’une infiltration subaquatique, en toute sécurité.

Les PCG utilisent le matériel en service au sein de l’armée française, ainsi que divers matériels spécifiques : kayaks, recycleurs à O2 à circuit fermé pour la discrétion dans l’approche tactique, pistolets mitrailleurs HK MP5, MINI UZI avec modérateur de son en arme d’auto défense pour les PAT, lot de rappel hélicoptère et lot d’escalade permettant des franchissements verticaux sur des ouvrages d’art ou en suburbain…

Mais avant de suivre les différents cursus il faut au préalable suivre volontairement une formation élémentaire qui se déroule à l’Ecole de Plongée de la  Marine Nationale - BCRM TOULON - à Saint-Mandrier (83).

Un candidat apte médicalement et apte à la plongée, breveté parachutiste après la réussite de tests de sélection va pouvoir suivre une formation « plongeur de bord » puis une formation de « travaux sous-marins », un stage de spécialiste de techniques subaquatiques (STS), des modules Tech PAT et Tech PCG (Techniques plongeurs de l’armée de terre - Techniques plongeurs de combat du génie). Un PCG (Plongeur de Combat du Génie) peut servir en tant que PCG dans les régiments du génie mais aussi en tant que PAT (Plongeur de l’Armée de Terre) dans les régiments des forces spéciales.

Signalons que la Division Formation Plongeurs (DFP) à l’ESAG (Ecole Supérieure et d’Application du Génie) d’Angers dispensait un stage de qualification Intervention Offensive (plongée à l’oxygène) pour développer un savoir-faire en reconnaissance de zone à différentes profondeurs et en réseaux suburbains et exfiltration en toute discrétion. Le stage en Intervention Offensive (I.O) pour enseigner la technique et la maîtrise parfaite de l’appareil 02 en circuit fermé se déroule à l’Ecole de Plongée de la Marine Nationale.

Au sein du Génie la formation militaire à la plongée « réseaux suburbains » est propice à des échanges avec d’autres armées en Europe compte tenu de la maîtrise reconnue des plongeurs de l’armée de terre formés au combat en zone urbaine. Rappelons que les plongeurs de l’armée de terre participent à de nombreuses missions. L’intervention offensive : c’est le cœur du métier et le plus dur. Après une infiltration en zone hostile à l’aide de « FROGS » (appareil de respiration à l’O2 en circuit fermé) ils doivent être en mesure, en toute discrétion, de réaliser des destructions d’infrastructures, le minage et le déminage de sites aquatiques. L’Aide au déploiement : mission typique du génie, les plongeurs effectuent toute une série de travaux subaquatiques comme la soudure, le découpage ou encore le sciage. Ils sont capables, également de dégager des obstacles par utilisation d’explosifs. L’Aide au franchissement : ils assurent la formation des équipages dans l’apprentissage du franchissement amphibie ou submersibles. Ils assurent la reconnaissance des berges ainsi que la sécurité pendant le franchissement. Faire face à des missions de type : attaque et destruction d’objectifs fluviaux et/ou terrestres, reconnaissances et renseignements dans la profondeur, actions commando par voie aquatique, assaut de réseaux souterrains en zone urbaine, débarquement de force amphibie, mobilité, intervention sur objectif, évacuation de ressortissants, assistance à la force, missions du service public, missions en protection et en défense civile lors d’opérations intérieures…

 

Depuis sa création le 1er REG a été engagé sur tous les territoires se forgeant une solide expérience opérationnelle. Le monde est complexe, surprenant et versatile et de nouvelles menaces exigent des adaptations pour des forces militaires qui s’efforcent d’aller de l’avant. Les Légionnaires sont volontaires pour servir la France avec honneur et fidélité. Chaque légionnaire est un frère d’armes, quelle que soit sa nationalité, sa race ou sa religion. En manifestant toujours à son frère d’armes la solidarité étroite qui doit unir les membres d’une même famille le légionnaire sait que la mission est sacrée qu’il lui faut l’exécuter jusqu’au bout et, s’il le faut, en opérations au péril de sa vie. Cela résume l’esprit de la Légion étrangère, institution et société militaire d’exception. En son sein se côtoient des héros et des oubliés de l’Histoire : c’est un univers modèle d’intégration. A la Légion, il est interdit d’interroger un homme sur son passé. L’engagement est à cette condition. C’est un pacte, comme celui qui lie un prêtre au pénitent. On oublie tout, pour pouvoir tout exiger. Le secret est une possibilité acceptée, une condition de la liberté avec l’effacement proposé pour une autre histoire, une autre vie au service de la France. Les « Français par le sang versé » ne vivent que pour leurs idéaux…

 

Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard (cet article a été publié dans la revue Plongée Octopus).

 

Remerciements :

Monsieur Jean Yves Le Drian - Ministre de la Défense - Le SIRPA Terre – Monsieur le général de division Christophe de Saint-Chamas – Monsieur le commandant la Légion étrangère – Monsieur l’Officier presse de la DCILE – Relations médias-presse – Monsieur le Colonel Coulet, Chef de corps du 1er REG – Monsieur l’Officier de communication du 1er REG – Monsieur le Capitaine de Frégate Frédéric Morio, commandant l’Ecole de Plongée de la Marine Nationale - BCRM Toulon -  http://www.defense.gouv.fr/marine - Monsieur le Lieutenant-colonel Pascal Jeanmougin - Monsieur le Chef du Département Eaux Intérieures - Ecole de Plongée de la Marine Nationale Saint-Mandrier / Angers.

 

 

Tous les Légionnaires rencontrés au Bourget-du-Lac (73) les 5 & 6 décembre 2013 et à l’Ecole de Plongée de la Marine Nationale les 21 & 22 janvier 2014 sans oublier les Instructeurs du Département Eaux intérieures - Ecole de Plongée de la Marine Nationale - BCRM Toulon.

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Publié le 26 Janvier 2014

 

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Le Comité de Puteaux organise son assemblée générale, le 1er février 2014, à 9h45, dans la salle du conseil municipal.

 

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Le Comité de Châtillon organise son assemblée générale le samedi 8 février 2014 à 9h30, salle Gabriel Péri, 25 rue Gabriel Péri à Châtillon.

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Le Comité de Levallois-Perret organise son Assemblée générale le mercredi 18 février 2014, à 18 heures, au Pavillon des Fêtes de la place de Verdun à Levallois-Perret.

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Publié le 26 Décembre 2013

 

Vokaer-Le Quinio

 

 

La Délégation des Hauts-de-Seine du Souvenir Français vous présente tous ses meilleurs vœux pour la nouvelle année 2014.

Mais auparavant, notre dernière pensée  pour 2013 sera pour les deux soldats du 8e RPIMA de Castres, tués en Centrafrique, Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio. Que leur sacrifice ne soit pas oublié et qu’il ne soit pas vain.

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Publié le 23 Décembre 2013

 

Pierre Guillaume

 

De la Bretagne à l’Indochine.

 

Né le 11 août 1925 dans une famille de militaires – son père est général de division – Pierre Guillaume est le troisième enfant d’une fratrie de quatre: les filles Monique et Claude succèdent aux garçons Pierre et Jean-Marie.

 

Après des années d’études chez les Jésuites à Paris, il intègre le collège de Saint-Malo. Grand, mince, blond – presque roux – avec des yeux bleus, Pierre Guillaume semble destiné à un métier au grand large. Après la Seconde Guerre mondiale, il intègre l’Ecole navale dont il sortira diplômé en 1948. Dès 1945, alors qu’il est encore matelot de 3e classe sans spécialité, il embarque sur le navire le Duquesne pour la Cochinchine et sa capitale, Saigon pour un premier séjour. En décembre 1947, de retour à Brest, le jeune marin passe ses examens, qu’il réussit, et est nommé au grade d’enseigne de vaisseau. Retour en Indochine l’année suivante où il sert à bord de l’aviso Commandant de Pimodan. Il reçoit le baptême du feu au Cambodge où son navire est chargé de faire la chasse aux contrebandiers. A plusieurs reprises il n’hésite pas à mettre pied à terre pour aller débusquer ceux qu’il doit arrêter sur mer…

 

Quelques mois plus tard, il est envoyé en Chine à Shanghai pour récupérer les quelques Français restés en dépit de l’avancée des communistes de Mao Zedong. Pierre Guillaume revient très marqué de son séjour où il a vu des massacres de Chinois nationalistes. Il poursuit sa mission contre les contrebandiers et les rebelles du Vietminh au Tonkin jusqu’en 1950.

 

Par la suite, il fait encore un séjour en Indochine entre 1953 et 1955. Après les accords de Genève (mai – juillet 1954), Pierre Guillaume, désobéissant aux ordres qui lui ont été donné, organise la sortie de milliers de catholiques du Tonkin. Il ne veut pas revivre les horribles massacres de Chine. Son bateau, la Pertuisane, devient terre d’accueil. Dans son livre On l’appelait le Crabe-Tambour, Georges Fleury indique : « Tout autour de la Pertuisane, la mer heureusement très calme est couverte de radeaux et de sampans. Des cris d’enfants se mêlant à des cantiques, un curé étreint Pierre qui, soudain saisi par une puissante vague d’émotion, se laisse embrasser. Le prête le lâche, s’agenouille, se signe, balbutie une prière et baise le pont comme s’il s’agissait de la Terre promise ». En quelques semaines, près de quinze mille catholiques seront recueillis par Pierre Guillaume et son équipage.

 

Bien des années plus tard, à l’occasion d’une interview, Pierre Guillaume indiqua : « Qui se souvient de ces curés vietnamiens qui pleuraient en embrassant le pavillon français à l'arrière de nos bateaux ? Qui se souvient de ces jonques, de ces sampans, de ces radeaux de bambou portant des familles entières qui chantaient des cantiques ? Ils voguaient à demi immergé, vers la terre promise symbolisée par le pavillon français … J'ai vu des réfugiés chanter les matines sur des bateaux, en actions de grâce. J'ai vu des femmes mettre un enfant au monde sur un radeau de bambou. Chaque paroisse avait sa bannière. C'était cela la chrétienté ! Chaque transport était un miracle ».

 

Terriblement affecté par ce qu’il considère comme un abandon de territoires et de populations, Pierre Guillaume rentre seul en France, à bord d’une jonque. Le voyage n’est pas simple. Il finit par s’échouer sur les côtes de Somalie où un temps il est retenu prisonnier.

 

En 1956, enfin il rentre en France et retrouve son épouse et ses enfants. Mais le malheur ne le quitte pas. Il apprend le décès de son frère, alors jeune lieutenant en Algérie au sein d’un commando parachutiste.

 

 

En Algérie.

 

Pierre Guillaume demande son transfert dans l’armée de terre et intègre le commando que commandait son jeune frère. Comme Jean-Marie a été le premier tué de l’unité, elle prend son nom. Pendant près d’une année, le Commando Guillaume monte des embuscades et des raids dans la région de l’Ouarsenis, réduisant fortement les forces des fellaghas. Puis, il est nommé à l’état-major et devient l’adjoint marine du général Challe. Il suit les idées de son supérieur pendant le putsch d’Alger et est arrêté. Il est condamné à quatre années de prison avec sursis. Poursuivant ses idées jusqu’au bout, Pierre Guillaume rejoint l’Algérie en 1962 et s’enrôle dans l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète). Il verse dans la clandestinité. De nouveau arrêté en mai 1962, il va effectuer quatre années de prison en métropole, à Tulle, où il côtoie ses camarades putschistes comme les généraux Salan et Jouhaud, les colonels de Sèze, La Chapelle ou encore les commandants Camelin, Robin et Hélie Denoix de Saint-Marc.

 

Après ses années de captivité, il travaille pour des sociétés d’affrètement maritime et devient conseiller à la sécurité maritime du Royaume d’Arabie Saoudite. En 1978, il affrète le bateau qui emmène le mercenaire Bob Denard aux Comores, où un coup d’Etat est déclenché peu après…

 

Défenseur du peuple karen en Birmanie, tenant des chroniques sur l’antenne de Radio Courtoisie pendant des années, emblème de la France pour les nationalistes, la vie de Pierre Guillaume devient une saga grâce à l’ouvrage de Pierre Schoendoerffer – lui-même ancien d’Indochine et ami du lieutenant de vaisseau – le Crabe-Tambour, qui sort en 1976.

 

 

La légende.

 

A la suite du livre, l’auteur réalise un film deux années plus tard, qui connait un grand succès avec plusieurs Césars à la clé. La légende est en marche…

 

Pierre Schoendeorffer : « C’était un de ces capitaines légendaires ! Donc on a fait connaissance, et l’on s’est pris de sympathie. Quand j’ai commencé à écrire mon livre, Le Crabe-tambour, je me suis dit qu’il y avait dans son histoire quelque chose qui m’intéressait. Ce n’est pas sa biographie, c’est mon histoire telle que je l’ai rêvée... J’ai dédié mon roman à mon fils cadet, Ludovic, parce qu’enfant, il avait un petit ventre rond sur lequel il tambourinait, et comme il marchait à quatre pattes et de travers, je l’appelais le crabe. D’où le Crabe-tambour ! Vous voyez, c’est quelque chose de tout à fait personnel. Ce n’est pas sa vie, ce n’est pas la mienne. C’est autre chose ».

 

Pierre Guillaume, qui vivait depuis des années sur un bateau dans le port de Saint-Malo, meurt le 3 décembre 2002. Alors, il rejoint son jeune frère Jean-Marie dans le caveau familial placé au cimetière de Rueil-Malmaison.

 

 

Sources :

 

www.wikipedia.org/fr

www.larousse.fr

Site des anciens du Commando Guillaume : www.commandoguillaume.com

Pierre Guillaume, Mon âme à Dieu, mon corps à la Patrie, mon honneur à moi, Ed. Plon, 2006

Georges Fleury, On l’appelait le Crabe-Tambour, Ed. Perrin, 2006.

Article sur Pierre Guillaume dans la Revue historique des armées.

 

 

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Publié le 20 Décembre 2013

 

Asnieres collegiens Rancourt

 

Soucieux d’œuvrer auprès de la jeunesse, à la conservation de la mémoire de ceux tombés pour la France, le comité d’Asnières du Souvenir Français a financé deux déplacements sur un lieu de mémoire.

 

Après une école d’Asnières avec la visite du Mont Valérien par 121 écoliers des classes de CM2 (se reporter à l’article du 9 novembre 2013 sur ce site), c’est une classe de 3ème du collège Jean Macé de Clichy, ville dans laquelle il n’existe pas de comité locale du Souvenir Français, qui a pu se déplacer dans la Somme, vendredi 8 novembre dernier.

 

Ce déplacement est d’autant plus important que cette année débute les commémorations pour le centenaire de l’armistice de la Grande Guerre.

 

Les élèves de 3ème ont ainsi souhaité avec leur professeur d’Histoire Samuel Poirier, accompagné de Thierry Le Gac professeur de Sciences et secrétaire du Souvenir Français d’Asnières, déposés au nom de leur établissement et du Souvenir Français, une gerbe au mémorial de Rancourt.

 

Ainsi en présence de leur porte-drapeau, les élèves ont ensuite entonné l’hymne national. Le Souvenir Français se félicite de cette initiative qui a marqué ce déplacement dans la somme.

 

 

Thierry LE GAC

Secrétaire – comité d’Asnières du Souvenir Français

 

Retrouvez nous sur notre blog souvenir-francais-asnieres.fr ou sur notre facebook http://facebook.com/souvenir.francais.asnieres

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Publié le 1 Décembre 2013

 

ElianeJughon

Eliane Jughon.

 

 

Eliane Jughon est décédée le 9 février 2013 à l’âge de 87 ans. Dès sa jeunesse, elle avait participé à l’accueil des enfants déportés lors de leur retour en France. Engagée volontaire en Indochine en qualité d’opérateur cinéma, elle avait ensuite participé à la récupération des prisonniers libérés des camps du Vietminh. Puis, elle avait rejoint l’Algérie et servit au sein du Service Social des Armées.

 

Elle quitta l’Armée avec le grade de sergent-chef. Résidant à Colombes, elle y avait créé en septembre 1970, la première “Mini-School’’ chargée d’enseigner l’anglais aux tous petits. Ecole maintenant présente dans de nombreux départements en France et en Outre-mer, grâce à l’action de son président, Olivier Jughon, qui a pris la succession de sa mère depuis une vingtaine d’années.

 

Sylvie Jughon, fille d’Eliane, nous a fait parvenir le livre « Trente Centimes » (éditions Lettres du Monde) qu’Eliane Jughon avait publié en 1994. Voici un extrait relatif à la libération des prisonniers français des camps du Vietminh en 1954.

 

« En 1952, je m’engage dans l’Armée coloniale en tant que Personnel Féminin de l’Armée de Terre (PFAT) comme opératrice de cinéma. Ce choix correspond au fait que je n’ai pas envie de faire du secrétariat dans un bureau, que je ne veux pas plier des parachutes à longueur de temps, que la mécanographie m’est étrangère et que je ne suis ni assistante sociale, ni infirmière.

 

En 1952, je rejoins la caserne où nous jouons au petit soldat : nous faisons nos classes ; on nous apprend à nous mettre au garde à vous, à saluer, à faire nos lits au carré, à exécuter des quarts de tour, des demi-tours, à marcher au pas ; des tas de choses indispensables à la vie d’une femme. Nous avons d’affreux uniformes kakis et des calots sur la tête. Nous défilons en chantant dans les rues de Versailles, les plus petites devant, les grandes derrière. Beaucoup de succès auprès des populations locales (…).

 

Je m’envole pour l’Indochine : c’est mon baptême de l’air ; cinq escales : Nice, Beyrouth, Bagdad, Karachi, Calcutta. A chaque escale, nous changeons de tenue avec la température qui se réchauffe considérablement. Vingt-neuf heures de vol : voyage merveilleux.

 

Je rejoins le service cinéma : dans la journée, je m’occupe des matériels ; le soir, je fais des séances dans la campagne environnante ; nous rentrons à toute allure pour ne pas nous faire tirer dessus. (…) Au bout de six semaines, je pars pour Hanoi, mon affectation définitive étant le Tonkin. Hanoi, plus sévère, plus froide, mais tellement fascinante. Je loge à la villa du service social ; car le service cinéma fait partie du service social. Une belle villa blanche entourée d’un jardin ; en bas, le mess ; en haut, les chambres. Le service cinéma est à environ quinze cents mètres, près du Petit Lac. Je commence par quelques séances de cinéma dans les environs avec le « Bourgogne », nom donné à la camionnette Dodge. Puis je pars pour Haiphong avec l’équipe « Alsace » ; je fais des séances de cinéma en ville, aux environs, à la base aérienne de Catbi (…). Il pleut ; pays triste. On patauge dans la boue. Secteur de Hung-Yen entièrement vietnamien ; c’est très intéressant de discuter avec les officiers autochtones ; ils parlent bien le français, croient en l’avenir du Vietnam avec la France ; ils sont tristes de voir l’emprise communiste sur leur pays, provoquant cette guerre qui les partage (…).

 

Le 7 mai 1954, à notre grande stupeur, car même si nous savions que ça allait très mal, nous pensions que nous ne pouvions pas perdre, Dien-Bien-Phu tombe. Un de mes équipiers y est ; il y mourra sur la route, en rejoignant les camps. Le service social réquisitionne les opératrices de cinéma pour convoyer les LCM (Landing Craft Medium, bateaux de débarquement) qui doivent procéder à l’échange de prisonniers avec les Viets.

 

A Viétri, après avoir rendu aux Viets leurs prisonniers, nous attendons leur bon vouloir pour récupérer les nôtres, quelquefois plusieurs jours ; en attendant, nous vivons sur les LCM dans un confort plus que précaire. Puis, nos prisonniers arrivent par vagues ; les Viets nous les rendent dans une ambiance de kermesse : violoneux, banderoles, on s’embrasse, on chante : « Ce n’est qu’un au revoir » et nous voyons arriver de pauvres bougres maigres, exténués, dont certains sont prisonniers depuis quatre ans. J’accueille sur « mon » LCM les trois premiers officiers libérés : deux lieutenants très fatigués et un jeune capitaine en assez bon état. Cap sur Hanoi. Sur le bateau, nous ravitaillons, soignons tous ces garçons et prenons leurs messages que nous irons télégraphier à leurs familles en arrivant. Le soir de ce jour, je suis littéralement kidnappée par les autorités militaires du Tonkin : « Comment ai-je trouvé ces trois officiers ? Que m’ont-ils dit ? Ont-ils tenu des propos communistes ? Il faut aller à l’hôpital pour les faire parler… ».

 

Le jeune capitaine, qui dans la suite sera Secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants (NDLR : il s’agit de Jean-Jacques Beucler), pendant trois heures expose la situation, au Camp n°1, des officiers faits prisonniers sur la RC4 en 1950. Rapidement, ils ont compris que s’ils n’entraient pas le « système » des Viets, ceux-ci les laisseraient petit à petit mourir de faim et de démoralisation. Aussi, ont-ils accepté d’être politiquement rééduqués et ont-ils laissé croire qu’ils devenaient convaincus des bienfaits du communisme (…).

 

Puis, je repars pour Viétri chercher d’autres prisonniers. Sur le quai, à Hanoi, à chaque retour, le général Cogny, commandant en chef des Forces du Tonkin, accueille les prisonniers, puis route vers l’hôpital Lanessan.

 

Le 3 septembre 1954, nous ramenons pratiquement le reste des officiers prisonniers, tant les anciens de la RC4 que ceux de Dien-Bien-Phu, dont le général de Castries ; amaigri, fatigué, digne, il tombe dans les bras du général Cogny à la descente du bateau. Je ramène aussi sur mon LCM Daniel Camus, reporter à Paris-Match et Pierre Schoendoerffer, correspondant de guerre à Dien-Bien-Phu.

 

Savent-ils tous ces hommes, que j’ai ramenés de Viétri et pour qui j’ai été l’image de la liberté retrouvée, le service qu’ils m’ont rendu en me plongeant dans une époque extraordinaire ? C’est pour cela que, depuis, j’assiste à leurs réunions amicales qui, au début, avaient lieu tous les dix ans, puis tous les cinq ans et maintenant tous les deux ans ».

 

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Publié le 29 Novembre 2013

 

Billand Claude

 

Par le transfert de sa sépulture dans le carré militaire, la ville de Bois-Colombes a rendu hommage, le 31 octobre 2013, à l’un de ses enfants tombés lors des combats de la libération de Paris et de ses environs, le 25 août 1944.

 

En effet, ce jour-là, en début d’après-midi, le maquis de Lorris auquel appartenait Claude Billand progressait le long de la Seine vers le Pont de la Concorde et le Pont Alexandre III, sous un feu nourri. L’objectif était alors de mener l’assaut décisif au ministère des affaires étrangères en coordination avec la 2ème division blindée du général Leclerc.

 

C’est alors que, face à l’Assemblée nationale, Claude Billand trouva la mort au cours d’une manœuvre témoignant de son courage. Il fut tué par des grenades allemandes sous les yeux de son frère, Georges. Claude Billand aurait eu 23 ans le 29 septembre 1944, il était étudiant en physique-chimie.

 

L’engagement chez les Billand a été total : le grand-père, sous-lieutenant à la compagnie 1913 du 2e régiment du génie fut cité à l’ordre de l’Armée pendant la Première Guerre mondiale. A la génération suivante, Marcel, frère de Claude, fut arrêté sur son lieu de travail en janvier 1943, au titre du STO et envoyé au camp de prisonniers de Beitsblatter en Allemagne, jusqu’en 1945. Quand au troisième frère, Georges, il était chef de groupe de la 5e section du maquis de Lorris. Il fut blessé lors de l’attaque qui mit fin aux jours de Claude.

 

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Publié le 17 Novembre 2013

 

marche mort

Détenus de Dachau pendant une Marche de la Mort.

 

François Perrot nait à Strasbourg en 1921. Passionné par l’Histoire de France, élevé dans le culte du sacrifice de ses « grands anciens », il se destine à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Après la défaite de l’armée française en mai – juin 1940, il se trouve avec sa famille à Orléans puis dans le Lot, où, au milieu de soldats français en déroute, il écoute le discours du maréchal Pétain puis l’appel du général de Gaulle le 18 juin.

 

Dès octobre 1940, il fonde à Gap un groupe de lycéens résistants à l’occupant. L’année suivante, il tente, en vain, de rejoindre la France Libre. En 1942, il prend la tête de la section d’un mouvement de la Résistance Intérieure Française au sein de l’Ecole Libre des Sciences Politiques.

 

En 1943, arrêté par la Gestapo, il est interné à Fresnes puis est envoyé au camp de Compiègne pour monter dans l’un des convois avec pour destination les « camps de la mort ». D’abord interné à Buchenwald (matricule 21189), il est transféré au camp de Flossenbürg en avril 1945.

 

Libéré en mai 1945, François Perrot va entamer une triple carrière : au Commissariat à l’Energie Atomique, où il est Chef de Service ; en parallèle, il travaille dans les associations du monde combattant et du Devoir de Mémoire : président de l’UNADIF 92 (Union Nationale des Associations de Déportés et Familles de Disparus), vice-président de la Fondation Nationale pour la Mémoire de la Déportation, président d’honneur du comité du Souvenir Français de Vaucresson. Enfin, au service de ses concitoyens, il est pendant de nombreuses années maire-adjoint de Vaucresson. Croix de Guerre et Médaille militaire, Officier dans l’Ordre national du Mérite, François Perrot est Grand-Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

 

En 1995, il participe à l’ouvrage « Leçons de Ténèbres » (sous la direction de Jean Manson, éditions Plon). Le texte ci-dessous intitulé « Marches de la Mort » est extrait de ce livre.

 

 

« Les Marches de la mort ».

 

« Le froid printemps de 1945 fut pour beaucoup la période la plus dure de la déportation, une sorte d’apothéose funèbre, de couronnement d’épines, de Golgotha ! Même si, jusque-là, la mort nous guettait à chaque instant, nous nous étions plus ou moins installés dans la vie concentrationnaire, en accomplissant notre tâche quotidienne, en tentant de nous fondre dans la masse et de ne pas nous signaler à l’attention des SS, des kapos, des Vorarbeiter... ».

 

 

« De Buchenwald à Flossenbürg ».

 

« Cela avait commencé par Auschwitz dès le mois de janvier. Puis les évacuations se généralisèrent en avril.

 

En ce qui me concerne, affecté le 9 octobre 1943 au Kommando de Berlstedt, qui dépendait du camp de Buchenwald, où j’étais arrivé le 18 septembre 1943, je fus replié avec tous mes camarades sur le camp principal le 4 avril 1945. Nous partîmes le 6 avril en direction de l’est, fuyant devant l’avance américaine. Nous étions entassés dans des wagons de marchandises découverts, du type « minéralier ». Sans manger et sans boire, serrés les uns contre les autres, sans pouvoir nous asseoir et, encore moins, nous coucher, nous roulions jour et nuit. Je me souviens de la joie vengeresse qui nous étreignit en traversant Chemnitz complètement détruite. Nous nous disions : « Nous allons mourir, mais nous ne serrons pas les seuls ! » De temps à autre, le convoi s’arrêtait en raison des bombardements et les SS s’abritaient sous les wagons.

 

Puis, nous repartions. Un jour, le convoi bifurqua pour prendre la direction du sud afin de ne pas se retrouver face à l’Armée rouge. Ce furent alors les beaux paysages de la Bohême : Komotov (Komotau en allemand), Karlovy Vary (Karlsbad), Marianské-Lazné (Marienbad) qui n’avait pas encore été illustré par Alain Resnais. Puis, dans la petite gare de Tachov (Tachau), le train s’arrêta : les SS nous dirent que nous allions continuer à pied et demandèrent que ceux qui se sentaient incapables de marcher sortent des rangs. Bien qu’ayant, comme beaucoup d’autres, les chevilles très gonflées par la station debout prolongée depuis plusieurs jours, mes amis Marcel Pernin, Auguste Vercey et moi jugeâmes prudent de rester avec le gros de la troupe qui se dirigea aussitôt ver l’ouest pour franchir les monts de Bohême (plus précisément l’Oberpfälzer Wald). Nous ne devions plus jamais revoir nos camarades qui avaient déclaré ne pouvoir marcher. Ils furent abattus et leurs restes enterrés avec d’autres victimes de la Marche de la mort. Leur fosse commune est surmontée d’une sorte de tertre et d’un modeste monument.

 

Il fallut marcher et franchir la montagne qui sépare la Bohême de la Bavière et qui culmine à environ mille mètres. Une trentaine de kilomètres fut parcourue.

 

Ce fut notre première « marche de la mort ». Parmi ces milliers d’hommes, de tous âges, de toutes nationalités, affaiblis par des mois ou des années de mauvais traitements, de sous-alimentation, de coups, d’humiliations, beaucoup ne purent supporter ces nouvelles épreuves ; ils s’arrêtaient ou tombaient sur la route et étaient immédiatement achevés d’une balle dans la tête.

 

Cela dura plusieurs jours, sans  nourriture, sans boissons... Nous couchions la nuit au bord du chemin, après avoir bu l’eau des fossés et mangé quelques herbes ou pissenlits. Beaucoup d’entre nous étaient malades (dysenterie, érysipèle...).

 

Le jour, nous traversions de rares villages. Deux souvenirs contradictoires restent gravés dans ma mémoire. Un jour, au bord de la route, mon regard a croisé ceux, apitoyés, d’un couple de civils en promenade avec un bébé. Une autre fois, à moins que ce ne soit le même jour, des enfants ont jetés des cailloux aux « criminels » qu’ils voyaient passer. Un peu partout, à chaque carrefour, se dressait un calvaire, comme un signe !

 

La nuit était tombée lorsque nous parvînmes à Flossenbürg. Mes camarades et moi nous souviendrons de cette arrivée lugubre, sinistre, apocalyptique. Les SS criaient et frappaient, les chiens aboyaient, quelques rares lumières scintillaient dans l’obscurité et notre pitoyable troupeau fut poussé dans le hall de l’usine Messerschmitt où gisaient quelques éléments d’avions. Il y avait des flaques de sang et nous crûmes tous que c’était là l’aboutissement de notre vie, une sorte d’abattoir infernal... Puis, le calme s’établit et, épuisés, nous avons sombrés dans le sommeil, écroulés sur le ciment entre des morceaux d’avions.

 

Le lendemain matin, cela devait être le 15 ou le 16 avril, nous fûmes répartis dans les baraques surpeuplées du camp. Celui-ci, conçu pour 4.000 hommes, en comptait alors 17.000, compte tenu du retour au bercail de nombreux kommandos. Il ne nous restait plus qu’à nous installer à même le sol, sous les châlits. Mais, au moins, recevions-nous notre ration de liquide chaud qui tenait lieu de soupe et un peu de pain, et, surtout, n’avions-nous plus à marcher, ni, d’ailleurs, à travailler.

 

Tous les matins, nous trouvions dans les latrines les morts de la nuit qui nous regardaient fixement.

 

Au bout de quelques jours, une canonnade fut entendue au loin. Les SS, ou leurs auxiliaires, quittèrent certains miradors après y avoir installé des drapeaux blancs. Le bruit courut que le camp allait se rendre. La joie et l’espoir firent briller nos yeux au fond des orbites creuses de nos crânes décharnés.

 

Hélas, peu de temps après, les gardiens reprirent leur place et les drapeaux blancs disparurent ! »

 

 

« Flossenbürg à Cham ».

 

« Le 20 avril, il fallut reprendre la route, en plusieurs colonnes, vers le sud cette fois, vers Dachau ou vers un hypothétique « réduit alpin ». Et la même horreur se renouvela : les nuits au bord du chemin, ou dans les bois, l’eau des fossés, les pissenlits, la maladie, la fatigue, l’épuisement. Il fallut parcourir 30 kilomètres par jour, sans nourriture, si ce n’est un demi-pain reçu au départ, sans boisson. Le froid pénétrait à travers nos mauvais vêtements de Fibranne, nos pieds saignaient dans nos claquettes. Des coups de feu retentissaient tout au long de la colonne, annonçant la mort de tous ceux qui n’en pouvaient plus et qui rendaient l’âme quelques jours ou quelques heures avant la libération. Il nous fallait bander toute notre énergie, faire appel à nos dernières forces physiques et morales pour marcher, marcher encore. J’ai même l’impression d’avoir parfois marché en dormant, à moins que je n’aie dormi en marchant...

 

Et toujours, ces coups de feu lancinants ! C’était vraiment « Marche ou crève » !

 

Il y a eu quatre colonnes dont le départ s’échelonna dans la journée entre 9 heures et 17 heures, en tout environ 15.000 hommes, dont 7.000 arrivés de Buchenwald.

 

Pour comprendre les conditions dans lesquelles se sont déroulés ces « marches de la mort », il faut essayer de s’imaginer ce mois d’avril 1945, qui vit s’installer progressivement le chaos en Allemagne. Les armées de terre alliées de l’Ouest et de l’Est, marchant à la rencontre les unes des autres, enserraient la Wehrmacht dans un étau inexorable ; l’aviation bombardait les colonnes ennemies en retraite, les nœuds ferroviaires, les mines, et, bien sûr, les villes dans cette guerre qu’Hitler avait voulue totale ; les populations civiles quittaient les villes, fuyant devant l’avance alliée, comme les Belges et les Français en juin 1940 ; les SS ayant reçu d’Himmler l’ordre de ne pas laisser de traces de leurs forfaits, tantôt ramenaient les kommandos vers les camps, tantôt évacuaient ceux-ci vers on ne sait quelle destination, en abattant tous ceux qui ne pouvaient plus avancer, tantôt liquidaient les déportés au lance-flammes où à la mitrailleuse. Il y avait là une gigantesque fourmilière désorganisée, se divisant en toute une série d’exodes, dans une confusion de plus en plus grande, dans une horreur sans cesse grandissante, vers un crépuscule des Dieux.

 

Le 23 avril, les survivants de Buchenwald et de Flossenbürg furent libérés par une colonne de la 11ème division blindée de l’Armée Patton sur une route de Cham, les uns à Straubing, les autres à Wetterfeld, les derniers, parmi lesquels je figurais, à Untertraubenbach. Les corps des victimes de cette « marche de la mort » ont été inhumés, en général provisoirement, dans de villages traversés, puis exhumés et regroupés soit à Neunburg, soit à Flossenbürg. Quelques-uns ont été restitués aux familles. Cet exode de la « route de Cham » a concerné plus de 14.000 déportés et a coûté la vie à près de la moitié d’entre eux, si près de la libération ! D’autres moururent d’épuisement dans les jours qui suivirent.

 

Quant aux survivants, ils furent rassemblés et hébergés dans le 120th Evacuation Hospital de Cham ; beaucoup retrouvèrent la mère patrie le 16 mai, où ils passèrent par le centre de rapatriement de l’abbaye Saint-Clément de Metz.

 

Ces deux « Marches de la mort », à une semaine d’intervalle, furent, avec l’hiver 1943-1944 passé dans la carrière de Berlstedt, les moments les plus horribles de ma déportation. Beaucoup de camarades d’autres camps subirent le même sort.

 

Je dédie ce témoignage à la mémoire de mon ami Roger Hébert, vice-président de l’A.D.I.F. des Hauts-de-Seine, décédé le 29 octobre 1994 à Meudon. Ancien maquisard du Vercors, arrêté par les Italiens, remis à la Gestapo, parti quelques jours avant moi de Compiègne pour Buchenwald, il fut affecté au kommando de Langenstein. En avril 1945, évacué sur les routes, il se retrouva en pleine bataille. Une rafale le faucha : un SS se dirigea vers lui donner le coup de grâce ; la balle traversa le cou sans le tuer... Son heure n’était pas venue ! »

 

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Publié le 9 Novembre 2013

 

2013-6-Asnieres Remerciements

 

Le comité d’Asnières du Souvenir Français a dans ses missions la conservation de la mémoire de ceux qui sont morts pour la France et de la transmettre aux jeunes générations.

 

Nous avons eu le plaisir de financer au Mont Valérien, le déplacement de 121 écoliers des classes de CM2 de l’école Sainte-Geneviève d’Asnières. Lors de la visite, un des élèves de Madame Pichard (professeur) a lu une lettre d’un fusillé adressée à son jeune fils, ajoutant à l’émotion de ce lieu, mémorial de la France libre.

 

Cette visite laissera une émotion particulière aux élèves.

 

Le groupe a été également accompagné par Monsieur Henri Potiron (adhérent au SF d’Asnières), Monsieur Guy Barrault (Président honoraire du SF d’Asnières) et Xavier Mélard (Président du Souvenir Français d’Asnières).

 

 

Thierry LE GAC

Secrétaire – comité d’Asnières du Souvenir Français

 

 

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Publié le 25 Octobre 2013

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Comme chaque année, le Comité du Souvenir Français de Châtenay-Malabry organise une cérémonie œcuménique à la mémoire des soldats morts pour la France.

 

En présence du général Delbauffe, contrôleur général des armées et président général du Souvenir Français, d’André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine, de Françoise-Marie Belin, présidente du Comité de Chatenay-Malabry et bien entendu de Monsieur Georges Siffredi, maire de la commune, vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, cette cérémonie se déroulera le dimanche 10 novembre 2013, en l’église copte Sainte-Marie-Saint-Marc de Chatenay, à 16 heures.

 

La cérémonie religieuse sera célébrée par :

 

  • - Le Père Lucas Guirgis, de l’église copte orthodoxe Sainte-Marie Saint-Marc.
  • - Le Pasteur Philippe Kabongo Mbaya, de l’église réformée de Robinson.
  • - Jean-Marie Parant, diacre de la paroisse Saint-Germain l’Auxerrois et Sainte-Thérèse d’Avila.

 

Renseignements au Souvenir Français de Chatenay-Malabry au 01 46 60 67 89.

 

 

Venez nombreux !

 

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