Publié le 2 Juin 2013

  Beneteau-1

André Beneteau est au premier rang. Il porte une écharpe.

 

Professeur aux Etats-Unis.

 

Né le 16 novembre 1890 à Thouars, dans le département des Deux-Sèvres, André Beneteau effectue son service militaire de 1910 à 1912. Il est comptable dans le Cher, à Saint-Amand-Montrond, quand l’ordre de mobilisation est donné. A son arrivée à Bourges, il est affecté au Service de Santé. Puis, à sa demande, il passe dans la « biffe » et est affecté au 132ème régiment d’Infanterie. Le 3 septembre 1914, il est commotionné par un éclat d’obus de 155, à Thiaucourt. L’année suivante, il est enseveli par un autre éclatement d’obus, à Tahure, en Argonne. En 1916, il passe canonnier au 37ème régiment d’Artillerie. Le 31 mars, il obtient une permission à caractère médical pour une angine. Ce qui lui sauvera certainement la vie : le déluge de bombes sur Verdun vient de commencer. En 1917, le 21 mars, devenu téléphoniste, il est intoxiqué par gaz, à la Butte du Mesnil. Il termine la guerre en passant par le 24ème puis à nouveau le 132ème RI, avec le grade de maréchal des logis.

 

Ordre de la 4ème Armée n°138 du 30 décembre 1916 : « Appelé dans le Service Auxiliaire, au début de la campagne, a demandé à passer dans le Service Armé pour servir plus utilement son pays. Deux fois volontaire pour le front, s’est toujours signalé par un très haut sentiment du Devoir. Le 3 octobre 1915, il a ramené dans les lignes françaises, sous un feu d’artillerie et de mitrailleuses extrêmement violent, un officier observateur grièvement blessé. Croix de guerre avec palme ».

 

Par la suite, André Beneteau reçoit également la Médaille militaire.

 

Aussitôt la guerre terminée, André Beneteau touche une bourse du Gouvernement français et part étudier aux Etats-Unis, à l’Université de Philadelphie, où il devient professeur puis acquiert le titre de docteur en philosophie et celui de Master of Arts. Il a notamment pour élève Margaret Mitchell, l’auteur d’Autant en emporte le vent. Il enseigne ensuite les langues romanes à la George Washington University et à la Catholic University de Washington DC, puis exerce la fonction de secrétaire de l’Attaché militaire de l’ambassade de France aux Etats-Unis. Chevalier des palmes académiques, André Beneteau se fait de nombreuses et solides amitiés dans le monde des arts et du spectacle, comme Maurice Chevalier, qui passe quelques jours chez lui, à chacun de ses déplacements outre-Atlantique.

 

En 1938, il est rappelé en France et exerce différents métiers. Après la Seconde Guerre mondiale, il vit plusieurs années à Montrouge. Puis il part enseigner dans le sud de la France, au sein d’établissements scolaires catholiques, en particulier à l’école Saint-Joseph et l’Immaculée Conception, situées à Lectoure dans le Gers. André Beneteau a écrit plusieurs ouvrages, dont une Etude sur l’inspiration et l’influence de Paul Verlaine (1927) et l’Escadrille Lafayette (1939), formée par des aviateurs américains qui combattirent pendant la Première Guerre mondiale. S’ajoutent de nombreuses histoires et nouvelles, publiées notamment par les journaux français Minerve, Candide, France Hebdo, La France, et le journal américain Liberty.

 

André Beneteau est mort à Lectoure, le 28 juillet 1962.

 

« Baïonnettes aux canons ! ».

 

Dans un ouvrage intitulé Confessions (Ed. Le Publieur), André Beneteau évoque, sous le couvert d’un récit romanesque, la sortie des tranchées de son régiment, baïonnettes aux canons, dans l’un de ces charges meurtrières sur la ligne de front en 1915 entre Bar-le-Duc et Verdun, à Saint-Mihiel.

 

«          - Je compte sur vous, hein, les gars ?

 

Le capitaine Magny, botté, sanglé, harnaché, se faufilait à travers les groupes, dans la tranchée où nous étions entassés, attendant le départ. Au milieu de l’enchevêtrement des longues et minces baïonnettes, tous les visages, avec la même expression hagarde et les mêmes yeux fiévreux, apparaissaient livides, sous les képis cabossés enfoncés jusqu’aux oreilles. Personne ne parlait. Chacun vivait farouchement, pour soi, ces dernières minutes. Au-dessus de nous, autour de nous, l’air tremblait, brassé, secoué par un bruit formidable. Des 75, en position derrière les crêtes dominant Flirey tiraient, déchaînés, à une cadence folle, que scandaient les détonations plus sourdes des 90, et les grondements des grosses pièces, les 155, cachés à la lisière des bois. Cela crépitait, craquait, tonnait, roulait en un fracas interrompu au milieu d’un ouragan. Des sifflements aigus, des ronflements saccadés, se croisaient, se multipliaient, si denses qu’ils paraissaient former une voûte.

 

J’étais au front depuis trois mois. Le régiment avait fait plusieurs séjours aux tranchées, été en soutien à Bernecourt, et au repos dans les bois de la Reine ou à Royaumeix. J’avais pris la garde, tiré à l’occasion, participé à une patrouille, vu des blessés et des morts. Mais c’était ma première attaque. Il s’agissait de couper le saillant de Saint-Mihiel.

 

J’avais pour voisin le caporal Augendre, cultivateur berrichon, et le soldat Luchet, comptable parisien, deux vétérans de Sarrebourg. Nous portions l’équipement d’assaut : cartouchières, musette avec un jour de vivres, bidon rempli de vin, toile de tente roulée en sautoir. Objectif : la deuxième ligne de tranchées allemandes, où l’on attendrait la seconde vague.

 

J’avais peur, et je n’étais pas le seul. Le maréchal Ney, connaisseur en bravoure, a décerné une épithète toute militaire aux gens qui prétendent ne jamais trembler. Je me raccrochais à ce que le capitaine Magny nous avait affirmé : la préparation d’artillerie serait telle que les tranchées ennemies auraient disparu, nivelées. L’affaire se passerait avec le minimum de dégâts.

 

Des pensées et des images se succédaient dans ma cervelle, par soubresauts, comme si le vacarme les pulvérisait. Par instants, j’avais la certitude de mourir, et j’étais plus angoissé par l’inquiétude de savoir comment que par l’idée de la mort elle-même. Dix secondes après, une voix intérieure me prophétisait que j’en réchapperais sans une égratignure. Puis les ressentiments lugubres me ressaisissaient. Je me représentais le désespoir de ma mère. Je revoyais mon existence : l’enfance heureuse à Chalon, l’étude Mousseron, l’étude Gobin, la bibliothèque du 95ème, mes longues journées de travail. Alors, une horreur et un dégoût atroces me prenaient pour les scènes de bataille et de carnage que j’avais décrites. Pauvre idiot ! Tu te passionnais pour la guerre ? Eh bien, tu y es maintenant ! C’est joli, hein ?… Je songeais à la tranquillité de ceux qui restaient « auxis », dans les bureaux. Dire que j’avais insisté pour être pris, et remercié le major en l’entendant prononcer : « Allons, bon pour le service armé » ! Mais enfin, il fallait rester fidèle à mon personnage, garder la pose. Impossible d’aller ailleurs, n’est-ce pas ? Alors, autant faire bonne contenance, et ne pas flancher, et subir mon destin sans passer pour un lâche !

 

Le lieutenant Fourcade vint se placer devant nous, et regarda sa montre. Des échelles courtes étaient dressées contre les parois pour faciliter l’escalade. Le bombardement continuait. Je me raidissais ; j’essayais de me prouver que les Allemands, démoralisés par cette avalanche de projectiles, ne résisteraient pas, ou très peu – que le capitaine Magny ne pouvait pas nous avoir trompés…

 

Justement, il revenait le capitaine Magny. Il échangea quelques mots avec le lieutenant. Encore une minute, deux peut-être… Alors, qu’on en finisse donc ! Cette attente était horrible. Je me rejetais vers la foi de mon enfance, bien oubliée ; je psalmodiais des Pater et des Ave. En cela aussi, je n’étais pas certainement le seul.

 

Attention !

 

La voix claironnante du capitaine avait retenti. Il tenait le bras levé et gardait ses yeux rivés à sa montre. D’un seul coup, l’effroyable pétarade s’arrêta net, laissant un silence qui vibrait encore. Seules, très loin, tonnaient les grosses pièces. Le capitaine, le premier de tous, grimpa l’échelle placée devant lui, et se dressa sur la parapet.

 

En avant ! Grenadiers en tête ! Première section, chicane de droite !

 

Des voix saccadées hurlaient des ordres. Une bousculade m’emporta. La compagnie montait, un hérissement de fusils et de baïonnettes dominant les képis ; je suivis le caporal Augendre et me hissai le long de l’échelle, poussé par l’homme qui me suivait. Je sentis sous ma main la toile gluante d’un sac à terre, et je me trouvai debout, en face de nos barbelés. Alors, je courus, les jambes flageolantes, emboîtant le pas au caporal, tandis que le sergent Monnier criait :

 

Allez, vite ! Pressez !

 

La chicane. Dix mètres de tours et de détours à travers les fils de fer. Puis, devant moi, un vaste espace vide, semé de trous d’obus et, tout là-bas, des piquets renversés, des remblais de terre…

 

A ma gauche, Luchet se ruait, le dos courbé, la tête rentrée entre les épaules, et je discernais ses mâchoires contractées sous ses joues hérissées de barbe. Je trébuchai sur le terrain bosselé, sautai par-dessus les entonnoirs, frais ou à demi-comblés. Tout le bataillon, qui formait la première vague, fonçait, en longues lignes de capotes bleu foncé barrées par les toiles tente jaunes.

 

Brusquement, une fulgurante décharge jaillit de l’horizon. Une bordée de sifflements et d’explosions nous enveloppa : de gros flocons noirs s’épanouirent dans l’air ; d’énormes éclaboussements giclèrent du sol. Les balles, les éclats, volaient, chuintant et crissant. Un grenadier, à dix pas en avant de moi, boula comme un lapin foudroyé. J’entendis Luchet jurer : « Nom de Dieu ! » et d’autres cris furent noyés sous le fracas du barrage. A droite, à gauche, devant, derrière, partout, des fusants éclataient sans interruption ni merci ; des éclairs flamboyaient ; la fumée tourbillonnait, et je me précipitais, affolé, assourdi, sous cette grêle… Soudain, une clameur déchirante :

 

A moi !

 

Luchet venait de tomber, blessé au visage, et je vois encore ses yeux exorbités à travers le sang qui ruisselait. Je ne m’arrêtais pas, emporté par la consigne, et par l’idée d’atteindre la tranchée allemande, de m’y terrer, d’être quelques instants à l’abri… Je vis le capitaine Magny qui gesticulait : des soldats obliquèrent vers lui ; Augendre me fit signe ; je suivis le mouvement. Des claquements vertigineux déferlèrent ; plusieurs camarades s’abattirent, fauchés pêle-mêle ; une rafale de balles piaula ; j’aperçus au ras du sol, un gros tube qui pivotait vers mois, et deux têtes rougeaudes, surmontées de casques pointus…

 

Un choc terrible à la cuisse gauche ; une demi-seconde de stupeur incrédule : «Ça y est ! » ; une sensation de nausée, et la chute molle, résignée, d’un corps qui n’en peut plus, se soumet, attend la fin ».

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Publié le 19 Mai 2013

Taiwan Keelung - 8

 

A la fin des années 1870, les relations franco-chinoises se tendent. Présente en Cochinchine depuis 1863, par la volonté de l’amiral de La Grandière et Chasseloup-Laubat, le ministre de la Marine de Napoléon III, la France se heurte à l’Empire du Milieu dans sa tentative de pénétration au Tonkin.

 

La Chine considère, en effet, l’empire d’Annam (qui inclut le Tonkin) comme un royaume vassal, indispensable élément de son glacis protecteur. Malgré le traité franco-annamite, signé à Saigon en 1874, qui impose la rupture des liens entre Hué et Pékin, l’Empire du Milieu ne se résout pas à la perte de ce territoire. Or, pour l’Amiral Courbet, commandant l’escadre d’Extrême-Orient, en dépit de l’opposition de Jules Ferry, la conquête du Tonkin (et la lutte contre les Pavillons Noirs) passe, au préalable, par une offensive contre la Chine. L’incident de Bac-le, en juin 1884, précipite les deux pays dans la guerre. C’est la troisième guerre franco-chinoise.

 

Courbet choisit d’affronter son adversaire sur la rivière Min. La flotte du Fujian se trouve donc confrontée à son modèle. Le 23 août, l’amiral français déclenche les hostilités. En 40 minutes, l’escadre chinoise, de conception française, est anéantie et l’arsenal de Fou-Tcheou en ruines (chantier naval de Ma-Wei, œuvre du Français Prosper Giquel). Dans les mois qui suivent, la flotte française organise le blocus du Yang-Tseu-Kiang, par où s’effectuent les exportations de riz par cabotage à destination de la Chine du Nord, tandis que 4.000 hommes occupent Formose (Taiwan) et les Iles Pescadores.

 

Prenant acte des succès simultanés des Français au Tonkin, la Chine, par le traité de Tien-Tsin (Tianjin) renonce à ses droits sur le Tonkin et sur l’Annam, qui deviennent protectorats français. Le traité de paix définitif signé à Tien-Tsin le 9 juin 1885, met donc fin à la guerre franco-chinoise. Le 11 juin à 22h30, l’Amiral Courbet, Commandant en chef de l’escadre de l’Extrême-Orient, rend son dernier soupir à bord du Bayard en rade de Makung, aux Iles Pescadores, à la suite de maladies. L’évacuation de Formose suivra rapidement.

 

Dans un télégramme adressé à la Marine, l’amiral Lespes rend compte de l’évacuation de Keelung (Nord de l’ile de Formose) après une visite courtoise au général chinois et de «l’engagement pris de respecter le cimetière». L’escadre sera dispersée et les différents navires rejoindront le Tonkin, la France, le Pacifique ou le Levant, tandis que la dépouille du vainqueur de Fou Tcheou sera ramenée en France pour des funérailles nationales célébrées aux Invalides le 28 août. L’inhumation de l’amiral a lieu le 1er septembre à Abbeville, sa terre natale.

 

L’évacuation des Pescadores accomplie, tous ces hommes repartis vers d’autres horizons laissent derrière eux près de 700 camarades morts pendant ces deux années d’occupation de Formose: 120 sont morts sur le champ de bataille, 150 ont succombé à leurs blessures et les autres ont été victimes de la maladie. Ils sont enterrés dans deux cimetières militaires français, l’un a Keelung (Formose), l’autre a Makung (Pescadores), lesquels, sur décision du Gouvernement français, sont construits et aménages par le Génie entre juin et juillet 1885, en mémoire de l’amiral Courbet et de ses hommes morts au combat.

 

Les bâtiments de guerre français qui visitent ces pays, le Villars en 1889, l’Inconstant en 1891, le Forfait en 1895, le Friant en 1901 et le Bruix en 1907, font procéder aux réparations et aux travaux nécessaires. C’est en 1909 que le terrain actuel du cimetière de Keelung est utilisé pour réunir les dépouilles des soldats morts au Nord de Formose. Cette parcelle de terrain, la parcelle no.2-1, d’une superficie de 0,1630 hectares, se situe à Tchong Pan Teou, dans le district Tchong Tcheng de Keelung.

 

Le 14 avril 1947, M. Bayens, consul général de France à Shanghai, informe le Ministère des Affaires étrangères que le cimetière de Keelung se trouve dans un état de délabrement complet (Archives diplomatiques françaises). En raison du caractère d’urgence de la remise en état de ce cimetière, il fait exécuter des travaux pour un montant de 100 dollars américains qui est remboursé par le ministère de la Marine. En 1953, le ministère des Affaires étrangères de la République de Chine et les autorités françaises là-bas conviennent de transférer au cimetière français de Keelung, les restes de deux officiers français morts au combat, à bord du navire commandant Pimodan.

 

Chaque année, à la faveur du 11 novembre, les personnels de l’Institut français, accompagnés de représentants de la communauté française se recueillent sur les tombes du cimetière français de Keelung, observent une minute de silence et déposent des gerbes.

 

 

 

 

Claude R. Jaeck

Délégué général du Souvenir Français pour la Chine et l’Asie.

 

Retrouvez les clichés du cimetière français de Keelung dans l’album consacré aux « Carrés militaires Monde ».

 

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Publié le 18 Mai 2013

Taiwan Keelung - 5

Au cimetière français de Keelung à Taiwan (copyright « Souvenir Français – Délégation de Chine et d’Asie »).

 

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que les fosses communes firent place aux sépultures individuelles. Le cimetière de Sidi-Feruch aménagé en juillet 1830 à la suite du débarquement français en Algérie en est la première illustration. Aux États-Unis, à partir de 1861, le ministère de la guerre procéda au recensement, à l'identification et à l'inhumation individuelle des soldats tués. En Europe, l'ampleur des pertes de la guerre de Crimée (1853-1856) ne permit pas d’identifier individuellement les morts et on déposa les soldats dans de grandes tombes communes. Cependant, dans le cimetière français de Sébastopol, ils furent regroupés par unité et, dans le cimetière britannique des plaques furent apposées pour chaque unité ainsi que pour chaque bâtiment de la marine ayant subi des pertes. Le traité de Paris de 1856, qui met fin à cette guerre, prévoit la préservation des cimetières en Crimée.

 Le traité de Francfort du 10 mai 1871, par lequel les gouvernements français et allemand s'engagent réciproquement à entretenir les tombes de guerre sur leurs territoires respectifs, traduit la volonté des États de prendre en charge à titre permanent la préservation des sépultures. Une loi allemande de 1872 et une loi française de 1873 organisent pour la première fois l'aménagement des sépultures de guerre et garantissent leur entretien. Des dispositions sont prises pour, dans la mesure du possible, regrouper les morts selon leur nationalité et leur religion. L'ossuaire de Champigny près de Paris ou celui de Bazeilles près de Sedan sont des exemples de cette nouvelle marque de respect envers les soldats tombés au champ d’honneur.

 Avec la guerre de 1914-1918, les belligérants développèrent des pratiques d'inhumation plus soucieuses de l'individualité du soldat, qui porte désormais une plaque d'identité permettant de l'identifier. Dès le début du conflit, le principe de la tombe individuelle, que les Anglais érigèrent depuis la guerre des Boers (1899-1902), fut repris par les Allemands. Elle était surmontée d'un emblème indiquant l'identité du défunt et sa confession. Les sépultures communes étaient réservées aux restes mortels qui ne pouvaient être identifiés ou dissociés comme c’est le cas, par exemple, d’un groupe tué par un même obus. En revanche, la fosse commune restait la norme pour les Français. Cette pratique officielle, en retard sur les mœurs de la société, fut rapidement contestée par les soldats eux-mêmes, qui prirent l'habitude d'inhumer leurs camarades dans des tombes individuelles.

 Une loi de décembre 1915 entérina ce fait : la sépulture devint individuelle et permanente et son entretien fut confié à l'État à perpétuité. À l'issue de la guerre, les différents pays alliés procédèrent au regroupement des sépultures dispersées, à la recherche des corps sur les champs de bataille, à l'aménagement des cimetières de guerre et, pour certains, à la restitution des corps aux familles. En vertu des principes adoptés après 1870, la France prit en charge les tombes des soldats allemands inhumés sur son territoire. Chaque pays a aménagé ses cimetières selon ses propres conceptions architecturales et paysagères et y a édifié des monuments commémoratifs propices à l'organisation de cérémonies du souvenir. Les mêmes dispositions furent appliquées à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Devenus ensuite symbole de la reconnaissance de la patrie à ses soldats et lieu de pèlerinage, ils se transforment progressivement en lieux de mémoire et d’histoire grâce à l’installation de panneaux d’information, voire de salles de musée.

 Ce patrimoine mémoriel est constitué de 265 nécropoles nationales, de 2 000 carrés militaires communaux et de quelque 2 000 cimetières français situés dans 78 pays étrangers. Le ministère de la défense et des anciens combattants est responsable de leur conservation et il veille également, en application des conventions internationales, à la pérennité des sépultures militaires étrangères en France. Enfin, dans cette œuvre, il est aidé par le Souvenir Français et ses délégations à l’étranger.

 Ainsi nous vous proposons de retrouvez cette nouvelle rubrique de carrés militaires français du bout du monde sur www.souvenir-francais-92.org et sur www.souvenirfrancais-issy.com avec un album de photographies qui sera alimenté au fur et à mesure des articles à venir.

 

Source : Ministère de La Défense – DMPA/SGA.

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Publié le 16 Mai 2013

 

Le président du comité du Souvenir Français de Chaville, le colonel Joël Kaigre, nous informe du voyage organisé par la mairie de Chaville, à Caen.

 

Ce voyage, du mardi 4 juin 2013, concernera des élèves du collège Jean Moulin de Chaville et les Anciens combattants. Le départ, de la Mairie, est fixé à 7h00 avec un retour le jour-même vers 19h30.

 

Pour tout renseignement, et vous inscrire, il convient de contacter Béatrice Grimaud, chargée des Relations Publiques de la ville de Chaville au 01 41 15 40 57.

 

 

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Publié le 3 Mai 2013

 

Gerard Braillon

 

Hussard noir de la République.

 

Alors sursitaire, Gérard Braillon, de Clamart, voit nombre de ses camarades partir effectuer leur Service militaire en Algérie quand lui termine sa formation d'instituteur. Il assure des remplacements à tous les niveaux du primaire.

 

Il a 25 ans quand il est appelé au 27ème bataillon de chasseurs alpins, unité qu'il a demandée : attirance pour le ski, fierté d'appartenir à une unité d'infanterie glorieuse qui porte trois fourragères, celle de 14-18, celle de 39-45 et celle de la Légion d'Honneur… bleu-cerise. Après des classes à Annecy, il suit le peloton de sous-officiers à Chambéry, où l'entraînement est particulièrement dur, le froid ne facilitant rien.

 

Nommé sergent, Il reçoit une affectation particulière : la prise en charge d'une section formée d'une trentaine de FSNA (Français de souche nord-africaine) frais débarqués du bled et ignorant le français. Le capitaine lui résuma la tâche : "Fais ce que tu peux et fais-le vite, afin de les intégrer au mieux". La solution ? Gérard fait venir un manuel d'avant 1939 destiné aux troupes indigènes et c'est lui qui apprend en arabe les mots militaires… Il réussit bien, ce qui oriente probablement son affectation en Algérie.

 

 

A Haoura.

 

Feuille de route le 12 mars 1960 pour Alger, avec la responsabilité de 63 hommes. Chemin de fer pour Tizi-Ouzou, ralenti par les sabotages. Ensuite convoi en GMC pour Azazga et enfin pour Iffigha, où est installé le PC du 27ème BCA, puis, Haoura qui se situe au plus proche du no man's land entre les fellaghas et les chasseurs.

 

Le poste est là, avec son enceinte bâtie en lourdes pierres et sa demi-douzaine d'abris en tôle fortement boulonnée. Au vaste silence de la chaîne de montagne s'opposent les approches du fortin où s'entremêlent les bruits aigus des enfants qui grouillent de partout, jouant à se cacher, à sauter, à courir et qui s'interpellent à tout moment. Des femmes murmurent ou rient entre elles selon le poids qu’elles transportent sur leur tête. Et, à travers tout le poste, des soldats hurlent les ordres et les contrordres, réparent au marteau, détruisent au pic ou décomptent les points acquis au ping-pong. Seuls sont silencieux les vieux hommes bercés au rythme du pas de leur âne.

 

Le commandant du poste est heureux de recevoir le sous-officier dont il a besoin pour diriger les services liés à la pacification : l'Infirmerie chargée des soins aux militaires et des contacts radio avec le médecin logé au PC, l'Assistance Médicale Gratuite qui suit l'état sanitaire de la population convoquée à jours fixes, l'école de trois classes installée par l'Armée et animée par des instituteurs.

 

Pour le capitaine, il va de soi que les hommes affectés à ces services restent avant tout des chasseurs, astreints à la défense du poste (quarts de nuit, patrouilles, utilisation d'obusiers).

 

Lorsque l'humidité fait ressortir les douleurs, c'est toute une foule qui patiente dehors pour avoir des cachets. On n'en donne qu'un ou deux, davantage risquerait de fournir l'ennemi. Les massages du cou plaisent bien, ça fait très toubib et ça renforce, pour les femmes, la possibilité de porter des charges sur la tête. Massage magique.

 

Les piqûres de rappel typhus et autres ont lieu dans la baraque AMG. Un certain 31 mars 1960, il y a 76 clients à traiter. Ils sont descendus des deux douars proches : le Beni-Zikki, hauteur au-dessus du poste et l'Akfadou, massif forestier et Gérard pourra bientôt faire une thèse sur les culottes kabyles, qui vont du pantalon à fleurs, type zouave, à l'absence totale ! Moins drôle, un bébé de 4 mois, amené par sa mère depuis la montagne, a le crâne couvert de croutes purulentes, traitées par une couche d'excréments. Voilà deux mois que le nourrisson est dans cet état-là ! Une autre fois, c’est pour un âne qui s'est blessé au-dessus du sabot et saigne abondamment. Pour l'honneur et en remerciement, l'ânier offre le café et la galette.

 

 

L’instituteur-infirmier.

 

Le 27 septembre 1960, le camp subit une grande "Alerte accrochage". Une cache a été découverte non loin du poste. Dès la première grenade lancée par la section, on voit s'enfuir hors de portée des armes quatre ou cinq fellaghas. Deux autres sont tués. L’un d’eux partageait la vie de la 1ère Section. Pour les chasseurs, c'était un infiltré, un traitre, dont le corps, traîné au village, est re-mitraillé pour l'exemple et surtout sous la pression de la peur rétrospective.

 

Le lendemain, les classes reprennent comme s'il ne s'était rien passé la veille. Pour les enfants, la fréquentation de l'école est primordiale. A tel point qu'arrêter la classe pour 8 jours de vacances à la mi-avril leur fait croire qu'on les punit, qu'on veut se reposer, ou bien qu'il y a une raison stratégique là-dessous !

 

Il faut dire qu'avant l'installation à Haoura, il n'y avait pas d'école. C'est la section de commandement qui a réalisé des locaux pour quatre classes. La S.A.S. a établi un instituteur civil de 19 ans et l'Armée a affecté deux militaires pour enseigner un français oral, pratique, et notre écriture latine. La liberté pédagogique dont bénéficie le maître favorise la création de groupes basés sur le niveau atteint, que l'élève ait 7 ans ou 12 ans.

 

Gérard Braillon : « C'était des classes très vivantes, comme un long jeu instructif, sans que ce soit de la garderie banale. Les plus forts étaient au niveau cours élémentaire, fin de la 1ère année, les moins avancés savaient lire avec difficulté mais pas calculer. Il y avait aussi l'inverse, deux garçons et une fille qui étaient manifestement très intelligents, des précoces qui assimilèrent vite ».

 

Comme en France, il y a congé le dimanche, qui permet la lessive, et le jeudi qui permet des petites promenades autour du poste (c'est ça le congé). Un certain après-midi de promenade, les chants et les bavardages s’éteignent en un seconde. Rapidement, les enfants forment un demi-cercle bouclant le sentier autour de Gérard et lui disent: "A-Géroh, c'est pas beau par là". Alors, l’instituteur-infirmier se tourne vers une autre direction et lance : "Le gros rocher en bas, un chocolat pour le premier arrivé…". Les bavardages reprennent. Plus tard, Gérard Braillon comprend que les enfants viennent de lui éviter une fâcheuse rencontre.

 

Mais il n’en est pas de même chaque jeudi. Inspiré par le scoutisme, Gérard met en place une harmonie de pipeaux côté garçons et un atelier de point de croix pour les filles (merci à la famille en Métropole pour les fournitures) !

 

L’école continue et l’instituteur-infirmier fait ce qu’il peut pour apporter de l’instruction et de la gaité dans ces contrées. Mais un tableau noir n’est pas suffisant pour un groupe de jeunes adolescents. Il s’en ouvre à un colonel à l’occasion d’une inspection : « Ces jeunes vous   apportent-ils des renseignements » demande alors l’officier ?

 

Gérard Braillon : "Mon colonel, les écoliers apportent-ils du renseignement ? Je ne pense pas. Par contre, il faudrait que nos jeunes de 14 ans n’en fournissent pas à leurs congénères. Dès cet âge-là, ils ne viennent plus à l'école. Il leur faudrait des cours professionnels".

 

Le colonel : "Oui, qu'est-ce qu'il te faudrait ?".

 

Gérard Braillon : "Des outils pour la menuiserie, pourla chaudronnerie, etc. et des gars du métier, mon colonel". Huit jours plus tard, un hélico apporte outils, planches, clous, marteaux, etc. et les 14 ans reviennent. Pour voir.

 

Gérard Braillon quitte l'Algérie le 20 décembre 1960. Le 5 janvier 1961, la ville de Paris le convoque pour s’occuper d’une nouvelle classe avec peu d'élèves : 32 seulement ! Il retrouve sa fiancée et va fonder une famille. Mais dans sa tête résonne encore l'accent chantant des enfants qu'il vient de quitter et qu'il n'oubliera jamais.

  

Jacqueline Braillon

Gerard Braillon - Pipeaux

 

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Publié le 24 Avril 2013

 

 

Chatillon, Monsieur Michel Leclercq

 

Nous apprenons à l'instant la disparition de notre ami Michel Leclercq, président du Comité de Chatillon. Vaincu par la maladie contre laquelle il se battait depuis des années, Michel laissera un grand vide dans la famille du Souvenir Français des Hauts-de-Seine. Avec énergie et enthousiasme, entouré par les membres de son bureau et les adhérents, il avait su donner un nouvel essor au Comité de sa ville.

 

Toutes nos pensées et notre affection vont à son épouse, Josette, et sa famille.

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Publié le 7 Avril 2013

Eliane Jughon, opératrice de cinéma en Indochine, participa au rapatriement de prisonniers après Dien-Bien-Phù.

 

 

Pierre Lucas, président du Comité d’Entente des Association Patriotiques de La Garenne-Colombes nous fait part du décès d’Eliane Jughon, le 9 février 2013 à l’âge de 87 ans.

 

Dès sa jeunesse, elle avait participé à l’accueil des enfants déportés lors de leur retour en France. Engagée volontaire en Indochine en qualité d’opérateur cinéma, elle avait ensuite participé à la récupération des prisonniers libérés des camps du Vietminh. Puis, elle avait rejoint l’Algérie et servit au sein du Service Social des Armées. Elle quitta l’Armée avec le grade de sergent-chef. A La Garenne, elle créa la “mini-school’’ chargée d’enseigner l’anglais aux tous petits. Elle était officier dans l’Ordre national du Mérite et avait publié un livre « Trente Centimes » (éditions Lettres du Monde).

 

Une importante délégation des Associations patriotiques dont quatorze drapeaux a assisté à ses obsèques en l’église Saint-Urbain le 18 février 2013.

 

Le Comité d’Entente exprime à ses enfants, petits-enfants et à toute sa famille toute sa tristesse de voir disparaître une femme qui a consacré sa vie au service des autres.

 

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Publié le 17 Mars 2013

 

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A la suite de la disparition de Jean-Louis Monnin, en début d’année, et qui avait été à la tête du Comité de Courbevoie du Souvenir Français pendant des années, un nouveau président a été nommé : il s’agit de Monsieur Richard Faisnel (vous trouverez ses coordonnées dans la rubrique « Comités »).

La Délégation générale des Hauts-de-Seine tient à saluer la mémoire de Monsieur Monnin et présente tous ses vœux de réussite à Monsieur Faisnel.

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Publié le 9 Mars 2013

 

Oradour-sur-Glane

 

Le Comité du Souvenir Français de Puteaux organise le mercredi 22 mai 2013, un voyage à Oradour-sur-Glane, village martyr de la barbarie nazie.

-       Départ : 6h30 précises – Mairie de Puteaux (face au commissariat).

-       Arrivée : entre 11h00 et 11h30 – Accueil de Monsieur le maire d’Oradour-sur-Glane et déjeuner au restaurant municipal.

-       14h00 : visite du village. Pour mémoire, il n’est pas inutile de rappeler que le 10 juin 1944, les soldats de la Division SS Das Reich massacrèrent froidement 642 hommes, femmes et enfants d’Oradour.

-       15h30 : un premier groupe se rendra au Centre de la Mémoire puis à 15h45, un second groupe.

-       17h00 : hommage aux victimes du 10 juin 1944, et dépôt de gerbe de Monsieur le maire.

-       18h00 : collation avant retour sur Puteaux (départ du car à 19h00 pour une arrivée estimée vers 23h30).

 Ce voyage est ouvert à tous les membres du Souvenir Français qui le souhaitent. La participation est de 75 euros (possibilité de régler en deux fois avec un premier versement avant le 25 mars et un second avant le 25 avril).

Le Comité de Puteaux vous demande de vous inscrire auprès de Madame la présidente :

-       Den Marais-Hayer : 06 09 17 89 11

-       Résidence Lorilleux – H/296 – 2, allée Henri Sellier

-       92800 PUTEAUX.

 « Vous espérant nombreux, nous comptons sur vous ! »

Den Marais-Hayer

Présidente du Comité de Puteaux.

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Publié le 24 Février 2013

 
1er RI-Attaque 1914
 
Une attaque du 1er RI en 1914.
 
A Sarrebourg.
 
Le mardi 13 novembre 2012, le lieutenant-colonel Patrice Fichet, président de l’ANORI et du Comité du Souvenir Français de Colombes, et le chef de bataillon Guy Peter, secrétaire général de l’ANORI, se sont rendus à Sarrebourg (Moselle) pour une visite au 1er régiment d’infanterie pour présenter l’ANORI et faire mieux connaissance avec ce régiment et sa Réserve.
 
Après un café d’accueil, le chef de bataillon Monatte, OSA, leur fit visiter l’exceptionnelle salle d’honneur du régiment, où sont retracés plus de cinq siècles d’histoire. Le 1er RI n’est pas en vain le plus vieux régiment d’Europe, issu des bandes de Picardie d’où il tire son Drapeau et de nombreux objets sont des témoins vivants de ce passé glorieux.
 Le 1er RI présente la particularité d’avoir toujours gardé son numéro, qui atteste de son ancienneté – chaque régiment ayant été numéroté selon son rang, le premier étant le plus ancien – et de n’avoir jamais été dissous, même en 1942, où il prit le maquis avec armes et Drapeau, son colonel en tête. Il servit la France sous tous les régimes, monarchie, république et empire et participa à tous les combats.
 
Historique – Les Bandes de Picardie.
 
A la fin de la Guerre de Cent Ans, Charles VII crée les Francs Archers. C’est un échec. Le roi ne parvient pas à rassembler des troupes permanentes et entraînées. Imaginées par Louis XI en 1479, les bandes constituent la première armée permanente du royaume de France (simultanément à la naissance de l’Etat moderne centralisé). L’instruction des troupes est confiée aux mercenaires suisses, célèbres soldats de métier, et leur souvenir persistera longtemps dans les rangs de Picardie. Commandées par Philippe de Crèvecoeur, leur premier chef de corps, elles ont mission de tenir les provinces de Picardie et d’Artois. Elles arborent la bannière rouge, couleur de l’oriflamme de Saint-Denis, frappée de la croix blanche, symbole du commandement, et prennent l’appellation de « Bandes de Picardie ». Jusqu’en 1494, les bandes de Picardie composent la seule armée française.
 
Tout au long du 16ème siècle (sous les rois François 1er puis Henri II), les bandes de Picardie vont parcourir la France. Au moment des guerres de religion, ces bandes (il y en a maintenant également en Champagne et dans le Piémont) deviennent l’instrument des luttes des factions catholiques et protestantes. La création des régiments intervient dans ce contexte : le roi Charles IX a pour but de ramener les troupes dans la fidélité au pouvoir royal. Ces mêmes troupes qui combattent Henri III de Navarre, qui bientôt devient roi de France sous le nom d’Henri IV.
 
Pendant la Guerre de Trente-Ans, le régiment va se battre dans le nord et l’est du pays, sous les ordres du prince de Condé. L’unité s’appelle alors Régiment de Picardie. Il connait aussi d’autres campagnes qui le conduisent dans le Hanovre, en Bavière et dans le Piémont. Au cours de la campagne de 1734, au siège de Parme, alors que le régiment est durement exposé aux feux de l’ennemi, un autre régiment propose de prendre sa place en première ligne. Son chef, Monsieur de Rohan, fait alors cette célèbre réponse : « Vous me ferez mes compliments à votre colonel et vous le remercierez bien, mais vous lui direz qu’on ne relève jamais Picardie ! ». Cette phrase devient la devise de l’unité.
 
En 1780, Louis XVI rétablit la charge de colonel-général confiée au prince de Condé, qui commandait toute l’Armée française. Picardie, en sa qualité de premier corps de ligne, devient Régiment Colonel-Général dont il détient l’enseigne blanche. Pendant la Révolution, Picardie prend officiellement le nom de 1er régiment d’infanterie, puis de 1ère demi-brigade. Si le régiment échappe aux tourments de cette époque, il n’en est pas moins engagé à Valmy (1792) puis à Fleurus (1794).
 
Tout au long du 19ème siècle.
 
En 1800, le 1er régiment d’infanterie dit « de ligne » participe à la victoire de Biberach. Les Autrichiens se retranchent dans le village de Moesskirch et établissent une position favorable à la défensive. Les premiers assauts des troupes françaises sont alors repoussés. La 1ère Demi-brigade, jusqu’alors en réserve, est engagée. Malgré le feu nourri de l’adversaire, les soldats s’emparent de Krumbach et des hauteurs qui dominent le village à l’ouest et au nord. Bien que supérieurs en nombre, les Autrichiens cèdent du terrain après une journée de combat au cours de laquelle l’unité s’est faite remarquer entre toutes. Les heures suivantes se traduisent par de grandes victoires pour les héritiers de Picardie. Ainsi, à Wagram en 1809, ils se couvrent de gloire en enlevant les lignes autrichiennes dans un splendide assaut, baïonnette au canon. Mais, cette époque est aussi synonyme de jours plus sombres comme Waterloo. Malgré tout, les grenadiers de Picardie feront preuve ce jour-là du plus grand courage face à la mort.
 
Après avoir participé au maintien de l’ordre en Espagne au cours de la Restauration, puis à une campagne en Belgique, le 1er régiment d’infanterie de ligne est engagé dans la conquête de l’Algérie. Il s’y illustrera en particulier à la bataille de La Miliana (1842). Le 1er poursuivra ensuite ses expéditions en Crimée, en Italie et en Tunisie.
 
En juillet 1870, Napoléon III, empereur des Français, déclare la guerre à la Prusse. Le 1er RI est présent dans toutes les batailles de l’est de la France. Il sera notamment à Gravelotte où, au prix de très lourdes pertes, il ne cède pas un pouce de terrain face aux assauts furieux de l’ennemi. A Saint-Privat, pris de flanc, de face et à revers sur sa position de défense, il se maintient dans une tourmente de fer et de feu. Quand l’ordre de battre en retraite lui parvient, il a perdu 23 officiers et 489 sous-officiers et soldats. Reconstitué en 1871, le régiment rejoint Cambrai où il va tenir garnison pendant près de 70 ans.
 
La Grande Guerre.
 
En août 1914, la Première Guerre mondiale est déclarée. Le régiment est de tous les combats : en Argonne, à Verdun, au Chemin des Dames, dans la Somme, l’Aisne et la Marne. Il paye un lourd tribut en perdant plus de 3.300 hommes aux cours de furieux corps à corps livrés par ses Poilus. Ces pertes lui valent quatre citations à l’ordre de l’armée. Devenu définitivement 1er RI, il est décorée de la fourragère aux couleurs de la médaille militaire, le 19 octobre 1918 par le général de Castelnau. Pendant ce temps, la farouche bataille de Sarrebourg se déroule et c’est au cours de celle-ci que s’illustrent le colonel Touret et le colonel Rabier, chefs de corps des 95ème et 85ème RI. D’autres hommes de grande valeur comme le général Gérome, le lieutenant-colonel Malleray, les chefs d’escadron Cholesky et Dessirier participeront à ces combats. Le comte de Pelleport, engagé comme simple soldat à 59 ans dès les premiers jours du conflit, laissera sa vie lors de l’attaque sur Sarraltroff. Tous ces hommes donneront plus tard leur nom aux différents quartiers militaires de la ville.
 
Pendant la Seconde Guerre mondiale.
 
Une génération plus tard, la guerre reprend contre l’Allemagne. Le 1er RI se porte en Belgique où il supporte sans faillir le choc des divisions allemandes. Il contient l’ennemi à Gembloux. Puis, il couvre le mouvement de repli des forces françaises. Cela le conduira à Lille qu’il défendra jusqu’à l’épuisement complet de ses munitions. Au cours de cette période, le régiment garde malgré tout sa cohésion, en dépit de conditions très difficiles. Après l’armistice de juin 1940, le régiment s’installe à Saint-Amand-Montrond dans le Cher.
 
Lorsque la Zone libre est envahie par les Allemands (11 novembre 1942), le 1er RI, sous l’impulsion de son chef, le colonel Bertrand, passe au complet dans la clandestinité. Pendant trois ans, les hommes de Picardie participent à la lutte contre l’occupant, au sein de l’Organisation de la Résistance de l’Armée. Cette organisation est animée par son ancien chef de corps, le général Frère, qui mourra interné au camp du Struthof, à quelques kilomètres de Sarrebourg, dans les Vosges.
 
En dépit de la répression menée par l’occupant, des arrestations et des déportations, le régiment s’organise en créant le maquis du Berry. Il harcèlera l’ennemi et participera pleinement à la libération du pays. Au lendemain de la victoire, le régiment est stationné à Donaueschingen en Allemagne.
 
Algérie – Epoque contemporaine.
 
Le 1er RI rejoint l’Afrique du nord, de 1955 à 1961, où il intervient dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre à l’ouest de Sidi-Bel-Abbès.
 
Depuis 1968, il stationne à Sarrebourg. Après son retour d’Algérie, le 1er régiment d’infanterie sera successivement régiment d’infanterie de corps d’armée, puis régiment de combat aéromobile. Le 1er RI est professionnalisé dès 1985. C’est à ce titre qu’il va participer à toutes les opérations extérieures dans lesquelles ont été engagées les armées françaises. Sur le continent africain : Centrafrique, Côte d’Ivoire, Tchad. Au Moyen-Orient, il intervient notamment au moment de la Guerre du Golfe (1991). Il est au Cambodge puis dans les Balkans : Bosnie, Kosovo. Il contribue aussi à des missions de courte durée (MCD) : Guyane, Nouvelle-Calédonie, Mayotte.
 
Après une première mission au début du conflit en Afghanistan, en 2009 et pour laquelle le 1er se voit décoré de la Valeur militaire avec palme de bronze, le régiment est choisi pour expérimenter le premier, le matériel du programme FELIN (Fantassin à Equipements et Liaisons Intégrés), puis pour être à nouveau projeté en Afghanistan de novembre 2011 à juin 2012, une fois de plus en première ligne, pour la première utilisation du FELIN en opération et pour le début du retrait en intelligence avec l’Armée afghane, elle-même prenant le relais de la mission de pacification sur son territoire.
 
Aujourd’hui, le 1er RI est le régiment motorisé de la 1ère Brigade mécanisée.
 
 
Cet article est un extrait du bulletin de l’ANORI (Association Nationale de Réservistes de l’Infanterie) n°146 – 1er trimestre 2013. Les photographies sont issues du site Internet : www.wikipedia.org (historique du 1er RI).
 

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