Publié le 19 Mars 2011

 

Salonique 1918 salle à manger des majors à l'hôpital

 

 

Salonique 1918 : salle à manger des majors de l’hôpital (copyright : Ministère de la Culture).

 

Pierre Sauce nait le 28 février 1886, à Saint-Denis, dans ce qui était autrefois le département de la Seine. La France est en pleine tourmente revancharde vis-à-vis de l’Allemagne. Sur recommandation de Georges Clemenceau, le Président du conseil Charles de Freycinet vient de nommer le général Georges Boulanger, ministre de la Guerre. Ce dernier, populaire par les réformes qu’il entreprend, l’est également par ses discours provocateurs vis-à-vis de l’ennemi éternel.

 

En 1914, Pierre Sauce rejoint le 19ème régiment d’artillerie de campagne (RAC) alors stationné à Nîmes. Comme toutes ces unités, le RAC est composé de trois ou quatre groupes d’artillerie, chacun piloté par un capitaine. Le groupe est lui-même formé de trois batteries de quatre canons de 75 mm. Le 19ème RAC est rattaché à la 30ème division d’infanterie où il sert, entre autres, de préparation aux offensives. Les RAC sont tous hippomobiles : les canons et les équipements complémentaires sont tirés par des chevaux. Les camions et autres véhicules automobiles ne feront leur apparition qu’à partir de 1917.

 

Au déclenchement de la Grande guerre, le 19ème RAC est employé à la IIème armée, dirigée par le général Curières de Castelnau. Il participe aux offensives en territoire allemand avant de contenir la poussée ennemie et d’enclencher la victoire de la Marne. L’année suivante, le 19ème est envoyé en Argonne ; en 1916, il contribue à la victoire de Verdun. En 1917, avec la 30ème division d’infanterie, le régiment part en Orient.

 

C’est à Topsin, le 17 juillet 1917, que Pierre Sauce trouve la mort. Topsin est situé dans le nord de la Grèce, aux confins des frontières actuelles de la Bulgarie et de la République de Macédoine. Malade depuis des semaines, Pierre Sauce succombe dans l’ambulance des suites d’un « embarras gastrique fébrile avec un accès pernicieux ». Plus tard son corps est rapatrié et inhumé dans le carré militaire de Bois-Colombes.

 

Mais qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

 

Ouvrir un second front.

 

A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. La France a vu mourir plus de 500.000 de ses soldats.

 

Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

Gallipoli.

 

Une expédition maritime est proposée et envoyée. Sans grand succès. La présence de mines, de côtes fortifiées (donc difficiles à bombarder) et de nombreux sous-marins allemands ne facilitant pas les manœuvres ! Une nouvelle expédition est menée. Elle est terrestre et consiste en l’envoi d’un premier contingent de 75.000 soldats anglo-français (auxquels il convient d’ajouter des unités australiennes et néo-zélandaises) sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles. C’est une catastrophe : les soldats sont littéralement hachés par l’artillerie ottomane, sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Un second débarquement se déroule quelques semaines plus tard pour renforcer un dispositif déjà à bout de forces. Il ne fait qu’ajouter des morts. Les anglo-français doivent abandonner les lieux. Leur chef, le général Gouraud, vient de quitter le front, amputé du bras droit. Les Alliés réussissent néanmoins à sauver environ 100.000 hommes et les faire débarquer à Salonique, en Grèce, pays alors neutre, quoique soupçonné de docilité vis-à-vis de l’Allemagne.

 

Là, les soldats n’ont pas le temps de se refaire une santé. Le corps expéditionnaire devient l’Armée d’Orient et tente de faire la jonction avec les restes de l’Armée serbe qui vient de traverser la Macédoine, du nord au sud. La Serbie connait au début de la guerre quelques victoires, avec notamment la reprise de la ville de Belgrade, mais les défaites s’accumulent par la suite. De plus, la Bulgarie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. L’expédition française pour porter secours aux troupes serbes s’avère vite être un échec et le retour vers Salonique se déroule à la fois dans des conditions climatiques détestables et sous le feu des armées des Empires centraux, qui multiplient les combats avec les unités de l’arrière-garde alliée.

 

Le camp de Salonique.

 

Salonique se transforme alors en un immense camp militaire retranché, sous la menace permanente des armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. L’Armée grecque s’est interposée entre les deux et tente d’éviter le pire. Au sommet de l’Etat grec les dissensions entre le Premier ministre, Vénizelos, partisan de la Triple-Entente (France, Russie, Empire britannique) et le roi Constantin 1er, pro Empires centraux, sont plus vives que jamais. Et les soldats alliés enfermés ne peuvent qu’attendre les ordres. Pour combattre la dysenterie, la malaria, le paludisme, la malnutrition et le scorbut, ils collaborent à l’assèchement des marais et se mettent à cultiver la terre. Une partie du camp se transforme en un immense potager. D’où la réplique, sarcastique, de Georges Clemenceau : « les jardiniers de Salonique ».

 

De leurs côtés, les états-majors s’affèrent pour mettre en place des unités dignes de ce nom. Le général français Maurice Sarrail tente un équilibre : ne pas déplaire aux Grecs, qui sont toujours neutres, faire attention aux espions allemands, bulgares ; faire régner l’ordre entre les troupes françaises, serbes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises, italiennes, russes, sans oublier les contingents indiens et africains.

 

En 1916, sollicitée des deux côtés, la Roumanie entre en guerre finalement en se rapprochant des Alliés. Dans le même temps, le général Sarrail voit les Grecs dégarnir les postes qui sont sensés protéger les Alliés. Il décide de sorties : les Serbes attaquent les premiers et reprennent aux Bulgares les monts menaçant la plaine de Salonique. De leur côté, les Français entrent en Macédoine et fixent les troupes germano-bulgares. L’aide des Roumains est de courte durée : à la fin de l’année 1916, le pays est entièrement envahi par les puissances centrales. Tout au long de l’année suivante, quelques combats sporadiques opposent les deux camps.

 

L’offensive victorieuse de 1918.

 

Il faut attendre 1918 pour que l’offensive majeure se déroule. Au cours de 1917, le général Adolphe Guillaumat s’est ingénié à remonter le moral des troupes, à les entretenir et surtout à les soigner. Les épidémies sont enfin endiguées. Le général contribue aussi fortement à l’implantation d’un état-major interallié, suffisamment solide et intelligent pour ne froisser aucun des pays contributeurs, tout en permettant des décisions rapides et efficaces. De plus, les Grecs finissent par s’engager dans le conflit aux côtés des Alliés. Le camp de Salonique n’est plus retranché ! Le temps de la reconquête est arrivé.

 

En juin 1918, rappelé à Paris par le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau, le général Guillaumat est remplacé par le général Louis Franchet d’Espérey, qui peut enfin mettre en œuvre la globalité du plan élaboré par son prédécesseur. Le 15 septembre 1918, avec l’accord des gouvernements anglais et italiens, Franchet d’Espérey lance les armées alliées à la reconquête des Balkans. A l’est, les soldats anglais et grecs attaquent en direction de la Bulgarie (vallée du Vardar). Au centre, les Français et les Serbes, progressent rapidement et s’emparent de l’ensemble de leurs objectifs. L’un des épisodes les plus fameux de cette offensive reste la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

 

Pendant ce temps, Franchet d’Espérey continue sa marche en avant et se dirige maintenant vers Bucarest, capitale de la Roumanie. Mais l’objectif est bien l’entrée en Autriche-Hongrie. L’armistice général du 11 novembre 1918 met un terme à la reconquête des Alliés, qui se retrouvent à ce moment-là bien plus proches des Empires centraux que leurs homologues de l’ouest. Mais pour l’Armée d’Orient, la guerre n’est pas encore terminée.

 

1919.

 

L’Armée Française d’Orient est à nouveau rebâtie pour se transformer en trois unités :

 

  • - L’Armée du Danube : commandée par le général Berthelot, elle est constituée des unités qui sont stationnées en Roumanie, d’abord à Bucarest puis dans le delta du Danube. Il s’agit de faire face aux nouveaux ennemis : les Russes bolchéviques qui eux sont positionnés en Moldavie (sous domination russe à l’époque).
  • - L’Armée de Hongrie, sous le commandement du général Labit, est chargée de mettre fin aux agissements des bolchéviques hongrois.
  • - Le Corps d’Occupation de Constantinople, a pour mission de faire régner l’ordre dans une partie de ce qui est bientôt l’ancien Empire ottoman.

 

Face aux « Rouges » et en appui des Russes « Blancs » (tsaristes), les troupes françaises vont stationner et se battre pendant plus de cinq mois après la fin officielle de la Première Guerre mondiale. Les ports russes sont envahis par des bateaux français et anglais : il s’agit d’étouffer économiquement le nouveau pouvoir de Lénine. Mais le retournement de la situation militaire (les Rouges amassant les victoires), les mutineries de marins français dans le port d’Odessa, et de plusieurs compagnies dans l’Armée du Danube, précipitent le retour des soldats français en métropole au printemps 1919.

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments d’artillerie.

- Journal de Marche du 19ème RAC.

- Journal de Marche de la 30ème division d’infanterie

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

 

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Publié le 12 Mars 2011

 

village-detruit-de-fleury-devant-douaumont

 

Site du village détruit de Fleury-devant-Douaumont.

 

 

Le carré militaire de Malakoff dédié à la Première Guerre mondiale comporte 120 sépultures. Parmi elles, figure celle de Gustave Durassié (1887-1986), adjudant puis lieutenant au 95ème R.I., combattant à Fleury-devant-Douaumont en 1916, maître imprimeur à Malakoff, président national de l’association « Ceux de Verdun » de 1951 à 1974, commandeur de la Légion d’honneur.

 

Etre à Verdun.

 

Bataille des batailles, symbole d’une effroyable boucherie – dont le nom est passé dans le langage commun – mais aussi de courage et d’abnégation de la part des soldats français, Verdun qui devait permettre, selon le mot d’Erich von Falkenhayn, chef suprême de l’armée allemande, de « saigner à blanc l’armée française », s’est déroulée du 21 février au 19 décembre 1916. S’il est illusoire de résumer en quelques pages la bataille de Verdun, il convient de rappeler que des points stratégiques, comme Fleury-devant-Douaumont, furent impitoyablement disputés pendant les dix mois de la bataille la plus longue de la Première Guerre mondiale.

 

Au début de l’année 1916, les Allemands multiplient les préparatifs en vue de leur attaque qu’ils espèrent définitive sur le secteur de Verdun. Ils veulent en finir. Après les terribles épopées de 1914 et de 1915, les tués se comptent – d’un côté comme de l’autre – par centaines de milliers. Les besoins en hommes sont effarants. Verdun représente quatre atouts majeurs pour les troupes du Reich : c’est une ville proche de la ligne de front, en Lorraine. Le sentiment pro-français y est très fort. C’est à Verdun qu’eut lieu le partage de l’empire de Charlemagne, établissant les futures zones franques et germaniques. Une attaque sur Verdun entrainerait des régiments entiers à défendre ce symbole. Donc, aisés à pilonner par l’artillerie allemande car les unités d’attaques et de réserve sont proches, a contrario des Flandres ou de la Picardie. Deuxième point : Verdun représente un nœud ferroviaire et un bassin industriel avec des usines de fabrication d’obus. Troisième élément : Verdun forme une sorte de saillant, entourés de positions allemandes et le terrain, mouvementé et séparé par la Meuse, ne se prête pas à une défense facile. Enfin, le Reich sait que le GQG (Grand Quartier Général) du général Joffre cherche, lui, à faire la différence sur la Picardie. Et qu’il n’hésite pas à retirer çà et là des batteries de canons pour les placer sur le front de la Somme. Le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, met en garde le généralissime français : « Toute rupture du fait de l’ennemi dans ces conditions engagerait non seulement votre responsabilité, mais celle du gouvernement ». Des commandants d’unités, comme le lieutenant-colonel Driant, s’émeuvent de la situation. La réponse de Joffre est cinglante : on exécute ses ordres ou c’est la cour martiale !

 

Le 21 février 1916, à 7h, des projectiles commencent à tomber sur Verdun et sa région. En deux jours, près de deux millions d’obus, soit un toutes les trois secondes, s’abattent sur les lignes françaises. C’est la consternation à la tête de l’armée française. Des régiments comme les 56ème et 59ème bataillons de chasseurs à pied – de Driant – perdent plus de mille hommes. Seuls 120 chasseurs s’en tirent miraculeusement. Toutes les positions françaises tombent une à une. Si Fleury est dépassée, alors la porte est grande ouverte sur Verdun et les arrières des armées françaises.

 

« Debout les morts ».

 

Le 95ème RI a quitté Bourges et le camp d’Avord en août 1914. Unité de la 16ème division d’infanterie et du 8ème corps d’armée, formé de Berrichons, de Bourguignons et de Nivernais, elle est rattachée à la 1ère Armée du général Dubail. Depuis, le 95ème est de tous les fronts : en Lorraine, où il perd 500 soldats, puis dans la Woëvre en 1914 ; sur les secteurs de la forêt d’Apremont et de Bois-Brûlé l’année suivante. A cette occasion, au cœur des tranchées du saillant de Saint-Mihiel, où les hommes se battent au corps à corps pour chaque mètre de terrain, l’adjudant Jacques Péricard hurle à ses hommes épuisés, abrutis par tant de sauvagerie « Debout les morts ! ».

 

Publié anonymement après la guerre, la Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie (librairie Chapelot à Paris) indique ceci : « Du 19 au 31 janvier 1916, le 95ème est relevé et quitte ce secteur où, depuis quinze mois, il combat avec un courage qui ne s'est jamais démenti, et où, gradés et soldats ont prouvé surabondamment, sous des bombardements effroyables et dans des attaques meurtrières leur grand cœur, leur stoïque ténacité et leur absolu mépris de la mort. »

 

 

Fleury-devant-Douaumont.

 

Après les premiers déluges sur Verdun, le 95ème est dirigé sur Fleury-devant-Douaumont le 24 février 1916. Il doit relever les 51ème et 72ème divisions d’infanterie, laminées par le rouleau compresseur ennemi. Le 25, « les soldats du 95ème ont l’impression d’être seuls, abandonnés du reste de l’Armée, holocaustes choisis pour le salut de Verdun. Vers le milieu de l'après-midi, le bombardement cesse et l'attaque se produit. Des masses, jaillies du bois d'Haudremont, submergent le malheureux 1er bataillon mais se brisent contre nos mitrailleuses et nos feux de salve, à nous. Les Allemands s'aplatissent, se terrent. Et le bombardement reprend. Il est de courte durée, cette fois. La fumée qui couvrait le fort se dissipe et, de sentir cette force si près, cela rassure nos hommes. Ils sont tous à leurs postes, attentifs à l'assaut que ce calme présage. Soudain, un cri : « Les voilà ! » ... J'ai dit que le 3ème bataillon occupait les tranchées autour du village. Ces tranchées formaient un angle droit. Sur la plus grande branche, parallèle à la rue et face à la cote 347, les 9ème, 10ème et 11ème compagnies. Sur la plus petite, face au fort, la 12ème compagnie ou, plus exactement, un peloton de la 12ème compagnie : la 4ème section que je commande en qualité de lieutenant, la 3ème section sous les ordres de l'adjudant Durassié. Avec nous, la section de mitrailleuses du 3ème bataillon, sous les ordres du capitaine Delarue. Delarue et Durassié sont toujours vivants. Et vivants également une quinzaine d'hommes qui étaient avec nous ce jour-là...Perte du village de Douaumont qu'occupait le 3ème bataillon du 95ème RI.  La nuit vient. Il neige. Le combat continu. Le 26, le 2ème bataillon en réserve dans le ravin de Thiaumont reçoit, sans bouger d’une semelle, un bombardement terrible de 9h du matin à 5h du soir. A 16h30, nouvelle attaque allemande sur la route Douaumont – Bras ; elle est repoussée après un corps à corps furieux. Des tirailleurs qui fléchissaient à notre droite, reviennent à la charge sous l’énergique intervention du capitaine Ferrère. Le régiment a subi de grosses pertes. Il a été pendant deux jours le bouclier de la France, et a écrit une des plus belles pages de son histoire.»

 

Le 95ème est relevé. A Verdun, la très grande majorité des régiments ne reste en ligne que quelques jours ou quelques semaines. Ces relèves maximisent la diffusion des informations et des images de « l’enfer de Verdun » au sein de toute l’armée française. Dans les semaines qui suivent, Fleury-devant-Douaumont est pris et repris seize fois. Chaque assaut donne lieu à un bombardement d’une intensité prodigieuse. A Verdun, 80 % des tués le sont du fait des bombes. Le général Pétain organise la défense. Il met en œuvre l’artillerie, réarme les forts. Il gère le ravitaillement grâce à la « Voie Sacrée » – nom donné après la guerre par l’écrivain Maurice Barrès – cette route qui vient de Bar-le-Duc, 56 kilomètres au sud. Un camion y passe toutes les quinze secondes ! Les attaques allemandes se renouvellent. Elles sont à chaque fois repoussées par des soldats français héroïques.

 

Dans sa biographie de Joffre (ed. Olivier Orban), l’écrivain Arthur Conte cite le général : « Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que l’ennemi ait tenté contre vous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous ! Nuit et jour, malgré un bombardement sans précédent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée, car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez la leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout un indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République. Le pays a les yeux sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : « ils ont barré aux Allemands la route de Verdun ». J. Joffre, 11 mars 1916 ».

 

Au cours de l’été 1916, les Français conservent le terrain. A l’automne, leurs attaques pénètrent de quelques kilomètres dans les lignes ennemies. Les Allemands n’iront pas plus loin : ils ne prendront jamais Verdun. En 1918, comme neuf autres villages rasés du secteur, Fleury-devant-Douaumont est déclaré « Mort pour la France ».

 

Entre temps, le 95ème est passé par les secteurs des Eparges, dans la Somme, en Argonne, au début de 1918, puis en Champagne. Après l’armistice de 1918, le 95ème reçoit la fourragère. Le lieutenant-colonel Andréa, commandant du régiment, prononce alors devant ses hommes les paroles suivantes : « Qu’ils portent la Fourragère avec fierté, ils l’ont mérité haut la main, car si Douaumont et Recouvrance sont les deux faits d’armes qui ont motivé les citations collectives, personne n’oublie les glorieux sacrifices du régiment en Lorraine, au début de la guerre, alors que nous n’étions pas les plus forts. Son admirable ténacité en forêt d’Apremont. Sa sublime attitude aux Eparges, dans l’affreuse guerre de mines. Sa fougueuse attaque au bois de la Grille en avril 1917, contre des organisations presque intactes. Sa remarquable résistance à la Main de Massiges pendant plus d’une année et enfin tout récemment, son endurance, sa vaillance au cours de la poursuite de l’ennemi, d’août à novembre 1918. Tout cela, avec Douaumont et Recouvrance, constitue pour le 95ème un passé de guerre des plus glorieux. Partout le régiment s’est montré héroïque, discipliné, animé du plus haut moral et des plus beaux sentiments du devoir. Toujours il a eu confiance, même dans les heures les plus sombres. Honneur à ceux qui ont combattu sous son drapeau. Gradés et poilus ont tous bien mérité de la Patrie. Vive le 95ème ».

 

 

L’Almanach du Combattant.

 

Après la guerre, installé à Malakoff, Gustave Durassié créé avec Jacques Péricard l’Almanach du Combattant, qui devient une publication maîtresse du monde du combattant. Cette revue existera entre 1922 et 1993 et publiera des milliers d’articles sur des batailles de la Première Guerre mondiale, des récits, des carnets de bord, des biographies de combattants, mais aussi des contes, des poésies et des pièces de théâtre.

 

Entre 1951 et 1974, Gustave Durassié sera aussi président national de l’association Ceux de Verdun.

 

 

 

 

Pericard et Durassie 

 

 

 

 

Sources :

 

·         Joffre, Arthur Conte, Ed. Olivier Orban.

·         Les Poilus, Pierre Miquel, Ed. Terre Humaine Plon.

·         Pétain, Marc Ferro, Fayard.

·         1918 : la victoire, Pierre Miquel, Tallandier.

·         1916, l’année de Verdun, Service historique des armées, Ed. Lavauzelle.

·         Site « Wikipedia ».

·         Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie, librairie Chapelot.

·         Journal de Marche et des Opérations du 95ème régiment d’infanterie.

·         Centre de Recherche Internationale et de Débats sur la Guerre 1914-1918 ; travaux de Stéphan Agosto et Jean-Claude Poncet.

 

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Publié le 4 Mars 2011

 

 

Chalvidan - Memorial-GenWeb

 

 

René Chalvidan – Cliché www.memorial-genweb.org

 

   

 

Quand, au cours de l’été 1939, l’Union soviétique de Staline et l’Allemagne nazie d’Hitler signent un pacte, resté dans l’Histoire sous le nom de « Pacte Germano-soviétique », et qu’en vertu de celui-ci les deux puissances se partagent allégrement la Pologne, la République française décide la dissolution du parti communiste français, juste après être entrée en guerre contre le IIIème Reich.

 

Les Francs-Tireurs Partisans.

 

Formés, habitués à être structurés dans des cellules prêtes à la lutte des classes, les militants communistes vont alors œuvrer en clandestinité. Et avec d’autant plus d’ardeur qu’en juin 1941, Hitler désagrège le pacte en envahissant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (opération Barbarossa).

 

La direction du parti, sous l’égide de Jacques Duclos, décide de la lutte armée contre le nouvel ennemi fasciste. Des groupuscules, ou unités combattantes, sont conçus, entre autres par Eugène Hénaff, et sont rattachés à un Comité militaire national (CMN). Les combattants, d’abord regroupés en Organisations spéciales prennent, au début de 1942, le nom de Francs-Tireurs Partisans Français (FTPF) puis FTP.

 

Développements.

 

En octobre 1941, la direction du CMN est confiée à Charles Tillon. Les réunions se tiennent au gré de l’évolution des consignes de sécurité et des mises à l’abri des dirigeants. Ensuite, un journal est produit : France d’abord, dont plus d’une soixantaine de numéros paraissent entre 1942 et la Libération.

 

A partir de la fin de 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes. Le mouvement s’accélère au fur et à mesure de la montée de l’engagement dans la Résistance. De même, sont intégrés les militants de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). La MOI, structurée depuis le début des années 1920, permet aux jeunes travailleurs étrangers vivant en France de participer à la Troisième Internationale communiste sans dépendre directement du PCF. Les FTP-MOI sont surtout connus pour leurs actions en Région parisienne et le charisme de leurs chefs : le Roumain Boris Holban et l’Arménien Missak Manouchian.

 

En Zone sud, les FTP se développent également. A partir de novembre 1942 – date de l’invasion de la zone par les troupes allemandes – les FTP montent un Comité Militaire de la Zone Sud (CMZ). Parmi les responsables, il convient de citer : Boris Guimpel, Mathieu Puyo, Francisque Jommard. Le CMZ est maintes fois désorganisé par les rafles du responsable de la Gestapo de Lyon : Klaus Barbie.

 

Ainsi, partout en France, les maquis – généralement composés d’une trentaine d’hommes – se multiplient, comme les actions militaires : sabotages, exécutions de responsables SS et de la Wehrmacht ou simplement de soldats ; élimination de personnels du Régime de Vichy… Mais les exécutions peuvent aussi concerner des membres des FTP qui refusent obstinément de suivre la ligne du parti.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) est le nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée, d’autres groupes moins importants et bien entendu les FTP.

 

L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.

 

En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Au sein de cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud.

 

Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas).

 

Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris.

 

Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

René Chalvidan.

 

René Chavildan nait le 26 août 1912 à Nîmes dans le Gard. A dix-neuf ans, il intègre l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr avec la promotion du Tafilalet (1931-1933, du nom de cette région du sud-est du Maroc, à la frontière algérienne, où des soldats français combattirent à plusieurs reprises). A la sortie de son école, il entre à la gendarmerie et y commence sa carrière d’officier. En 1944, alors capitaine commandant la caserne de gendarmerie Exelmans à Paris, il s’engage pour la libération de la capitale, dans les FFI.

 

Après le débarquement de Normandie en juin 1944 et la bataille de Normandie, les Alliés avancent assez rapidement en direction du sud et de l’est de la France. Apprenant ces nouvelles, les Parisiens se soulèvent à la mi-août 1944. La grève générale est déclenchée le 18 et bientôt les insurgés couvrent les rues de la capitale de barricades et s’en prennent aux garnisons allemandes aidées de membres de la Milice. Pauvrement armés, les FFI et autres résistants ne peuvent tenir longtemps. Avec l’accord du général de Gaulle, forçant la décision américaine, les blindés de la 2ème DB du général Leclerc quittent la Normandie précipitamment, contournent par l’ouest la Région parisienne et entrent dans la proche banlieue par le sud. L’enthousiasme de la population est tel qu’il ralenti la progression des militaires. Appuyés par la 4ème division d’infanterie américaine, les Français défont tout à tour les différents points d’appui allemands. Dans un délire total, ils pénètrent dans Paris par la porte d’Orléans le 24 août 1944.

 

Le lendemain, dans l’hôtel de ville de Paris, Charles de Gaulle prononce ces paroles historiques : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Malheureusement, René Chavildan n’est plus. Il est tombé sous les balles ennemies trois jours plus tôt. Marié, père de trois enfants, titulaire de la Croix de Guerre, il est l’un des mille-cinq-cent morts FFI de la libération de la capitale. Son nom est inscrit sur le monument aux morts du square des Martyrs de la Résistance du Plessis-Robinson.

  

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site de « la Libération de Paris » par Gilles Primout.

- Site « Plaques commémorative » de François Tanniou.

- Le général Leclerc et sa deuxième DB, par Dominique Forget, Ed. Hemdal.

- Les enjeux de la Libération, par Christine Levisse-Touzé, Ed. Albin Michel.

- Les FTP, par Charles Tillon, Ed. Julliard.

- Les Fils de la nuit, par Albert Ouzoulias, Ed. Grasset.

- Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Ed. Robert Laffont.

 

 

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Publié le 4 Mars 2011

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De gauche à droite : Michel Pagès, maire-adjoint en charge des anciens combattants ; André Labour, délégué général du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine ; François Leblanc-Barbedienne, président du comité ; Gisèle Thomas, présidente du comité d'entente des associations d'anciens combattants ; Jean-CHristophe Catez, trésorier du comité ; Eric Berdoati, député-maire de Saint-Cloud;

 

 

C'est dans le cadre prestigieux du Carré de Saint-Cloud, rue d'Orléans, que s'est déroulée le samedi 5 février 2011, l'assemblée générale du comité du Souvenir Français. Devant plus de cinquante personnes, les rapports moraux et financiers ont été présentés puis le président, François Leblanc-Barbedienne a rappelé l'importance du Devoir de Mémoire. Monsieur Eric Berdoati, député-maire, a ensuite dit quelques mots de soutien à l'action du Souvenir Français, indiquant qu'en ces temps troublés où la mémoire peut parfois faire défaut combien il est indispensable en France de se rappeler des sacrifices des uns et des autres pour que notre pays demeure un Etat libre,  indépendant et démocratique.

 

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Publié le 26 Février 2011

 

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  « On sera rentré aux vendanges ».

Le 1er août 1914, la France décrète la mobilisation générale. Voilà deux mois que l’Europe connait sa plus grave crise depuis la Guerre franco-prussienne de 1870-1871. A l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier de la couronne impériale d’Autriche-Hongrie, à Sarajevo, et le refus signifié à l’Autriche par la Serbie de mener une enquête sur le territoire de cette dernière, s’ajoutent des antagonismes de plus de vingt ans entre les nations européennes sur des questions coloniales, des impérialismes et des nationalismes exacerbés. « Il est temps d’en finir » pourrait-on résumer.

De fait, la France rêve de revanche face au IIème Reich et de reprendre l’Alsace-Lorraine. L’Allemagne ne peut se résoudre à laisser la France et l’Angleterre se tailler « la part du lion » dans les colonies d’Afrique. L’Autriche-Hongrie cherche à étendre son influence vers les pays des Balkans, qui eux viennent à peine de prendre leur indépendance vis-à-vis d’un Empire ottoman qui agonise depuis des dizaines d’années. L’Italie a des visées sur sa frontière est avec l’Autriche, et la Russie songe à se créer un accès à la mer Méditerranée.

Deux alliances se font face : d’un côté, la Triple-Entente avec la France, le Royaume-Uni et la Russie ; de l’autre, la Triple-Alliance entre l’Italie, l’Empire germanique et l’Empire Austro-hongrois. Dans chaque camp, la défense militaire mutuelle est érigée en exergue dans les traités d’amitié.

L’Allemagne imagine l’envahissement de la France en passant par la Belgique. Le chemin est plus long, mais il a l’avantage d’éviter les massifs de l’est de la France. C’est le Plan Schlieffen, qui prévoit de battre notre pays en quelques semaines (la leçon sera-t-elle retenue en 1940 ?). Ce plan tient son nom du comte Alfred von Schlieffen, mort en 1913. Cet officier de l’Etat-major prussien, travaille à la manœuvre depuis 1894. Son idée est assez simple : prise entre la Russie et la France, deux pays de la Triple-Entente, l’Allemagne doit écraser au plus vite la France pour pouvoir ensuite détourner ses armées vers l’est et faire face à la puissante Russie. Et dans un pays aussi grand que l’Empire allemand, le temps de transport, d’acheminement des troupes, de l’ouest vers l’est est une donnée hautement stratégique. De plus, prises à l’ouest dans les Flandres, les forces anglo-françaises n’auront d’autres choix que d’affaiblir les garnisons des Vosges et de l’Alsace. Dans un second temps, une offensive sur ce secteur permettra de faire replier les Français jusqu’en Suisse !

Pour sa part, la France décide, dans le Plan XVII, de respecter la neutralité belge et d’attaquer son voisin en passant par la Lorraine. « Tout ceci n’est qu’une formalité. Aux vendanges nous serons rentrés » entend-on dans les trains qui transportent les régiments de toute la France vers les frontières de l’est.

La bataille des Frontières.

Chacun des belligérants applique son plan. A la différence, que les Français sont surpris par l’attaque allemande sur la Belgique, quand les Allemands résistent bien sur leurs frontières face à nos offensives en Lorraine et en Alsace. Bientôt, les armées alliées (françaises, belges et le contingent du Commonwealth installé en France) sont défaites sur toute la ligne de front. A Charleroi, dans les Flandres, deux-cent-cinquante-mille soldats français sont mis hors de combat en quelques jours ! Il s’agit maintenant pour les Alliés de retraiter vers le sud, sur la Marne, de reprendre des forces, si possible, pour pouvoir envisager de contre-attaquer. Le général en chef de l’Armée française, Joseph Joffre, l’explique aux ministres de la Guerre, qui se succèdent en ce mois d’août 1914 : Adolphe Messimy puis Alexandre Millerand.

Avec des taxis parisiens en guise de véhicules.

Le plan Schlieffen prévoyait d’envelopper Paris par l’ouest mais le général allemand Von Klück infléchit son offensive par l’est, pensant encercler les cinq armées étalées des Vosges à la Marne. Il ne fait pas attention aux Ière et IIème armées françaises (général Dubail et général Curières de Castelnau) qui sont restées stationnées en Lorraine et qui vont être le pivot de la contre-offensive française. Concentrée le long de la Marne, notre VIeme armée commandée par le général Maunoury, et créée par Joffre pour l’occasion, engage les Allemands le 5 septembre 1914, et soutient les combats jusqu’au 9, grâce, entre autres, à l’envoi d’urgence de dix-mille hommes de la garnison de Paris (commandée par le général Gallieni), dont une partie sera transportée par les célèbres taxis parisiens que l’on appellera « Les Taxis de la Marne ».

Au centre du dispositif français, Joffre nomme le général Foch à la tête d’une nouvelle IXème armée, chargée d’éviter toute brèche dans la région des marais de Saint-Gond (ouest du département de la Marne). Du 6 au 8 septembre, les Alliés ne réussissent pas à remporter une victoire décisive. Le 7, le Corps expéditionnaire britannique force le passage du grand Morin, rivière du nord de la Seine-et-Marne, puis le lendemain, franchit le petit Morin et arrive aux bords de la Marne. Au même moment, la cavalerie française de Franchet d’Esperey traverse aussi le petit Morin, alors que Foch doit reculer sur ses positions dans les marais.

Le 9 septembre, Joffre décide d’une nouvelle contre-attaque au nord de Meaux sur l’Ourcq. Il effectue une trouée de cinquante kilomètres dans les lignes ennemies, ce qui permet à la Veme armée et au Corps expéditionnaire britannique d’attaquer les armées Allemandes exposées sur leur flanc en pleine manœuvre, les stoppant et les obligeant au repli sur la ligne Noyon-Verdun le long de l’Aisne.

Le 13 septembre, les Allemands établissent des positions défensives solidement implantées qui figeront le front. Certains diront « Ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue » car elle laisse les vainqueurs maîtres du terrain, mais elle ne peut infliger au vaincu ce sentiment d’infériorité sans espoir qui est la marque d’une défaite définitive. Cependant, la Marne représente la première victoire stratégique de la guerre, car, par leur succès, les Alliés rendent inéluctable pour l’Allemagne une guerre longue et couteuse sur deux fronts.

La contre-offensive de la Marne met en échec le plan Schlieffen, les lignes de défense constituées par les Allemands sur des points tactiquement favorables induisant dans un premier temps une stabilisation durable du front. Mais, dans un deuxième temps, les belligérants vont s’engager dans un épisode connu sous le nom de « course à la mer », chacun cherchant à contourner l’autre par l’ouest. Les attaques s’arrêtent sur le canal de l’Yser et devant Ypres. Ainsi, la guerre de mouvement devient guerre de position.

Sur le monument aux morts du cimetière de Villeneuve-la-Garenne, est inscrit le nom de Pierre Simon, soldat au 265eme régiment d’infanterie. Il est mort au combat à Buissoncourt, en Meurthe et Moselle le 8 septembre 1914. Il est l’un des quatre-vingt-mille tués de la bataille de la Marne.

 

Taxis Marne 

Taxis de la Marne (ECPAD).

 

Thierry Gandolfo.

 

 

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Publié le 22 Février 2011

 

A Antony, figure sur le monument aux morts principal la liste des morts sur les « Théâtres d’Opérations Extérieurs ».

 

La première Guerre mondiale prend fin le 11 novembre 1918. En France, en Allemagne, dans la majorité des pays européens, le gigantesque conflit s’arrête. Il n’en est pas de même dans certains pays, où, après la guerre entre belligérants s’ouvrent des affrontements ici pour des questions d’indépendance, là pour des questions coloniales.

 

Ainsi, les Accords Sykes-Picot sur le partage des influences françaises et anglaises au Levant se heurtent, en 1920, aux nationalismes libanais, syrien et palestinien. Au Maroc, les forces françaises doivent se battre contre des ressortissants de la région du Rif, elles-mêmes s’étant révoltées contre l’occupation espagnole. Des accrochages et des escarmouches ont lieu également en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française.

 

Une décoration est créée : il s’agit de la Croix de Guerre des Théâtres d’Opérations Extérieurs. Elle est remise également pour les soldats qui participent à la guerre d’Indochine, à l’expédition de Suez, aux rebellions de Madagascar ou encore qui sont intégrés dans le corps français pendant la guerre de Corée. Elle est aussi accordée aux militaires qui partent en missions périlleuses dans les pays de l’Europe de l’Est.

 

Récemment, elle a été délivrée à des soldats et officiers ayant particulièrement œuvré dans la cadre de la guerre du Golfe, en 1991, ou pour la protection des habitants du Kosovo, en 1999.

 

Les Antoniens morts pour la France dans le cadre des T.O.E. sont :

 

  • – P. Bergerol.
  • – M. Bottiau.
  • – C. Ducreux.
  • – G. Fremion.
  • – L. Gauthier.
  • – S. Gendron.
  • – G. Greninguey.
  • – H.P. Guichard.
  • – R. Guidon.
  • – P. Metz.
  • – P. Michoux.

 

 

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Rédigé par Souvenir Français des Hauts-de-Seine

Publié dans #La Coloniale

Publié le 19 Février 2011

Le carré militaire des soldats français de la Seconde Guerre mondiale, d’Indochine et des combats d’Afrique du Nord du cimetière de Clichy-Nord présente un monument très émouvant avec un bras en bronze sortant de terre et écrasé par un rocher : allégorie de l’Homme anéanti par la folie meurtrière des grands de ce monde…

 

Sont placées là près de quatre-vingt-dix tombes individuelles de jeunes gens morts pour notre pays. On peut par exemple citer le maréchal des logis chef André Varengo, mort le 16 mai 1940 ; le caporal Ali Damis, mort le 10 juin 1958 ; le FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) Joseph Clisci mort le 7 juillet 1943 ; le caporal-chef Jean Martin, mort le 9 septembre 1956 ; le soldat Jean Montels, mort le 16 mai 1954 ; le lieutenant Jean Gohard, mort le 6 janvier 1941 ; le quartier-maître Henri Delcamp, mort le 5 juin 1940…

 

Le « roi Jean ».

 

De la guerre d’Indochine peu d’événements restent dans la mémoire collective : les négociations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le général Leclerc discutant avec Ho-Chi-Minh, Bigeard et ses paras, la catastrophe finale de Diên-Biên-Phù. L’Indochine, c’était loin, cela ne concernait que les soldats dits « de métier » et c’était le colonialisme. Le parti communiste français savait y faire en matière de propagande. L’Indochine, c’était la « perle de l’orient », mélange d’aventures, de peurs et de fantasmes.

 

Ces dernières années, la France, du moins certains responsables politiques, a passé du temps à ne rappeler que les aspects négatifs de la présence française dans ses anciennes colonies en insistant sur les défaites humanitaires et militaires. La vérité historique est comme d’habitude beaucoup plus complexe et il convient de rappeler les éléments dans leur contexte, à la lumière d’une situation internationale toute autre que celle que nous connaissons aujourd’hui. Oui, la France a fait des belles réalisations en Indochine. Oui, elle a aussi connu des succès militaires.

 

Et dans ce carré militaire de Clichy-Nord, se trouve la sépulture de Jean-Louis Victor Chappe, caporal-chef dans un régiment de spahis marocains. Il meurt le 2 avril 1951, des suites de ses blessures, en Indochine, à l’hôpital Lanessan d’Hanoi. Avril 1951. Voilà cinq mois que le « roi Jean », selon l’expression de l’écrivain Lucien Bodard, a débarqué en Indochine. Au cours de cette année, il va accumuler les victoires contre le Vietminh.

 

 

Jean de Lattre de tassigny - 1889-1952

 

 

 

 

Jean de Lattre de Tassigny, maréchal de France.

 

 

« L’année de Lattre ».

 

Schématiquement, les périodes peuvent être ainsi résumées : jusqu’en 1949, la tactique du Vietminh – du fait de forces limitées – se condense en une série de coups de main et une guérilla « des champs ». Si les Français tiennent les villes, ce n’est pas toujours le cas dans les campagnes.

 

1949 marque un tournant, avec l’avènement de la Chine communiste de Mao, qui arme et finance puissamment ses cousins idéologiques du Vietnam. La guérilla devient une guerre faite de batailles avec des régiments de bo-doïs, eux-mêmes rassemblés dans des divisions. La victoire majeure du Vietminh est la prise de Cao-Bang et de la Route coloniale 4, en septembre 1950. Les Français y laissent plusieurs milliers d’hommes.

 

Le gouvernement français décide d’intensifier la guerre et fait nommer son meilleur général : Jean de Lattre de Tassigny. « Je ne sais qu’une chose, c’est que maintenant vous allez être commandés ! » proclame-t-il en arrivant à Hanoi, au mois de décembre 1950.

 

Le général Giap, commandant en chef de l’armée vietminh, décide de frapper fort en attaquant en plusieurs endroits la zone du delta du Fleuve Rouge, autour de Hanoi. Face à cette approche, de Lattre fait élever des centaines de blockhaus et de points d’appui qui sont autant de postes d’observation. L’avantage de la stratégie du général français consiste en une mobilisation totale du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) dans le but de « casser du Viet ». Il s’agit de redonner le moral aux troupes, déjà lasses des atermoiements politiques. Et de Lattre sait surtout qu’il n’a pas les moyens de placer des forces suffisantes partout où il en faudrait. Il sait aussi que la population de la colonie française est loin d’être totalement acquise à la cause communiste. Il doit en profiter avant qu’il ne soit trop tard.

 

Attaques sur le delta du Fleuve Rouge.

 

Donc, depuis le début de l’année 1951, le général de Lattre de Tassigny marque des points. Toutes les attaques des forces communistes sont repoussées. La reconquête des terrains perdus arrive. Elle commence par la victoire de Vinh Yen où les troupes de Giap laissent sur le terrain près de mille-trois-cent tués, plus de trois-mille blessés. Sa division 308 – la plus aguerrie, la mieux formée – subit là des pertes très sévères. Pour la première fois dans l’Histoire, les bombes au napalm sont employées massivement.

 

Mao Khé est le deuxième épisode. Il se déroule courant mars-avril 1951. Les bo-doïs sont encore défaits. Le delta reste aux mains des Français.

 

La « bataille du Day », du 28 mai au 7 juin 1951, frappe les soldats français au plus profond d’eux-mêmes. Le Vietminh tente encore une fois de faire la différence dans le Delta. L’un des points stratégiques non loin du fleuve Day, est Ninh Binh. Le poste est tenu par un escadron du 1er chasseur, commandé par un certain Bernard de Lattre, fils unique du général en chef. Les combats font rage. Alors qu’il subit des pluies incessantes d’obus, le poste tient plusieurs jours, permettant la victoire du CEFEO. Mais c’est au prix de la mort du jeune lieutenant. On retrouve son corps, criblé d’éclats d’obus. « Jeune officier, tombé héroïquement en plein combat, donnant l’exemple des plus belles vertus militaires à l’aube d’une carrière exceptionnellement brillante, ouverte en France dans la Résistance dès l’âge de 15 ans ». En recouvrant le cercueil de son fils du drapeau tricolore, le général de Lattre ajoute : « En dépit de la promesse faite à sa mère, je n’ai pas su le protéger ».

 

En juillet 1951, à l’occasion d’un discours à Saigon, le général s’adresse aux soldats vietnamiens incorporés dans le CEFEO, avec pour idée de créer une armée vietnamienne digne de ce nom : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

Bien sûr, Giap ne l’entend pas ainsi. Le quatrième volet des batailles de l’année 1951 se déroule à Nghia Lo.

 

La bataille de Nghia Lo.

 

Pierre Dufour, dans son ouvrage Indochine (Ed. Lavauzelle) décrit la situation : « Nghia Lo est le poste clé du système défensif français en Haute Région. Il commande l’accès aux pays thaï, au Laos et aux contrées bordant le Moyen-Mékong. Situé entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire, dans une cuvette de dix kilomètres sur quatre, à environ deux cent cinquante mètres d’altitude, Nghia Lo est un bourg entouré de hautes montagnes atteignant parfois 1.500 mètres. L’endroit présente une topographie faite de massifs granitiques couverts d’épaisses forêts, séparés par des vallées encaissées. Les voies de communication sont limitées : la route fédérale 13, des pistes de montagne praticables seulement avec des guides et un terrain d’aviation qui permet de ravitailler la vallée perdue. La population se compose essentiellement de Thaïs et de quelques hameaux muongs ou annamites ; la montagne est le domaine des Mans et des Meos réputés hostiles au Vietminh ».

 

La garnison française de Nghia Lo est formée par les mille hommes du 1er bataillon thaï, dirigé par le commandant Girardin.

 

Le 28 septembre 1951, la région du poste Sai Luong est attaquée. Ses défenseurs se replient sur la vallée. Deux jours plus tard, les TD 141 et 209 sont signalés. Ils convergent vers la cuvette de Nghia Lo. A l’est, le TD 165 approche également. Les TD sont des Trung Doï ; ils sont composés de quatre bataillons qui peuvent contenir chacun mille hommes. Les TD appartiennent à la division de montagne 312, commandée par le colonel Le Trong Tan.

 

En l’absence du général de Lattre, occupé à demander de l’aide aux Etats-Unis après un passage en métropole, le commandement français est sous l’autorité du général Salan, qui s’y connaît en matière de troupes coloniales ! Il décide de soulager les défenseurs de la cuvette de Nghia Lo en larguant, sur les arrières de l’ennemi, le 8ème BPC (bataillon parachutiste colonial) du capitaine Gauthier et ses cinq cent soixante-treize hommes. C’est l’opération Rémy.

 

La 312 réagit en jetant toutes ses forces dans la bataille. A Nghia Lo, le commandant Girardin est tué, mais ses hommes tiennent bon. Le 4 octobre, le 2ème BEP est à son tour largué (opération Thérèse). Avec le 8ème BCP, il forme le GAP (Groupement aéroporté) nord-ouest sous les ordres du colonel de Rocquigny. Le 2ème BEP est alors composé d’une compagnie de commandement de base, sous les ordres du lieutenant Longeret, du 2ème CIPLE (compagnies indochinoise de la Légion étrangère – capitaine Hélie Denoix de Saint Marc), de la 3ème compagnie (lieutenant Lemaire) et de la 4ème compagnie (lieutenant Louis-Calixte).

 

Le 5 octobre, Rocquigny donne l’ordre au 2ème BEP de se rendre à Bac Co, à six kilomètres du point de chute du bataillon. Les hommes mettent plus de neuf heures à atteindre leur objectif. Le lendemain, le bataillon accroche les bo-doïs à plusieurs endroits. Les combats sont terribles. Face à un ennemi que rien n’arrête, les légionnaires de Lemaire et les paras de Saint Marc usent de toutes leurs armes : baïonnettes au canon, ils repoussent les Vietnamiens dans les attaques incessantes de l’après-midi et de la nuit. Le 8ème n’est pas en meilleure posture : le capitaine Gauthier est grièvement blessé et les pertes sont importantes.

 

Le 6 octobre encore, le 10ème BPCP (bataillon parachutiste de chasseurs à pied), dirigé par le commandant Weil est lui-aussi largué en renfort. Finalement, la division 312 se retire, laissant sur « le carreau » entre mille-cinq-cents et quatre-mille morts chez les bo-doïs, selon les sources.

 

Hélie de Saint Marc : « Les troupes de Giap repassèrent à l’attaque. Elles ne voulaient pas laisser sur leurs arrières un adversaire qui risquait de les gêner dans leur offensive. Durant d’interminables heures, enterrés, nous avons subi les assauts des bo-doïs qui avançaient au coude à coude, en rangs serrés. Giap n’économisait jamais les vies humaines de son camp. Il profitait du nombre. En 1946, Hô Chi Minh avait prévenu le ministre français des colonies, Marius Moutet : « Cette affaire peut se régler en trois mois ou en trente ans. Si vous nous acculez à la guerre, vous me tuerez dix hommes quand je vous en tuerai un. A ce prix, c’est encore moi qui gagne… ». Ce jour-là, le Vietminh voulait anéantir le 2ème BEP à n’importe quel prix. Le syndrome de Cao Bang hantait les esprits de part et d’autre. Nos hommes tombaient, morts ou blessés. Les cadavres vietminhs s’amoncelaient. Nous eûmes le dessus. Les bo-doïs s’éloignèrent ».

 

Le « patron » est mort.

 

L’année 1951 se termine donc sur une série de victoires, bien souvent inconnues, des soldats du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. L’hydre communiste, à défaut d’être vaincue, semble arrêtée. Mais 1952, marque une nouvelle rupture dans la guerre d’Indochine. Le 11 janvier, le général Raoul Salan devient commandant en chef des forces françaises en Extrême-Orient en lieu et place du général de Lattre, qui vient de mourir d’un cancer.

 

Le jour de ses funérailles, dans son village natal de Mouilleron-en-Pareds le 15 janvier 1952, le général Jean de Lattre de Tassigny est élevé à la dignité de maréchal de France. A des milliers de kilomètres de là, des rizières du sud aux collines du Haut-Tonkin, une très grande émotion envahit les soldats français et les supplétifs vietnamiens : le « patron » vient de les laisser à leur sort.

 

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Publié le 14 Février 2011

Déportés Nanterre

 

 

 

Commémoration du Souvenir Français et d’associations d’anciens combattants et patriotiques au Monument Départemental aux Déportés.

 

 

A la mémoire des Déportés.

 

Nanterre abrite pour les Hauts-de-Seine, le Monument Départemental aux Déportés.

 

Avant d’être déportées, des populations entières (étrangers, juifs, résistants, tziganes, homosexuels…) ont été raflées en France, souvent avec le concours direct des forces de police françaises, voire à leur propre initiative.

 

Notre mémoire collective est particulièrement marquée par la rafle du Vel’ d’Hiv, le 16 juillet 1942. Ce jour là plus de douze-mille personnes juives sont arrêtées (quatre-mille-cinquante-et-un enfants, cinq-mille-huit-cent-deux femmes et trois-mille-trente-et-un hommes). Cinq-mille partiront rapidement pour le camp de Drancy et sept-mille seront regroupées et surveillés durant cinq jours par des policiers français dans l’enceinte du Vélodrome d’Hiver, situé dans le 15ème arrondissement de Paris. Cette rafle représente à elle-seule, plus du quart des quarante-deux-mille juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls huit-cent-onze reviendront chez eux après la fin de la guerre.

 

Les rafles.

 

Mais il y eut d’autres rafles avant et après celles du Vel’ d’Hiv.

 

La première grande rafle de juifs a lieu le 14 mai 1941 à Paris. Des milliers de juifs étrangers, polonais pour la plupart, sont convoqués par la Préfecture de police de Paris, à 7h du matin, «pour examen de situation». Ceux qui se présentent, soit trois-mille-sept-cent-dix personnes, sont arrêtées et envoyées dans les camps du Loiret, à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande.

 

La deuxième rafle se déroule du 20 au 25 août 1941, toujours à Paris. Quatre-mille-deux-cent-trente-deux hommes sont appréhendés par des policiers français, sous la direction de militaires allemands. La plupart sont des étrangers, mais il y a tout de même mille-cinq-cent Français parmi eux. Cette rafle conduit à la création du camp de Drancy, situé dans la banlieue nord de la capitale.

 

La troisième rafle a lieu le 12 décembre 1941, à Paris. Sept-cent-quarante-trois juifs, uniquement des hommes, sont arrêtés par des policiers allemands, avec l’aide de policiers français. La plupart des juifs sont Français, tous de milieux aisés : avocats, hommes politiques ou industriels. Ils sont internés pendant une nuit à l’Ecole militaire, puis envoyé au camp de Compiègne-Royallieu.

 

Le 26 août 1942 a lieu la grande rafle de juifs étrangers de la Zone Sud. Par un accord de collaboration policière, le gouvernement de Vichy accepte de livrer aux Allemands dix-mille juifs étrangers qui se trouvent en zone non-occupée. Il livre tout d’abord les juifs internés dans les camps français, puis ceux qui ont été incorporés dans les Groupements de travailleurs étrangers. Cela prend les trois premières semaines d’août 1942.

 

Enfin, une rafle massive est organisée, le 26 août. Toutes les régions de la Zone Sud sont concernées. Les résultats ne sont pas aussi élevés que prévus, car beaucoup de juifs sont prévenus. Ils sont transférés en train jusqu’à Drancy et de là, déportés. Au total, dix-mille-cinq-cent juifs sont transférés de zone non-occupée vers Drancy. Ces déportations depuis la Zone Sud de la France sont les seules en Europe depuis un territoire qui n’est pas occupé par les troupes allemandes !

 

Il y a par la suite de nombreuses autres rafles, mais moins massives. A partir de 1943, le gouvernement français refuse d’apporter son aide à l’arrestation de juifs. Les Allemands doivent se contenter de leurs propres forces de police, ce qui réduit largement l’efficacité des rafles. Elles se poursuivent jusqu’au mois de juillet 1944, juste avant la libération de la France. Entre le 21 et 25 juillet, deux-cent-trente-deux enfants sont arrêtés dans les maisons d’enfants de l’UGIF, par la Gestapo.

 

Un témoignage.

 

Il existe un témoignage poignant et révolté de ce que fut la survie des raflés du 16 juillet ; c’est cette lettre qu’une jeune assistante sociale affectée le 18 juillet 1942 au Vel’ D’Hiv écrivit à son père. Nous vous la livrons in extenso :

 

« Au Vel d'Hiv', 12 000 Juifs sont parqués. C'est quelque chose d'horrible, de démoniaque, quelque chose qui vous prend à la gorge et vous empêche de crier. Je vais essayer de te décrire le spectacle, mais ce que tu vois déjà, multiplie-le par mille, et tu n'auras seulement qu'une partie de la vérité. En entrant, tu as d'abord le souffle coupé par l'atmosphère empuantie, et tu te trouves dans ce grand vélodrome noir de gens entassés, les uns contre les autres, certains avec de gros ballots déjà salis, d'autres sans rien du tout. Ils ont à peu près un mètre carré d'espace chacun quand ils sont couchés, et rares sont les débrouillards qui arrivent à se déplacer de 10 mètres de long dans les étages. Les quelques WC qu'il y a au Vel'd'Hiv' (tu sais combien ils sont peu nombreux) sont bouchés ; personne pour les remettre en état. Tout le monde est obligé de faire ses déjections le long des murs. Au rez-de-chaussée sont les malades. Les bassins restent pleins à côté d'eux, car on ne sait où les vider. Quant à l'eau, depuis que je suis là-bas, je n'ai vu que deux bouches d'eau (comme sur les trottoirs), auxquelles on a adapté un tuyau de caoutchouc. Inutile de te décrire la bousculade. Résultat : les gens ne boivent pas, ne peuvent pas se laver.

 

Le ravitaillement : une demi-louche de lait par enfant de moins de neuf ans (et encore tous n'en ont pas), 2 tartines épaisses de 2 cm de gros pain pour toute la journée (et encore tous n'en ont pas) ; une demi-louche de nouilles ou de purée pour les repas (et encore tous n'arrivent pas à en avoir). Cela va encore, car les gens ont des provisions de chez eux, mais d'ici quelques jours, je ne réponds plus de rien.

 

L'état d'esprit des gens – de ces hommes, femmes et enfants, entassés là – est indescriptible ; des hurlements hystériques, des cris : « libérez-nous », des tentatives de suicide (il y a des femmes qui veulent se jeter du haut des gradins) ; ils se précipitent sur toi : « tuez-nous, mais ne nous laissez pas ici », « une piqûre pour mourir, je vous en supplie », et tant d'autres, et tant d'autres. On voit ici des tuberculeux, des infirmes, des enfants qui ont la rougeole, la varicelle. Les malades sont au rez-de-chaussée ; au milieu se trouve le centre de la Croix-Rouge. Là, pas d'eau courante, pas de gaz. Les instruments, le lait, les bouteilles pour les tout-petits (il y en a qui ont treize mois), tout est chauffé sur des réchauds à méta ou à alcool. Pour faire une piqûre, on met trois quarts d'heure. L'eau est apportée dans des laitières plus ou moins propres. On tire l'eau avec des louches. Il y a trois médecins pour 15 000 personnes et un nombre insuffisant d'infirmières. La plupart des internés sont malades (on est allé chercher même les opérés de la veille dans les hôpitaux, d'où éventrations, hémorragies, etc. J'ai vu aussi un aveugle et une femme enceinte). Le corps sanitaire ne sait où donner de la tête ; de plus, le manque d'eau nous paralyse complètement et nous fait négliger totalement l'hygiène. On craint une épidémie.

 

Pas un seul Allemand ! Ils ont raison. Ils se feraient écharper. Quels lâches de faire faire leur sale besogne par des Français ! Ce sont des gardes mobiles et des jeunes des « chantiers de jeunesse » qui font le service d'ordre. Inutile de te dire ce qu'ils pensent. Nous - assistantes sociales et infirmières – avons reçu comme consigne de nos monitrices : « Surtout ne racontez rien de ce qui se passe ici au dehors ! ». C'est ignoble. On voudrait faire silence autour de ce crime épouvantable !

 

Mais non, nous ne le permettrons pas. Il faut qu'on sache. Il faut que tout le monde soit au courant de ce qui se passe ici. »

 

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

 

 

Sources :

 

André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Seuil, 1997

Léon Chertok, Isabelle Stengers, Mémoires : les résistances d’un psy, Odile Jacob

Lettres et Histoire, Académie de Rouen, http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/spip/

 

 

 

 

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Publié le 3 Février 2011

 Reynier

 

 

Le sergent Edouard Reynier.

 

 

Une frontière naturelle.

 

L’Argonne est une région vallonnée, boisée, dont les collines atteignent une hauteur d’environ trois-cents mètres. Difficile d’accès, l’Argonne est située à cheval sur les départements de la Marne (haute vallée de l’Aisne) à l’ouest, la Meuse (vallée de l’Aire) à l’est et les Ardennes au nord.

 

L’Argonne peut être considérée comme une frontière naturelle entre le Bassin parisien et le Barrois. Celle-ci a d’ailleurs plutôt bien fonctionné au cours des siècles, arrêtant, du moins retardant, la progression des tribus puis des troupes ennemies. En 1791, sur les hauteurs de Valmy, les régiments Kellerman et Dumouriez de la toute jeune République française remportent une victoire retentissante sur les Prussiens, déjà, et sur l’Armée des émigrés.

 

Au cours du premier conflit mondial, l’Argonne joue une nouvelle fois son rôle d’obstacle. Les Français et ses alliés s’en servent comme l’un des points de la contre-attaque contre les Allemands à la fin de l’année 1914, mais pour peu de succès. C’est à l’issue de cette offensive que le Grand Quartier Général admet qu’une victoire rapide est illusoire. Les hommes de Guillaume II se sont puissamment fortifiés et barricadés dans leurs tranchées.

 

En septembre 1915, les armées françaises sous la direction du général de Castelnau repartent à l’attaque des lignes du IIème Reich. En dépit d’un déluge de bombes sur les positions ennemies, les régiments sont cassés les uns après les autres, hachés par les batteries d’en face. En quelques jours, les Alliés perdent près de cent-quarante-mille hommes.

 

Trois années plus tard, à l’automne 1918, une nouvelle offensive est décidée. Sous le commandement de Ferdinand Foch, nommé maréchal et responsable de la globalité des forces alliées, les Américains du général Peshing, appuyés par la IVème Armée du général Henri Gouraud, lancent l’attaque. Rapidement les Alliés gagnent du terrain : en peu de jours, ils progressent de quinze kilomètres. Au début du mois de novembre 1918, les lignes allemandes s’effondrent. Sedan redevient une ville française le 6 novembre. Au prix de vingt-six-mille tués, les hommes de l’United States Army participent glorieusement à la victoire finale contre l’armée de Guillaume II.

 

 

Edouard Reynier.

 

Le limousin Edouard Reynier voit le jour le 10 octobre 1890 à Brive, en Corrèze. Au commencement de la Première Guerre mondiale, il est affecté au 150ème régiment d’infanterie, dont la caserne se trouve à Saint-Mihiel, dans la Meuse. L’unité dépend du 6ème corps d’Armée et de la 40ème division d’infanterie. En janvier 1915, le 150ème est envoyé en Argonne pour tenir les bois de la Grurie, dans le secteur de Bagatelle (qui deviendra le surnom du régiment).

 

Pour mémoire, la Délégation générale du Souvenir Français a publié il y a quelques semaines, sur ce même site, des lettres d’Henry Lange, de Neuilly-sur-Seine, qui était lui-aussi du 150ème RI.

 

L’histoire du 150ème, écrite par un soldat anonyme, a été retrouvée et numérisée : « 1915 : période à jamais mémorable dans l'histoire du régiment. Pendant sept mois, sous les pluies et dans les boues d'Argonne, sur un terrain que la poussée de l'ennemi empêche d'organiser convenablement, le 150ème  soutient victorieusement une lutte incessante contre des troupes puissamment outillées et entraînées à la guerre de siège. A ses nombreuses mitrailleuses et à ses obusiers du début de la campagne, l'ennemi ajoute des engins nouveaux : lance-bombes, lance-mines, pétards, grenades à fusil. Les Français n'ont ni matériels, ni canons de tranchées ; pour tenir tête à l'ennemi, le régiment ne doit compter que sur la bravoure de ses soldats, la valeur et l'abnégation de ses cadres. Une lutte effroyable se poursuit, chaque jour renaissante, assauts impétueux, corps à corps furieux, progression pied à pied, mètre par mètre, défense obstinée d'infimes lambeaux du sol de la Patrie. Attaques et contre-attaques se succèdent sans trêve ni repos et le régiment dispute avec acharnement, à l'envahisseur, un sol bouleversé que les sacrifices de chaque jour rendent chaque jour plus cher. Dans les combats de Bagatelle, nos braves, nos simples soldats de France, sans forfanterie et sans gloire apparente supportent les pires épreuves et réalisent les plus merveilleux faits d'armes. »

 

Le 1er mai 1915, le 150ème RI subit une énième attaque, « d’une violence inouïe » (Journal de Marche du régiment). Après un bombardement intense des premières lignes françaises, les Allemands attaquent en masse. Nos hommes n’ont pas prévu un tel déluge de feu. Ils ne sont équipés que de bombardes et de « pétards », et encore quelques sacs seulement. Rapidement les fantassins ennemis prennent pied dans les boyaux de la première ligne. Aux prix d’exploits isolés et d’un courage dépassant l’entendement, les « biffins » du 150, bientôt appuyés par des renforts des 272ème et 154ème, repoussent les Allemands à coups de fusils et de baïonnettes : « Le capitaine Juge, debout sur le parapet, un pistolet dans la main droite et une grenade dans la gauche, hurle : « Mes enfants, courage, tenez, tenez toujours !». Le lendemain, les officiers s’occupent à remettre de l’ordre dans les « unités forcément mélangées » et en état les fortifications françaises.

 

Les pertes sont évaluées le 3 mai : un officier tué, trois blessés et un disparu ; six sous-officiers tués, trente-quatre blessés et sept disparus ; trente-sept fantassins tués, trois-cent-soixante-et-un blessés et cent-quarante-cinq-disparus. Plusieurs compagnies du 150ème sont anéanties. Le 6 mai, alors qu’il vient de décorer le sergent-bombardier Reynier pour son action dans l’attaque du 1er, le colonel de Chéron, commandant le régiment, est tué par un éclat d’obus. Dernier à quitter le secteur pour la relève, il a laissé passer devant lui la totalité des hommes.

 

Le 150ème RI reprend position quelques jours plus tard. Les échanges de coups de feu sont quotidiens. Le 13 mai 1915, à l’occasion d’un nouvel accrochage, le sergent Edouard Reynier est tué avec deux autres hommes du 150ème RI. Il est placé dans un cimetière militaire.

 

 

Le 11 novembre 2007.

 

Quelques années plus tard, le corps du sergent Edouard Reynier est rapatrié dans un caveau familial sur la commune de Puteaux. Comme il se doit, la famille fait apposer sur la tombe la mention « Mort pour la France ». Puis, la concession vient à échéance. Le Comité de Puteaux du Souvenir Français propose alors le transfert du corps du sous-officier dans le carré militaire. Demande acceptée par la municipalité et réalisée par les services de l’état-civil et du cimetière.

 

Ainsi, au matin du 11 novembre 2007, quatre-vingt-douze ans après sa mort, le soldat retrouve ses camarades de combat pour un repos éternel au cours d’une cérémonie particulièrement émouvante, en présence de Joëlle Ceccaldi-Reynaud, députée-maire de la ville, Den Marais-Hayer, présidente du comité du Souvenir Français, le colonel Pierre de Keraudren, secrétaire général adjoint du comité national, André Labour, délégué général de l’association pour les Hauts-de-Seine.

 

 

Reynier 004

 

  

 

Devant la tombe d’Edouard Reynier, de gauche à droite au premier plan : Den Marais-Hayer, un policier, Joëlle Ceccaldi-Reynaud.

 

 

Den Marais-Hayer.

 

 

 

Sources :

 

·         Histoire du 150ème RI, Anonyme, Frémont, sans date. Retrouvé et numérisé par Jérôme Charraud.

·         Journal de marche du 150ème RI.

·         Pierre Miquel,  La Grande Guerre, Fayard, 1983.

·         Pierre Miquel, La Grande Guerre au jour le jour, Fayard, 1998.

·         Allain Bernède, Les combats oubliés d’Argonne, 14-18 Editions, 2007.

·         Encyclopédie Wikipédia.

·         Encyclopédie Larousse.

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Publié le 30 Janvier 2011

 

Buzenval1870 007

 

 

 

 

Il est des combats et des guerres qui sont presque oubliés et que l’on ne célèbre quasiment plus. C’est le cas de la guerre 1870-1871.Pourtant Colombes et ce qui ne s’appelait pas encore les Hauts de Seine ont connu des combats et en particulier, à Rueil-Malmaison, la bataille de Buzenval (19 janvier 1871), au cours de laquelle 3300 soldats français furent blessés et 700 tués. Deux colombiens étaient parmi eux : Jean Cadoret, blessé, et  Eugène Armand Cahanin, mortellement blessé, qui décéda le 9 février 1871.Ce dernier était conseiller municipal de Colombes et servait au 36ème Bataillon de la Garde Nationale.

 

Durant cette guerre, trois autres colombiens tombèrent sous l’uniforme : François Pottier, Louis Gillet et Edgard Rigaud.

 

En ce 140ème anniversaire de la bataille de Buzenval, c’est pour leur rendre hommage, ainsi qu’à vingt cinq autres soldats inhumés dans le cimetière ancien, que le Comité de Colombes du Souvenir Français a organisé une cérémonie  le 19 janvier 2011 lors de laquelle des fleurs furent déposées sur la tombe d’Eugène Cahanin et au monument aux Morts de 18710-1871 dans lequel reposent les autres soldats par M. Patrice Fichet, président du Comité de Colombes, M. Kamel Essaïed, conseiller municipal délégué, et M. Pierre Nicot, conseiller municipal.

 

Devant les participants réunis ensuite en la salle d’honneur de la Maison du Combattant, M. Patrice Fichet, rappela la signification profonde de la guerre de 18770-1871dans la lignée de l’épopée de Jeanne d’Arc, de la levée en masse révolutionnaire et de la victoire de Valmy. Ce fut la manifestation, déjà, de l’esprit de résistance, avant que ce terme s’écrive avec une majuscule durant la deuxième guerre mondiale. Les bataillons de garde nationale et de mobiles, les unités de francs-tireurs, constitués de citoyens ayant pris les armes, ont écrit aux côtés des autres corps de l’Armée ont écrit des pages de gloire de l’histoire de France.

 

 

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