Publié le 9 Octobre 2011

Guy Manceaux (copyright Arrigosi)

Le sous-lieutenant Guy Manceaux (copyright Arrigossi, Garcia, Garguilo).

 

 

Sous un chêne imposant, donnant des glands gros comme le pouce, la commune de Fontenay-aux-Roses a fait placer une croix et une stèle : « A la mémoire des enfants de Fontenay-aux-Roses morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918. Cette croix a été érigée, ce chêne a été planté pour honorer à jamais en ce champ du repos leur courage et leur devoir ». A côté se trouve le carré militaire, qui comporte une trentaine de tombes individuelles parmi lesquelles on peut citer celle de Guy Manceaux.

 

Guy Manceaux nait le 16 juin 1933 dans le quatorzième arrondissement de Paris. A l’âge de 20 ans, il est admis à l’Ecole Spéciale Militaire Inter-Armes de Saint-Cyr. Il signe un contrat d’engagement pour, selon la formule militaire, « une durée égale au temps qui doit s’écouler jusqu’à la sortie de l’Ecole, augmenté de six ans à compter du 1er octobre 1953 ». En janvier 1954, il est nommé caporal-chef puis sergent à la fin de la même année. Classé soixante-cinquième sur trois-cent-quarante-et-un futurs officiers de l’Armée française, Guy Manceaux choisit l’arme blindée et entame sa spécialisation à partir du 9 février 1955. A la fin du mois de juillet, il « a satisfait aux épreuves de sortie de la 16ème série Saint-Cyr, classé cent-cinquante-quatre sur trois-quarante-et-un » et après un congé de fin d’études il rejoint l’Ecole d’Application de sa nouvelle arme.

 

En septembre 1955, Guy Manceaux reçoit le grade de sous-lieutenant d’active et poursuit sa formation à l’Ecole d’Application de l’Arme Blindée et de la Cavalerie à Saumur. Muté au 18ème RCP (régiment de chasseurs parachutistes) de Pau le 1er juin 1956, il débarque à Alger le 30 du même mois.

 

 

Le 18ème RCP.

 

Héritier du 18ème régiment d’infanterie et du 18ème bataillon d’infanterie parachutiste, le 18ème régiment de chasseurs parachutistes de Pau a pour devise : « Brave 18ème, devant toi l’ennemi ne tient pas ». Sur son drapeau figurent les batailles suivantes, qui montrent sa longévité et sa gloire : Rivoli 1797, Austerlitz 1805, Moskowa 1812, Les Deux-Morins 1914, L’Aisne 1917, L’Avre 1918, Vauxaillon 1918, AFN 1952-1962. Unité de la 25ème division parachutiste, le 18ème débarque à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, dans la région de Tabarka. Il s’agit pour la France de tenter d’empêcher les membres de l’ALN (Armée de libération  nationale) de s’approvisionner et de se réfugier de l’autre côté de la frontière algérienne.

 

Par la suite, le 18ème est repositionné dans le Constantinois et les Aurès.

 

 

La côte 802.

 

Sur le site internet http://parachutiste.18.rcp.free.fr/ géré par un ancien du 18ème RCP, René Mazoyer, les parachutistes Garcia, Arrigosi et Garguilo ont raconté l’embuscade du 12 juin 1957 à Chekfa, département de Constantine

 

«  La côte 802  »

 

« Le 12 juin 1957 l’escadron de reconnaissance du 18°RCP est en opération dans la région de Chekfa (secteur de Djidjelli). Sa mission consiste à effectuer l’ouverture de route menant à Bordj Tahar et à assurer la protection d’un élément du génie équipé d’un bulldozer chargé de la remise en état de la piste. La progression est mise en place avec en tête le 2ème peloton, suivi du 1er et 3ème. Les compagnies du régiment se trouvent dans le secteur en opération de contrôle. Vers 11h l’escadron fait une halte, stoppé par un éboulement de la piste, et le 2ème peloton est remplacé en tête par le 1er commandé par le sous-lieutenant Manceaux (…).

 

L’éboulement est situé dans un virage à deux-cents mètres de la côte 802. Une équipe se met immédiatement au travail pour rétablir le passage sous la protection de ses camarades. A 13h la piste est de nouveau praticable et le 1er peloton reprend sa progression. A partir de cet instant une certaine appréhension gagne les hommes et certains ont un mauvais pressentiment. Les visages sont tendus, et tous redoublent de prudence. Il est 13h15 : arrivé à la hauteur d’une maison forestière sur le bord de la piste peu avant le sommet, le S/L Manceaux donne l’ordre de stopper les véhicules.

 

Les équipages des trois premières jeeps débarquent pour effectuer une reconnaissance. Le terrain est couvert de hauts buissons très touffus et de ronces. Ce lieu est sinistre et peu rassurant. Soudain, une courte rafale de fusil mitrailleur posté en bordure de piste donne le signal d’ouverture du feu. Un fort élément rebelle est en embuscade des deux cotés de la piste. Les paras du 1er peloton sont pris sous un feu croisé. La fusillade d’une grande intensité fait immédiatement plusieurs tués et blessés.

 

L’opération a été minutieusement préparée : les rebelles sont parfaitement embusqués, invisibles depuis la piste et fortement armés. Le radio de la jeep de commandement a juste le temps de signaler l’accrochage avant de s’écrouler, mortellement blessé. Des tireurs postés sur les hauteurs environnantes retardent le débordement d’éléments du 2ème peloton arrivés à pied en renfort. Les quelques survivants du 1er peloton, tous grièvement blessés, se défendent avec courage jusqu'à épuisement de leur munitions et de leur force.

 

Un groupe de rebelle sort de sa position et prend d’assaut les jeeps de tête. Le décrochage se fait rapidement sous les tirs du 75S/R du 2ème peloton. Les rebelles emportent dans leur fuite une mitrailleuse, plusieurs fusils et pistolets mitrailleurs. La fusillade n’a duré que quelques minutes. Les véhicules sont pratiquement détruis, deux jeeps brûlent.

 

Un élément de la 2ème compagnie arrive en renfort et permet l’évacuation des tués et blessés. Une opération d’envergure est montée rapidement, des troupes sont héliportées afin de pourchasser les fuyards. L’escadron de reconnaissance du capitaine Darse a perdu onze tués et six blessés.

 

Les tués sont : le sous- lieutenant Guy Manceaux ; les caporaux chefs Emile Decramer et Pierre Flores ; les parachutistes Raymond Maugras, Louis Dambry, Paul Simon, Lucien Cousin, Richard Biernat, Jean Sotto, Henri Vergez, Michel Peter. Les blessés sont : les sergents Langlois et Legros ; le caporal Faure ; les parachutistes Arrigossi, Lemoine et Latouche. »

 

L’Etat des Services du sous-lieutenant Guy Manceaux mentionne : « Rayé des contrôles du 18ème RCP le 13 juin 1957. Mention « Mort pour la France » accordée ».

 

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Fontenay-aux-Roses : www.fontenay-aux-roses.fr

·         Site sur le 18ème RCP et Guy Manceaux : http://parachutiste.18.rcp.free.fr/

·         Site 1er RCP : www.rcp1.terre.defense.gouv.fr

·         Histoire des parachutistes : www.museedesparas.com

·         Etat de services de Guy Manceaux, obtenus auprès de la caserne Bernadotte de Pau, Bureau Central d’Archives Administratives Militaires.

 

 

 

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Publié le 4 Octobre 2011

 

 

Chaville.jpg

 

Le Comité de Chaville du Souvenir Français nous informe de la tenue de sa prochaine assemblée générale. Elle se déroulera le jeudi 6 octobre 2011, à 19h30, dans le salon d'honneur de l'Hôtel de Ville, au 1456, avenue Roger Salengro, 92370 CHAVILLE. Le président du Comité est Monsieur le colonel Joël Kaigre. Venez nombreux !

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Publié le 24 Septembre 2011

 

Suppletifs-Indochine

 

 

Supplétifs en Indochine (copyright www.chemin-de-memoire-parachutistes.org )

 

 

Parmi les morts de la guerre d’Indochine du carré militaire de Montrouge, se trouve Marcel Vermeulen, soldat du 1er bataillon Thaï (BT), décédé des suites de ses blessures à Hanoi le 7 janvier 1948. Le 1er BT était une unité formée de métropolitains et de supplétifs alors appelés aussi indigènes.

 

Etymologiquement, le terme « supplétif » vient de suppléer, à savoir « qui complète ». Cela est vrai dans tous les conflits : manquant d’hommes, l’empereur Napoléon 1er forme sa Grande armée d’Allemands, d’Italiens, de Belges… C’est vrai pendant la conquête des colonies, ou le recrutement d’hommes locaux permet une vraie intégration au cœur des pays concernés, ne serait-ce que pour des questions de langues, de connaissance du terrain et des coutumes. Les officiers sont généralement européens ; il n’en pas de même des sous-officiers : les archives et documents abondent et montrent souvent des brigadiers, caporaux, sergents (…) issus des populations locales. Et c’est encore vrai au cours de la Première Guerre mondiale, quand la France doit puiser des soldats dans ses colonies pour faire face à un déficit d’homme par rapport aux Empires centraux.

 

En Indochine, ces même éléments font jour rapidement. Dès 1946, le général Leclerc fait appel à la population indochinoise pour combattre le Vietminh communiste. Le lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, du collège Interarmées de Défense explique dans une étude sur cette question trois facteurs essentiels :

 

  • Une question d’effectifs : quand le général Leclerc débarque en Indochine en 1945, il se trouve à la tête d’une force de quelques milliers d’hommes, qui va passer à environ 50.000 soldats puis peu à peu doubler. Mais il en faudrait dix ou quinze fois plus pour surveiller un territoire montagneux, marécageux, difficile d’accès qui s’étend sur plus de 1.500 kilomètres du golfe de Thaïlande à la Chine.

 

  • Une question de moyens financiers : un soldat de la métropole doit être transporté depuis Marseille, être formé pendant de longues semaines et il touche une solde supérieure à celle que peut percevoir un autochtone (le coût de la vie est estimé moindre en Indochine par rapport à la France, sans compter les autres aspects, difficile à admettre aujourd’hui…).

 

  • Une question d’intégration : bien avant le général de Lattre, qui militera en 1951 pour la constitution d’une armée vietnamienne digne de ce nom, le général Leclerc parle de « vietnamisation du conflit ». Les paysans thaïs ou muongs connaissent le terrain ; ils sont familiers du climat et endurent plus que ne le peuvent les soldats de métropole, en dépit de leur entrainement intensif. De plus, la France joue de la haine des peuples des montagnes vis-à-vis des Vietnamiens qui peuplent les plaines et les côtes.

 

En 1950, plus de 40.000 hommes composent les effectifs des forces supplétives : ils sont intégrés dans des CSM (Compagnies de Supplétifs Militaires) des unités du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) comme les bataillons de parachutistes, la Légion étrangère (CIPLE – Compagnie Indochinoise de la Légion Etrangère), les unités classiques de la Coloniale et d’autres unités dont les noms sont évocateurs : bataillons de marche d’Extrême-Orient, bataillons de marche indochinois, régiments de tirailleurs tonkinois, le bataillon annamite, le bataillon des forces côtières du Tonkin, les bataillons muongs, les bataillons thaïs, les bataillons de chasseurs laotiens, le régiment mixte du Cambodge.

 

Mais ils sont aussi intégrés dans des maquis ou des commandos, dans une perspective chère au contre-espionnage français et à ses « forces spéciales ». Ainsi, le groupement de commandos mixte aéroporté (GCMA) implante les maquis Colibri, Aiglon, Calamar et Cardamone en Haute-région (Tonkin), sous la responsabilité du lieutenant-colonel Trinquier. Leur mission : « préparer, organiser, mettre en place et commander des éléments susceptibles de : réaliser des maquis ; des guérillas itinérantes ; des missions spéciales (en particulier de sabotage) par éléments individuels ou équipes très légères infiltrées clandestinement ; monter des filières d’évasion ; participer sur ordre à la guerre psychologique ». Et parmi les commandos, l’un des plus célèbres est le Commando 24, dirigé par l’adjudant-chef Vandenberghe, qui sera cité à l’ordre de l’Armée.

 

Les CSM participent généralement à des missions d’encadrement : surveillance de villages, accompagnement d’unités métropolitaines, ouvertures de voies, repérages, positions d’éclaireurs… De par leur connaissance du terrain, il est assez rare qu’ils passent de secteurs en secteurs. Ils sont actifs dans les combats, connaissent les types de réactions de l’adversaire : « Ils tiennent leur rang » ajoute le lieutenant-colonel Berte. Même si parfois des difficultés d’enrôlement se font sentir ou, pire, des délicats mélanges d’ethnies se terminent par des rixes ou des désertions. Il n’empêche : leurs actions d’éclat sont partout remarquées, mais elles ne font pas – il faut bien l’avouer – souvent l’objet de communiqués de la part de l’Etat-major. Le colonel Rives, dans une publication pour le site internet de l’association ANAI (Association nationale des anciens et des amis de l’Indochine), relève cet exploit : « Le 3 octobre 1953, au Laos, 600 maquisards sous les ordres du lieutenant supplétif Se Co An entreprennent l’opération Chau Quan Tin du nom de Ly Truong, assassiné à Cha Pa par le Vietminh. Assisté d’un commando de 60 hommes, parachuté avec le lieutenant Pham Duc Long, les maquisards reprennent Coc Leu près de Lao Kay, en tuant 150 adversaires ».

 

Au début des années 1950, le développement des armées nationales (Vietnam de l’empereur Bao Daï, Laos et Cambodge) se fait parfois par le transfert de supplétifs. Cela n’empêche pas l’armée française de continuer ses recrutements. En 1954, le CEFEO compte environ 235.000 hommes dont 55.000 supplétifs et les armées nationales (Vietnam, Laos, Cambodge) de l’ordre de 300.000 hommes (dont 45.000 supplétifs). 1954, c’est aussi l’année de l’ultime bataille de la guerre d’Indochine : Diên Biên Phù. A l’issue, les Français qui ont déposé les armes – ils n’ont pas hissé de drapeau blanc ni se sont rendus – sont emmenés dans des camps. Ils sont 11.721 et il en reviendra moins de 3.000. Par contre, nul ne sait, en occident, ce qu’il est advenu des 3.300 prisonniers supplétifs. Les historiens et les anciens d’Indochine pensent qu’ils ont été globalement tous liquidés. Néanmoins, quelques-uns s’en sortent : ils rejoignent les maquis et continuent la guerre contre les vietnamiens. Mais le 21 juillet 1954, après les accords de Genève, les cadres français du GCMA abandonnent leurs hommes aux mains de bodoïs.

 

Le lieutenant Alexandre Le Merre a fait la guerre d’Indochine entre 1950 et 1952 avec des supplétifs. Il raconte la découverte de sa compagnie du 3ème bataillon thaï en 1950 : « Une compagnie de supplétifs avait un tableau d’effectifs de 120 bonshommes. L’armement était léger : 4 FM, 9 PM, 3 pistolets et le reste en fusils (…). Restait la troupe qui, à première vue, était un ramassis ou un troupeau de braves nha qués, désignés comme volontaires par leur chef de village. Mais, à l’usage, ils se révélèrent tous fidèles, gentiment disciplinés, et très fiers d’être des « partisans », terme sous lequel ils se désignaient ; par ailleurs, ils étaient tout contents d’échapper aux corvées et impôts du villageois moyen et à la tutelle des notables locaux, étaient sûrs de manger tous les jours à leur faim, et avaient la fierté de porter un fusil. Aucun sentiment politique, sinon la haine du Viet, c’est-à-dire de l’annamite, venu porter la guerre et ses désolations chez eux, alors qu’ils vivaient en paix depuis cinquante ans, sous l’égide d’une France très lointaine et plutôt mythique. Les Viets ne leur ont pas pardonné cet attachement à notre pays, et la littérature publiée à Hanoi est éloquente : fortement encadrés par les commissaires politiques, organisés en brigades de choc, « on leur a appris à mettre en valeur un pays qu’ils négligeaient ». Puis on les a peu à peu noyés sous des vagues d’émigrants amenés du Delta. Enfin, restait à les accabler moralement, en dressant contre eux les malheureuses minorités, comme les Méos ou les Xas, qu’en bons disciples des colonialistes ils opprimaient et même décervelaient en leur niant toute culture ».

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

Sources :

 

  • Ville de Montrouge : www.ville-montrouge.fr
  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Alexandre Le Merre, Lieutenant en pays Thai, Indo Editions, 2008.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • Francis Agostini, les Unités Thaïes dans la bataille de Diên Biên Phù.

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Publié le 29 Août 2011

 

2e DB à Paris

 

 

La 2ème Division Blindée du général Leclerc défile sur les Champs-Elysées – Août 1944.

 

En ce 67ème anniversaire de la Libération de Paris, le lieutenant-colonel Patrice Fichet, président du Comité de Colombes du Souvenir Français nous propose le témoignage du capitaine Jean Mauras, que nous saluons !

 

« Bien que ce récit puisse paraître à certains peu crédible, il existe encore certainement des témoins qui doivent se souvenir des événements, que ma mémoire (et surtout un carnet de route écrit au jour le jour depuis 1940), vont me permettre de relater aussi fidèlement que possible !

 

Les mêmes détracteurs diront aussi qu’il n’a rien de glorieux ! Mais une vie de soldat m’a appris que la guerre n’est pas faite que d’actes héroïques, et qu’elle réserve parfois des surprises et des actions qui, en temps de paix, seraient sans importance, pour ceux qui les commettent.

 

Après le débarquement à Utah Beach, le 1er août 1944, et la dure campagne de Normandie, mon unité de la 2ème DB (Division Blindée) arrive à Paris dans la matinée du 26 août. L’après-midi, c’est la remontée des Champs-Elysées jusqu’à l’Etoile dans une atmosphère de joie inoubliable, au milieu d’une foule de Parisiens en délire ! Mais la lutte continue car l’ennemi s’est retiré dans la banlieue, et nos unités livrent de durs combats. Ma mission présente comporte la charge fort lourde de ramener des dépôts américains des blindés aux unités engagées en remplacement des chars détruits au combat. Mission délicate, car le personnel dont je dispose ne permet que, selon la formule des marins, « d’armer » les véhicules. Autrement dit, chacun de nous conduit un engin démuni de son équipage de tireur, radio et chef de voiture, et de ce fait, à la merci d’une simple patrouille ou d’un blindé adverse en état de combattre.

 

Je dois exécuter les ordres reçus, mais conscient des risques qu’ils comportent, chaque fois que je le peux, accompagné d’un simple conducteur, je pars faire une reconnaissance de l’itinéraire que j’emprunterai par la suite avec ma colonne de véhicules.

 

C’est ainsi, qu’ayant reçu, dans la matinée, pour mission d’emmener des blindés à nos unités qui combat au nord de la capitale, je décide d’aller reconnaître une route sûre dans l’après-midi du 27 août 1944, avec un Dodge, piloté par le matelot Raymond Sicre. Mais, arrivés sur les quais de Seine, au niveau d’un pont (dont j’appris par la suite que c’était le pont de Gennevilliers), des éléments de circulation de notre division m’informent que nous ne pouvons pas aller plus loin, car les combats font rage à quelques kilomètres au nord. Et on ignore où sont les nôtres et les positions ennemies.

 

Déçu, je décide de retourner à mon cantonnement pour rendre compte de l’impossibilité provisoire d’exécuter la mission. Mais au lieu de prendre le chemin de l’aller, nous suivons la Seine par les quais… direction le bois de Boulogne ! Dans ma tête cependant, je vois mes camarades des chars qui combattent, et je me dis qu’il faut que je les aide en leur amenant ces engins neufs. Chemin faisant, nous arrivons devant un autre pont avec des panneaux : l’un indique Clichy-Paris, l’autre, en traversant le pont : Asnières, Bois Colombes, Colombes.

 

Il n’y a personne. Mais, en nous approchant prudemment, nous constatons que des chicanes sont toujours en place. L’heure tardive (plus de 18h) m’incite à prendre la direction de Clichy. Mais toujours au fond de moi se présente l’image des amis au combat… et mes chars de réserve ! La rue, déserte, soudain s’anime et nous sommes arrêtés. La vue de nos tenues et les insignes de la DB du véhicule dans un premier temps rassurent, puis déchaînent la joie autour de nous. Aux cris de « Leclerc », bientôt c’est la foule. Non sans peine, nous pouvons parler et demander des renseignements et soudain une idée folle traverse mon esprit toujours obsédé par la non-livraison de mes blindés. N’existe-t-il pas une possibilité de rejoindre la zone des combats de l’autre côté de la Seine ? A ma question, on me répond qu’il existe un axe « Colombes-Saint-Denis ». Mais que l’on ignore si la voie est libre et tenue pas les nôtres ! Les scrupules des risques à faire courir à mon fidèle Sicre sont balayés par une déclaration péremptoire : « Lieutenant, on y va ! ». Et c’est ainsi que nous franchissons le pont d’Asnières. La première chicane est libre, mais, soudain, au moment de passer la deuxième (sortie du pont) des hommes en armes nous entourent. L’émotion s’arrête de part et d’autre. Nous, en voyant les brassards FFI, eux, en reconnaissant des « Leclerc » : cris de joie, embrassades. Le scénario de tout à l’heure recommence et, au milieu du tumulte, j’obtiens le silence et je demande à nouveau des renseignements sur mon itinéraire de déviation. C’est alors que l’on me propose de me guider à travers Asnières vers Bois-Colombes. Mes FFI du pont ajoutent qu’ils n’ont rien vu : ni des Allemands, ni des Français, et que nous sommes les premiers « Leclerc » qu’ils accueillent ! Plus loin, on ne sait qu’une chose : qu’il règne un grand calme ! Et qu’il semble bien que les Allemands se sont retirés vers Saint-Denis. Ainsi se confirme à mes yeux l’interdiction qui m’a été faite au pont de Gennevilliers. Mon naturel m’a toujours porté à l’action, et ayant pesé le pour et le contre, ma décision prise, je m’y tiens, quoiqu’il puisse arriver ! Mais j’ai charge d’âmes car en cours d’attaque, que nous pourrions-nous faire, pratiquement sans armes… et un malheureux véhicule ? C’est à ce moment qu’intervient la folle inconscience de nos compatriotes. Dans l’exaltation et l’enthousiasme, chacun veut marcher vers l’inconnu ! Gagnés par cette folie collective, nous avançons au milieu d’une foule de plus en plus nombreuse. Notre pauvre camionnette surchargée roule lentement et partout, ce ne sont que des « Vive de Gaulle ! Vive Leclerc, vive la France ! ».

 

Toujours en tête mon leitmotiv « Colombes-Saint-Denis », je me souviens cependant avoir prononcé « Rue Guerlain » à Colombes, et ces mots entendus par nos guides font qu’après avoir traversé Bois-Colombes, nous atteignons la rue Guerlain ! Pourquoi cette rue plutôt qu’une autre ? Simplement parce que j’ai promis, trois mois plus tôt, en quittant Oran, à ma jeune femme (qui va rester seule) que si le hasard veut que je passe près de Paris, j’irai rassurer sa mère dont elle n’a plus de nouvelles depuis 1941. Et le hasard fait que je suis rue Guerlain où habitent depuis 1870 (date d’arrivée de son arrière grand-mère) la famille et la mère de ma compagne !

 

Je ne peux que l’embrasser et échanger quelques nouvelles car la rue est envahie par les voisins, et comme les « voyageurs » embarqués sont Colombiens, il faut limiter les effusions et aller à l’Hôtel de ville. D’où vient-il et où a-t-il été trouvé ce bien modeste drapeau tricolore du 14 juillet qui est accroché au balcon ? Mystère ! Mais ce dont je me souviens, c’est l’obligation de fêter à grand renfort de breuvages divers et variés l’événement « des Leclerc à Colombes » !

 

Qu’il me soit pardonné : mon axe « Colombes-Saint-Denis » est bien loin – mes idées encore relativement nettes me font admettre qu’à l’heure du moment (plus de 20h), il est hors de question d’aller le reconnaître ! De plus, mon fidèle matelot et la majorité des mes « guides » occasionnels sont hors d’état de conduire, ou de m’indiquer une route quelle qu’elle soit.

 

Un dernier « pot » et  un dernier « vivat » et je songe à prendre le volant et le chemin du retour. De mes souvenirs d’avant-guerre, il me revient à l’esprit, que lorsque je venais en permission voir ma fiancée, je prenais entre Paris et Colombes une ligne de trolleybus, qui partait de la vieille église. Je dois promettre à nos admirateurs de revenir pour m’obliger à tenir ma promesse, certains veulent m’accompagner. Il est vrai que la plupart, rendus euphoriques tant par la joie, l’exaltation, que par les libations me suivraient au bout de la Terre si je le proposais. C’est ainsi qu’avec mon guidage de caténaires « Colombes-Porte de Champerret » j’emmène mon chargement humain au Bois de Boulogne fort tard dans la nuit.

 

Le lendemain, dès que mes idées sont clarifiées, je pars rendre compte « qu’il est risqué d’emmener des blindés sans équipage en renfort, mais qu’il peut y avoir une possibilité par une rocade « Colombes-Saint-Denis » d’approcher au plus près de la zone de combats ». Il m’est répondu que la mission est provisoirement suspendue – et il me semble que l’on ne tient pas compte de mon renseignement. Quelque peu décontenancé, je reviens à mon cantonnement et retrouve mon matelot, mes compagnons (et compagnes, car je dois préciser qu’elles sont présentes et aussi enthousiastes que les Colombiens) de la veille…

 

Il faut bien se résoudre à ramener tous ces gens, d’autant qu’il y a parmi eux des jeunes adolescents et adolescentes !

 

Cette fois, la route indiquée passe par le pont de Neuilly, La Défense, Courbevoie, La Garenne-Colombes. Inutile de préciser que partout, ce n’est qu’effusions, embrassades… Tous veulent nous retenir, mais pour moi, il me faut arriver à Colombes. Ayant quitté le bois à 13h30, nous n’arrivons à l’église de Colombes qu’à 15h30 ! Mais en écrivant le mot « délire », je suis en dessous de la vérité. Voici ce que j’écris sur mon carnet de route : « 15h30. Arrivée à Colombes. C’est du délire ! Une masse de gens monte sur le Dodge (dont les arceaux, entre parenthèses, se sont brisés) et on traverse la ville en tous sens. Pour pouvoir être libre auprès de ta mère, je dois promettre de rejoindre les gens qui assaillent la camionnette ».

 

Tournées de cafés, du presbytère pour une fête de la Croix-Rouge. Et chaque fois, nous devons à nouveau boire à la santé des Alliés, de de Gaulle, de Leclerc… Effusions, ovations, photographies (dont hélas je n’ai jamais pu avoir d’épreuves). Il nous faut parler, répondre à des milliers de questions et toujours… trinquer ! Je me souviens d’un monsieur âgé, des immeubles en briques de l’avenue Paul Bert, qui veut à toutes forces « boire avec les libérateurs » la bouteille de champagne qu’il a conservé pendant l’Occupation pour cela !

 

Aux environs de 20h, je peux enfin retrouver la rue Guerlain. Mais « nos épreuves » ne sont pas terminées, car tous les amis du quartier viennent aux nouvelles et chacun de demander ce qu’est devenue ma femme, comment se passe notre vie en Afrique du Nord depuis 1941…

 

C’est un véritable interrogatoire auquel, malgré la fatigue, nous répondons du mieux possible. Chacun boit nos paroles, veut nous approcher : le pompon de mon fidèle Sicre résiste cependant à l’assaut… mais à quel prix !

 

On réussit à prendre un peu de nourriture chez les voisins, mais notre Dodge est toujours occupé par nos admirateurs. Et pour les satisfaire, nous devons encore une fois faire un tour d’honneur à grand renfort de klaxon, hurlements, cris divers, dans la ville. Le malheureux véhicule est aussi chargé « qu’une voiture de métro aux heures de pointe, lorsqu’un incident a ralenti la cadence de passage des rames ». Tard dans la nuit, nous rejoignons Paris.

 

C’est ainsi, qu’avec Raymond Sicre : un officier et un marin du régiment blindé des fusilliers marins de la Division Leclerc furent les premiers militaires alliés à rentrer dans Colombes, sans l’avoir prévu, en ces deux journées d’août 1944, qu’ils n’oublieront jamais ».

 

 

Capitaine Jean Mauras.

 

 

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Publié le 14 Août 2011

 

STO 3

 

Le tournant de 1942.

 

Début 1942, en conséquence immédiate de la prise de conscience d’une guerre longue et difficile à venir, l’ensemble des territoires occupés par l’armée allemande et leurs ressources économiques doivent désormais être utilisés pour soutenir l’effort de guerre. Fritz Sauckel(8) et son représentant particulier en France, Julius Ritter(9) se voient confier, en mars 1942, la mission de mobiliser la main d’œuvre des pays occupés au profit de l’effort de guerre allemand. En France, Pierre Laval revient à la tête du gouvernement, le 18 avril 1942, sous la pression allemande. Il est aussitôt confronté à l'exigence des autorités d’occupation qui lui réclament 350.000 ouvriers. En juin 1942, le gouvernement français parvient à un difficile compromis avec les allemands, ce qui lui permet, dans un premier temps, de sauver la face devant l’opinion publique française(10). La France fournira immédiatement 150.000 ouvriers en échange de 50.000 prisonniers de guerre, rendus à leur foyer. C'est la « Relève ».

 

Afin de justifier cette politique auprès de l’opinion publique, une opération de propagande accompagne, le 11 août 1942, à Compiègne, l'arrivée du premier train de prisonniers : 1.200 agriculteurs qui resteront les seuls bénéficiaires tangibles de cette politique. Elle n’obtient pourtant pas le succès escompté en dépit des avantages accordés aux volontaires (salaires élevés, prime de séparation). Fin 1942, les résultats sont donc loin d’être à la hauteur des espérances. Furieux de ce manque d’efficacité, Fritz Sauckel refuse d'appliquer l'accord de juin 1942 permettant le retour de prisonniers de guerre. Pour obtenir des résultats concrets, le gouvernement va devoir employer des méthodes de plus en plus coercitives vis-à-vis de la population française. Par une loi du 16 février 1943, Laval met en place le Service du travail obligatoire pour les jeunes gens nés en 1920, en 1921 et en 1922(11). Des sanctions sont prévues pour les réfractaires. Les exigences allemandes se font chaque fois plus sévères. En 1943, Fritz Sauckel réclame désormais un million de travailleurs. Une seconde loi en février 1944 durcit encore la situation. Elle réquisitionne tous les hommes de seize à soixante ans et toutes les femmes sans enfants de dix-huit à quarante-cinq ans si leur maintien dans un emploi en France n'est pas indispensable à l'économie nationale.

 

Les travailleurs sont envoyés dans des établissements industriels allemands(12) pour remplacer une main d’œuvre non qualifiée. Au total, un peu moins de 650.000 français vont partir travailler en Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944. Les estimations les plus récentes considèrent que 35.000 d’entre eux y ont perdu la vie(13). Au cours de cette période, la France sera, en nombre d’hommes mobilisés, le troisième contributeur européen à l’effort de guerre allemand après la Pologne et la Russie. A la différence de ces deux pays ayant perdu toute autonomie politique, l’Etat français se distinguera et organisera, pour le compte de l’occupant, l’envoi en Allemagne des travailleurs français. En plus des personnes relevant strictement du service du travail obligatoire, la situation des personnes impliquées dans le travail au service de l’Allemagne comprend des situations diverses. Les victimes du S.T.O. ne sont les seules à travailler pour l’Allemagne. Au cours des deux premières années d’occupation, la propagande allemande essaye d’attirer volontairement en Allemagne une main d’œuvre désœuvrée et qualifiée. Au début de 1942, 60.000 personnes travaillent déjà en Allemagne. Au total, en sus des requis du S.T.O., environ 200.000 personnes seront des travailleurs volontaires et 250.000 prisonniers de guerre seront utilisés de gré ou de force comme travailleurs sur le territoire allemand.

 

On le voit les lignes de démarcation entre les statuts ne sont pas si claires. Cette difficulté a contribué à des controverses durables dans l’après guerre. Comme en témoigne l’histoire désormais célèbre de Georges Marchais, secrétaire général du Parti Communiste Français (1970-1994), il fut accusé après la guerre d'avoir été volontaire en Allemagne chez Messerschmitt et non pas envoyé au S.T.O contre son gré. Selon son biographe, Marchais ne fut ni volontaire ni requis du S.T.O. Il fut muté en Allemagne par l'entreprise qui l'employait déjà en France depuis 1940. Son parcours est comparable au sort de milliers de Français, contraints de travailler pour les Allemands en France ou en Allemagne.

 

Au final, les résultats obtenus part les autorités françaises en termes de travailleurs réellement envoyés en Allemagne n’ont jamais satisfait complètement les exigences des autorités allemandes. le S.T.O. apparaît donc comme un double échec, tant du point de vue du Reich que pour la politique de collaboration du gouvernement de Pierre Laval. D’abord destinée à adoucir le traitement réservé à la France, la collaboration doit également assurer une nouvelle place favorable dans l’Europe sous la domination du Reich de l’après guerre. Cette politique et ses conséquences pour les jeunes français fut largement une illusion. Le travail obligatoire a provoqué, en 1943, la première fissure grave entre la population et Vichy. Il figure au premier rang des reproches adressés au régime. Si la majorité des Français peut conserver une attitude attentiste jusqu’en 1943 et se référer à l’image rassurante du Maréchal, le service du travail obligatoire va désormais obliger les individus à prendre position pour ou contre Vichy. Se soumettre implique de devoir partir travailler pour l’Allemagne. Le premier effet tangible du S.T.O. a donc été de jeter dans la Résistance une part très importante des jeunes gens menacés. Beaucoup d'entre eux préféreront rejoindre les maquis plutôt que de partir pour l'Allemagne. On peut considérer que cette loi de 1943 a d’abord été un magnifique cadeau pour les capacités de recrutement de la Résistance intérieure. Des actions d’éclats ont été menées spécifiquement contre le service du travail obligatoire. La mémoire d’une des actions les plus célèbres de la Résistance est conservée par une plaque gravée à l’entrée du ministère du Travail. Le 25 février 1944, au siège du S.T.O., 3, place de Fontenoy, un commando dirigé par Léo Hamon pénètre dans les locaux et réussit la destruction du fichier administratif des appelés de la classe 42, appelés à partir travailler en Allemagne(14).

 

Après la guerre.

 

Après la guerre, les enjeux de mémoire ont provoqué une dernière controverse importante et a concerné le statut juridique des victimes du S.T.O. La loi du 14 mai 1951 a créé un statut donnant aux victimes du service du travail obligatoire en Allemagne la qualité de personnes « contraintes au travail en pays ennemi ». La fédération regroupant les français astreints au travail obligatoire a choisi le titre de « Fédération nationale des déportés du travail ». Les associations de déportés ont intenté des actions judiciaires contre l'appellation choisie par les anciens du S.T.O. Un arrêt de la Cour de cassation en date du 23 mai 1979 a interdit à cette fédération d'user des termes de déporté ou de déportation. Saisie de nouveaux recours, la Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a confirmé le 10 février 1992 ses arrêts précédents, en déclarant que « seuls les déportés résistants et les déportés politiques, à l'exclusion des personnes contraintes au travail en pays ennemi », pouvaient se prévaloir du titre de déporté. C'est donc cette jurisprudence qui s'applique actuellement.

 

A l'occasion des cérémonies marquant le cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1995, le retour des victimes du S.T.O. a été tout spécialement célébré le 11 mai 1995 à Paris au cimetière du Père-Lachaise, face au mémorial où repose une victime inconnue du Service du Travail Obligatoire. Dernière avancée, un arrêté en date du 16 octobre 2008, a accordé une carte officielle aux victimes du Travail Forcé en Allemagne nazie.

 

 

 

Luc Tessier

Docteur en économie – Enseignant à l’Université Paris-Est, Marne-la-Vallée.

 

 

Sources :

·         Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

·         Homburg Heidrun, Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543..

·         Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manoeuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

·         Jean Quellien, Bernard Garnier Françoise Passera Collaboration(s), La Main-d'oeuvre Française Exploitée par le IIIe Reich (2003) 704 p. (2003) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) CNRS : UMR6583 – Université de Caen

·         Patrice Arnaud, Les STO - histoire des Français requis en Allemagne nazie, Paris, CNRS Editions, 2010, 592 p.

·         Jacques Evrard, La Déportation des travailleurs français dans le IIIe Reich, Fayard, Les grandes études contemporaines, Paris, 1972.

·         Patrice Arnaud, Les Travailleurs civils français en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale : travail, vie quotidienne, accommodement, résistance et répression, thèse de doctorat, Université de Paris-I, 2006, 1942 p.

·         Jacques Martin, Carnets de guerre, en collaboration avec Julie Maeck et Patrick Weber, 2009, Casterman.

·         Françoise Berger, L’Exploitation de la main-d’œuvre française dans l’industrie sidérurgique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, Revue d'histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 2003.

·         J.-P. Azema & F. Bedarida dir., La France des années noires, 2 vol., Seuil, 1993 (rééd. 2000)

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande 1940-1944, Seuil, 1995

·         J. Jackson, La France sous l'Occupation, 1940-1944, Flammarion, Paris, 2004

·         J.-P. Azéma, De Munich à la Libération, Le Seuil, Paris, 1979 (Nouvelle Histoire de la France contemporaine), 5e éd. rev. et aug., 1996

·         J.-P. Azéma & F. Bédarida dir., La France des années noires, 2 volumes, Le Seuil, Paris, 1993

·         J.-P. Azéma & O. Wieviorka, Vichy et les Français, Fayard, Paris, 1992  Vichy 1940-1944, Perrin, Paris, 1997 / M. O. Baruch, Le Régime de Vichy, La Découverte, Paris, 1996

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande, Le Seuil, Paris, 1995 / É. Conan & H. Rousso, Vichy un passé qui ne passe pas, Fayard, Paris, 1994

·         Le Régime de Vichy, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 2007.

·         La Main-d'œuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque international de Caen (novembre 2001), Centre de Recherche d’Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, J. Quellien et F. Passera

 

Notes de lecture

[1] « un des aspects les plus surprenant de cette guerre est que Hitler ait voulu éviter à son peuple les épreuves que Churchill et Roosevelt imposèrent au leur sans hésiter » P.304, Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

2 Id page 311

3 Homburg Heidrun. Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543.

4 On peut citer le cas de l’entreprise AIR-ÉQUIPEMENT à Bois-Colombes fin 1942, des techniciens, ouvriers et tourneurs, ont été arrêtés sur leur lieu de travail ou bien convoqués et enfermés à la caserne Mortier à Paris, avant leur départ pour Berlin. Les parents et familles ont été avisés par courrier de leur apporter bagages et nécessaire pour y passer la nuit.

5 Le cas des usines Morane-Saulnier est exemplaire. Ses dirigeants refusèrent en 1940 la collaboration économique immédiate avec l’occupant, les ateliers furent mis sous tutelle et en partie démantelés par l’armée allemande. Des ateliers de maintenance aéronautique et une fabrication d’appareils allemands furent conservés en France pour les besoins de la Luftwaffe sous un contrôle absolu de l’occupant. Ces ateliers furent très durement bombardés par l’aviation alliée et ne purent jamais redémarrer à la Libération en raison de la disparition totale de l’outil de production.

6 Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manœuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

7 Un colloque international d’histoire a été organisé à Caen en décembre 2001 pour aborder le problème de l'exploitation de la main-d'œuvre française par le Troisième Reich dans la totalité de ses dimensions. Ainsi, tout en accordant une place centrale au travail obligatoire, institué par les lois de Vichy de septembre 1942 et février 1943 (créant le STO), d'autres formes de travail pour le Troisième Reich ont été examinées : le volontariat, dont l'importance a longtemps été sous-estimée ; le travail, en France même, dans les usines ou les multiples chantiers ouverts par les Allemands, en premier lieu ceux du Mur de l'Atlantique. Sous l'angle politique, le Service du Travail Obligatoire a fortement contribué à renforcer l'hostilité envers l'occupant, mais aussi à détacher de nombreux Français du régime de Vichy et de sa politique de collaboration. Enfin, a été posée la question des enjeux de mémoire, notamment autour du statut des requis, contraints de renoncer au titre de "déportés du travail" et à la longue bataille menée par leur fédération en vue d'obtenir la reconnaissance officielle de la nation et une certaine réhabilitation auprès d'une opinion parfois portée à les considérer avec distance

8 Fritz Sauckel (1894-1946) était un responsable nazi. Il organisa les déportations de travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne. En 1946, Il fut condamné à mort pour crimes de guerre au procès de Nuremberg et pendu.

9 Colonel SS, il est abattu le 28 septembre 1943 par un commando de résistants appartenant au groupe Manouchian. Leur destin a été popularisé par un texte de louis Aragon et mis en chanson par Léo Ferré.

10 Voir le site internet http://www.universalis.fr/encyclopedie/service-du-travail-obligatoire/

11 François Cavanna, fils d’émigré italien, évoque magnifiquement le S.T.O. dans un de ses romans à succès, « Les Russkoffs », éditions Belfond, prix interallié 1979. Envoyé à Berlin, il est affecté à la fabrication d'obus, où il rencontre Maria, une jeune Ukrainienne, son grand amour des années 1943-45. Il décrit également la violence particulière appliquée par les autorités allemandes envers les travailleurs de l’Est.

12 Certains d’entre eux seront également affectés dans l’administration, les chemins de fer allemands ou beaucoup plus rarement dans l’agriculture.

13 Le nombre exact de victimes du STO a fait l’objet de nombreuses exagérations. Le chiffre donné ici est le plus prudent, il comprend les victimes de guerre, les décès liés aux mauvaises conditions de vie et les exécutions.

14 Il est paradoxal de noter qu’il s’agit là d’une des contributions principales de Vichy à la reconstruction de l’appareil administratif français d’après guerre. Les premiers travaux de suivi statistique de la production industrielle et les premières constitutions de fichiers concernant la main d’œuvre ont été organisé pendant l’occupation par cette administration pour les besoins de la planification de la production de guerre et pour répondre aux exigences allemandes. Ils seront à l’origine de la création de l’INSEE dans l’immédiate après guerre.

 

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Publié le 14 Août 2011

 

Comme toutes les communes des Hauts-de-Seine, et d’ailleurs, La Garenne-Colombes a eut à souffrir du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les victimes civiles de ce conflit, et qui sont nombreuses dans le carré militaire de cette ville, figurent bien souvent des hommes morts en Allemagne du fait de ce STO.

 

Exploiter les ressources françaises.

 

La relation qui s‘établit entre la France et l’Allemagne à partir de la défaite de juin 1940 se caractérise par une mise en exploitation progressive de l’ensemble des ressources de la France au service de l’Allemagne. Si le S.T.O. n’en constitue qu’un aspect parmi d’autres, il s’inscrit dans un contexte plus global de collaboration économique de la France au service de l’Allemagne. Malgré l’ampleur des spoliations, il ne fut jamais pour le IIIème Reich qu’un pis -aller destiné à redresser une situation de son économie de guerre de plus en plus difficile. Du côté français, malgré tous ses renoncements, le gouvernement de Vichy ne fut jamais en mesure de s’opposer aux exigences allemandes, ni même en situation de les satisfaire pleinement.

 

Entre septembre 1940 et la fin 1941, pendant la première partie de l’Occupation, les autorités allemandes se contentent d’une politique de pillage des actifs économiques les plus intéressants. Du point de vue de l’armée allemande, la France doit d’abord fournir des moyens économiques nécessaires à de futures campagnes militaires. Au cours de cette période, des usines jugées stratégiques sont mises sous séquestre, les matières premières et les machines outils sont emportées en Allemagne. Albert Speer, un des principaux dirigeants nazis et artisan majeur de la mobilisation économique du Reich, a souligné, à plusieurs reprises dans ses mémoires(1) cette vision trop optimiste et surtout erronée d’une guerre à court terme. Dès 1942, il estime qu’il manque, dans l’industrie allemande, un million d’hommes nécessaire à la production de guerre(2). Il déclarera, après la guerre, que le retard pris par l’Allemagne pour la mobilisation totale de ses ressources productives en 1940 et 1941 fut certainement sa plus grande erreur stratégique à l’origine de sa défaite finale. Il exercera une influence déterminante dans le glissement rapide d’une politique de pillage vers une politique plus rationnelle de mise en exploitation maximum du potentiel économique des pays occupés.

 

Dans cette nouvelle configuration, l’industrie française doit assurer une fonction primordiale de sous-traitance auprès de l’industrie allemande. Dès l’été 1941, dans les secteurs jugés prioritaires, les entreprises françaises sont submergées par les commandes de leurs partenaires du Reich. Cette politique ne se met pas en place sans quelques contradictions et ratages, y compris du point du vue de l’occupant et de l’efficacité économique des moyens industriels à son service(3).

 

Collaboration économique active.

 

A partir de 1942, une collaboration économique active de la part des entreprises françaises, des carnets de commandes pleins et des flux de production orientés quasiment exclusivement vers l’Allemagne ne les protègent pas systématiquement des réquisitions possibles d’outillages et de personnels(4). Si la France ne subit pas les mêmes exactions et la mise en coupe réglée des territoires situés à l’Est, le pays devient pourtant le meilleur fournisseur industriel de l’Allemagne. Il utilise pleinement sa main-d'œuvre pour cette production : plus de deux millions de salariés travaillent en France pour le compte de l’Allemagne. Les indemnités journalières prévues par la convention d’armistice s’élèvent à environ 400 millions de francs par jour dont une part très importante sert à financer les achats allemands. Ainsi en 1943, en France, 50% du trafic ferroviaire, 80% de la sidérurgie, 85% de la branche automobile, 90% de l'aéronautique, l'essentiel du BTP sont au service exclusif de l'effort de guerre allemand. Des secteurs moins directement stratégiques ont également largement contribué à l’effort. Ainsi sur l’ensemble de la période 1940-1944, l’industrie électrique française a assuré plus de 30% de son activité à partir des commandes allemandes.

 

De tels niveaux de production ne peuvent pas être réalisés sans une acceptation, voire une recherche systématique, des commandes allemandes. La collaboration économique du patronat français a fait l’objet de nombreuses enquêtes et poursuites judiciaires à la Libération. A la décharge des industriels, ils n’ont pas à l’époque de nombreux choix alternatifs. Les usines refusant de collaborer avec l’occupant risquent la réquisition immédiate, voire le démantèlement et le transfert des outillages vers l’Allemagne dès lors qu’elles comportent le moindre intérêt stratégique pour l’occupant. L’armée allemande est, à cette période, le seul client payant ses factures rubis sur l’ongle. La justification principale avancée après-guerre pour la défense des industriels à la collaboration économique est plus subtile : la production locale au service des commandes de l’ennemi permettait de conserver une production nationale à destination du marché français. Non sans une part de vérité, il s’agissait de protéger l’emploi local et l’outil de production sur le territoire. Ces argumentaires de défense seront très souvent utilisés par des directions d’entreprises. Le cas de Louis Renault est emblématique de la période. Il meurt en octobre 1944 certainement victimes de mauvais traitement dans sa cellule à la Prison de Fresnes. Son crime n’est pas d’avoir organisé la réouverture de ses usines au service de l’Allemagne mais d’avoir utilisé la période pour mener une politique de répression antisyndicale qui a conduit directement plusieurs militants syndicaux de l’entreprise en déportation. Pour éviter un chômage de masse, la production chez Renault redémarre en octobre 1940 avec l’assentiment de la CGT. Les usines Renault sont alors un cible évident pour les alliés et très largement détruites par un bombardement anglais en 1942(5).

 

A Lyon, Les usines Berliet suivent la même trajectoire et la même accusation de répression antisyndicale conduira Marius Berliet en prison. Le second argument de défense des industriels souligne l’importance des actions de résistance menées dans les ateliers. Le sabotage et le freinage de la productivité sont des moyens certains de se soustraire aux exigences allemandes. Pour lutter contre ces résistances, les autorités allemandes ont systématiquement renforcé leur contrôle sur la production. En septembre 1943, à la suite d’un accord signé entre Albert Speer et Jean Bichelonne, le ministre français de la production industrielle, les entreprises françaises les plus stratégiques mobilisées dans la production de guerre sont directement placées sous le contrôle d’une entreprise allemande « marraine » chargée de diriger l’ordonnancement des productions, y compris dans certains cas avec l’envoi de techniciens allemands pour superviser directement les ateliers sur place.

 

Remplacer les travailleurs allemands.

 

A partir de l’année 1942, les premières difficultés sérieuses rencontrées par l’armée allemande sur le front russe amènent le gouvernement du Reich à accentuer la pression exercée sur la population allemande. Un nombre croissant de travailleurs allemands, non indispensables à la production industrielle, sont mobilisés et envoyés au front en Russie. L’Allemagne nazie perd alors rapidement ses illusions d’une guerre courte et victorieuse permettant d’épargner à la population civile des efforts démesurés. En raison de la diminution rapide de la main d’œuvre nationale disponible, les entreprises du Reich se voient contraintes à utiliser une main d’œuvre étrangère, souvent très peu formée, pour éviter la paralysie totale de leurs activités ou, pire encore, la réquisition administrative de leurs usines par les autorités. Leur situation et leurs options ne peuvent pourtant se réduire à la seule contrainte exercée par les autorités politiques. Dans certains cas, les stratégies d’optimisation économique des capacités de production et de rentabilité ont pu amener les entreprises allemandes à privilégier l’emploi systématique d’une main d’œuvre de travailleurs étrangers forcés plutôt que de recourir à des investissements beaucoup plus coûteux pour développer leur production(6). Elles choisissent alors clairement de substituer le capital par du travail bon marché.

 

Entre 1939 et 1945, au fur et à mesure de la dégradation de la situation économique et militaire du Reich, il est possible de caractériser une trajectoire des grandes entreprises industrielles allemandes. Au-delà de toute considération morale, la situation de ces entreprises évolue d’une situation relativement favorable au début de la guerre où la production civile et militaire est réalisée exclusivement avec des travailleurs allemands, vers une situation de plus en plus dégradée du point vue de l’efficacité industrielle. L’utilisation massive de travailleurs étrangers peu coopératifs pour assurer une production de plus en plus militaire et de moins en moins civile n’a pas contribué à optimiser l’efficacité de l’appareil industriel ni à satisfaire les besoins de base de la population, entrainant par là même un divorce progressif entre la population allemande et le gouvernement.

 

Dans les derniers mois de la guerre, la situation catastrophique du Reich amènera les dirigeants industriels allemands à utiliser presque systématiquement des travailleurs forcés pour simplement assurer une production minimum d’armement. Le déplacement à l’Est, pour des raisons de sécurité, des activités industrielles très menacées par les bombardements massifs des anglo-américains est organisé à grande échelle. Les plus grandes entreprises allemandes utilisent alors systématiquement des travailleurs fournis par l’administration SS des camps de concentration avec les résultats humains que l’on connait. Pour autant, ces entreprises n’ont pas complètement perdu certaines marges de manœuvre. Les travaux des historiens allemands ont montré que les conditions matérielles d’existence des travailleurs forcés recouvrent une grande diversité de situations locales en raison des comportements personnels des ingénieurs, des contremaitres et des chefs d’entreprises en charge de l’organisation pratique de l’exploitation de la main d’œuvre(7).

 

STO 2

 

 

 

 

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Publié le 7 Août 2011

Anori

 

 

Sous le patronage du général de division Patrick RIBAYROL,

Commandant les écoles militaires de Draguignan,

Commandant l’École  de l’Infanterie,

 

le lieutenant-colonel (h) Patrice FICHET, président,

et les membres du conseil d’administration de l’ANORI

ont l’honneur de vous convier à assister

aux cérémonies de la célébration de la Saint Maurice, patron des Fantassins,

 

 

le vendredi 16 septembre 2011     : Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe

(Rassemblement terminé à 17h45 en haut des Champs Elysées)

avec la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et mécanisés

et la fanfare du 27ième BCA

 

***

 

le samedi 17 septembre 2011 à 16h au Fort-Neuf de Vincennes

 

Dépôt de gerbe à la plaque en l’honneur des élèves des Préparations Militaires

à l’initiative du Conseil de Région Ile de France de l’UNOR (rassemblement terminé à 15h45)

 

Commémoration des combats de SIDI-BRAHIM

et cérémonie de transmission du Drapeau des Chasseurs du 27ème BCA au 7ème BCA

 

 

 

 

A l’issue,

 

Buffet amical de la FNAC

Grâce à l’hospitalité de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et mécanisés, il est possible, dans la limite des places disponibles, de participer au buffet amical qui clôturera la journée au Château de Vincennes (prix 18€ par personne). Inscription obligatoire avant le 5 septembre 2011.

 

*

 

 

Pour toute ces manifestations :

 tenue 21 (interarmées C) ou civile sombre - Se munir de cette invitation

RSVP à l’aide du bulletin ci-joint avant le 5 septembre 2011.

 

Pour de plus amples informations et éventuellement les modifications de dernière minute des cérémonies, connectez vous sur le site de l’ANORI : http://anorinfanterie.free.fr

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Publié le 15 Juillet 2011

 

 

 

 3ème RIMA - 1960

 

 

 

Marsouins du 21ème RIMA – 3ème section – Secteur d’Aïn Zerga en 1960 (copyright Jean-Pierre Vanneau).

 

 

Une enfance châtenaisienne.

 

Parmi les quatorze tombes du carré militaire du cimetière « nouveau » de Châtenay-Malabry, figurent Jean-Louis et François Benoit. « Bien sûr ce sont les jumeaux ! » ont été les premiers mots entendus quand nous avons commencé à chercher des renseignements. Et l’Etat civil a donné son verdict. Jean-Louis Henri Maurice Benoit est né le 8 mars 1939 à Paris, dans le 13ème arrondissement. Il est le fils de Maurice (il n’y a que cette indication) et Marthe de Bonnedeau, domiciliés à Châtenay-Malabry, rue Claude Monet. Quant à François Guy Benoit, il nait le 27 juillet 1939 à Douala, au Cameroun. Il est le fils de Guy Charles Benoit et d’Emma Dupuy.

 

« C’était bien des jumeaux », indique Monsieur Jean-Claude Laronde, aujourd’hui porte drapeau du Souvenir Français de Châtenay-Malabry. « Du moins, rectifie-t-il, il y aurait à redire. Nous étions ensemble à l’école élémentaire Thomas Masaryk de Châtenay et peut-être bien que le premier à les avoir appelés les jumeaux était le maître d’école. Et après, nous avons tous pris cette habitude. On ne se posait pas plus de questions que cela. Nous n’avions qu’une dizaine d’années… En plus, comme il y avait une certaine ressemblance, on n’est jamais allé chercher plus loin. Par la suite, je les ai perdu de vue ».

 

Par la suite, comme la très grande majorité des jeunes gens qui ont vingt ans à la fin des années 1950, direction l’Algérie !

 

  

Embuscade à Bir-Rezala.

 

Les informations inscrites sur l’état signalétique et des services de François Benoit, fourni par le Bureau central d’archives administratives militaires de la caserne Bernadotte de Pau, signalent un « appelé à l’activité » le 2 septembre 1959. Le jeune homme est affecté au Groupe de Transport n°500 pour ses classes. Nommé brigadier le 1er février 1960, il est transféré à la 281ème Compagnie de Circulation Routière le 29. Le 21 juin 1960, il embarque à Marseille et arrive à Philippeville, en Algérie, le lendemain. Il est alors nommé à la 3ème compagnie du 43ème régiment d’infanterie.

 

Le 43ème RI, descendant de l’illustre « Régiment des vaisseaux » créé sous l’Ancien régime, en 1638, fait à l’origine partie de ces unités chargées de servir sur les bateaux et dans les colonies. L’un de ses premiers chefs de corps est le cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu. Juste retour des choses en 1960…

 

Cette année-là marque la fin du plan du général Challe qui aboutit à la victoire de l’armée française sur le terrain, même si au global la situation est loin d’être pacifiée : les attentats continuent ; çà et là, des groupuscules font régner la terreur. La France a maintenant près de 400.000 hommes sur le terrain et cela ne suffit toujours pas. Toute victoire militaire ne peut rien sans solution politique. La situation semble inextricable. Le général de Gaulle le sait plus que quiconque. A Alger, Joseph Ortiz et Jean-Jacques Susini montent les Français les uns contre les autres. Le 14 juin, le président de la République française demande une nouvelle fois l’arrêt des combats et parle ouvertement d’un vote d’auto-détermination du peuple algérien sur son avenir.

 

François Benoit n’a que faire de la politique. Il est militaire. Il obéit aux ordres donnés par son supérieur. Quotidiennement, il participe avec son escouade à ces opérations de pacification, que l’on appelle à l’époque « de maintien de l’ordre ». Placé dans le secteur de Djidjelli, il tombe malheureusement dans une embuscade le 26 juillet 1960 dans la région de Bir-Rezalla et y est mortellement blessé. A titre posthume, il reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme.

 

Chez les marsouins.

 

Jean-Louis Benoit est appelé le 4 mai 1959 et est affecté au 2ème régiment de marche du Tchad. Libérable le 1er novembre 1960, il est maintenu sous les drapeaux, selon l’article 40 de la loi du 31 mars 1928, réactivée en 1956 par le gouvernement de Guy Mollet, et est alors dirigé le 14 novembre vers le 21ème RIMA (régiment d’infanterie de marine). Il devient marsouin, nom donné aux militaires de ces unités et provenant de ce petit cétacé qui accompagne souvent les navires (les militaires de l’infanterie coloniale ne participant à la navigation).

 

Jean-Louis Benoit débarque à Bône, en Algérie, le 15 novembre 1960. Au premier jour de l’année 1961, il est nommé au grade de caporal. Galons qu’il a peine le temps de fêter : il est tué le 24 février 1961, dans la région de Bekkaria.

 

Le Journal officiel du 17 juin 1961 publie le décret du 10 juin par lequel Charles de Gaulle, président de la République, décrète la médaille militaire à Jean-Louis Benoit, caporal au 21ème régiment d’infanterie de marine : « Chef de voiture particulièrement courageux et mordant, dans la nuit du 24 au 25 février 1961, comme chef de patrouille, s’est porté avec rapidité malgré les tirs de mortiers, de mitrailleuses et de canons S.R., au secours du poste de « Pharandole » (zone sud-est Constantinois) attaqué. Arrêté par des éléments rebelles infiltrés près du barrage, a riposté immédiatement avec sa mitrailleuse puis avec son half-track d’appui. S’est élancé sous un tir très dense à hauteur du premier véhicule du peloton blindé d’intervention pour lui désigner les emplacements repérés. A été mortellement blessé dans cette action au cours de laquelle il a montré toutes ses qualités de chef. Restera pour ses camarades, un exemple permanent de courage et du dynamisme. Cette concession comporte l’attribution de la croix de la valeur militaire avec palme ».

 

Deux frères ? Deux cousins ? Finalement, peu importe. Pour l’éternité, François et Jean-Louis Benoit sont l’un à côté de l’autre dans le petit carré militaire de Châtenay-Malabry.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

·  Ville de Châtenay-Malabry : www.chatenay-malabry.fr

·  Informations et entretiens avec Monsieur Torre et Monsieur Laronde, Châtenay-Malabry, mars 2011.

·  Site : http://copainsdavant.linternaute.com  : page de Jean-Pierre Vanneau.

·  Etats signalétiques et des services de François Benoit et Jean-Louis Benoit, fournis par le Bureau central d’archives administratives militaires (Caserne Bernadotte de Pau).

·  Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·  Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·  Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·  Georges Fleury, Nous les combattants d’Algérie, François Bourin Editeur, 2010.

 

 

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Publié le 2 Juillet 2011

 

 

Congres national 2011 009

 

 

Paulette Levalleur-Steudler et Roger Levalleur au congrès national du Souvenir Français – Paris, avril 2011.

 

 

L’engagement.

 

Avril 2011 : à l’occasion du congrès national de notre association, nous rencontrons Paulette Levalleur-Steudler et son époux Roger. Membres du Souvenir Français de Neuilly, ils sont de toutes les commémorations et se consacrent sans relâche au Devoir de Mémoire.

 

Paulette Levalleur : « Il y a un grand nombre d’années, j’ai rencontré, lors d’un dépôt de gerbes au cimetière ancien de Neuilly, un personnage portant le drapeau du Souvenir Français. Après une courte discussion, je me suis engagée avec mon époux au Comité de Neuilly-sur-Seine». Mais en fait, l’engagement patriotique de Paulette Levalleur remonte au début de la Seconde Guerre mondiale, en ces temps où ceux qui suivaient un certain général de Gaulle n’étaient pas si nombreux…

 

Paulette Levalleur : « Je suis née à Saint-Leu-la-Forêt le 11 mai 1921 d’une maman française d’Alger et d’un papa suisse, de Neufchâtel. Mon père ayant trouvé une situation à Londres, notre famille le rejoignit en Grande-Bretagne en septembre 1936. J’ai été élevée dans le culte de la France une et indivisible, comme le dit si bien notre constitution de 1958, et dans l’amour de la Patrie. Pour mes parents le respect des valeurs et le caractère sacré de leurs drapeaux respectifs étaient des éléments essentiels. Nous avons vécu l’invasion de la France avec douleur et déchirement. Aussi, quand le général de Gaulle a lancé son appel en juin 1940, je n’ai pas hésité et je me suis engagée dans les Forces Françaises Libres ».

 

Les Forces Françaises Libres sont créées par le général de Gaulle le 1er juillet 1940. Elles sont divisées en trois unités : les forces terrestres, navales et aériennes. Les forces terrestres sont formées de soldats de métier et d’appelés de l’armée de terre française, qui rejoignent Londres comme ils peuvent, des hommes du colonel Béthouart, commandant le corps expéditionnaire en Norvège (ils viennent de remporter la bataille de Narvik mais ont dû laisser le pays aux troupes du Reich) et de civils qui s’engagent. De moins de 2.000 hommes en juillet 1940, elles passent rapidement à plus de 3.000 le mois suivant. Les forces navales rassemblent environ un millier de marins sous le commandement de l’amiral Muselier, et les forces aériennes regroupent environ 300 pilotes et mécaniciens.

 

Trois années plus tard, les Forces Françaises Libres seront fortes de près de 75.000 hommes !

 

Paulette Levalleur : « L’engagement était naturel pour moi. Je ne sais même pas si j’ai réfléchit aux conséquences de mon acte. J’ai donc signé selon la formule en vigueur : « Pour la durée de la guerre, plus trois mois ». J’étais affectée à des tâches de secrétariat aux services du Renseignement. Tous les jours, je venais travailler au quartier général de la France Libre à Delphin Square. J’y rencontrai des personnages extraordinaires. Par exemple, le colonel Passy (NB : André Dewavrin, qui mit en place les services secrets de la France Libre) était un grand personnage, aimé et apprécié de nous tous, ainsi que le colonel Rémy (NB : Gilbert Renault fut l’un des agents secrets français les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale). Et puis, bien entendu, plusieurs fois par an, nous avions l’honneur de prises d’armes et de revues devant le général de Gaulle. Je travaillais sur toute une série de dossiers. J’œuvrais entre autres dans le cadre de la correspondance avec la Résistance, pour indiquer des mouvements de troupes, des emplacements de rampes de V1 et de V2…».

 

 

Retour en France.

 

Paulette Levalleur : « En 1944, je débarquai à Arromanches avec les membres du service. Je fus affectée à la DGER, Direction générale des Etudes et Recherches puis à la Direction générale des Services Spéciaux, la DGSS ».

 

Pièce du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), créé à Londres par le général de Gaulle et le colonel Passy, la DGER fut constituée en 1944 et administrée par Jacques Soustelle, avant de devenir en 1946 le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), qui sera actif – et célèbre – de sa création jusqu’en 1982. Quant à la DGSS, elle résulte aussi de la fusion du BCRA avec des membres des services de renseignements, fondés sous le régime de Vichy puis organisés par le général Giraud à Alger à partir de 1943.

 

Paulette Levalleur : « Mais je ne restai pas très longtemps au sein de ces services. On me proposa un poste au sein de l’American Army, sous le commandement du colonel Brunschvig, dans une mission de liaison, pour remplacer une secrétaire qui était alors très malade ».

 

 

Au sein de la Shell.

 

Paulette Levalleur : « Je ne restai pas très longtemps non plus membre de l’American Army. Dès que je fus libérée de mes obligations militaires, je rentrai à la société des pétroles Shell, comme secrétaire de direction bilingue. J’y effectuai 35 années de bons et loyaux services, du 14 février 1946 au 31 mai 1981. Avec un patron de nationalité britannique, je pouvais relater mes années de jeunesse à Londres !

 

A la Shell, j’étais fondatrice et présidente de la Section Equitation de notre club sportif. Je donnais des leçons, généralement le soir ; parfois le samedi et le dimanche. Un jour, c’était en 1951, un beau jeune homme vint prendre quelques leçons. Et voilà comment quelques temps plus tard, Roger devint mon mari ! ».

 

Aujourd’hui, Paulette Levalleur-Steudler est chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, médaille de la France Libre, médaille de la Reconnaissance Française, médaille d’or de la Jeunesse et des Sports, médaille de Vermeil du Souvenir Français, Administratrice nationale honoraire de la FNCV (Fédération Nationale des Combattants Volontaires), membre de nombreuses associations patriotiques, dont l’Union des Gaullistes de France.

 

 

 

 

 Paulette Levalleur

 

  

Paulette Steudler, à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale (copyright FNCV).

 

 

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Publié le 26 Juin 2011

 

Bagneux - cimetiere parisien

 

Avec Pantin et Thiais, Bagneux fait partie de ces trois communes qui accueillent un cimetière pour les Parisiens. Inauguré en 1886, il est situé sur un terrain où se déroulèrent pendant la Guerre franco-prussienne de terribles combats. Combats d’ailleurs principalement entre Français, puisqu’ils opposèrent les Fédérés (Communards) aux Versaillais. La taille du lieu est imposante : le cimetière s’étend sur 61 hectares, soit 115 divisions et comporte près de 83.000 concessions ! A titre de comparaison, il est par exemple une fois et demie plus grand que le Père-Lachaise.

 

Le cimetière parisien de Bagneux comporte quatre carrés militaires :

 

  • - 9ème division : carré militaire de morts pour la France de la Première Guerre mondiale.
  • - 19ème division : tombes de soldats français de 1914-1918 et de 1939-1945 ; mais des soldats anglais (35 tombes), belges (5 tombes) et allemands (86 tombes) s’y trouvent également.
  • - 20ème division : tombes de soldats morts à la fin du premier conflit mondial (Seconde bataille de la Marne ; morts dans les hôpitaux parisiens ; morts de la grippe espagnole).
  • - 40ème division : tombes de soldats morts pour la France de la Second Guerre mondiale.

 

Les sépultures de ces carrés militaires – environ 2.500 tombes – sont entretenues par le Souvenir Français de Paris, sous l’autorité de Monsieur le général Jean-Jacques Bougerol.

 

En outre, de très nombreuses stèles et monuments sont présents dans ce cimetière, entre autres, à la mémoire des Juifs tués ou exterminés dans les camps nazis. Citons par exemple :

 

  • - L’Association des marchands forains et petits commerçants juifs : « A la mémoire de ses membres et de leurs familles victimes du nazisme – 19140-1945 » (80 noms sont inscrits).
  • - La Société mutuelle du Carreau du Temple : « En hommage à ses membres déportés victimes de la barbarie nazie » (48 noms sont inscrits).
  • - Les amis de Varsovie-Ochota : « Gloire et honneur aux héros et martyrs du ghetto de Varsovie – A la mémoire de nos chers parents victimes de la barbarie nazie » (303 noms sont inscrits).
  • - L’Association française des Bessarabiens : « A la mémoire de leurs héros tombés glorieusement au combat et dans les camps d’extermination 1939-1945 » (198 noms sont inscrits).
  • - « A l’honneur des martyrs juifs de Tarnow » (218 noms sont inscrits).
  • - Union des amis de Lodz : « Que le souvenir de nos martyrs reste à jamais gravé dans nos cœurs – A la mémoire de nos 230.000 compatriotes de Lodz, de nos chers sociétaires, parents, frères, sœurs, enfants et amis martyrisés et sauvagement exterminés par les barbares hitlériens – 1939-1945 » (255 noms sont inscrits).
  • - « Les amis de Pulawy et environs à leurs camarades déportés morts dans les camps nazis » (143 noms sont inscrits).

 

Et tant d’autres encore…

 

 

Source :

 

o    Encyclopédie Wikipédia.

o    Relevés des stèles et des morts pour la France du cimetière parisien de Bagneux : http://www.memorial-genweb.org/

o    Site national du Souvenir Français : www.souvenir-francais.com

o    Site sur les cimetières : www.landrucimetieres.fr

o    Site de la ville de Paris : www.paris.fr

o    Information sur les carrés militaires du cimetière parisien de Bagneux : http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/

 

 

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