Publié le 14 Avril 2011

"Un petit boulonnais dans la guerre".

Daniel Jouin, président du comité du Souvenir Français de Boulogne-Billancourt a recueilli le témoignage de Monsieur Jacques Dubois, maire-adjoint honoraire de la ville.

 

 

« La découverte récente d’une bombe de 500 Kg non explosée à Billancourt nous rappelle que la ville a subi plusieurs bombardements très meurtriers durant la Seconde Guerre mondiale. Présent dans la ville pendant toute la guerre j’en garde un souvenir très précis.

 

J’avais dix ans à la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. On s’y attendait depuis la signature du pacte germano-soviétique qui laissait les mains libres à Hitler pour envahir la Pologne et poursuivre sa conquête de l’Europe. On ne parlait que de cela sur les plages des vacances et, nous, les enfants, nous comprenions très bien la menace que cela représentait. Dès la déclaration de guerre à l’Allemagne (suite à l’invasion de la Pologne) on s’attendait à ce que les centres industriels de France et d’Angleterre soient bombardés et il était prévu d’évacuer les enfants vers la campagne. Pour Boulogne-Billancourt un plan d’évacuation était organisé vers la Creuse. Mon frère et moi avons été accueillis par une tante dans sa propriété de Normandie ».

 

« N’oublie pas ton masque à gaz ».

 

« Aucune menace ne s’étant réalisée, nous avons regagné notre appartement de la rue Paul Bert et repris le chemin de l’école de la rue de Billancourt à la rentrée du 1er octobre 1939 avec notre masque à gaz.

 

 

En effet, la Grande guerre ayant inauguré l’emploi des gaz asphyxiants, tous les pays en guerre se préparaient à cette éventualité et les populations civiles des centres urbains avaient reçu des masques à gaz. Je me souviens très bien quand j’ai été chercher le mien avec ma mère et mon frère au poste de secours organisé dans le sous-sol de la mairie. Ce masque (made in Tchécoslovaquie, alors occupée par le Reich !) non seulement puait le caoutchouc mais nous donnait, comme à l’avance, une tête de mort.

 

Nous ne devions pas nous séparer de la grande boite en fer qui le contenait et que nous emmenions avec notre cartable à l’école. Nous ne réalisation pas vraiment la menace que supposait cet engin de guerre. Comment penser que des gens pouvaient imaginer de tuer par gaz des petits écoliers pacifiques ? Si les bombardements aux gaz des populations civiles n’ont pas eu lieu, les gaz ont servi à l’extermination des juifs et résistants dans les camps nazis.

 

Le premier bombardement, vécu comme écolier, est un raid de l’aviation allemande sur les usines Citroën en juin 1940. Nous étions en classe lorsque la sirène retentit. C’est sagement, en rang que nous nous sommes dirigés vers les abris qui étaient prévus pour les élèves de l’école Billancourt, dans le square Henri Barbusse sur l’emplacement actuel de la patinoire et de la piscine. Ces abris étaient de simples tranchées recouvertes de dalles de béton qui n’assuraient qu’une illusoire protection contre les bombes. Le dimanche suivant nous sommes allés en famille voir les dégâts occasionnés surtout à Paris. L’avenue de Versailles avait été particulièrement touchée et offrait un spectacle de destruction que nous avons vu à Boulogne-Billancourt lors des bombardements suivants.

 

Après le retour à une certaine tranquillité en 1941, nous, les enfants, avions repris une vie d’écolier presque normale. Le masque à gaz restait à la maison. Nous souffrions de dures restrictions et le ravitaillement nous obligeait à de queues interminables et pénibles dans le froid. Nous pensions que la guerre nous avait oubliés ».

 

Le 3 mars 1942.

 

« Ce fut donc une brutale surprise quand, le 3 mars 1942 vers 21 heures, le hurlement sinistre des sirènes placées sur la terrasse de la mairie nous fit prendre le chemin des caves et des abris. Nous étions réfugiés dans notre immeuble du 21 rue Paul Bert qui accueillait aussi, outre les locataires, des habitants du quartier.

 

Immédiatement après la sonnerie de l’alerte les premières vagues de bombardiers larguaient leurs bombes à basse altitude, par vagues successives. Dans l’abri, non éclairé, régnait une lourde angoisse. A chaque série d’explosions on rentrait la tête dans les épaules en attendant la vague suivante. Personne ne parlait on n’entendait seulement des prières et des «Je vous salue Marie » que récitaient certains. Quand la vitrine de la boutique non loin de nous s’effondra à grand bruit de verre brisé, on cru notre dernière heure venue. Après plus de deux heures le bruit des avions cessa et on pu regagner son logement mais la ville retentissait de sirènes d’ambulances et de voitures de police.

 

Le lendemain matin mon frère et moi nous nous présentâmes à l’école rue de Billancourt comme d’habitude. Mais l’accès nous était interdit par un soldat allemand casqué et armé d’une mitraillette car des bombes étaient tombées sur l’école et les élèves devaient être accueillis dans d’autres écoles. C’est ainsi que j’ai été affecté à l’école de la rue Fessart pendant plusieurs mois.

 

Nous avons parcouru la ville pour constater les dégâts. Des immeubles entiers étaient effondrés. C’était notamment le cas d’un grand immeuble de la rue de Paris dont les habitants étaient encore sous les décombres. On disait que certains avaient été noyés par l’eau des gazomètres qui avaient été détruits près du pont de Sèvres. L’hôpital Ambroise Paré était rasé. La petite église de Billancourt qui datait de l’Empire était en ruine.

 

Ce fut le premier bombardement en France occupée par les alliés. Il en eu bien d’autres par la suite ».

 

Le 4 avril 1943.

 

« Un an après, le 4 avril 1943, Boulogne-Billancourt subit un autre grand bombardement effectué, celui-là par l’aviation américaine et en plein jour par un beau dimanche après-midi. Après le bombardement du 3 mars 1942 une grande partie de la population avait quitté Boulogne-Billancourt pour se mettre à l’abri mais il restait encore de nombreuses familles sur place.

 

Le bombardement nous surpris rue de l’ancienne Mairie, devant l’église Sainte-Thérèse, où la troupe scoute se préparait pour une sortie au parc de Saint-Cloud. Il ne dura que quelques minutes comme si les équipages qui volaient à haute altitude étaient pressés d’échapper à la défense antiaérienne. Elle s’était d’ailleurs considérablement renforcée depuis le bombardement de 1942.

 

La bombe qui tomba près de l’église à quelques dizaines de mètres de moi me précipita dans la crypte. Elle éclata heureusement dans la terre meuble du jardin du curé en faisant un entonnoir énorme mais ne tuant miraculeusement personne. Toute la troupe s’était réfugiée dans la crypte sous le clocher avec les prêtres de la paroisse.

 

Hélas ce bombardement coûta la vie à notre mère qui périt dans le hall d’un immeuble du boulevard Jean- Jaurès où elle avait cherché refuge et où périrent plusieurs personnes. Notre père, quant à lui, échappa miraculeusement à la mort. Les dommages furent considérables en pertes humaines et beaucoup de Boulonnais quittèrent définitivement la ville. Il y eut encore plusieurs bombardements en septembre 1943 puis ils cessèrent. Les alliés préférant, dans la perspective du débarquement, choisir des cibles ferroviaires.

 

Entretemps j’avais intégré le lycée Jean-Baptiste Say à Auteuil où les cours étaient fréquemment interrompus par les alertes aériennes qui nous contraignaient à gagner les abris situés dans les caves des grands immeubles du quartier et ce, parfois plusieurs fois par jour. Puis les cours s’espacèrent jusqu’au printemps 1944 où on commençait à voir circuler des pistolets et autres révolvers de cartables en cartables à la barbe des miliciens cantonnés rue d’Auteuil.

 

Un détachement de la Division Leclerc entré dans Boulogne par le pont de Sèvres nettoya la ville des éléments de SS qui s’étaient retranchés dans les ruines de l’hôpital.

 

Les Boulonnais étaient libérés.

 

Plusieurs des aînés des scouts routiers de Billancourt, et habitant notamment dans la cité du Point du Jour (aujourd’hui Pierre Grenier), s’engagèrent immédiatement dans la 2ème DB qu’ils accompagnèrent au Bourget où de durs combats se déroulèrent après la libération de Paris. Malgré leur inexpérience, ils furent de vaillants combattants, certains obtenant même la Croix de guerre au feu.

 

Je veux rendre hommage à ces camarades scouts dont on a oublié le courage ».

 

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Publié le 13 Avril 2011

 

Le samedi 2 et le dimanche 3 avril 2011, s’est tenu au Cercle militaire de la place Saint-Augustin à Paris, le congrès national du Souvenir Français.

 

Devant une assemblée forte de la très grande majorité des délégués généraux et d’un très grand nombre de présidents de comités, le congrès a débuté par une réunion du conseil d’administration et des délégués généraux de notre association. Le samedi après-midi l’assemblée générale s’est déroulée, avec en premier lieu, le rappel de nos représentants disparus au cours de l’année écoulée. Puis, des indications sur le rôle du délégué général, sur la quête, les assurances, le passage de textes dans la revue ont été mentionnées.

 

Bien entendu les rapports financiers et moraux ont été présentés.

 

Avec la nomination de Monsieur Jean-François Bureau, ancien directeur de la Délégation à l’Information et à la Communication de la Défense, le Souvenir Français a pour objectif de développer les actions de communication.

 

Pour les projets en cours, il convient de citer, entre autres :

 

  • - le carré de Montrouge : il comprend 150 tombes de 14-18 en très mauvais état. Il va être rénové. Cette rénovation sera concrétisée en liaison avec la municipalité. L’inauguration se ferait en août 2014.
  • - Monument des OPEX : un monument, situé à côté de Verdun, a été réalisé à la mémoire des Français tombés dans les Balkans. Il est susceptible d’être dévolu au Souvenir Français par l’association propriétaire « Les Veilleurs de la Paix ». Cependant, son implantation géographique ne possède pas un sens symbolique porteur. Aussi a-t-il été envisagé de le déplacer et d’en faire un monument national à la mémoire des morts de toutes les Opérations Extérieures.
  • - Cimetière de Blercourt : dans la Meuse, il s’agit de 66 tombes en déshérence qui avaient été restituées aux familles. Inauguration prévue le 25 juin 2011.

 

Par la suite, après un défilé des membres du congrès derrière plus d’une centaine de drapeaux, le général Cuche, président du Comité de la Flamme, et le contrôleur général Delbauffe, président-général de notre association, ont ravivé la Flamme du Soldat inconnu. Enfin, le dimanche matin, à 11 heures précisément, s’est déroulée la messe solennelle en l’église du Val de Grâce à Paris.

 

Retrouvez toutes les photographies du congrès national, dans l’album intitulé « 2011-04-03, congrès national » ; vous y verrez, entre autres, les délégations des comités des Hauts-de-Seine. Bonne visite !

 

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Publié le 11 Avril 2011

 

 

 

Chaville Drapeau

 

 

 

 

Le président du Comité de Chaville, le colonel Joël Kaigre :

"Monsieur le délégué général,

Mesdames et Messieurs les élus,

Chers amis,

Je tiens à vous remercier toutes et tous pour votre participation à cette émouvante cérémonie.

Je vous transmet une photo qui vous rappellera ce moment important dans les magnifiques locaux de notre ville.

Je remercie vivement le président Dova et Jean-Jacques Guillet, député maire de Chaville, qui ont bien voulu parrainer cette cérémonie et André Labour, délégué départemental du Souvenir Français des Hauts de Seine, qui nous a offert ce magnifique drapeau".

 

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Publié le 9 Avril 2011

"Au bataillon Zatopek" !

 

A Vaucresson, le comité du Souvenir Français, présidé par François Goure, en collaboration avec la municipalité, a répertorié l’intégralité des sépultures privées ayant un Mort pour la France et a mis au point une plaque à l’entrée du cimetière permettant de les repérer.

 

Le dernier nom figurant sur cette plaque est celui d’Albert Zareski, né à Paris le 23 février 1930 et mort en Indochine le 21 janvier 1950, à Pho Tarch dans le centre de l’Annam, non loin de Hué. Albert Zareski était un parachutiste du 6ème BCCP (bataillon colonial de commandos parachutistes).

 

Les parachutistes coloniaux.

 

Les bataillons de parachutistes coloniaux (BPC et BCCP) ont une histoire complexe et mouvementée. Le point de départ généralement admis est la rencontre entre le général de Gaulle et le capitaine Georges Bergé.

 

Georges Bergé nait en janvier 1909 dans le Gers, à Belmont. Formé à l’Ecole de l’Infanterie et des Chars de Saint-Maixent, il est par la suite détaché de l’armée de terre dans l’armée de l’air, au groupe d’infanterie de l’Air n°601. Mais des problèmes de santé l’obligent à renoncer à sauter en parachute et il revient à son arme d’origine en 1938. Blessé lors des premières batailles de la Campagne de France en mai 1940, il est évacué vers l’arrière puis dans sa Gascogne natale. Là, écoutant le discours du général de Gaulle, il s’embarque et rejoint les Forces Françaises Libres en juin 1940. Le capitaine Bergé propose au général de compléter l’armée en formation en créant une unité de parachutistes.

 

Ainsi nait la 1ère compagnie d’infanterie de l’air. L’une de ses premières missions parachutée – nommée « Savannah » – consiste à créer un embryon de la Résistance à Bayonne. Par la suite, la compagnie se couvre de gloire à l’occasion d’opérations au Levant (1941) ; en Crète, en Lybie et en Tunisie (1942) ; en Belgique (1944). Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, l’unité est envoyée en Bretagne. Grâce à l’appui des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), ce sont près de quatre-vingt-cinq-mille Allemands qui sont retenus dans la région. De fait, ils ne peuvent venir en aide à leurs camarades de Normandie. La compagnie aéroportée signe là une de ses victoires majeures. Quelques mois plus tard, la compagnie participe à la bataille des Ardennes, puis est parachutée sur la Hollande.

 

Devenue brigade de parachutistes SAS (sur le modèle des Special Air Service anglais), elle s’illustre lors de son premier séjour en Indochine. Mais la guerre allant crescendo dans cette colonie française, le grand commandement français décide de créer en 1947, à partir de la 25ème division aéroportée, un groupement colonial. Il prend le nom de Demi-brigade coloniale de commandos parachutistes. Son premier chef de corps est le colonel Massu.

 

Les BPC.

 

Pour faire face aux besoins en hommes, et aux relèves nécessaires, des bataillons de parachutistes coloniaux viennent compléter la demi-brigade : le 1er, le 2, le 3, le 5, le 6, le 7 et le 8.

 

L’histoire du 6ème commence par sa création à Quimper le 16 avril 1948. Il est alors composé d’une compagnie de commandement et trois groupes de commandos et regroupe environ six-cent-cinquante hommes. Le 6ème BCCP débarque à Saigon le 28 juillet 1949, pour être envoyé dans le centre de l’Annam, région située entre le Tonkin, au nord, et la Cochinchine, au sud. Les accrochages et les embuscades sont fréquents. Comme à toutes les unités d’élite, des missions difficiles sont demandées au 6ème BCCP : raids dans la jungle, ouvertures de routes, de voies de chemin de fer ; remontées de cours d’eau. Les résultats sont là, rapides, car le Vietminh n’est pas encore cette puissante armée qu’il va devenir dans quelques mois grâce à l’aide de la toute nouvelle Chine communiste.

 

A la fin de l’année 1949, le bataillon est envoyé au col des Nuages, dans la cordillère annamitique. Sitôt la nouvelle année fêtée, il progresse dans l’intérieur du pays dans le cadre de l’opération Albert, puis, quinze jours plus tard soutient son premier saut opérationnel. Le 20 janvier, les groupes de commandos 1 et 2 sautent sur Binh-Anh. C’est à cette occasion qu’Albert Zareski trouve la mort.

 

En octobre de la même année, le 6ème BCCP devient le 6ème GCCP : groupement colonial de commandos parachutistes. L’unité est citée à l’ordre de l’Armée : « Brillante formation de commandos parachutistes, qui, sous les ordres du chef de bataillon Vernières, a mené sans relâche, depuis août 1949, dans tous les secteurs du Centre Vietnam, un combat rude et obstiné ». Puis, le 1er mars 1951, l’unité devient 6ème BPC. Avec une première durée d’existence assez courte puisque le bataillon est dissous au moment de son rembarquement pour la métropole en août 1951.

 

Mais c’est pour mieux renaître en juillet 1952, sous les ordres d’un tout jeune chef de bataillon qui va rapidement se faire connaître du grand public : Marcel Bigeard. « Nous passons deux mois exténuants à marcher dans les rizières, l’eau jusqu’à la taille, à vérifier chacun de nos pas pour ne pas tomber dans un piège viet, à fouiller les villages en craignant toujours les tireurs embusqués. Nous opérons des actions coups de poing dès que nous repérons une concentration ennemie. Mon bataillon se rode. Les plus jeunes s’habituent au feu, mes vieux briscards retrouvent leurs sensations. Je suis fier de mon unité » (Marcel Bigeard, dans ses mémoires posthumes Ma vie pour la France, Ed. du Rocher). Et le bataillon s’illustre partout où il passe : par exemple à Tu Lê en octobre 1952, où le 6ème saute sur les arrières des divisions vietminh 308 et 312, remplit sa mission et au prix d’une marche de huit jours à travers la jungle parvient à échapper à l’étau qui se referme sur lui. Cette performance des paras fait dire à la presse, et des militaires bien souvent jaloux, que le 6ème est le « bataillon Zatopek », du nom de ce coureur de fond tchèque, multi-recordman du monde. A Langson, en juillet 1953, l’unité reçoit sa quatrième citation à l’ordre de l’Armée.

 

En novembre 1953, le 6ème est l’une des premières unités à sauter sur Diên Biên Phù, dans le but de prendre aux bo-doïs cette ancienne base japonaise. Il récidive le 16 mars 1954 pour tenter de sauver la situation sur ce même terrain où la bataille ultime de la guerre d’Indochine fait rage. Il y gagne une nouvelle citation. Malheureusement, comme toutes les forces françaises et supplétives présentes, le 6ème BPC est anéanti par la capitulation du 7 mai 1954. Les combats cessent, mais les Français refusent de lever le drapeau blanc. Humiliation de défiler, tête baissée, devant des dizaines de milliers de bo-doïs et de prendre la direction de camp de prisonniers. Marcel Bigard (Ma vie pour la France) : « La vraie douleur, la seule chose que je ne pardonne pas aux Viets, ce sont les huit-mille morts pendant ces quatre mois de captivité. Cruauté inutile, inhumanité. Giap était un grand général, mais sa doctrine, le marxisme, était inhumaine. L’ancien capitaine vietminh m’a dit : « Nous n’avons tué aucun prisonnier ». C’est vrai, ils les ont laissé crever, alors qu’il aurait été si facile de sauver tout le monde. Une banane par jour, et on ramenait les gars vivants. Je ne pourrai jamais l’oublier ».

 

Plus tard, au Maroc, à Marrakech, le 1er août 1955, le reliquat du bataillon devient le 6ème RPC : régiment de parachutistes coloniaux avant de prendre l’appellation de 6ème RPIMA (régiment parachutiste d’infanterie de marine) en 1958 et d’être définitivement dissous en 1998 dans le cadre de la restructuration de l’Armée française.

 

 

 

 

Sources :

 

http://paradu6.free.fr/menu.html

www.cheminsdemémoire.gouv.fr

www.wikipedia.org/fr

www.larousse.fr

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

Erwan Bergot, Bataillon Bigeard, Presses de la Cité.

Paul Bonnecarrère, Par le sang versé, Fayard.

Lucien Bodard, l’Illusion, l’Aventure, Gallimard.

Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, Economica.

Pierre Montagnon, La guerre d’Indochine, Pygmalion.

Jules Roy, la bataille de Dien Bien Phu, Julliard.

Général Yves Gras, Histoire de la guerre d’Indochine, Plon.

Général Marcel Bigeard, Ma guerre d’Indochine, Hachette.

Général Marcel Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher.

Georges Fleury, La guerre en Indochine, Perrin.

 

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Publié le 1 Avril 2011

Au cœur du carré militaire de 1914-1918 de Colombes, se trouvent les sépultures des frères Beaujon : Gilbert mort le 28 décembre 1926 dans l’oued Marouba, et Raymond, tué le 19 août 1929 à Tlemcen en Algérie. Des photographies présentes sur les pierres tombales montrent les jeunes soldats coiffés de la chéchia, chapeau traditionnel au Maghreb et des troupes (zouaves, spahis et tirailleurs) de l’Armée d’Afrique.

 

Au milieu du 19ème siècle, le sultan du Maroc Moulay Hassan cherche à neutraliser les influences colonialistes des puissances européennes en pratiquant un jeu diplomatique assez subtil. Mais il finit par se heurter à la volonté expansionniste de l’Espagne au nord et à celle de la France qui étudie les moyens d’une consolidation de son pouvoir sur les provinces algériennes frontalières du sultanat. Les conférences de Madrid en 1880 puis d’Algésiras en 1906 rappellent et structurent ce cadre d’influence européenne sur le Maroc, avec le soutien de l’Angleterre et en dépit des tentatives de coups de force de l’Allemagne : l’Espagne se voit attribuer les territoires du sud (Sahara espagnol) et du nord (toute la bande côtière baignant la Méditerranée et les montagnes du Rif), quand la France est dotée du centre du pays. La ville de Tanger, au nord, est déclarée « zone internationale ». Le protectorat de notre pays sur le sultanat peut commencer. Il est confié à un général bâtisseur et organisateur : Hubert Lyautey.

 

Peu à peu, réalisant un mélange ingénieux de soumission militaire de tribus récalcitrantes et de modernisation du pays, la France s’impose au Maroc. Le Résident général au Maroc œuvre en étroite collaboration – mais généralement en imposant son point de vue – avec le sultan et son makhzen (son adjoint ou suppléant). Des villes sont transformées, des routes construites, des quartiers édifiés, une administration mise en place. La capitale du sultanat est déplacée de Fès à Rabat, et sous la direction de l’architecte Henri Prost, Casablanca devient une cité de premier plan.

 

Mais en 1921, au nord du pays, des tribus berbères se soulèvent face aux troupes espagnoles. Le général Manuel Fernandez Silvestre se place à la tête d’une armée forte de soixante-mille hommes avec un seul objectif : mater en quelques semaines ces tribus qui défient la puissante Espagne. C’est le contraire qui se produit : à la bataille d’Anoual, le 20 juillet 1921, le chef militaire rifain Abd el-Krim est vainqueur. Les Espagnols laissent quatorze-mille hommes sur le champ de bataille, dont le général Silvestre.

 

Le 1er février 1922, Abd el-Krim proclame la République confédérée des tribus du Rif, mais il reste très prudent et se soumet au sultan du Maroc Moulay Youssef. La France n’intervient pas, considérant qu’il s’agit d’affaires intérieures au protectorat espagnol. Peu à peu, les troupes berbères repoussent les Espagnols, ne leur laissant qu’une mince bande côtière et quatre villes : Asilah, Ceuta, Mellila et Larache. Mais deux ans plus tard, les tribus du Rif, en dépit des lettres et promesses d’allégeance au pouvoir central, marchent sur Fès. Craignant un embrasement de toute la région, l’Armée française intervient et écrase les troupes rebelles.

 

Le général Lyautey indique au gouvernement de la République française : « En présence des éventualités créées par la soudaineté et la violence de l’irruption des rifains, il est impossible de rester dans cette situation, sous peine, je le dis nettement, de risquer de perdre le Maroc ». Le chef militaire français obtient l’accord de Paris et renouvelle les victoires. Pour autant, jugé comme trop prudent, Lyautey est remplacé par le prestigieux maréchal Pétain. A la tête de deux-cent-cinquante mille hommes, fort de divisions aériennes et de capacités de bombardement, le « vainqueur de Verdun » vient à bout des troupes d’Abd el-Krim en quelques mois. Le leader des Rifains est envoyé en exil sur l’île de la Réunion, d’où il s’évade en 1946 pour se réfugier en Egypte, alors principal foyer du nationalisme arabe.

 

Au total, la guerre du Rif a coûté la vie à plus de dix-neuf-mille soldats espagnols, presqu’autant de Berbères et environ douze-mille Français.

 

Thierry Gandolfo.

 

 

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Rédigé par Souvenir Français des Hauts-de-Seine

Publié dans #La Coloniale

Publié le 27 Mars 2011

 

Ordre de la Libération

 

 

Médaille de l’Ordre de la Libération

 

 

Formation.

 

Le 16 novembre 1940, à Brazzaville alors en Afrique Equatoriale Française, le général de Gaulle créé un nouvel ordre : l’Ordre de la Libération. Il s’agit de récompenser des personnes et des collectivités qui œuvrent de façon exceptionnelle pour la libération de la France. Les titulaires reçoivent le titre de « Compagnon de la Libération ».

 

En 1946, l’ordre cesse d’être décerné, la libération du territoire national étant achevée depuis plus d’une année. A cette date, mille-trente-six personnes physiques, dix-huit unités militaires et cinq communes (l’île de Sein, Paris, Nantes, Grenoble, Vassieux-en-Vercors) le portent.

 

L’ordre sera à nouveau ouvert en 1958 puis en 1960, à titre exceptionnel, pour le remettre à Winston Churchill puis au roi d’Angleterre George VI.

 

Le dernier compagnon sera inhumé au Mont Valérien, dans le 9ème cercueil de la crypte, laissé vide à cet effet.

 

A Saint-Cloud.

 

A Saint-Cloud, sont enterrés deux compagnons : Jean des Moutis et Gilbert Grandval.

 

  • Jean des Moutis : officier de marine, il rallie l’Angleterre le 17 juin 1940, emmenant avec lui tout le commissariat de la marine de Cherbourg. De tous les combats pendant la Seconde Guerre mondiale puis en Indochine, effectuant une carrière exemplaire au sein de son arme, il décède à Fontainebleau en 1965.

 

  • Gilbert Grandval : Alsacien (son nom de naissance est Hirsch-Ollendorff), haut responsable chez les FFI (Région C – Alsace / Lorraine), il prend une part importante dans la libération de cette zone en 1944. Il fait par la suite une carrière de haut fonctionnaire et est nommé Ambassadeur de France de 1952 à 1955. Après cette date, il quitte la fonction publique pour entamer une reconversion dans la Marine marchande, et devient président de la Compagnie des Messageries maritimes. Il meurt à Paris en 1981.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

 

D’autres Compagnons de la Libération sont enterrés dans les Hauts-de-Seine, comme Yves Mahé à Issy-les-Moulineaux ; Pierre Julitte, Henri Dewavrin-Passy, André Bergeret ou encore Henri Gorce-Franklin à Neuilly ; André Schock à Meudon ; bien sûr Berty Albrecht et Alfred Touny, inhumés dans la crypte du Mont Valérien ; ou encore Pierre Louis-Dreyfus, décédé le 15 janvier 2011 et enterré à Ville d’Avray. Mais le département des Hauts-de-Seine en a vu naître aussi beaucoup d’autres :

 

  • Emile Bellet est né le 20 juin 1911 à Boulogne ; soldat au 1er bataillon d’infanterie de marine, il participe aux premières campagnes de la France Libre. Il meurt au cours d’un accrochage à Bir-Hakeim le 13 avril 1942 et est inhumé dans le cimetière militaire de Tobrouk.

 

  • Maurice Duclos est le 23 août 1906 à Neuilly-sur-Seine ; militaire de carrière, il participe à plusieurs engagements dont celui de Narvik au sein de la prestigieuse 13ème DBLE. Membre du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Actions), il effectue de nombreuses missions en France occupée et en Afrique du Nord. Après 1945, il travaille pour des sociétés privées puis se fixe en Argentine. Il meurt le 23 février 1981 à Buenos Aires, où il est enterré.

 

  • Pierre Dureau est lui-aussi né à Neuilly-sur-Seine, mais le 23 août 1915. Présent sur presque tous les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, il quitte l’armée en 1945 avec le grade de capitaine et commence une nouvelle vie dans l’industrie du bois et de la construction. Il est mort le 22 avril 2006 à La Cadière d’Azur, dans le Var, où il vivait et où il est enterré.

 

  • Yves Ezanno nait le 14 juillet 1912 à Clamart. Militaire de carrière, il est un as de l’aviation, vainqueur de nombreux duels en vol. Présent aussi bien en Afrique du Nord et au Levant en 1942 qu’en Normandie deux ans plus tard, il gravit par la suite tous les échelons de l’Armée de l’air pour devenir général de corps aérien. Il décède le 20 octobre 1996 à Nice et est inhumé à Aix-en-Provence.

 

  • Philippe Fauquet est originaire de Neuilly-sur-Seine ; il y nait le 7 novembre 1921. Sous-lieutenant au 2ème RCP, il trouve la mort en octobre 1944 dans un accident de jeep.

 

 

  • Ernest Gimpel est natif de Vaucresson (le 5 août 1913) ; spécialiste du renseignement, membre du BCRA, il quitte l’armée après la Seconde Guerre mondiale et s’installe en Angleterre où il dirige une galerie d’art dont la renommée sera internationale. Il meurt le 26 janvier 1973 dans à Crettingham Woodbridge, dans le Suffolk, où il est enterré.

 

  • Jacques Joubert des Ouches est originaire de Meudon où il voit le jour le 2 mai 1920. Pilote, il réalise plus de cent-soixante missions offensives. Il disparait le 6 juin 1944, au-dessus d’Utah Beach, alors qu’il procède, à bord de son Spitfire, à sa seconde attaque. Son corps ne sera jamais retrouvé.

 

  • Roger Lavenir nait le 8 octobre 1919 à Bois-Colombes. Refusant l’armistice de 1940, il s’engage dans les Forces Françaises Libres et œuvre dans le cadre de la Campagne du Levant en 1941-42. Après 1945, il se fixe à Marseille. Il meurt à Saint-Maximin, dans le Var, le 31 juillet 2005, où il est enterré.

 

  • Jean Mantelet est de Nanterre. Il y nait le 5 mars 1891. Marin pendant la Première Guerre mondiale, il entre en 1925 à la Compagnie du canal de Suez en tant que pilote. En 1939, de nouveau mobilisé, il rejoint le général de Gaulle et devient commandant du paquebot Paul Doumer, mis au service des Forces Françaises Libres. Le navire est coulé par un sous-marin allemand le 30 octobre 1942.

 

  • Robert Marchand est né à Fontenay-aux-Roses le 6 février 1915. Résistant de la première heure, il soutient de nombreuses actions contre l’ennemi nazi. Arrêté en 1942, torturé, il est exécuté d’une balle dans la nuque le 22 août 1942, à Issy-les-Moulineaux.

 

  • Roger Motte est de Neuilly-sur-Seine où il nait le 15 août 1912. Pilote, il totalise, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, près de cent-soixante-dix missions et deux-cent-cinquante heures de vol de guerre. Il continue par la suite sa carrière au sein de l’Armée de l’air, et meurt en service commandé le 26 octobre 1962. Il est inhumé au cimetière de Pantin.

 

  • Jean Nanterre est né le 30 août 1907 à… Nanterre ! Sous-lieutenant chez les dragons, il combat avec bravoure en 1940. Démobilisé, il rejoint le général de Gaulle et intègre la 2ème Division Blindée du général Leclerc, avec laquelle il participe à la libération de la France. Cité à de nombreuses reprises, il quitte la vie militaire en 1945 et entame une carrière dans le privé, où il devient, entre autres, directeur des Etablissements métallurgiques Worms. Il meurt le 13 novembre 1996 à Paris où il est inhumé.

 

  • Jacques Piette nait le 13 mai 1916 à Issy-les-Moulineaux. Après l’armistice de 1940, il rejoint les réseaux de renseignement où il œuvre entre la fin de 1940 et 1944. Nommé commissaire de la République à Lille par le général de Gaulle à la Libération, il commence une brillante carrière politique, au Parti socialiste, qui le voit élu député, conseiller général et conseiller régional. Conseiller d’Etat en 1981, il meurt le 2 avril 1990 à Boulogne-Billancourt et est incinéré au cimetière du Père Lachaise.

 

  • Edgar Tupët-Thomé nait à Bourg-la-Reine le 19 avril 1920. Après la défaite de 1940, il rejoint la Résistance et permet l’évasion de nombreux camarades. En 1944, il rejoint le 3ème bataillon d’infanterie de l’air (futur 3ème RCP) et libère Daoulas (Finistère) puis Landerneau. De même, dans le Jura, il se distingue à Clerval puis intègre la 7ème armée américaine où il se couvre à nouveau de gloire. Après la guerre, il entre à l’Ecole Nationale d’Administration et est nommé en Tunisie. Par la suite, il exerce au sein de plusieurs secteurs de l’économie : viticulture, agriculture, élevage, mais aussi laboratoire pharmaceutique, construction automobile et tourisme.

 

  • Robert Weil est né le 25 avril 1916 à Suresnes. Sous-lieutenant dans l’Armée de l’air en 1939, pilote, il décide avec plusieurs de ses camarades de rejoindre le général de Gaulle en 1940. Mais au moment d’atterrir à Gibraltar, leur avion est abattu par la DCA espagnole. L’un des premiers compagnons de la Libération.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

o    Encyclopédies Larousse, Wikipédia.

o    Pierre Miquel, les Compagnons de la Libération, Denoël, 1995.

o    Olivier Matthey-Doret, les Compagnons de la Libération de la Région Franche-Comté et Bourgogne, 1996.

o    Henri Weill, les Compagnons de la Libération, Privat, 2006.

o    www.ordredelaliberation.fr.

o    www.cheminsdememoire.gouv.fr.

o    www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.

 

 

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Publié le 23 Mars 2011

 

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(Copyright www.photo-galeries.com)

 

 

Le jeudi 27 janvier 2011, jour anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, une cérémonie organisée par I'UDA (Union des Déportés d’Auschwitz) rassemblait de nombreux jeunes dont des élèves du collège Balzac de Neuilly-sur-Marne, du lycée Jacques Decour (Paris, 9ème) et de celui de Châtenay-Malabry. La cérémonie s'est déroulée en présence du Général Moreaux, de M. le Secrétaire général à la Défense, de Madame Belin, présidente du comité du Souvenir français de Châtenay-Malabry, des représentants du clergé des chrétiens coptes de cette même commune ainsi que des membres de I'UDA. Le tambour a retenti. Des enfants de Châtenay-Malabry ont posé une fleur sur la dalle. Marie-Paule Hervieu et Raymond Heimburger ont déposé avec Raphaël Esrail, la gerbe de I'UDA. Puis Raphaël Esrail aidé de deux petits de Châtenay-Malabry a ravivé la flamme. Les drapeaux se sont baissés et la sonnerie aux morts a retenti, puis la Marseillaise.

 

Le chant des Marais s'est élevé dans le noir et le froid, avec une pensée pour tous ceux qui subissaient les appels pendant des heures. A près les salutations des invités, les officiels ont signé le livre d'or. Les élèves du lycée Jacques Decour, accompagnés par leur professeur Dominique Dufourmantelle ont été impressionnés par la solennité du lieu et le cérémonial, avec les porte-drapeaux, le détachement de militaires, les musiciens. Ils ont même pu parler au général Moreaux.

 

Nicole Mullier

 

Extrait de la Revue trimestrielle de l’Union des Déportés d’Auschwitz.

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Publié le 19 Mars 2011

 

Salonique 1918 salle à manger des majors à l'hôpital

 

 

Salonique 1918 : salle à manger des majors de l’hôpital (copyright : Ministère de la Culture).

 

Pierre Sauce nait le 28 février 1886, à Saint-Denis, dans ce qui était autrefois le département de la Seine. La France est en pleine tourmente revancharde vis-à-vis de l’Allemagne. Sur recommandation de Georges Clemenceau, le Président du conseil Charles de Freycinet vient de nommer le général Georges Boulanger, ministre de la Guerre. Ce dernier, populaire par les réformes qu’il entreprend, l’est également par ses discours provocateurs vis-à-vis de l’ennemi éternel.

 

En 1914, Pierre Sauce rejoint le 19ème régiment d’artillerie de campagne (RAC) alors stationné à Nîmes. Comme toutes ces unités, le RAC est composé de trois ou quatre groupes d’artillerie, chacun piloté par un capitaine. Le groupe est lui-même formé de trois batteries de quatre canons de 75 mm. Le 19ème RAC est rattaché à la 30ème division d’infanterie où il sert, entre autres, de préparation aux offensives. Les RAC sont tous hippomobiles : les canons et les équipements complémentaires sont tirés par des chevaux. Les camions et autres véhicules automobiles ne feront leur apparition qu’à partir de 1917.

 

Au déclenchement de la Grande guerre, le 19ème RAC est employé à la IIème armée, dirigée par le général Curières de Castelnau. Il participe aux offensives en territoire allemand avant de contenir la poussée ennemie et d’enclencher la victoire de la Marne. L’année suivante, le 19ème est envoyé en Argonne ; en 1916, il contribue à la victoire de Verdun. En 1917, avec la 30ème division d’infanterie, le régiment part en Orient.

 

C’est à Topsin, le 17 juillet 1917, que Pierre Sauce trouve la mort. Topsin est situé dans le nord de la Grèce, aux confins des frontières actuelles de la Bulgarie et de la République de Macédoine. Malade depuis des semaines, Pierre Sauce succombe dans l’ambulance des suites d’un « embarras gastrique fébrile avec un accès pernicieux ». Plus tard son corps est rapatrié et inhumé dans le carré militaire de Bois-Colombes.

 

Mais qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

 

Ouvrir un second front.

 

A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. La France a vu mourir plus de 500.000 de ses soldats.

 

Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

Gallipoli.

 

Une expédition maritime est proposée et envoyée. Sans grand succès. La présence de mines, de côtes fortifiées (donc difficiles à bombarder) et de nombreux sous-marins allemands ne facilitant pas les manœuvres ! Une nouvelle expédition est menée. Elle est terrestre et consiste en l’envoi d’un premier contingent de 75.000 soldats anglo-français (auxquels il convient d’ajouter des unités australiennes et néo-zélandaises) sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles. C’est une catastrophe : les soldats sont littéralement hachés par l’artillerie ottomane, sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Un second débarquement se déroule quelques semaines plus tard pour renforcer un dispositif déjà à bout de forces. Il ne fait qu’ajouter des morts. Les anglo-français doivent abandonner les lieux. Leur chef, le général Gouraud, vient de quitter le front, amputé du bras droit. Les Alliés réussissent néanmoins à sauver environ 100.000 hommes et les faire débarquer à Salonique, en Grèce, pays alors neutre, quoique soupçonné de docilité vis-à-vis de l’Allemagne.

 

Là, les soldats n’ont pas le temps de se refaire une santé. Le corps expéditionnaire devient l’Armée d’Orient et tente de faire la jonction avec les restes de l’Armée serbe qui vient de traverser la Macédoine, du nord au sud. La Serbie connait au début de la guerre quelques victoires, avec notamment la reprise de la ville de Belgrade, mais les défaites s’accumulent par la suite. De plus, la Bulgarie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. L’expédition française pour porter secours aux troupes serbes s’avère vite être un échec et le retour vers Salonique se déroule à la fois dans des conditions climatiques détestables et sous le feu des armées des Empires centraux, qui multiplient les combats avec les unités de l’arrière-garde alliée.

 

Le camp de Salonique.

 

Salonique se transforme alors en un immense camp militaire retranché, sous la menace permanente des armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. L’Armée grecque s’est interposée entre les deux et tente d’éviter le pire. Au sommet de l’Etat grec les dissensions entre le Premier ministre, Vénizelos, partisan de la Triple-Entente (France, Russie, Empire britannique) et le roi Constantin 1er, pro Empires centraux, sont plus vives que jamais. Et les soldats alliés enfermés ne peuvent qu’attendre les ordres. Pour combattre la dysenterie, la malaria, le paludisme, la malnutrition et le scorbut, ils collaborent à l’assèchement des marais et se mettent à cultiver la terre. Une partie du camp se transforme en un immense potager. D’où la réplique, sarcastique, de Georges Clemenceau : « les jardiniers de Salonique ».

 

De leurs côtés, les états-majors s’affèrent pour mettre en place des unités dignes de ce nom. Le général français Maurice Sarrail tente un équilibre : ne pas déplaire aux Grecs, qui sont toujours neutres, faire attention aux espions allemands, bulgares ; faire régner l’ordre entre les troupes françaises, serbes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises, italiennes, russes, sans oublier les contingents indiens et africains.

 

En 1916, sollicitée des deux côtés, la Roumanie entre en guerre finalement en se rapprochant des Alliés. Dans le même temps, le général Sarrail voit les Grecs dégarnir les postes qui sont sensés protéger les Alliés. Il décide de sorties : les Serbes attaquent les premiers et reprennent aux Bulgares les monts menaçant la plaine de Salonique. De leur côté, les Français entrent en Macédoine et fixent les troupes germano-bulgares. L’aide des Roumains est de courte durée : à la fin de l’année 1916, le pays est entièrement envahi par les puissances centrales. Tout au long de l’année suivante, quelques combats sporadiques opposent les deux camps.

 

L’offensive victorieuse de 1918.

 

Il faut attendre 1918 pour que l’offensive majeure se déroule. Au cours de 1917, le général Adolphe Guillaumat s’est ingénié à remonter le moral des troupes, à les entretenir et surtout à les soigner. Les épidémies sont enfin endiguées. Le général contribue aussi fortement à l’implantation d’un état-major interallié, suffisamment solide et intelligent pour ne froisser aucun des pays contributeurs, tout en permettant des décisions rapides et efficaces. De plus, les Grecs finissent par s’engager dans le conflit aux côtés des Alliés. Le camp de Salonique n’est plus retranché ! Le temps de la reconquête est arrivé.

 

En juin 1918, rappelé à Paris par le nouveau président du Conseil, Georges Clemenceau, le général Guillaumat est remplacé par le général Louis Franchet d’Espérey, qui peut enfin mettre en œuvre la globalité du plan élaboré par son prédécesseur. Le 15 septembre 1918, avec l’accord des gouvernements anglais et italiens, Franchet d’Espérey lance les armées alliées à la reconquête des Balkans. A l’est, les soldats anglais et grecs attaquent en direction de la Bulgarie (vallée du Vardar). Au centre, les Français et les Serbes, progressent rapidement et s’emparent de l’ensemble de leurs objectifs. L’un des épisodes les plus fameux de cette offensive reste la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

 

Pendant ce temps, Franchet d’Espérey continue sa marche en avant et se dirige maintenant vers Bucarest, capitale de la Roumanie. Mais l’objectif est bien l’entrée en Autriche-Hongrie. L’armistice général du 11 novembre 1918 met un terme à la reconquête des Alliés, qui se retrouvent à ce moment-là bien plus proches des Empires centraux que leurs homologues de l’ouest. Mais pour l’Armée d’Orient, la guerre n’est pas encore terminée.

 

1919.

 

L’Armée Française d’Orient est à nouveau rebâtie pour se transformer en trois unités :

 

  • - L’Armée du Danube : commandée par le général Berthelot, elle est constituée des unités qui sont stationnées en Roumanie, d’abord à Bucarest puis dans le delta du Danube. Il s’agit de faire face aux nouveaux ennemis : les Russes bolchéviques qui eux sont positionnés en Moldavie (sous domination russe à l’époque).
  • - L’Armée de Hongrie, sous le commandement du général Labit, est chargée de mettre fin aux agissements des bolchéviques hongrois.
  • - Le Corps d’Occupation de Constantinople, a pour mission de faire régner l’ordre dans une partie de ce qui est bientôt l’ancien Empire ottoman.

 

Face aux « Rouges » et en appui des Russes « Blancs » (tsaristes), les troupes françaises vont stationner et se battre pendant plus de cinq mois après la fin officielle de la Première Guerre mondiale. Les ports russes sont envahis par des bateaux français et anglais : il s’agit d’étouffer économiquement le nouveau pouvoir de Lénine. Mais le retournement de la situation militaire (les Rouges amassant les victoires), les mutineries de marins français dans le port d’Odessa, et de plusieurs compagnies dans l’Armée du Danube, précipitent le retour des soldats français en métropole au printemps 1919.

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments d’artillerie.

- Journal de Marche du 19ème RAC.

- Journal de Marche de la 30ème division d’infanterie

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

 

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Publié le 12 Mars 2011

 

village-detruit-de-fleury-devant-douaumont

 

Site du village détruit de Fleury-devant-Douaumont.

 

 

Le carré militaire de Malakoff dédié à la Première Guerre mondiale comporte 120 sépultures. Parmi elles, figure celle de Gustave Durassié (1887-1986), adjudant puis lieutenant au 95ème R.I., combattant à Fleury-devant-Douaumont en 1916, maître imprimeur à Malakoff, président national de l’association « Ceux de Verdun » de 1951 à 1974, commandeur de la Légion d’honneur.

 

Etre à Verdun.

 

Bataille des batailles, symbole d’une effroyable boucherie – dont le nom est passé dans le langage commun – mais aussi de courage et d’abnégation de la part des soldats français, Verdun qui devait permettre, selon le mot d’Erich von Falkenhayn, chef suprême de l’armée allemande, de « saigner à blanc l’armée française », s’est déroulée du 21 février au 19 décembre 1916. S’il est illusoire de résumer en quelques pages la bataille de Verdun, il convient de rappeler que des points stratégiques, comme Fleury-devant-Douaumont, furent impitoyablement disputés pendant les dix mois de la bataille la plus longue de la Première Guerre mondiale.

 

Au début de l’année 1916, les Allemands multiplient les préparatifs en vue de leur attaque qu’ils espèrent définitive sur le secteur de Verdun. Ils veulent en finir. Après les terribles épopées de 1914 et de 1915, les tués se comptent – d’un côté comme de l’autre – par centaines de milliers. Les besoins en hommes sont effarants. Verdun représente quatre atouts majeurs pour les troupes du Reich : c’est une ville proche de la ligne de front, en Lorraine. Le sentiment pro-français y est très fort. C’est à Verdun qu’eut lieu le partage de l’empire de Charlemagne, établissant les futures zones franques et germaniques. Une attaque sur Verdun entrainerait des régiments entiers à défendre ce symbole. Donc, aisés à pilonner par l’artillerie allemande car les unités d’attaques et de réserve sont proches, a contrario des Flandres ou de la Picardie. Deuxième point : Verdun représente un nœud ferroviaire et un bassin industriel avec des usines de fabrication d’obus. Troisième élément : Verdun forme une sorte de saillant, entourés de positions allemandes et le terrain, mouvementé et séparé par la Meuse, ne se prête pas à une défense facile. Enfin, le Reich sait que le GQG (Grand Quartier Général) du général Joffre cherche, lui, à faire la différence sur la Picardie. Et qu’il n’hésite pas à retirer çà et là des batteries de canons pour les placer sur le front de la Somme. Le général Gallieni, gouverneur militaire de Paris, met en garde le généralissime français : « Toute rupture du fait de l’ennemi dans ces conditions engagerait non seulement votre responsabilité, mais celle du gouvernement ». Des commandants d’unités, comme le lieutenant-colonel Driant, s’émeuvent de la situation. La réponse de Joffre est cinglante : on exécute ses ordres ou c’est la cour martiale !

 

Le 21 février 1916, à 7h, des projectiles commencent à tomber sur Verdun et sa région. En deux jours, près de deux millions d’obus, soit un toutes les trois secondes, s’abattent sur les lignes françaises. C’est la consternation à la tête de l’armée française. Des régiments comme les 56ème et 59ème bataillons de chasseurs à pied – de Driant – perdent plus de mille hommes. Seuls 120 chasseurs s’en tirent miraculeusement. Toutes les positions françaises tombent une à une. Si Fleury est dépassée, alors la porte est grande ouverte sur Verdun et les arrières des armées françaises.

 

« Debout les morts ».

 

Le 95ème RI a quitté Bourges et le camp d’Avord en août 1914. Unité de la 16ème division d’infanterie et du 8ème corps d’armée, formé de Berrichons, de Bourguignons et de Nivernais, elle est rattachée à la 1ère Armée du général Dubail. Depuis, le 95ème est de tous les fronts : en Lorraine, où il perd 500 soldats, puis dans la Woëvre en 1914 ; sur les secteurs de la forêt d’Apremont et de Bois-Brûlé l’année suivante. A cette occasion, au cœur des tranchées du saillant de Saint-Mihiel, où les hommes se battent au corps à corps pour chaque mètre de terrain, l’adjudant Jacques Péricard hurle à ses hommes épuisés, abrutis par tant de sauvagerie « Debout les morts ! ».

 

Publié anonymement après la guerre, la Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie (librairie Chapelot à Paris) indique ceci : « Du 19 au 31 janvier 1916, le 95ème est relevé et quitte ce secteur où, depuis quinze mois, il combat avec un courage qui ne s'est jamais démenti, et où, gradés et soldats ont prouvé surabondamment, sous des bombardements effroyables et dans des attaques meurtrières leur grand cœur, leur stoïque ténacité et leur absolu mépris de la mort. »

 

 

Fleury-devant-Douaumont.

 

Après les premiers déluges sur Verdun, le 95ème est dirigé sur Fleury-devant-Douaumont le 24 février 1916. Il doit relever les 51ème et 72ème divisions d’infanterie, laminées par le rouleau compresseur ennemi. Le 25, « les soldats du 95ème ont l’impression d’être seuls, abandonnés du reste de l’Armée, holocaustes choisis pour le salut de Verdun. Vers le milieu de l'après-midi, le bombardement cesse et l'attaque se produit. Des masses, jaillies du bois d'Haudremont, submergent le malheureux 1er bataillon mais se brisent contre nos mitrailleuses et nos feux de salve, à nous. Les Allemands s'aplatissent, se terrent. Et le bombardement reprend. Il est de courte durée, cette fois. La fumée qui couvrait le fort se dissipe et, de sentir cette force si près, cela rassure nos hommes. Ils sont tous à leurs postes, attentifs à l'assaut que ce calme présage. Soudain, un cri : « Les voilà ! » ... J'ai dit que le 3ème bataillon occupait les tranchées autour du village. Ces tranchées formaient un angle droit. Sur la plus grande branche, parallèle à la rue et face à la cote 347, les 9ème, 10ème et 11ème compagnies. Sur la plus petite, face au fort, la 12ème compagnie ou, plus exactement, un peloton de la 12ème compagnie : la 4ème section que je commande en qualité de lieutenant, la 3ème section sous les ordres de l'adjudant Durassié. Avec nous, la section de mitrailleuses du 3ème bataillon, sous les ordres du capitaine Delarue. Delarue et Durassié sont toujours vivants. Et vivants également une quinzaine d'hommes qui étaient avec nous ce jour-là...Perte du village de Douaumont qu'occupait le 3ème bataillon du 95ème RI.  La nuit vient. Il neige. Le combat continu. Le 26, le 2ème bataillon en réserve dans le ravin de Thiaumont reçoit, sans bouger d’une semelle, un bombardement terrible de 9h du matin à 5h du soir. A 16h30, nouvelle attaque allemande sur la route Douaumont – Bras ; elle est repoussée après un corps à corps furieux. Des tirailleurs qui fléchissaient à notre droite, reviennent à la charge sous l’énergique intervention du capitaine Ferrère. Le régiment a subi de grosses pertes. Il a été pendant deux jours le bouclier de la France, et a écrit une des plus belles pages de son histoire.»

 

Le 95ème est relevé. A Verdun, la très grande majorité des régiments ne reste en ligne que quelques jours ou quelques semaines. Ces relèves maximisent la diffusion des informations et des images de « l’enfer de Verdun » au sein de toute l’armée française. Dans les semaines qui suivent, Fleury-devant-Douaumont est pris et repris seize fois. Chaque assaut donne lieu à un bombardement d’une intensité prodigieuse. A Verdun, 80 % des tués le sont du fait des bombes. Le général Pétain organise la défense. Il met en œuvre l’artillerie, réarme les forts. Il gère le ravitaillement grâce à la « Voie Sacrée » – nom donné après la guerre par l’écrivain Maurice Barrès – cette route qui vient de Bar-le-Duc, 56 kilomètres au sud. Un camion y passe toutes les quinze secondes ! Les attaques allemandes se renouvellent. Elles sont à chaque fois repoussées par des soldats français héroïques.

 

Dans sa biographie de Joffre (ed. Olivier Orban), l’écrivain Arthur Conte cite le général : « Soldats de l’armée de Verdun ! Depuis trois semaines, vous subissez le plus formidable assaut que l’ennemi ait tenté contre vous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible et auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie. Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous ! Nuit et jour, malgré un bombardement sans précédent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée, car les Allemands ont besoin d’une victoire. Vous saurez la leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout un indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République. Le pays a les yeux sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : « ils ont barré aux Allemands la route de Verdun ». J. Joffre, 11 mars 1916 ».

 

Au cours de l’été 1916, les Français conservent le terrain. A l’automne, leurs attaques pénètrent de quelques kilomètres dans les lignes ennemies. Les Allemands n’iront pas plus loin : ils ne prendront jamais Verdun. En 1918, comme neuf autres villages rasés du secteur, Fleury-devant-Douaumont est déclaré « Mort pour la France ».

 

Entre temps, le 95ème est passé par les secteurs des Eparges, dans la Somme, en Argonne, au début de 1918, puis en Champagne. Après l’armistice de 1918, le 95ème reçoit la fourragère. Le lieutenant-colonel Andréa, commandant du régiment, prononce alors devant ses hommes les paroles suivantes : « Qu’ils portent la Fourragère avec fierté, ils l’ont mérité haut la main, car si Douaumont et Recouvrance sont les deux faits d’armes qui ont motivé les citations collectives, personne n’oublie les glorieux sacrifices du régiment en Lorraine, au début de la guerre, alors que nous n’étions pas les plus forts. Son admirable ténacité en forêt d’Apremont. Sa sublime attitude aux Eparges, dans l’affreuse guerre de mines. Sa fougueuse attaque au bois de la Grille en avril 1917, contre des organisations presque intactes. Sa remarquable résistance à la Main de Massiges pendant plus d’une année et enfin tout récemment, son endurance, sa vaillance au cours de la poursuite de l’ennemi, d’août à novembre 1918. Tout cela, avec Douaumont et Recouvrance, constitue pour le 95ème un passé de guerre des plus glorieux. Partout le régiment s’est montré héroïque, discipliné, animé du plus haut moral et des plus beaux sentiments du devoir. Toujours il a eu confiance, même dans les heures les plus sombres. Honneur à ceux qui ont combattu sous son drapeau. Gradés et poilus ont tous bien mérité de la Patrie. Vive le 95ème ».

 

 

L’Almanach du Combattant.

 

Après la guerre, installé à Malakoff, Gustave Durassié créé avec Jacques Péricard l’Almanach du Combattant, qui devient une publication maîtresse du monde du combattant. Cette revue existera entre 1922 et 1993 et publiera des milliers d’articles sur des batailles de la Première Guerre mondiale, des récits, des carnets de bord, des biographies de combattants, mais aussi des contes, des poésies et des pièces de théâtre.

 

Entre 1951 et 1974, Gustave Durassié sera aussi président national de l’association Ceux de Verdun.

 

 

 

 

Pericard et Durassie 

 

 

 

 

Sources :

 

·         Joffre, Arthur Conte, Ed. Olivier Orban.

·         Les Poilus, Pierre Miquel, Ed. Terre Humaine Plon.

·         Pétain, Marc Ferro, Fayard.

·         1918 : la victoire, Pierre Miquel, Tallandier.

·         1916, l’année de Verdun, Service historique des armées, Ed. Lavauzelle.

·         Site « Wikipedia ».

·         Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie, librairie Chapelot.

·         Journal de Marche et des Opérations du 95ème régiment d’infanterie.

·         Centre de Recherche Internationale et de Débats sur la Guerre 1914-1918 ; travaux de Stéphan Agosto et Jean-Claude Poncet.

 

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Publié le 4 Mars 2011

 

 

Chalvidan - Memorial-GenWeb

 

 

René Chalvidan – Cliché www.memorial-genweb.org

 

   

 

Quand, au cours de l’été 1939, l’Union soviétique de Staline et l’Allemagne nazie d’Hitler signent un pacte, resté dans l’Histoire sous le nom de « Pacte Germano-soviétique », et qu’en vertu de celui-ci les deux puissances se partagent allégrement la Pologne, la République française décide la dissolution du parti communiste français, juste après être entrée en guerre contre le IIIème Reich.

 

Les Francs-Tireurs Partisans.

 

Formés, habitués à être structurés dans des cellules prêtes à la lutte des classes, les militants communistes vont alors œuvrer en clandestinité. Et avec d’autant plus d’ardeur qu’en juin 1941, Hitler désagrège le pacte en envahissant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (opération Barbarossa).

 

La direction du parti, sous l’égide de Jacques Duclos, décide de la lutte armée contre le nouvel ennemi fasciste. Des groupuscules, ou unités combattantes, sont conçus, entre autres par Eugène Hénaff, et sont rattachés à un Comité militaire national (CMN). Les combattants, d’abord regroupés en Organisations spéciales prennent, au début de 1942, le nom de Francs-Tireurs Partisans Français (FTPF) puis FTP.

 

Développements.

 

En octobre 1941, la direction du CMN est confiée à Charles Tillon. Les réunions se tiennent au gré de l’évolution des consignes de sécurité et des mises à l’abri des dirigeants. Ensuite, un journal est produit : France d’abord, dont plus d’une soixantaine de numéros paraissent entre 1942 et la Libération.

 

A partir de la fin de 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes. Le mouvement s’accélère au fur et à mesure de la montée de l’engagement dans la Résistance. De même, sont intégrés les militants de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). La MOI, structurée depuis le début des années 1920, permet aux jeunes travailleurs étrangers vivant en France de participer à la Troisième Internationale communiste sans dépendre directement du PCF. Les FTP-MOI sont surtout connus pour leurs actions en Région parisienne et le charisme de leurs chefs : le Roumain Boris Holban et l’Arménien Missak Manouchian.

 

En Zone sud, les FTP se développent également. A partir de novembre 1942 – date de l’invasion de la zone par les troupes allemandes – les FTP montent un Comité Militaire de la Zone Sud (CMZ). Parmi les responsables, il convient de citer : Boris Guimpel, Mathieu Puyo, Francisque Jommard. Le CMZ est maintes fois désorganisé par les rafles du responsable de la Gestapo de Lyon : Klaus Barbie.

 

Ainsi, partout en France, les maquis – généralement composés d’une trentaine d’hommes – se multiplient, comme les actions militaires : sabotages, exécutions de responsables SS et de la Wehrmacht ou simplement de soldats ; élimination de personnels du Régime de Vichy… Mais les exécutions peuvent aussi concerner des membres des FTP qui refusent obstinément de suivre la ligne du parti.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) est le nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée, d’autres groupes moins importants et bien entendu les FTP.

 

L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.

 

En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Au sein de cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud.

 

Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas).

 

Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris.

 

Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

René Chalvidan.

 

René Chavildan nait le 26 août 1912 à Nîmes dans le Gard. A dix-neuf ans, il intègre l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr avec la promotion du Tafilalet (1931-1933, du nom de cette région du sud-est du Maroc, à la frontière algérienne, où des soldats français combattirent à plusieurs reprises). A la sortie de son école, il entre à la gendarmerie et y commence sa carrière d’officier. En 1944, alors capitaine commandant la caserne de gendarmerie Exelmans à Paris, il s’engage pour la libération de la capitale, dans les FFI.

 

Après le débarquement de Normandie en juin 1944 et la bataille de Normandie, les Alliés avancent assez rapidement en direction du sud et de l’est de la France. Apprenant ces nouvelles, les Parisiens se soulèvent à la mi-août 1944. La grève générale est déclenchée le 18 et bientôt les insurgés couvrent les rues de la capitale de barricades et s’en prennent aux garnisons allemandes aidées de membres de la Milice. Pauvrement armés, les FFI et autres résistants ne peuvent tenir longtemps. Avec l’accord du général de Gaulle, forçant la décision américaine, les blindés de la 2ème DB du général Leclerc quittent la Normandie précipitamment, contournent par l’ouest la Région parisienne et entrent dans la proche banlieue par le sud. L’enthousiasme de la population est tel qu’il ralenti la progression des militaires. Appuyés par la 4ème division d’infanterie américaine, les Français défont tout à tour les différents points d’appui allemands. Dans un délire total, ils pénètrent dans Paris par la porte d’Orléans le 24 août 1944.

 

Le lendemain, dans l’hôtel de ville de Paris, Charles de Gaulle prononce ces paroles historiques : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Malheureusement, René Chavildan n’est plus. Il est tombé sous les balles ennemies trois jours plus tôt. Marié, père de trois enfants, titulaire de la Croix de Guerre, il est l’un des mille-cinq-cent morts FFI de la libération de la capitale. Son nom est inscrit sur le monument aux morts du square des Martyrs de la Résistance du Plessis-Robinson.

  

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site de « la Libération de Paris » par Gilles Primout.

- Site « Plaques commémorative » de François Tanniou.

- Le général Leclerc et sa deuxième DB, par Dominique Forget, Ed. Hemdal.

- Les enjeux de la Libération, par Christine Levisse-Touzé, Ed. Albin Michel.

- Les FTP, par Charles Tillon, Ed. Julliard.

- Les Fils de la nuit, par Albert Ouzoulias, Ed. Grasset.

- Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Ed. Robert Laffont.

 

 

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