Publié le 2 Octobre 2010

 

Legion

 

 

A bien regarder les monuments aux morts du département des Hauts-de-Seine – mais il doit en être de même dans de nombreux endroits – certains noms, parmi les combattants morts en Indochine et/ou en Algérie, ont des consonances germaniques !

 

C’est le cas à Asnières-sur-Seine pour Alexander Schneider. Né le 3 juin 1931 à Alhbert en Allemagne, engagé au 3ème REI, il meurt 21 ans plus tard, de maladie, à l’hôpital Calbairac d’Hanoi ; ou bien à Courbevoie, où le nom de Walfried Anton Erich Pospiech est inscrit. Né le 24 août 1927 à Berlin, 1ère classe au mythique 1er BEP, il meurt en captivité en juin 1954.

 

Il est difficile d’imaginer que ces deux jeunes Allemands aient pu appartenir à la Wehrmacht ou à la Waffen SS car en 1945, ils étaient âgés de 14 et 18 ans. Peut-être se sont-ils tout simplement engagés à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, et alors siège de la Légion étrangère. Ceci étant dit, pendant la bataille de Normandie, en 1944, la 12ème Panzerdivision SS Hitlerjugend était composée de jeunes garçons dont les âges s’étalaient entre 16 et 18 ans !

 

Quoiqu’il en soit, après la Seconde Guerre mondiale, jamais la Légion n’avait autant connu d’engagés d’outre-Rhin.

 

 

A la Légion.

 

Créée par ordonnance le 9 mars 1831 par le roi Louis-Philippe, sur proposition du maréchal Soult, la Légion étrangère a pour but de rassembler tous les corps d’étrangers présents dans l’Armée française : qu’il s’agisse des Gardes suisses, ou les différentes nationalités des fantassins du Régiment de Hohenlohe.

 

Les rassembler et aussi jeter comme une sorte d’absolution sur le passé parfois tumultueux de ceux qui signent. D’ailleurs, même si les conditions d’engagement ont évolué, aujourd’hui encore le portail de la Légion étrangère indique : « Quelles que soient votre origine, votre religion, votre nationalité, quels que soient vos diplômes et niveau scolaire, quelle que soit votre situation familiale ou professionnelle, la Légion étrangère vous offre une nouvelle chance pour une nouvelle vie... ».

 

Une remarquable étude sur plus de 600.000 engagés, ayant servis entre 1831 et 1961, montre que la nationalité la plus représentée est l’Allemagne, avec 210.000 légionnaires, très largement devant l’Italie (60.000), la Belgique, l’Espagne, la France, la Suisse et la Pologne. Il est clair que les engagements sont totalement liés aux événements du moment : ainsi, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Allemands viennent frapper aux portes des bureaux de recrutement : passé à faire oublier, ou à effacer de sa mémoire, retour sur le sol natal impossible, anéantissement des familles d’origine (…). Parmi ces engagés, figurent aussi de jeunes gens – et de moins jeunes – issus de la Wehrmacht ou de la Waffen SS.

 

En Indochine.

 

Dans son livre Par le sang versé (Ed. Perrin), Paul Bonnecarrère explique le cas de nombreux Allemands au sein du 3ème Régiment Etranger d’Infanterie pendant la guerre d’Indochine (formé à l’époque de 33% d’Allemands) :

 

  • - « Krugger est un ex-lieutenant de la Wehrmacht. Croix de fer. Multiple citations. Evadé d’un camp de prisonniers américain de la région de Munich l’année dernière. A gagné l’Algérie par l’Autriche, l’Italie, la Tunisie, apparemment seul ».
  • - « Ruhmkorft, ancien adjudant de la Wehrmacht, Kalish, qui combattit dans les rangs de l’Africa Korps, et fut l’ordonnance du maréchal Rommel ».
  • - « Wolfram, ex-capitaine SS ».
  • - « Hoffmann, légionnaire de 2ème classe (il a toujours refusé de participer à un peloton d’avancement), est pourtant une des personnalités du 3ème Etranger. Nul n’ignore au bataillon son identité réelle : Karl von der Heyden. Ex-plus jeune capitaine de la Luftwaffe. Croix de fer à 24 ans. Multiple citations. Une vingtaine de victoires aériennes. L’hebdomadaire Der Adler lui consacra en 1943 sa couverture et plusieurs pages. C’est un véritable héros national que tous les Allemands du régiment connaissent et vénèrent ».

 

Mais il arrive que les Allemands – comme d’autres soldats d’autres nationalités – désertent les rangs de la Légion étrangère et espèrent trouver leur salut dans leur ralliement au Vietminh et aux idées communistes.

 

Dans son livre, La guerre en Indochine (Ed. Perrin), Georges Fleury raconte comment des légionnaires allemands quittent leurs régiments pour s’engager dans des bataillons de l’armée du général Giap. Pendant un temps, les communistes vont même jusqu’à composer des unités formées seulement de déserteurs. Parmi toutes les explications de la déroute du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO), à l’occasion de l’abandon des postes de la Route Coloniale n°4 et de la ville de Cao-Bang, événement connu sous le nom du « désastre de la RC4 » (octobre 1950), l’une tient justement dans la remarquable tactique employée par les troupes du Vietminh. Aujourd’hui, il est admis qu’un rôle non négligeable fut joué par de nombreux légionnaires déserteurs.

 

Pour valeur d’exemple, certains légionnaires allemands seront d’ailleurs rapatriés par la Chine et la Russie – sorte d’internationale du communisme – pour retrouver leur terre natale, du moins celle de l’Allemagne de l’Est.

 

 

En Algérie.

 

En Algérie aussi, au sein des régiments de la Légion étrangère, des Allemands participent aux « opérations de maintien de l’ordre ». Beaucoup sont restés depuis la guerre d’Indochine. Il suffit de demander aux anciens combattants : ils sont nombreux à avoir connus quelques-uns de ces soldats aguerris. « Après nous être foutus sur la figure pendant des années, voilà qu’on faisait copain-copain pour aller tirer des fellaghas » ajoute l’un.

 

Colonel Richard Marillier, alors capitaine du commando L133 : « En 1956, je fus rappelé et j’obtins le commandement de la 8 compagnie du 2/44 RI. Puis le colonel me confia la 6 et la 10. Après, je participai à la création des commandos V48 puis L133. Je me souviens d’un Allemand, du nom de Krauss. Il était à la 23ème compagnie portée de la Légion sous les ordres du capitaine Camelin. Il était sergent-chef. On avait fait des opérations ensemble. C’était au moment où j’avais été hébergé à la Légion, à Bir-el-Ater. Cela devait se passer entre le 15 juillet et le 2 août 1956. Ils étaient trois sous-off allemands : Krauss, Schartk et Hartig. Krauss me raconta son histoire et il termina ainsi : « J’ai suffisamment fait de mal à la France pour avoir le droit de mourir pour elle ». Deux jours plus tard, ses compagnons d’armes m’apprirent qu’il était mort au combat. »

 

 

 

Sources :

 

 

- Entretien avec le colonel Richard Marillier (août 2009), capitaine en Algérie.

- Entretiens avec Giacomo Signoroni (2009-2010), adjudant-chef à la 13eme DBLE, en Indochine.

- Entretiens (2008-2010) avec André Labour, officier au 2ème REC, en Algérie.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Erwan Bergot, La Légion au combat. De la Grande Guerre à nos jours, LGF, 1995.

- Georges Blond : La Légion étrangère, Stock, 1964.

- Paul Bonnecarrère, Par le sang versé, Perrin, 1968.

- Georges Fleury, La guerre en Indochine, Perrin, 1994.

- Pierre Montagnon, Histoire de la Légion de 1831 a nos jours, Pygmalion, 1999.

- Pierre Montagnon, Légionnaires d'hier et d'aujourd'hui, Pygmalion, 2006.

- Étienne de Montety, Des hommes irréguliers, Perrin, 2006.

- Douglas Porch, La Légion étrangère 1831-1962, Fayard, 1994.

- Pierre Sergent, Je ne regrette rien, Fayard, 1975.

 

Lire la suite

Publié le 19 Septembre 2010

Asnieres.jpg

 

Le Comité d'Asnières-sur-Seine nous annonce l'ouverture de son site Internet (auquel s'ajoutent un compte Facebook et un twitter) :

 

- Adresse du blog www.souvenir-francais-asnieres.fr

Le mail de contact est : contact@souvenir-francais-asnieres.fr

Bienvenue ! Et allez nombreux sur ce site.


Colonel Xavier MELARD - Président.

 

Thierry LE GAC - Membre du bureau.
 

Lire la suite

Publié le 8 Septembre 2010

 

SF-Logo.jpg

 

A l'issue de la réunion des présidents des comités des Hauts-de-Seine, qui se déroulera le samedi 25 septembre 2010 à 14h30 à la Maison du Combattant (4, rue du général Leclerc à Issy), la Délégation générale des Hauts-de-Seine vous propose de participer aux cérémonies destinées à rendre hommage aux harkis et aux autres membres des Formations supplétives :

 

  • - Samedi 25 septembre 2010 :

 

En présence de Monsieur André Santini, ancien ministre, député-maire, Monsieur Gouzel, maire-adjoint délégué aux Anciens combattants, et de Monsieur Patrick Strzoda, Préfet des Hauts-de-Seine :

 

– 17h30 : Monument aux Morts de la ville ; square de la Mairie ; Cérémonie du Souvenir et lecture du message de Monsieur Hubert Falco, secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants.

 

– 17h50 : Hôtel de Ville, salle multimédia ; projection du film : « Hommage aux Harkis : Histoire et Mémoire ».

 

– 18h15 : Hôtel de Ville – Hall : inauguration de l’exposition « Hommage aux Harkis » ; film et exposition conçus par l’association « Jeune Pied Noir ».

 

– 18h30 : Hôtel de Ville – Salon Elysée : vin d’honneur à l’invitation de la municipalité d’Issy-les-Moulineaux.

 

Lire la suite

Publié le 6 Septembre 2010

Sceaux

 

 

Jean-Philippe Brault, Théodore et Margot déposant la gerbe au monument du commando Kieffer

(photo Sylvie Scala)

A l’occasion du 8 mai 2010, le comité de Sceaux du Souvenir Français a déposé une gerbe au monument aux morts de la ville. Cette cérémonie, outre le Devoir de Mémoire, revêtait un éclat particulier grâce à la présence active des maires des communes jumelles de Brülh (Allemagne) et de Leamington-Spa (Angleterre).

Le lendemain, 9 mai, le pèlerinage s’est poursuivi par une visite des plages du débarquement de Normandie du 6 juin 1944. Philippe Laurent, maire de Sceaux, et Chantal Brault, 1er Adjoint déléguée au Devoir de Mémoire, participaient à cette journée. Le comité de Sceaux auquel appartient Robert Quintero, vétéran Français du débarquement, a déposé une gerbe au « Mémorial N°4 Commando » d’Ouistreham, symbolisant le sacrifice des Français libre du commando Kieffer. Le président du comité était accompagné pour ce geste de mémoire de deux jeunes du Conseil des jeunes de la ville de Sceaux qui avait fait le déplacement en nombre à cette occasion.

Léon Gauthier vétéran du Commando Kieffer a commenté avec foi et vigueur cette épopée devant les jeunes recueillis, attentifs et admiratifs ; un moment d’histoire et d’émotion pour rendre hommage aux hommes et aux femmes qui ont choisi de se rallier à la France libre dès 1940.

Jean-Philippe Brault

Président du Comité de Sceaux.

 

Lire la suite

Publié le 7 Août 2010

Stick-SF.gif

 

 

Voici plusieurs événements à inscrire sur vos tablettes pour la rentrée :

 

- 18 septembre 2010 : projection du film "Face à la mort" à 9h00 au centre socio-culturel de St-Pierre-les-Nemours (77) ; film sur la guerre d'Indochine. Renseignements au 01 64 29 14 69 (Robert Lutereau) ou au 06 73 21 17 99 (Daniel Villaume). Cette manifestation est organisée par l'ANAI, l'ONAC et la DG du Souvenir Français de Seine-et-Marne.

 

- 25 septembre 2010 : réunion des présidents des comités des Hauts-de-Seine, à Issy-les-Moulineaux, à 14h30 à la Maison du Combattant.

 

- 23 octobre 2010 : assemblée générale de la Délégation des Hauts-de-Seine à Levallois Perret.

 

- 24 octobre 2010 : salon du livre d'écrivains combattants et d'historiens, organisé par le Souvenir Français de Seine-et-Marne, à Meaux. 

 

D'ici là, bonnes vacances !

Lire la suite

Publié le 25 Juillet 2010

 

Mémorial de l’escadrille Lafayette à Marnes-la-Coquette.

 

Après avoir évoqué les journées patriotiques et les associations américaines, voici une présentation des trois principaux monuments américains situés dans les Hauts-de-Seine :

 

  • - Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette.
  • - Le Mémorial de l’American Legion à Neuilly-sur-Seine.
  • - Le cimetière américain de Suresnes.

 

 

Le Mémorial de l’escadrille Lafayette.

 

L’escadrille Lafayette a fait l’objet d’un article sur ce site, le 17 décembre 2008. Quant au mémorial, il est imaginé par le pilote Edgard Guerard Hamilton. D’abord, il aide les Alliés à localiser les corps de ses compagnons abattus pendant la guerre. Ensuite, pensant qu’un endroit où reposeraient tous ses anciens compagnons d’armes serait le meilleur des hommages, il commence une campagne de souscription. Des familles comme les Prince, les Chapman, les Vanderbilt ou encore les Hoskier participent au financement. Mais le plus généreux donateur est l’avocat américain installé à Paris, William Nelson Cromwell. Ce dernier ajoute à cette action, la supervision de la construction et est également à l’origine de la fondation du Mémorial de l’escadrille Lafayette, qu’il dote d’une bourse d’un million de dollars.

 

Le 4 juillet 1928 – Independance Day – le monument est inauguré en présence du maréchal Foch, du ministre de la Guerre Paul Painlevé et de l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Myron T. Herrick. Sur le monument, et dans la crypte, figurent les noms et les restes de 68 pilotes morts au combat ainsi que les sépultures des commandants français : le général Brocard et le lieutenant-colonel Georges Thenault.

 

En date du 29 mai 2010, Charles H. Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en France a prononcé ces mots : « Il y a des hommes que rien n’arrête, qui traversent des océans au nom d’une cause pour laquelle ils ont accepté de donner leur vie. Car rien n’obligeait ces jeunes Américains de la future Escadrille La Fayette à revêtir l’uniforme français pour combattre un adversaire qui n’était pas encore en guerre contre les Etats-Unis. Rien, sinon une soif intarissable de liberté, celle-là même qui avait poussé des millions d’individus longtemps avant eux à faire le voyage dans le sens inverse en quête de leur rêve américain. »

 

 

Le Monument de l’American Legion à Neuilly-sur-Seine.

 

 Z - Neuilly - American Legion 002

 

 

Comme on l’a vu dans l’article précédent, l’American Legion est créée par des vétérans américains de la Première Guerre mondiale, à leur retour d’Europe.

 

Le guide de l’association raconte les débuts et l’importance de la France dans cette constitution (la 1ère section de l’association est d’ailleurs celle de Paris) : « un groupe de vingt officiers qui ont servi dans les forces expéditionnaires américaines (A.E.F.) en France pendant la Première Guerre Mondiale est désigné avec la création de l’American Legion. Le quartier général de l’A.E.F. a demandé à ces officiers de suggérer des idées pour améliorer le moral des troupes. Un officier, le lieutenant colonel Theodore (Ted) Roosevelt Jr., a proposé une organisation de vétérans. En 1919, ce groupe a formé un comité provisoire et a choisi plusieurs centaines de militaires qui avaient la confiance et le respect de l’armée entière. Quand la première réunion d’organisation a eu lieu à Paris en mars 1919, plusieurs centaines d’officiers et soldats étaient présents. La réunion, connue sous le nom de premier Caucus de Paris, a adopté une constitution provisoire et le nom « The American Legion ». Elle a également choisi un comité de direction pour terminer les travaux de l’organisation. Elle a considéré chaque soldat de l’A.E.F. comme membre de l’American Legion. Le comité de direction a nommé un sous-comité pour organiser les vétérans aux Etats-Unis. L’American Legion a tenu un deuxième comité d’organisation à St Louis, Missouri, en mai 1919. »

 

Autour de l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine (fondé en 1906), entre 1914 et 1918 viennent se greffer de nombreuses organisations et associations. Les dons de l’Amérique à la France au combat sont tels que les ambassades respectives doivent monter des dispositions spécifiques. En juin 1937, la municipalité de Neuilly-sur-Seine offre à l’American Legion l’emplacement pour édifier le monument, financé par une souscription. Inauguré en 1939, celui-ci contient de nombreuses urnes pour recevoir les restes des membres de l’association ou d’anciens combattants. Sur les panneaux de marbre sont inscrits plusieurs centaines de noms.

 

 

Le cimetière américain de Suresnes.

 

 Z - Suresnes Cemetery - Defense

 

Le cimetière américain de Suresnes a été créé en 1917, par le Graves Registration Service of the Army Quartermester Corps. Son implantation en Région parisienne est due à la proximité des hôpitaux. Généralement, les cimetières militaires, et surtout ceux de la Première Guerre mondiale, étant plutôt placés près des champs de batailles.

 

Sur un peu plus de 3 hectares, le cimetière compte 1.541 tombes de militaires américains morts entre 1917 et 1918, que ce soit à l’occasion des combats ou de maladies, comme la grippe espagnole (d’ailleurs, sept infirmières y sont également enterrées). Un « mur des disparus » évoque la mémoire de 974 hommes disparus au combat, que ce soit en mer, sur terre ou dans les airs. Le cimetière est inauguré par le président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, en 1919, le jour du Memorial Day. On doit la chapelle à l’architecte Charles Adams Platt.

 

Après le Seconde Guerre mondiale, 24 soldats inconnus morts entre 1944 et 1945 sont disposés dans ce cimetière. Le général Marshall, alors président de l’American Battle Monuments Commission, vient consacrer cette partie en 1952.

 

 

Lire la suite

Publié le 4 Juillet 2010

Général Forget (D) - André Labour, DG SF 92 (G)

 

Le général de corps aérien, Michel Forget (à gauche) et André Labour, Délégué général du Souvenir Français des Hauts-de-Seine – Mémorial de l’Escadrille Lafayette – Marnes-la-Coquette.

 

Le 19 octobre 1781, les troupes dirigées par le général Washington remportent une éclatante victoire sur les 6.000 soldats britanniques de Lord Cornwallis, retranchés dans les places fortes de Yorktown et de Gloucester. Dans l'armée du général de la toute jeune nation des Etats-Unis d’Amérique se trouvent les hommes du marquis de Lafayette. L’armée du Roi de France est dirigée par le comte de Rochambeau. C’est là l’une des premières opérations militaires combinées (infanterie, cavalerie, artillerie et marine) et elle marque indélébilement l’amitié entre la France et les Etats-Unis.

 

A l’occasion des conflits du 20ème siècle, cette amitié sera toujours renforcée. C’est pourquoi, le Souvenir Français des Hauts-de-Seine tient tout particulièrement à fêter chaque année le Memorial Day aux côtés de représentants civils et militaires de la république américaine. Retrouvez toutes les photographies de l’événement dans l’album intitulé : « 2010-05-29, Memorial Day ».

 

 

1 – Journées patriotiques aux Etats-Unis.

 

Les journées patriotiques aux Etats-Unis relatives à des commémorations militaires et/ou politiques sont celles-ci :

 

- 4 juillet : Independance Day : célébration de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1776).

 

- Dernier lundi de mai : Memorial Day : cette journée est dédiée aux citoyens des Etats-Unis morts pour la patrie. Jour de congé officiel, d’abord appelé Decoration Day (en l’honneur des hommes et femmes qui donnèrent leur vie pour la nation pendant la Guerre de Sécession – 1861-1865), le terme Memorial, plus rassembleur (la première appellation n’étant que peu fêtée par les états du Sud) apparaît à la fin du 19ème siècle. Peu à peu, cette commémoration s’élargit et depuis la Première Guerre mondiale, elle s’adresse à tous les morts pour la patrie des Etats-Unis. Pour des raisons pratiques, et principalement en-dehors des Etats-Unis, elle est souvent fêtée plutôt le dernier week-end du mois de mai. A cette occasion, le président américain se rend au cimetière militaire d’Arlington en Virginie et des défilés et commémorations se déroulent partout dans le pays et à chaque lieu glorifiant des faits d’armes américains. Ainsi dans le département des Hauts-de-Seine sont concernés : le Mémorial de l’Escadrille Lafayette et le cimetière américain de Suresnes.

 

- 11 novembre : le 11 novembre se déroule la journée des anciens combattants américains ; elle est appelée Veterans’ Day.

 

 

2 – Associations patriotiques.

 

Les associations patriotiques américaines sont très nombreuses. Il serait vain de les citer toutes. Voici les plus connues :

 

  • - American Legion : créée à la fin de la Première Guerre mondiale par des vétérans, l’American Legion est une association patriotique qui compte dans ses rangs près de trois millions de membres, répartis dans plus de 15.000 posts (sections). Elle œuvre pour l’entraide entre anciens combattants et leurs familles, la revalorisation des pensions, la couverture médicale et le système de santé. Elle intervient dans l’éducation, grâce au financement d’écoles, de bourses, et d’aides diverses. Elle est également un groupe de pression important, dans une mouvance conservatrice.

 

  • - The Veterans of Foreign Wars of the United States (VFW) : organisation officielle de veterans de l’Armée américaine. Pour en faire partie, il faut non seulement être citoyen des Etats-Unis et également avoir servi dans l’armée dans un corps expéditionnaire à l’étranger durant un conflit, et avoir reçu une médaille ou un ruban. Forte de près de 1,5 millions de membres, la VFW possède plusieurs posts dans les Hauts-de-Seine, entre autres sur la commune d’Issy-les-Moulineaux. L’association récolte de l’argent pour aider des œuvres sociales et éducatives, dans le but de soutenir les anciens combattants.

 

  • - L’AMVETS ou American Veterans : formée par des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, elle travaille pour améliorer le quotidien des anciens combattants, notamment dans le cadre des systèmes de santé. De plus en plus, elle s’ouvre aux anciens combattants des récents conflits. Active dans le lobbying politique, l’association regroupe également des sections de mères, filles ou sœurs de vétérans, de même que pour les pères, frères et fils.

 

  • - L’American Overseas Memorial Day Association (AOMDA) : chargée de célébrer le Memorial Day à l’étranger. L’association a été créée en 1920 (reconnue d’utilité publique en 1952) dans le but de perpétuer la mémoire des Américains et Américaines morts pour la liberté et enterrés en dehors des Etats-Unis. Son action concerne les lieux connus, mais aussi les tombes et monuments isolés. Ainsi, ils sont au nombre de 183 et se trouvent sur 123 communes en France, 12 en Suède, 120 au Danemark et le même nombre en Norvège. Un peu partout l’association travaille en étroite collaboration avec les ambassades américaines, de même qu’avec les consulats et les représentations de l’American Legion.

 

  • - L’American Battle Monuments Commission (ABMC) : il ne s’agit pas à proprement parler d’une association mais de l’agence officielle du gouvernement américain en charge de l’entretien des cimetières et monuments militaires des Etats-Unis à l’étranger. Ceux-ci se trouvent aussi bien en France, qu’en Angleterre ou en Belgique, mais aussi en Tunisie, aux Philippines ou encore en Italie ou au Mexique. Bénéficiant généralement de l’extra-territorialité, ces monuments et cimetières comprennent près de 94.000 tombes et rappellent le souvenir de plus de 125.000 disparus. En France, les cimetières américains sont situés dans les lieux suivants :

 

  •  
    • - Aisne-Marne Cemetery, à Belleau (Bois-Belleau) dans le département de l’Aisne (2.289 tombes de militaires américains morts pendant la Première Guerre mondiale).
    • - Brittany American Cemetery, sur la commune de Saint-James, dans la Manche (4.410 tombes – combats de la bataille de Normandie en 1944).
    • - Epinal American Cemetery, dans le département des Vosges (5.225 tombes – combats de 1944-1945).
    • - Lorraine American Cemetery and Memorial, situé sur la commune de St-Avold en Moselle. L’un des plus grands cimetières américains de 1944-45 en Europe avec plus de 10.500 tombes individuelles (et une plaque rappelant le sacrifice de 444 disparus, « missing in action »).
    • - Meuse-Argonne Cemetery and Memorial, placé sur la commune de Romagne-sous-Montfaucon (Meuse). Là sont enterrés plus de 14.500 militaires américains tués au cours des combats dans ce secteur, au cours d’une année (fin 1917 – fin 1918). Une stèle rappelle aussi la mémoire de soldats tués en 1918-1919 lors d’une expédition dans le nord de la Russie (devenue bolchévique).
    • - Normandy, l’un des cimetières américains les plus célèbres de France et du monde (Il faut sauver le soldat Ryan). Il contient les restes de près de 10.000 américains, dont Théodore Roosevelt Junior, fils aîné du président Théodore Roosevelt (1858-1919) mort d’une crise cardiaque sur le front normand en 1944 (il était également vétéran de la Première Guerre mondiale).
    • - Oise-Aisne Cemetery and Memorial, sur la commune de la Fère-en-Tardenois (Aisne). Il comprend les restes de 6.018 victimes américaines des offensives de 1918 dans le secteur.
    • - Rhone Cemetery and Memorial. Le site de Draguignan dans le Var a été retenu car placé sur la route empruntée par la 7ème Armée US dans sa conquête du territoire français sur les Allemands en 1944. Le cimetière présente 861 tombes individuelles.
    • - Somme ; cimetière situé sur le territoire de Bony dans l’Aisne et qui contient 1.844 tombes individuelles et une stèle portant mention de 333 disparus (combats de 1918).
    • - Saint-Mihiel, dans le département de la Meuse, près de Verdun. Théâtre de combats d’une férocité et d’une ampleur inouïes, Saint-Mihiel représente l’une des victoires majeures de l’Armée américaine pendant la Première Guerre mondiale (réduction du « saillant de Saint-Mihiel). 4.153 tombes individuelles y sont placées.
    • - Suresnes American Cemetery and Memorial. Ce cimetière est présenté dans le cadre du second volet de cette étude.

 

Lire la suite

Publié le 13 Juin 2010

Neuilly mairie

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) ont activement participé à la libération de la France en 1944, et de nombreuses communes comportent des plaques commémorant le sacrifice d’une ou plusieurs personnes ayant combattu au sein de ses rangs. Il n’est pas vain, soixante six années après, de rappeler ce que furent les FFI.

 

Il s’agit du nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, les Francs tireurs partisans (FTP), l’Organisation de résistance de l’armée…

 

L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). Les FTP représentent un mouvement de résistance armée, conçu par le Parti communiste français, à la fin de 1941, quand Hitler décide d’attaquer l’URSS (depuis 1939 et le Pacte germano-soviétique, le PCF est interdit). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.

 

En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Au sein de cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud.

 

Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas).

 

Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris.

 

Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

 

La prise de la mairie de Neuilly-sur-Seine par les FFI.

 

A Neuilly-sur-Seine, avant l’arrivée des troupes alliées – qui se trouvent à quelques dizaines de kilomètres – de jeunes FFI vont prendre d’assaut le commissariat et la mairie. Il s’agit pour eux de libérer ces symboles de la République, souillés pendant quatre années par l’envahisseur allemand et les collaborateurs du régime de Vichy. Cette attaque, comme beaucoup d’autres, est plus ou moins préparée. Les FFI cherchent avant tout à montrer leur présence, leur envie d’achever au plus vite l’occupation et ils veulent également exposer à la fois aux forces alliées et au peuple français que le pays peut aussi se libérer par lui-même. L’affaire a été, entre autres, remarquablement contée par Gilles Primout sur son site dédié à la Libération de Paris.

 

Donc, au matin du 19 août 1944, deux soldats allemands sont arrêtés par un groupe de FFI. Ils sont emmenés au commissariat pour être interrogés et emprisonnés. L’enthousiasme s’empare des insurgés : un drapeau est hissé ; on chante la Marseillaise, la mairie est prise d’assaut. Mais Neuilly n’est pas une ville comme les autres : c’est certainement l’une de celles où se trouvent le plus de garnisons allemandes. Moins de deux heures après l’arrestation, un officier allemand envoie un groupe de sept soldats et un sous-officier pour récupérer les prisonniers. Il n’a pas mesuré la volonté des Français. A l’injonction de rendre les deux militaires, les FFI répondent par un tir nourri de fusils et de mitraillettes. Les sept fantassins et le sous-officier sont tués sur le coup. L’officier allemand se retire, allant chercher du renfort. Le commandant FFI Caillette sent l’imminence du danger. Il exhorte les FFI à fuir avant le retour des Allemands et le déclenchement des vraies hostilités.

 

Appuyés par des chars d’assaut et des groupes de mitrailleuses, les soldats de la Wehrmacht, aidés de près de trois cents SS, préparent leur retour. Le colonel allemand Hans Jay coordonne le combat. Par avance, en militaire aguerri, il connaît l’issue fatale pour les jeunes Français. Un gardien de la paix, nommé Régnier, habitant Neuilly, téléphone à la Préfecture de police : « Les FFI occupent l’intérieur de la mairie et le commissariat. Ils sont cernés par les Allemands avec des chars d’assaut. Plusieurs patriotes ont réussi à s’enfuir par les égouts mais une grande partie se trouve encore à l’intérieur. Le tir continue… ».

 

Effectivement, de nombreux FFI parviennent à se sauver. Mais il en est qui restent. Par miracle, ils ne seront pas fusillés mais envoyés au Mont Valérien puis, par la chance ou le destin, seront échangés deux jours plus tard contre des prisonniers allemands.

 

Au moment de leur entrée dans les salles de la mairie, les Allemands relèvent douze tués et près d’une soixantaine de blessés. Avant d’être fauché par une balle, un jeune FFI a eut juste le temps d’écrire sur une colonne (l’inscription a été conservée) : « Souvenir du Groupe Liberté. Honneur à nos morts et blessés. Vive la France ».

 

 

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site de « la Libération de Paris » par Gilles Primout.

- Site « Plaques commémorative » de François Tanniou.

- Le général Leclerc et sa deuxième DB, par Dominique Forget, Ed. Hemdal.

- Les enjeux de la Libération, par Christine Levisse-Touzé, Ed. Albin Michel.

- Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Ed. Robert Laffont.

- Les FTP, par Charles Tillon, Ed. Julliard.

 

 

Lire la suite