Publié le 12 Juin 2009

 

 

L’un des carrés militaires du cimetière de Clichy Sud contient plusieurs tombes de martyrs de la Résistance. L’une des plaques interpelle le passant : « guillotiné ». Qui a bien pu être guillotiné sur ordre de Pétain ?

 

 

 

Une rue du 17ème arrondissement de Paris dans le quartier des Epinettes et une école dans ce même arrondissement, portent le nom d’André Brechet. Né en 1900, André Brechet est l’un des responsables communistes de Paris. Le remarquable site internet www.plaques-commémoratives.org donne des explications : « L’attentat qui, le 21 août 1941, coûte à Paris la vie à l’aspirant Moser déchaîne la fureur répressive de l’occupant et de l’Etat français. Menaçant de fusiller cinquante otages, le premier exige du second la condamnation à mort de six communistes. Vichy obtempère en créant le 23 août des les Sections spéciales. Le 27 août 1941, cinq magistrats français composent la Section spéciale de la Cour d’Appel de Paris. André Bréchet, condamné neuf jours plus tôt à quinze mois de prison figure parmi les neufs prévenus qui comparaissent ce jour-là ».

 

Ainsi sans d’autres charges que celle de militant politique (le Parti communiste était alors interdit), André Brechet est guillotiné le 28 août 1941, dans la cour de la prison de Santé à Paris, la même journée que Jean Bastard et Abraham Trzebucki,

 

Jean Bastard, né le 18 août 1896, monteur, est arrêté par la Section spéciale du Gouvernement de Vichy pour avoir été en possession d’une machine à écrire de marque Ronéo. Il est soupçonné de résistance communiste active, tout comme Abraham Trzebucki.

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Publié le 10 Juin 2009

Légionnaires en Indochine (copyright 3ème REI)

 

 

 

Le 30 mars 1926, Raymond Picco nait à Meudon. Il s’engage dans la Légion étrangère et est envoyé en Indochine. Sergent à la 1ère compagnie du 3ème Régiment étranger d’Infanterie, il meurt le 5 octobre 1950, au poste 41 Est sur 50, de la RC4, dans le nord du Tonkin. La RC 4 est la Route Coloniale n°4. Elle suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son.

 

Le « désastre de la RC4 » est aussi connu sous le nom « l’affaire de Cao Bang ». Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été totalement maîtrisée depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

L’un des régiments les plus touchés est le 3ème REI. Le chef de bataillon Forget est mortellement blessé avec bon nombre de ses hommes et de sous-officiers, parmi lesquels figure donc le sergent Raymond Picco.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés dans des camps : les officiers et certains sous-officiers sont envoyés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. La majeure partie des soldats sont envoyés dans d’autres camps, souvent dans des conditions encore plus épouvantables.

 

Ainsi, sur plus de 10.000 prisonniers après la défaite de Diên Biên Phù, seuls 3.200 rentreront en France…

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Publié le 6 Juin 2009

 

Un monument quelque peu particulier.

 

 

 

 

 A Gennevilliers, le cimetière est situé dans le nord de la commune, proche de l’autoroute A86 et de la N315, axes importants de la Région parisienne.

 Tout au fond de celui-ci, fait rarissime, un monument est dédié à la mémoire des gennevillois morts pour la France pendant les guerres de colonisation. C’est au cours de l’une d’elles que le jeune caporal Georges Albert Briffault des Corrières, certainement épris d’aventures coloniales, a trouvé la mort, le 22 septembre 1878.

 

La conquête du Sénégal.

 Le Traité de Vienne, en 1815, met fin à l’Empire français de Napoléon 1er. Une clause passe totalement inaperçu : l’île de Gorée, au large du Sénégal, est donnée au nouveau royaume de France, avec Louis XVIII à sa tête. Elle vient compléter les possessions françaises établies autour de la ville côtière de Saint-Louis. Depuis un peu plus d’un siècle, les Français s’efforcent de conquérir le pays en prenant appui sur le fleuve Sénégal, en dépit de la résistance d’ethnies telles que les Peuls et les Toucouleurs.

 L’activité des zones côtières et de l’île sont importantes : il s’agit d’un des grands points de départ de la traite des Noirs. L’esclavage est aboli en 1848. Quatre années plus tard, le général Faidherbe débarque au Sénégal pour y établir une présence plus affirmée. Cette action étant à placer dans le contexte global de colonisation accélérée de la seconde moitié du 19ème siècle.

 En près de trente ans, toutes les régions du Sénégal, du delta du fleuve jusqu’à la Casamance, au sud, passent sous commandement français.

 

Les Tirailleurs sénégalais.

 En 1857, le général Faidherbe, devant faire face à des besoins accrus en hommes, propose la création du corps des Tirailleurs sénégalais. Sénégalais de nom, car les soldats proviennent aussi bien de ce pays que de Mauritanie, du Mali ou encore de Guinée. Le décret est signé par l’empereur Napoléon III le 21 juillet 1857, à Plombières-les-Bains.

 Des difficultés de recrutement interviennent de suite. Il n’est pas rare que des révoltes éclatent. C’est notamment le cas chez les Bambaras du Mali. Aussi, les principaux contingents sont constitués d’esclaves rachetés à leurs maîtres, de « volontaires » et de prisonniers de guerre. Le nombre de régiments de Tirailleurs sénégalais va aller en s’accroissant. La majeure partie des sous-officiers et de nombreux officiers sont africains. Il est vrai aussi que les officiers supérieurs sont tous issus de la Métropole.

 Au cours de la Première Guerre mondiale, près de 200.000 Tirailleurs sénégalais vont participer au conflit, et environ 30.000 y laisseront la vie. Leurs régiments étant bien souvent placés en première ligne. Au cours du second conflit mondial, ce sont encore 40.000 hommes qui participent aux batailles. Ils sont présents sur tous les fronts. Près de 17.000 reposent à jamais sur la terre de France. Il est important de noter que les troupes du IIIème Reich ont régulièrement participé à des massacres et des exécutions sommaires de tirailleurs.

 

Le général Gallieni au Sénégal.

 En 1876, le lieutenant Joseph Gallieni, futur sauveur de Paris pendant la Première Guerre mondiale, notamment avec l’envoi de taxis sur la Marne, obtient son affectation en Afrique Occidentale française chez les Tirailleurs sénégalais. Il débarque à Saint-Louis et commence des expéditions et des explorations au cœur du pays. En 1878, sous le commandement du colonel Brière de l’Isle, les troupes françaises entreprennent une campagne contre le royaume toucouleur du Kaarta, sur la rive nord du fleuve Sénégal. En quelques mois, la victoire est totale : le chef Almamy Niamody est tué et toutes ses possessions sont prises. C’est peut-être au cours de cette expédition que le jeune Georges Briffault des Corrières perd la vie.

 Ou bien s’agit-il des suites d’une maladie qui fait des ravages à l’époque : la fièvre jaune ! Joseph Gallieni voit revenir les troupes de l’expédition. Il note dans son journal, le 5 octobre 1878 : « Les embarcations sont pleines de cadavres. On ne peut plus leur faire de cercueils et on les ensevelit dans leurs toiles de hamac ; c’est bien triste tout cela ! Il y a évidemment épidémie, bien qu’on se refuse à y croire encore ». Le 5 octobre 1878. Voilà près de quinze jours que le caporal Briffault des Corrières a rendu son âme à Dieu. Il avait 22 ans.

 

Défilé de Tirailleurs à Dakar au début du 20ème siècle.

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Publié le 1 Juin 2009


 

 

 

Le cimetière principal de Colombes a été bâti au cours de la première moitié du 19ème siècle. Il est généralement appelé « ancien ».

 

 

 

 

Ce cimetière contient environ 8.000 tombes dont deux carrés militaires et plusieurs monuments à la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la France. Au début des années 1930, le cimetière est refait ; à cette même époque, pour un besoin de places, un nouveau cimetière est ouvert, rue des Cerisaies, à proximité de la commune de Nanterre. D’où l’appellation des cimetières « ancien » et « nouveau ».

 

1870-1871

 

Un monument marque les combats de 1870-1871 : « Aux citoyens morts pour la patrie ». Il comporte les noms suivants :

 

  • - Philippe Deschler, Petrus Magny, Louis Quenben, Jules Bentot, Théodore Duval, Jean-Marie Boété, Jules Touzet, Jules Clément, Eugène Coutreau, Boré, Auguste Adolphe Marsillat, Numance Roussel, Etienne Demonmerot, Pierre Germain, un soldat du 119ème de ligne, morts en 1870.
  • - Paulin Thône, Ernest Raguin, François Henri Capelle, Adolphe Leclerc, Amable Flaut, Bertrand Lalaurette, François Perrin, Eugène Cahanin, morts en 1871.

 

Un second monument est dédié à Eugène Cahanin, chevalier de la Légion d’honneur, garde au 36ème bataillon de la Garde nationale, et décédé des suites de ses blessures, le 10 février 1871 ; blessures reçues au cours de la bataille de Buzenval, sur la commune actuelle de Rueil-Malmaison, et qui fut la tentative, et l’échec, de la Garde nationale prisonnière dans Paris pour effectuer une sortie face aux troupes prussiennes (le 19 janvier 1871).

 

Carré militaire 1914-1918

 

Un monument et cent douze tombes, peintes de blanc, de soldats morts pour la France composent le carré militaire dédié à la Première Guerre mondiale. A noter : plusieurs tombes conservent les restes de frères, comme André et Lucien Doubroushkess ou Raymond et Gilbert Beaujon.

 

Les frères Beaujon qui sont morts en 1926 et 1929, certainement à l’occasion et à la suite de combats dans le nord du Maroc. A cette époque même, se déroula la Guerre du Rif, qui entre 1921 et 1926, opposa des troupes franco-espagnoles aux tribus marocaines d’Abd-El Krim pour pacifier cette partie du protectorat français, en relation avec les villes de Ceuta et Mellila, enclaves espagnoles au Maroc.

 

Carré militaire 1939-1940

 

Il faut traverser la rue de l’Egalité, pour pénétrer dans la deuxième partie du cimetière ancien et découvrir le second carré militaire, dédié aux morts pour la France de la Seconde Guerre mondiale, de l’Indochine et des combats en Afrique du Nord. Ce carré contient environ soixante-dix tombes et plusieurs stèles à la mémoire des colombiens et colombiennes, victimes militaires et civiles, décédés à l’occasion de ces conflits.

 

Retrouvez les photographies du cimetière de Colombes dans l’album intitulé « Carrés militaires des Hauts-de-Seine ».
 



 

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Publié le 31 Mai 2009

Le samedi 23 mai dernier, la Délégation Générale du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine a participé, au pied du Mémorial de l'Escadrille Lafayette à Marne la Coquette, à la cérémonie américaine Memorial Day. De nombreux élus et personnalités du département étaient présents. Retrouvez toutes les photographies de l'événement dans l'album intitulé : "2009-05-23, Memorial Day".
 



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Publié le 30 Mai 2009




La Délégation générale du Souvenir Français pour les Hauts-de-Seine vous rappelle que le concert de notre association se déroulera samedi 6 juin 2009 à 20h30 en la basilique Notre Dame des Victoires, places des Petits Pères, 75002 Paris. Seront interprétées des oeuvres de Mozart et d'Haydn. Pour vous inscrire, merci d'appeler le 01 46 60 67 89. Nous comptons sur vous !

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Publié le 14 Mai 2009

Nissim de Camondo (copyright Musée des Arts Décoratifs). 

Les origines.

 Etablis à Istanbul, dans l’Empire ottoman, les Camondo, juifs sépharades, font des affaires fructueuses dans le monde de la banque. En guise de remerciements pour services rendus dans le cadre de la réunification italienne, la famille est anoblie par le roi d’Italie Victor-Emmanuel II en 1867.

 Décidant d’optimiser leurs affaires en Europe, les Camondo – Nissim et son frère Abraham-Behor – s’installent en France. Dans leur bagage, âgé de neuf ans : Moïse, qui apprend très vite et devient, comme son cousin Isaac, un financier et un collectionneur important. La famille s’installe au n° 63 de la rue de Monceau à Paris, dans un hôtel particulier. En 1891, Moïse Camondo épouse Irène Cahen d’Anvers. De cette union naissent deux enfants : Nissim, le 23 août 1892, à Boulogne-Billancourt et Béatrice, le 9 juillet 1894.

 Mais le couple formé par Moïse et Irène se sépare rapidement, en 1896. Abandonné par son épouse, Moïse met du temps à se remettre, même si ses enfants restent lui. Le divorce est prononcé en 1901. Puis à la suite des disparitions de sa mère puis de son cousin, Moïse, passionné par l’art du 18ème siècle, fait raser la demeure familiale, en 1912, pour y faire construire un hôtel particulier somptueux, dans la tradition du Petit Trianon de Versailles.

 

 

La jeunesse de Nissim de Camondo.

 Le jeune Nissim reçoit une éducation stricte et patriotique. Il poursuit ses études au lycée parisien Janson de Sailly. Il est de ces milieux de l’aristocratie et de la bourgeoisie parisienne si bien décrits par Marcel Proust. Les Rothschild, les Fould, les Pereire, sont des habitués de la rue de Monceau. En 1911, Nissim de Camondo devance l’appel et s’engage dans l’armée pour y effectuer son service militaire : il est affecté dans un régiment de hussards qui tient garnison dans la ville de Senlis. Il est libéré de ses obligations militaires en novembre 1913, et commence une carrière de banquier au service des titres de la Banque de Paris et des Pays-Bas. 

 

La guerre.

 Nissim de Camondo rejoint l’Armée française dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914. Il est sous-lieutenant chez les Hussards. Faisant preuve d’un courage inouï, il s’illustre dès le 21 août et est cité à l’ordre de l’Armée : « Etant de patrouille de découverte avec quatre cavaliers, reçu à coups de fusil au village de Mellet, l’a contourné, mis pied à terre sous le feu pour relever un hussard tombé avec son cheval et, au retour, a abordé résolument une patrouille allemande de onze cavaliers qu’il mit en fuite… ».

 Intéressé par les propos de camarades qui lui enjoignent de poursuivre la guerre au sein des nouvelles unités de l’Armée de l’Air, qui est alors en pleine création, il devient officier observateur, et est rattaché au 21ème Régiment de Dragons (les escadrilles aériennes n’existent pas encore). Il fait encore une fois preuve d’une attitude exemplaire : « Observateur en avion de haute valeur, ayant montré en diverses circonstances de remarquables qualités de courage et de sang-froid, notamment en prenant les photographies du secteur du C.A. devant Verdun, malgré les attaques quotidiennes de plusieurs avions ennemis en groupe puissamment armés ».

 Dans son ouvrage Le Dernier des Camondo, publié aux Editions Gallimard, Pierre Assouline relate le carnet de campagne du jeune Camondo : « 23 décembre 1915 : départ pour les tranchées ; 18 janvier 1916 : visite de Charles de Noailles ; 21 janvier : journée à Malassise et Aumont ; 8 février : vais à Fosseux. Phonographe ; 17 mars : arrivée de papa et Béatrice ; 14-15 mai : Paris ; 22 mai : photos de Verdun. Prise de Douaumont ; 29 juin : premier vol comme pilote et non plus comme observateur. Deux fois dix minutes sous la pluie ; 30 juin : vol à nouveau. Enfin seul. Un quart d’heure ; 28 juillet : départ pour Paris. Arrivée 11h30. Déjeuner avec maman ; 29 juillet : retour de papa de Vichy ; 31 juillet : retour à l’escadrille ; 1er septembre : Champs ; 9 septembre : Paris. Déjeuner et dîner chez Larue avec Ninette ; 12 septembre : chasse à Aumont ».

 Une nouvelle fois, Nissim de Camondo est cité à l’ordre de l’Armée : « Officier commandant la section photographique du corps d’armée, joint à une très grande habileté professionnelle les plus hautes qualités de courage, de hardiesse et de sang-froid. A rendu des services exceptionnels en exécutant au cours de la bataille de l’Aisne, tant comme observateur que comme pilote de monoplan, des reconnaissances photographiques particulièrement dangereuses à très faible altitude sur un appareil de C.A. sans se soucier des attaques des avions ni du feu de terre de l’ennemi. Le 26 avril 1917, son appareil étant gravement endommagé par le feu de l’artillerie ennemie, n’est rentré qu’ayant terminé entièrement sa mission ».

Nissim de Camondo est promu lieutenant. Au sein de l’escadrille MF33, stationnée près d’Embermenil dans le département de Meurthe-et-Moselle, il est un exemple pour tous. Le 5 septembre, alors qu’il revient d’une courte permission effectuée à Deauville, son avion, à bord duquel se trouve également le sous-lieutenant Desessart, est pris en chasse par un appareil allemand. Camondo réussit à abattre l’engin ennemi, mais, également touché, il ne peut éviter un atterrissage en catastrophe. Des témoins voient le biplace disparaître derrière la forêt qui sépare les lignes françaises des allemandes. Ayant appris cette nouvelle, et sans aucune indication de l’Armée française, Moïse de Camondo espère un miracle pendant plus de deux semaines. Puis, un intendant confirme ce que l’on n’osait imaginer : Nissim de Camondo est bel et bien mort au combat ; il est enterré en terre française, à Dieuze, en Moselle, près de Sarrebourg. Même si sa disparition est notifiée en Belgique, à Housse.

 Pierre Assouline : « Qui saura dire la misère d’un père à jamais privé de son fils ? Il n’est pas de plus haute solitude. C’était comme s’il avait planté un arbre, qu’il l’avait amoureusement entretenu pendant toute sa jeune vie et qu’au bout de vingt ans, sans raison apparente, la foudre le déracinait brutalement ».

 Ce destin horrible amène Moïse de Camondo à léguer toute sa fortune et ses biens à L’Union des Arts Décoratifs (Musée des Arts Décoratifs). Jusqu’à sa mort, en 1935, il achète des œuvres d’art pour compléter une donation déjà exceptionnelle.

 

1943.

 Mais la tragédie ne s’arrête pas là. Béatrice de Camondo épouse en 1920 Léon Reinach. De cette union naissent deux enfants : Fanny, en 1920, puis Bertrand en 1923. En 1943, tous sont arrêtés et envoyés au camp de Drancy. Léon et ses enfants sont déportés à Auschwitz quelques jours plus tard. En 1944, c’est au tour de Béatrice. Aucun d’eux ne reviendra. 

 

Le musée.

 Aujourd’hui, le musée Nissim de Camondo, situé au 63 de la rue de Monceau, renferme des collections inestimables de meubles, de commodes, de secrétaires à cylindre, d’œuvres (estampes, toiles, dessins…) du 18ème siècle. Il est ouvert du mercredi au dimanche de 10h00 à 17h30.

 Un peu d’éternel, ou tout au moins de durable, était entré dans la composition de cet éphémère… Marcel Proust.



 

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Publié le 3 Mai 2009


 
Hommage national du 23 novembre 2008.

 

Un lieu de pèlerinage.

 

Le Mont Valérien est une colline, d’une hauteur de 162 mètres, qui domine l’ouest de Paris, et qui se situe sur les communes de Suresnes, de Nanterre et de Rueil-Malmaison. En France, le Mont Valérien est considéré comme un des hauts lieux de la Mémoire.

 

Au départ connu comme ermitage médiéval, un calvaire y est installé au cours du 15ème siècle. Puis, le lieu devient pèlerinage et, sous Louis XIII, des chapelles, rappelant les stations du Chemin de Croix sont bâties. Elles constituent autant d’étapes pour les processions des Parisiens, qui s’y rendent en masse. En 1634, une congrégation, les Prêtres du Calvaire, s’établie sur le mont, mais, cinquante ans plus tard, compte tenu de fréquents désordres, le pèlerinage est interdit, et la congrégation est dispersée. Plus tard, les prêtres sont remplacés par des laïcs qui y prononcent des vœux temporaires. Arrive la Révolution. Comme un bon nombre d’édifices religieux, le Mont Valérien est saccagé par les révolutionnaires.

 

Après la signature du Concordat entre Bonaparte, Premier consul, et le pape Pie VII, l’ordre ecclésiastique s’y installe à nouveau (des moines trappistes). Plus tard, le même Bonaparte, devenu l’empereur Napoléon 1er, fait construire des bâtiments – qui existent toujours – et dont le but est d’être maison d’éducation pour la Légion d’honneur.

 

Sous Louis XVIII puis Charles X, le Mont Valérien reprend totalement sa vocation religieuse et la société des Missions de France s’y installe. Symbole d’un christianisme royaliste ultra, le lieu est particulièrement visé pendant les Trois Glorieuses en 1830. Le nouveau roi des Français, Louis-Philippe, décide de dissoudre la communauté chrétienne et intègre la colline dans le réseau de fortifications de la défense de Paris.

 

 

Le fort du Mont Valérien.

 

L’actuel fort du Mont Valérien est construit à partir de 1841, et s’intègre dans le réseau de seize forts qui doivent défendre la capitale ; ceux-ci sont eux-mêmes intégrés comme avant-postes dans l’enceinte fortifiée qui fait le tour de Paris (forts de Nogent, Noisy, Issy, Montrouge, Vanves, …).

 

Peu après sa construction, le fort commence par être utilisé comme prison. Des opposants à Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l’empereur Napoléon III, y séjournent. Il s’agit de Gustave de Beaumont, Achille Chaper, Joseph-Edmond Fayolle.

 

Le 19 juillet 1870 éclate la Guerre franco-prussienne. Après quelques semaines de combats, les forces prussiennes arrivent sur la capitale. Le fort du Mont Valérien joue un rôle très important. Les troupes républicaines du Gouvernement de la Défense nationale font feu depuis le fort, grâce à de nombreux et puissants canons, sur le château de Saint-Cloud tenu par les ennemis. Puis, au moment de la Commune de Paris, le fort est pris par les troupes versaillaises du gouvernement Thiers.

 

 

Mémorial de la France combattante.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, le fort du Mont Valérien est utilisé pour la défense aérienne : un important projecteur y est placé pour voir de nuit les avions du IIème Reich et tenter de déclencher d’éventuelles ripostes avec l’envoi de chasseurs.

 

Mais c’est surtout au cours du conflit suivant que le Mont Valérien est tristement célèbre : la forteresse est rapidement utilisée par les soldats nazis pour être une prison. Les interrogatoires qui s’y déroulent sont d’une barbarie sans nom. Bientôt, des otages, des résistants, des Français libres y sont exécutés. Il serait vain de faire une liste exhaustive de toutes celles et ceux qui ont perdu la vie dans la petite clairière jouxtant l’édifice et aujourd’hui appelée « clairière des fusillés ». Néanmoins, il convient de citer quelques noms : Honoré d’Estienne d’Orves, Gabriel Péri, André Bloch, des membres du réseau du Musée de l’Homme, Jacques Decour, Arthur Dallidet, Missak Manouchian et les 21 résistants de son réseau, … Certains jours, les exécutions se suivent à un rythme terrible : le 15 décembre 1941, 70 otages dont 44 viennent du camp de Drancy sont fusillés ; le 11 août 1944, alors que les Alliés sont aux Portes de Paris, 93 détenus du camp de Royallieu sont exécutés.

 

Après la libération totale du territoire national, le général de Gaulle décide, en juin 1945, de consacrer ce lieu au Devoir de Mémoire. Henri Freynay, ministre des prisonniers, déportés et réfugiés du Gouvernement provisoire de la République française, y fait inhumer 15 corps de combattants de la Guerre 1939-1945, originaires de Métropole et des colonies. Il demande à ce que soient également placés les corps de Berty Albrecht et Renée Levy, grandes résistantes, massacrées par les nazis. 

 

En 1958, à nouveau au pouvoir, le général de Gaulle charge Félix Brunau de faire construire un véritable monument au pied de la forteresse : le Mémorial de la France combattante est né. L’esplanade de l’édifice fait 10.000 m2 et un mur long de 150 mètres, en granit rose des Vosges, permet d’organiser des prises d’armes et des commémorations ; au centre, est sculptée une immense croix de Lorraine. Elle marque l’entrée de la crypte où reposent les combattants, avec une particularité : le caveau n°9 est vide car il attend le corps du dernier Compagnon de la Libération.

 

Au-devant de cette croix se trouve une flamme, qui brûle en permanence, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance ne s’éteindra pas – 18 juin 1940 – Charles de Gaulle ».

 

Par la suite, des modifications et des compléments sont ajoutés : en 1962, c’est l’inauguration du « parcours des fusillés » ; en 1989, est inauguré le « bosquet de la Liberté » ; en 1997, sur proposition de Robert Badinter, un monument sur lequel figurent les noms des fusillés est approuvé par le Sénat et inauguré en 2003.

 

Quant à la forteresse du Mont Valérien, aujourd’hui, elle est le siège du 8ème Régiment de Transmissions ; du colombier militaire national et du musée colombophile militaire ; du Centre national d’études et de formations pour l’enfance inadaptée. Elle est aussi utilisée dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense pour des missions comme l’Opération Artemis (RD Congo en 2003) ou l’EUFOR (Tchad / RCA en 2007-2009).

 

Enfin, quatre lieux funéraires complètent l’ensemble des édifices, bâtiments et lieux de Mémoire du Mont Valérien : le cimetière du Mont Valérien, construit au 19ème siècle ; le cimetière américain de Suresnes, qui contient des tombes de soldats américains tombés pendant les deux guerres mondiales ; le cimetière paysager du Mont Valérien, créé par la ville de Nanterre en 1969 et le crématorium du Mont Valérien, ouvert en 1999.

 

Le Mémorial de la France combattante est ouvert tous les jours de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 (19h00 en été) ; pour se renseigner ou organiser une visite de groupe, il convient de prendre des renseignements au 01 49 74 35 87.

 

Les moyens d’accès sont les suivants :

 

  SNCF : Ligne Paris Saint Lazare - Versailles - Arrêt gare de Suresnes

  RATP : RER A La Défense ou ligne n° 1 La Défense puis bus n° 360 (arrêt Mont Valérien ou Hôpital Foch Cluseret)

  TRAMWAY : Val de Seine T2 La Défense - Issy les Moulineaux - Station de Suresnes : Longchamp

  ROUTE : Porte Maillot - Pont de Suresnes

 

 

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Publié le 10 Avril 2009

 

 

Le samedi 5 et le dimanche 6 avril derniers, s’est tenu à Paris le congrès national du Souvenir Français.

 

 

 

Dans le salon d’honneur du Cercle militaire de Paris, le congrès a débuté par un discours de Monsieur SUCHOD, directeur de cabinet de Monsieur Jean-Marie BOCKEL, secrétaire d’Etat aux Anciens combattants. Puis le général DELBAUFFE, notre président national, a demandé une minute de silence pour les délégués généraux et présidents de comités disparus au cours de l’année écoulée. Dans les Hauts-de-Seine, nous avons une pensée particulière pour notre ami, Michel MARTIN, qui fut président du Comité du Plessis-Robinson.

 

Le colonel OROFINO, trésorier national, a présenté le rapport financier en parlant plus particulièrement des assurances, des virements, bilans et reçus fiscaux. Ensuite, notre secrétaire général a présenté le rapport moral en insistant sur le rôle du Délégué général, lien indispensable entre le siège et les comités. Puis ont été énoncées plusieurs initiatives : création d’un timbre à l’effigie du Souvenir, tee-shirt, poncho pour protéger les quêteurs de la pluie…

 

Parmi les travaux réalisés cette année, il convient de citer :

 

  • - Aisne : monument des Crapouillots à Laffaux.
  • - Ardennes : rénovation de tombes à Sedan.
  • - Eure : rénovation de tombes à Gisors.
  • - Gers : création du carré militaire de Saint-Avit.
  • - Loir et Cher : création d’un mémorial Indochine et AFN.
  • - Haute-Loire : rénovation du carré militaire du Puy-en-Velay.
  • - Meurthe et Moselle : regroupement de tombes à Domjevin.
  • - Meuse : restauration du carré des sept inconnus à Verdun et rénovation de la tombe du sous-lieutenant Thomme à Verdun.
  • - Haute-Savoie : création de l’ossuaire d’Argonay.
  • - Bas-Rhin : aide à la réhabilitation de la nécropole de Wissembourg.
  • -Haute-Vienne : transfert d’un corps de secouriste de la tragédie d’Oradour-sur-Glane au columbarium.
  • - Vosges : réfection de tombes à Ban.

 

Ensuite, quelques mots ont été dits sur les actions formidables des comités du Souvenir Français à l’étranger et notamment celui de Chine qui a réalisé un travail exemplaire. « Sans vous rien ne serait possible » a été le mot de la fin.

 

Par la suite, un défilé s’est déroulé sur les Champs-Elysées avec le ravivage de la flamme, en présence de nombreuses délégations de notre association, du général DELBAUFFE, du général DARY, gouverneur militaire de Paris et du général COMBETTE, président du Comité de la Flamme.

 

Enfin, le dimanche matin a été consacré à une messe solennelle en l’église Notre Dame des Victoires.

 

Retrouvez toutes les photographies de notre congrès national dans l’album intitulé : « 2009-04-05, Congrès national ».

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