Publié le 30 Octobre 2018

Gustave Durassié, maître-imprimeur à Malakoff.

Le carré militaire de Malakoff dédié à la Première Guerre mondiale comporte 120 sépultures. Parmi elles, figure celle de Gustave Durassié (1887-1986), adjudant puis lieutenant au 95e R.I., combattant à Fleury-devant-Douaumont en 1916, maître imprimeur à Malakoff, président national de l’association Ceux de Verdun de 1951 à 1974, commandeur de la Légion d’honneur.

 

« Debout les morts ».

A son arrivée au 95e, Gustave Durassié se lie d’amitié avec un autre adjudant, Jacques Péricard. L’unité a quitté Bourges et le camp d’Avord en août 1914. Partie de la 16e division d’infanterie et du 8e corps d’armée, formée de Berrichons, de Bourguignons et de Nivernais, elle est rattachée à la 1ère Armée du général Dubail.

Depuis, le 95e est de tous les fronts : en Lorraine, où il perd 500 soldats, puis dans la Woëvre en 1914 ; sur les secteurs de la forêt d’Apremont et de Bois-Brûlé l’année suivante. A cette occasion, au cœur des tranchées du saillant de Saint-Mihiel, où les hommes se battent au corps à corps pour chaque mètre de terrain, l’adjudant Jacques Péricard hurle à ses hommes épuisés, abrutis par tant de sauvagerie « Debout les morts ! ».

Publié anonymement après la guerre, la Campagne 1914-1918 du 95e régiment d’infanterie (librairie Chapelot à Paris) indique ceci : « Du 19 au 31 janvier 1916, le 95e est relevé et quitte ce secteur où, depuis quinze mois, il combat avec un courage qui ne s'est jamais démenti, et où, gradés et soldats ont prouvé surabondamment, sous des bombardements effroyables et dans des attaques meurtrières leur grand cœur, leur stoïque ténacité et leur absolu mépris de la mort. »

Puis, le 95e est dirigé sur Fleury-devant-Douaumont le 24 février 1916. Il doit relever les 51e et 72e divisions d’infanterie, laminées par le rouleau compresseur ennemi. Le 25, « les soldats du 95e ont l’impression d’être seuls, abandonnés du reste de l’Armée, holocaustes choisis pour le salut de Verdun. Vers le milieu de l'après-midi, le bombardement cesse et l'attaque se produit. Des masses, jaillies du bois d'Haudremont, submergent le malheureux 1er bataillon mais se brisent contre nos mitrailleuses et nos feux de salve, à nous. Les Allemands s'aplatissent, se terrent. Et le bombardement reprend. Il est de courte durée, cette fois. La fumée qui couvrait le fort se dissipe et, de sentir cette force si près, cela rassure nos hommes. Ils sont tous à leurs postes, attentifs à l'assaut que ce calme présage. Soudain, un cri : « Les voilà ! » ... J'ai dit que le 3e bataillon occupait les tranchées autour du village. Ces tranchées formaient un angle droit. Sur la plus grande branche, parallèle à la rue et face à la cote 347, les 9e, 10e et 11e compagnies. Sur la plus petite, face au fort, la 12e compagnie ou, plus exactement, un peloton de la 12e compagnie : la 4e section que je commande en qualité de lieutenant, la 3e section sous les ordres de l'adjudant Durassié. Avec nous, la section de mitrailleuses du 3e bataillon, sous les ordres du capitaine Delarue. Delarue et Durassié sont toujours vivants. Et vivants également une quinzaine d'hommes qui étaient avec nous ce jour-là...Perte du village de Douaumont qu'occupait le 3e bataillon du 95e RI.  La nuit vient. Il neige. Le combat continu. Le 26, le 2e bataillon en réserve dans le ravin de Thiaumont reçoit, sans bouger d’une semelle, un bombardement terrible de 9h du matin à 5h du soir. A 16h30, nouvelle attaque allemande sur la route Douaumont – Bras ; elle est repoussée après un corps à corps furieux. Des tirailleurs qui fléchissaient à notre droite, reviennent à la charge sous l’énergique intervention du capitaine Ferrère. Le régiment a subi de grosses pertes. Il a été pendant deux jours le bouclier de la France, et a écrit une des plus belles pages de son histoire.»

Le 95e est relevé. A Verdun, la très grande majorité des régiments ne reste en ligne que quelques jours ou plus rarement quelques semaines. Ces relèves maximisent la diffusion des informations et des images de « l’enfer de Verdun » au sein de toute l’armée française. Dans les semaines qui suivent, Fleury-devant-Douaumont est pris et repris seize fois. Chaque assaut donne lieu à un bombardement d’une intensité prodigieuse. A Verdun, 80 % des tués le sont du fait des bombes.

Le 95e va continuer la guerre en Argonne en 1917, puis en Champagne l’année suivante. Durassié et Péricard terminent la guerre avec le grade de lieutenant.

 

« L’Almanach du Combattant ».

Jacques Péricard et Gustave Durassié sont devenus amis. On l’a vu. Ils ne se quitteront plus.

Jacques Péricard est né le 17 décembre 1876 à Saint-Florentin, dans le département de l’Indre. Il épouse en premières noces Marguerite Leroux à Paris, puis se remarie en 1917 avec Alice Ritte, à Vierzon, et sera père de onze enfants, parmi lesquels le journaliste et homme politique Michel Péricard (député des Yvelines entre 1978 et 1999). Jacques Péricard mourra le 18 mars 1944 dans l’Allier. Il aura droit à des obsèques nationales, avec la présence du maréchal Pétain.

Après la guerre donc, Gustave Durassié reprend son métier d’imprimeur et Jacques Péricard devient un journaliste et un écrivain connu et reconnu du monde combattant. Le premier va alors imprimer ce qu’écrira le second.

Péricard est prolixe en idées et suggestions pour animer le Devoir de Mémoire : en 1921, il propose que la Flamme sous l’Arc de triomphe soit ravivée chaque soir ; l’année suivante il sort l’Almanach du Combattant qui devient une publication maîtresse du monde du combattant. Cette revue existera entre 1922 et 1993 et publiera des milliers d’articles sur des batailles de la Première Guerre mondiale, des récits, des carnets de bord, des biographies de combattants, mais aussi des contes, des poésies et des pièces de théâtre

Mais Péricard et Durassié ne vont pas en rester là.

Les deux hommes travaillent sur Verdun : la bataille doit rester dans la mémoire collective française. Des entreprises de tourisme, comme Michelin, s’en emparent et créent des guides. De même, les cars Citroën déversent chaque mois des centaines de visiteurs sur le site. Quant à l’ossuaire de Douaumont, conçu au lendemain de l’armistice de 1918 à l’initiative de Monseigneur Charles Ginisty, évêque de Verdun, il est inauguré le 7 août 1932 par le Président de la République, Albert Lebrun.

De leur côté, Durassié et Péricard lancent l’idée d’un volume souvenir qui serait construit à partir de témoignages de poilus de Verdun. Leur appel rencontre un large écho, et ils reçoivent plus de 5.000 réponses. Le gros volume illustré qu’ils en tirent est un succès. Cette affaire contribue à conférer à Verdun une valeur symbolique éminente.

Une association est aussi créée. Il s’agit de Ceux de Verdun.

 

« Ceux de Verdun ».

L’association  Ceux de Verdun est donc créée en 1923 par Gustave Durassié et Fernand Ducom, lui aussi ancien combattant. L’idée étant de regrouper tous les soldats qui s’étaient battus sur les terres sacrées de Meuse. Le premier président de l’association est Jacques Péricard.

En 1938, à Paris, les Anciens de Verdun officialisent cette association par la création de la Fédération Nationale de Ceux de Verdun. Cet organisme central fédère les amicales siégeant dans chaque région de France. L’ensemble étant régi par la loi de 1901. Il en existe toujours et certaines ont des sites Internet très actifs comme celle de Lyon, d’Orléans ou encore de Nice (…).

Trimestriellement paraît le journal de la fédération intitulé « le Combattant de Verdun », dans lequel les articles des écrivains, des historiens, des carnets d’anciens et des récits de descendants, portent témoignage de cette Bataille. La page « Vie des amicales » relate l’activité des différentes représentations régionales, comme les commémorations locales, les voyages sur les terres de Meuse, les assemblées générales, etc…

En 1951, Gustave Durassié, alors âgé de 64 ans, prend les rênes de Ceux de Verdun et devient président national. Il laissera sa place 23 ans plus tard et décèdera en 1986. Auparavant, il aura été un membre actif du conseil d’administration de l’association Le Souvenir Français.

 

A l’occasion du centenaire de l’Armistice de 1918, le Souvenir Français a décidé d’honorer 100 soldats de la Première Guerre mondiale. Gustave Durassié est l’un d’eux.

 

 

 

Sources :

 

  • Joffre, Arthur Conte, Ed. Olivier Orban.
  • Les Poilus, Pierre Miquel, Ed. Terre Humaine Plon.
  • Pétain, Marc Ferro, Fayard.
  • 1918 : la victoire, Pierre Miquel, Tallandier.
  • 1916, l’année de Verdun, Service historique des armées, Ed. Lavauzelle.
  • Site « Wikipedia ».
  • Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie, librairie Chapelot.
  • Journal de Marche et des Opérations du 95ème régiment d’infanterie.
  • Centre de Recherche Internationale et de Débats sur la Guerre 1914-1918 ; travaux de Stéphan Agosto et Jean-Claude Poncet.
  • Site Internet sur Verdun : www.verdun-meuse.fr

 

Gustave Durassié, maître-imprimeur à Malakoff.

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Publié le 11 Octobre 2018

Les SOE commémorés à Suresnes.

A l’initiative de Monsieur Christian Dupuy, vice-président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, maire de Suresnes et de Monsieur Lionel Southgate, Président de la Fédération Nationale Libre Résistance, une cérémonie s’est déroulée au Mont Valérien le samedi 29 septembre dernier pour commémorer le rôle du Special Operations Executive (SOE) dans la résistance en France.

Le SOE était un service secret britannique qui opéra pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut créé en juillet 1940 par Winston Churchill et dissous le 30 juin 1946. Le SOE avait pour mission de soutenir les divers mouvements de résistance des pays d’Europe occupés par l’Allemagne ainsi que, progressivement, de tous les pays en guerre, y compris en Extrême-Orient (grâce à la « Force 136 »).

Son organisation était la suivante :

  • Le quartier général, établit en Angleterre, à Londres sur Baker Street, et dirigé par Franck Nelson jusqu’en 1942, puis par Charles Hambro et enfin Colin Gubbins.
  • Les antennes, créées dans les capitales neutres ou Alliées (comme Lisbonne ou Madrid).
  • Les sections (F pour France par exemple, qui sera la section la plus importante avec 95 réseaux), chargées de l’action dans les pays étrangers.
  • Les stations, situées en territoire britannique, qui se répartissent en stations expérimentales et en écoles d’entraînement spécial.

A la fin de la guerre, le SOE ne comptait pas moins de 13.000 agents. Parmi les opérations les plus souvent utilisées, on peut citer :

  • Les sabotages d’installations militaires, industrielles ou ferroviaires ;
  • Les opérations destinées à inquiéter, déstabiliser ou affaiblir l’ennemi comme des attentats, des assassinats ou le déraillement de convois de troupes ;
  • Les opérations destinées à obtenir des renseignements sur les intentions de l’ennemi, les mouvements de troupes…
  • Enfin, la désinformation était également régulièrement utilisée.

 

En France, un monument, situé à Valencay dans l’Indre (l’un des premiers sites à recevoir un parachutage SOE), rappelle le sacrifice de 104 membres en France (13 femmes et 91 hommes).

 

Le Souvenir Français des Hauts-de-Seine a une pensée particulière pour son ami Robert « Bob » Maloubier, ancien des SOE, et décédé en avril 2015, dont une plaque rappelle les faits d’armes (SOE + Force 136) au sein du lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine, et remercie vivement Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard, adhérent du Comité de Rueil-Malmaison, pour son engagement permanent au service de la mémoire des SOE et en particulier de Bob Maloubier.

 

Sources :

 

  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Internet de l’Union des gaullistes de France : www.union-gaulliste-de-france.org
  • Crédits photographiques : Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard.
Les SOE commémorés à Suresnes.

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Publié le 10 Octobre 2018

Le caporal Auguste Thin déposant le bouquet de roses. A droite, le ministre André Maginot.

Le caporal Auguste Thin déposant le bouquet de roses. A droite, le ministre André Maginot.

La guerre de la famille Thin.

 

Auguste Thin nait le 12 juillet 1899 à Cherbourg. Dernière année du siècle… La France est à la fois portée vers son empire colonial (l’affaire de Fachoda vient d’avoir lieu) et la récupération de l’Alsace-Lorraine. L’esprit de revanche est dans toutes les têtes. 1899, c’est aussi la création de L’Action Française par Henri Vaugeois, le général Gallieni est gouverneur de Madagascar et l’Olympique de Marseille est portée sur les fonds baptismaux ! Emile Loubet est président de la République. Des tracts le disent « élu des juifs » car Loubet soutient Alfred Dreyfus.

 

Auguste Thin est le fils de Louis Jules Adolphe Thin, né le 21 août 1876 à Port-en-Bessin, dans le département du Calvados. La Première Guerre mondiale est déclarée en août 1914, alors que le jeune Auguste est commis épicier. Son père est rappelé sous les drapeaux. Il est sergent au 274e régiment d’infanterie. Il trouve la mort aux combats du Fort de Vaux le 23 mai 1916. Son fils s’engage à son tour. Il le fait à Lisieux le 3 janvier 1918, à l’âge de 19 ans.

 

Il est versé au 132e régiment d’infanterie. Unité plusieurs fois décorées, elle a fait preuve tout au long de la guerre de courage et d’un sacrifice inouï, faisant montre de sa devise : « Un contre huit » !

 

Au printemps 1918, l’unité se porte en Picardie pour participer à la bataille de Montdidier et sauve la situation. Il en est de même quelques semaines plus tard : le Grand Etat-major donne l’ordre à la 56e division (dont le 132e fait partie) d’attaquer Mont-d’Origny, en traversant l’Oise, et de marcher sur Guise, dans le nord du département de l’Aisne. Après la première attaque, le 132 atteint ses objectifs et conserve le terrain conquis. Contraint d’attendre les renforts, pendant 8 jours, le régiment résiste à toutes les attaques ennemies. Le 8 octobre, une attaque générale réussit enfin et aboutit à la prise de Mont-Origny. D’une charge, le 132 s’élance vers Guise. L’unité progresse tellement rapidement qu’elle rejoint les avant-postes allemands : le corps à corps s’engage, terrible. Le 3e bataillon du 132 prend la place, assurant ainsi le succès de l’attaque de Guise.

 

Quelques semaines plus tard, un nouvel ordre porte la 56e division sur l’Alsace. La marche est arrêtée par l’armistice du 11 novembre alors que les premiers hommes pénètrent dans cette région.

 

Le 27 janvier 1919, le 132e régiment d’infanterie rejoint sa garnison provisoire de Vitry-le-François, puis de Reims et de Verdun. Son comportement pendant la Grande guerre lui vaut d’avoir le privilège de faire choisir par l’un de ses soldats, dans la citadelle de Verdun, le 10 novembre 1920, le Soldat Inconnu qui repose sous l’Arc de Triomphe.

 

Le Soldat Inconnu.

 

Ce 10 novembre 1920, le soldat Auguste Thin est à la citadelle de Verdun. Devant lui huit cercueils en ligne, anonymes, venant des différents secteurs de l’ancien front militaire (Chemin des dames, Somme, Verdun…). En vérité, le front contenait neuf secteurs, mais l’un des responsables de l’enquête ne peut certifier que le dernier corps proposé est bien celui d’un Français.

 

Le jeune caporal de 21 ans, pétrifié par l’émotion, tient dans sa main un bouquet d’œillets blancs et rouges que vient de lui donner le ministre des Pensions, André Maginot. Le ministre sait-il qu’il vient de désigner un Pupille de la Nation ? Un jeune homme dont le père a fait la même guerre, comme c’est le cas dans de nombreuses familles de France… Auguste Thin avance lentement, passant en revue ces soldats sans noms, morts pour la France. Auguste Thin se retourne, revient devant le sixième cercueil et y dépose le bouquet, désignant ainsi le soldat inconnu qui devra rejoindre son dernier tombeau, sous l’Arc de Triomphe.

 

Plus tard, le caporal explique son choix : «Il me vint une pensée simple. J’appartiens au 6ème corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c’est également le chiffre 6 que je retiens. La décision est prise, ce sera le 6ème cercueil que je rencontrerai.»

 

Dés 1916, François Simon, Président du Souvenir Français à Rennes, avait évoqué l’idée d’inhumer un soldat anonyme pour rendre hommage à tous les disparus: «Pourquoi la France n’ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l’un de ses combattants ignorés, mort bravement pour la patrie ?».

 

Des combattants ignorés, la Première Guerre mondiale en voit des mille et des cents… Sur les un million-quatre-cents-mille morts des seuls rangs français, les corps de trois-cents-mille victimes officiellement déclarées décédées ne seront jamais restitués aux familles. Et il y a plus de trois-cent-cinquante-mille disparus, «pulvérisés sur le champ de bataille» comme l’écrit l’historien Jean-Yves Le Naour.

 

Même si une proposition de loi est déposée en ce sens à la fin de la guerre, soulevant une vive polémique, il faudra attendre l’automne 1920 pour que le parlement, poussé par une campagne de presse intensive en particulier de l’Action Française, décide du choix d’un soldat inconnu et de son inhumation sous l’Arc de Triomphe. Le Panthéon est également évoqué mais, comme l’écrit le journaliste du Matin Henry de Jouvenel : «Ne l’enfermez pas au Panthéon. Portez-le au sommet de l’avenue triomphale, au milieu de ces quatre arches ouvertes sur le ciel. C’est lui, l’inconnu, l’anonyme, le simple soldat, qui donne tout son sens à l’Arc de Triomphe.»

 

Dans la nuit du 10 au 11  novembre 1920, par le train, la dépouille du Soldat inconnu arrive à Paris. Après un passage au Panthéon, son cercueil emprunte la rue Soufflot, en direction de l’Arc de Triomphe, monté sur un canon de 155 dominant la foule. «Ce mort qui va passer, c’est l’enfant de tout un peuple en larmes», écrit l’envoyé spécial de l’hebdomadaire l’Illustration.

 

Le Soldat inconnu est solennellement enterré sous l’Arc de Triomphe le 28 janvier 1921.

 

Plus tard, l’Angleterre, la Roumanie, la Belgique, les Etats-Unis, l’Australie (…) désigneront également leur soldat inconnu pour l’inhumer avec éclat. En 2000, c’est le Canada qui enterre le sien. Son corps avait été exhumé dans le Pas-de-Calais, tout proche de la crête de Vimy.

 

Auguste Thin reprendra sa vie civile quelques temps plus tard. En 1982, peu de temps avant sa mort, le soldat fameux est décoré de la Légion d’honneur par le Président de la République François Mitterrand. La cérémonie se déroule à l’Arc de Triomphe.

 

A l’occasion du centenaire de l’Armistice de 1918, le Souvenir Français a décidé d’honorer 100 soldats de la Première Guerre mondiale. La cérémonie pour Auguste Thin à Asnières se déroulera le 15 octobre 2018, à 17h00, au cimetière ancien d'Asnières, division 46 - 6, rue du Ménil - 92600 Asnières.

 

Les président, les porte-drapeaux et les membres des Comités des Hauts-de-Seine sont tous conviés pour participer à cette commémoration. La Flamme sacrée arrivera vers 16h45.

 

 

 

 

Sources :

 

  • «Le Soldat inconnu, la guerre, la mort, la mémoire», de Jean-Yves Le Naour (éditions Découvertes Gallimard, 2008).
  • "Le Soldat inconnu, invention et postérité d’un symbole» (éditions Imago, 2005), Jean-François Jagielski.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Internet : www.appli-lachaise.net
  • Archives du Souvenir Français – Délégation des Hauts-de-Seine.
  • Reprises d’éléments biographiques écrits par Antoine Junqua, membre du Souvenir Français.
Asnières-sur-Seine, Auguste Thin et le Soldat Inconnu.

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Publié le 5 Octobre 2018

Exposition à Percy.

Dans le cadre du centenaire de l’armistice de 1918 et à l’occasion de la première journée nationale des blessés du Service de Santé des Armées et de leurs familles, une exposition se déroulera à l’hôpital militaire de Percy. Le thème : « les hôpitaux militaires de la Grande guerre ».

 

L’inauguration de cette exposition se déroulera le jeudi 18 octobre à 18h en présence de :

 

  • Jean-Didier Berger, maire de Clamart et Président du Territoire Vallée Sud-Grand Paris ;
  • Le général Conessa, médecin-chef de l’hôpital des armées Percy.

 

Cette exposition est réalisée en partenariat avec le Souvenir Français et son comité de Clamart, présidé par François-Xavier Philipp, et prêtée par l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre.

 

L’entrée se fera par la rue Raoul Batany.

 

Cette exposition se tiendra du 15 octobre au 15 novembre. Le Souvenir Français de Clamart – dont les coordonnées du président figurent dans la partie Comités de ce site internet – est à la recherche de bénévoles pour assurer une permanence de cette exposition le matin de 10h à 12h ou l’après-midi de 13h à 16h.

 

Merci par avance.

 

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Publié le 29 Septembre 2018

A Saint-Cloud, le monument aux morts des athlètes.

Le Monument aux Morts des athlètes du Stade Français.

 

Le 5 novembre 1922, dans le parc de Saint-Cloud se déroule une cérémonie particulière : on inaugure, en présence des ministres concernés, le monument aux morts des athlètes du Stade Français.

 

En effet, le club sportif – alors l’un des plus connus de France – a lourdement payé sa contribution à l’armée française : pas moins de 170 noms figurent sur ce monument.

 

Parmi eux figure Maurice Boyau.

 

 

Maurice Boyau.

 

Maurice Boyau nait le 8 mai 1888 à Mustapha, en Algérie française. Fils de Jean Boyau, entrepreneur de travaux publics landais et de Blanche Nouguier, originaire de l’Aveyron. Doué pour tous les sports, le jeune Maurice se tourne vers le rugby. Il joue d’abord sur les terres familiales, à l’US Dax de 1907 à 1909 puis au Stade Bordelais, à Versailles et enfin au Racing, pendant la Première Guerre mondiale.

 

Maurice Boyau est champion de France de rugby en 1911 avec le Stade Bordelais et il porte, entre 1912 et 1913, six fois le maillot de l’équipe de France, dont deux sélections en tant que capitaine pendant les deux derniers matchs du dernier Tournoi des Cinq nations avant la guerre.

 

Maurice Boyau est mobilisé lorsque la guerre éclate. Il rejoint son affectation de réserve : le 18e escadron de train des équipages du 144e régiment d’infanterie de Bordeaux, où il se présente le 3 août. Il passe ensuite le 10 octobre 1914 au 8e escadron de train des équipages de Dijon, où il officie comme conducteur d’automobiles, pendant une année, avant d’être détaché le 26 novembre 1915 au 1er groupe d’aviation de Longvic pour suivre une formation de pilote.

 

Il reçoit son brevet de pilote militaire le 28 novembre 1915 et est nommé brigadier le 3 février 1916. Ses connaissances techniques et ses talents de meneur d’hommes incitent les autorités militaires à l’affecter comme pilote-instructeur d’abord à l’école d’aviation de Pau puis à celle de Buc (à côté de Versailles) où il est muté le 1er août 1916.

 

Mais Maurice Boyau insiste pour rejoindre une unité de combat. Sa demande est entendue et le 12 octobre 1916, il rejoint l’Escadrille N77, connue sous le nom « Escadrille des Sportifs » en raison du grand nombre d’athlètes de haut niveau qui figure dans ses rangs. Il y passera le reste de la guerre.

 

Il ne reste pas moins sportif et participe à de nombreux matchs de rugby. Avec le Racing Club de France, son nouveau club, il remporte la Coupe de l’Espérance le 28 avril 1918. Il joue contre des Anglais, mobilisés sur le front du nord de la France, contre d’anciens internationaux néo-zélandais, mobilisés eux sur le front de la Somme. Le 12 février 1918, Maurice Boyau est capitaine de l’équipe de l’armée française qui affronte au Parc des Princes l’équipe de l’artillerie d’assaut anglaise des Tanks, formée de soldats venant de diverses nations du Royaume-Uni. Parmi les membres de cette équipe de France se trouve Géo André, qui laissera son nom au stade de l’équipe de rugby du Stade Français.

 

Mais la légende s’écrit. Maurice Boyau devient un As de l’aviation, crédité de 35 victoires aériennes homologuées, la plupart sur des ballons d’observation allemands drachens. Il reçoit la Légion d’Honneur, la Médaille militaire, la Croix de guerre. Et l’histoire s’arrête malheureusement là : il disparaît le 16 septembre 1918 au-dessus de Mars-la-Tour au cours d'un combat aérien dont la victoire est attribuée par les allemands à l'as Georg von Hantelmann. Les causes exactes de sa mort demeurent incertaines et Boyau pourrait également avoir été victime de tirs d'artillerie allemands. Ni son avion ni son corps ne sont retrouvés.

 

Maurice Boyau est cité : « Pilote d'une incomparable bravoure dont les merveilleuses qualités physiques sont mises en action par l'âme la plus belle et la volonté la plus haute. Officier magnifique, animé d'un admirable esprit de sacrifice, fournit, chaque jour avec la même simplicité souriante un nouvel exploit, qui dépasse le précédent. A excellé dans toutes les branches de l'aviation, reconnaissances, photographies en monoplaces, bombardement à faible altitude, attaques des troupes à terre, et s'est classé rapidement parmi les premiers pilotes de chasse. A remporté vingt-sept victoires, les douze dernières en moins d'un mois, en abattant seize drachens et onze avions ennemis. Médaillé militaire et chevalier de la Légion d'honneur pour faits de guerre. Onze citations. »

 

Depuis 1924, le stade de rugby de Dax porte le nom de Maurice Boyau et la municipalité a fait ériger une statue à sa mémoire à l’entrée de ce stade. Son nom est inscrit sur le monument du parc de Saint-Cloud, comme sur la stèle de la Fédération Française de Rugby à Colombes et sur le monument aux morts de Saint-Paul-les-Dax.

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site Memorail GenWeb : www.memorialgenweb.org
  • Archives du journal L’Equipe.
  • Site de la ville de Dax : www.dax.fr

 

Maurice Boyau, à Colombes, en 1918.

Maurice Boyau, à Colombes, en 1918.

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Publié le 16 Septembre 2018

Réunion des présidents et des trésoriers à Issy.

Le samedi 15 septembre 2018, à la Maison des Combattants d’Issy-les-Moulineaux, s’est tenue la réunion des présidents et des trésoriers des comités des Hauts-de-Seine du Souvenir Français.

En dehors de trois comités, excusés, l’ensemble des représentants des Hauts-de-Seine étaient présents. Il est intéressant de noter que notre département est encore l’un des plus « fournis » au niveau des comités communaux. Sur les 36 communes des Hauts-de-Seine, les seules à n’avoir pas de comité de notre association sont les villes de Gennevilliers et Nanterre.

Claude Guy, Délégué général, a exposé les thèmes suivants :

  1. Le nouveau calendrier comptable et ses conséquences, en termes de durée d’exercice, d’abonnements, de gestion bancaire et de trésorerie.

 

  1. La nouvelle règle concernant les reçus fiscaux. Le principe de remplissage de carnets à souche consistant à apporter la preuve des demandes de reçus.

 

  1. L'attribution de SIRET pour chacun des comités qui en fera la demande, ce qui pourra, entre autres, faciliter les demandes de subventions locales.

 

  1. Le FDVA, ou Fonds de Développement de la Vie Associative, afin de recevoir, éventuellement, des fonds de l’ancienne « réserve parlementaire ».

 

  1. Rappels divers, au sujet de la gestion des abonnés à la revue. De plus, deux alto séquanais seront mis à l’honneur en cette fin d’année : Auguste Thin, qui fut le soldat qui désigna le « Soldat inconnu » sous l’Arc de Triomphe et Gustave Durassié, imprimeur à Malakoff, qui fut membre du conseil d’administration du Souvenir Français et créateur de l’association « Ceux de Verdun ».

 

Claude Guy fera parvenir une synthèse de cette réunion dans les jours prochains.

Réunion des présidents et des trésoriers à Issy.
Réunion des présidents et des trésoriers à Issy.

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Publié le 9 Septembre 2018

Alain Arthuis de La Garenne-Colombes.

Enfance.

 

Alain Arthuis nait le 24 mars 1933 dans la Sarthe. Mars 1933… Adolf Hitler est chancelier d’Allemagne depuis quelques semaines. Le NSDAP (Parti national-socialiste de travailleurs allemands) vient de remporter les élections et voilà deux jours que le camp de Dachau a ouvert ses portes pour y enfermer des Allemands réfractaires.

 

Alain Arthuis est le fils d’Yves Arthuis et de Suzanne Blais. Ils sont établis dans la Sarthe. Département qu’ils quittent bientôt pour « monter » à Paris, comme cela se fait toujours aujourd’hui. La famille s’installe à La Garenne-Colombes, dans ce qui n’est pas encore le département des Hauts-de-Seine. Tout jeune, Alain se passionne pour l’aviation. Il pratique le vol à voile et le vol à moteur à l’Aéroclub Guynemer de Bois-Colombes. Elève brillant, il suit ses étude au lycée Saint-Louis à Paris. Bientôt, il passe son Premier degré de pilote.

 

A l’armée de l’Air.

 

En septembre 1952, âgé de 19 ans, il est admis à l’Ecole de l’Air de Salon de Provence, Promotion Colonel Dartois.

 

Louis Dartois est né le 25 septembre 1904. Il entre à Saint-Cyr en septembre 1924, opte pour l’aviation à sa sortie d’école et est breveté pilote en janvier 1928. Il est successivement affecté au 32e régiment d’aviation puis à la 7e escadre aérienne de 1932 à 1939. En juin 1940, il rejoint l’Afrique du Nord, où il participe à l’entrevue de Cherchell, prélude au déparquement allié de novembre 1942. En juillet 1943, il est nommé commandant de l’Ecole de l’Air nouvellement reconstituée à Marrakech, au Maroc. A la fin de la guerre, il est chargé de remettre sur pied le service du personnel de l’armée de l’air. Il trouve la mort dans un accident aérien le 8 septembre 1946 à Nevers.

 

Quelques semaines plus tard, Alain Arthuis part pour le Canada pour se perfectionner au pilotage de l’avion à hélice T6, puis à celui de l’avion à réaction T33. Il revient en France en avril 1955. Il passe son brevet de pilote de chasse sur avion à réaction le 22 juillet 1955 et est affectée dans la foulée à l’Escadrille 3/2 Alsace de Dijon sur Ouragan puis sur Mystère IV A. Peu après, il est promu lieutenant.

 

En Algérie.

 

A son arrivée en Algérie, Alain Arthuis est affecté à l’EALA (Escadrille d’Aviation Légère d’Appui) 1/72 à Sétif sur T6. Il commande un détachement à Bougie, aujourd’hui Béjaïa en Kabylie.

 

Le 7 février 1957, les rapports de l’armée de l’air indiquent son décollage à 10h15 pour une mission de protection des troupes au sol via liaison radio en Grande Kabylie. Son avion est abattu « après 10 passes de tir sur le même axe ».

 

Le lieutenant Alain Arthuis est cité le 16 mai 1957 à l’ordre de l’armée aérienne, Mort en Service Aérien Commandé (SAC) : "Excellent officier pilote de chasse qui depuis son arrivée à l'unité n'avait cessé de faire preuve des plus belles qualités de chef et d'officier. Fanatique du vol, s'était signalé en maintes circonstances par un dynamisme exceptionnel et un courage tranquille forçant l'admiration de tous. A trouvé une mort glorieuse le 7 février 1957 à son poste de pilote alors qu'il effectuait sa 58e mission. Totalisait 700 heures 20 de vol dont 103 heures en opérations".

 

Alain Arthuis était chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille militaire et Croix de la valeur militaire avec palme.

 

Son corps est rapatrié en France le 11 juin 2008.

 

 

 

 

Sources :

 

  • Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.
  • Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.
  • Site Internet : Mémorial GenWeb – www.memorialgenweb.org
  • Crédit photographique : Patrick Bouju.
  • Site Internet sur la Promotion Colonel Dartois.
  • Encyclopédie Wikipédia.

 

 

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Publié le 1 Septembre 2018

Au caporal Viguier, de Fontenay-aux-Roses.

Georges Viguier.

 

Georges Wilhelm Viguier nait le 5 septembre 1926 à Bessan dans le département de l’Hérault, arrondissement de Béziers. En ce temps-là, au cœur de la Troisième République, les gouvernements se succèdent : Aristide Briand est renversé au profit d’Edouard Herriot, qui va bientôt devoir céder sa place à Raymond Poincaré, qui rétablit l’économie et la confiance des Français. C’est aussi un temps où enfin les puissances se mettent d’accord sur les dettes de guerre, que ce soit avec l’Angleterre ou avec les Etats-Unis. Des traités d’amitié se signent. C’est notamment le cas avec la Roumanie. Et notre empire colonial semble enfin stabilisé. Pour des générations et des générations. Quelques clairvoyants, et au premier titre il convient de citer le maréchal Lyautey, mettent néanmoins en garde pour un juste partage des richesses et un équilibre politique.

 

Georges Viguier quant à lui n’a peut-être que faire de ces considérations politiques. Ses parents sont montés sur Paris. Il suit avec les bagages ! Jeune adolescent, il découvre la Région parisienne sous commandement allemand. Il n’hésite pas – à 18 ans – à faire partie de ses jeunes français qui s’engagent dans la Résistance et œuvrent pour la libération de la capitale. Il suit le mouvement pour « la durée de la guerre » selon la formule consacrée. Il reçoit la Médaille Commémorative 39-45 Agrafe « Barricades ».

 

Puis c’est l’engagement dans la Légion étrangère. Il verra du pays – c’est promis dans les affiches de propagande – et la solde sera tout à fait appréciable par rapport à ce qu’il pourrait gagner en tant qu’ouvrier.

 

Il intègre la Légion étrangère et la prestigieuse 13e demi-brigade.

 

Situation en Indochine.

 

La guerre d’Indochine a commencé en décembre 1946 après le bombardement du port d’Haiphong par la marine française. Marine qui ne faisait que répliquer aux attentats répétés du Vietminh et ses velléités d’indépendance. Ce bombardement n’arrangeant rien d’ailleurs puisque dans la foulée Hö Chi Minh – en tant que leader du Vietminh – donne l’ordre de massacrer le plus d’Européens possible, Français en particulier, et de piller les maisons. « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a un épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme ».

 

Le Vietminh n’a pas encore le soutien de l’URSS et de la Chine (ce sera en 1949). Aussi, aguerrie dans la guerre du peuple, l’armée populaire vietnamienne se fonde sur la mobilité et la dispersion. Il s’agit là de la théorie du tigre face l’éléphant : « Le tigre est tapi dans la jungle. Il va harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, va se vider de son sang et mourir d’épuisement », ajoute Hô Chi Minh. De fait, les soldats communistes se permettent de refuser ou d’accepter le combat. Ils ont l’initiative et les Français du corps expéditionnaire sont généralement en retard et doivent subir. Les coups de main succèdent aux attentats, qui font place aux kamikazes…

 

La 13 en Indochine.

 

Désignée pour faire partie du Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient (CEFEO), la 13e DBLE débarque du SS Ormonde le 6 février 1946 à Saigon, et s’installe au nord de la ville, dans le triangle Gia Dinh – Thu Duc – Hoc Man.

 

Les opérations commencent. Le 19 juin 1946 a lieu le premier combat à Mat Cat, en Cochinchine. La 13 est alors engagée des frontières du Siam jusqu’à Tourane, en passant par la plaine des Joncs. Ses bataillons sont éparpillés :

 

  • Le 1er bataillon s’installe au Cambodge, à la poursuite de Khmers qui se réfugient au Siam.
  • Le 2e bataillon installe son camp au centre Annam afin de défendre Tourane, dégager Hué et surveiller Quang Nam.
  • Le 3e bataillon doit quant à lui affronter les durs combats de Cochinchine, où les embuscades quotidiennes alternent avec des actions de force.

 

La 13e DBLE participe à de nombreuses opérations et bien souvent y laisse bon nombre de  combattants.

 

Pendant le séjour de Georges Viguier, plusieurs histoires arrivent et se racontent de bivouac en bivouac :

 

  1. Le 29 septembre 1946, l’interprète vietnamien du poste de Trunq Chan mélange du datura (hautement toxique) aux aliments : 47 légionnaires sont dans le coma, mais huit autres ont heureusement préféré prendre une douche avant le repas. Voyant l’état de leurs camarades, ils demandent des secours et préviennent ainsi l’attaque.
  2. Un an plus tard, le 19 août 1947, encore une séance d’empoisonnement collectif au poste de Ben Muong. Forts de l’expérience précédente, les ennemis coupent les fils du téléphone et mettent le datura dans le café. Mais un sergent et quatre légionnaires n’ont pas eu le temps d’en boire lorsque l’attaque se déclenche. L’un d’eux traverse inaperçu les lignes ennemies tandis que les autres tiennent tête aux 150 assaillants, pas trop mordants, il est vrai, car ils sont convaincus qu’ils n’ont qu’à attendre pour vaincre sans pertes. Quelques heures plus tard les renforts arrivent et les attaquants deviennent assiégés.
  3. Le 24 avril 1947, la sentinelle du poste « Franchini » voit arriver un groupe de soldats français poussant devant eux un prisonnier ligoté. La sentinelle les laisse pénétrer dans le poste, mais à l’intérieur, sur un signe du soi-disant prisonnier, ils ouvrent le feu, tuant les sept légionnaires et quatre partisans de la garnison.

 

Mais le caporal Georges Viguier n’en verra pas beaucoup plus. Comme bon nombre de ses camarades, il souffre de maladies. Dans un long article sur la guerre d’Indochine, François Goetz (*) indique : « En zone tropicale la dysenterie amibienne, le paludisme, le typhus sont omniprésents. Les conditions du combat ne favorisaient pas l’application des mesures d’hygiène préventives. Dans les rizières et dans la brousse pullulent les parasites, les marches de nuit vous offrent aux piqûres des moustiques. Les premières années de guerre, les moyens médicaux furent insuffisants. Dans quelques bataillons, le médecin-chef distribuait la liste des médicaments de base, en incitant les cadres à se les faire envoyer par leur famille. »

 

Le caporal légionnaire Georges Wilhelm Viguier meurt à l’hôpital militaire de Tourane le 12 septembre 1947. Son corps est rapatrié auprès de sa famille à Fontenay-aux-Roses.

 

 

 

Sources :

 

  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org.

 

 

(*) François GOETZ (1927-2008), président de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (1999-2002) était colonel honoraire, commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, commandeur de l’O.N.M., 11 fois cité, commandeur des ordres nationaux du Sénégal et du Togo, Officier de l’ordre national du Gabon.

 

 

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Publié le 18 Août 2018

Les Compagnons de la Libération des Hauts-de-Seine : Pierre Dureau de Neuilly.

Biographie.

 

Pierre Dureau est né le 23 août 1915 à Neuilly-sur-Seine. Son père, publiciste, est mort pour la France.

 

Il prépare une licence de droit et obtient le diplôme de l'Ecole des Sciences politiques. Après avoir suivi les cours du peloton EOR à Saint-Cyr d'octobre 1938 à avril 1939, il effectue son service militaire en 1938 dans les chasseurs alpins. Dès la déclaration de guerre, il sert sur le front des Alpes au 6e Bataillon de chasseurs alpins (6e BCA) en qualité de sous-lieutenant, chef de section à la 1ère compagnie placée sous les ordres du capitaine Lalande.

 

Pierre Dureau participe à la campagne de Norvège où il se distingue à deux reprises, notamment le 13 mai 1940, à l'attaque de Roasme, où il fait preuve d'une hardiesse remarquable, progressant sans arrêt en tête de section sous le feu de l'ennemi et permettant, par ses manœuvres successives, l'avance de tout son bataillon.

 

Revenu en France, il quitte Brest avec le corps expéditionnaire, le 18 juin 1940, avec l'intention de s'engager dans l'Armée anglaise. Il s'engage finalement dans les Forces françaises libres le 1er juillet 1940 à Londres. Il devient instructeur au 1er Bataillon de Chasseurs de la France libre à Camberley et est promu lieutenant en février 1941.

 

Affecté à l'Etat-major du général de Gaulle à Londres de mars à août 1941, il obtient d'être envoyé au Moyen-Orient où il sert comme lieutenant au Bataillon de Marche n° 7 (BM 7) en Syrie et au Liban jusqu'en septembre 1942. Il est ensuite aide de camp du général de Larminat jusqu'en janvier 1943 date à laquelle il est affecté comme commandant d'unité à la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE). Il participe aux campagnes de Tunisie et d'Italie comme chef du groupement des mortiers du 1er Bataillon de Légion étrangère (1er BLE).

 

En août 1944, il débarque en Provence avec le 3e BLE et se distingue pendant la campagne de France. Le 10 septembre 1944, à Autun, il arrête à bout portant l'assaut d'une très forte colonne ennemie, ainsi que tous les essais de débordement. Il est le principal artisan d'un succès qui coûte à l'ennemi plus de 400 tués et 2 500 prisonniers. En Alsace, le 26 janvier 1945, lors de la bataille d'Elsenheim, il fait sauter par une habile manœuvre une résistance puissamment retranchée. Le lendemain, Pierre Dureau réalise personnellement la liaison avec les éléments blindés opérant plus à l'est, puis tient le très important carrefour 177. Le 30 janvier, il prend part à l'attaque des dernières résistances ennemies et s'empare de son objectif dans un minimum de temps.

 

Il se distingue encore sur le front des Alpes, le 14 avril 1945 en entraînant sa compagnie vers le plateau de la Réole, et le 17 avril à Colla Bassa. Il termine la guerre avec le grade de capitaine et entre ensuite dans le secteur privé, principalement l'industrie du bois et la construction. Il devient chef de service commercial puis directeur commercial et enfin directeur général.

 

Pierre Dureau est décédé le 22 avril 2006 à La Cadière d'Azur dans le Var où il est inhumé.

 

 

Décorations.

 

  • Commandeur de la Légion d'Honneur.
  • Compagnon de la Libération - décret du 28 mai 1945.
  • Croix de Guerre 1939-45 (4 citations).
  • Médaille de la Résistance.
  • Médaille Coloniale avec agrafes "Libye", "Tunisie".
  • Médaille des Services Volontaires dans la France Libre.
  • Croix de Guerre Norvégienne.
  • Croix de Guerre (Belgique).
  • Officier de l'Ordre de Léopold (Belgique).
  • Croix de la Vaillance (Pologne).
  • Officier de l'Ordre de Saint-Olaf (Norvège).
  • Chevalier du Ouissam Alaouite (Maroc).
  • Chevalier du Nicham Iftikar (Tunisie).

 

 

Sources :

Musée de l’Ordre de la Libération et site : www.ordredelaliberation.fr

© Ordre de la Libération.

 

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Publié le 15 Août 2018

Gardes nationaux dans les tranchées par Alphonse de Neuville.

Gardes nationaux dans les tranchées par Alphonse de Neuville.

La Garde nationale voit le jour au début de la Révolution française. Elle est constituée de miliciens (citoyens) dans chaque ville, à Paris comme en province. Son existence va durer jusqu’en 1871, aux lendemains de la Commune de Paris.

 

Création.

Avant la Révolution française, des Gardes bourgeoises sont chargées de défendre les biens et les personnes. Le 14 juillet 1789 voit la création d’une première Garde nationale. Les raisons en sont simples : la Municipalité et les Gardes Françaises (issues des Gardes bourgeoises) sont débordées par les troubles qui suivent l’annonce du renvoi de Necker, alors Ministre d’Etat de Louis XVI, après avoir été son directeur général des Finances. Les pillages se multiplient et les exactions sont nombreuses. De plus, des régiments royaux mais formés de mercenaires suisses et allemands, massés autour de Paris, font craindre un carnage. Aussi, la Municipalité de Paris décide d’établir cette Garde nationale. Elle compte d’abord 12.000 hommes et bientôt ce chiffre est porté à 48.000. Les volontaires sont issus de toutes les couches de la société. A défaut d’uniforme, les gardes portent la cocarde verte, couleur associée à la livrée de Necker. Puis, la couleur changera. Ce seront le bleu et le rouge de la ville de Paris. Le premier chef de cette Garde nationale est le marquis de La Fayette. Quelques jours plus tard, des Gardes nationales sont créées dans toutes les grandes communes du pays.

 

Sous le Premier empire.

Pendant tout le règne de Napoléon 1er la Garde nationale sert de réserve à l’armée. Elle peut être mobilisée en fonction des besoins des campagnes napoléoniennes. Ainsi, lors de la reprise de la guerre contre la Prusse, le 17 septembre 1806, l’Empereur ordonne la levée de 3.000 grenadiers et chasseurs de la Garde nationale de Bordeaux pour renforcer la défense des côtes.

 

Un décret, signé le 12 novembre 1806, signé à Berlin, réaffirme l’obligation de tous les Français, âgés de 20 à 60 ans, d’effectuer le service de la Garde nationale. Dans le même temps, son réaffirmées les exceptions suivantes : les hommes qui travaillent dans la fonction publique ; ceux qui travaillent pour l’administration centrale et les ecclésiastiques. Les autres peuvent se faire remplacer. Les compagnies de grenadiers et de chasseurs, composées si possible d’hommes de 20 à 40 ans, peuvent être appelées à effectuer un service intérieur dans les villes de plus de 5.000 habitants, ou un service militaire. Dans ce cas, elles sont assimilées aux troupes de ligne.

 

D’un empire à l’autre.

Sous la Restauration, le 15 mai 1814, le comte d’Artois est nommé colonel général des gardes nationales de France. Le général Jean-Joseph Desolles devient son major général tout en gardant le commandement de la garde parisienne.

 

Le 25 juillet 1830, Charles publie des ordonnances (liberté de la presse ; dissolution de l’assemblée nationale ; modification de la Charte ; modification du collège électoral ; nomination de conseillers d’Etat) qui provoquent la Révolution de Juillet. Le 29 du même mois, le marquis de La Fayette, alors âgé de 73 ans, est nommé de nouveau à la tête de la Garde nationale. Il rétablit celle de Paris. Deux jours plus tard, le 31, il accueille Louis-Philippe 1er à l’Hôtel de Ville de Paris. Devant les acclamations des contribuables en armes, ce dernier s’écrie, en embrassant La Fayette : « Cela vaut mieux pour moi que le sacre de Reims ! ». Cela souligne l’importance attachée à la milice bourgeoise du régime, garante de l’ordre public et de l’alliance de la Monarchie de Juillet et des propriétaires. Peu de temps après, la Garde nationale est réactivée dans toute le France pour mettre fin aux échauffourées.

 

Dix-huit ans plus tard, en février 1848, la Garde nationale reste passive face à la destitution du roi Louis-Philippe 1er. Elle obéit aux Républicains et se cantonne à maintenir l’ordre, principalement dans la capitale. En janvier 1849, un décret de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III et pour le moment tout nouveau premier président de la Seconde république, supprime la moitié des bataillons de gardes nationaux et réorganise les autres. En fait, il se méfie de la Garde. Les gardes nationaux mobiles sont définitivement licenciés le 31 janvier 1850. Il leur est reproché leur indiscipline et d’engendrer plus de discorde que d’en résoudre. Tout au long du Second empire (1852-1871), Napoléon III cantonne la Garde dans des tâches subalternes afin de réduire son influence libérale et républicaine.

 

La Guerre franco-prussienne.

 

Lors de l’éclatement de la guerre entre la France et la Prusse, en juillet 1870, la Garde nationale est d’abord faiblement mobilisée. Le décret du 16 juillet ne concerne que les gardes nationaux habitants les régions militaires du Nord, de l’Est et de la Région parisienne. Globalement, il y a une absence de préparation. Le 10 août, est votée une loi visant à compléter les forces des gardes sédentaires et mobiles (unités qui sont appelées à se déplacer au gré des demandes / batailles). Le 18 août 1870, une autre loi permet d’incorporer 40.000 jeunes supplémentaires. Le 23, les unités sont formées en régiments provisoires et le 29, l’ensemble est placé dans l’armée active. Ainsi, la Garde nationale est utilisée comme un ultime moyen de défense.

 

Le 4 septembre 1870, après la défaite de Sedan et la capture de l’empereur, le Gouvernement de la défense nationale est mis en place. Le 6, tous les électeurs de la ville de Paris sont convoqués. Les gardes nationaux, au nombre de 590.000, sont mobilisés pour le reste de la guerre et envoyés au front. Si des unités partent pour la Normandie, la Loire ou le Nord, d’autres restent dans Paris qui va être assiégée d’un moment à l’autre.

 

Dès lors, la Garde nationale parisienne est composée de 234 bataillons. Chaque compagnie compte environ 125 hommes. Les bataillons sont formés de quatre compagnies de marche (ou de guerre) et de quatre compagnies sédentaires. Les compagnies de guerre sont composées de volontaires et des gardes les plus jeunes ayant peu ou pas d’enfants. Les gardes des compagnies sédentaires restent à leur domicile. Un point de ralliement est fixé dans chaque quartier pour les besoins de leur service. Les gardes nationaux des compagnies de marche et sédentaires sont donc très proches des populations qu’ils représentent. Des bataillons spéciaux sont recrutés dans les administrations et services publics : Poste et télégraphes, Finances, Octroi, Banque de France, Chemins de Fer, etc.

 

Mais les choses s’enveniment. Dès octobre 1870, des gardes nationaux anarchistes créent des actions antigouvernementales. Durant toute la durée du siège, la garde sédentaire n’apporte aucune aide sérieuse. Des bataillons de gardes nationaux sont soumis à la propagande révolutionnaire. Entre le 1er février et le 3 mars 1871, 2.000 délégués élaborent puis adoptent les statuts d’une Fédération Républicaine de la Garde Nationale. Le 18 mars, le Gouvernement tente de faire reprendre par l’armée les canons appartenant à la garde nationale parisienne. C’est la révolte. Les gardes nationaux participent à la Commune, qui dure du 18 mars au 25 mai 1871. Mais cela se termine dans le sang, avec une répression massive des forces gouvernementales (les Versaillais), au prix d’exécutions sommaires, d’un grand nombre de fusillés et d’un nombre plus important encore de déportés (pour partie vers la Nouvelle-Calédonie).

 

Dissolution.

Le 25 août 1871, à la suite des événements de la Commune, la dissolution des gardes nationales dans toutes les communes de France est votée. Et la loi du 27 juillet 1872 prévoit que « tout corps organisé en armes et soumis aux lois militaires, fait partie de l’armée et relève du ministère de la guerre ». La Garde nationale n’existe plus.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

Du fait de nombreuses batailles qui se sont déroulées sur l’actuel territoire des Hauts-de-Seine, à commencer par celle de Buzenval, les monuments qui rappellent la mémoire des Gardes nationaux sont nombreux. Il en existe (liste non exhaustive) à Boulogne, à Asnières, à Nanterre, à Clichy, à Rueil, à Garches, à Saint-Cloud, à Issy, à Châtillon, à Clamart, à Fontenay-aux-Roses.

 

A Colombes, plusieurs monuments rappellent le sacrifice d’enfants de la commune. L’un d’eux commémore le souvenir d’Eugène Cahanin, soldat au 36e bataillon de la Garde nationale, chevalier de la Légion d’honneur, décédé le 10 février 1871, des suites de blessures reçues à la bataille de Buzenval, un mois plus tôt.

 

Aujourd’hui.

 

En 2016, une nouvelle Garde nationale est créée (principalement du fait des attentats islamistes de 2015). Elle est la somme des réserves opérationnelles de premier niveau des armées et formations rattachées, de la gendarmerie nationale française et de la réserve civile de la police nationale.

 

 

Sources :

 

 

  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Dictionnaire Larousse en Six Volumes.
  • Alain Decaux et André Castelot, Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Charles Poisson, L'Armée et la Garde nationale. IV Tomes, Paris, 1858-1862.
  • Roger Dupuy, La Garde nationale, 1789-1872, Gallimard, 2010.
  • Serge Bianchi et Roger Dupuy (dir.), La Garde nationale entre nation et peuple en armes. Mythes et réalités. 1789-1871, Presses Universitaires de Rennes, 2006
  • Georges Carrot, La Garde nationale (1789-1871) : Une force publique ambiguë, Éditions de l'Harmattan, coll. « Sécurité et société », 2001.
  • Site internet : www.commune1871.org

 

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