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Publié le 19 Février 2011

Le carré militaire des soldats français de la Seconde Guerre mondiale, d’Indochine et des combats d’Afrique du Nord du cimetière de Clichy-Nord présente un monument très émouvant avec un bras en bronze sortant de terre et écrasé par un rocher : allégorie de l’Homme anéanti par la folie meurtrière des grands de ce monde…

 

Sont placées là près de quatre-vingt-dix tombes individuelles de jeunes gens morts pour notre pays. On peut par exemple citer le maréchal des logis chef André Varengo, mort le 16 mai 1940 ; le caporal Ali Damis, mort le 10 juin 1958 ; le FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) Joseph Clisci mort le 7 juillet 1943 ; le caporal-chef Jean Martin, mort le 9 septembre 1956 ; le soldat Jean Montels, mort le 16 mai 1954 ; le lieutenant Jean Gohard, mort le 6 janvier 1941 ; le quartier-maître Henri Delcamp, mort le 5 juin 1940…

 

Le « roi Jean ».

 

De la guerre d’Indochine peu d’événements restent dans la mémoire collective : les négociations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, le général Leclerc discutant avec Ho-Chi-Minh, Bigeard et ses paras, la catastrophe finale de Diên-Biên-Phù. L’Indochine, c’était loin, cela ne concernait que les soldats dits « de métier » et c’était le colonialisme. Le parti communiste français savait y faire en matière de propagande. L’Indochine, c’était la « perle de l’orient », mélange d’aventures, de peurs et de fantasmes.

 

Ces dernières années, la France, du moins certains responsables politiques, a passé du temps à ne rappeler que les aspects négatifs de la présence française dans ses anciennes colonies en insistant sur les défaites humanitaires et militaires. La vérité historique est comme d’habitude beaucoup plus complexe et il convient de rappeler les éléments dans leur contexte, à la lumière d’une situation internationale toute autre que celle que nous connaissons aujourd’hui. Oui, la France a fait des belles réalisations en Indochine. Oui, elle a aussi connu des succès militaires.

 

Et dans ce carré militaire de Clichy-Nord, se trouve la sépulture de Jean-Louis Victor Chappe, caporal-chef dans un régiment de spahis marocains. Il meurt le 2 avril 1951, des suites de ses blessures, en Indochine, à l’hôpital Lanessan d’Hanoi. Avril 1951. Voilà cinq mois que le « roi Jean », selon l’expression de l’écrivain Lucien Bodard, a débarqué en Indochine. Au cours de cette année, il va accumuler les victoires contre le Vietminh.

 

 

Jean de Lattre de tassigny - 1889-1952

 

 

 

 

Jean de Lattre de Tassigny, maréchal de France.

 

 

« L’année de Lattre ».

 

Schématiquement, les périodes peuvent être ainsi résumées : jusqu’en 1949, la tactique du Vietminh – du fait de forces limitées – se condense en une série de coups de main et une guérilla « des champs ». Si les Français tiennent les villes, ce n’est pas toujours le cas dans les campagnes.

 

1949 marque un tournant, avec l’avènement de la Chine communiste de Mao, qui arme et finance puissamment ses cousins idéologiques du Vietnam. La guérilla devient une guerre faite de batailles avec des régiments de bo-doïs, eux-mêmes rassemblés dans des divisions. La victoire majeure du Vietminh est la prise de Cao-Bang et de la Route coloniale 4, en septembre 1950. Les Français y laissent plusieurs milliers d’hommes.

 

Le gouvernement français décide d’intensifier la guerre et fait nommer son meilleur général : Jean de Lattre de Tassigny. « Je ne sais qu’une chose, c’est que maintenant vous allez être commandés ! » proclame-t-il en arrivant à Hanoi, au mois de décembre 1950.

 

Le général Giap, commandant en chef de l’armée vietminh, décide de frapper fort en attaquant en plusieurs endroits la zone du delta du Fleuve Rouge, autour de Hanoi. Face à cette approche, de Lattre fait élever des centaines de blockhaus et de points d’appui qui sont autant de postes d’observation. L’avantage de la stratégie du général français consiste en une mobilisation totale du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) dans le but de « casser du Viet ». Il s’agit de redonner le moral aux troupes, déjà lasses des atermoiements politiques. Et de Lattre sait surtout qu’il n’a pas les moyens de placer des forces suffisantes partout où il en faudrait. Il sait aussi que la population de la colonie française est loin d’être totalement acquise à la cause communiste. Il doit en profiter avant qu’il ne soit trop tard.

 

Attaques sur le delta du Fleuve Rouge.

 

Donc, depuis le début de l’année 1951, le général de Lattre de Tassigny marque des points. Toutes les attaques des forces communistes sont repoussées. La reconquête des terrains perdus arrive. Elle commence par la victoire de Vinh Yen où les troupes de Giap laissent sur le terrain près de mille-trois-cent tués, plus de trois-mille blessés. Sa division 308 – la plus aguerrie, la mieux formée – subit là des pertes très sévères. Pour la première fois dans l’Histoire, les bombes au napalm sont employées massivement.

 

Mao Khé est le deuxième épisode. Il se déroule courant mars-avril 1951. Les bo-doïs sont encore défaits. Le delta reste aux mains des Français.

 

La « bataille du Day », du 28 mai au 7 juin 1951, frappe les soldats français au plus profond d’eux-mêmes. Le Vietminh tente encore une fois de faire la différence dans le Delta. L’un des points stratégiques non loin du fleuve Day, est Ninh Binh. Le poste est tenu par un escadron du 1er chasseur, commandé par un certain Bernard de Lattre, fils unique du général en chef. Les combats font rage. Alors qu’il subit des pluies incessantes d’obus, le poste tient plusieurs jours, permettant la victoire du CEFEO. Mais c’est au prix de la mort du jeune lieutenant. On retrouve son corps, criblé d’éclats d’obus. « Jeune officier, tombé héroïquement en plein combat, donnant l’exemple des plus belles vertus militaires à l’aube d’une carrière exceptionnellement brillante, ouverte en France dans la Résistance dès l’âge de 15 ans ». En recouvrant le cercueil de son fils du drapeau tricolore, le général de Lattre ajoute : « En dépit de la promesse faite à sa mère, je n’ai pas su le protéger ».

 

En juillet 1951, à l’occasion d’un discours à Saigon, le général s’adresse aux soldats vietnamiens incorporés dans le CEFEO, avec pour idée de créer une armée vietnamienne digne de ce nom : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

Bien sûr, Giap ne l’entend pas ainsi. Le quatrième volet des batailles de l’année 1951 se déroule à Nghia Lo.

 

La bataille de Nghia Lo.

 

Pierre Dufour, dans son ouvrage Indochine (Ed. Lavauzelle) décrit la situation : « Nghia Lo est le poste clé du système défensif français en Haute Région. Il commande l’accès aux pays thaï, au Laos et aux contrées bordant le Moyen-Mékong. Situé entre le Fleuve Rouge et la Rivière Noire, dans une cuvette de dix kilomètres sur quatre, à environ deux cent cinquante mètres d’altitude, Nghia Lo est un bourg entouré de hautes montagnes atteignant parfois 1.500 mètres. L’endroit présente une topographie faite de massifs granitiques couverts d’épaisses forêts, séparés par des vallées encaissées. Les voies de communication sont limitées : la route fédérale 13, des pistes de montagne praticables seulement avec des guides et un terrain d’aviation qui permet de ravitailler la vallée perdue. La population se compose essentiellement de Thaïs et de quelques hameaux muongs ou annamites ; la montagne est le domaine des Mans et des Meos réputés hostiles au Vietminh ».

 

La garnison française de Nghia Lo est formée par les mille hommes du 1er bataillon thaï, dirigé par le commandant Girardin.

 

Le 28 septembre 1951, la région du poste Sai Luong est attaquée. Ses défenseurs se replient sur la vallée. Deux jours plus tard, les TD 141 et 209 sont signalés. Ils convergent vers la cuvette de Nghia Lo. A l’est, le TD 165 approche également. Les TD sont des Trung Doï ; ils sont composés de quatre bataillons qui peuvent contenir chacun mille hommes. Les TD appartiennent à la division de montagne 312, commandée par le colonel Le Trong Tan.

 

En l’absence du général de Lattre, occupé à demander de l’aide aux Etats-Unis après un passage en métropole, le commandement français est sous l’autorité du général Salan, qui s’y connaît en matière de troupes coloniales ! Il décide de soulager les défenseurs de la cuvette de Nghia Lo en larguant, sur les arrières de l’ennemi, le 8ème BPC (bataillon parachutiste colonial) du capitaine Gauthier et ses cinq cent soixante-treize hommes. C’est l’opération Rémy.

 

La 312 réagit en jetant toutes ses forces dans la bataille. A Nghia Lo, le commandant Girardin est tué, mais ses hommes tiennent bon. Le 4 octobre, le 2ème BEP est à son tour largué (opération Thérèse). Avec le 8ème BCP, il forme le GAP (Groupement aéroporté) nord-ouest sous les ordres du colonel de Rocquigny. Le 2ème BEP est alors composé d’une compagnie de commandement de base, sous les ordres du lieutenant Longeret, du 2ème CIPLE (compagnies indochinoise de la Légion étrangère – capitaine Hélie Denoix de Saint Marc), de la 3ème compagnie (lieutenant Lemaire) et de la 4ème compagnie (lieutenant Louis-Calixte).

 

Le 5 octobre, Rocquigny donne l’ordre au 2ème BEP de se rendre à Bac Co, à six kilomètres du point de chute du bataillon. Les hommes mettent plus de neuf heures à atteindre leur objectif. Le lendemain, le bataillon accroche les bo-doïs à plusieurs endroits. Les combats sont terribles. Face à un ennemi que rien n’arrête, les légionnaires de Lemaire et les paras de Saint Marc usent de toutes leurs armes : baïonnettes au canon, ils repoussent les Vietnamiens dans les attaques incessantes de l’après-midi et de la nuit. Le 8ème n’est pas en meilleure posture : le capitaine Gauthier est grièvement blessé et les pertes sont importantes.

 

Le 6 octobre encore, le 10ème BPCP (bataillon parachutiste de chasseurs à pied), dirigé par le commandant Weil est lui-aussi largué en renfort. Finalement, la division 312 se retire, laissant sur « le carreau » entre mille-cinq-cents et quatre-mille morts chez les bo-doïs, selon les sources.

 

Hélie de Saint Marc : « Les troupes de Giap repassèrent à l’attaque. Elles ne voulaient pas laisser sur leurs arrières un adversaire qui risquait de les gêner dans leur offensive. Durant d’interminables heures, enterrés, nous avons subi les assauts des bo-doïs qui avançaient au coude à coude, en rangs serrés. Giap n’économisait jamais les vies humaines de son camp. Il profitait du nombre. En 1946, Hô Chi Minh avait prévenu le ministre français des colonies, Marius Moutet : « Cette affaire peut se régler en trois mois ou en trente ans. Si vous nous acculez à la guerre, vous me tuerez dix hommes quand je vous en tuerai un. A ce prix, c’est encore moi qui gagne… ». Ce jour-là, le Vietminh voulait anéantir le 2ème BEP à n’importe quel prix. Le syndrome de Cao Bang hantait les esprits de part et d’autre. Nos hommes tombaient, morts ou blessés. Les cadavres vietminhs s’amoncelaient. Nous eûmes le dessus. Les bo-doïs s’éloignèrent ».

 

Le « patron » est mort.

 

L’année 1951 se termine donc sur une série de victoires, bien souvent inconnues, des soldats du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient. L’hydre communiste, à défaut d’être vaincue, semble arrêtée. Mais 1952, marque une nouvelle rupture dans la guerre d’Indochine. Le 11 janvier, le général Raoul Salan devient commandant en chef des forces françaises en Extrême-Orient en lieu et place du général de Lattre, qui vient de mourir d’un cancer.

 

Le jour de ses funérailles, dans son village natal de Mouilleron-en-Pareds le 15 janvier 1952, le général Jean de Lattre de Tassigny est élevé à la dignité de maréchal de France. A des milliers de kilomètres de là, des rizières du sud aux collines du Haut-Tonkin, une très grande émotion envahit les soldats français et les supplétifs vietnamiens : le « patron » vient de les laisser à leur sort.

 

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Publié le 2 Janvier 2011

 

 

Dien Bien Phu ECPAD

 

Parachutistes à Diên Biên Phù – Copyright ECPAD.

 

 

Au 7ème RTA.

 

Pierre Coupard nait en 1928. Il intègre le 7ème RTA (régiment de tirailleurs algériens), unité de l’Armée d’Afrique. Ce terme, valable de 1830 à 1962, désignait les régiments installés pour la plupart en Afrique du Nord ; leur origine remontant bien souvent à la conquête de l’Algérie.

 

Le 7ème RTA est une unité prestigieuse, arborant la Légion d’honneur sur son drapeau. Présent à la bataille de la Marne en 1914, en Artois en 1915, à Verdun l’année suivante, ou encore à Villers-Bretonneux en 1918, le régiment est actif pendant la campagne de France en 1940 et fait partie des troupes du général Juin en 1944 à Monte-Cassino. Il libère Marseille en août de la même année. Plus tard, comme bon nombre d’unités coloniales, il est envoyé en Indochine. En 1954, Pierre Coupard, alors sous-lieutenant d’active, est sous les ordres du chef de bataillon Roland de Mecquenem à la 5ème compagnie du 7ème RTA.

 

L’opération Castor.

 

En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos, où le prince Souvana Phouma a fait allégeance à la France. L’objectif est donc de prendre la cuvette de ce village, longue de seize kilomètres, et d’en faire un point d’appui. Les collines entourant la zone deviennent Anne-Marie, Béatrice, Claudine, Dominique, Eliane, Françoise, Huguette et Isabelle.

 

Cette tactique a réussi à plusieurs reprises au cours du conflit. Mission est donnée aux commandants Bigeard (6ème BCP) et Bréchignac (2/1er RCP) de sauter et prendre le village. Le général Bigeard : « Les hommes de Bréchignac et les miens, nous sautons. Ce n’est pas facile, il y a du vent. Nous voilà mélangés aux Viets. Ça tire de partout. Mais finalement on s’en sort. Tout le monde se regroupe et nous prenons le village de Diên Biên Phù. De notre côté, nous avons eu environ vingt paras tués, contre plus d’une centaine de Viets ».

 

En globalité l’Etat-major français est persuadé de la bonne position des troupes françaises. Le Vietminh ne pourra pas attaquer le Laos et va venir s’empaler sur nos défenses. Si certains font remarquer que la position se trouve entourée de collines d’environ sept-cent mètres de hauteur, ce qui permet des tirs tendus d’artillerie, l’évocation est vite contredite par le colonel Piroth, responsable de l’artillerie. Il s’est engagé : « jamais les bodoïs ne pourront monter des canons à dos d’hommes et les placer sur les collines ». Le responsable du dispositif, le colonel Christian de Castries est également de cet avis. « C’était une vue de l’esprit. On ne connaissait pas l’embrigadement des soldats du Vietminh. Et tenir une vallée n’empêche personne de passer » répondait le général Bigeard, quelques mois avant sa disparition. A partir de la fin du mois de novembre 1953, des avions en provenance d’Hanoi récupèrent les parachutistes et acheminent des régiments d’infanterie et de l’artillerie ; ainsi, le 29 décembre, le 5/7ème RTA et le 3/10ème RAC (régiment d’artillerie colonial) sont aérotransportés.

 

Le chef militaire du Vietminh, le général Giap, est d’accord avec les Français sur un point : il faut que la bataille finale s’engage. Pour la France, s’il s’agit d’annihiler une fois pour toutes les forces communistes ; pour les communistes vietnamiens, il convient de battre la puissance coloniale pour placer le pays aux conférences de Berlin (janvier 1954) et de Genève (mai 1954) dans les meilleures conditions.

 

L’attaque.

 

L’attaque est déclenchée le 13 mars 1954 : en un éclair, une pluie d’obus s’abat sur le camp retranché de Diên Biên Phù. Stupeur au sein de l’Etat-major. Ne supportant pas un échec aussi flagrant, le colonel Piroth dégoupille une grenade et se suicide. Le moral des troupes françaises – alors que sont placées là toutes les unités d’élite – s’effondre. En quelques heures, les troupes qui tiennent Béatrice sont anéanties. Deux jours plus tard, c’est au tour de Gabrielle de succomber. A chaque fois, les troupes françaises et supplétives (formées de tribus anti-vietnamiennes et de vietnamiens anti-communistes) contre-attaquent. Mais à chaque fois également, les bodoïs reviennent, toujours plus nombreux. Toujours plus fanatiques. Et gare à ceux qui refusent d’aller au combat : Giap ordonne qu’ils soient passés par les armes.

 

Le Vietminh a regroupé près de soixante-quinze-mille hommes autour du champ de bataille, grâce à vingt-mille vélos, des camions prêtés par la Chine et des armes et de la logistique soviétiques. Les bodoïs creusent des centaines de kilomètres de galeries, de tunnels. Ils démontent les pièces d’artillerie, les installent sur des mulets et les enfouissent dans des galeries placées à flanc de colline. Ainsi, le canon peut être sorti, tirer et rentrer dans sa cachette (« les gueules du crapaud »).

 

En 1991, au micro de France Inter, dans Indochine 1946-1954 : histoire d’une guerre oubliée, une émission de Patrice Gélinet, le colonel vietnamien Le Kim explique l’approche de Diên Biên Phù : « Nous voyons que le sol est très fertile. Très facile à creuser. Et les Vietnamiens sont un peuple de terrassiers. Alors, nos hommes s’équipent de pioches et de pelles. Ils creusent. Partout. Il s’agit d’acheminer les munitions et l’artillerie au plus près du camp afin de détruire la piste d’aviation et la forteresse ».

 

De plus, le temps est à la mousson : le terrain se transforme en un vaste champ de boue où les manœuvres de l’artillerie s’avèrent périlleuses. Du fait du brouillard, les largages de bombes aériennes le sont tout aussi : les obus, le napalm sont lancés presque au hasard. Rarement les défenses vietnamiennes sont inquiétées.

 

Le 16 mars, Bigeard et ses paras sautent à nouveau sur le camp et prennent appui sur Eliane, une des collines principales. Pendant quinze jours encore, le ravitaillement aérien est possible. Le 28 mars, un Dakota se pose. A son bord se trouve Geneviève de Galard, convoyeuse de blessés. L’avion est touché au moment de l’atterrissage. Il ne peut repartir. Geneviève de Galard : « Je rejoins l’infirmerie. Elle est remplie de blessés. Nous faisons comme nous pouvons pour maintenir les conditions d’hygiène, en tapissant les murs de la salle d’opération de draps blancs. Mais nous sommes vite dépassés. Partout se trouvent des blessés. Dans certaines salles, par manque de place et de moyens, nous creusons des lits à même le sol et nous enveloppons les hommes dans des parachutes. Cela donne un air lugubre de catacombes à notre hôpital ».

 

Les offensives vietnamiennes des 13 et 31 mars sont repoussées. Le général Giap a perdu plus de quinze-mille hommes. Mais il ne peut plus reculer : l’ouverture de la conférence de Genève est sa planche de salut. Il décide de jouer son va-tout et engage vingt-cinq-mille hommes supplémentaires dans la bataille. Les Français ne croient plus en la victoire. Partout ils sont débordés. Ils arrêtent un assaut et tuent des centaines d’hommes. En vain. Les munitions viennent à manquer. Cela n’empêche pas des actions héroïques, comme celle du capitaine Jean Pouget, qui saute avec ses hommes du 1er BPC sur Diên Biên Phù fin avril 1954, alors que l’issue fatale est connue. Les collines tombent une à une, au prix de combats incessants, durant de jour comme de nuit. Les hommes sont épuisés. Certains foncent sur l’ennemi en hurlant les paroles de la Marseillaise. Comme à Verdun, les médecins constatent des décès par choc psychologique. Des blessés quittent l’hôpital et se joignent aux combattants. Pour l’honneur…

 

L’une des dernières collines, Eliane, tombe le 6 mai. Bigeard : « Nous n’avons plus de munitions. C’est la fin. Je mets mon béret. J’ajuste ma veste. J’attends ». Le Groupement Opérationnel du Nord Ouest (GONO) refuse de hisser le drapeau blanc mais cesse le feu.

 

Diên Biên Phù représente pour le Vietminh une victoire sans précédent, mais au prix de plus de vingt-cinq-mille morts et, environ, douze-mille-cinq-cent blessés. Il n’empêche : le retentissement international est immense. Bien souvent, en France, on prend conscience de la guerre d’Indochine à ce moment-là. Appuyés par les Chinois et les Soviétiques, les Vietnamiens peuvent arriver la tête haute à Genève. Du côté des troupes françaises et supplétives, sur près de quinze-mille hommes présents, on dénombre deux-mille-deux-cent-quatre-vingt-treize morts et cinq-mille-cinq-cent-quatre-vingt-quinze blessés.

 

Les prisonniers sont aussitôt regroupés. Les sous-officiers et les officiers sont envoyés dans le Camp n°1 ; les soldats sont éparpillés dans d’autres camps. Il faut marcher pendant des centaines de kilomètres. Les blessés sont laissés à l’abandon dans des villages amis. C’est au Camp n°1 que meurt le 18 juin 1954 le sous-lieutenant Pierre Coupard. Ses restes sont placés dans le carré militaire de Levallois-Perret.

 

 

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Publié le 8 Décembre 2010

 

 

RC4 Convoi (copyright Ballade.free

 

Convoi sur la RC 4 (copyright ballades.free)

 

 

Les bataillons coloniaux de commandos parachutistes.

 

Guy Pagnard nait le 21 janvier 1927 à Rouvraye- en-Santerre dans le département de la Somme. Il s’engage dans l’armée et part en Indochine où il est affecté, en tant que sergent, au 3ème GCCP (groupe colonial de commandos parachutistes). Les bataillons de parachutistes coloniaux sont pour la plupart créés à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas du 3ème BCCP (bataillon colonial de commandos parachutistes) qui débarque à Saigon le 9 novembre 1948. Quelques jours plus tard, l’unité s’installe à Haiphong et prend part aux opérations de rétablissement de l’autorité française : des compagnies œuvrent en Cochinchine tandis que d’autres sont placées pendant un temps au Cambodge. Puis elles sont regroupées pour participer aux opérations d’envergure comme Junon, Anthracite, ou Diabolo.

 

Le désastre de la RC4.

 

La RC 4 est la Route Coloniale n°4. Elle suit la frontière chinoise entre Cao Bang – au nord – et Lang Son – au sud – et passe par des localités comme Dong Khé et That Khé. Son tracé date de la conquête du Tonkin au 19ème siècle. Ce n’est pas vraiment une route mais plutôt une piste, large en certains passages, de quelques mètres seulement. Empierrée, elle n’autorise que le va-et-vient de camions et de véhicules de type blindé léger. L’itinéraire est sinueux. Il passe par des cols escarpés et des gorges, encadrées de massifs rocheux, appelés calcaires. Pour la plupart, les ponts et autres ouvrages n’ont pas été refaits depuis près d’un demi-siècle. Et c’est un coupe-gorge ! La région est le terrain de jeux idéal pour les brigands connus autrefois sous le nom de Pavillons noirs, des trafiquants d’opium, des réfractaires de tout poil. Bien sûr, depuis le début de la guerre d’Indochine, le Vietminh prend plaisir à placer des hommes tout en haut des calcaires : les convois sont des cibles parfaites.

 

En 1949, le général français Revers, chef d’Etat-major de l’Armée de terre, fait une visite de la zone. Constatant que le ravitaillement des postes et des garnisons s’avère démesuré tant d’un point de vue matériel que du coût en vies humaines, il propose un plan d’évacuation des villes et des postes de la RC4. Revers s’oppose aux généraux Carpentier, chef du Corps expéditionnaire et Alessandri, qui dirige la région. Le plan est plusieurs fois reporté, jusqu’au moment d’une attaque éclair vietnamienne.

 

En mai 1950, la Brigade 308 du Vietminh prend d’assaut de la bourgade de Dong Khé et l’occupe en quelques heures. La France vient de comprendre qu’il y a un monde entre les bandes de révolutionnaires communistes de 1946 et cette brigade puissamment armée par la Chine et dotée d’une artillerie digne de ce nom. Mais, le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème tabor marocain, arrive à reprendre le poste. La situation semble stabilisée. L’Armée française décide enfin l’application du plan et l’évacuation de Cao Bang est prévue pour le début du mois de septembre 1950. Mais il ne s’agit pas d’une opération simplement militaire : l’armée ne veut pas abandonner les tribus anti-vietnamiennes des minorités du Tonkin et tous les civils qui se sont ralliés à elle. A grand renfort de dynamitage des matériels qui ne peuvent être emportés, avec des femmes, des enfants, des vieillards, l’opération tourne à l’exode.

 

RC 4 (Ecpad)

 

 

RC 4 (Copyright ECPAD).

 

Elle est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les bodoïs. Le plan du général Giap, chef militaire du Vietminh, fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à cinq-mille soldats français et partisans se trouvent plus de vingt-mille ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Les troupes aéroportées du 1er BEP et du 3ème BCCP sont anéanties : le bataillon colonial a deux-cent-quarante-trois tués sur un total de deux-cent-soixante-huit paras. Finalement, du total des troupes françaises engagées, seuls douze officiers et quatre-cent-soixante-quinze soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques jours plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques. Le 17 octobre, le colonel Constans quitte précipitamment la zone sud de la RC4. Il permet aux bodoïs de trouver de quoi équiper toute une division.

 

Prisonnier, le sergent Pagnard est emmené dans un camp d’internement du Vietminh. Il s’agit du Camp n°1.

 

 

 

 

 

RC 4 Cocxa

 

RC4 – Région de Cocxa.

 

 

Au Camp n°1.

 

Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».

 

Jean Pouget – qui connaîtra le Camp n°1 après Diên Biên Phù en 1954 – ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».

 

Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».

 

Globalement, au cours des neuf années de la guerre d’Indochine, près de quarante-mille soldats français sont faits prisonniers. Seuls, neuf-mille-trois-cent-quatorze sont rendus à la France en septembre 1954. La métropole que Guy Pagnard ne reverra jamais. Il meurt de maladie le 2 décembre 1950, moins de deux mois après son arrivée au Camp n°1.

 

 

 

 

RC 4 Duong-Len-Cao-Bang

 

Région de la RC 4 aujourd'hui (copyright vietnamtourism.com)

 

 

 

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Publié le 2 Octobre 2010

 

Legion

 

 

A bien regarder les monuments aux morts du département des Hauts-de-Seine – mais il doit en être de même dans de nombreux endroits – certains noms, parmi les combattants morts en Indochine et/ou en Algérie, ont des consonances germaniques !

 

C’est le cas à Asnières-sur-Seine pour Alexander Schneider. Né le 3 juin 1931 à Alhbert en Allemagne, engagé au 3ème REI, il meurt 21 ans plus tard, de maladie, à l’hôpital Calbairac d’Hanoi ; ou bien à Courbevoie, où le nom de Walfried Anton Erich Pospiech est inscrit. Né le 24 août 1927 à Berlin, 1ère classe au mythique 1er BEP, il meurt en captivité en juin 1954.

 

Il est difficile d’imaginer que ces deux jeunes Allemands aient pu appartenir à la Wehrmacht ou à la Waffen SS car en 1945, ils étaient âgés de 14 et 18 ans. Peut-être se sont-ils tout simplement engagés à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, et alors siège de la Légion étrangère. Ceci étant dit, pendant la bataille de Normandie, en 1944, la 12ème Panzerdivision SS Hitlerjugend était composée de jeunes garçons dont les âges s’étalaient entre 16 et 18 ans !

 

Quoiqu’il en soit, après la Seconde Guerre mondiale, jamais la Légion n’avait autant connu d’engagés d’outre-Rhin.

 

 

A la Légion.

 

Créée par ordonnance le 9 mars 1831 par le roi Louis-Philippe, sur proposition du maréchal Soult, la Légion étrangère a pour but de rassembler tous les corps d’étrangers présents dans l’Armée française : qu’il s’agisse des Gardes suisses, ou les différentes nationalités des fantassins du Régiment de Hohenlohe.

 

Les rassembler et aussi jeter comme une sorte d’absolution sur le passé parfois tumultueux de ceux qui signent. D’ailleurs, même si les conditions d’engagement ont évolué, aujourd’hui encore le portail de la Légion étrangère indique : « Quelles que soient votre origine, votre religion, votre nationalité, quels que soient vos diplômes et niveau scolaire, quelle que soit votre situation familiale ou professionnelle, la Légion étrangère vous offre une nouvelle chance pour une nouvelle vie... ».

 

Une remarquable étude sur plus de 600.000 engagés, ayant servis entre 1831 et 1961, montre que la nationalité la plus représentée est l’Allemagne, avec 210.000 légionnaires, très largement devant l’Italie (60.000), la Belgique, l’Espagne, la France, la Suisse et la Pologne. Il est clair que les engagements sont totalement liés aux événements du moment : ainsi, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux Allemands viennent frapper aux portes des bureaux de recrutement : passé à faire oublier, ou à effacer de sa mémoire, retour sur le sol natal impossible, anéantissement des familles d’origine (…). Parmi ces engagés, figurent aussi de jeunes gens – et de moins jeunes – issus de la Wehrmacht ou de la Waffen SS.

 

En Indochine.

 

Dans son livre Par le sang versé (Ed. Perrin), Paul Bonnecarrère explique le cas de nombreux Allemands au sein du 3ème Régiment Etranger d’Infanterie pendant la guerre d’Indochine (formé à l’époque de 33% d’Allemands) :

 

  • - « Krugger est un ex-lieutenant de la Wehrmacht. Croix de fer. Multiple citations. Evadé d’un camp de prisonniers américain de la région de Munich l’année dernière. A gagné l’Algérie par l’Autriche, l’Italie, la Tunisie, apparemment seul ».
  • - « Ruhmkorft, ancien adjudant de la Wehrmacht, Kalish, qui combattit dans les rangs de l’Africa Korps, et fut l’ordonnance du maréchal Rommel ».
  • - « Wolfram, ex-capitaine SS ».
  • - « Hoffmann, légionnaire de 2ème classe (il a toujours refusé de participer à un peloton d’avancement), est pourtant une des personnalités du 3ème Etranger. Nul n’ignore au bataillon son identité réelle : Karl von der Heyden. Ex-plus jeune capitaine de la Luftwaffe. Croix de fer à 24 ans. Multiple citations. Une vingtaine de victoires aériennes. L’hebdomadaire Der Adler lui consacra en 1943 sa couverture et plusieurs pages. C’est un véritable héros national que tous les Allemands du régiment connaissent et vénèrent ».

 

Mais il arrive que les Allemands – comme d’autres soldats d’autres nationalités – désertent les rangs de la Légion étrangère et espèrent trouver leur salut dans leur ralliement au Vietminh et aux idées communistes.

 

Dans son livre, La guerre en Indochine (Ed. Perrin), Georges Fleury raconte comment des légionnaires allemands quittent leurs régiments pour s’engager dans des bataillons de l’armée du général Giap. Pendant un temps, les communistes vont même jusqu’à composer des unités formées seulement de déserteurs. Parmi toutes les explications de la déroute du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient (CEFEO), à l’occasion de l’abandon des postes de la Route Coloniale n°4 et de la ville de Cao-Bang, événement connu sous le nom du « désastre de la RC4 » (octobre 1950), l’une tient justement dans la remarquable tactique employée par les troupes du Vietminh. Aujourd’hui, il est admis qu’un rôle non négligeable fut joué par de nombreux légionnaires déserteurs.

 

Pour valeur d’exemple, certains légionnaires allemands seront d’ailleurs rapatriés par la Chine et la Russie – sorte d’internationale du communisme – pour retrouver leur terre natale, du moins celle de l’Allemagne de l’Est.

 

 

En Algérie.

 

En Algérie aussi, au sein des régiments de la Légion étrangère, des Allemands participent aux « opérations de maintien de l’ordre ». Beaucoup sont restés depuis la guerre d’Indochine. Il suffit de demander aux anciens combattants : ils sont nombreux à avoir connus quelques-uns de ces soldats aguerris. « Après nous être foutus sur la figure pendant des années, voilà qu’on faisait copain-copain pour aller tirer des fellaghas » ajoute l’un.

 

Colonel Richard Marillier, alors capitaine du commando L133 : « En 1956, je fus rappelé et j’obtins le commandement de la 8 compagnie du 2/44 RI. Puis le colonel me confia la 6 et la 10. Après, je participai à la création des commandos V48 puis L133. Je me souviens d’un Allemand, du nom de Krauss. Il était à la 23ème compagnie portée de la Légion sous les ordres du capitaine Camelin. Il était sergent-chef. On avait fait des opérations ensemble. C’était au moment où j’avais été hébergé à la Légion, à Bir-el-Ater. Cela devait se passer entre le 15 juillet et le 2 août 1956. Ils étaient trois sous-off allemands : Krauss, Schartk et Hartig. Krauss me raconta son histoire et il termina ainsi : « J’ai suffisamment fait de mal à la France pour avoir le droit de mourir pour elle ». Deux jours plus tard, ses compagnons d’armes m’apprirent qu’il était mort au combat. »

 

 

 

Sources :

 

 

- Entretien avec le colonel Richard Marillier (août 2009), capitaine en Algérie.

- Entretiens avec Giacomo Signoroni (2009-2010), adjudant-chef à la 13eme DBLE, en Indochine.

- Entretiens (2008-2010) avec André Labour, officier au 2ème REC, en Algérie.

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Erwan Bergot, La Légion au combat. De la Grande Guerre à nos jours, LGF, 1995.

- Georges Blond : La Légion étrangère, Stock, 1964.

- Paul Bonnecarrère, Par le sang versé, Perrin, 1968.

- Georges Fleury, La guerre en Indochine, Perrin, 1994.

- Pierre Montagnon, Histoire de la Légion de 1831 a nos jours, Pygmalion, 1999.

- Pierre Montagnon, Légionnaires d'hier et d'aujourd'hui, Pygmalion, 2006.

- Étienne de Montety, Des hommes irréguliers, Perrin, 2006.

- Douglas Porch, La Légion étrangère 1831-1962, Fayard, 1994.

- Pierre Sergent, Je ne regrette rien, Fayard, 1975.

 

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Publié le 5 Mars 2010

Dien Bien Phu - 1954
Parachutistes à Diên Biên Phù. 

 

 

Les parachutistes coloniaux.

 


Les bataillons de parachutistes coloniaux ont une histoire complexe et mouvementée. Le point de départ généralement admis est la rencontre entre le général de Gaulle et le capitaine Georges Bergé.

 

Georges Bergé nait en janvier 1909 dans le Gers, à Belmont. Formé à l’Ecole de l’Infanterie et des Chars de Saint-Maixent, il est par la suite détaché de l’Armée de terre dans l’Armée de l’air, au groupe d’infanterie de l’Air n°601. Mais des problèmes de santé l’obligent à renoncer à sauter en parachute et il revient à son arme d’origine en 1938.

 

Blessé lors des premières batailles de la Campagne de France en mai 1940, il est évacué vers l’arrière puis dans sa Gascogne natale. Là, écoutant le discours du général de Gaulle, il s’embarque et rejoint les Forces Françaises Libres en juin 1940. Le capitaine Bergé propose au général de compléter l’armée en formation en créant une unité de parachutistes.

 

Ainsi nait la 1ère compagnie d’infanterie de l’air. L’une de ses premières missions parachutée – nommée « Savannah » – consiste à créer un embryon de la Résistance à Bayonne. Par la suite, la compagnie se couvre de gloire à l’occasion d’opérations au Levant (1941) ; en Crète, en Lybie et en Tunisie (1942) ; en Belgique (1944). Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, l’unité est envoyée en Bretagne. Grâce à l’appui des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur), ce sont près de 85.000 Allemands qui sont retenus dans la région. De fait, ils ne peuvent venir en aide à leurs camarades de Normandie. La compagnie aéroportée signe là une de ses victoires majeures. Quelques mois plus tard, la compagnie participe à la bataille des Ardennes, puis est parachutée sur la Hollande.

 

Devenue brigade de parachutistes SAS (sur le modèle des Special Air Service anglais), elle s’illustre lors de son premier séjour en Indochine. Mais la guerre allant crescendo dans cette colonie française, le grand commandement français décide de créer en 1947, à partir de la 25ème Division Aéroportée, un groupement colonial. Il prend le nom de Demi-brigade Coloniale de Commandos Parachutistes. Son premier chef de corps est le colonel Massu.

 

 

 

Les BPC.

 

Pour faire face aux besoins en hommes, et aux relèves nécessaires, des bataillons de parachutistes coloniaux viennent compléter la Demi-brigade : le 1er, le 2, le 3, le 5, le 6, le 7 et le 8.

 

L’histoire du 1er commence en 1947 : le 1er bataillon colonial de commandos parachutistes est créé à partir de deux bataillons parachutistes SAS. Il est dissous l’année suivante, pour être recréé le 7 décembre 1949. Au mois de mars 1951, il devient le 1er BPC qui est lui-même dissous en janvier 1952 pour être à nouveau recréé un an plus tard (dissous définitivement en septembre 1955).

 

L’Opération Castor.

 

En 1953, la guerre fait rage en Indochine depuis près de huit ans. En octobre, le commandement vietminh, mené par le général Giap, décide de suspendre les attaques sur le delta du Tonkin. L’effort en hommes en trop important. Les soldats français, dans le cadre de l’opération « Mouette » ont anéanti plusieurs milliers de Bodois. Giap déplace alors ses divisions vers la Haute-région et le Laos, dans le but de prendre à revers les troupes françaises et de prolonger le soulèvement vietnamien au Laos.

 

Le général Navarre, nouveau commandant en chef du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient) comprend la manœuvre du stratège vietnamien. Qui plus est, un traité de défense du Laos est signé avec la France. Navarre cherche par tous les moyens a empêché l’ouverture d’un nouveau front. L’idée consiste alors à prendre position dans la plaine de Diên Biên Phu, à l’extrême ouest du pays vietnamien, pour d’une part, attirer les forces de Giap, et d’autre part, leur couper la route menant au Laos. Tenter des combats victorieux dans les montagnes environnantes s’avérant illusoire. Il est donc préférable de choisir le terrain. Des raids étant ensuite lancés depuis le camp de Diên Biên Phu pour détruire des positions ennemies. C’est une tactique qui a déjà réussi (camp de Na San). Ce plan militaire s’appelle l’opération « Castor ».

 

L’Elément Divisionnaire Aéroporté du général Gilles doit sauter sur Diên Biên Phu en deux GAP (Groupement Aéroporté), le premier étant formé de deux vagues :

 

  • - GAP 1 : commandant Fourcade avec le 6ème BPC du chef de bataillon Bigeard, le 2/1er RCP du commandant Bréchignac, la 17ème compagnie parachutiste, des éléments du groupe de marche du 35ème régiment d’artillerie parachutiste du chef d’escadron Millot, pour la première vague ; pour la seconde vague : le 1er BPC du chef de bataillon Souquet, l’antenne chirurgicale parachutiste n°1 et le reliquat du groupe de marche du 35ème régiment d’artillerie d’artillerie parachutiste.
  • - GAP 2 : lieutenant-colonel Langlais avec le 1er bataillon étranger de parachutistes du chef de bataillon Guiraud, le 8ème BPC du capitaine Tourret et le 5ème bataillon de parachutistes vietnamiens du chef de bataillon Bouvery.

 

Le saut n’est pas de tout repos : Bigeard et ses hommes atterrissent au beau milieu de Bodois en pleine instruction : c’est un carnage chez les soldats du Vietminh. Le camp français s’installe. Mais rien ne va se passer comme prévu…

 

 

Janvier 1954.

 


Maurice Bertaud est natif de la commune de Rueil-Malmaison. Il y voit le jour le 29 août 1932. Il s’engage dans l’Armée et est appelé à servir en Indochine. Il intègre le 1er BPC en tant que parachutiste de 2ème classe.

 

Dans son ouvrage très documenté sur la guerre d’Indochine (Ed. Perrin), Georges Fleury rappelle les conditions de l’engagement à la fin de l’année 1953 : « Alors qu’on l’attendait à Diên Biên Phu, Giap frappe au Laos. Sa division 325, étoffée par un régiment de la 304, attaque le 20 décembre 1953 dans la région de Ban Kha Hé. Elle bouscule le 27ème bataillon de tirailleurs algériens qui défendaient la place avec une batterie d’artillerie. Elle lamine une à une des positions tenues par des troupes laotiennes. »

 

Les troupes vietminh progressent rapidement. Plan judicieux que d’attaquer bien au sud pour faire diversion et forcer l’Union française à honorer son traité. Une ville importante de cette région, That Khek est abandonnée sans combattre. Des troupes françaises sont envoyées sur le camp Seno (« Sud Est – Nord Ouest » ; nom donné à ce camp, installé au carrefour des routes coloniales 13 et 9) pour contrecarrer l’offensive. Avec le soutien du 2ème BEP, le 1er BPC réoccupe la ville et repousse les régiments vietminh 66 et 101.

 

C’est au cours de ces combats que Maurice Bertaud trouve la mort à Ban Na kham, au Laos, le 8 janvier 1954. Il avait 22 ans.

 

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Publié le 11 Janvier 2010

Jean de Lattre de tassigny - 1889-1952

 

Ce jour, 11 janvier 2010, cela fait 58 ans que disparaissait le général Jean de Lattre de Tassigny, héros de la guerre d'Indochine. L'Indochine, c'était loin ; cela ne concernait que les militaires de carrière et c'était un temps où les Français étaient bien divisés sur le fait de conserver, ou pas, des colonies. Il a fallu attendre un film, en 1993, puis les témoignages se sont multipliés.

Enfin, dans les années 2000, la République a reconnu cette guerre en une commémoration officielle. Retrouvez les héros de la guerre d'Indochine, quel que soit leur camp, et les images de ce qui fut "la Perle de l'Empire colonial français", dans l'album de photographies intitulé "004 - Indochine". N'oublions pas.

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Publié le 6 Novembre 2009

 

 

Vue aérienne de Diên Biên Phù – Fin 1954 – au centre, la rivière et la vallée de la Nam Youm. Entre les deux points, l’ancienne piste d’atterrissage.

 

 

 

A Diên Biên Phù.

 

« A Diên Biên Phù, nous avons tous fait notre travail en soldat. Je prends en exemple les légionnaires de la Compagnie de Commandement du Bataillon (CCB) du 1/13 DBLE, qui avec sa Section Pionniers fut à toutes les pointes des combats, soit comme section de choc, soit avec les M5 Extincteurs Spéciaux que les anciens connaissent très bien et qui étaient célèbres pour leur efficacité dans les préparations d’attaque ou pour enrayer les assauts ennemis.

 

La Section Mortiers de l’adjudant Adamait fut elle-aussi à la pointe des tous les combats. Pour sa part, elle agissait soit en tir d’appui et de barrage, soit en unité de combat, ce qu’elle fit à la fin après avoir détruit ses dernières pièces. Il faut également citer le travail remarquable de l’unité de transmission, avec les caporaux Guenzi et Piccinini, le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint et tant d’autres encore. Quant au Service de santé avec Stermann, c’est bien simple, il était présent à chaque instant.

 

Je tiens également à préciser que les derniers à passer la Nam Youm, le 8 mai 1954 – c’est-à-dire le lendemain de la reddition du chef du GONO (Groupement Opérationnel du Nord Ouest, le général de Castries) – furent les éléments de la CCB 1/13 aux ordres du capitaine Coutant, la Section Pionniers, la transmission, plus les survivants des trois compagnies du capitaine Capeiron, du lieutenant Viard, du lieutenant Bacq et du lieutenant de Chapotin. D’autres noms m’échappent. Ils passèrent vers 15h après avoir soutenu les assauts des Bodoïs sur Eliane 2.

 

Après avoir tiré le dernier obus, la Section Mortiers détruisit l’unique pièce et prit part au combat comme unité fantassin. Le sergent Ladrière et le sergent-chef Toussaint en firent de même après la destruction des matériels de transmission. Les caporaux Guenzi et Piccinini assurèrent la liaison radio jusqu’au dernier moment avant la destruction de leur matériel.

 

C’était la fin. Les Viet arrivaient de partout. Nous étions encerclés, prêt au sacrifice suprême. Piccinini et Guenzi brûlèrent le fanion de la compagnie. Ordre était donné de nous rendre. L’humiliation.»

 

Pour ses actes de guerre et de bravoure, Giacomo Signoroni reçut la médaille militaire, sur le champ de bataille. La fin de l’aventure indochinoise est connue. Après le désastre militaire, et face à des dizaines de milliers de soldats ennemis, les troupes du Corps Expéditionnaire capitulent. S’ensuit une marche de près de 700 kilomètres, dans des conditions épouvantables, à travers la jungle pour rejoindre l’est du pays (Giacomo Signoroni est enfermé au Camp 73).

 

Les pertes humaines à Diên Biên Phù sont d’environ 3.000 morts au combat ou disparus, plus de 4.400 blessés. Le 8 mai 1954, les hommes du général Giap font 10.948 prisonniers. Au moment de la restitution de ces mêmes prisonniers, en septembre 1954, 7.658 hommes manquent à l’appel…

 

 

L’Algérie.

 

Au retour de l’Indochine, Giacomo Signoroni est muté dans un Régiment Etranger de Cavalerie. Entre 1954 et 1960, il combat les fellaghas à la frontière marocaine dans la région de Colomb-Béchar. Raccourci tragique de l’Histoire : c’est en ces lieux que disparut le 28 novembre 1947, le général Leclerc, qui avait été à le premier chef du Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient en 1945-46.

 

Là, Giacomo Signoroni prend part à moult opérations dans les montagnes de l’Atlas Saharien. Puis il suit son unité à Saïda, dans l’arrière-pays oranais, non loin de Sidi-Bel-Abbès, patrie d’origine de la Légion. D’ailleurs, la perte de l’Algérie sera un traumatisme pour elle, comme pour de nombreuses unités. Même si la Légion perd dix fois moins d’hommes qu’en Indochine, de nombreux militaires pensent qu’ils ont été lâchés par le pouvoir politique, quand la victoire par les armes, elle, était acquise. Contrainte de quitter le pays, la Légion étrangère brûle en partant le pavillon chinois, pris en 1884 à Tuyen Quang, et qui ne devait pas quitter Sidi-Bel-Abbès. Elle emporte les reliques du Musée du Souvenir et exhume les cercueils du général Rollet (Père de la Légion), du prince Aage du Danemark et du légionnaire Heinz Zimmermann, dernier tué d’Algérie. Elle s’installera à Aubagne, dans le département des Bouches-du-Rhône.

 

Mais Giacomo Signoroni n’est déjà plus concerné…

 

 

Après les guerres...

 

En 1958, il se marie. De cette union, naissent une fille puis un garçon. Peu avant la naissance de son premier enfant, il quitte l’armée. Il est des rôles, des aventures, qui le temps venu, l’expérience acquise, vous semblent plus petits que le plus petits des Etres.

 

Le retour en France a lieu en 1961. Giacomo Signoroni, officier de la Légion d’honneur, commence une nouvelle vie, une nouvelle carrière au sein de plusieurs entreprises de sécurité et des centres de surveillance.
 

Rancourt. Mars 2009. Chapelle du Souvenir Français.

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Publié le 5 Novembre 2009

 

 

La mission.

 

 

 

L'assaut contre le camp retranché de Diên Biên Phù est déclenché le 13 mars 1954, contre le point d’appui (PA) Béatrice, alors sous le commandement du commandant Pégo. C’est une pluie d’obus qui s’abat sur le PA, et ce à l’étonnement général. Le colonel d’artillerie Piroth avait juré qu’aucun obus ne serait tiré sur le camp. Prenant acte de son erreur, il se suicide quelques jours plus tard à l’aide d’une grenade. En fait, les troupes du Vietminh ont mobilisé des dizaines de milliers d’hommes pour creuser des galeries un peu partout à l’intérieur des collines qui entourent le camp retranché. Elles y ont placé des canons, qu’elles peuvent aussitôt le coup parti rentrer dans leur cachette. Le commandement français devient fou ne sachant d’où viennent les coups.

 

Quant au PA Béatrice, comme les autres PA d’ailleurs, ses constructions n’ont absolument pas été faites en prévision de bombardements. En quelques heures, les voilà pulvérisées…

 

Giacomo Signoroni : « En qualité de Chef de la Section Pionniers, je fus convoqué par le lieutenant Bacq, commandant la C.C.B. (Compagnie de Commandement du Bataillon) du 1/13 DBLE (1er bataillon de la 13ème demi-brigade), le 14 mars 1954 vers 8 heures. Etaient présents : le chef de bataillon Brinon, commandant le 1/13 DBLE, le lieutenant de Chapotin, officier de transmission du 1/13 DBLE et le capitaine Stermann, médecin-chef du 1/13 DBLE.

 

Une trêve venait d’être signée jusqu’à midi. Le lieutenant Bacq me donna des explications sur ma mission :

 

  • - Rassembler au complet sans armes.
  • - Tenue de combat, casque lourd, toile de tente, couverture, bidon plein d’eau, le maximum de brancards, pelles de campagne.
  • - Pas d’insigne de l’unité et du grade.

 

Mais les officiers revinrent sur ce dernier point devant ma ferme attitude à vouloir conserver les insignes de grade.

 

Ma mission consistait en les éléments suivants :

 

  • - Me rendre sur le PA Béatrice – le camp retranché de Diên Biên Phù était entouré de PA aux noms de Gabrielle, Anne-Marie, Huguette, Dominique, Eliane, Claudine, Béatrice, Françoise et Isabelle – perdu la nuit du 13 au 14 mars 1954, après de durs combats.
  • - Récupérer les blessés, les morts, reconnaître les corps et en particulier ceux des officiers.
  • - Me rendre compte de la situation sur le PA Béatrice.

 

Deux Dodge 6x6 furent mis à ma disposition, plus une jeep pour l’équipe médicale, dirigée par le capitaine Stermann, assisté du caporal infirmier Sgarbazzini et deux infirmiers de son équipe médicale.

 

L’organigramme de ma section était ainsi composé :

 

  • - Moi-même, adjudant Signorini.
  • - Sergent Trumper (qui fut tué le 17 mars 1954).
  • - Caporal-chef Miguel Leiva.
  • - Caporal Joss Mirko.
  • - Les légionnaires : Gutierez, Pregati, Clément, Redina, Bosio, Blanc, Andreis, Nitch, Radwaski, et d’autres encore dont les noms m’échappent plus de cinquante ans après les faits. »

 

 

En direction du PA Béatrice.

 

« A 9h, à bord de nos véhicules, nous démarrâmes en direction de l’antenne chirurgicale où nous retrouvâmes l’équipe médicale du capitaine Le Damany, médecin-chef de la 13 DBLE, ainsi que le Père Trinquant, aumônier de la demi-brigade. En tête du convoi se trouvaient les quatre véhicules de l’équipe médicale, battant pavillon de la Croix Rouge : la jeep du capitaine Le Damany, une ambulance, la jeep du capitaine Stermann et le véhicule du Père Trinquant. Suivaient mes deux Dodge plus un camion GMC pour les légionnaires.

 

Le convoi prit la direction du PA Béatrice. Un kilomètre avant l’arrivée sur le PA, je remarquai deux emplacements de mines antichars, de chaque côté de la route, ainsi que plusieurs autres pour des armes automatiques, et en particulier des SKZ, placés à mi-hauteur sur les pentes qui surplombaient le chemin. De même, je vis des recoins de combats, destinés certainement à une compagnie pour une embuscade. Tous ces dispositifs ne pouvaient être là que pour nous empêcher de dégager Béatrice.

 

A l’entrée du PA, la barrière était fermée. La chapelle était intacte. Par contre, le terrain tout autour était labouré par les obus et les mortiers. Notre convoi stoppa à la chapelle. Je fis mettre pied à terre et disposait les véhicules pour le retour. Ordre était donné aux chauffeurs de ne pas bouger, prêts à toute éventualité.

 

Sur Béatrice même, régnait un silence pesant. Un silence de mort et de désolation. Les abris étaient démolis, les tranchées pleines de terre, à la suite des éclatements des obus ou des grenades. C’était évident : la lutte avait dû être dure et farouche. Mais, en dépit de ces images de dévastation, j’avais un sentiment étrange : il y avait une présence vivante autour de nous. Etait-elle amie, ennemie ? Nous partageâmes cette intuition. Aussi, disposais-je mes légionnaires en plusieurs équipes, et nous commençâmes la montée sur Béatrice. Nous progressions difficilement, fouillant avec minutie les abris à la recherche de survivants.

 

Avec l’équipe du caporal-chef Leiva, je me rendis à l’abri du PC (poste de commandement) du commandant Pegot, situé au sommet du point d’appui. Le Père Trinquant me rejoignit. Le toit de l’abri était effondré ; les créneaux et l’entrée étaient bouchés par des éboulements. Il était impossible de constater si des corps se trouvaient sous les décombres. Je présumai que les restes du commandant Pegot, du capitaine Pardi étaient ensevelis, avec tous les occupants du PC. »

 

 

Face-à-face avec un officier Vietminh.

 

« Je descendis vers la rivière appelée Nam Youm (il faut la traverser en quittant le PC du général de Castries, Béatrice étant une des collines les plus éloignées). Partout régnait ce même silence de mort. A mi-chemin, un officier Vietminh, dont j’avais remarqué la présence (certainement un commissaire politique) m’interpela et me signala que sur cette piste se trouvaient trois blessés, abandonnés, surpris comme les autres par l’attaque de nuit. Mais pour quelle raison auraient-ils été laissés là, alors que, visiblement, les Bodoïs avaient emporté les morts et les blessés du Corps Expéditionnaire ? Tout à ma mission, je remontai vers le sommet du PA et, face à la chapelle, nous trouvâmes un mort, à moitié enseveli sous les décombres. Je ne découvris pas son identité.

 

Le même officier Vietminh m’interpela à nouveau et m’indiqua que tous les survivants officiers, sous-officiers et légionnaires avaient été conduits vers des camps de captivité, les blessés vers des infirmeries et des hôpitaux, et que les morts avaient été ensevelis dans les abris effondrés et dans les tranchées. A ma demande sur le sort des officiers, sa réponse fut la suivante : « Tous les prisonniers seront bien traités chez nous ». Puis, il me confia une bouteille de rhum en me disant : « Pour vos blessés ». Enfin, il me serra la main et me souhaita bonne chance.

 

Plus de cinquante ans après, je me pose encore la question : comment cet officier ennemi a pu s’adresser à moi, alors que j’étais en mission, et entouré de trois officiers, portant bien visibles leurs galons ? Peut-être s’agissait-il encore une fois de cette philosophie vietnamienne dont on parlait tant.

 

Vers 11h, un tir d’artillerie fut déclenché depuis les camps retranchés. Les obus de 155 visaient les collines entourant le camp retranché de Diên Biên Phù. Alors qu’un cessez-le-feu était en vigueur, pourquoi ce tir, sachant que des éléments français se trouvaient en ce moment même en zone Viet pour effectuer une mission humanitaire. Nous continuâmes rapidement nos recherches et nous récupérâmes les trois officiers dont avait parlé notre ennemi. Il s’agissait des lieutenants Pungier, Jego, et Carrière. Mais le temps de notre mission étant compté, nous dûmes rentrer à la base non sans avoir essuyé un nouveau tir d’artillerie à hauteur de l’antenne chirurgicale. Nous eûmes à déplorer un blessé léger.

 

Et je rendis compte de ce que j’avais vu à l’officier des renseignements et retrouvai mon unité vers midi. Plus de cinquante-cinq après, mon cher Rignault, je tiens à préciser une fois pour toutes et en particulier à ceux qui écrivent des bons livres, que les artisans de cette mission sont bien ceux cités et non d’autres. Il s’agissait bien de la 13ème DBLE et en particulier de la Section Pionniers ».

 

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Publié le 4 Novembre 2009

 

 

 

Insigne de la 13 DBLE – 3ème compagnie

 

L’engagement.

  

Giacomo Signoroni est né en 1921 dans le petit village de Castagneto Po – connu depuis que sa native la plus célèbre est devenue Première dame de France – situé à quelques kilomètres de Turin, au cœur du Piémont. Les industries automobiles Fiat et l’agriculture, entre autres, assurent la prospérité de la région.

 

« J’ai assisté à pas mal d’atrocités, indique Giacomo Signoroni, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Italiens étaient les alliés des Allemands. Avec eux, cela pouvait aller. Tout a dégénéré quand les Américains sont arrivés et que la population s’est coupée en deux : il y avait d’un côté ceux qui voulaient se battre pour le Duce, de l’autre, ceux qui voulaient aider la libération du pays. Puis le Duce a été renversé et la liberté est revenue. Mais j’en avais trop vu. J’ai décidé d’émigrer en France, vers Nice et de m’installer. Après quelque temps, je me suis engagé dans la Légion étrangère ».

 

 

 

 

La 13ème DBLE.

 

La 13ème Demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) est créée en 1940, à partir de volontaires du 1er Régiment Etranger d’Infanterie et de troupe basées au Maroc. Elle est alors composée de 55 officiers, 210 sous-officiers et 1.984 caporaux et légionnaires. Destinée à combattre en Finlande contre les troupes de la Wehrmacht, elle est finalement envoyée en Norvège, à Narvik et se couvre de gloire pour son baptême du feu. Après l’armistice, son état-major est placé en Angleterre. Une partie des légionnaires reste dans ce pays et intègre les unités de la France Libre tandis que d’autres rejoignent l’Afrique du Nord. A partir de 1942, la 13ème  DBLE est de tous les combats pour la libération de la France : Bir-Hakeim, Tobrouk, l’Italie puis le débarquement de Provence et la course vers les Vosges et l’Alsace.

 

A Nice, en avril 1945, le général de Gaulle embrasse le drapeau de l’unité, qu’il vient de décorer de la Croix de la Libération.

 

Dans le même temps, le tout jeune légionnaire, Giacomo Signoroni (il prend le pseudonyme de Signorini) intègre l’unité et part pour Bizerte en Tunisie. En son sein, il côtoie des hommes qui vont devenir des célébrités, comme le général Saint-Hillier (Grand Croix de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération),  ou Pierre Messmer, qui un jour sera Premier ministre de la France. Quelques mois plus tard, la Guerre d’Indochine est déclenchée.

 

La 13ème DBLE est envoyée en mars 1946 à Saigon. Sous le commandement du colonel Brunet de Sairigné, cette unité participe à tous les engagements en Cochinchine, au Cambodge et dans le centre du Vietnam, l’Annam. Les chiffres témoignent de l’âpreté des combats : entre 1946 et 1951, l’unité perd 80 officiers, 307 sous-officiers et 2.334 légionnaires.

 

Giacomo Signoroni : « Nous apprîmes la mort de notre chef le 1er mars 1948. Le lieutenant-colonel Brunet de Sairigné fut tué lors de l’attaque du convoi de Dalat. Il avait 35 ans et c’était un chef exceptionnel et certainement un des plus jeunes officiers supérieurs qu’aie connu la Légion étrangère ».

 

 

A partir de 1951, la 13ème DBLE est transportée dans le Tonkin où, là encore, elle s’illustre à de nombreuses reprises. En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Définitivement. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos pour éviter la contagion communiste. Les 1er et 3ème bataillons y sont envoyés.

 
 

 

Largage au-dessus de Diên Biên Phù – Fin 1953.

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Publié le 10 Juin 2009

Légionnaires en Indochine (copyright 3ème REI)

 

 

 

Le 30 mars 1926, Raymond Picco nait à Meudon. Il s’engage dans la Légion étrangère et est envoyé en Indochine. Sergent à la 1ère compagnie du 3ème Régiment étranger d’Infanterie, il meurt le 5 octobre 1950, au poste 41 Est sur 50, de la RC4, dans le nord du Tonkin. La RC 4 est la Route Coloniale n°4. Elle suit la frontière chinoise entre Cao Bang et Lang Son.

 

Le « désastre de la RC4 » est aussi connu sous le nom « l’affaire de Cao Bang ». Sur cet événement, le général (2S) Jacques Maillard, Chef de corps du 503ème Régiment de Chars de Combat entre 1986 et 1988, a écrit : « La RC4 n’avait de route que le nom. C’était une piste élargie (d’environ cinq mètres) et empierrée, tout juste suffisante pour permettre le passage des camions et des blindés légers qui l’empruntaient pour aller ravitailler Cao Bang, ainsi que les agglomérations et les postes intermédiaires. Cette route reliait des massifs rocheux, « les calcaires », par un itinéraire sinueux, parfois escarpé, passant par des cols élevés et des gorges profondes, et franchissant de nombreux ponts ou radiers. La saison des pluies (mai à septembre) était éprouvante. On ne pouvait pas trouver mieux pour tendre des embuscades aux convois. Le Vietminh installait ses bases de feu sur les points dominants, « les calcaires », et ses bases d’assaut près de la route, bien camouflées dans la végétation luxuriante. Sur plusieurs dizaines de kilomètres, c’était un véritable coupe-gorge. Les blindés sautaient sur les mines. Les camions étaient incendiés. Les blessés agonisaient. Les légionnaires (mais aussi les coloniaux, les tirailleurs indochinois et nord-africains, les goumiers et les sénégalais) mouraient dans des combats violents et inégaux ».

 

L’évacuation de Cao Bang a été en fait décidée un an auparavant, à la suite d’un rapport du général Revers, chef d’état-major de l’Armée de Terre. La RC4 n’a jamais été totalement maîtrisée depuis la fin du 19ème siècle. Elle coûte trop cher, en vies humaines et en moyens. Mais il faut ménager les susceptibilités des officiers généraux en place. L’opération est reportée à plusieurs reprises. En Mai 1950, grâce à une attaque éclair, la Brigade 308 du Vietminh prend un poste situé sur cette RC4, entre Cao Bang et Lang Son : Dong Khé. Le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème Tabor marocain, reprend rapidement le poste. L’Armée française pense la situation stabilisée et décide finalement l’évacuation de Cao Bang pour le début du mois de septembre 1950.

 

L’opération est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les Bodoïs. Le plan de Giap, chef militaire du Vietminh fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les Bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à 5.000 soldats français se trouvent plus de 20.000 ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Seuls 12 officiers et 475 soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques temps plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques.

 

L’un des régiments les plus touchés est le 3ème REI. Le chef de bataillon Forget est mortellement blessé avec bon nombre de ses hommes et de sous-officiers, parmi lesquels figure donc le sergent Raymond Picco.

 

Quant aux survivants des combats, encerclés, ils sont emmenés dans des camps : les officiers et certains sous-officiers sont envoyés au Camp n°1, situé dans cette région du Haut-Tonkin. La majeure partie des soldats sont envoyés dans d’autres camps, souvent dans des conditions encore plus épouvantables.

 

Ainsi, sur plus de 10.000 prisonniers après la défaite de Diên Biên Phù, seuls 3.200 rentreront en France…

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