Francis Simon, précurseur de l'idée du Soldat Inconnu.

Publié le 18 Novembre 2016

Arc de Triomphe. Le Soldat Inconnu est déposé dans sa dernière demeure.

Arc de Triomphe. Le Soldat Inconnu est déposé dans sa dernière demeure.

Imprimeur à Rennes.

 

Le 23 décembre 1860 naquit à Lamballe François Olivier Noël Simon, mais son prénom usuel devint vite Francis. A 14 ans, il entra à l’imprimerie Oberthur à Rennes. Il y apprit le métier d’imprimeur et la typographie.

 

Son père mourut en 1878, il allait avoir 18 ans. A vingt ans, il fut convoqué pour effectuer son service militaire, mais étant l’aîné d’une mère veuve, il passa dans la réserve de l’armée active. Il accomplit des périodes au 41e RI puis à l’armée territoriale mais il 2 octobre 1900 il fut réformé pour fracture d’une jambe.

 

Le 17 juin 1880, il épousa Marie-Jeanne Michelot avec qui il eut deux garçons : Francis et Maurice.

 

En 1893, Francis Simon fonda sa propre imprimerie. Il obtint le titre de « Successeur de M. Le Roy, grande famille d’imprimeurs ». Quatre années plus tard, l’imprimerie Francis Simon fit paraître un guide « Rennes illustré » de 400 pages de textes et de 50 gravures hors texte. Il eut un succès immédiat et reçut à l’exposition de la même année une médaille d’or pour son « Indicateur Simon ». Il devint l’un des premiers éditeurs de cartes postales illustrées. Entre 1901 et 1904, l’imprimerie tira des séries de cartes postales photographiques sur Rennes et la Bretagne.

 

Au Souvenir Français.

 

Parallèlement à cette activité professionnelle, Francis Simon est un formidable acteur de ma vie associative de Rennes. Très tôt engagé dans le Souvenir Français, il devient vice-président du comité en 1904 avant d’en prendre la présidence.

 

Il est de tous les combats mémoriels. Il impose le Souvenir Français comme l’acteur principal du souvenir des combattants tombés au front. Le 2 septembre 1914, il fonde une association patriotique, L’Escorte d’Honneur, dont il est élu président.

 

Son but était d’assister aux obsèques des soldats morts au champ d’honneur, de fleurir les tombes et de les visiter, remplaçant ainsi la famille absente ; sa devise : « Une visite, une fleur, une prière ».

 

Le 2 novembre 1914, un détachement du 40e régiment d’artillerie était venu au cimetière de l’Est pour déposer deux couronnes, l’une par les officiers, l’autre par les sous-officiers et les soldats. Durant l’année 1916, M. Simon et son personnel avait organisé des collectes pour les secours de guerre, les blessés, l’œuvre de ravitaillement gratuit, les familles.

 

Pour la Toussaint, M. Simon veillait à ce que chaque tombe soit entretenue et fleurie : bouquet tricolore, petit drapeau et pancarte « cette tombe est confiée aux soins de M. X ». Dans ce carré militaire, reposaient 1.200 tombes chrétiennes et musulmanes. Les 36 tombes de soldats allemands étaient ornées d’une croix et d’une branche de buis.

 

Depuis le début de la guerre, Francis Simon assistait à tous les enterrements des soldats morts dans les hôpitaux de Rennes. Il réconfortait les familles éprouvées. Homme de grande bonté, il était toujours prêt à aider les autres. L’imprimerie Simon édita « Le Bonjour du Soldat ». La personne qui expédiait cette carte prenait soin d’écrire son nom et son adresse, afin que le soldat n’ait plus qu’à dater et la signer pour la retourner à l’expéditeur.

 

Novembre 1916.

 

Les deux fils de Francis Simon avaient été mobilisés. Le 16 juin 1915, son fils aîné, le lieutenant Henri Simon, tomba glorieusement lors de l’attaque du Labyrinthe en Artois. Ce deuil familial renforça sa position de rendre honneur à tous les combattants.

 

Francis Simon eut l’idée de l’hommage de la Nation à un Soldat Inconnu qui représenterait l’armée française tout entière. Le dimanche 26 novembre 1916, devant le monument du Souvenir Français, au cimetière de l’Est, Francis Simon déclara dans son discours : « Pourquoi la France n’ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l’un de ces combattants ignorés mort bravement pour la Patrie avec deux seulement pour l’inscription sur la tombe : un soldat et deux dates : 1914-1917 ? Cette inhumation serait comme un symbole… Et ils seront ainsi, nos morts, entourés d’une atmosphère de gloire qu’entretiendra l’âme éternelle et reconnaissante de la France. A nous encore le souvenir de ceux qui tombèrent en Orient, des morts de nos alliés héroïques, qui, comme les nôtres, combattirent pour la Justice, le Droit et l’Humanité ».

 

Un simple discours pour une grande idée, qui, d’abord en France, s’imposa dans le monde entier. La tombe du Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe est le résultat de cette formidable intuition.

 

La suite est connue de toutes et tous. Le 19 novembre 1918, le député d’Eure-et-Loir Maurice Maunoury fit une proposition de loi dans ce sens. La Chambre des députés adopte finalement le 12 septembre 1919 la proposition d’inhumer un « déshérité de la mort ».

 

Le Soldat Inconnu.

 

C’est André Maginot, ministre des Pensions et lui-même mutilé de guerre, qui présida la cérémonie de choix du soldat à inhumer : elle se déroula dans le lieu mythique de la Grande guerre : la citadelle de Verdun. Huit corps de soldats ayant servi sous l’uniforme français mais qui n’avaient pu être identifiés furent exhumés dans les huit régions où s’étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandre, en Artois, dans la Somme, en Ile de France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine. Le 9 novembre 1920, Auguste Thin, soldat au 132e RI (et enterré à Asnières-sur-Seine) fut désigné pour choisir le Soldat Inconnu : « Il me vint une idée simple. J’appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c’est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai ».

 

Le 10 novembre 1920, le cercueil quitte Verdun et est transporté à Paris. Il est placé en terre sous l’Arc de Triomphe le 28 janvier 1921, en présence des maréchaux Foch, Joffre et Pétain. Par la suite, le sculpteur Grégoire Calvet émis l’idée de faire brûler une flamme en permanence, et Jacques Péricard, ancien combattant, proposa en octobre 1923 de faire ranimer celle-ci chaque jour à 18h30 par des anciens combattants.

 

La flamme sacrée sous l’Arc de Triomphe fut ainsi allumée pour la première fois le 11 novembre 1923 à 18h, par André Maginot, ministre de la Guerre.

 

A Rennes.

 

Quant à Francis Simon, il continua à œuvrer pour le Devoir de Mémoire. Le 18 juillet 1921, il était nommé chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, avec cette citation : « Simon François Olivier, président du Souvenir Français de Rennes, s’occupe avec beaucoup de dévouement des familles de nos soldats morts. Assure avec autant de piété que de zèle l’entretien des sépultures militaires ».

 

Tout au long des années 1920 puis 1930, Francis Simon poursuivit son action. Le 23 février 1937, Madame Francis Simon décédait. La même année, le 10 novembre 1937, mourut Francis Simon à 77 ans. Il avait abandonné peu à peu ses nombreuses activités pour raison de santé. Il était l’une des personnalités les plus connues de Rennes et les habitants gardèrent longtemps le souvenir de cet homme exceptionnel. Il fut inhumé auprès de son épouse au cimetière du Nord à Rennes.

 

Son fils Maurice lui succéda à l’imprimerie. Dès février 1940, il suivit les traces de son père et prit la présidence du Souvenir Français et de l’Escorte d’Honneur. Il mourut le 1er juin 1959 à Rennes.

 

Et à son tour, son fils Aymeric assurera la présidence du Souvenir Français pendant près de 40 ans, puis sera nommé délégué général de l’Ille-et-Vilaine. Il s’éteindra à 84 ans, le 19 février 2006.

 

La quête annuelle du Souvenir Français de 2016 – du 28 octobre au 1er novembre – fut placée sous le patronage de Francis Simon.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Bulletin n°504 du Souvenir Français – Octobre 2016.
  • Recherches de M. Gérard Fonck.