Publié le 30 Août 2009


 

 

Trois frères.

 

 

 

Une plaque attire l’attention dans le carré militaire de Rueil-Malmaison. Elle mentionne : « Lucien Lambert, Charles Lambert, Louis Lambert ». En-dessous de celle-ci figure une tombe triple, ce qui n’est pas banal.

 

Charles Lambert est l’aîné. Il nait à Paris, dans le 6ème arrondissement, le 7 mai 1888. Son frère Lucien le suit de quatorze mois : il nait au même endroit le 19 août 1889. Louis est le plus jeune : il nait le 23 novembre 1891. Il se peut que la famille ait déménagé entre temps, car a contrario de ses frères, le petit Louis voit le jour dans le 2ème arrondissement de Paris.

 

Charles a intégré le 23ème régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). A l’époque, un RAC est composé de trois, voire quatre, groupes. Chaque groupe est lui-même formé trois batteries de canons (quatre canons) et est commandé par un capitaine. Le 23ème RAC a son casernement à Toulouse en 1914 et dispose de neuf batteries de canons de 75.

 

Lucien Lambert est au 76ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Paris. Le journal des marches et opérations du régiment commence ainsi : « Le 76ème Régiment d’Infanterie a reçu l’ordre de mobilisation générale le samedi 1er août à 16h30 (premier jour de mobilisation le dimanche 2 août 1914). Le régiment s’est mobilisé à Paris et à Coulommiers. L’état-major du régiment et les 1er et 2ème bataillons se sont embarqués à Paris, gare de la Villette, en deux trains partis le 6 août 1914, à 5 heures et à 13 heures. Le 3ème bataillon a quitté Coulommiers également par voie ferrée, le 6 août à 3h30. Les trois bataillons ont débarqué à Bannoncourt, où ils ont cantonné, dans la nuit du 6 au 7 août 1914. Le 76ème Régiment d’Infanterie (colonel Cottez) fait partie du Vème Corps d’Armée (général Brochin), 10ème Division d’Infanterie, 20ème Brigade d’Infanterie (général Bachelard). Il appartient à la 3ème Armée (général Ruffey) ».

 

Louis Lambert a, quant à lui, été incorporé au 156ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Toul. En 1914, son chef de corps est le colonel Quillemot.

 

 

Trois morts.

 

Louis, le plus jeune, est tué le premier, dès le 28 octobre 1914, à l’occasion des combats de Monchy-au-Bois, dans le département du Pas-de-Calais, arrondissement d’Arras. Ces combats se déroulent dans le vaste mouvement appelé « course à la mer » : il s’agit de l’ultime épisode de la guerre de mouvement de 1914, quand après avoir essayé sur Nancy, la Champagne et la Marne, les armées françaises et allemandes ont tenté de se déborder l’une et l’autre par le nord-ouest entre l’Oise et la mer du Nord. Aucune n’a réussit ; si ce n’est de se positionner dans des tranchées et de stabiliser le front. C’est dans ce même secteur qu’un an plus tard, le futur célèbre romancier allemand Ernest Jünger note qu’en dépit des interdictions formelles de part et d’autre, des échanges ont lieu entre Anglais, Allemands et Français au moment de Noël : « C’était un vrai champ de foire… ».

 

Lucien Lambert succombe un an plus tard, le 22 octobre 1915, à la Butte du Mesnil, en Argonne, dans l’ouest de la Meuse. La commune du Mesnil-les-Hurlus possède une butte, haute de 199 mètres et quadrillées de tranchées, abris, bunkers fortifiés imprenables, comme le fortin de Beauséjour. Pendant pratiquement toute la durée de la guerre, des soldats français sont morts en tenant de la reprendre aux Allemands.

 

Quant à Charles, l’aîné, il succombera des suites d’une congestion pulmonaire, attrapée l’année précédente. La guerre est finie depuis près de trois mois, quand le jeune homme décède sur son lit d’hôpital, à Rueil. C’était le 19 février 1920, et il avait 31 ans.

Trois frères. Tous morts pour la France.

Lire la suite

Publié le 20 Août 2009

 

« A nos martyrs ».

 

 

Jusqu’en 1870, les communes de Levallois-Perret et de Clichy partagent un cimetière. A partir de cette époque, la ville de Clichy se dote d’un lieu de sépulture en propre. Après 1918, celui-ci devenant trop étroit, elle en fait bâtir un second, qui prendra l’appellation « cimetière nouveau ou nord » ; de facto, le premier devenant « cimetière sud ».

 

C’est au cimetière de Clichy-Sud que se trouve le carré militaire de la Première Guerre mondiale de la commune. S’y trouve également une série de huit stèles, émouvante, rappelant le martyr de plusieurs Clichois :

 

  • - Raoul Jamin, fusillé à l’âge de 38 ans.
  • - André Brechet, décapité sur l’ordre de l’administration de Vichy, à l’âge de 41 ans.
  • - Gerson Kramnitzki, victime de la Gestapo, à l’âge de 41 ans.
  • - Louis Dir, fusillé à l’âge de 34 ans.
  • - Louis Kien, fusillé à l’âge de 42 ans.
  • - Alexandre Dallais, fusillé à l’âge de 26 ans.
  • - Marcel Fischer, fusillé à l’âge de 28 ans.
  • - Gaston Picard, fusillé à l’âge de 24 ans.

 

 

Le carré militaire.

 

Le cimetière sud comprend plusieurs monuments : le premier est dédié à la mémoire des Clichois morts pour la France en 14-18 ; la sculpture en bronze a été réalisée par les ateliers Barbedienne, forts connus pour leurs œuvres funéraires. Un autre monument est dédié à la mémoire des morts de la Commune de 1871.

 

Le carré militaire comprend 237 tombes individuelles. Ce qui peut paraître important ; pour autant, la population de la commune a toujours été très conséquente : dès 1906, celle-ci est de l’ordre de 42.000 habitants, contre 57.000 aujourd’hui. La présence toute proche de l’hôpital militaire Gouin étant une seconde explication.

 

Enfin, derrière ce carré militaire, s’en trouve un autre réservé aux tombes de morts pour la France de confession musulmane.

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Clichy-sud dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

 

Lire la suite