Publié le 30 Août 2009


 

 

Trois frères.

 

 

 

Une plaque attire l’attention dans le carré militaire de Rueil-Malmaison. Elle mentionne : « Lucien Lambert, Charles Lambert, Louis Lambert ». En-dessous de celle-ci figure une tombe triple, ce qui n’est pas banal.

 

Charles Lambert est l’aîné. Il nait à Paris, dans le 6ème arrondissement, le 7 mai 1888. Son frère Lucien le suit de quatorze mois : il nait au même endroit le 19 août 1889. Louis est le plus jeune : il nait le 23 novembre 1891. Il se peut que la famille ait déménagé entre temps, car a contrario de ses frères, le petit Louis voit le jour dans le 2ème arrondissement de Paris.

 

Charles a intégré le 23ème régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). A l’époque, un RAC est composé de trois, voire quatre, groupes. Chaque groupe est lui-même formé trois batteries de canons (quatre canons) et est commandé par un capitaine. Le 23ème RAC a son casernement à Toulouse en 1914 et dispose de neuf batteries de canons de 75.

 

Lucien Lambert est au 76ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Paris. Le journal des marches et opérations du régiment commence ainsi : « Le 76ème Régiment d’Infanterie a reçu l’ordre de mobilisation générale le samedi 1er août à 16h30 (premier jour de mobilisation le dimanche 2 août 1914). Le régiment s’est mobilisé à Paris et à Coulommiers. L’état-major du régiment et les 1er et 2ème bataillons se sont embarqués à Paris, gare de la Villette, en deux trains partis le 6 août 1914, à 5 heures et à 13 heures. Le 3ème bataillon a quitté Coulommiers également par voie ferrée, le 6 août à 3h30. Les trois bataillons ont débarqué à Bannoncourt, où ils ont cantonné, dans la nuit du 6 au 7 août 1914. Le 76ème Régiment d’Infanterie (colonel Cottez) fait partie du Vème Corps d’Armée (général Brochin), 10ème Division d’Infanterie, 20ème Brigade d’Infanterie (général Bachelard). Il appartient à la 3ème Armée (général Ruffey) ».

 

Louis Lambert a, quant à lui, été incorporé au 156ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Toul. En 1914, son chef de corps est le colonel Quillemot.

 

 

Trois morts.

 

Louis, le plus jeune, est tué le premier, dès le 28 octobre 1914, à l’occasion des combats de Monchy-au-Bois, dans le département du Pas-de-Calais, arrondissement d’Arras. Ces combats se déroulent dans le vaste mouvement appelé « course à la mer » : il s’agit de l’ultime épisode de la guerre de mouvement de 1914, quand après avoir essayé sur Nancy, la Champagne et la Marne, les armées françaises et allemandes ont tenté de se déborder l’une et l’autre par le nord-ouest entre l’Oise et la mer du Nord. Aucune n’a réussit ; si ce n’est de se positionner dans des tranchées et de stabiliser le front. C’est dans ce même secteur qu’un an plus tard, le futur célèbre romancier allemand Ernest Jünger note qu’en dépit des interdictions formelles de part et d’autre, des échanges ont lieu entre Anglais, Allemands et Français au moment de Noël : « C’était un vrai champ de foire… ».

 

Lucien Lambert succombe un an plus tard, le 22 octobre 1915, à la Butte du Mesnil, en Argonne, dans l’ouest de la Meuse. La commune du Mesnil-les-Hurlus possède une butte, haute de 199 mètres et quadrillées de tranchées, abris, bunkers fortifiés imprenables, comme le fortin de Beauséjour. Pendant pratiquement toute la durée de la guerre, des soldats français sont morts en tenant de la reprendre aux Allemands.

 

Quant à Charles, l’aîné, il succombera des suites d’une congestion pulmonaire, attrapée l’année précédente. La guerre est finie depuis près de trois mois, quand le jeune homme décède sur son lit d’hôpital, à Rueil. C’était le 19 février 1920, et il avait 31 ans.

Trois frères. Tous morts pour la France.

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Publié le 20 Août 2009

 

« A nos martyrs ».

 

 

Jusqu’en 1870, les communes de Levallois-Perret et de Clichy partagent un cimetière. A partir de cette époque, la ville de Clichy se dote d’un lieu de sépulture en propre. Après 1918, celui-ci devenant trop étroit, elle en fait bâtir un second, qui prendra l’appellation « cimetière nouveau ou nord » ; de facto, le premier devenant « cimetière sud ».

 

C’est au cimetière de Clichy-Sud que se trouve le carré militaire de la Première Guerre mondiale de la commune. S’y trouve également une série de huit stèles, émouvante, rappelant le martyr de plusieurs Clichois :

 

  • - Raoul Jamin, fusillé à l’âge de 38 ans.
  • - André Brechet, décapité sur l’ordre de l’administration de Vichy, à l’âge de 41 ans.
  • - Gerson Kramnitzki, victime de la Gestapo, à l’âge de 41 ans.
  • - Louis Dir, fusillé à l’âge de 34 ans.
  • - Louis Kien, fusillé à l’âge de 42 ans.
  • - Alexandre Dallais, fusillé à l’âge de 26 ans.
  • - Marcel Fischer, fusillé à l’âge de 28 ans.
  • - Gaston Picard, fusillé à l’âge de 24 ans.

 

 

Le carré militaire.

 

Le cimetière sud comprend plusieurs monuments : le premier est dédié à la mémoire des Clichois morts pour la France en 14-18 ; la sculpture en bronze a été réalisée par les ateliers Barbedienne, forts connus pour leurs œuvres funéraires. Un autre monument est dédié à la mémoire des morts de la Commune de 1871.

 

Le carré militaire comprend 237 tombes individuelles. Ce qui peut paraître important ; pour autant, la population de la commune a toujours été très conséquente : dès 1906, celle-ci est de l’ordre de 42.000 habitants, contre 57.000 aujourd’hui. La présence toute proche de l’hôpital militaire Gouin étant une seconde explication.

 

Enfin, derrière ce carré militaire, s’en trouve un autre réservé aux tombes de morts pour la France de confession musulmane.

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Clichy-sud dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

 

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Publié le 19 Août 2009

 

Séparée de la commune de Colombes au début du 20ème siècle, La Garenne Colombes possède un carré militaire de dimension modeste (comprenant quelques dizaines de tombes individuelles de morts pour la France de la Seconde Guerre mondiale et de victimes civiles), et un monument dédié aux victimes des dernières guerres. Il porte l’inscription : « Aux morts pour la patrie ; aux victimes du devoir ».

 

 

A noter une plaque commémorative pour les Français d’Outre-mer morts pour la France, ainsi qu’un monument peu commun : il s’agit de celui dédié à toutes les Suédois morts en France.

 

Retrouvez les clichés du cimetière de La Garenne Colombes dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

 

 

 

 

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Publié le 17 Août 2009

 

Le carré militaire.

 

 

Les origines de la ville de Neuilly-sur-Seine remontent avant le Moyen-âge quand il ne s’agissait que d’un petit port, relié à la terre ferme par un bac, installé par les moines de l’abbaye de Saint-Denis. La ville va connaître de nombreuses péripéties, la plus récente étant sa destruction par les canons versaillais en 1871 : toutes les maisons – plus de 500 – où s’étaient réfugiés les fédérés furent anéanties.

 

Il y a deux cimetière à Neuilly : le premier, dit « Ancien » est rue Victor Noir  (bâtit en 1813) ; le second, dit « Nouveau » est placé rue de Vimy à Nanterre, juste à côté du boulevard circulaire de la Défense. C’est dans ce dernier que se trouve le carré militaire, qui comprend des tombes individuelles de soldats de la Première Guerre mondiale, Français et Anglais, ainsi que des morts pour la France de la Seconde Guerre mondiale et des déportés / résistants. Un emplacement particulier a été réservé pour les victimes civiles. A noter : une tombe unique a été réalisée pour les frères Brisset : Robert Jean et André Adolphe, du 176ème régiment d’Infanterie, morts pour la France tous les deux le 22 août 1916.

 

 

Autres sépultures.

 

D’autres soldats morts pour la France sont placés dans des sépultures individuelles et/ou familiales ; c’est le cas du capitaine Henry Laure ou du lieutenant Pierre de Vincelles, chevalier de la Légion d’honneur, mort au champ d’honneur le 12 novembre 1953, à Hanoi.

 

Xavier Niessen.

 

En 1872, un professeur alsacien, Xavier Niessen a la volonté de manifester le refus du nouvel ordre prussien et de prouver l’attachement indéfectible des Alsaciens et des Lorrains à la Patrie française et de maintenir le souvenir des provinces perdues dans tous les départements français. Il croit, avec quelques amis, que le culte des morts pour la France et l’entretien de leurs tombes peuvent et doivent constituer le trait d’union capable de conserver dans les esprits le sentiment d’unité nationale.

 

En 1887, à Neuilly-sur-Seine, Xavier Niessen créé le Souvenir Français. Sa pensée va d’abord aux 100.000 soldats de la République qui sont morts dans la Guerre franco-prussienne. En dépit de la défaite de l’empereur Napoléon III, il s’agit de ne jamais oublier ceux qui se sont sacrifiés pour que la France reste « une et indivisible ».

 

Le développement de l’association est très rapide : moins de vingt ans après sa création, le Souvenir Français est présent dans 81 départements. En 1906, elle est « reconnue d’utilité publique ». L’année suivante, un premier comité local se créé en Moselle occupée, dans le petit village de Vallières. Dans un élan identique à celui des autres provinces, l’association se développe en Alsace-Lorraine. L’empressement des populations à se remémorer leur patrie d’origine est tel, que de nombreux comités sont organisés, des monuments à la mémoire des soldats français sont érigés. Devant cet engouement, les Autorités prussiennes finissent par interdire le Souvenir Français, en 1913.

 

Peu après la Première Guerre mondiale, en 1919, Xavier Niessen décède à Neuilly-sur-Seine.

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Neuilly-sur-Seine dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».


 

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Publié le 11 Août 2009

 

Jacques Vignaud (en haut – 2ème à partir dr.) et ses camarades du 93ème R.I.

 

 

Rue Foucher Lepelletier à Issy-les-Moulineaux. Nous rencontrons Jacques Vignaud, directeur commercial à la retraite (monde de l’édition). Sous le regard apaisant de statues de Bouddha – Madame Vignaud est d’origine thaïlandaise – Jacques Vignaud entreprend le récit de son engagement de 1944.

 
« Je pense souvent à ce mot de Maurice Druon : « Ce sont cent mille jeunes pouilleux qui, en se levant spontanément, ont sauvé l’honneur de la France ». J’avais à peine 18 ans en 1944 et pour moi l’engagement était évident. Mais comment faire ? En fait, tout s’est déroulé le plus naturellement possible. Un après-midi d’août 1944, alors que nous nous baignions dans un petit village de ma Vendée natale – à Pilorge – deux des plus âgés de notre bande d’adolescents nous disent qu’ils ne rentreront pas chez eux le soir. Ils nous demandent de les suivre et de prendre le maquis. C’est l’enthousiasme général. Le temps d’écrire un mot à nos parents, et avec notre sac de plage pour tout bagage, nous quittons le village, laissant le plus jeune garçon chargé de distribuer nos mots d’adieux !

 

Nous partons pour la forêt de Mervent, en Vendée. L’attente est interminable. Tout à coup, nous voyons un camion se rapprocher. Nos aînés nous demandent la plus grande discrétion. Certains ont peur : « Et si c’était un piège ? ». Le camion est proche maintenant. Il s’arrête. Une bâche se soulève. Et apparaissent des parachutistes en uniforme, casqués et solidement armés. Nous apprenons qu’ils font parties des fameux SAS britanniques. Nous sommes conquis ! Pour nous, qui ne connaissions que les uniformes de la Wehrmacht, la SS et les Gardes Mobiles de Réserve – à la solde de Vichy – l’apparition relève du merveilleux. Notre liberté commence.

 

Nous sommes transportés dans un manoir, proche de la commune de la Chapelle aux Lys. Les parachutistes nous habillent, expliquent le retrait des troupes allemandes dans les ports de l’Atlantique, forteresses puissamment armées. Il s’agit de créer des actions de sabotage et d’embuscade afin d’harceler les regroupements des unités ennemies.

 

Mes premières missions sont assez simples. A vélo, je dois reconnaître les environs et rechercher des lieux d’approvisionnement en carburant. Les repérages faits, les réquisitions peuvent commencer.

 

Quelques jours plus tard, une section régionale des Gardes Mobiles de Réserve obtient son ralliement à notre unité de Français Libres. La situation est cocasse : ceux pour qui nous étions encore des « terroristes » peu de temps avant, viennent nous congratuler et nous féliciter de notre engagement. Les effectifs sont tels que plusieurs groupes sont formés. En récompense de m’être vanté d’avoir déjà conduit un camion, j’obtiens le volant d’un Citroën 11 CV ! Sur la route, avec les conseils d’anciens, j’achève mon « école de conduite ».

 

Notre groupe se dirige vers Marans (Charente-Maritime). Là, nous intégrons le 93ème régiment d’Infanterie – le régiment des Vendéens – et prenons position. L’une des caractéristiques de l’armée est bien la discipline. Mais pour nous, qui débordons de vitalité, pas question d’attendre. Avec un de mes camarades, nous quittons notre poste et nous dirigeons dans le no man’s land. A quelques kilomètres, les forces allemandes ont placé des unités chargées de protéger le repli vers ce qui devient la « poche » de La Rochelle. Nous marchons depuis un moment, quand nous tombons sur deux soldats de la Wehrmacht. Nous les mettons en joue. Ils n’opposent aucune résistance, lèvent les bras et hurlent qu’ils sont autrichiens, qu’ils n’ont rien à voir, avec « cet Hitler ». Nous qui pensions recevoir des félicitations à notre retour, prenons une engueulade sévère de notre commandant de poste, pour avoir pris des initiatives sans ordres précis.

 

Nous sommes mutés dans l’unité du lieutenant Gayard, qui dirige la 2ème compagnie du 93ème R.I. Le chef de poste, l’adjudant Denis, nous donne l’ordre aussitôt d’attaquer des éléments avancés, proches de notre campement de la ferme dite La Prée. Nous sommes quatre, et, en nous dissimulant d’arbre en arbre, nous progressons jusqu’à ce que nous parvenions en vue des ennemis. A ce moment-là, je mets mon fusil-mitrailleur en position de tir, et le pourvoyeur prépare les chargeurs pour son alimentation. Nous sommes tous les quatre allongés sur le sol, bien dissimulés dans l’herbe, aux pieds de grands arbres. Lors de la visée, j’aperçois distinctement les uniformes de la Wehrmacht autour du poste. L’adjudant donne l’ordre : « Feu » ! Je tire et je vide en rafales plusieurs chargeurs, jusqu’à ce que nous constations que le canon du fusil mitrailleur est devenu rouge ! Dès le début de notre attaque, les Allemands se sont couchés. Mais ils se ressaisissent et nous devons nous replier sous les rafales de leurs mitrailleuses.

 

Fort de ce fait d’armes, le soldat Baugé et moi-même, obtenons une permission d’une journée que nous passons dans la petite ville de Marans. Juste le temps nécessaire pour que les Allemands attaquent notre ferme… Nos camarades ont pu s’enfuir sans pertes. Alors, avec Baugé, nous nous installons dans une nouvelle ferme, assez proche, au lieu-dit Saint-Léonard. Là, grâce aux animaux d’élevage et la gentillesse des paysans, nous pouvons voir venir.

 

Le 15 janvier 1945, par un froid sibérien, les Allemands attaquent tous nos postes. Il s’agit pour eux de se procurer du ravitaillement. Nos forces se battent avec courage. Les pertes sont nombreuses. Toutes les fermes sont prises d’assaut. Avec Baugé, nous devons, une fois de plus, reculer face à un ennemi bien plus puissant que nos mitraillettes légères. Dans notre retraite, nous croisons des compagnons d’infortune. C’est à cinq, que, pour échapper aux balles ennemies, nous décidons de traverser le canal de Marans à la Rochelle, en empruntant la passerelle d’une petite retenue d’eau. Sous les tirs intenses, nous devons descendre dans le marais. Les tirs continuent. Alors, nous brisons la glace et nous nous enfonçons dans l’eau profonde. Persuadés que le froid nous emportera, les Allemands se replient. Leur approvisionnement est bien plus important que cinq pauvres jeunes gars.

 

Nous devons nous sauver. Et vite, car en plus l’un de mes camarades a reçu une balle dans le pied. Pour cela, nous faisons deux groupes : deux vont partir avec le blessé et se rendre aux ennemis ; avec Baugé, nous décidons de poursuivre notre retraite. Nous devons traverser à nouveau un canal. La glace, qui semblait épaisse, cède en plusieurs endroits. Nous voilà trempés jusqu’aux os. Il est très clair que nous ne pouvons, sans risque grave, rester des heures dans cette situation. Nous nous dirigeons vers une maison isolée. Après avoir brisé un volet, nous accédons aux chambres du premier étage et nous empruntons des serviettes et quelques vêtements. Enfin, nous allons pouvoir dormir…

 

Mais dès notre réveil, nous entendons distinctement des voix qui semblent être toutes proches. En examinant plus attentivement, nous découvrons avec horreur qu’un poste de garde composé de plusieurs soldats allemands s’est installé dans la nuit. L’un d’eux s’approche. C’est certain : il va découvrir les vêtements boueux que nous avons laissé dans la cuisine. Nous allons être pris. De fait : les soldats pénètrent dans la maison. Nous entendons leur progression. Se battre ne servirait à rien, nos armes ont été perdues pendant la traversée du canal. Alors, levant les bras bien haut, il ne nous reste plus d’à nous rendre.

 

Les Allemands nous emmènent jusqu’à Marans ; de là, nous montons dans un train blindé en direction de La Rochelle. Comme des centaines de nos compatriotes, nous voilà prisonniers dans la caserne Renaudin. Dès l’instant où je rentre dans la cellule, ma conviction est faite : me sortir d’ici au plus vite. Certains des nôtres préfèrent ne pas bouger, la victoire finale étant proche. Ils n’ont pas torts. Pour autant, pas question de se laisser faire.

 

La caserne Renaudin est presque entièrement désaffectée ; seul notre étage – le premier – est occupé. Nous nous apercevons qu’un véritable dédale de couloirs compose le bâtiment. L’un d’eux donne sur le mur de notre cellule. Il suffirait de percer ce mur – qui semble bien avoir été ajouté – pour sortir. Nous utilisons les toilettes pour évacuer les gravats. Tout le monde s’y met : les soixante-trois prisonniers de notre grande cellule vont tour à tour nous aider – nous sommes une dizaine bien décidés à nous faire la belle – à faire disparaître les preuves de nos travaux. Du côté allemand, l’encadrement officier et sous-officier, conscient de l’infériorité du moral de ses troupes, tente de compenser cette faiblesse par des manifestations d’autoritarisme excessives et spectaculaires, pour impressionner. Nous recevons à n’importe quel moment du jour et de la nuit des visites. Parfois, ils sont imbibés de cognac et de pineau… « J’ai donné l’ordre de tirer sur les prisonniers qui tenteront de s’évader et vous serez fusillés ! ». Mais l’espoir a changé de camp.

 

La date de l’évasion est fixée au 12 février 1945. En fin d’après-midi, alors que la nuit commence à tomber, nous passons par le trou que nous avons creusé ; nous descendons en bas de l’escalier et parvenons, sans trop de soucis, jusque dans la cour. Il nous faut maintenant la franchir et parvenir de l’autre côté, vers les fameuses toilettes. Ça ne sent pas bon, mais jamais cette odeur ne nous a paru si opportune. Le mur d’enceinte s’offre à nous. Nous devons, pour l’escalader et descendre de l’autre côté, attendre que le faisceau du projecteur et que le gardien avec son chien soient loin. Au moment opportun, nous sautons à l’extérieur. Pour autant, rien n’est encore joué. Il faut maintenant traverser la ville et nous rendre à notre point de rencontre : une maison dont un gardien nous a donné la clé, cachée dans une boule de pain. Dans une rue de La Rochelle, nous croisons une patrouille allemande. La chance est avec nous. Il ne s’agit que de « pépés » débonnaires, qui n’ont certainement pas envie de se créer des problèmes. Nous nous rendons dans la maison afin d’y passer la nuit. Au petit jour, des Résistants viennent nous chercher ; nous montons sur un bateau pour être exfiltrés vers l’île d’Aix. Puis ce sera Fouras et Rochefort.

 

C’en est terminé de notre guerre. Bientôt les Allemands se rendent en masse. Notre joie est indescriptible. Pourtant. Ombres funestes. Je pense à tous nos camarades qui n’ont pas eu notre chance, qui se sont battus et ont été tués, qui se sont fait prendre, alors que la liberté s’offrait à eux. Ainsi, je pense particulièrement Paul Couzinet, Joseph Martin et Paul Rolland, qui ont été arrêtés alors qu’ils étaient au rez-de-chaussée de la caserne et que les premières évasions venaient d’être découvertes. Ils ont été lâchement abattus par la soldatesque ennemie et c’est un crime impardonnable. Nos combats sont demeurés au second plan, inconnus. Mais cela n’est ni tout à juste ni tout à fait bon. Le Devoir de Mémoire est indispensable si l’on veut que nos jeunes disposent encore aujourd’hui du patrimoine national que nous avons contribué à reconquérir. »

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Publié le 6 Août 2009

Villeneuve La Garenne 008

 

 

 

Dernière commune du département des Hauts-de-Seine quant à la date de sa création, le 29 avril 1929, les quartiers des Grésillons et de Villeneuve étaient auparavant rattachés à la commune de Gennevilliers (ce qui est toujours le cas du premier d’ailleurs), Villeneuve-la-Garenne se situe à l’extrême nord-est du département, et est bordée par la rive gauche de la Seine.

 

Comme de nombreuses communes parisiennes, Villeneuve-la-Garenne a subi des bombardements importants et dramatiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, celui du 2 août 1944 qui visait les usines de distilleries des charbons français du Nord – Pas-de-Calais.

 

Le cimetière de Villeneuve-la-Garenne possède un carré militaire de dimension modeste, comprenant vingt tombes individuelles. Un monument d’ampleur, « Villeneuve à ses morts » rappelle les noms de tous les Villéno-garennois qui sont morts pour la France, en 1914-1918, 1939-1945 et pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie.

 

Enfin, il convient de citer la tombe de trois légionnaires, sur laquelle a été apposée une plaque du comité local du Souvenir Français, « A nos légionnaires » et qui regroupe les restes de Mickael Durow (1921-1974), Daniel Brezigar (1928-1982), Anton Frankl (1923-1986).

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Villeneuve-la-Garenne dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

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Publié le 6 Août 2009

 

 

Le cimetière communal de Châtillon, rue Pierre Brossolette, comporte plusieurs monuments et un carré militaire.

 

 

 

Il convient donc de mentionner le monument dédié à la mémoire des soldats morts pendant le conflit franco-prussien : « Chatillon aux Défenseurs de la Patrie ; ici reposent 55 soldats français tués aux combats de Chatillon 1870-1871 ; soldats connus : capitaine Fauveau du 16ème d’Infanterie, caporal Charoy du 12ème, sergent Gaspe du 38ème, Brayadre, d’un bataillon de Chasseurs à pieds ».

 

Le monument aux morts de 1914-1918, orné de palmes et de couronnes, « Chatillon à ses enfants 1914-1918 » présente, comme bien trop souvent, plusieurs noms de mêmes fratries : trois enfants de la famille Sandrin ; deux chez les Trinocque, chez les Champion, les Barroux, les Bernard… A noter, un patronyme particulier : P. Duchefdelaville…

 

Le carré militaire des tués, déportés, fusillés de 1939-1945 comporte 22 tombes individuelles dont l’une est particulièrement émouvante : « Violet Simone, 32 ans ; Calogni Louise, 30 ans ; Calogni Jocelyne, 6 ans ; Sayous Jeanne, 35 ans ; Sayous Yvette, 36 ans ; Borngesser Georges, 73 ans ; le 3 juin 1940 ».

 

Se trouvent également dans ce cimetière une stèle à la mémoire des morts pour la France 1939-1945 de l’Arsenal de l’Aéronautique et une stèle, imposante par sa taille, dédiée aux morts de Chatillon de la Seconde Guerre mondiale : morts aux Armées, fusillé par les Allemands, morts en déportation, disparus, victimes civiles, morts pour la Résistance, morts en captivité. Sur cette même stèle figurent les morts en Indochine, en Afrique du Nord.

 

Le 25 septembre est la date retenue pour l’hommage national aux Harkis. Le 25 septembre 2001, à cette stèle a été ajoutée une plaque : « Guerre d’Algérie, 1954-1962, hommage national aux Harkis, soldats de France ».

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Chatillon dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

 

 

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Publié le 6 Août 2009

 

C’est à Bois-Colombes, en 2008, que s’est déroulé le congrès départemental du Souvenir Français.

 

 

Quartier réservé à la chasse et à la promenade, le « bois de Colombes » obtient, en 1896, son « indépendance », après une dizaine d’années de démarches, tracasseries administratives et luttes en tout genre. Cette même année, le maire décide d’acheter une partie de l’ancienne redoute de Gennevilliers pour y installer son cimetière. Pas question d’aller chercher refuge à Colombes…

 

Ce cimetière comporte un carré militaire de morts pour la France de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale, un monument rappelant les morts des guerres d’Indochine et d’Algérie, ainsi qu’une stèle : « Aux résistants déportés – 1939-1945 ».

 

Il est à noter que les tombes individuelles des morts pour la France portent encore la croix de fer forgé, en forme d’épée, du Souvenir Français.

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Bois-Colombes dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

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Publié le 6 Août 2009

 

 

Le cimetière de Boulogne-Billancourt, dit l’Ancien cimetière, a été bâti de 1857 à 1858, après l’expropriation d’un terrain proche de l’hippodrome de Longchamp, où il aurait fait mauvais genre d’assister à des enterrements de la part de dames et messieurs venus se réjouir aux courses…

 

 

 

Monuments et Carrés militaires.

 

Ce cimetière comporte de nombreuses stèles et plusieurs monuments dédiés à la mémoire de celles et ceux qui ont donné leur vie pour la France :

 

  • – Un carré militaire pour 54 tombes individuelles de morts pour la France de la guerre 1914-1918.
  • – Un carré militaire de 121 tombes individuelles de morts pour la France de la guerre 1939-1945, et où se trouvent des morts des combats, morts en déportation et des fusillés du Mont Valérien. A noter, une tombe où un couple a été réuni : André et Emma Backmann, certainement morts en déportation en 1943.
  • – Une plaque de notre association : « Familles fidèles à vos tombes, pensez à celles des morts pour la France qu’entretient dans le monde le Souvenir Français ».
  • – Un monument en forme d’obélisque pour rappeler la mémoire des soldats tombés sur le territoire de la commune à l’occasion de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Citons par exemple : Alexandre Cirbeau, Alfred Ducloux, Armand Fremont, Désiré Gossot, tous morts à l’âge de 24 ans.
  • – Un monument de taille imposante rappelant les morts, civils et militaires de la Première et de la Seconde Guerre mondiale ; de la guerre d’Indochine et de la guerre d’Algérie : «Sépulture des militaires et civiles morts pour la France ».
  • – Un monument dédié à la mémoire des Boulonnais morts en déportation : « Ni haine, ni oubli ».
  • – Un monument à la mémoire des victimes des bombardements de 1942-1943. Là où sont inscrits les noms de familles entières : Andrée, Geneviève, Jean, Marie et René Hébert ; Mireille, Denis et Hélène Genovici ; Albert, Georges et Marie Chassin. Et tant d’autres. Boulogne-Billancourt ayant eu à souffrir de nombreux bombardements, entre autres sur les usines Renault.

 

Enfin, de dizaines de tombes de soldats morts pour la France, placées dans des caveaux familiaux, sont éparpillées un peu partout dans le cimetière. Citons par exemple : Camille Moyne, mort à l’occasion du premier conflit mondial, et dont la sépulture porte un remarquable médaillon du défunt ; Pierre Bourrier, mort la France le 26 octobre 1918, à l’âge de 22ans ; le maréchal des logis Albert Georget, mort pour la France en 1921…

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Boulogne-Billancourt dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».

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Publié le 3 Août 2009


Copyright Assemblée Nationale.
 

Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ».

 

Jeunesse.

 

Charles Péguy nait à Orléans en 1873. Son père meurt quelques mois plus tard. Le jeune Charles entre en 1880 à l’école annexe de l’Ecole Normale d’Orléans puis fait des études secondaires brillantes au lycée d’Orléans. Il effectue son service militaire au 131ème R.I., puis il finit, après deux échecs, par entrer à l’Ecole Normale Supérieure toujours à Orléans. Charles Péguy est aussi titulaire d’une licence ès lettres (philosophie).

 

Avec son ami André Bourgeois, il loue un appartement et passe ses loisirs à s’intéresser à Jeanne d’Arc.

 

Le Dreyfusard.

 

Mais, jeune adulte, Charles Péguy devient un anticlérical convaincu. Dreyfusard, il défend le capitaine injustement accusé. Il fonde également un groupe socialiste et s’oppose aux partisans de Jules Guesde et leur « socialisme collectiviste ». Longtemps, il soutient Jean Jaurès. Il lance, pour promouvoir ses idées et ses premières œuvres une revue : les Cahiers de la quinzaine. Celle-ci n’atteindra en tirage jamais plus de deux mille exemplaires et finira par être un échec.

 

En 1897, il épouse Charlotte Baudouin avec qui il aura quatre enfants : Marcel (1890) ; Germaine (1901), Pierre (1903) puis Charles-Pierre, enfant posthume né en 1915.

 

 

Le mystique.

 

Vers les années 1907 et 1908, il revient à la religion catholique et peu à peu tombe dans un mysticisme sincère et affiché. En 1910, il fait paraître le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc. Il ne manque jamais de montrer en public ses retrouvailles avec la foi. En 1911, il reçoit le prix Estrade-Delcros de l’Académie française. En 1912 et en 1914, il fait le pèlerinage de Chartres, accompagné jusqu’à Dourdan par Alain-Fournier. Parallèlement, il expose dans plusieurs articles et récits son refus du modernisme.

 

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. [...]

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol à la face de Dieu [...]

Heureux les épis murs et les blés moissonnés. »

 

En 1913, la famille s’installe à Bourg la Reine pour permettre au fils aîné de suivre ses études.

 

 

Œuvres.

 

Ecrivain prolifique, parmi ses œuvres restées célèbres, on peut citer : Jeanne d'Arc, 1897 ; De la raison, 1901 ; Notre Patrie, 1905 ; Notre jeunesse, 1910 ; Victor-Marie, Comte Hugo, 1910 ; Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, 1910 ; Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912 ; Le Mystère des Saints Innocents, 1912 ; L'Argent, 1913 ; La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, 1913 ; La Tapisserie de Notre-Dame, 1913 ; Ève, 1913 ; Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, 1914.

 

La mort.

 

Fervent patriote, Charles Péguy est nommé lieutenant de réserve au 276ème Régiment d’Infanterie en septembre 1905. Grâce aux travaux du Service historique de la Défense, voici un extrait du Journal du 276ème Régiment d’Infanterie :

 

« La 55ème Division se porte en deux colonnes dans la direction de l’Est. La 110ème Brigade forme la colonne de gauche, le 276ème en avant-garde, dans l’ordre suivant : 6ème bataillon, groupe du 13ème d’artillerie. Itinéraire : Moussy-le-Vieux, Thieux, Nantouillet, Plessis-Lévêque. Arrivé à 1.500 mètres à l’Est de Nantouillet, le lieutenant-colonel détache la 24ème compagnie (lieutenant Jaconcet) pour couvrir le flanc gauche de la colonne dans la direction de Saint-Soupplets et reconnaître les lisières du bois de Tillières. Cette compagnie est contrainte, en cours de route, de détacher un peloton en soutien d’artillerie et ne pourra envoyer par suite qu’une force insuffisante dans le bois.

 

La tête de colonne arrivait à 12h à hauteur de Plessis-Lévêque, où le 276ème devait cantonner. A ce moment, quelques dragons, débris d’un peloton du 23ème, revenaient ventre à terre sur l’avant-garde. Quelques minutes après, des obus, dont le tir était mal réglé, tombaient sur le 6ème bataillon et les batteries du 13ème, qui commençaient à former le parc.

 

Le 6ème bataillon se mit à l’abri des maisons de Plessis-Lévêque. La 21ème compagnie (lieutenant Truillet), reçoit l’ordre de se glisser par petits paquets, dans le bois de Tillières et de le nettoyer jusqu’à sa corne Est. Le mouvement s’opère très lentement à cause de la canonnade très nourrie. Néanmoins la compagnie arrive à pénétrer dans le bois, qui est faiblement occupé. Elle arrive avec ses premiers éléments à la corne Est, mais elle tombe sous des feux nourris d’infanterie. Le capitaine Truillet et l’adjudant-chef Mouty sont blessés et la compagnie conduite par ce dernier, qui n’accuse sa blessure qu’après avoir mis ses hommes à l’abri, reflue en arrière dans le bois, qu’elle ne quitte pas.

 

A 17 heures, le lieutenant-colonel est avisé de l’échec de cette tentative. A ce moment, le feu de l’ennemi s’est sensiblement ralenti. Ordre est donné à la 22ème compagnie (capitaine Dessat) de se porter dans le bois, de rallier les éléments de la 21ème compagnie, et de dégager ce bois, qui était une menace pour notre flanc gauche. Le capitaine Dessat réussit dans sa mission, arrive, à la nuit tombante, à la corne Est du bois, mais tombe dans un guet-apens et est littéralement assassiné par les Allemands, qui, dès les premiers coups de feu, avaient criés : « Ne tirez pas, nous sommes amis ! ». La pénombre avait permis de faire, pour un instant, prendre l’ennemi pour des Anglais ou des Marocains, que l’on savait à proximité.

 

Les hommes des deux compagnies se trouvant sans chef, rentrèrent par petits groupes à Plessis-Lévêque.

 

Le 5ème bataillon était, de son côté, employé d’abord à soutenir l’artillerie, puis à appuyer une attaque de tirailleurs marocains entre Penchard et Villeroy. Le bataillon, lancé à l’attaque sans préparation suffisante de l’artillerie, déploya successivement ses compagnies, mais sa marche en avant fut bientôt brisée, les capitaines Guérin et Hugin, les lieutenants de la Cornillière, Péguy, furent tués, un grand nombre d’homme fut mis hors de combat, et les unités désorganisées furent ralliées sur la 17ème compagnie à peu près intacte. Le 5ème bataillon cantonna à Villeroy.

 

La journée du 5 septembre avait coûté au régiment : 27 tués dont 5 officiers ; 135 blessés dont 2 officiers ; 300 disparus.

 

Le régiment a rassemblé ses divers éléments à 8h. L’ennemi a évacué les positions de Monthyon ».

 



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