Articles avec #lieux de memoire du departement tag

Publié le 30 Janvier 2016

La caserne Guynemer de Rueil-Malmaison.

La caserne des Gardes suisses.

En 1754, le roi Louis XV confie à l’architecte suédois Charles-Axel Guillaumot (il est né à Stockholm de parents français) la construction de trois casernes – Saint-Denis, Courbevoie et Rueil – pour les Gardes suisses.

Les Gardes suisses sont des unités militaires de mercenaires suisses, qui sont alors employés, sous forme de contrats de louage, par des souverains pour leur protection ainsi que pour la garde de leurs résidences. On les trouve auprès de nombreuses cours européennes à partir du 15e siècle jusqu’au 19e siècle en France, en Autriche, en Savoie ou encore à Naples. Aujourd’hui, le seul Etat à avoir conservé des Gardes suisses est le Vatican.

Dans les années qui suivent la construction, et principalement après la Révolution française, les Gardes suisses sont remplacés par des Gardes français, puis consulaires puis impériaux. Ainsi, grenadiers et voltigeurs se succèdent pendant plus d’un siècle jusqu’à l’invasion prussienne de 1870, date à laquelle l’empereur Guillaume 1er fait installer des gardes allemands dans cette caserne.

Différents régiments y stationnent jusqu’en 1914, date à laquelle s’y installent un détachement du 8e régiment du génie, un détachement de la Légion étrangère et le 10e régiment d’artillerie coloniale. Ces unités vont occuper les lieux jusqu’en 1940. Par la suite, et pendant quatre ans, l’armée allemande occupe la caserne.

En 1944, au moment de la Libération, le « bataillon Marianne » composé de 229 volontaires de la commune y est constitué. Engagé, il participe aux campagnes des Ardennes, d’Alsace et d’Allemagne, où il stationne comme troupe d’occupation. Ensuite, et jusqu’en 1948, la caserne Guynemer sert de magasin à l’armée de l’Air avant que le 3e régiment d’infanterie coloniale ne s’y implante pour… mieux la quitter une fois devenu le 23e RIMa !

En 1962, la caserne Guynemer accueille le dépôt central des isolés militaires, qui deviendra le Groupement Administratif du Personnel Isolé (GAPI) le 1er août 1972. En 1968, le district de Paris y loge une antenne ; en 1978, le Centre de Formation et de Perfectionnement des sous-officiers musiciens de l’armée de Terre s’y installe puis la DMD des Hauts-de-Seine et enfin en 1989, c’est au tour du chœur de l’Armée française d’occuper les locaux pour partie.

Classée monument historique en 1974, elle avait reçu le nom de Guynemer à la fin de la Première Guerre mondiale. A ce jour, c’est la seule des trois casernes de Guillaumot à être encore bâtie.

Le capitaine Guynemer.

Né à Paris en 1894, Georges Guynemer entre en 1914 à l’école d’aviation de Pau, en qualité d’élève mécanicien. L’année suivante, après avoir obtenu son brevet de pilote militaire à l’école d’Avord, il rejoint la fameuse escadrille des Cigognes. Au cours de deux années suivantes, il multiplie les victoires aériennes. Il reçoit la Médaille militaire puis est élevé au grade de chevalier de la Légion d’honneur (officier en 1917) et obtient le titre d’ « As » et est nommé capitaine. Il meurt lors d’une mission de reconnaissance au-dessus de la région de Poelkapelle, en Belgique, le 11 septembre 1917.

Le GAPI.

Créé en septembre 1944, le centre de rassemblement et d’accueil des isolés Alsaciens-Lorrains (déserteurs de l’armée allemande) laisse aussitôt place au Dépôt Central des Isolés (DCI). En octobre 1944, cet organisme est chargé d’administrer d’une part le personnel des missions de liaison auprès des armées alliées, et d’autre part, les militaires de tous grades des différentes formations de la garnison de Paris, qui ne constitue pas une unité administrative.

Entre 1944 et 1946, le DCI doit faire face à de nouvelles missions venues s’ajouter à ses charges initiales : administration des militaires d’origine nord-africaine, des blessés FFI hospitalités ou en convalescence, prise en compte du personnel et des matériels du dépôt central des anciennes Forces Françaises Libres… En 1947, le DCI quitte l’Ecole militaire de Paris pour Versailles, puis rejoint Rueil-Malmaison. Il prend le nom de Groupement Administratif du Personnel Isolé en 1972.

Organisme militaire à vocation nationale, le GAPI a pour mission d’administrer les militaires de l’armée de Terre, placés soit dans des positions statutaires particulières, soit dans des affectations dépourvues de support administratif direct. Composé d’environ 250 personnes, des militaires et des civils, le GAPI suit les dossiers d’environ 7.000 administrés par an. Traitant de sujets aussi sensibles que la notation, l’avancement, les décorations, le contentieux, les pensions, les cadres du GAPI font preuve d’un professionnalisme sans failles. Le GAPI est une unité unique en son genre : il est le seul régiment à vocation interarmes et interarmées. En clair, il gère uniquement les militaires dit « isolés », de toutes les armes et services de l’armée de Terre, ainsi que ceux rattachés aux Services de Santé des Armées.

Doté d’une structure interne souple, le GAPI est en mesure de s’adapter d’emblée à l’évolution de la situation nationale et internationale. Il intervient dans la gestion d’OPEX comme la Yougoslavie ou le Cambodge. Structure de ralliement des personnels isolés avant leur départ de la métropole ou à leur retour, le GAPI doit apporter un vrai « service rendu » à chacun des 7.000 administrés dont il a à gérer le quotidien.

Mais en 2002, après les grandes réformes et l’arrêt de la conscription, les personnels isolés sont gérés dans d’autres structures et le GAPI est dissous.

L’EMSOME.

Créée en 2003, installée dans la caserne Guynemer après la dissolution du GAPI, l’Ecole Militaire de Spécialisation de l’Outre-Mer et de l’Etranger (EMSOME) à une double vocation. Organisme de formation appartenant à la chaîne de la sous-direction de la formation de la direction des ressources humaines de l’armée de Terre, elle a reçu pour mission d’acculturer le personnel militaire désigné pour servir hors du territoire national.

La mission de l’école a été définie par le général Crene, chef d’état-major de l’armée de Terre, le 6 décembre 1999 : “Informer et former les militaires et les civils de la Défense désignés pour servir outre-mer et à l’étranger, qu’ils soient permanents ou tournants”. Les théâtres ou les zones d’opération se caractérisent tous par un environnement général qui leur est propre. La vocation première de l’EMSOME consiste en l’acculturation préalable des soldats envoyés en mission hors de l’hexagone.

Dans ce cadre, il s’agit de livrer les “clefs” qui permettront aux unités, ainsi qu’à chaque individu, de s’adapter et de s’intégrer naturellement dans un environnement nouveau, avec un comportement adapté qui permettra de réussir sa mission. Cette acculturation permet aux soldats (et à leurs familles) d’appréhender le plus justement possible leur “expatriation” et leur “mission” dans un but opérationnel.

À l’origine tournée vers le personnel de l’armée de Terre, l’EMSOME est désormais ouverte aux stagiaires en provenance de toutes les armées et des services communs. Elle est l’héritière du CMIDOME (centre militaire d’information et de documentation sur l’outre-mer et l’étranger) auquel elle a succédé en 2003. Focalisées initialement sur l’acculturation des militaires appelés à servir outre-mer dans le cadre de missions de courte ou de longue durée, ses compétences se sont étendues plus récemment aux théâtres d’opérations extérieures et à l’OTAN.

L’EMSOME est aussi la “maison mère” des Troupes de marine, chargée de veiller à la préservation de la cohérence, de la cohésion et de l’identité de cette arme au sein de l’armée de Terre. Dans ce cadre, le général commandant l’EMSOME reçoit le titre de “Père de l’arme” des Troupes de marine. Il élabore et conduit toutes les actions visant à valoriser le patrimoine culturel de l’Arme et à transmettre et pérenniser ses traditions. Il organise notamment le rassemblement annuel des marsouins et bigors à Fréjus et participe à l’organisation des cérémonies commémoratives des combats de Bazeilles dans les Ardennes.

Autorité de tutelle du musée des Troupes de marine, il en désigne le directeur et préside les commissions de fonctionnement. Dans le cadre de sa fonction d’écoute et sans interférer sur les prérogatives des autorités d’emploi, il visite régulièrement les unités TDM, en métropole et outre-mer pour aller à la rencontre des marsouins et bigors.

En 2014, l’EMSOME, dont les effectifs sont de 35 personnels dont 10 instructeurs, a reçu 24.121 stagiaires.

Le musée des Gardes suisses.

Enfin, dans les bâtiments tout proches autrefois annexés à la caserne, est abrité le Musée des Gardes Suisses, voué à honorer la mémoire de ce corps, présent à Rueil à partir de 1656, et rendre hommage à sa neutralité et à sa fidélité. Unique en France, le musée rassemble différents objets et costumes ayant appartenu aux militaires, et dispose d'un centre de documentation auquel nombre d'étudiants et de familles désireuses d'effectuer une recherche généalogique font référence. Le fonds historique est réactualisé en permanence par l'association des " Amis du Musée Franco-Suisse ".

Sources

Lire la suite

Publié le 6 Juin 2015

Courbevoie et la caserne Charras.

A l’instar de nombreuses communes des Hauts-de-Seine, comme Rueil, Suresnes, Nanterre ou encore Saint-Cloud, Courbevoie a eu elle-aussi une caserne. Une caserne autrefois célèbre et qui permit à la ville de grossir rapidement. Une caserne dont maintenant seul le nom est connu car elle est devenue un centre commercial ! Il s’agit de la caserne Charras.

 

La caserne.

La Caserne Charras est l'une des trois casernes construites pour les Gardes suisses en application d'un décret royal de 1754, sur les plans de l'architecte français Charles Axel Guillaumot. Celle-ci date de 1756, et construite en même temps et sur le même modèle que celles de Rueil-Malmaison et de Saint-Denis. C'est de cette caserne que les Gardes suisses, commandés par le marquis de Maillardoz, partent le 10 août 1792 pour aller défendre les Tuileries, sur ordre de Louis XVI. Sur 950, seuls 300 soldats reviendront.

 

Durant le premier Empire, entre deux campagnes, la caserne abrite le 1er régiment de Grenadiers à pied de la Garde impériale. Pendant la révolution de 1830, des habitants de Courbevoie s'emparent de la caserne, défendue par le 3e régiment de la Garde. En 1886, elle prend le nom de « Caserne Charras » en hommage à deux officiers républicains, le général Joseph Charras et son fils le colonel Jean-Baptiste-Adolphe Charras.

 

A la déclaration de guerre, en 1914, s’y trouvent plusieurs compagnies du 119e régiment d’infanterie (d’autres étant sur Lisieux).

 

Le 119e.

Le 119e régiment d’infanterie de ligne est formé en 1808, à partir d’autres unités, pour aller combattre en Espagne. D’ailleurs, il s’illustre à Burgos et à Santander. Il reste en Espagne jusqu’en 1814 – date de la perte de cette conquête par la Grande Armée – et recule sur la France pour aller défendre la ville de Toulouse, sous les ordres du maréchal Soult. Ville qu’il ne peut tenir et qu’il doit évacuer le 12 avril 1814. Depuis six jours, l’Empereur napoléon 1er a abdiqué. L’encre parafant le traité qui le condamne à l’exil sur l’ile d’Elbe est à peine sèche…

Plus tard, le régiment est de la Guerre franco-prussienne et se bat héroïquement à Buzenval en janvier 1871. En 1914, le 119 se trouve établi dans deux casernes, à Lisieux et à Courbevoie, au quartier Charras. Le 119 fait partie de la 12e brigade d’infanterie, de la 6e division et du 3e corps d’armée.

Vincent Martin, caporal, a raconté ses premières impressions au 119e RI : « A Courbevoie, nous avons deux bataillons en garnison; le 1er commandé par le chef de bataillon Rignot et le 2ème par le chef de bataillon Carlier. Le Colonel, auquel sont adjoint un Lieutenant-colonel et un chef de bataillon adjoint, est avec nous. Nous sommes la portion principale du régiment. A Lisieux nous avons un troisième bataillon. C'est la portion centrale ou se tiendra le dépôt en cas de guerre. Chaque bataillon est composé de quatre compagnies : en temps de paix chaque compagnie est divisée en huit escouades numérotées : 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15. En temps de guerre, chaque compagnie comprend seize escouades. Les soldats de l'armée active sont répartis entre les escouades qui sont complétées par les réservistes appelés directement à leur lieu de mobilisation. Ainsi j'appartenais à la 5ème escouade et je fus versé, à la mobilisation, à la 6ème. Ce qui fait qu'a la mobilisation, nous avons par compagnie quatre sections de quatre escouades. A chaque bataillon est adjointe une section de mitrailleuses, bien peu à côté de ce que possèdent les allemands. Nous nous plaisions bien en garnison à Courbevoie; tous les samedis soir, nous allions en permission à Dennemont et rentrions le dimanche avant minuit à la caserne. »

 

Première Guerre mondiale.

A la déclaration de guerre, le 119e est envoyé en Belgique où il participe à la bataille de Charleroi, puis à celle de la Marne. L’année suivante, il est de l’offensive en Artois puis à Vimy et au Bois de la Folie dans la Somme. Lors de l’attaque du 25 septembre, le régiment connait l’une de ses pages les plus noires avec la mort de près de 240 de ses hommes : « les premières vagues escaladent le parapet ; mais elles sont aussitôt accueillies par un feu intense de mousqueterie et de mitrailleuses, car la préparation d’artillerie, très efficace sur la deuxième et la troisième ligne, a respecté la première. Nombreux sont ceux qui tombent avant d’avoir fait dix pas ; ceux qui ont pu parvenir jusqu’aux fils de fer, intacts, sont accueillis par un violent barrage de grenades. Les secondes vagues s’élancent néanmoins et ont le même sort ; le commandant Broquette, les capitaines Viguier, Roussel, sont tombés les premiers. Les survivants des vagues d’assaut, blottis dans les trous d’obus, doivent attendre la nuit pour regagner en rampant la parallèle de départ ».

En 1916, le 119e combat à Verdun entre avril et mai. Il est décimé au Fort de Vaux le mois suivant.

Sur l’Aisne, de mars à mai 1917, le régiment fait partie de ceux qui refusent de monter au combat. Il n’en est pas fait mention dans son « Journal de Marche et des Opérations ». Au contraire, le document insiste sur l’héroïsme dont fait preuve l’ensemble des soldats face aux attaques répétées de l’ennemi. Enfin, en 1918, en Picardie, le 119e RI participe à l’offensive victorieuse.

 

Le 16 novembre, la 6ème division, massée sur le terrain de manœuvres d’Epernay, est passée en revue par le général Poignon qui prononce l’allocution suivante :

« Camarades de la 6ème division,

Les combats ayant pris fin nous pouvons, avec une légitime fierté, porter nos regards sur le chemin parcouru depuis plus de quatre ans. Chemin âpre et glorieux le long duquel nous avons laissé des camarades aimés qui, par leur sublime bravoure, en nous donnant la Victoire, ont assuré le triomphe du Droit et de la Liberté. Soldats tombés à Charleroi, vainqueurs de la Marne, lutteurs obstinés du Godat, d’Aix-Noulette et de Verdun, défenseurs tenaces du Chemin-des-Dames et de Tahure, combattants victorieux de Ressons et de Canny-sur-Matz, de Pontavert et de Sissonne, malgré la terre qui vous recouvre, vous avez tressailli de joie le jour sacré où l’ennemi, battu et poursuivi, forcé d’avouer sa défaite, a demandé la paix,

Avant de nous éloigner de la zone dévastée où se livrèrent ces combats épiques, à vous ; héros glorieux de la 6ème division, en témoignage suprême de notre reconnaissance, nous adressons le salut de nos armées et de nos drapeaux.»

 

Par la suite.

En 1929, les bâtiments de la caserne sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Puis, en 1963, elle est démolie pour être remplacée par un centre commercial, qui en conservera le nom, de même que la façade… Une partie de celle-ci – l’avant-corps central – figure désormais dans le parc du château de Bécon les Bruyères.

 

Sources

Lire la suite

Publié le 5 Avril 2015

 

La caserne.

A Saint-Cloud, de nombreux bâtiments ont été endommagés par la Guerre franco-prussienne de 1870-71, et c’est bien entendu le cas du château qui s’élevait au milieu de son parc. L’un des rares édifices à ne pas avoir subit ce sort est la caserne Sully. Celle-ci fut construite sous le règne de Charles X et servait à abriter des gardes du Corps du roi, dans les murs du Domaine, à quelques dizaines de mètres du château.

Par la suite, elle servira pour le 101e régiment d’infanterie et sera protégée par le ministère de la Guerre devenu celui de la Défense. Après avoir longtemps servi pour la Direction Générale de l’Armement (DGA), la caserne a été rachetée en 2012 par le Conseil général des Hauts-de-Seine pour, entre autres, servir à implanter les archives du département.

« L’implantation des Archives départementales à cet emplacement permettrait de donner une vocation patrimoniale à l'entrée du Domaine national de Saint-Cloud et s'inscrirait dans le projet de la Vallée de la culture développé par le Département », indiqua à l’époque explique Patrick Devedjian, président du Conseil général. Et Eric Berdoati, député-maire de la ville ajouta : « Situé à côté du Domaine national de Saint-Cloud, le site de la caserne Sully est un site exceptionnel et nous souhaitions qu’un accord soit trouvé afin que cette partie de la ville puisse être véritablement reliée au reste du territoire, accueillir du public, ce qui n’était jusqu’à présent pas possible. Ce protocole fixe les objectifs afin de bien travailler ensemble ».

 

Le 101e.

 

En 1787, un régiment est créé sous le nom de Royal Liégeois. Mais à la Révolution, à la suite de l’éclatement du système de l’Ancien régime, l’unité est dissoute et immédiatement recréée sous les noms de 101e, 102e et 103e régiment d’infanterie de ligne.

Le 101e participe aux guerres de la Révolution et du Premier empire. Il s’illustre notamment à Marengo en 1800, à la bataille de Caldiero en 1805 et à la campagne d’Allemagne en 1813 (Bautzen, Lipezig).

 

Première Guerre mondiale.

 

Un siècle plus tard, le commandant Grasset, dans son ouvrage intitulé La guerre en action – Le 22 août 1914 à Ethe, publié aux Editions Levrault en 1924, indique : « La 7e division, c’est l’une des divisions de Paris. Ses régiments d’infanterie sont les 101e, 102e, 103e et 104e. Ils ont bien leur dépôt et un bataillon respectivement à Dreux, à Chartres, à Alençon et à Argentan, mais leur deux autres bataillons viennent des environs immédiats (NDA : comme Saint-Cloud), des forts, des bastions ou des casernes de la capitale : Babylone, Penthièvre, Ecole militaire, Latour-Maubourg ; les numéros de leurs écussons sont familiers aux Parisiens. Ce sont leurs drapeaux que la foule a l'habitude de saluer à Longchamp; leurs musiques qu'elle applaudit dans les concerts publics. Il y a dans l'ensemble de ces effectifs un tiers de soldats de l'armée active et deux tiers de réservistes des plus jeunes classes. Ce sont des hommes de la Mayenne, de l'Orne, de la Sarthe, de l'Eure-et-Loir; il y en a de Seine-et-Oise et de la Seine aussi, venus de Rambouillet, de Sceaux, de Saint-Germain, de Vanves, de Villejuif et d'Ivry. Les Provinciaux (8e DI) sont un peu mous, mais solides, calmes, disciplinés, tenaces et résolus. Les Parisiens (7e DI) ont de l'entrain, de l'enthousiasme et l'esprit un peu frondeur; leur cœur est chaud ; leur patriotisme raisonné et ardent ; ils sont pénétrés de la grandeur du devoir à remplir. Y a-t-il parmi eux quelques antipatriotes, travaillés par les théories malsaines qui trouvent toujours un terrain favorable dans les faubourgs des grandes villes? On ne saurait le dire, car ils n'ont garde de montrer leurs sentiments aujourd'hui, si tant est qu'ils ne soient pas réellement gagnés par l'ambiance un peu enivrante.

Mais si le moral de ces hommes est excellent, leur instruction militaire présente de graves imperfections. La pénurie des effectifs dans les unités du temps de paix; l'abus des permissions ; le manque de champs de tir et de camps d'instruction où des exercices de guerre puissent s'exécuter normalement en toute liberté, sans souci du respect des récoltes ou des propriétés privées ; pour les réservistes, la faculté de choisir l'époque de leurs périodes, habitude qui les faisait souvent venir à la caserne à un moment où on ne pouvait rien leur apprendre d'utile... toutes erreurs ou faiblesses dérivant directement du besoin de réaliser des économies et de gêner le moins possible l'activité nationale, et qui avaient finalement abouti, en dépit du dévouement et de la valeur des cadres, à faire qu'officiers et soldats ne s'étaient jamais trouvés, autrement qu'en imagination, en présence de difficultés du genre de celles qu'ils allaient avoir à résoudre demain. (...) ».

 

Quant au lieutenant Charles Delvert, à la 2e section de la 4e compagnie du 1er bataillon du 101e RI, il écrit : « Vendredi 7 août 1914 / Après-midi, 2 heures 30 / Départ de Saint-Cloud. Les femmes, le visage tiré, les yeux secs de larmes. "Au revoir! Au revoir!". Agitant les mouchoirs dans une gaieté sans conviction. La campagne est splendide. Ciel gris. Il a plu toute la matinée, et pendant tout l'embarquement. Triste, bien triste pour un départ vers la victoire. Partout des vivats. Sèvres, Ville-d'Avray, Coteaux de bois. Tout est en fleurs. Les villas aux jardins soignés dans la verdure. »

 

Le 101e est affecté à Reims avant de se rendre sur les Ardennes où il perd de très nombreux hommes dans les combats d’Ethe (en Belgique proche du Luxembourg). Le régiment est engagé aux côtés de ceux de la IIIe Armée dirigée par le général Ruffey. Le 101e est sous le commandement du colonel Farret et les chefs de bataillons sont Lebaud, Laplace et Tisserand. Non loin se trouve le 14e hussards, commandés par un certain lieutenant-colonel de Hautecloque, aïeul du maréchal. Le 22 août, en plein brouillard et au cœur d’un déluge de feu, le 101e réussit à sauver momentanément le village d’Ethe. Mais le repli du 5e corps entraîne le sien. Ceux des soldats qui ne peuvent se sauver sont systématiquement passés par les armes ennemies. Au lendemain de la bataille, le régiment a perdu une bonne partie de ses effectifs…

 

A la suite de ces premiers combats, le 101e se replie jusque sur Paris (place forte de Pantin) puis participe à la Première bataille de la Marne puis à celle de Picardie. En 1915, il se trouve dans l’Aisne avant l’offensive en Argonne puis à Jonchery, Auberive et Thuisy. L’année suivante, c’est Verdun et Tavannes. En 1917, le régiment est dans le secteur de la Somme en janvier et février, avant de se rendre sur la Woëvre en mars – avril puis dans la Marne. L’année 1918 voit le 101e combattre en Champagne entre mars et juillet puis être de l’offensive victorieuse à Tahure, quilly et à nouveau dans l’Aisne.

 

Le 8 août 1918, alors que le général allemand Ludendorff parle de « Jour de deuil de l’armée allemande », le général français Henri Gouraud cite le 101e RI à l’ordre de la IVe Armée : « Unité d’élite qui a fait l’admiration de l’ennemi lui-même en Champagne et devant Verdun. A affirmé une fois de plus sa valeur au cours de récents et durs combats sous le commandement du lieutenant-colonel De Benoist, a opposé une résistance acharnée à la puissante poussée de l’ennemi qui avait concentré sur le front le maximum de son effort, afin de percer coûte que coûte et d’atteindre rapidement les objectifs éloignés qu’il avait choisis ; avec une abnégation et un courage magnifique, a brisé net la progression de l’ennemi en le fixant sur les positions qu’elle avait reçu l’ordre de maintenir à tout prix et en lui infligeant de très lourdes pertes ».

Le général Ecochard ajoute : « Le 101e est un brillant régiment qui vient de faire preuve d’une bravoure admirable et d’un mordant irrésistible ».

 

Extraits du Journal de Marche et des Opérations du 101e RI : « Samedi 9 novembre 1918 : le général Hilaire est de passage à Aussonce. Le général Cot rassemble les officiers du 101e RI, du 124e et du 44e RA au foyer du soldat d’Aussonce. Rien à signaler pour le régiment. Dimanche 10 novembre : Repos. Revues. Douches. L’armistice est attendu. Lundi 11 novembre : ARMISTICE. A 6 heures du matin, un coup de téléphone annonce que l’armistice est signé. Les hostilités cesseront à 11 heures. Le soir, feu d’artifice exécuté à l’aide de… fusées boches abandonnées à Aussonce ! Les Poilus fêtent discrètement l’armistice. Pas de manifestation bruyante. Mardi 12 novembre 1918 : messe à Aussonce à la mémoire des morts du 101 et du 124. L’assistance est nombreuse ».

 

Par la suite.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le 101e RI fait partie de la 41e division d’infanterie. Il est affecté dans la Meuse, au secteur de Montmédy. Il combat contre la Wehrmacht mais pris par l’offensive ennemie, il est mis en déroute. Il combat à nouveau dans le Loiret à Gondreville quelques jours avant l’armistice du 17 juin demandé par le maréchal Pétain. Les dernières unités sont capturées par les Allemands à ce moment-là.

 

Plus tard, le 101e RI est dissous. Il est remplacé par la Délégation générale à l’Armement dans sa caserne Sully de Saint-Cloud.

Soldats du 101e RI.

 

Sources

Lire la suite

Publié le 9 Juin 2012

 

Charles H. Rivkin

Charles Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en France, au Mémorial La Fayette.

 

 

Le samedi 26 mai dernier, à l’occasion du Memorial Day, Monsieur l’ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en France, Charles Rivkin, a indiqué sa satisfaction de la signature de la convention du 12 avril 2012, entre Monsieur Gérard Longuet, ministre de la Défense, et le général Merrill McPeak, président de l’American Battle Monuments Commissions.

 

Cette convention était très attendue, le mémorial subissant depuis des mois d’importantes infiltrations d’eau. Charles Rivkin a alors précisé : « Ce mémorial est un endroit sacré où reposent pour l’éternité les premiers soldats américains morts pendant la Première Guerre mondiale, sous commandement français ».

 

Gérard Longuet, tout en qualifiant la convention de « document historique » s’est félicité de cet « engagement militant pour les générations futures qui témoigne de l’amitié indéfectible entre le peuple français et le peuple des Etats-Unis ».

 

Lire la suite

Publié le 25 Juillet 2010

 

Mémorial de l’escadrille Lafayette à Marnes-la-Coquette.

 

Après avoir évoqué les journées patriotiques et les associations américaines, voici une présentation des trois principaux monuments américains situés dans les Hauts-de-Seine :

 

  • - Le Mémorial de l’Escadrille Lafayette.
  • - Le Mémorial de l’American Legion à Neuilly-sur-Seine.
  • - Le cimetière américain de Suresnes.

 

 

Le Mémorial de l’escadrille Lafayette.

 

L’escadrille Lafayette a fait l’objet d’un article sur ce site, le 17 décembre 2008. Quant au mémorial, il est imaginé par le pilote Edgard Guerard Hamilton. D’abord, il aide les Alliés à localiser les corps de ses compagnons abattus pendant la guerre. Ensuite, pensant qu’un endroit où reposeraient tous ses anciens compagnons d’armes serait le meilleur des hommages, il commence une campagne de souscription. Des familles comme les Prince, les Chapman, les Vanderbilt ou encore les Hoskier participent au financement. Mais le plus généreux donateur est l’avocat américain installé à Paris, William Nelson Cromwell. Ce dernier ajoute à cette action, la supervision de la construction et est également à l’origine de la fondation du Mémorial de l’escadrille Lafayette, qu’il dote d’une bourse d’un million de dollars.

 

Le 4 juillet 1928 – Independance Day – le monument est inauguré en présence du maréchal Foch, du ministre de la Guerre Paul Painlevé et de l’ambassadeur des Etats-Unis en France, Myron T. Herrick. Sur le monument, et dans la crypte, figurent les noms et les restes de 68 pilotes morts au combat ainsi que les sépultures des commandants français : le général Brocard et le lieutenant-colonel Georges Thenault.

 

En date du 29 mai 2010, Charles H. Rivkin, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique en France a prononcé ces mots : « Il y a des hommes que rien n’arrête, qui traversent des océans au nom d’une cause pour laquelle ils ont accepté de donner leur vie. Car rien n’obligeait ces jeunes Américains de la future Escadrille La Fayette à revêtir l’uniforme français pour combattre un adversaire qui n’était pas encore en guerre contre les Etats-Unis. Rien, sinon une soif intarissable de liberté, celle-là même qui avait poussé des millions d’individus longtemps avant eux à faire le voyage dans le sens inverse en quête de leur rêve américain. »

 

 

Le Monument de l’American Legion à Neuilly-sur-Seine.

 

 Z - Neuilly - American Legion 002

 

 

Comme on l’a vu dans l’article précédent, l’American Legion est créée par des vétérans américains de la Première Guerre mondiale, à leur retour d’Europe.

 

Le guide de l’association raconte les débuts et l’importance de la France dans cette constitution (la 1ère section de l’association est d’ailleurs celle de Paris) : « un groupe de vingt officiers qui ont servi dans les forces expéditionnaires américaines (A.E.F.) en France pendant la Première Guerre Mondiale est désigné avec la création de l’American Legion. Le quartier général de l’A.E.F. a demandé à ces officiers de suggérer des idées pour améliorer le moral des troupes. Un officier, le lieutenant colonel Theodore (Ted) Roosevelt Jr., a proposé une organisation de vétérans. En 1919, ce groupe a formé un comité provisoire et a choisi plusieurs centaines de militaires qui avaient la confiance et le respect de l’armée entière. Quand la première réunion d’organisation a eu lieu à Paris en mars 1919, plusieurs centaines d’officiers et soldats étaient présents. La réunion, connue sous le nom de premier Caucus de Paris, a adopté une constitution provisoire et le nom « The American Legion ». Elle a également choisi un comité de direction pour terminer les travaux de l’organisation. Elle a considéré chaque soldat de l’A.E.F. comme membre de l’American Legion. Le comité de direction a nommé un sous-comité pour organiser les vétérans aux Etats-Unis. L’American Legion a tenu un deuxième comité d’organisation à St Louis, Missouri, en mai 1919. »

 

Autour de l’Hôpital américain de Neuilly-sur-Seine (fondé en 1906), entre 1914 et 1918 viennent se greffer de nombreuses organisations et associations. Les dons de l’Amérique à la France au combat sont tels que les ambassades respectives doivent monter des dispositions spécifiques. En juin 1937, la municipalité de Neuilly-sur-Seine offre à l’American Legion l’emplacement pour édifier le monument, financé par une souscription. Inauguré en 1939, celui-ci contient de nombreuses urnes pour recevoir les restes des membres de l’association ou d’anciens combattants. Sur les panneaux de marbre sont inscrits plusieurs centaines de noms.

 

 

Le cimetière américain de Suresnes.

 

 Z - Suresnes Cemetery - Defense

 

Le cimetière américain de Suresnes a été créé en 1917, par le Graves Registration Service of the Army Quartermester Corps. Son implantation en Région parisienne est due à la proximité des hôpitaux. Généralement, les cimetières militaires, et surtout ceux de la Première Guerre mondiale, étant plutôt placés près des champs de batailles.

 

Sur un peu plus de 3 hectares, le cimetière compte 1.541 tombes de militaires américains morts entre 1917 et 1918, que ce soit à l’occasion des combats ou de maladies, comme la grippe espagnole (d’ailleurs, sept infirmières y sont également enterrées). Un « mur des disparus » évoque la mémoire de 974 hommes disparus au combat, que ce soit en mer, sur terre ou dans les airs. Le cimetière est inauguré par le président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, en 1919, le jour du Memorial Day. On doit la chapelle à l’architecte Charles Adams Platt.

 

Après le Seconde Guerre mondiale, 24 soldats inconnus morts entre 1944 et 1945 sont disposés dans ce cimetière. Le général Marshall, alors président de l’American Battle Monuments Commission, vient consacrer cette partie en 1952.

 

 

Lire la suite

Publié le 4 Juillet 2010

Général Forget (D) - André Labour, DG SF 92 (G)

 

Le général de corps aérien, Michel Forget (à gauche) et André Labour, Délégué général du Souvenir Français des Hauts-de-Seine – Mémorial de l’Escadrille Lafayette – Marnes-la-Coquette.

 

Le 19 octobre 1781, les troupes dirigées par le général Washington remportent une éclatante victoire sur les 6.000 soldats britanniques de Lord Cornwallis, retranchés dans les places fortes de Yorktown et de Gloucester. Dans l'armée du général de la toute jeune nation des Etats-Unis d’Amérique se trouvent les hommes du marquis de Lafayette. L’armée du Roi de France est dirigée par le comte de Rochambeau. C’est là l’une des premières opérations militaires combinées (infanterie, cavalerie, artillerie et marine) et elle marque indélébilement l’amitié entre la France et les Etats-Unis.

 

A l’occasion des conflits du 20ème siècle, cette amitié sera toujours renforcée. C’est pourquoi, le Souvenir Français des Hauts-de-Seine tient tout particulièrement à fêter chaque année le Memorial Day aux côtés de représentants civils et militaires de la république américaine. Retrouvez toutes les photographies de l’événement dans l’album intitulé : « 2010-05-29, Memorial Day ».

 

 

1 – Journées patriotiques aux Etats-Unis.

 

Les journées patriotiques aux Etats-Unis relatives à des commémorations militaires et/ou politiques sont celles-ci :

 

- 4 juillet : Independance Day : célébration de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique (1776).

 

- Dernier lundi de mai : Memorial Day : cette journée est dédiée aux citoyens des Etats-Unis morts pour la patrie. Jour de congé officiel, d’abord appelé Decoration Day (en l’honneur des hommes et femmes qui donnèrent leur vie pour la nation pendant la Guerre de Sécession – 1861-1865), le terme Memorial, plus rassembleur (la première appellation n’étant que peu fêtée par les états du Sud) apparaît à la fin du 19ème siècle. Peu à peu, cette commémoration s’élargit et depuis la Première Guerre mondiale, elle s’adresse à tous les morts pour la patrie des Etats-Unis. Pour des raisons pratiques, et principalement en-dehors des Etats-Unis, elle est souvent fêtée plutôt le dernier week-end du mois de mai. A cette occasion, le président américain se rend au cimetière militaire d’Arlington en Virginie et des défilés et commémorations se déroulent partout dans le pays et à chaque lieu glorifiant des faits d’armes américains. Ainsi dans le département des Hauts-de-Seine sont concernés : le Mémorial de l’Escadrille Lafayette et le cimetière américain de Suresnes.

 

- 11 novembre : le 11 novembre se déroule la journée des anciens combattants américains ; elle est appelée Veterans’ Day.

 

 

2 – Associations patriotiques.

 

Les associations patriotiques américaines sont très nombreuses. Il serait vain de les citer toutes. Voici les plus connues :

 

  • - American Legion : créée à la fin de la Première Guerre mondiale par des vétérans, l’American Legion est une association patriotique qui compte dans ses rangs près de trois millions de membres, répartis dans plus de 15.000 posts (sections). Elle œuvre pour l’entraide entre anciens combattants et leurs familles, la revalorisation des pensions, la couverture médicale et le système de santé. Elle intervient dans l’éducation, grâce au financement d’écoles, de bourses, et d’aides diverses. Elle est également un groupe de pression important, dans une mouvance conservatrice.

 

  • - The Veterans of Foreign Wars of the United States (VFW) : organisation officielle de veterans de l’Armée américaine. Pour en faire partie, il faut non seulement être citoyen des Etats-Unis et également avoir servi dans l’armée dans un corps expéditionnaire à l’étranger durant un conflit, et avoir reçu une médaille ou un ruban. Forte de près de 1,5 millions de membres, la VFW possède plusieurs posts dans les Hauts-de-Seine, entre autres sur la commune d’Issy-les-Moulineaux. L’association récolte de l’argent pour aider des œuvres sociales et éducatives, dans le but de soutenir les anciens combattants.

 

  • - L’AMVETS ou American Veterans : formée par des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, elle travaille pour améliorer le quotidien des anciens combattants, notamment dans le cadre des systèmes de santé. De plus en plus, elle s’ouvre aux anciens combattants des récents conflits. Active dans le lobbying politique, l’association regroupe également des sections de mères, filles ou sœurs de vétérans, de même que pour les pères, frères et fils.

 

  • - L’American Overseas Memorial Day Association (AOMDA) : chargée de célébrer le Memorial Day à l’étranger. L’association a été créée en 1920 (reconnue d’utilité publique en 1952) dans le but de perpétuer la mémoire des Américains et Américaines morts pour la liberté et enterrés en dehors des Etats-Unis. Son action concerne les lieux connus, mais aussi les tombes et monuments isolés. Ainsi, ils sont au nombre de 183 et se trouvent sur 123 communes en France, 12 en Suède, 120 au Danemark et le même nombre en Norvège. Un peu partout l’association travaille en étroite collaboration avec les ambassades américaines, de même qu’avec les consulats et les représentations de l’American Legion.

 

  • - L’American Battle Monuments Commission (ABMC) : il ne s’agit pas à proprement parler d’une association mais de l’agence officielle du gouvernement américain en charge de l’entretien des cimetières et monuments militaires des Etats-Unis à l’étranger. Ceux-ci se trouvent aussi bien en France, qu’en Angleterre ou en Belgique, mais aussi en Tunisie, aux Philippines ou encore en Italie ou au Mexique. Bénéficiant généralement de l’extra-territorialité, ces monuments et cimetières comprennent près de 94.000 tombes et rappellent le souvenir de plus de 125.000 disparus. En France, les cimetières américains sont situés dans les lieux suivants :

 

  •  
    • - Aisne-Marne Cemetery, à Belleau (Bois-Belleau) dans le département de l’Aisne (2.289 tombes de militaires américains morts pendant la Première Guerre mondiale).
    • - Brittany American Cemetery, sur la commune de Saint-James, dans la Manche (4.410 tombes – combats de la bataille de Normandie en 1944).
    • - Epinal American Cemetery, dans le département des Vosges (5.225 tombes – combats de 1944-1945).
    • - Lorraine American Cemetery and Memorial, situé sur la commune de St-Avold en Moselle. L’un des plus grands cimetières américains de 1944-45 en Europe avec plus de 10.500 tombes individuelles (et une plaque rappelant le sacrifice de 444 disparus, « missing in action »).
    • - Meuse-Argonne Cemetery and Memorial, placé sur la commune de Romagne-sous-Montfaucon (Meuse). Là sont enterrés plus de 14.500 militaires américains tués au cours des combats dans ce secteur, au cours d’une année (fin 1917 – fin 1918). Une stèle rappelle aussi la mémoire de soldats tués en 1918-1919 lors d’une expédition dans le nord de la Russie (devenue bolchévique).
    • - Normandy, l’un des cimetières américains les plus célèbres de France et du monde (Il faut sauver le soldat Ryan). Il contient les restes de près de 10.000 américains, dont Théodore Roosevelt Junior, fils aîné du président Théodore Roosevelt (1858-1919) mort d’une crise cardiaque sur le front normand en 1944 (il était également vétéran de la Première Guerre mondiale).
    • - Oise-Aisne Cemetery and Memorial, sur la commune de la Fère-en-Tardenois (Aisne). Il comprend les restes de 6.018 victimes américaines des offensives de 1918 dans le secteur.
    • - Rhone Cemetery and Memorial. Le site de Draguignan dans le Var a été retenu car placé sur la route empruntée par la 7ème Armée US dans sa conquête du territoire français sur les Allemands en 1944. Le cimetière présente 861 tombes individuelles.
    • - Somme ; cimetière situé sur le territoire de Bony dans l’Aisne et qui contient 1.844 tombes individuelles et une stèle portant mention de 333 disparus (combats de 1918).
    • - Saint-Mihiel, dans le département de la Meuse, près de Verdun. Théâtre de combats d’une férocité et d’une ampleur inouïes, Saint-Mihiel représente l’une des victoires majeures de l’Armée américaine pendant la Première Guerre mondiale (réduction du « saillant de Saint-Mihiel). 4.153 tombes individuelles y sont placées.
    • - Suresnes American Cemetery and Memorial. Ce cimetière est présenté dans le cadre du second volet de cette étude.

 

Lire la suite

Publié le 3 Mai 2009


 
Hommage national du 23 novembre 2008.

 

Un lieu de pèlerinage.

 

Le Mont Valérien est une colline, d’une hauteur de 162 mètres, qui domine l’ouest de Paris, et qui se situe sur les communes de Suresnes, de Nanterre et de Rueil-Malmaison. En France, le Mont Valérien est considéré comme un des hauts lieux de la Mémoire.

 

Au départ connu comme ermitage médiéval, un calvaire y est installé au cours du 15ème siècle. Puis, le lieu devient pèlerinage et, sous Louis XIII, des chapelles, rappelant les stations du Chemin de Croix sont bâties. Elles constituent autant d’étapes pour les processions des Parisiens, qui s’y rendent en masse. En 1634, une congrégation, les Prêtres du Calvaire, s’établie sur le mont, mais, cinquante ans plus tard, compte tenu de fréquents désordres, le pèlerinage est interdit, et la congrégation est dispersée. Plus tard, les prêtres sont remplacés par des laïcs qui y prononcent des vœux temporaires. Arrive la Révolution. Comme un bon nombre d’édifices religieux, le Mont Valérien est saccagé par les révolutionnaires.

 

Après la signature du Concordat entre Bonaparte, Premier consul, et le pape Pie VII, l’ordre ecclésiastique s’y installe à nouveau (des moines trappistes). Plus tard, le même Bonaparte, devenu l’empereur Napoléon 1er, fait construire des bâtiments – qui existent toujours – et dont le but est d’être maison d’éducation pour la Légion d’honneur.

 

Sous Louis XVIII puis Charles X, le Mont Valérien reprend totalement sa vocation religieuse et la société des Missions de France s’y installe. Symbole d’un christianisme royaliste ultra, le lieu est particulièrement visé pendant les Trois Glorieuses en 1830. Le nouveau roi des Français, Louis-Philippe, décide de dissoudre la communauté chrétienne et intègre la colline dans le réseau de fortifications de la défense de Paris.

 

 

Le fort du Mont Valérien.

 

L’actuel fort du Mont Valérien est construit à partir de 1841, et s’intègre dans le réseau de seize forts qui doivent défendre la capitale ; ceux-ci sont eux-mêmes intégrés comme avant-postes dans l’enceinte fortifiée qui fait le tour de Paris (forts de Nogent, Noisy, Issy, Montrouge, Vanves, …).

 

Peu après sa construction, le fort commence par être utilisé comme prison. Des opposants à Louis-Napoléon Bonaparte, devenu l’empereur Napoléon III, y séjournent. Il s’agit de Gustave de Beaumont, Achille Chaper, Joseph-Edmond Fayolle.

 

Le 19 juillet 1870 éclate la Guerre franco-prussienne. Après quelques semaines de combats, les forces prussiennes arrivent sur la capitale. Le fort du Mont Valérien joue un rôle très important. Les troupes républicaines du Gouvernement de la Défense nationale font feu depuis le fort, grâce à de nombreux et puissants canons, sur le château de Saint-Cloud tenu par les ennemis. Puis, au moment de la Commune de Paris, le fort est pris par les troupes versaillaises du gouvernement Thiers.

 

 

Mémorial de la France combattante.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, le fort du Mont Valérien est utilisé pour la défense aérienne : un important projecteur y est placé pour voir de nuit les avions du IIème Reich et tenter de déclencher d’éventuelles ripostes avec l’envoi de chasseurs.

 

Mais c’est surtout au cours du conflit suivant que le Mont Valérien est tristement célèbre : la forteresse est rapidement utilisée par les soldats nazis pour être une prison. Les interrogatoires qui s’y déroulent sont d’une barbarie sans nom. Bientôt, des otages, des résistants, des Français libres y sont exécutés. Il serait vain de faire une liste exhaustive de toutes celles et ceux qui ont perdu la vie dans la petite clairière jouxtant l’édifice et aujourd’hui appelée « clairière des fusillés ». Néanmoins, il convient de citer quelques noms : Honoré d’Estienne d’Orves, Gabriel Péri, André Bloch, des membres du réseau du Musée de l’Homme, Jacques Decour, Arthur Dallidet, Missak Manouchian et les 21 résistants de son réseau, … Certains jours, les exécutions se suivent à un rythme terrible : le 15 décembre 1941, 70 otages dont 44 viennent du camp de Drancy sont fusillés ; le 11 août 1944, alors que les Alliés sont aux Portes de Paris, 93 détenus du camp de Royallieu sont exécutés.

 

Après la libération totale du territoire national, le général de Gaulle décide, en juin 1945, de consacrer ce lieu au Devoir de Mémoire. Henri Freynay, ministre des prisonniers, déportés et réfugiés du Gouvernement provisoire de la République française, y fait inhumer 15 corps de combattants de la Guerre 1939-1945, originaires de Métropole et des colonies. Il demande à ce que soient également placés les corps de Berty Albrecht et Renée Levy, grandes résistantes, massacrées par les nazis. 

 

En 1958, à nouveau au pouvoir, le général de Gaulle charge Félix Brunau de faire construire un véritable monument au pied de la forteresse : le Mémorial de la France combattante est né. L’esplanade de l’édifice fait 10.000 m2 et un mur long de 150 mètres, en granit rose des Vosges, permet d’organiser des prises d’armes et des commémorations ; au centre, est sculptée une immense croix de Lorraine. Elle marque l’entrée de la crypte où reposent les combattants, avec une particularité : le caveau n°9 est vide car il attend le corps du dernier Compagnon de la Libération.

 

Au-devant de cette croix se trouve une flamme, qui brûle en permanence, comme sous l’Arc de Triomphe de Paris : « Quoi qu’il arrive, la flamme de la Résistance ne s’éteindra pas – 18 juin 1940 – Charles de Gaulle ».

 

Par la suite, des modifications et des compléments sont ajoutés : en 1962, c’est l’inauguration du « parcours des fusillés » ; en 1989, est inauguré le « bosquet de la Liberté » ; en 1997, sur proposition de Robert Badinter, un monument sur lequel figurent les noms des fusillés est approuvé par le Sénat et inauguré en 2003.

 

Quant à la forteresse du Mont Valérien, aujourd’hui, elle est le siège du 8ème Régiment de Transmissions ; du colombier militaire national et du musée colombophile militaire ; du Centre national d’études et de formations pour l’enfance inadaptée. Elle est aussi utilisée dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense pour des missions comme l’Opération Artemis (RD Congo en 2003) ou l’EUFOR (Tchad / RCA en 2007-2009).

 

Enfin, quatre lieux funéraires complètent l’ensemble des édifices, bâtiments et lieux de Mémoire du Mont Valérien : le cimetière du Mont Valérien, construit au 19ème siècle ; le cimetière américain de Suresnes, qui contient des tombes de soldats américains tombés pendant les deux guerres mondiales ; le cimetière paysager du Mont Valérien, créé par la ville de Nanterre en 1969 et le crématorium du Mont Valérien, ouvert en 1999.

 

Le Mémorial de la France combattante est ouvert tous les jours de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 17h00 (19h00 en été) ; pour se renseigner ou organiser une visite de groupe, il convient de prendre des renseignements au 01 49 74 35 87.

 

Les moyens d’accès sont les suivants :

 

  SNCF : Ligne Paris Saint Lazare - Versailles - Arrêt gare de Suresnes

  RATP : RER A La Défense ou ligne n° 1 La Défense puis bus n° 360 (arrêt Mont Valérien ou Hôpital Foch Cluseret)

  TRAMWAY : Val de Seine T2 La Défense - Issy les Moulineaux - Station de Suresnes : Longchamp

  ROUTE : Porte Maillot - Pont de Suresnes

 

 

Lire la suite

Publié le 17 Décembre 2008

 

 

Situé dans la Domaine de Villeneuve, ce mémorial a été construit entre 1926 et 1929, par l’architecte français Alexandre Marcel, à l’initiative d’un ancien pilote, Guerard Hamilton. Il bénéficia de l’appui des Autorités françaises ainsi que de nombreux donateurs américains, telles les familles Prince, Chapman, Vanderbilt et surtout William Cromwell, avocat américain installé à Paris, qui s’occupa du suivi et du financement des travaux.

 

 

Le monument est dédié à la mémoire et le sacrifice des aviateurs américains de l’Escadrille La Fayette. La crypte abrite les restes de 68 aviateurs, morts au combat pour aider la France à se sortir des griffes de l’Aigle allemand. Les noms sont repris et gravés sur le monument même.

 

Genèse

 

L'Escadrille La Fayette s'est constituée en 1916, par de jeunes américains présents en France, sur la base de trois principes : tout Américain qui se respecte connaît alors l'importance du rôle de la France et de son marquis au moment de l'Indépendance en 1776 ; un sentiment de solidarité entre les deux nations ; des appels et des manifestes qui paraissent dans toute la presse demandant aux étrangers résidant en France de s'engager dans l'Armée française (l'un des appels les plus célèbres étant celui de Blaise Cendrars, lui-même Légionnaire).

 

Pourquoi l’aviation ? Il faut bien penser qu’aux débuts de la Première Guerre mondiale, les avions portent une image de rêve, noble, chevaleresque, et que de jeunes américains, relativement aisés pour bon nombre d’entre eux, ne rêvent que d’exploits à raconter à la « mère-patrie ». D’autant que certains combattent depuis 1915 et que leurs prouesses sont portées aux nues dans les journaux d’outre-Atlantique.

 

La création de l'escadrille n'est pas simple : alors que les Etats-Unis ne sont pas en guerre contre l’Allemagne, comment prendre en compte des dizaines de soldats américains, et à commencer par leur inspirateur, Norman Prince, diplômé de Harvard et fils d’un industriel ayant de nombreux intérêts en France ? L'affaire est réglée par l'engagement de l'ensemble des pilotes dans la Légion Etrangère. L'escadrille s'installe à Luxeuil-les-Bains.

 

Premiers combats

 

La première mission de l’Escadrille La Fayette consiste à surveiller et protéger les bombardiers anglais stationnés à Luxeuil. A l’époque, un bombardier est un engin volant à 70 km/h au maximum, très lourd, très long au décollage, et dont l’armement de défense se résume à un mécanicien – placé derrière le pilote – équipé d’une carabine Winchester !

 

Pour autant, équipée de « bébés » Nieuport, des chasseurs bien armés et volant à près de 150 km/h, l’escadrille remporte sa première victoire : un biplace allemand armé de deux mitrailleuses est abattu. La fête qui s’ensuit reste dans la mémoire des aviateurs pendant des semaines… Il faut dire que le mess est sponsorisé par de riches donateurs, et que son chef est l’ancien saucier du Ritz de New York. Cette réputation fait très vite le tour de ce qui n’est pas encore une « armée de l’Air » : tout aviateur se trouvant dans les environs de Luxeuil, connaît, comme par hasard, une avarie. Il est, néanmoins, indispensable d'en passer par la tradition, et à ses risques et périls : caresser les crinières de Whisky et Soda, les deux lions mascottes de l’escadrille !

 

Outre Norman Prince, les premiers pilotes sont : Victor Chapman, Elliot Cowdin, Bert Hall, James Mac Connel, Kiffin Rockwell (auteur de cette première victoire), William Thaw (...). Ils sont placés sous le commandement d'un officier français, le capitaine Georges Thenault, secondé du lieutenant de Laage de Meux.

 

Verdun

 

Par la suite, l’Escadrille La Fayette est envoyée à Bar-le-Duc pour prendre part à la bataille de Verdun. Dès les premiers combats, trois pilotes sont tués ou grièvement blessés. Norman Prince meurt au retour d’une mission au-dessus de l’Allemagne. Puis ce sont les fronts de la Somme et de l’Aisne. Là encore, c’est une hécatombe ; bien que les pilotes soient équipés de Spad, plus maniables et plus performants que les Nieuport, les décès sont nombreux.

 

Le 16 août 1917, le général Pétain décerne à l'escadrille sa première citation à l'ordre de l'armée : "Escadrille composée de volontaires américains venus se battre pour la France, avec le plus pur esprit de sacrifice. A mené sans cesse sous le commandement du capitaine Thenault qui l'a formée, une lutte ardente contre nos ennemis. A soulevé l'admiration profonde des chefs qui l'ont eue sous leurs ordres et des escadrilles françaises qui, loin de l'affaiblir, exaltaient son moral, a abattu 28 avions ennemis homologués".

 

La fin

 

A la fin de l'année 1917, la majeure partie des pilotes de l'Escadrille La Fayette rejoint le Corps expéditionnaire américain ; dans sa forme originelle, l'unité cesse d'exister le 18 février 1918. Son insigne – une tête de Sioux – et ses traditions seront repris par l'Armée de l'Air française. Aujourd'hui, c'est l'escadron de chasse 2/4 La Fayette, stationné à Luxeuil, qui en à la charge.

 

En France, la célébration du Memorial Day (journée du Souvenir pour les Américains), se déroule notamment à Marne-la-Coquette. Les cérémonies sont l’occasion de se remémorer les liens d’amitiés et de confraternités d’armes qui unissent la France aux Etats-Unis d’Amérique, et de se rappeler qu’il y a un plus de quatre-vingt dix ans, de jeunes exaltés décidèrent, au péril de leur vie, de se battre en l’honneur d’un marquis qui avait engagé son nom et sa fortune en se mettant aux ordres de George Washington.

 

Retrouvez toutes les photographies de ces commémorations dans les albums appelés « Memorial Day ».

 

Le capitaine Thenault et son chien Fram devant un avion de type Spad.



Le capitaine Thenault entouré des premiers pilotes de l'Escadrille la Fayette.

Lire la suite