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Publié le 11 Novembre 2020

11 novembre 1920 – Le cercueil du soldat inconnu est transporté sous l’Arc de Triomphe (© Gallica – BNF).

11 novembre 1920 – Le cercueil du soldat inconnu est transporté sous l’Arc de Triomphe (© Gallica – BNF).

 

Maurice Genevoix – Ceux de 14 : « Notre guerre… Vous et moi, quelques hommes, une centaine que j’ai connus. En est-il donc pour dire : « La guerre est ceci et cela » ? Ils disent qu’ils comprennent et qu’ils savent ; ils expliquent la guerre et la jaugent à la mesure de leurs débiles cerveaux.

On vous a tué, et c’est le plus grand des crimes. Vous avez donné votre vie, et vous êtes les plus malheureux. Je ne sais que cela, les gestes que nous avons faits, notre souffrance et notre gaîté, les mots que nous disions, les visages que nous avions parmi les autres visages, et votre mort.

Vous n’êtes guère plus d’une centaine, et votre foule m’apparaît effrayante, trop lourde, trop serrée pour moi seul. Combien de vos gestes passés aurai-je perdus, chaque demain, et de vos paroles vivantes, et de tout ce qui était vous ? Il ne me reste plus que moi, et l’image de vous que vous m’avez donnée.

Presque rien : trois sourires sur une toute petite photo, un vivant entre deux morts, la main posée sur leur épaule. Ils clignent des yeux, tous les trois, à cause du soleil printanier. Mais du soleil, sur la petite photo grise, que reste-t-il ? »

 

11 novembre 2020, Maurice Genevoix (1890-1980) – lieutenant au 106e RI, blessé gravement aux Eparges en 1915, écrivain, prix Goncourt, académicien, secrétaire perpétuel de l’Académie française de 1958 à 1973 – entre au Panthéon. « Au moment où les voix des Poilus se sont éteintes pour toujours il est incompréhensible que « Ceux de 14 » ne figurent pas au Panthéon. Ils en franchiront tous le seuil avec leur porte-voix que fut Maurice Genevoix » a écrit Emmanuel Macron, président de la République.

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Publié le 8 Novembre 2020

Une voiture remorque colombophile de l’Armée d’Orient en juin 1917. Sortie pour l'entraînement quotidien. Droits : Vardar Izvor (ECPAD).

Une voiture remorque colombophile de l’Armée d’Orient en juin 1917. Sortie pour l'entraînement quotidien. Droits : Vardar Izvor (ECPAD).

De l’efficacité des pigeons.

Au moment du conflit franco-prussien de 1870-1871, des pigeons permettent des communications entre le gouvernement en exil à Tours (puis Bordeaux) et la capitale. A la suite de cette expérience, l’armée française décide de créer deux centres d’instruction de colombophilie militaire à Coëtquidan et à Montoire.

Dès le début de la Première Guerre mondiale, les troupes se déplacent sur des grandes distances, notamment grâce au train. Mais il n’est pas rare que des unités soient isolées. Comment envoyer des messages ? Le téléphone existe bien, mais il nécessite une installation de milliers de piquets et coûte de nombreuses vies humaines : les téléphonistes sont des cibles privilégiées pour des tireurs isolés !

Alors, et c’est vrai pour l’ensemble des belligérants, les pigeons voyageurs sont largement utilisés. Ils sont transportés dans des unités mobiles de campagne, des camions spéciaux, comme cela est montré sur la photographie, qui se déplacent au gré des besoins sur les différents fronts. Mais les pigeons peuvent également être lancés depuis des avions ou des navires. Au total, plus de 60.000 pigeons seront mobilisés pendant la Première Guerre mondiale.

Les pigeons ont leur reconnaissance officielle. Ils sauvent des milliers de soldats en prévenant d’une attaque imminente ou en transmettant l’ordre à une unité de changer de direction afin de ne pas tomber dans une embuscade. Certains pigeons deviennent des héros comme Vaillant, dernier pigeon du fort de Vaux en juin 1916, qui transmet un ultime message du commandant Raynal : « Nous tenons toujours, mais nous subissons une attaque par les gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager. Faites-nous donner de suite toute communication optique par Souville, qui ne répond pas à nos appels. C’est mon dernier pigeon ». Selon les versions, le pauvre animal, intoxiqué par les gaz, mourra juste après avoir délivré son message, ou plus paisiblement en 1929, année de la disparition du commandant Raynal !

 

La réaction ennemie.

Dans les zones occupées, les Allemands interdisent aux civils de lâcher des pigeons. Cela est régulièrement rappelé dans les journaux, et les peines peuvent aller jusqu’à la mort : « les personnes qui trouveraient des pigeons voyageurs sont tenues de les remettre à l’autorité militaire, faute de quoi elles seront suspectées d’espionnage et s’exposeront à des poursuites ; les infractions commises par négligence seront punies d’un emprisonnement pouvant atteindre 3 ans ou d’une amende pouvant s’élever jusqu’à 10.000 marks ».

 

Des monuments.

Il existe au moins deux monuments à la gloire des pigeons voyageurs et de leur rôle pendant le premier conflit mondial : l’un est situé dans le parc Astrid à Charleroi en Belgique ; le second près du zoo de Lille.

Aujourd’hui, l’armée de terre a conservé une tradition de colombophilie, et possède un musée dédié à l’animal et à ses apports, situé au Mont Valérien, dans l’enceinte de la caserne du 8e régiment de transmissions. On peut y voir différents panneaux retraçant l’histoire de l’armée et de ses pigeons, de même que certains spécimens dont le fameux Vaillant, ainsi que sa distinction.

 

 

 

MUSÉE COLOMBOPHILE MILITAIRE : Mont Valérien - 92150  Suresnes.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • Fonds ECPAD.
  • Jean-Michel Derex, Le pigeon Vaillant, héros de Verdun, Paris, Éditions Pierre de Taillac, 2016, 32 
  • Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

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Publié le 19 Septembre 2020

Quand les cavaliers mirent pied à terre…

Le chef d’escadron Spitzer.

 

Saint-Cyrien de la promotion « Bourbaki » (1897-1899), le chef d’escadron Georges Spitzer sort de l’école en tant qu’officier de cavalerie. Il est affecté au 5e régiment de cuirassiers, en garnison à Tours (le 5e « cuir »). Dès l’été 1914, l’unité participe aux opérations des 3e et 4e armées, que ce soit en Belgique, dans les Ardennes ou en Champagne. En 1915, on la retrouve dans la Somme, puis en Champagne. En 1918, elle est au Chemin des Dames puis dans la forêt de Villers-Cotterêts.

 

Le 12 juin 1918, alors qu’il a 40 ans, le chef d’escadron Spitzer est tué à l’ennemi, non loin de Dommiers, dans l’Aisne. Military Cross, croix de guerre avec 5 citations, dont une à l’Ordre de l’Armée : « Officier supérieur de première élite qui s’est distingué par son courage et son intelligente activité, chaque fois que le régiment a été employé depuis le 28 mai 1918. Mortellement blessé le 12 juin pendant qu’il s’assurait avec son habituel mépris du danger et sous un bombardement de la plus extrême violence, des dispositions prises pour arrêter une très forte attaque. Légion d’honneur ».

 

D’abord enterré au cimetière militaire du château de Valsery, Georges Spitzer est ensuite transféré en nécropole militaire. Dans un livre d’histoire locale, Albert de Bertier de Sauvigny parle de la mort du chef d’escadron Spitzer : « Il est ruisselant de sang. Un éclat d’obus l’a atteint près de la carotide, alors qu’il était dans un abri de la ligne G.M.P., un peu à droite en avant des Trois Peupliers de Saint-Pierre-Aigle ».

 

Quelques mois plus tard, il est déclaré Mort pour la France et le jugement est transféré en mairie de Rueil-Malmaison.

 

Mais un autre fait doit retenir notre attention : le 5e cuirassiers a été transformé depuis le 20 mai 1916 en régiment à pied !

 

Les régiments de cavalerie sont démontés.

 

La guerre franco-prussienne de 1870-1871 a été marquée par des échecs retentissants de la cavalerie, comme la charge de Reishoffen. Il est dès lors décidé d’utiliser la cavalerie pour des actions défensives ou de repérages, comme les patrouilles ou la reconnaissance. Parfois, des attaques fulgurantes sont néanmoins confiées à la cavalerie. Il s’agit alors d’obtenir une décision rapide.

Les premiers mois de 1914 voient l’utilisation de la cavalerie dans ces circonstances. Mais au moment où il faudrait poursuivre l’ennemi – quoi de mieux que des régiments avec des chevaux – les cavaliers se voient « trahis » par leur monture. Jean de Soultrait, brigadier au 17e dragons : « Nous sommes fatigués par le manque de sommeil et la chaleur. Les chevaux aussi sont sellés des vingt-quatre heures de suite avec de lourds paquetages. Ils ne sont guère fougueux ! Les pauvres bêtes, la tête basse et les pattes écartées, restent où on les a laissées dans une absolue torpeur ! ».

De plus, face à la puissance de feu de l’infanterie et de l’artillerie, la cavalerie se révèle très vulnérable. En 1915, la guerre des tranchées immobilisent les soldats et rend impossible toute tentative de charge sabre au clair ! Aussi, est-il décidé de « démonter » les régiments de cavalerie et de transformer les cavaliers en fantassins en les équipant de fusils adéquats. On parle alors de « cuirassier à pied », de « dragons à pied »…

Peu à peu, reprenant leur doctrine d’emploi de mouvement, les unités de cavalerie sont envoyées pour colmater les brèches du front. Elles sont utilisées comme infanterie montée. Commençant à être équipées d’automobiles – bientôt blindées et armées – pour accélérer leur transport, ces unités perpétuent leur capacité de déplacement rapide et elles augmentent considérablement leur puissance de feu. Elles retrouvent leur mission initiale !

En 1918, le maréchal Foch est totalement convaincu de la renaissance de la cavalerie grâce aux « chevaux vapeurs » : « Lorsque les voitures AMAC actuellement en service seront disponibles, par suite de la constitution des nouveaux groupes du type Lorfeuvre : créer, au moyen de ces voitures, des sections d’AMAC pour les corps d’armée, à raison d’une section par corps d’armée, affectée à l’EM du régiment de cavalerie de ce corps d’armée et servie par des cavaliers prélevés sur les effectifs des escadrons. » Le président du Conseil Clemenceau donne son accord définitif dans une lettre du 5 octobre 1918.

En juillet 1935, la 4e division de cavalerie est totalement mécanisée, changeant à ce moment de nom pour devenir la 1ère division légère mécanique du général Flavigny, un des promoteurs de la cavalerie blindée. Quelques mois plus tard, en octobre 1935, la 3e division de cavalerie de l’armée de terre allemande est elle aussi mécanisée pour devenir la « 1. Panzer Division ». En France, il faudra attendre janvier 1940 pour la création de la 1ère division cuirassée.

En fait, au cours de la Première Guerre mondiale, les chevaux seront surtout employés là ou ils ne pourront pas être facilement remplacés par l’automobile : travaux sur le front occidental, unités militaires sur les fronts d’Afrique du Nord, du Sahara, du Proche-Orient et les montagnes de Serbie et de Macédoine où le général français Jouinot-Gambetta réalisera une des dernières charges de cavalerie de l’armée française avec la prise d’Uskub ( Skopje) en 1918.

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site internet Chtimiste sur l’historique des régiments et des batailles.
  • Site du Ministère des Armées : Mémoire des hommes – Fiche individuelle du chef d’escadron Georges Spitzee.
  • Site du Ministère des Armées : Chemins de Mémoire.
  • Damien Baldin : « Les tranchées ont-elles enterré la cavalerie ? », dans le numéro 225 de la revue « Guerres mondiales et conflits contemporains ».
Cavaliers en mission de reconnaissance.

Cavaliers en mission de reconnaissance.

Un cuirassier à pied.

Un cuirassier à pied.

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Publié le 7 Mars 2020

A Puteaux, le 20e RAC d’Henri Erhard.

Henri Alphonse Erhard au 20e RAC.

 

Henri Erhard nait à Puteaux le 19 avril 1894. Appelé à faire la guerre en 1914, il est versé en tant que canonnier servant au 20e RAC (régiment d’artillerie de campagne).

 

Le 20e RAC a son casernement à Poitiers (département de la Vienne). Il est partie de la 9e brigade d’artillerie, qui est l’artillerie de la 17e division d’infanterie, elle-même composée des 68e régiment d’infanterie (casernement à Le Blanc dans l’Indre), 90e (Châteauroux dans l’Indre), 114e (Saint-Maixent dans les Deux-Sèvres) et 125e (Poitiers et Thouars dans les Deux-Sèvres).

 

En août 1914, le 20e participe à la bataille de Morhange puis à celle de la Marne. Sur le site Chtimiste, l’auteur indique : « certains historiens considèrent l’épisode de Sainte-Sophie (9 septembre 1914) comme un tournant de la bataille de la Marne. Les Allemands avaient engagé leur meilleure troupe (la Garde prussienne) pour percer à tout prix sur le plateau de la ferme Sainte-Sophie. Le 20e, sans aucune protection d’infanterie, voit arriver la garde jusqu’à 800 mètres devant leurs canons. Ils tirent à tir tendu, les Allemands sont fauchés ».

 

L’année suivante, le 20e est envoyé dans les Flandres, dans la région d’Ypres. Il sert de soutien à ses régiments d’infanterie à Neuville Saint-Vaast. C’est là que le jeune Henri trouve la mort, le 16 juin 1915.

 

Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la ville de Puteaux.

 

Composition d’un régiment d’artillerie de campagne.

 

En août 1914, un régiment d’artillerie de campagne (RAC) est formé de 3 Groupes de 3 batteries d’artillerie.

 

Une batterie est armée avec 4 canons de 75. La batterie montée de 75 est la batterie traditionnelle de l'artillerie de campagne. Elle est commandée par un capitaine de l'armée d'active. Sur le pied de guerre, le personnel de la batterie est réparti en 9 pelotons de pièce. Chaque pièce est commandée par un maréchal-des-logis, assisté de un ou de deux brigadiers : les quatre premières pièces attellent chacune un canon de 75 et un caisson, avec deux avant-train, la 5° pièce attelle 2 caissons et 2 avant-train, la 6° pièce attelle 3 caissons et 3 avant-train, la 7° pièce attelle 3 caissons et 3 avant-train, la 8° pièce attelle la forge et le chariot de batterie, la 9° pièce attelle le train régimentaire qui comprend le chariot-fourragère et 3 fourgons à vivres.

 

Les 5 premières pièces constituent la batterie de tir, qui est placée sous les ordres d’un lieutenant de l'armée d'active. Les 6°, 7° et 8° pièces constituent l'échelon de combat, positionné 4 à 500 mètres en arrière de la position de tir, est placé sous les ordres d’un lieutenant de réserve. La 9° pièce constitue une partie du train régimentaire. Lorsque cette 9° pièce est réunie à la batterie, elle est placée sous les ordres d’un lieutenant de réserve.

 

Les moyens d’une batterie sont donc de : 3 officiers, 171 hommes, 168 chevaux, 22 voitures (dont 19 attelées à 6 chevaux et 3 attelées à 2) pour 4 canons. Chaque canon de 75 (dont le poids est de 1140 kg) emporte dans ses coffres un total de 120 coups (72 dans le caisson, 24 dans chaque avant-train). Les 8 caissons et avant-train emportent un total de 768 coups (8*72 + 8*24), soit 192 coups supplémentaires par canon de 75. La dotation initiale de la batterie est donc de 1248 coups de 75, soit 312 par canon.

 

La batterie agit au sein du groupe de batterie, commandé par un chef d'escadron. Chaque division d'infanterie comporte 1 régiment d’artillerie de campagne (RAC) à 3 groupes d'artillerie de campagne, soit 9 batteries. Chaque corps d'armée possède sa propre artillerie composée d’un régiment d’artillerie à 4 groupes, soit 12 batteries. On l’appelle l’artillerie de corps. Un corps d'armée à deux divisions d'infanterie aligne donc 30 batteries, soit 120 canons de 75. Avec la dotation contenue dans les 360 caissons et 480 avant-trains, la capacité de tir est de 37440 coups. Toutefois, même avec cette quantité énorme de munitions immédiatement disponible, la cadence élevée du 75 (20 coups par minute) en vient rapidement à bout (16 minutes en théorie) lors d'une préparation d'artillerie.

 

 

Sources :

 

  • Les Poilus, Pierre Miquel, Ed. Terre Humaine Plon.
  • Pétain, Marc Ferro, Fayard.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Page internet : http://www.alp22400.net/expo2014/rac1914.pdf
  • Site internet Memorial GenWeb – Fiche individuelle d’Henri Erhard.
  • Site Chtimiste sur les régiments de la Première Guerre mondiale.
A Puteaux, le 20e RAC d’Henri Erhard.

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Publié le 9 Janvier 2020

Joseph Colrat à Verdun.

Joseph Colrat nait le 30 mars 1894 à Buzeins dans le département de l’Aveyron, pays de volcans, des monts d’Aubrac, du château de Buzareingues. Pays de paysans, de gens de peu qui s’expatrient pour beaucoup vers la capitale pour y trouver du travail, ou plus loin, du côté de l’Amérique latine. Pays huguenot, meurtris par des siècles d’une histoire mouvementée…

 

C’est le temps où la République française a les yeux fixés sur son expansion coloniale. Elle suit attentivement les exploits de ses héros en Afrique, entre autres à Tombouctou. Bientôt un Ministère des Colonies est créé. Pendant ce temps-là, la ville de Lyon s’apprête, tout comme à Paris, à inaugurer son exposition coloniale. Et le chef du Gouvernement, Jean Casimir-Périer veut renouer le dialogue avec l’église dans un « esprit nouveau ».

 

Mais les temps changent rapidement. En juin 1894, le président de la République, Sadi Carnot, est assassiné par un anarchiste, Caserio, à Lyon. Puis, à l’automne, débute ce qui sera appelé plus tard l’Affaire Dreyfus !

 

Vingt ans plus tard débute la Première Guerre mondiale. Joseph Colrat est incorporé au 58e régiment d’infanterie. Classe 1914, il porte le matricule 1201 au Recrutement de Mende, en Lozère, et le numéro 6131 au Corps. Le 58e RI est alors stationné à Avignon et son dépôt est à Arles. Il fait partie de la 59E brigade d’infanterie, de la 30e division, du 15e corps d’armée. Au déclenchement de la guerre, l’unité est composée de trois bataillons.

 

Dès les premiers jours de la guerre, le 58 est appelé à servir en Lorraine. Il combat à Lagarde, dans la forêt de Bride puis à Koecking, où pas moins de 700 soldats sont mis hors de combat. Dans les jours qui suivent, à Dieuze, ce sont cette fois 1.200 hommes du régiment qui sont tués ou blessés.

 

Quelques semaines plus tard, le 58e RI participe à la Première bataille de la Marne. L’année suivante voit le régiment être à Verdun jusqu’au mois de mai, puis il est porté sur Reims jusqu’au 15 mars 1916. Là, retour sur Verdun alors que les combats font rage…

 

Depuis le 21 février 1916, Verdun est le théâtre de la plus grande, la plus sanglante, la plus démentielle bataille de la Première Guerre mondiale. Au mois de juin 1916, les Allemands sont tout près de Verdun dont ils peuvent apercevoir les spires de la cathédrale. Le général en chef allemand, Falkenhayn, croit la victoire à sa portée. Le 18 juin 1916, il fait bombarder le secteur avec des obus au phosgène. Mais 70.000 soldats allemands doivent attendre, l’arme à la bretelle, que le gaz se dissipe pour attaquer. Ce temps précieux est mis à profit par les armées françaises pour refaire les positions. Le 23 suivant, les Allemands réussissent une percée de 6 kilomètres et occupent la crête de Fleury.

 

Mais sur le front ouest, en Picardie, dans le même temps, les Anglais déclenchent une vaste offensive (la plus importante pour eux durant ce conflit). Qui plus est, de l’autre côté, plein est, les Russes avancent et les Italiens parviennent à faire reculer les Autrichiens. Le haut-commandement allemand décide de prélever du front de Verdun des unités entières, ainsi que des batteries : l’urgence n’est plus l’anéantissement de Verdun, donc de l’armée française, mais de colmater et repousser à l’ouest et à l’est. Le 11 juillet, Falkenhayn lance encore une attaque contre le Fort de Souville : après des heures et des heures de bombardement, des hommes de la Wehrmacht se hissent en haut du fort… pour être aussitôt fait prisonniers par les Français.

 

C’en est fini des attaques allemandes sur Verdun. Les Français reprennent l’initiative.

 

Extrait du Journal de Marche du 58e régiment d’infanterie : 1er août 1916. Des infiltrations ennemies se sont produites à la droite de nos tranchées. Le 58e est alerté et prend ses positions. A A6h, le 58 reçoit ses ordres : « Le 2 août à 13 h, le 61 RI attaquera le tranchée Bismarck dans le Bois Franco-Boche (ouest de la Côte du Poivre). Le 58 sera alerté à partir de 4h du matin. En exécution de cet ordre, la 3e compagnie sera portée dans la nuit à la tranchée de Lille. » Pendant toute la journée tir violent par rafales sur la Ligne intermédiaire.

 

2 août – Le 61e RI a pris la tranchée de Bismarck. Journée calme pour la Ligne intermédiaire mais tir violent sur le Bois de de Mauvé. A 22h, le colonel commandant la brigade donne l’ordre de mettre à la disposition de la 60e brigade à la tranchée de Lille, la 2e compagnie du 58 qui occupait encore la Ligne de soutien de la Ligne intermédiaire.

 

3 août – Quelques obus seulement sur le groupe Est et sur la Ligne intermédiaire.

 

4 août – Quelques obus sur la Carrière. Bombardement du ravin du Bois en T et du ravin des Trois Cornes. »

 

C’est malheureusement là que se trouvait Joseph Colrat. Ce jour-là, il est déclaré « Tué à l’ennemi ».

 

Joseph Colrat était le grand-oncle de Valérie Colrat, pilier du Comité de Châtillon du Souvenir Français. Un grand-oncle que Valérie n’a jamais connu.

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales de Valérie Colrat.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Site internet Chtimiste sur l’historique des régiments et des batailles.
  • Site du Ministère des Armées : Mémoire des hommes – Fiche individuelle Joseph Colrat et Historique du 58e régiment d’infanterie.
  • Site du Ministère des Armées : Chemins de Mémoire.

 

Joseph Colrat à Verdun.

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Publié le 1 Novembre 2019

Au Père Cougouluenhes de La Garenne-Colombes.

Marius Théophile Michel Cougouluenhes nait le 30 octobre 1878 sur la commune des Laubies, dans le département de la Lozère. Très jeune, il entre dans les ordres. Il devient prêtre du diocèse de Paris et vicaire à la paroisse Saint-Urbain de La Garenne-Colombes.

 

A l’âge de 36 ans, il s’engage dans l’armée pour défendre la patrie en danger. Il est affecté en tant que soldat à la 20e SSEM (Section des Secrétaires d’Etat-Major et du Recrutement). Cette unité fait partie du Gouvernement Militaire de Paris, qui regroupe entre autres : le 13e régiment d’artillerie de campagne de Vincennes ; les 1ère et 7e divisions de cavalerie (pour partie) ; le 19e escadron du train des équipages ; les sapeurs-pompiers et donc cette 20e section des secrétaires.

 

Le Père Cougouluenhes meurt le 15 octobre 1918, des suites d’une maladie contractée pendant le service, quinze jours avant son 40e anniversaire.

 

Son nom figure sur de nombreux monuments et plaques commémoratives, indiquant par là un parcours ecclésiastique riche : dans le 4e arrondissement de Paris, son nom est inscrit sur le tableau de la paroisse Saint-Paul Saint-Louis ; son nom figure sur la plaque commémorative de l’église de La Madeleine dans le 8e ; sur celle de Notre Dame de la Croix, dans le 20e ; sur celle de l’église Notre-Dame du Rosaire de Saint-Ouen-sur-Seine et sur celle du monument aux morts de La Garenne-Colombes.

 

 

Sources :

 

Encyclopédie Wikipédia.

Encyclopédie Larousse.

Site internet :

  • Memorial GenWeb.
  • Mémoire des Hommes – Première Guerre mondiale – Fiche individuelle.
  • Ch’timiste – Site remarquable sur les unités et les batailles de la Première Guerre mondiale.

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Publié le 11 Août 2019

Au lieutenant Denouille de Garches.

Gaston Denouille nait le 30 octobre 1885 à Paris, dans 9e arrondissement. De la classe 1905, il porte le matricule 12 au Corps et 910 au 4e Bureau de recrutement de la Seine.

 

Officier de réserve, il est affecté au 143e régiment d’infanterie en 1914, dont les casernements sont à Carcassonne et à Castelnaudary. Il fait partie de la 64e brigade d’infanterie, 32e division, 16e corps d’armée.

 

En 1914, cette unité participe à la campagne de Lorraine puis, de septembre à octobre, se bat en Woëvre, dans la Meuse. En novembre, elle est envoyée en Belgique, dans les Flandres, dans le cadre de la « course à la mer ».

 

Au début du mois de décembre 1914, le régiment s’installe au village de Groot-Mierstraat, non loin de Wijtschate. Extrait du Journal de Marche et des Opérations du 143e : « Le 12 décembre, en exécution de l’ordre de la 32e division, une reconnaissance est poussée pour vérifier l’efficacité des tirs des autos-canons sur une mitrailleuse installée à la lisière sud du bois. Elle n’aboutit pas. Dans la nuit, la section franche détache quelques patrouilles pour se rendre compte des travaux mais ne peut approcher assez près par suite de la fusillade et en peut remplir la mission (…).

 

Le 14 décembre à 7h, le déclenchement du tir de l’artillerie se produit et pendant 45 minutes les obus se succèdent sans interruption. Les Allemands ne répondent pas. (…) Le 143e avait alors pour mission de marcher et de s’emparer de la ferme de Hollande. Mais dès que la 6e compagnie commençait à progresser, elle était prise à partie par une mitrailleuse allemande située à hauteur d’une haie perpendiculaire à nos tranchées. Cette compagnie subissait des pertes sensibles mais continuait tout de même à s’approcher à environ 25 mètres du réseau de fil de fer des tranchées allemandes, qu’elle ne pouvait malheureusement pas détruire ; un officier de cette compagnie était blessé, il ne restait plus que pour commander qu’un officier de réserve. La 7e compagnie débouchait à droite de la 6e et avec un esprit d’offensive remarquable, grâce aux officiers qui la commandaient, parvenait par une marche très rapide à une faible distance du réseau de fil de fer couvrant les tranchées allemandes. Cette unité, comme la précédente, éprouvait de nombreuses pertes. Le capitaine Martrou commandant la compagnie a été particulièrement remarquable. Allant sous le feu d’une section à l’autre, il indiquait les objectifs, les positions à prendre. Les tranchées étaient prises. Les pertes de la journée s’élevaient à 60 tués et 98 blessés ».

 

Parmi les tués, figure le lieutenant Denouille, qui plus tard sera cité à l’ordre du régiment : « A été blessé en entraînant vigoureusement sa section en avant sous le feu violent de l'ennemi, après avoir eu son capitaine tué. A donné l'exemple de la plus grande bravoure en se mettant à la tête de sa section et en s'élançant à l'assaut des trachées allemandes. Blessé mortellement, a continué à exhorter ses hommes à aller de l'avant. »

 

Le nom du lieutenant Denouille est inscrit sur le Monument aux Morts de la mairie du 9e arrondissement de Paris et celui de la ville de Garches.

 

 

 

Sources :

Encyclopédie Wikipédia.

Encyclopédie Larousse.

Site internet :

  • Memorial GenWeb.
  • Mémoire des Hommes – Première Guerre mondiale – Fiche individuelle.
  • Ch’timiste – Site remarquable sur les unités et les batailles de la Première Guerre mondiale.
  • Journal du Marche du 143e RI.

 

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Publié le 21 Avril 2019

Henri de Broutelles de Clamart.

Henri de Broutelles nait à Paris le 11 septembre 1889, dans le 10e arrondissement, boulevard de Magenta. Ses parents sont Maurice et Caroline Mathilde Elisa de Broutelles. Lui est suisse et statuaire et elle est éditrice. Née à Alger, Caroline restera dans l’Histoire comme la directrice des publications féminines à la Librairie Hachette et surtout comme la fondatrice et secrétaire perpétuelle du Prix Fémina. Ce qui lui vaudra la Légion d’Honneur en 1925.

 

La famille habite Paris, au 26 rue Vavin dans le 6e arrondissement et a sa maison de campagne à Clamart, dans ce qui est à l’époque le département de la Seine. Alors que Caroline créé le « Sou du jour », qui est une œuvre qui consiste à envoyer des paquets aux soldats, mais aussi des vêtements et des meubles, le fils, Henri, s’engage en février 1915 au Régiment de Marche de la Légion étrangère (il est suisse). Mais il passe immédiatement à l’aviation, arme noble de l’époque.

 

Le sergent pilote Henri de Broutelles est abattu le 11 mai 1917, non loin de Prosnes, dans la Marne. Il meurt des suites de ses blessures dans l’ambulance 7 du 2e corps au Mont Cornillet. Il avait 27 ans.

 

Son nom est inscrit à Clamart, et aussi sur la plaque de l’église de Chatenay-Malabry.

 

 

Sources :

 

Encyclopédie Wikipédia.

Encyclopédie Larousse.

Site internet : Memorial GenWeb

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Publié le 7 Novembre 2018

Soldats du 101e RI de Courbevoie.

Soldats du 101e RI de Courbevoie.

« Et c’est fini…

Voici la feuille blanche sur la table, et la lampe tranquille, et les livres… Aurait-on jamais cru les revoir, lorsqu’on était là-bas, si loin de sa maison perdue ?

On parlait de sa vie comme d’une chose morte, la certitude de ne plus revenir nous en séparait comme une mer sans limites, et l’espoir même semblait s’apetisser, bornant tout son désir à vivre jusqu’à la relève. Il y avait trop d’obus, trop de morts, trop de croix ; tôt ou tard notre tour devait venir.

Et pourtant c’est fini…

La vie va reprendre son cours heureux. Les souvenirs atroces qui nous tourmentent encore s’apaiseront, on oubliera, et le temps viendra peut-être où, confondant la guerre et notre jeunesse passée, nous aurons un soupir de regret en pensant à ces années-là.

Je me souviens de nos soirées bruyantes, dans le moulin sans ailes. Je leur disais : « Un jour viendra où nous nous retrouverons, où nous parlerons de nos copains, des tranchées, de nos misères et de nos rigolades… Et nous dirons avec un sourire : « c’était le bon temps ! »

Avez-vous crié, ce soir-là, mes camarades ! J’espère bien mentir, en vous parlant ainsi. Et cependant…

C’est vrai, on oubliera. Oh ! Je sais bien, c’est odieux, c’est cruel, mais pourquoi s’indigner : c’est humain… Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l’eau limpide dort sur un lit de bourbe, le cœur de l’homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond…

On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L’image du soldat disparu s’effacera lentement dans le cœur consolé de ceux qu’ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.

Non, votre martyre n’est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe.

Les maisons renaîtront sous leurs toits rouges, les ruines redeviendront des villes et les tranchées des champs, les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.

C’était le bon temps.

Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. Croix de 1914, ornées de drapeaux d’enfants qui ressembliez à des escadres en fête, croix coiffées de képis, croix casquées, croix des forêts d’Argonne qu’on couronnait de feuilles vertes, croix d’Artois, dont la rigide armée suivait la nôtre, progressant avec nous de tranchée en tranchée, croix que l’Aisne grossie entraînait loin du canon, et vous, croix fraternelles de l’arrière, qui vous donniez, cachées dans le taillis, des airs verdoyants de charmille, pour rassurer ceux qui partaient. Combien sont encore debout, des croix que j’ai plantées ?

Mes morts, mes pauvres morts, c’est maintenant que vous allez souffrir, sans croix pour vous garder, sans cœur pour vous blottir. Je crois vous voir rôder, avec des gestes qui tâtonnent, et chercher dans la nuit éternelle tous ces vivants ingrats qui déjà vous oublient.

Certains soirs, comme celui-ci, quand, las d’avoir écrit, je laisse tomber ma tête dans mes deux mains, je vous sens tous présents, mes camarades. Vous vous êtes tous levés de vos tombes précaires, vous m’entourez, et dans une étrange confusion, je ne distingue plus ceux que j’ai connu là-bas de ceux que j’ai créé pour en faire les humbles héros d’un livre. Ceux-ci ont pris des souffrances des autres, comme pour les soulager, ils ont pris leur visage, leurs voix, et ils se ressemblent si bien, avec leurs douleurs mêlées, que mes souvenirs s’égarent et que parfois, je cherche dans mon cœur désolé, à reconnaitre un camarade disparu, qu’une ombre tout semblable m’a caché.

Vous étiez si jeunes, si confiants, si forts, mes camarades : oh ! Non, vous n’auriez pas dû mourir… ».

 

 

Source :

Les Croix de Bois, de Roland Dorgelès, Albin Michel, 1919.

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Publié le 30 Octobre 2018

Gustave Durassié, maître-imprimeur à Malakoff.

Le carré militaire de Malakoff dédié à la Première Guerre mondiale comporte 120 sépultures. Parmi elles, figure celle de Gustave Durassié (1887-1986), adjudant puis lieutenant au 95e R.I., combattant à Fleury-devant-Douaumont en 1916, maître imprimeur à Malakoff, président national de l’association Ceux de Verdun de 1951 à 1974, commandeur de la Légion d’honneur.

 

« Debout les morts ».

A son arrivée au 95e, Gustave Durassié se lie d’amitié avec un autre adjudant, Jacques Péricard. L’unité a quitté Bourges et le camp d’Avord en août 1914. Partie de la 16e division d’infanterie et du 8e corps d’armée, formée de Berrichons, de Bourguignons et de Nivernais, elle est rattachée à la 1ère Armée du général Dubail.

Depuis, le 95e est de tous les fronts : en Lorraine, où il perd 500 soldats, puis dans la Woëvre en 1914 ; sur les secteurs de la forêt d’Apremont et de Bois-Brûlé l’année suivante. A cette occasion, au cœur des tranchées du saillant de Saint-Mihiel, où les hommes se battent au corps à corps pour chaque mètre de terrain, l’adjudant Jacques Péricard hurle à ses hommes épuisés, abrutis par tant de sauvagerie « Debout les morts ! ».

Publié anonymement après la guerre, la Campagne 1914-1918 du 95e régiment d’infanterie (librairie Chapelot à Paris) indique ceci : « Du 19 au 31 janvier 1916, le 95e est relevé et quitte ce secteur où, depuis quinze mois, il combat avec un courage qui ne s'est jamais démenti, et où, gradés et soldats ont prouvé surabondamment, sous des bombardements effroyables et dans des attaques meurtrières leur grand cœur, leur stoïque ténacité et leur absolu mépris de la mort. »

Puis, le 95e est dirigé sur Fleury-devant-Douaumont le 24 février 1916. Il doit relever les 51e et 72e divisions d’infanterie, laminées par le rouleau compresseur ennemi. Le 25, « les soldats du 95e ont l’impression d’être seuls, abandonnés du reste de l’Armée, holocaustes choisis pour le salut de Verdun. Vers le milieu de l'après-midi, le bombardement cesse et l'attaque se produit. Des masses, jaillies du bois d'Haudremont, submergent le malheureux 1er bataillon mais se brisent contre nos mitrailleuses et nos feux de salve, à nous. Les Allemands s'aplatissent, se terrent. Et le bombardement reprend. Il est de courte durée, cette fois. La fumée qui couvrait le fort se dissipe et, de sentir cette force si près, cela rassure nos hommes. Ils sont tous à leurs postes, attentifs à l'assaut que ce calme présage. Soudain, un cri : « Les voilà ! » ... J'ai dit que le 3e bataillon occupait les tranchées autour du village. Ces tranchées formaient un angle droit. Sur la plus grande branche, parallèle à la rue et face à la cote 347, les 9e, 10e et 11e compagnies. Sur la plus petite, face au fort, la 12e compagnie ou, plus exactement, un peloton de la 12e compagnie : la 4e section que je commande en qualité de lieutenant, la 3e section sous les ordres de l'adjudant Durassié. Avec nous, la section de mitrailleuses du 3e bataillon, sous les ordres du capitaine Delarue. Delarue et Durassié sont toujours vivants. Et vivants également une quinzaine d'hommes qui étaient avec nous ce jour-là...Perte du village de Douaumont qu'occupait le 3e bataillon du 95e RI.  La nuit vient. Il neige. Le combat continu. Le 26, le 2e bataillon en réserve dans le ravin de Thiaumont reçoit, sans bouger d’une semelle, un bombardement terrible de 9h du matin à 5h du soir. A 16h30, nouvelle attaque allemande sur la route Douaumont – Bras ; elle est repoussée après un corps à corps furieux. Des tirailleurs qui fléchissaient à notre droite, reviennent à la charge sous l’énergique intervention du capitaine Ferrère. Le régiment a subi de grosses pertes. Il a été pendant deux jours le bouclier de la France, et a écrit une des plus belles pages de son histoire.»

Le 95e est relevé. A Verdun, la très grande majorité des régiments ne reste en ligne que quelques jours ou plus rarement quelques semaines. Ces relèves maximisent la diffusion des informations et des images de « l’enfer de Verdun » au sein de toute l’armée française. Dans les semaines qui suivent, Fleury-devant-Douaumont est pris et repris seize fois. Chaque assaut donne lieu à un bombardement d’une intensité prodigieuse. A Verdun, 80 % des tués le sont du fait des bombes.

Le 95e va continuer la guerre en Argonne en 1917, puis en Champagne l’année suivante. Durassié et Péricard terminent la guerre avec le grade de lieutenant.

 

« L’Almanach du Combattant ».

Jacques Péricard et Gustave Durassié sont devenus amis. On l’a vu. Ils ne se quitteront plus.

Jacques Péricard est né le 17 décembre 1876 à Saint-Florentin, dans le département de l’Indre. Il épouse en premières noces Marguerite Leroux à Paris, puis se remarie en 1917 avec Alice Ritte, à Vierzon, et sera père de onze enfants, parmi lesquels le journaliste et homme politique Michel Péricard (député des Yvelines entre 1978 et 1999). Jacques Péricard mourra le 18 mars 1944 dans l’Allier. Il aura droit à des obsèques nationales, avec la présence du maréchal Pétain.

Après la guerre donc, Gustave Durassié reprend son métier d’imprimeur et Jacques Péricard devient un journaliste et un écrivain connu et reconnu du monde combattant. Le premier va alors imprimer ce qu’écrira le second.

Péricard est prolixe en idées et suggestions pour animer le Devoir de Mémoire : en 1921, il propose que la Flamme sous l’Arc de triomphe soit ravivée chaque soir ; l’année suivante il sort l’Almanach du Combattant qui devient une publication maîtresse du monde du combattant. Cette revue existera entre 1922 et 1993 et publiera des milliers d’articles sur des batailles de la Première Guerre mondiale, des récits, des carnets de bord, des biographies de combattants, mais aussi des contes, des poésies et des pièces de théâtre

Mais Péricard et Durassié ne vont pas en rester là.

Les deux hommes travaillent sur Verdun : la bataille doit rester dans la mémoire collective française. Des entreprises de tourisme, comme Michelin, s’en emparent et créent des guides. De même, les cars Citroën déversent chaque mois des centaines de visiteurs sur le site. Quant à l’ossuaire de Douaumont, conçu au lendemain de l’armistice de 1918 à l’initiative de Monseigneur Charles Ginisty, évêque de Verdun, il est inauguré le 7 août 1932 par le Président de la République, Albert Lebrun.

De leur côté, Durassié et Péricard lancent l’idée d’un volume souvenir qui serait construit à partir de témoignages de poilus de Verdun. Leur appel rencontre un large écho, et ils reçoivent plus de 5.000 réponses. Le gros volume illustré qu’ils en tirent est un succès. Cette affaire contribue à conférer à Verdun une valeur symbolique éminente.

Une association est aussi créée. Il s’agit de Ceux de Verdun.

 

« Ceux de Verdun ».

L’association  Ceux de Verdun est donc créée en 1923 par Gustave Durassié et Fernand Ducom, lui aussi ancien combattant. L’idée étant de regrouper tous les soldats qui s’étaient battus sur les terres sacrées de Meuse. Le premier président de l’association est Jacques Péricard.

En 1938, à Paris, les Anciens de Verdun officialisent cette association par la création de la Fédération Nationale de Ceux de Verdun. Cet organisme central fédère les amicales siégeant dans chaque région de France. L’ensemble étant régi par la loi de 1901. Il en existe toujours et certaines ont des sites Internet très actifs comme celle de Lyon, d’Orléans ou encore de Nice (…).

Trimestriellement paraît le journal de la fédération intitulé « le Combattant de Verdun », dans lequel les articles des écrivains, des historiens, des carnets d’anciens et des récits de descendants, portent témoignage de cette Bataille. La page « Vie des amicales » relate l’activité des différentes représentations régionales, comme les commémorations locales, les voyages sur les terres de Meuse, les assemblées générales, etc…

En 1951, Gustave Durassié, alors âgé de 64 ans, prend les rênes de Ceux de Verdun et devient président national. Il laissera sa place 23 ans plus tard et décèdera en 1986. Auparavant, il aura été un membre actif du conseil d’administration de l’association Le Souvenir Français.

 

A l’occasion du centenaire de l’Armistice de 1918, le Souvenir Français a décidé d’honorer 100 soldats de la Première Guerre mondiale. Gustave Durassié est l’un d’eux.

 

 

 

Sources :

 

  • Joffre, Arthur Conte, Ed. Olivier Orban.
  • Les Poilus, Pierre Miquel, Ed. Terre Humaine Plon.
  • Pétain, Marc Ferro, Fayard.
  • 1918 : la victoire, Pierre Miquel, Tallandier.
  • 1916, l’année de Verdun, Service historique des armées, Ed. Lavauzelle.
  • Site « Wikipedia ».
  • Campagne 1914-1918 du 95ème régiment d’infanterie, librairie Chapelot.
  • Journal de Marche et des Opérations du 95ème régiment d’infanterie.
  • Centre de Recherche Internationale et de Débats sur la Guerre 1914-1918 ; travaux de Stéphan Agosto et Jean-Claude Poncet.
  • Site Internet sur Verdun : www.verdun-meuse.fr

 

Gustave Durassié, maître-imprimeur à Malakoff.

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