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Publié le 10 Septembre 2017

Le Chinois de la Légion étrangère.

Dans le cimetière de Vic-sur-Aisne (carré F, tombe 59), une stèle marque la dernière demeure du soldat Ma Yi Pao, mort pour la France.

Au cours de la 1ère Guerre mondiale, six Chinois s’engagèrent dans la Légion Étrangère. Parmi eux, le soldat Ma Yi Pao.

En fait, son nom est Ma Yubao (马毓宝). Né à Kunming (alors Yunnan-sen) en 1894 dans une famille Hui (musulmans chinois) son nom reflète les ambitions que ses parents fondent sur lui (Trésor d’éducation). Il entre au Lycée provincial dans la section industrielle en 1909. Puis il est admis par concours à l’Académie militaire du Yunnan avant de rejoindre en 1912 celle de Nankin grâce à ses études remarquables.

En 1913, il rejoint le soulèvement révolutionnaire du Jiangxi, à Hukou comme Chef de Bataillon. Après l’échec du soulèvement il rejoint l’armée du Yunnan.

En 1915, alors que Yuan Shikai se fait nommer Empereur, la Seconde Armée du Yunnan se mobilise ; Ma est nommé commandant en second du Général Yang Yixian et est stationné à Guilin au Guangxi. Peu après, il regagne le Yunnan comme commissaire au recrutement puis il y devient instructeur à Mongtsé. Là, centre ferroviaire de la ligne du chemin de fer du Yunnan, il fréquente le Consul de France. Aux récits de ce dernier des atrocités germaniques, le jeune capitaine se décide à soutenir l’effort de guerre français.

Le Consul lui ouvre la voie vers Hanoi où il rencontre le Gouverneur Albert Sarraut, et en décembre 1916 il entre dans l’armée française mais ne souhaite que servir à la défense. En février 1917, il est envoyé au Maroc pour faire ses classes au sein du régiment de marche de la Légion étrangère.

Lorsque le « Gouvernement du Nord » déclare à son tour la guerre à l’Allemagne, le Gouverneur du Yunnan via l’attaché militaire de l’Ambassade de Chine à Paris autorise le Légionnaire Ma à rejoindre le front. Ce dernier, le Lt-Général Tang, lui demande de tenir un journal, ce que fit scrupuleusement Ma.

Au front en 1918, il se montre courageux et déterminé. Lors des combats sur l’Ancre, dans la Somme, en mars 1918, il est blessé à la tête par un éclat d’obus. Guéri, il revient à son unité pour participer à la bataille de l’Oise, en juin, où il est gazé et évacué. Soigné à Paris, il reçoit la Croix de Guerre. L’ambassadeur de Chine Hu Weide, tout en reconnaissant son courage et son audace, demande alors pour le préserver qu’il soit affecté à l’arrière comme élève officier. Mais Ma estime que le travail n’est pas achevé et remonte au front. Il est de nouveau atteint et il succombe à de nouvelles blessures à l’ambulance 3/55, à Jaulzy, dans l’Oise, le 2 septembre 1918.

Il est enterré au cimetière de Vic, près de Soissons dans l’Aisne selon le rite musulman.

Une cérémonie funéraire est conduite au printemps 1920 à Kunming, présidée par le Seigneur de la guerre Tang Jiyao, en présence de divers dignitaires chinois et étrangers. Le livre d’honneur comporte des compliments de la part du gouvernement chinois, d’ambassades ainsi que (et surtout) de Sun Yat-sen et Li Yuanhong.

 

 

Sources :

 

  • Cet article a été repris de celui publié par Philippe Fourneraut, pour la Délégation du Souvenir Français de Chine et d’Asie.
  • Nos remerciements et nos salutations amicales à Claude Jaeck, Délégué général.
  • Site Internet « Mémoire des Hommes ».
  • Site Internet « Chemins de la Mémoire ».
  • Archives du département de l’Aisne.
  • Stéphane Audoin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker, Encyclopédie de la Grande guerre, Bayard, 2004.
  • John Buchan, La bataille de la Somme, Thomas Nelson & Sons, 1920.
  • Marjolaine Boutet et Philippe Nivet, La bataille de la Somme, Taillandier, 2016.
  • John Keegan, La Première Guerre mondiale, Perrin, 2003.

 

 

Le Chinois de la Légion étrangère.

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Publié le 1 Juillet 2017

Les soldats américains débarquent en France.

Les soldats américains débarquent en France.

1917 aux Etats-Unis.

 

Le président Woodrow Wilson, ancien gouverneur de l’Etat du New Jersey, non loin de celui de New-York, a été élu pour un premier mandat le 5 novembre 1912. Il est réélu – de justesse – quatre années plus tard en 1916 sur le slogan suivant : « Nous ne sommes pas en guerre, grâce à moi ». En dépit de relations particulièrement détériorées avec le Reich allemand, les Etats-Unis cherchent à être fidèles à une politique qu’ils suivent depuis près d’un siècle : l’isolationnisme. En effet, en 1823, le président américain Monroe a présenté sa conception de la politique étrangère : que les Etats-Unis n’interviennent pas dans les affaires de l’Europe comme les puissances européennes ne doivent pas intervenir dans celles des Amériques.

 

Tout au long du siècle écoulé, les Etats-Unis ont eu pour but premier de se constituer un vaste territoire géographique et économique. Ils ont dû par la suite affronter une guerre civile – la Guerre de Sécession – particulièrement meurtrière et destructrice.

 

Aussi, n’est-il pas question d’interférer dans ce conflit mondial, mais principalement européen. En janvier 1917, le président Wilson propose qu’il soit mis fin à la guerre en plaidant pour une paix sans vainqueurs. Wilson sait ce que les Etats-Unis doivent à la France pendant la Guerre d’indépendance ; il sait aussi que les Allemands cherchent par tous les moyens à les entraîner dans la guerre (torpillage du Lusitania, ce paquebot anglais où vont périr plus d’un millier de personnes dont près de 200 Américains).

 

Peu à peu, la bonne conscience américaine de neutralité se lézarde. La population n’est pas insensible à des appels d’écrivains, comme Blaise Cendrars, ou de personnalités ayant pour mot d’ordre : « Quand l’Amérique a eu besoin de la France, celle-ci est intervenue. Aujourd’hui, la France a besoin de l’Amérique ! ». Cette même Amérique qui se passionne pour les exploits de jeunes compatriotes qui combattent dans l’aviation française, sous les couleurs de l’Escadrille Lafayette. D’autres jeunes américains – c’est moins connu – s’engagent dans la Légion étrangère (tel le poète Alan Seeger), seule arme pouvant les accueillir, puisque les Etats-Unis ne sont pas en guerre.

 

L’escalade est là : en février 1917, les Etats-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l’Empire allemand. Depuis l’affaire du Lusitania en décembre 1915 et après la décision de l’Allemagne de couler tous les bateaux voguant sur l’Atlantique, la situation n’est plus tenable. L’opinion américaine est prête pour la guerre.

 

En avril, Wilson fait un discours au congrès pour demander une déclaration de guerre à l’Allemagne ; demande acceptée le 6 de ce même mois. Le lendemain, le Panama et Cuba déclarent la guerre à l’Allemagne. La Bolivie, le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua, le Costa Rica, le Pérou, l’Uruguay, la république dominicaine et l’Equateur rompent leurs relations diplomatiques avec cette même Allemagne. Cela traduit bien d’ailleurs le rôle des Etats-Unis dans sa zone d’influence.

 

L’arrivée des troupes américaines en France.

 

Le 3 mai, le corps expéditionnaire est constitué. Les hommes se rassemblent dans les ports d’embarquement, dont Norfolk dans l’Etat de Virginie. Les premiers soldats débarquent à Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1917. A leur tête se trouve le général John Pershing. Il est accompagné d’un lieutenant qui deviendra célèbre quelques années plus tard : Patton !

 

Extrait du Journal l’Illustration : « Avec leurs uniformes de drap olive, leurs feutres à larges bords, leurs ceintures à pochettes multiples, cette allure de jeunes cow-boys de l’Ouest américain, ils apportaient une note de pittoresque inédit dans nos décors de guerre ».

 

Pershing multiplie les rencontres officielles durant les semaines qui suivent. Le 28 juin, il assiste, à Saint-Nazaire à l’arrivée de la 1ère division d’infanterie US. Le 4 juillet, jour de fête nationale américaine, il se recueille sur la tombe du marquis de La Fayette au cimetière de Picpus à Paris. C’est à cette occasion que le colonel Stanton lance la phrase devenue célèbre : « La Fayette, nous voilà ! » qui déchaîne l’enthousiasme de la foule massée aux abords du cimetière.

 

Le 21 août, il inspecte les troupes avec le général Pétain. Les consignes du président Wilson sont très claires. L’armée américaine doit restée indépendante. Elle est formée par l’armée française, mais en aucun cas, ses troupes ne doivent être « amalgamées » aux unités françaises.

 

Le déploiement des troupes et les engagements.

 

Pour amener en moins de 18 mois plus de deux millions de soldats, des tonnes de matériels, de munitions, d’armes, de ravitaillement de toutes sortes, les Américains vont créer en France des camps, des ports et des gares. C’est là qu’arrivent, le 26 juin 1917, les premiers bâtiments d’un convoi parti de New York qui amène 14.750 hommes. Le 9 août, une deuxième base américaine est créée à Bassens, en Gironde, puis en septembre, des travaux d’aménagement commencent à Pontanézen, près de Brest, pour la construction d’une véritable ville qui va accueillir 70.000 militaires américains en transit avant de monter au front. A Bassens, les Américains créent un port artificiel capable de recevoir et de décharger vingt navires à la fois.

 

Bientôt, ils relient chacun de leurs ports et de leurs camps par des voies de chemin de fer qui vont jusqu’à l’Ile-sur-Tille (Côte d’Or) en passant par Bourges et par Tours. A Gièvres (Loir-et-Cher), une immense gare régulatrice est installée. Elle comprend deux gares de triage, avec 145 hectares de stockage, un dépôt pétrolier, une usine frigorifique, un arsenal pour les munitions, un atelier de 200 locomotives… En novembre 1918, le personnel américain du chemin de fer s’élève à plus de 30.400 agents pour un parc de 14.000 wagons et de 1.380 locomotives.

 

Le rythme des débarquements de troupes s’accélère et de 78.000 « Sammies » (les soldats de « l’Oncle Sam ») présents au début du mois de novembre, le corps expéditionnaire américain compte près de 150.000 hommes sur le sol de France au 31 décembre. Un an plus tard, ils seront deux millions.

 

L’année 1917 voit ainsi la mise en place de la machine de guerre des Etats-Unis qui, pour la première fois, interviennent dans un conflit à l’échelle mondiale et s’imposent comme une grande puissance.

 

Les combats.

 

En novembre 1917 a lieu le premier engagement des troupes américaines. Il se déroule dans la région de Lunéville. En avril, les Américains combattent près de Saint-Mihiel, au sud-est de Verdun. Le 28 mai 1918, un régiment de la 1ère DIUS est engagé dans la bataille de Cantigny (région de Montdidier). Au prix de lourdes pertes, il tient le village de Cantigny conquis sur la 18e armée allemande. C’est une première consécration de la valeur des troupes américaines.

 

En juin suivant, les troupes combattent victorieusement à Château-Thierry puis au Bois-Belleau. Les pertes sont élevées parmi les 2e et 3e DIUS. Mais elles tiennent !

 

A l’automne 1918, les Américains sont de l’offensive Meuse-Argonne. Le général Pétain confie aux troupes du général Pershing la réduction du saillant de Saint-Mihiel. Le 14 septembre 1918, les Américains sont à Fresnes-en-Woëvre : les Eparges ne sont plus aux mains des Allemands qui perdent en moins de deux jours tout le terrain conquis en septembre 1914 ainsi que 13.200 prisonniers et 460 canons. Quelques semaines plus tard, sous les coups de butoir des armées française et américaine, les Allemands sont repoussés au nord du département de la Meuse.

 

Le maréchal Foch prépare une nouvelle offensive. Elle doit conduire l’armée française vers le sud de l’Allemagne. Quant aux DIUS, elles doivent prendre Metz et la Lorraine. Mais ce plan ne se déroulera jamais. Le 11 novembre, l’armistice est signé.

 

L’aide américaine.

 

L’aide américaine n’a pas été que militaire. D’abord, des millions de colis sont envoyés depuis les Etats-Unis pour les soldats des DIUS, mais pas uniquement : ces colis s’adressent à tous les soldats et aux populations civiles. Par ailleurs, des dons affluent à l’ambassade de France à Washington. Des vêtements, des aliments, des pansements, du tabac, des cadeaux de Noël sont offerts pour les enfants. Des nombreuses associations se mobilisent dans ce sens.

 

Des volontaires des services médicaux, médecins et personnels spécialisés se regroupent au sein de l’Ambulance américaine de Paris qui s’organise très rapidement autour de l’Hôpital américain de Neuilly. De son côté, l’American Volunteer Motor Ambulance, créé par Richard Norton, un ancien d’Harvard, transporte des milliers de blessés. Cette initiative est bientôt rejointe par l’Ambulance Field Service et par l’American Red Cross. De nombreux ambulanciers sont des hommes célèbres, à commencer par Ernest Hemingway.

 

L’aide américaine est aussi visible dans les hôpitaux où les dernières avancées de la recherche outre-Atlantique sont déployées et testées.

 

Un bilan.

 

Au cours de son engagement dans la Première Guerre mondiale, les Etats-Unis ont perdu 117.000 hommes, répartis ainsi : 53.400 tués au combat et 63.115 morts accidentelles ou de maladies (la grippe espagnole ayant fait des ravages). Ils ont eu 206.000 blessés.

 

Puis, pendant les années 1920, le War Departement réalise en France de vastes cimetières et d’impressionnants mémoriaux. L’entretien, la garde et la pérennité des nécropoles et des monuments fédéraux sont confiés à l’American Battle Monument Commission, créée en 1923 et dont le premier président est le général Pershing. A proximité des lieux mêmes des combats ou des lieux de leur installation, les Américains érigent des monuments imposants, notamment la Colonne commémorative de Montfaucon et le Mémorial de Montsec dans la Meuse et la Colonne de Fismes dans la Marne. Beaucoup d’entre eux sont endommagés durant la Seconde Guerre mondiale et reconstruits par la suite. Sur le territoire français, six nécropoles recueillent les corps de 30.066 Américains dont 1.586 inconnus : Aisne-Marne à Belleau et Oise-Aisne à Fère-en-Tardenois (Aisne), Meuse-Argonne à Romagne-sous-Montfaucon (Meuse), Saint-Mihiel à Thiaucourt (Meurthe-et-Moselle), Somme à Bony (Somme). Les 1.541 Américains décédés à l’hôpital de Neuilly reposent dans la nécropole de Suresnes.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.
  •  André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.
  • - Pierre Miquel : Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002.
  • Yves-Henri Nouailhat, France et Etats-Unis, août 1914-avril 1917, La Sorbonne, 1979.
  • Jacques Pernet, l’Armée américaine en France, Alan Sutton, 2007.
  • Collectif, La Fayette nous voilà, Editions Italiques, 2008.
  • Nadine Bonnefoi, Les Chemins de la Mémoire, n°168, Janvier 2007.
  • Site du Centenaire : www.centenaire.org

 

Au cimetière de Picpus, devant la tombe du marquis de La Fayette.

Au cimetière de Picpus, devant la tombe du marquis de La Fayette.

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Publié le 28 Mai 2017

Septembre terrible : les frères Roquigny de Courbevoie.

Tombe triple.

Il est fréquent de voir dans les carrés militaires des tombes où sont enterrés deux frères. Trois, c’est plus rare. C’est le cas par exemple à Rueil-Malmaison avec la sépulture des frères Lambert. A Courbevoie, c’est celle des frères Roquigny qui attire l’attention. Et ce d’autant plus, qu’ils sont tous morts en septembre !

 

Trois frères.

Raoul nait le 7 mars 1880 à Maronne dans le département actuel de Seine-Maritime. De classe 1900, il porte le matricule 11102 au Corps et 982 au Recrutement du 2e bureau de la Seine. Il est sergent au 28e régiment d’infanterie. En 1914, ce régiment a ses casernements et lieux de regroupement à Evreux et Paris, aux forts de Saint-Denis, de Stains, de Montmorency et de Domont. Il fait partie de la 11e brigade d’infanterie, 6e division d’infanterie et 3e corps d’armée. Son chef de corps est alors le colonel André Allier.

 

Norbert Roquigny est né le 9 octobre 1885 à Paris dans le département de la Seine. Classe 1905, il porte le matricule 18069 au Corps et 3544 au Recrutement. Il est sergent au 276e régiment d’infanterie. Le 276e RI est un régiment de réserve du 76e RI (en casernement à Paris). Un point d’explication s’impose : les régiments de réserve étaient à deux bataillons (n°5 et 6) au début de la guerre au lieu de 3 ou 4 pour les régiments de l’active. Chacun des bataillons étaient composés de quatre compagnies. Les régiments de réserve se rattachaient aux régiments d’active, dont ils reprenaient la numérotation augmentée de 200. Ainsi, le 276e RI était le régiment de réserve du 76e RI. Il avait le même lieu de recrutement et de garnison. Au départ, le régiment de réserve était commandé par le lieutenant-colonel, commandant en second du régiment de l’active.

 

Quant à André, il est né le 13 juin 1892, à Clichy dans le département de la Seine. Classe 1912, il porte le matricule 8538 au Corps et 3976 au Recrutement. Il est soldat de 2e classe au 162e régiment d’infanterie. En 1914, le régiment est situé à Verdun. Il fait partie de la 84e brigade d’infanterie, de la 42e division d’infanterie et du 6e corps d’armée.

 

Trois morts.

André est le premier des frères Roquigny à donner sa vie pour la France. Il meurt lors de la bataille de la Marne, le 7 septembre 1914. Son régiment fait partie du dispositif français au centre du front. La 9e armée du général Foch et la 4e armée du général de Langle de Cary ont toutes les deux la mission de résister à outrance aux assauts de l’ennemi et d’empêcher que le centre du dispositif ne soit rompu. Dès le 6 septembre, Foch attaque. Le général Grossetti entraîne sa 42e division contre Soizy et Villeneuve que défend tout le Xe Corps prussien. Devant un ennemi deux fois supérieur en nombre, les 94e, 151e et 162e RI, les 8e, 16e et 19e bataillons de chasseurs, appuyés par le 61e régiment d’artillerie de campagne, font merveille. Les villages sont pris et perdus plusieurs fois, la nuit seule arrête la tuerie sur ce plateau qu’illumine l’incendie. Le 7 septembre, les instructions de Foch sont les mêmes avec une offensive à gauche, en liaison avec la 5e armée, et une action défensive acharnée sur le reste du front. Mais sous les rafales de l’artillerie lourde, la 42e division, la 52e division et la division marocaine ne maintiennent qu’avec peine leurs positions contre les furieux assauts de masses sans cesse renouvelés. Foch tient bon. Avec son bon sens, il a compris que ces attaques désespérées cachent une démonstration : « Puisqu’ils veulent nous enfoncer avec cette fureur, disait-il en mâchonnant un cigare, c’est que, positivement, leurs affaires marchent mal ailleurs ». Au cours de cette bataille, le 162e RI perd plus de 900 hommes… dont André Roquigny.

 

Moins d’une semaine plus tard, c’est au tour de Raoul de tomber face à l’ennemi. Toujours au cours de la bataille de la Marne. Il est porté disparu au combat le dernier jour de la bataille, le 13 septembre. Le coup d’arrêt de la Marne marque l’échec de la manœuvre allemande à travers la Belgique et le nord de la France (surnommée « Plan Schlieffen »). Mais, selon le mot du général Chambe, alors jeune officier de cavalerie, « ce fut une bataille gagnée mais une victoire perdue ». En effet, si les armées franco-britanniques mirent alors un terme à l’avancée irrésistible des armées allemandes commandées par Von Moltke, elles ne purent ou ne surent exploiter cet avantage en repoussant ces armées hors du territoire français. D’une part, les troupes françaises sont trop épuisées et affaiblies pour se lancer dans une poursuite. D’autre part, l’Etat-major allemand avait redéployé une partie de ses forces, envoyant en Lorraine plusieurs corps d’armée en renfort sur leur aile droite. Cette aile s’arrête le 13 septembre, s’installant sur les rives de l’Aisne : les attaques françaises et britanniques n’arrivent pas à les repousser lors de la bataille de l’Aisne et cette partie du front se stabilise en s’enterrant dans des tranchées. Les belligérants recherchent alors la décision par une série de tentatives mutuelles d’enveloppement vers l’ouest, puis vers le nord, qui les mènent jusqu’aux rives de la mer du Nord, lors des combats appelés la « course à la mer » (de septembre à novembre 1914).

 

Dans la famille Roquigny, l’anniversaire de la mort de deux fils est à peine commémoré que le troisième meurt à son tour pour la France. Il s’agit du sergent Norbert Roquigny. Une vaste offensive française a été décidée en septembre 1915. Elle se déroule en Artois. Elle nécessite le déplacement de onze divisions et de trois corps d’armée. Tous les soldats sont déplacés par voie ferrée, ce qui implique la mise en marche de 592 trains. Les troupes sont prélevées dans les régions de Villers-Cotterêts, Jonchery, Charmes, Eparnay et Verdun. Elles débarquent autour d’Amiens, de Doullens et de Saint-Pol. Le 25 septembre à midi, la 10e armée française attaque en direction de Vimy, la 1ère armée anglaise en direction de Loos. Les deux armées doivent déborder Lens, grand centre minier, par le nord et par le sud. Le soir même, la gauche du 33e Corps d’armée a pris le château de Carleul et le cimetière de Souchez et le 21e Corps d’armée a atteint la route Souchez-Angres. Le 27, les Allemands évacuent Souchez. Puis les Français s’emparent des hauteurs de la crête de Vimy.

 

Mais début octobre, les contre-attaques allemandes entraînent de lourdes pertes dans les rangs français et britanniques. L’Armée française y perd près de 48.000 hommes !

 

Plus tard, le maréchal Pétain écrira : « Une des causes principales de l'échec de ces offensives de septembre [Champagne et Artois] fut qu'on n'avait pu réaliser la « surprise stratégique ». Les travaux d'approche effectués pendant plusieurs semaines à l'avance avaient donné aux Allemands l'éveil et leur avaient permis de ramener des renforts de Russie et de préparer sérieusement leur 2e position. Ces offensives ne furent cependant pas inutiles en ce sens qu'elles permirent aux Russes de reprendre haleine. Elles n'empêchèrent pas néanmoins la Bulgarie de se ranger sous les drapeaux de nos adversaires le 5 octobre ».

 

 

Et à Courbevoie.

Pendant la Première guerre mondiale, la caserne Charras était le lieu de départ pour le front de nombreux soldats issus de différents régiments dont le 119e d'Infanterie et servait d'hôpital militaire. En effet, face au manque d'infrastructures sanitaires, des sociétés d'assistance de la Croix-Rouge organisèrent des hôpitaux auxiliaires dans les locaux privés, tels que la Maison des Diaconesses au 12 rue de la Montagne (aujourd'hui Foyer des Arts), une infirmerie dans les bâtiments de l'usine The New America au 134 rue de Bécon (actuelle rue Jean Baptiste Charcot) ou encore une antenne pour convalescents à l'Union belge mise en place par l'armée belge.

 

A l’issue de la Première Guerre mondiale, la municipalité n’oubliera pas cette histoire ainsi que celles de deux autres fratries. C’est ainsi qu’à Courbevoie, existent la place des Trois Frères Roquigny, la place des Trois Frères Enghels et celle des Trois Frères Lebeuf. Neuf frères d’arme que la ville n’a pas oubliée.

 

 

 

Sources :

 

  • Photographie en copyright de la DG du Souvenir Français 92.
  • Archives du SF 92.
  • Site Internet dédié à la Grande guerre et aux unités : www.chimiste.com
  • Site Internet de la ville de Courbevoie.
  • Sites Internet du Ministère de la Défense, dont www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
  • Encyclopédies Wikipédia, Britannica et Larousse.

 

 

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Publié le 30 Avril 2017

Le dernier Noël de Prosper Beurier.

Au 4e bataillon de Chasseurs.

La famille Beurier était une famille connue sur Asnières-sur-Seine et Gennevilliers. Elle a d’ailleurs laissé son nom à un rue d’Asnières, appelée « Villa Beurier ».

 

Prosper Beurier nait le 11 novembre 1891 à Gennevilliers. La France est alors en plein doute : le général Boulanger qui avait, il y a peu, en tant que ministre de la Guerre, soulevé les foules par son patriotisme, son exaltation et ses provocations vis-à-vis de l’Allemagne, est maintenant complètement discrédité. Le ministre de l’Intérieur, Ernest Constant, lui donne l’ordre de cesser immédiatement ses actions pour renverser la République et mettre en place un pouvoir monarchique. La sanction tombe : un mandat d’arrêt est prononcé à l’encontre du général. Le 30 septembre 1891, Boulanger passe en Belgique, se recueille sur la tombe de sa maîtresse puis se tire une balle dans la tête. Clémenceau dira de lui : « Il est mort comme il a vécut. En sous-officier… ».

 

Prosper Beurier grandit et, jeune adulte, classe 1911 avec le matricule 2310 au corps, intègre le 4e bataillon de chasseurs en 1914. Créé en 1840, le 4e BCP prend le nom de « chasseurs d’Orléans » deux ans plus tard. Pendant la Guerre franco-prussienne, il est un élément de la Première division d’infanterie. Le 4e participe à la bataille de Beaumont dans les Ardennes. C’est une déroute. Le corps d’armée du général de Failly est écrasé et laisse à découvert l’armée de Chalons, commandée par Mac-Mahon… On connait la suite et la reddition de toute l’armée.

 

En 1914, le casernement du 4e bataillon de chasseurs est situé à Saint-Nicolas-de-Port, dans le département de Meurthe-et-Moselle, non loin de Nancy. Il fait partie de la 21e brigade d’infanterie, 11e division, 20e corps d’armée. Le régiment participe à la bataille de Morhange, en Lorraine, en août 1914, puis est porté sur le front de la Somme en septembre suivant. En novembre, il est de la bataille des Flandres.

 

Dans les Flandres.

Le général allemand Erich von Lindermann, chef d’état-major général, a renforcé les 4e et 6e armées allemandes autour de la ville d’Ypres. Depuis des semaines, les belligérants se font face et progressent d’est en ouest, dans ce qui est maintenant convenu d’appeler « la Course à la mer ».

 

Ypres, dans les Flandres belges, est tenue par les Anglais. Les Allemands veulent gagner les ports de Calais et de Boulogne. Pour cela, ils prévoient une offensive majeure. Mais les Belges, alliés des franco-anglais, ont fait creuser des tranchées, là où l’eau n’arrive pas. Car Ypres est une région de polders. Et les Belges ont ouverts les vannes des digues qui la protègent. L’eau inonde donc le théâtre des opérations, parfois de plus d’un mètre. De plus, ils complètent leur système défensif en se servant du remblai d’une ligne de chemin de fer surplombant la plaine. Les Allemands, obligés d’attaquer des troupes retranchées, sont handicapés par l’inondation. En dépit des centaines de milliers d’obus qui s’abattent sur la région, les Alliés tiennent bon.

 

En décembre 1914, c’est au tour des Français et des Anglais d’attaquer les troupes du Reich. Mais ces derniers ont appliqué la méthode utilisée par leurs ennemis : ils se sont placés dans des tranchées imprenables. C’est l’hécatombe du côté franco-anglais…

 

Arrive Noël…

 

La trêve de Noël.

Les soldats du front occidental sont épuisés et choqués par l’étendue des pertes qu’ils viennent de subir depuis le mois d’août. L’ambiance est morose dans les tranchées et les cantonnements de l’arrière. Mais au petit matin du 25 décembre, les Britanniques qui tiennent les tranchées autour d’Ypres entendent des chants de Noël provenant des positions ennemies. Lentement, des groupes de soldats allemands sortent de leurs tranchées et avancent jusqu’au milieu du « no man’s land ». Ils appellent les Britanniques à venir les rejoindre. Les deux camps se rencontrent au milieu d’un paysage dévasté par les obus, échangent des cadeaux et discutent. Ils vont même jusqu’à jouer un match de football.

 

La première bataille d’Ypres est un succès pour les Alliés, mais son coût est terrible. Les deux camps s’affairent maintenant à consolider leurs positions en aménageant un système de tranchées qui bientôt, courront de la mer du Nord à la frontière suisse. La Première Guerre mondiale ne dure que depuis six mois et les Alliées ont déjà perdu plus d’un million d’hommes. Parmi eux, Prosper Beurier dont le corps repose à jamais dans cette terre inondée des Flandres. Son tombeau se trouve au fond du cimetière de Gennevilliers.

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Britannica.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Pierre Miquel, Les Poilus, Terre Humaine Plon, 2000.
  • Bernard Destremau, Weygand, Perrin, 1989.
  • Site de la ville d’Asnières-sur-Seine : www.asnieres-sur-seine.fr
  • Site Internet du Ministère de la Défense : www.memoiredeshommes.sga.gouv.fr
  • Site Internet : www.chtimiste.com
  • Photographie prise au cimetière de Gennevilliers – Copyright : Délégation des Hauts-de-Seine du Souvenir Français.

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Publié le 18 Novembre 2016

Arc de Triomphe. Le Soldat Inconnu est déposé dans sa dernière demeure.

Arc de Triomphe. Le Soldat Inconnu est déposé dans sa dernière demeure.

Imprimeur à Rennes.

 

Le 23 décembre 1860 naquit à Lamballe François Olivier Noël Simon, mais son prénom usuel devint vite Francis. A 14 ans, il entra à l’imprimerie Oberthur à Rennes. Il y apprit le métier d’imprimeur et la typographie.

 

Son père mourut en 1878, il allait avoir 18 ans. A vingt ans, il fut convoqué pour effectuer son service militaire, mais étant l’aîné d’une mère veuve, il passa dans la réserve de l’armée active. Il accomplit des périodes au 41e RI puis à l’armée territoriale mais il 2 octobre 1900 il fut réformé pour fracture d’une jambe.

 

Le 17 juin 1880, il épousa Marie-Jeanne Michelot avec qui il eut deux garçons : Francis et Maurice.

 

En 1893, Francis Simon fonda sa propre imprimerie. Il obtint le titre de « Successeur de M. Le Roy, grande famille d’imprimeurs ». Quatre années plus tard, l’imprimerie Francis Simon fit paraître un guide « Rennes illustré » de 400 pages de textes et de 50 gravures hors texte. Il eut un succès immédiat et reçut à l’exposition de la même année une médaille d’or pour son « Indicateur Simon ». Il devint l’un des premiers éditeurs de cartes postales illustrées. Entre 1901 et 1904, l’imprimerie tira des séries de cartes postales photographiques sur Rennes et la Bretagne.

 

Au Souvenir Français.

 

Parallèlement à cette activité professionnelle, Francis Simon est un formidable acteur de ma vie associative de Rennes. Très tôt engagé dans le Souvenir Français, il devient vice-président du comité en 1904 avant d’en prendre la présidence.

 

Il est de tous les combats mémoriels. Il impose le Souvenir Français comme l’acteur principal du souvenir des combattants tombés au front. Le 2 septembre 1914, il fonde une association patriotique, L’Escorte d’Honneur, dont il est élu président.

 

Son but était d’assister aux obsèques des soldats morts au champ d’honneur, de fleurir les tombes et de les visiter, remplaçant ainsi la famille absente ; sa devise : « Une visite, une fleur, une prière ».

 

Le 2 novembre 1914, un détachement du 40e régiment d’artillerie était venu au cimetière de l’Est pour déposer deux couronnes, l’une par les officiers, l’autre par les sous-officiers et les soldats. Durant l’année 1916, M. Simon et son personnel avait organisé des collectes pour les secours de guerre, les blessés, l’œuvre de ravitaillement gratuit, les familles.

 

Pour la Toussaint, M. Simon veillait à ce que chaque tombe soit entretenue et fleurie : bouquet tricolore, petit drapeau et pancarte « cette tombe est confiée aux soins de M. X ». Dans ce carré militaire, reposaient 1.200 tombes chrétiennes et musulmanes. Les 36 tombes de soldats allemands étaient ornées d’une croix et d’une branche de buis.

 

Depuis le début de la guerre, Francis Simon assistait à tous les enterrements des soldats morts dans les hôpitaux de Rennes. Il réconfortait les familles éprouvées. Homme de grande bonté, il était toujours prêt à aider les autres. L’imprimerie Simon édita « Le Bonjour du Soldat ». La personne qui expédiait cette carte prenait soin d’écrire son nom et son adresse, afin que le soldat n’ait plus qu’à dater et la signer pour la retourner à l’expéditeur.

 

Novembre 1916.

 

Les deux fils de Francis Simon avaient été mobilisés. Le 16 juin 1915, son fils aîné, le lieutenant Henri Simon, tomba glorieusement lors de l’attaque du Labyrinthe en Artois. Ce deuil familial renforça sa position de rendre honneur à tous les combattants.

 

Francis Simon eut l’idée de l’hommage de la Nation à un Soldat Inconnu qui représenterait l’armée française tout entière. Le dimanche 26 novembre 1916, devant le monument du Souvenir Français, au cimetière de l’Est, Francis Simon déclara dans son discours : « Pourquoi la France n’ouvrirait-elle pas les portes du Panthéon à l’un de ces combattants ignorés mort bravement pour la Patrie avec deux seulement pour l’inscription sur la tombe : un soldat et deux dates : 1914-1917 ? Cette inhumation serait comme un symbole… Et ils seront ainsi, nos morts, entourés d’une atmosphère de gloire qu’entretiendra l’âme éternelle et reconnaissante de la France. A nous encore le souvenir de ceux qui tombèrent en Orient, des morts de nos alliés héroïques, qui, comme les nôtres, combattirent pour la Justice, le Droit et l’Humanité ».

 

Un simple discours pour une grande idée, qui, d’abord en France, s’imposa dans le monde entier. La tombe du Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe est le résultat de cette formidable intuition.

 

La suite est connue de toutes et tous. Le 19 novembre 1918, le député d’Eure-et-Loir Maurice Maunoury fit une proposition de loi dans ce sens. La Chambre des députés adopte finalement le 12 septembre 1919 la proposition d’inhumer un « déshérité de la mort ».

 

Le Soldat Inconnu.

 

C’est André Maginot, ministre des Pensions et lui-même mutilé de guerre, qui présida la cérémonie de choix du soldat à inhumer : elle se déroula dans le lieu mythique de la Grande guerre : la citadelle de Verdun. Huit corps de soldats ayant servi sous l’uniforme français mais qui n’avaient pu être identifiés furent exhumés dans les huit régions où s’étaient déroulés les combats les plus meurtriers : en Flandre, en Artois, dans la Somme, en Ile de France, au Chemin des Dames, en Champagne, à Verdun et en Lorraine. Le 9 novembre 1920, Auguste Thin, soldat au 132e RI (et enterré à Asnières-sur-Seine) fut désigné pour choisir le Soldat Inconnu : « Il me vint une idée simple. J’appartiens au 6e corps. En additionnant les chiffres de mon régiment, le 132, c’est également le chiffre 6 que je retiens. Ma décision est prise : ce sera le 6e cercueil que je rencontrerai ».

 

Le 10 novembre 1920, le cercueil quitte Verdun et est transporté à Paris. Il est placé en terre sous l’Arc de Triomphe le 28 janvier 1921, en présence des maréchaux Foch, Joffre et Pétain. Par la suite, le sculpteur Grégoire Calvet émis l’idée de faire brûler une flamme en permanence, et Jacques Péricard, ancien combattant, proposa en octobre 1923 de faire ranimer celle-ci chaque jour à 18h30 par des anciens combattants.

 

La flamme sacrée sous l’Arc de Triomphe fut ainsi allumée pour la première fois le 11 novembre 1923 à 18h, par André Maginot, ministre de la Guerre.

 

A Rennes.

 

Quant à Francis Simon, il continua à œuvrer pour le Devoir de Mémoire. Le 18 juillet 1921, il était nommé chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur, avec cette citation : « Simon François Olivier, président du Souvenir Français de Rennes, s’occupe avec beaucoup de dévouement des familles de nos soldats morts. Assure avec autant de piété que de zèle l’entretien des sépultures militaires ».

 

Tout au long des années 1920 puis 1930, Francis Simon poursuivit son action. Le 23 février 1937, Madame Francis Simon décédait. La même année, le 10 novembre 1937, mourut Francis Simon à 77 ans. Il avait abandonné peu à peu ses nombreuses activités pour raison de santé. Il était l’une des personnalités les plus connues de Rennes et les habitants gardèrent longtemps le souvenir de cet homme exceptionnel. Il fut inhumé auprès de son épouse au cimetière du Nord à Rennes.

 

Son fils Maurice lui succéda à l’imprimerie. Dès février 1940, il suivit les traces de son père et prit la présidence du Souvenir Français et de l’Escorte d’Honneur. Il mourut le 1er juin 1959 à Rennes.

 

Et à son tour, son fils Aymeric assurera la présidence du Souvenir Français pendant près de 40 ans, puis sera nommé délégué général de l’Ille-et-Vilaine. Il s’éteindra à 84 ans, le 19 février 2006.

 

La quête annuelle du Souvenir Français de 2016 – du 28 octobre au 1er novembre – fut placée sous le patronage de Francis Simon.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Bulletin n°504 du Souvenir Français – Octobre 2016.
  • Recherches de M. Gérard Fonck.

 

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Publié le 11 Juillet 2016

Soldats anglais sur la route de Pozières, nord-est de la Somme, août 1916.

Soldats anglais sur la route de Pozières, nord-est de la Somme, août 1916.

Le contexte.

Le front occidental est stabilisé depuis décembre 1914, à la suite de la course à la mer. Les combats de 1915 d’Artois et de Champagne n’ont rien donné. Le général Joffre est inquiet des pertes subies, du manque d’unité de vue et de la dispersion des efforts militaires chez les Alliés. Une belle attaque commune : voilà ce qu’il faudrait à la fois pour renforcer la coopération entre Français et Britanniques et pour percer les lignes allemandes.

Les conférences de Chantilly.

Décembre 1915 : au sein de l’armée britannique le général en chef John French est remplacé par Douglas Haig. Les 6 et 7 décembre 1915, à Chantilly, Joffre explique ses plans aux Anglais, mais aussi aux Italiens : il s’agit d’attaquer aux beaux jours, donc au printemps ou en été 1916, les Empires Centraux : aux Français et aux Anglais de préparer une offensive contre l’Allemagne, aux Italiens d’en préparer une contre les Austro-hongrois.

En 1916, l’armée britannique en France manque d’expérience, sa partie professionnelle, six divisions, ayant été décimée en 1914-1915. La plus grande partie de ses effectifs est composée de volontaires des forces territoriales et de la nouvelle armée de Kitchener. Les officiers ont été promus rapidement et manquent à la fois de formation et d’expérience. Haig collabore volontiers avec Joffre, mais il souligne l’indépendance du corps expéditionnaire anglais, le commandement n’est donc pas unifié. Que l’on se figure une armée du Commonwealth. Il y a là des divisions anglaises, et aussi Nord-irlandaises, néo-zélandaises, australiennes, indiennes, sud-africaines et canadiennes.

Le général Joffre monte donc cette offensive avec l’armée française comme acteur principal au sud de la Somme, qui doit être appuyée par le corps expéditionnaire britannique, moins aguerri, entre la Somme et Arras. Il nomme Foch commandant du Groupe d’Armées Nord, responsable de l’opération. Une autre conférence à Chantilly le 14 février 1916 fixe le début de l’offensive au 1er juillet 1916.

Mais un imprévu arrive : en février les Allemands lancent leur attaque sur Verdun. Joffre décide de dégager le front de la Somme pour alimenter le secteur de la Meuse. De fait, les Britanniques se retrouvent devenir l’élément principal de l’attaque de juillet 1916. Seules quelques divisions françaises vont les appuyer.

Le front.

Les Allemands sont positionnés sur presque toutes les hauteurs du front. Ils occupent la ligne de crête qui sépare les bassins versants de la Somme et de l’Escaut. Ils sont ainsi organisés leurs lignes : une forte première position, avec des tranchées de première ligne, d’appui et de réserve, ainsi qu’un labyrinthe d’abris profonds comportant d’ailleurs tout le confort moderne. Une deuxième est placée en ligne intermédiaire, dont le but est de protéger les batteries de campagne. Enfin, une troisième ligne, qui est pratiquement aussi forte que la première.

Du côté des Alliés, l’armée britannique est positionnée au nord du fleuve, quant à l’armée française, elle se tient de part et d’autre de la Somme en faisant sa jonction avec les Anglais sur la rive gauche. L’arrière sert de gigantesque entrepôt d’approvisionnement, avec Amiens pour centre : des chemins de fer sont construits ; des aérodromes sont aménagés ; des centres de ravitaillement ; des hôpitaux militaires… De nombreux ressortissants des colonies britanniques et françaises travaillent à la mise en œuvre de cet arrière. Des organisations chrétiennes, humanistes et/ou gouvernementales font également l’apologie de ce combat contre le Mal et, moyennant espérance de gains et de bon travail, font venir des milliers de Chinois.

Chez les Alliés, les Français sont commandés par Foch, avec la VIe armée du général Fayolle et la Xe armée du général Micheler. Du côté britannique, Haig a sous sa responsabilité la IIIe armée du général Allenby, la IVe du général Rawlinson et l’armée de réserve du général Cough.

Quant aux Allemands, ils sont sous la direction du général Fritz von Below.

24 juin 1916 – Préparation d’artillerie.

Grâce à la maîtrise du ciel, les Alliés peuvent détruire une partie des dirigeables allemands chargés d’annoncer les mouvements de troupes. En effet, les Britanniques disposent de 185 appareils (principalement des Sopwitchs), les Français de plus de 115 (des Caudron et des Farman bimoteurs, des Spad 7), alors que les Allemands ne peuvent aligner que 129 avions.

La préparation d’artillerie, initialement prévue pour cinq jours, débute le 24 juin par des tirs de réglage et de destruction. Elle s’intensifie à partir du 26 par un bombardement général et continu des lignes allemandes. En une semaine, l’artillerie britannique tire 1.732.873 coups. Les tranchées allemandes sont presque totalement détruites, mais les abris souterrains sont intacts. Le 28, l’offensive est reportée de 48h à cause du mauvais temps. Il tombe les premiers jours une moyenne de cinq obus pour chaque soldat allemand.

L’échec du 1er juillet.

Le 1er juillet au matin, à partir de 6h25, commence le bombardement final des Alliés. Les tirs d’artillerie atteignent une cadence de 3.500 coups par minute, produisant un bruit si intense qu’il est perçu jusqu’en Angleterre.

A 7h30, au coup de sifflet, l’infanterie britannique franchit les parapets baïonnette au canon et part à l’assaut des tranchées adverses. Les hommes sont lourdement chargés avec plus de 30 kg d’équipement. Ordre a été donné aux hommes de ne pas courir. En fait, l’état-major anglais craint que les hommes ne perdent le contact en courant et en se dispersant. Persuadé que les défenses allemandes ont été anéanties par les tirs d’artillerie, il exige que les hommes avancent au pas.

Les Allemands les accueillent avec des tirs de mitrailleuses qui les fauchent en masse. Les officiers sont facilement repérables et sont particulièrement visés. On estime à 30.000 le nombre de victimes (tués et blessés) dans les six premières minutes de la bataille. Les Allemands sont stupéfaits de voir les soldats britanniques venir au pas… A midi, l’état-major britannique annule l’ordre de marcher au pas, et retient les vagues d’assaut suivantes. De toute façon, les rares Anglais à parvenir aux tranchées allemandes ne peuvent résister à une contre-attaque. De leur côté, les Français atteignent leurs objectifs et peuvent progresser.

Au soir du premier jour des combats, le carnage est immense : 20.000 soldats du Commonwealth sont morts ; 36.000 sont blessés et hors de combat ; plus de 2.000 sont portés disparus. Des régiments entiers, comme celui de Terre-Neuve, sont anéantis à plus de 90 %.

Chez les Allemands, les pertes sont estimées à 6.000 hommes.

Evolution de la bataille.

Après l’échec du 1er juillet, le commandement britannique souhaite arrêter l’attaque. Le général Joffre refuse. Par contre, le principe d’une offensive d’ampleur est rejeté au profit d’attaques secondaires. Ainsi, le 4 juillet, les Anglais prennent La Boisselle, puis le bois de Mametz. Pozières tombe le 23, pris par la 1ère division australienne. A partir du 14 juillet, les combats se concentrent sur le bois de Delville, pris puis perdu par les Sud-Africains. Puis, pendant une semaine, c’est au tour du village de Guillemont de subir les attaques, en vain, des Anglais.

Les Français, quant à eux, continuent leur progression. Ils se rendent maître du plateau de Flaucourt. Ils ont avancé de près dix kilomètres. Près de 1.200 soldats allemands sont faits prisonniers. C’est le plus beau succès depuis la bataille de la Marne deux ans plus tôt. Mais les troupes du IIe Reich se ressaisissent : trente divisions sont retirées du secteur de Verdun (ce qui pour partie scelle l’échec sur la Meuse) et envoyées sur la Somme.

En septembre, les Alliés décident de reprendre l’offensive sur l’ensemble du front de la Somme. Mais là encore, le 3, les attaques britanniques échouent sur Guillemont, Ginchy et Thiepval. Même si chez les Français, de nouvelles positions sont prises (Vermandovillers, Deniécourt, Chilly), la progression est trop juste pour pouvoir tenir.

Apparition des chars.

Le 15 septembre apparaissent les premiers chars d’assaut britanniques. Ce sont des « tanks » Mark I, qui mesurent 8 mètres de long, pèsent 30 tonnes et disposent d’une autonomie de 20 km. Ils avancent à la vitesse de 6 km/h et sont équipés de 5 mitrailleuses. Leur utilisation, à l’avant de l’infanterie, permet au 22e Régiment royal canadien de prendre Courcelette, à la 15e division écossaise de prendre Martinpuich, tandis que la 47e London division s’empare du bois des Fourcaux. De même, à Flers, les Britanniques battent les Allemands et font 4.000 prisonniers.

Les chars sont bien entendu intégrés dans la grande offensive des 25 et 26 septembre. Les Alliés entrent dans Combles, évacué par les Allemands et prennent Thiepval. Mais ses efforts ne font que stabiliser le front. Les forces s’essoufflent et ne peuvent poursuivre.

Pourtant, les Alliés « remettent cela » : le 5 novembre, les Français attaquent Sailly-Saillisel mais ne peuvent prendre le bois de Saint-Pierre-Vaast. Quelques jours plus tard, Beaumont-Hamel est pris par les Britanniques. Mais ils n’avancent plus guère. L’automne est là, avec la pluie, la boue et le froid. Les chars n’avancent plus et deviennent de très belles cibles pour les obus ennemis. Le général Haig décide de stopper toutes les offensives britanniques. Il est imité quelques jours plus tard par le général Foch, qui renonce à une offensive majeure du le Xe armée. C’en est fini de la bataille de la Somme. Près de 70.000 soldats allemands sont prisonniers, mais les Britanniques ont eu 260.000 tués et les Français 63.000, chiffres auxquels il convient d’ajouter les blessés deux fois plus nombreux. Joffre, furieux de cet échec, décide de limoger Foch et de l’envoyer en mission à l’état-major puis en Italie. Il devra attendre 1918 pour faire son retour à la tête d’une armée française puis à celle de toutes les armées alliées.

Quant aux Anglais, pour toujours, le 1er juillet reste comme la journée la plus meurtrière de toute son histoire militaire.

Le coquelicot.

Dans les pays du Commonwealth, le coquelicot est associé au souvenir des combattants tombés pendant la Première Guerre mondiale. Cette allégorie du coquelicot découle d’un poème datant du printemps 1915, écrit par le lieutenant-colonel John Mc Crae, un médecin du Corps de santé royal canadien qui fut témoin de la terrible seconde bataille d’Ypres. Il s’intitule In Flanders Fields. En fait, les coquelicots fleurissaient sur les bords des tranchées et sur les routes des soldats et leur couleur rouge était un symbole pour le bain de sang de la guerre. Une Française, Madame Guérin, proposa au maréchal britannique Douglas Haig que les femmes et les enfants des régions dévastées de France produisent des coquelicots afin de recueillir des fonds pour venir en aide aux « gueules cassées ». En novembre 1921, les premiers coquelicots furent distribués. La tradition se poursuit depuis.

Il est à noter la similitude de cette histoire avec celle du Bleuet de France.

 

Sources :

 

  • Stéphane Audoin-Rouzeau, Jean-Jacques Becker, Encyclopédie de la Grande guerre, Bayard, 2004.
  • John Buchan, La bataille de la Somme, Thomas Nelson & Sons, 1920.
  • Marjolaine Boutet et Philippe Nivet, La bataille de la Somme, Taillandier, 2016.
  • Général Georges Girard, La bataille de la Somme en 1916, Plon, 1937.
  • Alain Denizot, La bataille de la Somme, Perrin, 2002.
  • Mémoires du maréchal Joffre et du maréchal Foch.
  • John Keegan, La Première Guerre mondiale, Perrin, 2003.

 

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Publié le 3 Avril 2016

Gloire de la Patrie ! Honte du Genre humain.

 

Verdun ! Nom suprême de l’horreur.

Plus de carrés de croix que de champs de fleurs.

Combien de blessures, de souffrances et de larmes

Pour qu’après quatre années se taisent, enfin, les armes.

 

Verdun ! Ils partaient tout juste sortis de l’école,

La fleur au fusil, mais au ventre la peur

En chantant « Madelon » tous imbibés d’alcool,

Pour l’Alsace, la Lorraine ou simplement l’Honneur.

 

Verdun ! Combien y sont restés, combien sont revenus,

A jamais atrocement mutilés ou totalement perdus.

Voyant que tous « à l’arrière » vivaient très bien sans eux.

Oublieux du sacrifice et que jeunes encore ils étaient déjà vieux.

 

Ils ont tout connu, les souillures, les gaz, la boue, la sang,

Du Fort de Vaux à la Côte 304 et aux horribles tranchées.

Mais l’ennemi héréditaire, attentif et sournois, souffrait également.

Tous guettaient trois notes de clairon qui vibrèrent enfin le 11 en matinée.

 

 

 

Michèle Georgin – Membre du Souvenir Français de Rueil-Malmaison.

 

Crédit photographique : Le Figaro.

Verdun !

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Publié le 11 Novembre 2015

Tracteur Caterpillar Holt - Vosges 1916 - Armée française.
Tracteur Caterpillar Holt - Vosges 1916 - Armée française.

Situation du front en 1915.

Dès le début de l’année 1915 et après la course à la mer, le front occidental se stabilise et les belligérants commencent à s’abriter dans des tranchées, creusées plus ou moins profondément dans le sol. Elles sont protégées par des réseaux de barbelés, à piquets de bois ou d’acier, et quelque fois électrifiées. L’espace, séparant ces tranchées ennemies, est régulièrement labouré par l’artillerie. Ceci rend le terrain très accidenté et, avec la boue, interdit le passage aux véhicules à moteur et à roues et rend la progression de l’infanterie très périlleuse car les réseaux de barbelés sont battus par des redoutables nids de mitrailleuses.

Les belligérants se mettent donc à construire de plus en plus de canons et d’obus de tous calibres ainsi que des camions pour tracter les canons et transporter les obus. Il faut faire appel à l’industrie étrangère, américaine en particulier, qui commence à vendre, à crédit, ce type de matériel. Mais le courage et l’abnégation des soldats, dans les deux camps, leur permettent de résister à des bombardements d’artillerie de plus en plus violents sans que le front ne soit jamais percé. Il faut donc trouver des armes nouvelles pour revenir à la guerre de mouvement et forcer la victoire.

Les tracteurs à chenilles précurseurs.

En 1904, le tracteur anglais Hornsby est mis au point par la société Richard Hornsby and Son sous la direction de son ingénieur en chef, David Roberts. Il est équipé d’un moteur à huile développé par Herbert Akroyd Stuart et possède un système de chenilles débrayables très efficace pour orienter le tracteur. Il est proposé à l’armée anglaise comme tracteur d’artillerie lourde. David Roberts propose également d’atteler une remorque armée d’un canon à ce tracteur car la plate forme est très encombrée. Mais l’armée rejette cette idée car le tracteur, bruyant, effraye les chevaux et l’odeur de paraffine dégagée par le moteur indispose l’équipage. Le brevet est alors cédé à l’Américain Benjamin Holt qui le développe avec ses autres brevets aux Etats-Unis sous la marque Carterpillar Holt.

Jean-Baptiste Eugène Estienne est un brillant officier. Polytechnicien, passionné de mathématiques et de technologies, il choisit l’arme de l’artillerie à sa sortie de l’école et est affecté au 25e RA (régiment d’artillerie) à Vannes. Il étudie la balistique et se fait l’avocat du tir indirect de l’artillerie. Promu capitaine en 1891, il commence à développer, à l’atelier de Bourges, des instruments télémétriques qui permettront de mettre ses théories en pratique. Chef d’escadron au 19e RA en 1902, il met au point divers instruments de précision. En 1907, il nommé directeur de l’école d’artillerie de Grenoble. Quand la Première Guerre mondiale éclate, Estienne est désigné comme chef de corps du 22e RA basé à Belfort, qui fait partie de la division du général Pétain. A la bataille de Charleroi, l’artillerie, qu’il dirige de main de maître et qui emploie un réglage par l’aviation, impressionne les troupes allemandes. Cependant, ainsi qu’on l’a vu, cela n’empêche pas l’infanterie de se faire décimer par le tir des mitrailleuses. Estienne dit alors : « Messieurs, la victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur une voiture capable de se mouvoir en tout terrain ».

En visite dans le secteur anglais du front en 1915, le colonel Estienne voit fonctionner le tracteur américain Holt 75, comme tracteur d’artillerie et conclut qu’on peut le transformer en engin offensif à chenilles, après l’avoir armé et blindé. Il propose cette transformation à Louis Renault, sans le convaincre, puis à Eugène Brillié de la société Schneider et Cie et cette fois avec succès.

Sources :

  • Ce texte a été écrit dans sa version originale par Monsieur Jean-Pierre Fouché. Il a été repris pour partie.
  • Ce texte a été l’un des supports d’une exposition présentée dans plusieurs villes en partenariat avec le Souvenir Français.
  • Henri Ortholan, La guerre des chars : 1916-1918, Bernard Giovanangelis Editeur 2007.
  • Arlette Estienne-Mondet, Le général J.B. Estienne – père des chars : des chenilles et des ailes, L’Harmattan, 2010.
  • Alain Gougaud, L’aube de la gloire, les automitrailleuses et les chars français pendant la Grande guerre, Ocebur, 1987.
  • LCL Malmassari, Les Chars de la Grande guerre, 14-18 Editions, 2009.
  • Sites Internet : Chars français sur le net, hébergé chez OVH ; sites Internet du ministère de la Défense et du Service Historique de la Défense.
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse.

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Publié le 11 Novembre 2015

Char Schneider CA1.
Char Schneider CA1.

Le char Schneider.

Le 21 février 1916, la société Schneider présente à Vincennes son modèle de char, le char Estienne-Brillié, qui n’est autre qu’un tracteur américain Holt 45CV, non modifié, simplement équipé d’un patin à l’avant pour faciliter la pénétration des réseaux de barbelés. Devant le sous-secrétaire d’Etat aux inventions, Jules Louis Breton, et une délégation militaire, une démonstration est réalisée : les barbelés sont bel et bien écrasés.

Puis les essais d’un tracteur Baby Holt court commencent en avril 1916. Le bois de Meudon et Chaville est propice, offrant de nombreuses pentes qui peuvent simuler des trous d’obus. Il s’agit toujours d’un tracteur et le chauffeur, assis à l’arrière sur un siège peu confortable, doit montrer de véritables capacités d’acrobate pour se maintenir en position.

Le développement d’un premier prototype, le tracteur A, va se faire avec la société Saint-Chamond. Mais, après l’apparition de divergences, chaque société va développer son propre engin : le CA 1 pour Schneider et le char Saint-Chamond pour Saint-Chamond.

Les premiers chars Schneider sont livrés en septembre 1916. Construit pour un équipage d’un conducteur et de cinq servants, le tank est équipé d’un canon de 75 mm BS (Blockhaus Schneider) court monté à l’avant-droit et de deux mitrailleuses Hotchkiss latérales, protégées par des boucliers hémisphériques. La forme d’étrave munie d’un rail d’acier à l’avant du char Schneider permet de cisailler puis d’écraser les réseaux de barbelés et facilite aussi dans une certaine mesure les franchissements de tranchées.

82 Schneider combattent pour la première fois le 16 avril 1917 à Berry-au-Bac sur le Chemin des Dames. Ce premier engagement se solde par plus de la moitié des chars engagés détruits par l’artillerie adverse. Le char Schneider montre un volume interne habitable très étroit pour un équipage de 6 hommes et ses capacités de ventilation ainsi que le mauvais champ de vision qu’il offre à l’équipe le rendent pénible à utiliser. De plus, son blindage latéral initial trop faible (vulnérable aux balles à noyau d’acier allemandes) et son réservoir d’essence initialement placé à l’avant du char le rendent très vulnérable. Dans les versions suivantes, le réservoir d’essence est déplacé à l’arrière et sa caisse dotée d’un sur-blindage supplémentaire de 5,5 mm.

Au niveau mécanique, le moteur Schneider, les boîtes de transmission et les chenilles sont relativement fiables, expliquant la présence de chars Schneider après la Première Guerre mondiale. Ils sont notamment utilisés par l’armée espagnole pendant la Guerre du Rif.

Malgré les améliorations de blindage, l’armée française maintient sa commande de 400 unités à SOMUA, mais n’en commandera pas davantage. L’armée française choisit de privilégier les nouveaux chars légers Renault FT, dont le nombre dépassera plus de 1.500 à la fin de la guerre. Les chars Schneider restent en service jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, escortant l’infanterie et les chars FT.

Sources :

  • Ce texte a été écrit dans sa version originale par Monsieur Jean-Pierre Fouché. Il a été repris pour partie.
  • Ce texte a été l’un des supports d’une exposition présentée dans plusieurs villes en partenariat avec le Souvenir Français.
  • Henri Ortholan, La guerre des chars : 1916-1918, Bernard Giovanangelis Editeur 2007.
  • Arlette Estienne-Mondet, Le général J.B. Estienne – père des chars : des chenilles et des ailes, L’Harmattan, 2010.
  • Alain Gougaud, L’aube de la gloire, les automitrailleuses et les chars français pendant la Grande guerre, Ocebur, 1987.
  • LCL Malmassari, Les Chars de la Grande guerre, 14-18 Editions, 2009.
  • Sites Internet : Chars français sur le net, hébergé chez OVH ; sites Internet du ministère de la Défense et du Service Historique de la Défense.
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse.

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Publié le 11 Novembre 2015

Le char Saint-Chamond (dernier exemplaire existant. Présenté au musée des blindés de Saumur).
Le char Saint-Chamond (dernier exemplaire existant. Présenté au musée des blindés de Saumur).

Le Saint-Chamond.

A l’origine, les sociétés Saint-Chamond et Schneider reçoivent, chacune, une commande de l’armée française de 400 exemplaires d’un même char. Au début de 1916, alors que leur prototype commun, le tracteur A, est en cours de finition dans un atelier de l’armée, le soldat Pierre Lescure conçoit le compartiment de combat, et le lieutenant Fouché fait rallonger la suspension pour améliorer le comportement en tout terrain. Le train de chenilles est directement inspiré par les tracteurs Caterpillar Holt, déjà utilisés par l’armée pour le halage des pièces d’artillerie lourde.

Cependant, l’ingénieur en chef de Schneider, Eugène Brillié, rejette ce premier prototype. Il choisit un nouveau dessin intégrant son invention, une queue permettant de franchir les tranchées, avec une longueur de caisse bien inférieure, rendant possible la création d’un véhicule plus léger.

La société Schneider refuse de partager l’invention brevetée de Brillié avec la société Saint-Chamond qui, de son côté, ne veut pas verser de royalties à Schneider. Dès lors, les deux compagnies travaillent sur deux véhicules très différents, bien que dérivant tous deux du tracteur A initial. La société SOMUA, filiale de Schneider, usine donc le char Schneider CA1, alors que Saint-Chamond présente au ministère de la Guerre un projet de char qui se veut plus compétitif, car mieux armé (un canon de 75 mm normal et quatre mitrailleuses Hotchkiss).

Saint-Chamond utilise les relations au ministère de la Guerre d’un des deux directeurs techniques, le colonel Emile Rimailho, un des deux co-inventeurs du fameux canon de 75 mm Modèle 1897, pour faire accepter les spécifications de leur propre projet. Notamment le ministère approuve le montage d’un canon de 75 mm normal, à tube long, sur le char Saint-Chamond. Le résultat de cette validation est de rendre le char Saint-Chamond plus long et plus lourd que le char Schneider, avec un compartiment de combat allongé, dépassant largement le train chenilles, tant à l’avant qu’à l’arrière. Le premier prototype du char Saint-Chamond est présenté à l’armée et approuvé en septembre 1916. Les premières sorties d’usine datent d’avril 1917.

Description.

Issu du tracteur A, le char Saint-Chamond est un véhicule imposant, plus grand et plus lourd que son rival, le char Schneider CA1. Il dépasse en effet le char Schneider de plus de deux mètres, et il est plus lourd d’environ huit tonnes.

Cependant, malgré son handicap de masse, il est capable d’une meilleure vitesse de pointe sur terrain plat, grâce à son moteur Panhard et Levassor, sans soupapes, plus puissant, et surtout grâce à l’utilisation d’une transmission électrique « Crochat-Colardeau ». Cette dernière, utilisée avant guerre sur les automotrices de chemin de fer, rend possible une conduite relativement souple et rapide sur terrain plat.

Malheureusement ces avantages techniques ne sont valables que sur route. Une fois engagé dans la boue des terrains constellés de trous d’obus, le long nez du Saint-Chamond a tendance à se ficher dans le moindre trou. Enfin, sur les premiers chars Saint-Chamond, les chenilles résistent mal à l’usure et les patins de chenilles donnent des pressions au sol excessives.

Le char Saint-Chamond est utilisé jusqu’en septembre 1918, soit deux mois avant l’armistice de 11 novembre. Il trouve son rôle le plus efficace pendant les mois d’été 1918, après la reprise de la guerre de mouvement, en tant que canon de 75 mm sur affût à chenilles, capable d’engager directement l’artillerie de campagne adverse. Il peut donc être considéré comme un précurseur, certes très imparfait, des canons d’assaut, utilisés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sources :

  • Ce texte a été écrit dans sa version originale par Monsieur Jean-Pierre Fouché. Il a été repris pour partie.
  • Ce texte a été l’un des supports d’une exposition présentée dans plusieurs villes en partenariat avec le Souvenir Français.
  • Henri Ortholan, La guerre des chars : 1916-1918, Bernard Giovanangelis Editeur 2007.
  • Arlette Estienne-Mondet, Le général J.B. Estienne – père des chars : des chenilles et des ailes, L’Harmattan, 2010.
  • Alain Gougaud, L’aube de la gloire, les automitrailleuses et les chars français pendant la Grande guerre, Ocebur, 1987.
  • LCL Malmassari, Les Chars de la Grande guerre, 14-18 Editions, 2009.
  • Sites Internet : Chars français sur le net, hébergé chez OVH ; sites Internet du ministère de la Défense et du Service Historique de la Défense.
  • Encyclopédies Wikipédia, Larousse.

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