Publié le 26 Mars 2014

 

Borderie Pierre

 

Dans la famille de Pierre Borderie, membre du Comité de Clamart du Souvenir Français, l’engagement n’est pas un vain mot. En 1940, après la débâcle de l’armée française, ses parents entrent en résistance. Profondément patriotes et dynamiques, ils font parties des première équipes opérationnelles contre l’envahisseur.

 

Deux années plus tard, alors que le jeune Pierre a tout juste 15 ans, son père est arrêté par la police nazie, enfermé en prison puis déporté en 1943 à Buchenwald. Année funeste : sa mère est à son tour arrêtée et déportée dans le même camp de concentration. Voilà Pierre Borderie orphelin d’une famille glorieuse, dans un pays vaincu.

 

Son oncle voit qu'il y a urgence à trouver une activité stabilisante à cet adolescent puissant et rêveur à la fois. Organisateur de parachutages dans le Périgord, il fournit à Pierre de faux papiers et lui permet de rentrer dans la Résistance, au commando Austin-Conte, bataillon Bertrand, pendant six mois de juin à novembre 1944. Là, il y fait un apprentissage pratique sur le terrain lors de sabotages sur l'axe Bordeaux-Toulouse et il se fait remarquer par son courage et son sang-froid. Blessé, alors que son groupe attaque un convoi allemand de la division mongole, Pierre Borderie est d'abord soigné clandestinement, puis séjourne à l'hôpital de Sainte-Foix-la-Grande, en Gironde, avant de rejoindre son groupe à Bordeaux. Il veut être incorporé dans l'armée régulière qui est en train de se réorganiser. Hélas, 17 ans, c'est trop jeune ! Bon pour le service dans la Résistance, mais écarté administrativement de l'armée nationale : Pierre est moralement cassé par ce refus.

 

Il va lutter pendant deux ans, en 1945 et 1946, contre le règlement scolaire très rétro d'une formation professionnelle en dessin industriel. Puis pendant deux autres années, 1947 et 1948, il est inscrit en faculté de médecine. Mais, ce qui l'attire, ce sont les blagues de carabin et les caves de Saint-Germain-des-Prés, où il fréquente les zazous, les groupes de jazz, ou des artistes comme Juliette Gréco. Finalement, le "potache farceur" est exclu de la Fac. Va-t-il gâcher le reste de sa vie ?

 

Par un réflexe salvateur, les souvenirs de ce qu'il a vécu comme combattant précoce vont balayer les amusements superficiels. Il se présente au bureau de Vincennes et il signe pour six ans dans la Légion Étrangère (pour ce faire, on lui attribue une nationalité suisse). La Légion est maintenant sa famille, il y trouvera l'encadrement nécessaire à l'épanouissement de ses qualités.

 

Dès lors, sans le savoir, il a rendez-vous avec l'Indochine.

 

Pierre Borderie, nouveau légionnaire, est dirigé d'abord sur Philippeville et Sétif en Algérie, au 1er bataillon étranger de parachutistes (1er BEP). En six mois il est breveté "para". Départ pour l’Indochine à bord du Pasteur qui l’emmène en trois semaines à Saigon. Après quelques jours passés dans la capitale de la Cochinchine, il embarque sur la Rafale et en une semaine rejoint le grand port du Tonkin : Haiphong pour intégrer le 2ème BEP.

 

L'affectation qu'il reçoit est, pour lui, une déception. Il est bien au 2e BEP., mais il est détaché à un stage d'infirmier qui a lieu à l'état-major installé à Dalat, au tiers sud de l'Annam (les cours de médecine ont tout de même servi !). Il se sent frustré de ne pas être sur le champ de bataille, soit pour combattre, soit pour soigner.

 

À sa demande, il part en opérations le plus souvent possible : Tonkin, Centre-Annam, Laos en 1949 où il est blessé, Cochinchine. Un jour où sa compagnie est obligée de reculer devant une division Viet, il ramène un blessé sur ses épaules, malgré les ordres de son commandant de compagnie et il présente sa section au complet. Cet acte de bravoure lui vaut "8 pains" (jours de prison) pour désobéissance, mais aussi un grade de caporal-chef.

 

Début 1949, chez le grand voisin chinois, les troupes communistes entrent à Pékin. Parallèlement, six mois après, l'empereur Bao Dai débarque à Saigon et y installe le gouvernement nationaliste vietnamien. C’est là l’élément le plus probant des accords signés au palais de l’Elysée entre la France et sa colonie : le Vietnam est maintenant indépendant dans le cadre de l’Union indochinoise. Au début du mois d’octobre 1949, le CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) subit les attaques du Vietminh en pays thaï puis dans le nord du Tonkin. Un convoi est assailli sur la route entre Cao Bang et Lang Son : on dénombre 28 tués, 44 disparus et 37 blessés.

 

L’année suivante, ce n’est plus une attaque que le CEFEO doit subir mais une vaste offensive : elle y perd toute la zone nord du Tonkin, celle de la frontière avec la Chine. Ayant terminé son stage d’infirmier, Pierre Borderie est de tous les coups. Blessé à deux reprises, il n’en continue pas moins à œuvrer pour soigner les camarades qui tombent autour de lui.

 

Novembre 1953 : le 1er BEP, auquel il est à nouveau attaché, est envoyé sur une zone dans l’extrême ouest du Vietnam, près du Laos. Son nom restera gravé dans les mémoires : Diên Biên Phù. Les soldats commencent à fortifier le camp. L’état-major a demandé à la section à laquelle appartient Pierre de se rendre sur le piton Isabelle. Notre infirmier entend le général Gilles, commandant les paras, murmurer, en voyant la cuvette de Diên-Biên-Phu : « c'est un piège à c.... ».

 

Dans les derniers jours de Diên-Biên-Phu, Pierre est de nouveau blessé par une rafale de mitraillette, comme il le dit avec humour : « du bas du mollet droit à l’épaule droite : 6 trous ». Il tente néanmoins de continuer à soigner ses blessés. Mais au bout d’un certain temps il s’évanouit et ne se réveillera qu'à l’hôpital Dominique-Larrey de Versailles. Il a été évacué dans les derniers. Il n'en garde aucun souvenir.

 

Il finit son temps militaire en 1955 et sa vie professionnelle en 1990. « Je n’ai pas vécu la guerre boum-boum, celle des consoles où grouillent les robots de nos petits-enfants. C'est celle du sang que l'on verse et des larmes que l'on retient » ajoute-t-il.

 

Pierre Borderie est titulaire de nombreuses décorations dont la Médaille Militaire, la Croix de Guerre TOE avec 2 clous et une palme, la Croix du Combattant Volontaire, la Médaille des Blessés avec 4 étoiles.

 

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Publié le 8 Mars 2014

 

Viaduc baica et pont Bailey

 

Viaduc de Baïca en Indochine. La pile centrale ayant été détruite, lancement du pont Bailey (copyright ECPAD).

 

« Militaire de carrière, j’ai servi en Indochine en qualité de lieutenant de septembre 1951 à janvier 1954 au 71ème bataillon du génie, basé à Saigon.

 

J’ai d’abord rempli les fonctions de chef de section, puis de commandant en second de la compagnie 71/1, placée dans les faubourgs nord de Saigon, près du pont de Binh Loi. Au cours de cette période, j’ai notamment construit 1.200 mètres de ponts à charpentes sur pieux de bois ou en fer, ponts Bailey, ponts flottants.

 

Le 22 octobre 1952, je prenais le commandement de la compagnie 71/2 à Vinh Long, en remplacement de son capitaine, assassiné par les Hoa-Hao, secte caodaïste qui l’avait attiré à un déjeuner. Au cours de mon séjour en Cochinchine, j’ai connu une vie passionnante, pleine d’expériences dont deux faits d’armes qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire et dont voici le résumé.

 

Au printemps 1952, j’accompagne mon capitaine, dont j’étais l’adjoint, à une convocation sur le pont de Ben Luc qui vient de faire l’objet d’une destruction de la part du Vietminh. Cet ouvrage, un magnifique pont Eiffel de type routier – voie ferrée, franchit la rivière Vam Co Dong, parallèle au Mékong, à mi-distance de Saigon et de My Tho, au sud. Arrivés sur place, nous rejoignons une quarantaine de civils et de militaires, dont le général commandant le sud-vietnam et le ministre des Transports vietnamien. Les Viets ont détruit à l’explosif la première pile du pont côté rive droite, ce qui a entraîné l’effondrement de deux travées. La 2ème pile n’est pas détruite, mais les explosifs sont en place et une fumée s’échappe d’un pilier. Tout peut exploser d’un moment à l’autre, ce qui serait une véritable catastrophe. Or, personne ne bouge !

 

Je me précipite vers le général pour lui conseiller au plus vite de neutraliser la situation. M’ayant répondu qu’il ne peut envoyer personne à la mort, je lui fais savoir que je suis volontaire pour tenter de régler le problème sous réserve que quelqu’un m’accompagne.

 

Un adjudant de l’Etat-major du 71ème bataillon du génie se portant à son tour volontaire, nous nous dirigeons vers un canot de notre arme, amarré à la rive et nous prenons la direction de la pile, objet de tous les regards. Nous y voilà. Il s’agit de couper tous les cordons détonants qui relient les charges explosives et je neutralise le dispositif de mise à feu. Nous jetons les explosifs dans la rivière et nous rejoignons la rive. Entre temps, le général et ses accompagnateurs ont quitté les lieux et se sont regroupés de l’autre côté du pont dans une ferme bordant la rivière, pour discuter de la suite à donner à cette affaire. Nous les rejoignons. Je remets au général le dispositif de mise à feu, que j’ai ramené avec moi. Il me demande de le déposer sur un meuble et reprend la discussion.

 

Quelques secondes plus tard, le dispositif de mise à feu explose, ce qui laisse pantois les personnes présentes. En effet, si nous n’étions pas intervenus sur la deuxième pile, celle-ci serait maintenant détruite. Le général et le ministre vietnamien nous félicitent chaleureusement.

 

Cette action me vaudra, quelques jours plus tard, l’attribution de l’Ordre national du Vietnam et la Croix de guerre vietnamienne avec palme. Du côté français, je suis cité à l’ordre de l’armée avec attribution de la Croix de guerre avec palme.

 

L’adjudant qui m’accompagne est également décoré.

 

A la suite de ces événements, je suis désigné pour prendre le commandement des opérations de construction d’un pont flottant juste en amont du pont Eiffel. Ma compagnie 71/2, renforcée d’une section du génie de la Légion étrangère, est chargée des travaux. Le pont flottant, de type Bailey (pont préfabriqué portatif), doit reposer sur des petites péniches commandées au Canada. Dans l’attente de ces embarcations, le trafic routier est assuré par des portières, ou bacs flottants, dont je dois assurer la construction et l’utilisation.

 

Quant à la remise en état du pont Eiffel, elle est confiée à un régiment du génie, à l’époque en garnison à Versailles, et spécialiste de ce type de matériel. Les travaux durent près de six mois, durant lesquels le pont Bailey flottant remplit sa mission sans problèmes.

 

La second fait d’armes est le suivant : la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) était chargée de la défense du sud du Vietnam, au nord de Saigon. Son Etat-major était cantonné à Dautieng, complexe Michelin situé sur la rivière de Saigon à quelques 70 kilomètres de cette ville, au centre d’une plantation d’hévéas dont on tire le latex, matière première du caoutchouc. La zone tenue par la DBLE comprenait la région « D » de Cuchi, située au nord-ouest de Saigon, et équipée d’un réseau de souterrains dont les Viets ne pourront jamais être délogés. Durant mon séjour à la compagnie 71/1, j’étais le sapeur toujours réclamé par la légion pour régler les problèmes de travaux du génie, notamment dans la région de Tay Ninh où j’ai réalisé au cours de mon séjour un quinzaine de ponts.

 

Début 1953, la DBLE ayant décidé d’installer un poste à une quinzaine de kilomètres au sud de Dautieng, sur la rivière de Saigon, réclame et obtient mon intervention auprès de l’Etat-major de Saigon. Toute ma compagnie, avec son matériel lourd, s’installe sur place et entreprend la construction du poste. Logé à Dautieng, je rejoins mon unité tous les matins dans un scout-car blindé, équipé d’une mitrailleuse de 12,7 mm et piloté par un de mes sous-officiers, le sergent Pierre Roussel. Nous accompagnons l’ouverture de route, chargée de détecter les mines et les embuscades.

 

Le 27 avril 1953, ayant été convoqué à l’Etat-major de la Légion, nous ne pouvons partir avec l’ouverture que nous rejoignons dès que possible. Sur le point de la retrouver, nous tombons dans une embuscade tendue par les Viets. Une roquette atteint la portière gauche du blindé, côté chauffeur. Roussel, criblé d’éclats, perd le contrôle du véhicule, en flammes, qui quitte la route pour s’enfoncer dans la jungle jusqu’à une termitière qui le bloque.

 

Bien que grièvement blessé, je m’extrais du scout-car et je me traine jusqu’à la route pour appeler à l’aide les légionnaires qui ripostent aux Viets. Les mêmes légionnaires parviennent à extraire Roussel qui, outre ses graves blessures, est brûlé sur le côté gauche. Les ennemis ayant été repoussés, nous sommes évacués à Dautieng et soignés par le médecin de la Légion. Nous sommes ensuite évacués sur Saigon par un avion sanitaire, sur deux civières accrochées sous les ailes. Au-dessus de la fameuse zone « D », l’avion est pris pour cible par des tirs provenant d’un réseau de tranchées. L’avion y échappe en prenant de l’altitude.

 

A l’aéroport de Saigon, nous sommes transportés en ambulance à l’hôpital Grall, spécialisé pour les blessés du crâne. Le sergent Roussel, atteint aussi de 27 perforations aux intestins, décède dans la nuit. Je suis, quant à moi, opéré du crâne dès le lendemain. Un gros éclat est prélevé. Une semaine plus tard, on me tirera un autre éclat du coude gauche, évitant par miracle l’amputation prévue initialement.

 

Après une convalescence à Dalat, je retourne à Vinh Long afin de reprendre le commandement de la Cie 71/1 qui vient de rentrer après avoir achevé la construction du poste dont elle était chargée. Ces incidents me vaudront une nouvelle citation à l’ordre de l’armée et une Croix de guerre avec palme. En 1954, après mon retour en métropole, je serai décoré de la Légion d’Honneur.

 

Quant au sergent Roussel, il a été inhumé à Saigon. Une quarantaine d’années plus tard, le ministre des Anciens combattants fera ramener en France, les dépouilles de 25.000 soldats français de tous grades et de toutes origines, dont celle de Roussel. Les containers renfermant les restes mortels seront regroupés au cimetière de Fréjus.

 

J’ai pu m’y rendre et me recueillir sur la tombe de mon sous-officier ».

 

Colonel Jules Wanschoor.

 

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Publié le 1 Mars 2014

Montrouge.jpg

 

La Délégation générale des Hauts-de-Seine a appris le décès au cours du mois de février 2014 de Monsieur René Nicolazo, qui était depuis des années le président du Comité de Montrouge.

Cette disparition est d'autant plus triste que le carré militaire de Montrouge est en travaux avec la construction d'une tombe de groupe pour recueillir les restes des soldats morts pendant la Première Guerre mondiale, et qui étaient enterrés dans ce carré militaire, tombé en ruines il y a quelques temps déjà. Cette tombe de groupe devant être inaugurée pour la commémoration du centenaire du déclenchement du premier conflit mondial.

 

Toute la Délégation générale des Hauts-de-Seine est attristée et présente ses plus sincères condoléances à Madame Nicolazo, son épouse, ainsi sa famille.

 

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