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Publié le 6 Juin 2020

La Semaine Sanglante (gravure d'époque).

La Semaine Sanglante (gravure d'époque).

Les écrits des Communards et sur la Commune sont connus. Les lettres de soldats versaillais (qui soutenaient le pouvoir légitime représenté par Adolphe Thiers) le sont moins. Voici un témoignage retrouvé par la chercheuse Bénédicte Rebeyrolles. Il s’agit de la lettre d’un soldat – Hilaire Chaillaud – qui raconte sa « Semaine Sanglante » (semaine du 21 au 28 mai 1871).

 

Hilaire Chaillaud est le fils d’une famille d’agriculteurs de Villexavier (sud Charente Maritime, proche de Jonzac). C’est une famille déjà aisée d’éleveurs de bœufs gras. Au moment où il écrit cette lettre, il a 18 ans (il va vivre longtemps, il meurt en 1942 de pneumonie). On peut supposer qu’il était dans l’armée régulière vaincue, avant d’être envoyé par Thiers reprendre Paris contre la Commune. Cette lettre permet de bien étudier l’antagonisme entre paysans et ouvriers, entre Parisiens, toujours soupçonnés d’être révolutionnaires, et cette province constituée de petits propriétaires attachés à leur bien.

 

« Le 27 mai 1871.

Chers parents,

 

Je vous ai déjà écrit une lettre étant à Passy et je l’ai mise à la boîte de suite croyant qu’elle parviendrait immédiatement mais un facteur auquel j’ai demandé des renseignements m’a dit que le service ne commençait que demain, alors je m’empresse de vous transmettre celle-ci. (…).

 

Je vais vous donner quelques détails sur ce qui s’est passé à Paris ces jours derniers mais qui à notre grande joie est presque terminé.

 

Après le bombardement commencé il y a déjà quelques jours et qui avait pris un grand développement dans ces jours derniers et les travaux de siège opérés par les troupes autour de la capitale, la prise des forts d’Ivry du fort de Vanves après avoir refoulé les insurgés dans l’enceinte fortifiée on a commencé par entré dans Paris dans la nuit de Samedi à Dimanche et depuis ce jour jusqu’à présent on a vu que des incendies. Nous sommes entrés le 22 mais je vous l’assure il ne faudrait pas avoir de cœur pour ne pas jeter un cri d’indignation en voyant tout ce qui se passe.

 

Paris incendié, dévasté, pillé par ces barbares qui à mesure qu’on les fait reculer incendient et font sauter les édifices publics et les maisons particulières. C’est ainsi que plusieurs rues entières sont couvertes de débris de maisons anéanties par le feu.

 

Les Tuileries, Le Palais Royal le Palais de Justice, l’Hôtel de Ville, la Légion d’honneur, le Conseil d’État la Cour des comptes le Ministère des Finances le grenier d’abondance, le Théâtre de la porte Saint Martin, le Théâtre Lyrique l’Ambigu, La Caisse des dépôts et consignations : tous ces édifices sont maintenant réduits en cendres.

 

Heureusement je crois que le Louvre a été épargné : ces forcenés avaient disposé leurs engins de destruction mais ils n’ont pas réussi et ont été porté plus loin leur dévastation. Jamais l’on avait vu chose pareille, pendant plusieurs jours du côté où le vent poussait la fumée ce n’était qu’une pluie de papiers brulés et d’autres à demi brûlés qui étaient soulevés par la fumée, une fumée tantôt noire comme du charbon tantôt blanchâtre qui diminuait par moments mais tout d’un coup reprenait avec plus de force que jamais c’était effrayant à voir.

 

Hier encore le canon grondait du côté de Montmartre mais il se serait tu que l’on aurait encore reconnu la trace des bandits aux tristes sinistres qui dévastaient l’est de paris, un grand et effrayant incendie flambait du côté de la Villette dans l’entrepôt nouveau crime à ajouter aux furieux défenseurs de la Commune. On voyait encore des gerbes de flammes s’échappant de l’Hôtel de Ville le ciel était tout empourpré de rouge c’était affreux.

 

Dans les Tuileries de temps à autre des explosions causées par des barils de poudre entassés par les fédérés éparpillant les ruines encore fumantes de cet édifice.

 

Jusqu’à des femmes qui se sont mises avec eux et qui sont encore pires qu’eux mais on ne leur fait pas plus de grâce qu’aux hommes on le mène devant un conseil et aussitôt condamnés ils sont exécutés ce n’est pas par un ou deux que l’on les fusille c’est par un cent ou deux cents. Ils ne nous font pas pitié ces canailles-là qui pendant le siège ont toujours été ivres et si ce n’avait pas été comme (mot illisible) j’aurais eu encore plus de peine que l’on a eu car avec toutes les armes qu’ils avaient des canons des mitrailleuses de tous systèmes blindées et autres des canonnières blindées aussi. Maintenant Paris sera un peu purgé. On vient de nous dire que c’était fini seulement il y a toujours quelques coups de fusil mais ce n’est rien. Nous allons rester quelques temps ici car il faut que sous vingt-quatre heures tous ceux qui ont des fusils les rendent car après ce temps-là on va faire des fouilles et ceux à qui on en trouvera seront traduits en conseil de guerre.

 

Nous sommes maintenant dans l’école militaire au bout du Champ de Mars. Je suis en bonne santé ainsi que mes camarades et je désire que vous soyez de même.

 

Votre fils qui vous embrasse.

 

Hilaire Chaillaud.

 

Bien des choses à tous mes parents et amis. Je suis content d’avoir vu ce j’ai vu mais c’est tout de même avec horreur pour ces bandits. Nous sommes maintenant du (illisible) ligne. Notre dépôt est à Valenciennes (Nord). Mon adresse est : Hilaire Chaillaud au (illisible) de ligne 2ème bataillon 6ème corps à Paris école militaire Seine. »

 

 

 

 

 

Sources :

 

https://clio-texte.clionautes.org/lettre-du-27-mai-1871-un-simple-soldat-versaillais-raconte-sa-semaine-sanglante.html

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Publié le 28 Mars 2020

La bataille navale du Bouvet et du Meteor.

La guerre de 1870 ne fut pas que terrestre ! Prussiens et Français imaginèrent bien des scenarii : attaques sur la France par la mer du Nord d’un côté et débarquement en Allemagne de l’autre… Mais ses projets furent bien vite oubliés.

Cependant, des capitaines allemands décidèrent de défier les marins français : ainsi, en mer Baltique, le yacht Grille échangea des coups de canons avec un aviso français le 17 août 1870. Cela n’alla pas beaucoup plus loin. Au large de Brest, la corvette Augusta réussit à capturer trois navires marchands. Mais l’intervention de la frégate l’Héroïne obligea le navire allemand à se replier sur Vigo, en Espagne.

En fait, la canonnière Meteor livra le seul véritable combat naval du conflit.

Alors qu'il relâchait à Cuba, qui était colonie espagnole, la canonnière prussienne le Meteor fut découverte le 8 novembre par le navire français le Bouvet. Le capitaine de frégate Alexandre Franquet, commandant du Bouvet, lança un défi pour le lendemain à son homologue allemand, le Kapitänleutnant von Knorr, qui le releva. Le Bouvet quitta La Havane pour rejoindre les eaux internationales et attendre le Meteor qui arriva quelques heures plus tard, accompagné des bâtiments espagnols Hernán Cortés et Centinela, dont la mission était de s'assurer que le combat ne se déroulerait pas dans les eaux espagnoles, neutres.

Le Bouvet était plus rapide que son adversaire mais le Meteor compensait son manque de vitesse par une excellente manœuvrabilité. Le Bouvet avait été construit avec un surchauffeur à vapeur de chaudière placé sur le pont, sans aucune protection. Le capitaine Franquet, très conscient de la vulnérabilité de cette installation, avait fait édifier autour des protections de fortune avec des sacs de charbon et de sable et des chaînes.

Le combat commença à 14 h 30, lorsque le Bouvet ouvrit le feu à 4 000 mètres de son adversaire. Pendant les deux heures qui suivirent, les deux navires coururent sur deux lignes parallèles échangeant des bordées aux résultats insignifiants. Puis le Bouvet vira brusquement et se lança à pleine vitesse vers le Meteor afin de tenter une manœuvre d'éperonnage. Celle-ci réussit partiellement l'angle d'attaque étant mauvais, et le choc n’entraîna que la chute de la mâture du Meteor, dont le pont se couvrit de débris et de voilures mais qui eut surtout son hélice empêtrée dans les cordages. Les marins allemands essayèrent d'aborder le Bouvet mais ils ne purent mener à bien leur projet, car les deux navires ne restèrent en contact que quelques instants tandis que les Français, qui ne pouvaient faire usage de leur canon de proue trop ardu à manier, tiraient avec des fusils sur le pont adverse. Quasiment immobilisé, le Meteor était à la merci de son adversaire qui reculait pour prendre du champ et foncer à nouveau vers lui pour l'achever, lorsqu'un obus pulvérisa le surchauffeur du Bouvet. La vapeur s'échappant par le tuyau crevé, l'aviso s'immobilisa à son tour.

Hissant les voiles et bénéficiant d'un vent favorable, le Bouvet s'éloigna au plus vite du lieu du combat tandis que les marins prussiens s'affairaient frénétiquement pour libérer l'hélice du Meteor et se lancer à la poursuite du bâtiment adverse. Le Bouvet parvenant à rejoindre les eaux cubaines, les Espagnols intervinrent alors pour séparer les belligérants qui rentrèrent à La Havane.

Combat d'un autre âge où l'on se lançait des cartels, l'affrontement du Bouvet et du Meteor s'acheva sans vainqueur. Franquet fut promu capitaine de vaisseau en décembre 1870 et von Knorr reçut la Croix de Fer en 1871. Et il n’y eut plus de combats navals…

 

 

Sources :

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Colonel Rousset, Histoire générale de la Guerre franco-allemande, Editions Taillandier, 1911.
  • René Chartrand, « La Havane, le 9 novembre 1870 : le Bouvet français contre le Météor prussien », Tradition magazine, no 236,‎
  • Etienne Taillemite, Dictionnaire des marins français, Paris, Editions Taillandier.

 

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Publié le 11 Octobre 2019

Peinture d’A. De Neuville : Episode de la Guerre franco-prussienne (1875).

Peinture d’A. De Neuville : Episode de la Guerre franco-prussienne (1875).

Alphonse de Neuville est né Alphonse-Marie-Adolphe Deneuville (le « de » fut détaché par l’artiste), le 31 mai 1835 à Saint-Omer dans le département du Pas-de-Calais. Il est mort le 18 mai 1885 à Paris. A la fois dessinateur et illustrateur prolifique, il est aussi un peintre académique français, élève de François-Edouard Picot. Il a été l’un des principaux représentants de la peinture militaire du 19e siècle, et s’est rendu célèbre par des tableaux relatant des épisodes de la Guerre franco-prussienne, dont plusieurs se sont déroulés dans l’actuel département des Hauts-de-Seine (Seine et Seine-et-Oise à l’époque). Il repose au cimetière de Montmartre à Paris.

 

Biographie.

 

Né dans une famille aisée, Neuville s'inscrit, malgré l’opposition de sa famille, à l’Ecole de Mousses de Lorient après son baccalauréat. Sans y poursuivre ses études, il entre à l'âge de dix-huit ans dans l'atelier de François-Edouard Picot et expose dès 1859 au Salon, où il reçoit, pour sa première participation, une médaille de 3° classe et des conseils et des encouragements d’Eugène Delacroix, illustre mentor.

 

Alphonse de Neuville contribue abondamment, par ses dessins d'illustration, à la revue Le Tour du Monde d’Edouard Charton ; aux revues de théâtre ; aux éditions illustrées de Jules Verne et d'autres auteurs, mais son ambition est de devenir un peintre d'histoire.

 

Il prend part à la Guerre franco-prussienne de 1870 en tant que garde national à Belleville et au Bourget. Il devient alors un peintre-combattant. Il connait le succès après la guerre de 1870, par sa peinture militaire. De 1881 à 1883, il collabore avec Edouard Detaille à la réalisation des panoramas de batailles.

 

Sur le tard, en fait peu avant sa mort, il épousera l'actrice Mimi Maréchal, qui avait quitté pour lui le théâtre, après vingt-cinq ans de vie commune.

 

Thèmes.

 

« C'était par excellence le dramaturge de la guerre », écrit Albert Wolff (biographe), « dont il retraça les épisodes sanglants avec une rare puissance de mise en scène et une saisissante vérité. Ni dessinateur irréprochable comme Detaille, ni coloriste au sens propre du mot. De Neuville n'en est pas moins parvenu à prendre rang parmi les meilleurs qui ont consacré leur talent à l'armée ».

 

Parmi les sujets qu’il a peints, on trouve la Guerre franco-prussienne, la Guerre de Crimée, la Guerre anglo-zouloue et des portraits de soldats.

 

Au sujet de son travail, souvent qualifié de « patriotique », sur la guerre franco-prussienne l'artiste déclare : « Je désire raconter nos défaites dans ce qu’elles ont eu d’honorable pour nous, et je crois donner ainsi un témoignage d’estime à nos soldats et à leurs chefs, un encouragement pour l’avenir. Quoi qu’on en dise, nous n’avons pas été vaincus sans gloire, et je crois qu’il est bon de le montrer ! » (Lettre d’Alphonse de Neuville au critique d’art Gustave Goestschy, 1881).

 

Ci-après voici une série de tableaux peints par Alphonse de Neuville. Certains sont particulièrement célèbres comme Les dernières cartouches, ou La Défense de la Porte de Longboyau. D’autres le sont moins.

 

Les images présentent : l’Attaque à l’aube, Les dernières cartouches, la Bataille de Villersexel, le Combat du Bourget, Le cimetière de Saint-Privat, la Défense de la Port de Longboyau, la Défense de Rorke Drifts, portrait du peintre en garde national, portrait du peintre, Le four à chaux de Champigny, la Bataille de Champigny, la tombe au cimetière de Montmartre, le Bourget, Un Episode de la Guerre franco-prussienne.

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Archives du Souvenir Français – Délégation des Hauts-de-Seine.
  • Landru Cimetière : site – remarquable ! – de Philippe Landru, professeur agrégé d’histoire – www.landrucimetieres.fr
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.
Alphonse de Neuville, peintre de la Guerre franco-prussienne.

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Publié le 14 Septembre 2019

Cette peinture à l’huile, conservée au Musée Carnavalet de Paris, est l’œuvre des peintres Jules Didier et Jacques Guiaud.

Cette peinture à l’huile, conservée au Musée Carnavalet de Paris, est l’œuvre des peintres Jules Didier et Jacques Guiaud.

Le siège de Paris.

Né de la chute du Second empire et de la défaite de Sedan, le Gouvernement de la Défense nationale charge le ministre de l'Intérieur, Léon Gambetta, de quitter Paris, assiégée par les Prussiens, et d’organiser en province la reprise des combats.

 

Pour franchir les lignes prussiennes, le fougueux ministre, alors âgé de 32 ans, à l’idée d’emprunter une montgolfière et prend conseil auprès du photographe et aérostier Nadar.

 

Gonflé au gaz d’éclairage, le ballon de 16 mètres de diamètres s’élève au matin du 7 octobre 1870, de la butte Montmartre avec à son bord l’impétueux ministre et un assistant. Mais le vent pousse vers le nord et les lignes prussiennes… Les deux voyageurs lâchent du lest pour s’élever et échapper aux tirs ennemis. Le ballon s’écrase en milieu d’après-midi près de Beauvais, où ils sont recueillis par des paysans. Après trois jours de voyage épique en voiture à cheval et en train, Gambetta arrive enfin à Tours où il rejoint une délégation gouvernementale dirigée par Adolphe Crémieux mais l’approche de l’ennemi les oblige à se replier vers Bordeaux.

 

« Choses vues ».

 

Durant toute son existence, Victor Hugo a pris des notes d'observation sur la vie publique, politique et littéraire, et des notes confidentielles sur sa vie privée. A sa mort, ces notes étaient laissées éparses, distribuées en plusieurs dossiers et carnets : des livres de comptes, sur les gains et débours de l'écrivain ; des ébauches de textes de toute sorte ; des cahiers d'esquisses ; enfin, une série de feuillets constituant un journal de bord. Une sélection de ces écrits a donné lieu à une édition en 1887, intitulée Choses vues. Une deuxième édition suivit en 1900, et une édition plus complète en 1913. A cette version ont été ajoutés de nouveaux fragments, dus surtout à Henri Guillemin, pour donner l'édition en poche chez Gallimard en 1972, sous la direction d'Hubert Juin. Près de 2 000 pages distribuées en deux volumes.

 

Voilà ce qui est noté à la date du 7 octobre 1870…

 

7 octobre 1870.

 

Ce matin, en errant sur le boulevard de Clichy, j’ai aperçu au bout d’une rue entrant à Montmartre un ballon. J’y suis allé. Une certaine foule entourait un grand espace carré, muré par les falaises à pic de Montmartre. Dans cet espace se gonflaient trois ballons, un grand, un moyen et un petit. Le grand, jaune, le moyen, blanc, le petit, à côtes, jaune et rouge.

On chuchotait dans la foule : Gambetta va partir. J’ai aperçu, en effet, dans un gros paletot, sous une casquette de loutre, près du ballon jaune, dans un groupe, Gambetta. Il s’est assis sur un pavé et a mis des bottes fourrées. Il avait un sac de cuir en bandoulière. Il l’a ôté, est entré dans le ballon, et un jeune homme, l’aéronaute, a attaché le sac aux cordages, au-dessus de la tête de Gambetta.

Il était dix heures et demie. Il faisait beau. Un vent du sud faible. Un doux soleil d’automne. Tout à coup le ballon jaune s’est enlevé avec trois hommes dont Gambetta. Puis le ballon blanc, avec trois hommes aussi, dont un agitait un drapeau tricolore. Au-dessous du ballon de Gambetta pendait une flamme tricolore. On a crié : Vive la République !

Les deux ballons ont monté, le blanc plus haut que le jaune, puis on les a vus baisser. Ils ont jeté du lest, mais ils ont continué de baisser. Ils ont disparu derrière la butte Montmartre. Ils ont dû descendre plaine Saint-Denis. Ils étaient trop chargés, ou le vent manquait.

 

Le départ a eu lieu, les ballons sont remontés.

 

Nous sommes allés visiter Notre-Dame, qui est supérieurement restaurée. On entre dans le chœur en donnant 50 centimes par personne pour les blessés.

Nous avons été voir la tour Saint-Jacques. Comme notre calèche y était arrêtée, un des délégués de l’autre jour (XI arrondissement) a accosté la voiture et m’a dit que le XI arrondissement se rendait à mon avis, trouvait que j’avais raison de vouloir le scrutin de liste, me priait d’accepter la candidature dans les conditions posées par moi, et me demandait ce qu’il fallait faire si le gouvernement se refusait aux élections. Fallait-il l’attaquer de vive force ? On suivrait mes conseils. J’ai répondu que la guerre civile ferait les affaires de la guerre étrangère, et livrerait Paris aux prussiens.

En rentrant, j’ai acheté des joujoux pour mes petits. À Georges un zouave dans sa guérite, à Jeanne une poupée qui ouvre et ferme les yeux.

 

 

Sources :

 

 

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Publié le 3 Mars 2019

A Fontenay, le facteur passe toujours deux fois !

A Fontenay-aux-Roses, il est une sépulture quelque peu particulière : il s’agit d’un monument bâti grâce à une souscription des habitants et avec l’aide du Souvenir Français : il s’agit de la sépulture du facteur Létoile.

 

Simon Charles Létoile nait à Châtillon le 7 mars 1833. Il devient facteur et œuvre sur le département de la Seine (qui allait pour partie devenir les Hauts-de-Seine). Pendant la Guerre franco-prussienne, en septembre 1870 « au péril de sa vie », il va traverser à deux reprises les lignes allemandes pour « accomplir son devoir professionnel » selon le texte inscrit sur le monument.

 

Il est ensuite ajouté : « Ses concitoyens de Fontenay et de Châtillon ont élevé ce monument avec l’aide du Souvenir Français pour honorer son courage ».

 

Il convient d’ajouter que Charles Létoile, avant son métier de facteur, avait été militaire. Il avait participé à la campagne d’Italie (1859, marquée par les victoires françaises de Magenta et de Solférino), où il s’était illustré, étant décoré de la Médaille militaire.

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Ville de Fontenay-aux-Roses :
  • Archives du Souvenir Français – Délégation des Hauts-de-Seine.
  • Landru Cimetière : site – remarquable ! – de Philippe Landru, professeur agrégé d’histoire – www.landrucimetieres.fr

 

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Publié le 15 Août 2018

Gardes nationaux dans les tranchées par Alphonse de Neuville.

Gardes nationaux dans les tranchées par Alphonse de Neuville.

La Garde nationale voit le jour au début de la Révolution française. Elle est constituée de miliciens (citoyens) dans chaque ville, à Paris comme en province. Son existence va durer jusqu’en 1871, aux lendemains de la Commune de Paris.

 

Création.

Avant la Révolution française, des Gardes bourgeoises sont chargées de défendre les biens et les personnes. Le 14 juillet 1789 voit la création d’une première Garde nationale. Les raisons en sont simples : la Municipalité et les Gardes Françaises (issues des Gardes bourgeoises) sont débordées par les troubles qui suivent l’annonce du renvoi de Necker, alors Ministre d’Etat de Louis XVI, après avoir été son directeur général des Finances. Les pillages se multiplient et les exactions sont nombreuses. De plus, des régiments royaux mais formés de mercenaires suisses et allemands, massés autour de Paris, font craindre un carnage. Aussi, la Municipalité de Paris décide d’établir cette Garde nationale. Elle compte d’abord 12.000 hommes et bientôt ce chiffre est porté à 48.000. Les volontaires sont issus de toutes les couches de la société. A défaut d’uniforme, les gardes portent la cocarde verte, couleur associée à la livrée de Necker. Puis, la couleur changera. Ce seront le bleu et le rouge de la ville de Paris. Le premier chef de cette Garde nationale est le marquis de La Fayette. Quelques jours plus tard, des Gardes nationales sont créées dans toutes les grandes communes du pays.

 

Sous le Premier empire.

Pendant tout le règne de Napoléon 1er la Garde nationale sert de réserve à l’armée. Elle peut être mobilisée en fonction des besoins des campagnes napoléoniennes. Ainsi, lors de la reprise de la guerre contre la Prusse, le 17 septembre 1806, l’Empereur ordonne la levée de 3.000 grenadiers et chasseurs de la Garde nationale de Bordeaux pour renforcer la défense des côtes.

 

Un décret, signé le 12 novembre 1806, signé à Berlin, réaffirme l’obligation de tous les Français, âgés de 20 à 60 ans, d’effectuer le service de la Garde nationale. Dans le même temps, son réaffirmées les exceptions suivantes : les hommes qui travaillent dans la fonction publique ; ceux qui travaillent pour l’administration centrale et les ecclésiastiques. Les autres peuvent se faire remplacer. Les compagnies de grenadiers et de chasseurs, composées si possible d’hommes de 20 à 40 ans, peuvent être appelées à effectuer un service intérieur dans les villes de plus de 5.000 habitants, ou un service militaire. Dans ce cas, elles sont assimilées aux troupes de ligne.

 

D’un empire à l’autre.

Sous la Restauration, le 15 mai 1814, le comte d’Artois est nommé colonel général des gardes nationales de France. Le général Jean-Joseph Desolles devient son major général tout en gardant le commandement de la garde parisienne.

 

Le 25 juillet 1830, Charles publie des ordonnances (liberté de la presse ; dissolution de l’assemblée nationale ; modification de la Charte ; modification du collège électoral ; nomination de conseillers d’Etat) qui provoquent la Révolution de Juillet. Le 29 du même mois, le marquis de La Fayette, alors âgé de 73 ans, est nommé de nouveau à la tête de la Garde nationale. Il rétablit celle de Paris. Deux jours plus tard, le 31, il accueille Louis-Philippe 1er à l’Hôtel de Ville de Paris. Devant les acclamations des contribuables en armes, ce dernier s’écrie, en embrassant La Fayette : « Cela vaut mieux pour moi que le sacre de Reims ! ». Cela souligne l’importance attachée à la milice bourgeoise du régime, garante de l’ordre public et de l’alliance de la Monarchie de Juillet et des propriétaires. Peu de temps après, la Garde nationale est réactivée dans toute le France pour mettre fin aux échauffourées.

 

Dix-huit ans plus tard, en février 1848, la Garde nationale reste passive face à la destitution du roi Louis-Philippe 1er. Elle obéit aux Républicains et se cantonne à maintenir l’ordre, principalement dans la capitale. En janvier 1849, un décret de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III et pour le moment tout nouveau premier président de la Seconde république, supprime la moitié des bataillons de gardes nationaux et réorganise les autres. En fait, il se méfie de la Garde. Les gardes nationaux mobiles sont définitivement licenciés le 31 janvier 1850. Il leur est reproché leur indiscipline et d’engendrer plus de discorde que d’en résoudre. Tout au long du Second empire (1852-1871), Napoléon III cantonne la Garde dans des tâches subalternes afin de réduire son influence libérale et républicaine.

 

La Guerre franco-prussienne.

 

Lors de l’éclatement de la guerre entre la France et la Prusse, en juillet 1870, la Garde nationale est d’abord faiblement mobilisée. Le décret du 16 juillet ne concerne que les gardes nationaux habitants les régions militaires du Nord, de l’Est et de la Région parisienne. Globalement, il y a une absence de préparation. Le 10 août, est votée une loi visant à compléter les forces des gardes sédentaires et mobiles (unités qui sont appelées à se déplacer au gré des demandes / batailles). Le 18 août 1870, une autre loi permet d’incorporer 40.000 jeunes supplémentaires. Le 23, les unités sont formées en régiments provisoires et le 29, l’ensemble est placé dans l’armée active. Ainsi, la Garde nationale est utilisée comme un ultime moyen de défense.

 

Le 4 septembre 1870, après la défaite de Sedan et la capture de l’empereur, le Gouvernement de la défense nationale est mis en place. Le 6, tous les électeurs de la ville de Paris sont convoqués. Les gardes nationaux, au nombre de 590.000, sont mobilisés pour le reste de la guerre et envoyés au front. Si des unités partent pour la Normandie, la Loire ou le Nord, d’autres restent dans Paris qui va être assiégée d’un moment à l’autre.

 

Dès lors, la Garde nationale parisienne est composée de 234 bataillons. Chaque compagnie compte environ 125 hommes. Les bataillons sont formés de quatre compagnies de marche (ou de guerre) et de quatre compagnies sédentaires. Les compagnies de guerre sont composées de volontaires et des gardes les plus jeunes ayant peu ou pas d’enfants. Les gardes des compagnies sédentaires restent à leur domicile. Un point de ralliement est fixé dans chaque quartier pour les besoins de leur service. Les gardes nationaux des compagnies de marche et sédentaires sont donc très proches des populations qu’ils représentent. Des bataillons spéciaux sont recrutés dans les administrations et services publics : Poste et télégraphes, Finances, Octroi, Banque de France, Chemins de Fer, etc.

 

Mais les choses s’enveniment. Dès octobre 1870, des gardes nationaux anarchistes créent des actions antigouvernementales. Durant toute la durée du siège, la garde sédentaire n’apporte aucune aide sérieuse. Des bataillons de gardes nationaux sont soumis à la propagande révolutionnaire. Entre le 1er février et le 3 mars 1871, 2.000 délégués élaborent puis adoptent les statuts d’une Fédération Républicaine de la Garde Nationale. Le 18 mars, le Gouvernement tente de faire reprendre par l’armée les canons appartenant à la garde nationale parisienne. C’est la révolte. Les gardes nationaux participent à la Commune, qui dure du 18 mars au 25 mai 1871. Mais cela se termine dans le sang, avec une répression massive des forces gouvernementales (les Versaillais), au prix d’exécutions sommaires, d’un grand nombre de fusillés et d’un nombre plus important encore de déportés (pour partie vers la Nouvelle-Calédonie).

 

Dissolution.

Le 25 août 1871, à la suite des événements de la Commune, la dissolution des gardes nationales dans toutes les communes de France est votée. Et la loi du 27 juillet 1872 prévoit que « tout corps organisé en armes et soumis aux lois militaires, fait partie de l’armée et relève du ministère de la guerre ». La Garde nationale n’existe plus.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

Du fait de nombreuses batailles qui se sont déroulées sur l’actuel territoire des Hauts-de-Seine, à commencer par celle de Buzenval, les monuments qui rappellent la mémoire des Gardes nationaux sont nombreux. Il en existe (liste non exhaustive) à Boulogne, à Asnières, à Nanterre, à Clichy, à Rueil, à Garches, à Saint-Cloud, à Issy, à Châtillon, à Clamart, à Fontenay-aux-Roses.

 

A Colombes, plusieurs monuments rappellent le sacrifice d’enfants de la commune. L’un d’eux commémore le souvenir d’Eugène Cahanin, soldat au 36e bataillon de la Garde nationale, chevalier de la Légion d’honneur, décédé le 10 février 1871, des suites de blessures reçues à la bataille de Buzenval, un mois plus tôt.

 

Aujourd’hui.

 

En 2016, une nouvelle Garde nationale est créée (principalement du fait des attentats islamistes de 2015). Elle est la somme des réserves opérationnelles de premier niveau des armées et formations rattachées, de la gendarmerie nationale française et de la réserve civile de la police nationale.

 

 

Sources :

 

 

  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Dictionnaire Larousse en Six Volumes.
  • Alain Decaux et André Castelot, Histoire de la France et des Français, Larousse.
  • Charles Poisson, L'Armée et la Garde nationale. IV Tomes, Paris, 1858-1862.
  • Roger Dupuy, La Garde nationale, 1789-1872, Gallimard, 2010.
  • Serge Bianchi et Roger Dupuy (dir.), La Garde nationale entre nation et peuple en armes. Mythes et réalités. 1789-1871, Presses Universitaires de Rennes, 2006
  • Georges Carrot, La Garde nationale (1789-1871) : Une force publique ambiguë, Éditions de l'Harmattan, coll. « Sécurité et société », 2001.
  • Site internet : www.commune1871.org

 

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Publié le 8 Avril 2018

Soldats prussiens et soldats français s’affrontant vers Châtillon – Septembre 1870.

Soldats prussiens et soldats français s’affrontant vers Châtillon – Septembre 1870.

La première bataille de Châtillon.

 

La bataille de Sedan, le 2 septembre 1870, est une défaite cuisante pour l’armée française. Elle est mise en déroute et son Empereur, Napoléon III, est placé en captivité. Bientôt, il est escorté pour être emmené en captivité à Wilhelmshoehe, près de Kassel.

Dès le surlendemain, les Prussiens se mettent en marche vers Paris. Qu’ils atteignent le 17 septembre. Dès leur arrivée, en pleine nuit, la grande garde de la Grange-Dame-Rose, à Vélizy, est subitement attaquée par une reconnaissance d’une centaine de fantassins bavarois, appuyés par un peloton de dragons. Après une faible résistance, les zouaves se replient laissant 12 morts et 34 prisonniers entre les mains de l’ennemi, qui n’ose toutefois pousser plus loin son avancée.

Le 19 septembre, à cinq heures du matin, le général Ducrot engage le 14e corps sur trois colonnes, protégées par un épais brouillard. Deux heures plus tard, 72 canons français ouvrent une vive canonnade vers les bois. Surpris, les Allemands commencent à céder du terrain et se retranchent dans les bois de Verrières-le-Buisson. A 7h30, l’artillerie prussienne apparaît à la lisière du bois et réplique. Les Français s’apprêtent à lancer un assaut que d’aucun annonce décisif quand tombe l’ordre de se replier !

En effet, la division Caussade qui constitue l’aile droite est en plein débandade. Le 16e régiment de marche qui était en tirailleur dans les sous-bois se trouve au contact avec les Prussiens, donnant lieu à une fusillade extrêmement vive. Arrive un bataillon de mobile de la Seine, qui commence aussi à tirailleur. Il s’ensuit un désordre certain et les Prussiens s’emparent d’une position où ils amènent aussitôt leur artillerie : celle-ci envoie une grêle d’obus et de boulets. Les conscrits, qui composent le bataillon de mobile, sont alors pris de panique et aux premiers sifflements des obus, ils se couchent par terre, pendant que l’infanterie ennemie avance toujours. A 9 heures, la première ligne française se replie sous les forts de Montrouge et de Vanves.

Toute offensive étant devenue impossible et les Allemands gagnant du terrain, il faut se résigner pour les Français à sonner la retraite. Le 2e corps bavarois se heurte toutefois jusqu’au milieu de l’après-midi à une forte résistance française. Le général Ducrot espère conserver la redoute de Châtillon. Mais il doit évacuer la position, en apprenant que non seulement la division Caussade, sur sa droite, a regagné Paris, mais que la division de Maussion, sur sa gauche a également abandonné ses positions de Bagneux et de Fontenay-aux-Roses. Alors, il se replie sur Montrouge.

Le 20 septembre, le général Trochu, craignant une attaque en force de la capitale, fait évacuer les positions extérieures de la ceinture des forts, et dynamiter les ponts de Billancourt, de Sèvres, de Saint-Cloud, d’Asnières, de Clichy et de Saint-Ouen.

 

La deuxième bataille de Châtillon.

 

Le 13 octobre suivant, le général Trochu décide d’organiser une reconnaissance offensive sur les villages de Bagneux et Châtillon, par ses troupes, alors massées dans Paris.

Pour se faire, il dispose ses troupes en trois colonnes, plus la réserve :

  • La colonne de droite est composée du 13e de marche, avec 500 gardiens de la paix. Elle doit s’emparer de Clamart.
  • La colonne du centre et commandée par le général Susbielle ; elle est composée du 14e de marche et d’un bataillon du 13e. Elle doit attaquer Châtillon par la droite.
  • La colonne de gauche, sous le commandement du colonel Eugène Antonin de Grancey, composée des mobiles de la Côte d’Or et d’un bataillon des mobiles de l’Aube, sous le commandement André Picot de Dampierre, doit entrer dans Bagneux.
  • La réserve, formée du 42e de ligne, devant rester à l’arrière, au lieu-dit « La Barraque », devant Châtillon.

Dès les premiers engagements, la colonne de droite s’empare de Clamart et s’y maintient. Au Centre, les troupes du général Susbielle ne peuvent entrer dans Châtillon, dont les rues sont couvertes de barricades, en dépit des bombardements effectués depuis les forts d’Issy et de Vanves. Quant à la colonne de gauche, elle enlève Bagneux aux Bavarois. Mais ne peut aller plus loin. Les hommes voient le comte de Dampierre mourir sous leurs yeux.

Après cinq heures de combat, le gouverneur de Paris ordonne la retraite, le but de la reconnaissance étant atteint ! Le général Blanchard fait alors exécuter ce mouvement de retraite.

Les journaux parisiens se félicitent alors de l’entreprise… qui n’empêchera nullement la signature par le gouvernement français d’une convention d’armistice, trois mois plus tard.

 

 

Sources :

  • Ville de Châtillon : www.ville-chatillon.fr
  • Ville de Clamart : www.clamart.fr
  • Henri Guillemin, Cette curieuse guerre de 1870, Gallimard, 1956.
  • Pierre Milza, L’année terrible – La guerre franco-prussienne, septembre 1870-mars 1871, Perrin, 2009.
  • Pierre Miquel, La Troisième République, Fayard, 1989 ; Le Second Empire, Plon, 1992.
  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.

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Publié le 15 Avril 2017

Bivouac de soldats français après la seconde bataille du Bourget (Alphonse de Neuville).

Bivouac de soldats français après la seconde bataille du Bourget (Alphonse de Neuville).

La première bataille du Bourget.

 

En 1870, le village du Bourget est juste un alignement de maisonnées s’étendant de part et d’autre de la route de Flandres (actuelle Nationale 2), sur une pente assez rapide, à un peu plus de cinq kilomètres des fortifications de Paris et à moins de trois kilomètres du fort d’Aubervilliers, place militaire majeure. C’est d’ailleurs au pied de ce fort que passe également la route des Flandres. Le village du Bourget est traversé par une petite rivière, appelée la Molette.

 

Après la capitulation de l’armée française et la capture de Napoléon III à Sedan, début septembre 1870, les Prussiens s’approchent à grands pas de Paris, but de leur campagne. Ils arrivent dans les environs du Bourget à la fin de ce même mois et n’y laissent que peu de soldats.

 

Le 28 octobre 1870, le général de Bellemare, commandant à Saint-Denis, envoie, sans l’autorisation du général Trochu, commandant la place de Paris, le commandant Roland avec 300 francs-tireurs. Le peu de soldats allemands se trouvant sur place est chassé sans ménagement. Aussitôt le général de Bellemare demande des renforts mais qui celle-ci est rejetée par Trochu.

 

Deux jours plus tard, les Allemands contre-attaquent avec un déluge d’artillerie. Les fantassins prussiens avancent de trois côtés du Bourget : Drancy, Dugny et Blanc-Mesnil. Cernés au nord, à l’est et au sud-est, les soldats français, pris de panique, fuient vers La Courneuve et Aubervilliers. Mais leur retraite est coupée au niveau de la commune de La Courneuve. Seuls les commandants Brasseur et Baroche demeurent avec leurs troupes au Bourget. Ils défendent comme ils peuvent chaque rue et se battent même à l’intérieur de l’église Saint-Nicolas. A 13h, tout est terminé : les Allemands ont récupéré la place et les Français, ceux qui n’ont pas été tués ou blessés, se sont enfuis dans un désordre sans nom.

 

Dès la fin des combats connue à Paris, un soulèvement populaire se produit. Il est réprimé. Le mois suivant, les Allemands fortifient le Bourget et font sauter la voie et la gare de chemin de fer qui relie le village à La Courneuve.

 

Les Français ne veulent pas en rester là…

 

La seconde bataille du Bourget.

 

Le 16 décembre 1870, un Conseil de guerre de la République française décide d’une importante offensive afin de dégager Paris. Il est prévu de progresser sur deux axes : l’un par le Bourget, le long de la route de Flandres, et l’autre par la ferme de Groslay et Aulnay par la route des Petits-Ponts à Drancy. L’opération doit se dérouler le 21 décembre.

 

Tôt au matin du 21, les Français décident de bombarder le Bourget depuis les forts d’Aubervilliers, des batteries placées à La Courneuve et sur des wagons blindés, positionnées sur la ligne de Soissons. L’offensive commence avec les fusiliers marins du capitaine de frégate Lamothe-Tenet. Les soldats s’emparent du cimetière, font une centaine de prisonniers allemands puis progressent vers l’église. Là, ils tombent sur une barricade tenue par les Prussiens. Elle est attaquée à la hache d’abordage. Quant au général Lavorgnet, sa brigade arrive par le sud-ouest et la route de Flandres. Mais elle ne peut entrer dans le village du Bourget, parfaitement fortifié. A midi, face à un ennemi qui n’a pas reculé d’un mètre, le général Trochu informe le général Ducrot de cet échec.

 

Non seulement Le Bourget n’a pas été repris, mais cette fois le village est pratiquement entièrement détruit.

 

Un mois plus tard, les Prussiens entrent dans Paris…

 

Sources :

 

  • Encyclopédie Larousse.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Britannica.
  • Napoléon Peyrat, Journal du siège de Paris, 1870.
  • Louis-Paul Rollin, La guerre dans l’ouest, campagne de 1870-1871.
  • François Roth, La Guerre de 1870, Fayard, 1990.
  • Lieutenant-colonel Rousset, Histoire générale de la guerre franco-allemande.
  • L’image est une reproduction de l’un des nombreux tableaux réalisés par Alphonse de Neuville sur la Guerre franco-prussienne.

 

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Publié le 5 Octobre 2013

 

Bataille de Coulmiers

Le salut à la Victoire (bataille de Coulmiers) ; œuvre du peintre Etienne Dujardin-Beaumetz.

 

 

Isabelle Moity-Legrand a eu une remarquable idée : placer dans un ouvrage destiné à sa famille et ses amis, les récits et lettres de trois de ses aïeux, trois « morts pour la France ». Il s’agit de Julien Sandrin, oncle de son grand-père, mort en 1871, de Joseph Legrand, son grand-père, mort lors de la Première Guerre mondiale et de son père, Raoul Legrand, mort en déportation à Buchenwald.

 

Cet ouvrage a été publié par les Editions Lacour, installées à Nîmes, en décembre 2010.

 

* * *

 

« Julien Sandrin naît à Paris en 1850 sous la IIème République. Il est l’aîné d’une fratrie de quatre garçons dont les suivants se prénomment Edmond, Augustin et Ferdinand. Le grand-père paternel de Julien est un homme important : il est maître de poste, c’est-à-dire responsable d’un relais de poste à Sceaux, à vingt kilomètres de Paris. Le père de Julien est métreur-couvreur. C’est un ouvrier très qualifié et il a ouvert sa propre entreprise de couverture-plomberie. L’entreprise est d’abord installée dans des quartiers insalubres de Paris, mais doit rapidement déménager avec les travaux de modernisation et d’embellissement de la capitale, dus au baron Hausmann. Aussi, la famille vient-elle s’installer à Bourg-la-Reine. C’est là que le jeune Julien passe son enfance.

 

En 1870, Julien Sandrin a vingt ans. L’Empire français vient de déclarer la guerre à la Prusse. A cette époque, les jeunes gens ne sont pas encore astreints au service militaire obligatoire. Mais la loi oblige les hommes mobilisables à s’inscrire sur les registres communaux : c’est la conscription. Un tirage au sort désigne ceux qui doivent effectuer cinq années de service militaire, avec la possibilité pour les plus riches de se trouver un remplaçant moyennant une compensation financière. En cas d’entrée en guerre du pays, la levée en masse mobilise tous les hommes valides.

 

Julien a tiré le mauvais numéro. Il est conscrit, mobilisé dans l’artillerie. Entre juillet 1870 et mai 1871, Julien Sandrin va écrire des dizaines de lettres à ses parents ».

 

* * *

 

« Chartres, le 27 juillet 1870,

 

Mes chers parents. Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je me porte bien. Je désire que ma lettre vous trouve de même. Je vous dirai que je suis parti lundi de Versailles. Nous ne pensons pas rester longtemps à Chartres, mais aussitôt que nous en partirons je vous écrirai de suite. Si vous aviez besoin de m’écrire : Sandrin Julien au 1er Régiment du train d’artillerie à la 10ème compagnie à Chartres en Eure-et-Loir. Rien de plus à vous dire pour le moment et je vous embrasse très fort ».

 

Le 1er régiment va parcourir des centaines de kilomètres, à la poursuite ou devant l’ennemi. Après avoir encerclé Paris, plusieurs armées prussiennes se dirigent vers la Loire, pour anéantir celles qui Français qui ont retraité vers le sud (comme d’autres l’ont fait vers le nord ou la Franche-Comté). Le 12 octobre, les Bavarois entrent dans Orléans. A Blois, le 16ème corps d’armée est créé et Julien y est incorporé. Les Français se réorganisent. Ils livrent bataille, sous le commandement du général d’Aurelles de Paladines, et l’emportent à Coulmiers, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Orléans. L’artillerie française est pour une fois particulièrement efficace : des obus tombent par centaines dans le camp des soldats bavarois, créant la panique. Ils retraitent en désordre. Au soir, les Français font leur retour dans la ville. Ils y rencontrent les populations locales et toutes celles et ceux qui ont fui la capitale et sa banlieue, encerclées par l’ennemi.

 

 

« Le 16 novembre 1870,

 

Mes chers parents,

 

Je vous écris pour vous dire que je me porte bien. Je me suis battu à Coulmiers depuis 8h du matin jusqu’à 5h du soir. J’ai eu mon cheval tué sous moi. Mais j’en ai été quitte pour une belle peur. Nous ne sommes pas heureux. Je ne m’étends pas davantage sur ma missive mais je vous en dirai plus quand je serai auprès de vous. Je pourrai vous parler.

 

Voilà cinq lettres que je vous écris, et je n’ai pas reçu de réponse. Je pense que vous ne devez pas être heureux non plus. Je ne vous demande pas d’argent parce que vous ne devez pas en avoir de trop. Si vous m’en envoyez, mettez cela dans un mandat.

 

J’ai vu sur le champ de bataille Castonet et Darenne de Sceaux. Ils sont comme moi : ils n’ont rien attrapé. Je te dirai que nous allons marcher sur Paris depuis Angers. J’ai vu le père Poulin : il m’a donné 5 francs, et cela m’a fait plaisir. J’ai vu le beau-frère à Souchet et sa sœur. Ils se portent bien. Je te dirai que j’ai déjà fait 100 lieues depuis que je suis soldat : j’ai été à Dreux, à Chartres, au Mans, à Vierzon, à Châteauroux, à Limoges, à Angers, à Blois, à Artenay, à Orléans. Pour m’écrire : Sandrin Julien au 1er train d’artillerie, 1er peloton, 12 principales 16ème corps d’armée, Armée de la Loire. Je voudrais être auprès de vous et je vous embrasse ».

 

Mais après cette euphorie, de courte durée, les choses se gâtent pour l’Armée de la Loire. Plutôt que poursuivre le mouvement sur Paris, elle s’enferme dans Orléans pour s’y refaire une santé. Et les Allemands en profitent pour encercler à nouveau la ville. Par la suite, les Français livrent bataille à plusieurs reprises et sont à chaque fois battus. Il faut encore et toujours aller chercher son salut vers le sud… En mars 1871, Julien Sandrin écrit une nouvelle fois à ses parents :

 

« Mes chers parents,

 

Je vous écris ces quelques mots pour vous dire que je vais bien. Je n’ai pas reçu votre lettre. Je la recevrai quand j’arriverai sur Bayonne. Je vous écrirai aussi quand je serai à Angoulême. Nous avons encore cinq jours de marche. Je sais que vous n’avez pas reçu toutes mes lettres, mais n’en soyez pas fâchés. Je me suis trouvé à 11 batailles : la première c’était quand j’avais 49 jours de soldat. A Orléans. Je n’étais pas trop hardi. J’ai été fait prisonnier deux fois. Je suis resté une fois 2 jours et un fois 9 jours. Une fois, tout près d’Etampes, nous étions 18.000 hommes et 100 pièces de canon contre 40.000. Nous nous sommes bien battus 6 jours de suite et le 7ème nous avons battu en retraite. C’est là que nous avons été faits prisonniers. Nous étions 5.000 à 6.000 et nous avons tous été pris. Ils ont pris aussi toute notre artillerie. On mangeait pas tous les jours. »

 

Après avoir faussé compagnie aux Prussiens, Julien Sandrin regagne son régiment et continue sa retraite en direction du sud de la France : Angoulême, Langon, Tarbes, et enfin Perpignan, au camp d’Orles où l’unité va rester pendant plusieurs mois. Il en profite pour envoyer plusieurs lettres à ses parents et demande, entre autres, des nouvelles d’une connaissance de la famille, Madame Jubin, et de ses deux filles, dont la chère Adélaïde. Le 10 mai 1871, le traité de Francfort met fin à la guerre. On compte, du côté français, près de 139.000 morts.

 

« Mes chers parents,

 

Je vous écris cette lettre pour vous dire que je pars pour Versailles. Le Dépôt de mon régiment va en Afrique et comme je ne veux pas y aller je vais rentrer sur Versailles. Je pense que nous allons rentrer par étapes avec au moins 5 à 6 semaines de voyage. Nous ne pouvons pas rester là car on nous fait trop de misère. Je pars donc et avec 50 hommes, nous allons compléter une batterie qui manque d’hommes car ils ont été tués. »

 

Julien Sandrin rejoint Bourg-la-Reine à pied. Epuisé, n’en pouvant plus physiquement ni moralement, il s’est alité en arrivant chez ses parents et s’est endormi pour ne plus se réveiller. Il n’avait pas vingt et un ans. Sa mère ne survivra pas à son absence et mourra l’année suivant son retour. A la mort de Julien, Adélaïde Jubin se découvrira pour le jeune homme un amour qu’elle-même ignorait et ne se mariera jamais car il est des absents qu’on ne remplace pas ».

 

 

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Publié le 9 Décembre 2012

Gravelotte

Le cimetière de Saint-Privas (bataille de Gravelotte) par Alphonse de Neuville.

 

Madame Jeanine Laurent, présidente du Comité de Levallois-Perret du Souvenir Français, nous a adressé un souvenir familial. Il s’agit d’une lettre de l’un de ses aïeux, alors en pleine guerre franco-prussienne.

 

« Vierzon, le 10 octobre 1870,

Mes chers parents,

Nous avons quitté Troyes samedi à 9 heures du soir pour venir à Vierzon. Nous sommes venus avec des échappés de Sedan qui nous ont raconté beaucoup de choses en nous disant qu’à la bataille du 16 août à Gravelotte, ils ont été fameusement trahis ainsi qu’à Sedan. On leur disait quand ils voyaient l’ennemi de ne pas tirer, car ce n’étaient que des Français.

A Sedan, quand le brave cochon de Napoléon leur a fait signer la capitulation, sur quatre mille officiers, il y en a eu cinq cents pour la signer et 3.500 qui voulaient résister, mais ils ont été vendus. Ils ont brisé leurs armes, tous, en disant qu’ils ne s’en serviraient pas. C’était misérable de les entendre parler et ils disaient que nous serions pris.

Cher père, je vous dis que nous sommes à Vierzon, mais je ne sais pas pour combien de temps. On nous parle de nous armer de Chassepot et que nous irons à Tours, en Touraine, ou à Epinal, dans les Vosges. Mais nous ne savons rien. Je préférerais moi aller à Tours ou est le gouvernement. Nous serions mieux là que partout ailleurs. Je ne peux rien dire de certain. Je vous dis qu’à Vierzon, il y a beaucoup de troupes. Je ne sais pas combien, mais il en défile toujours et la gare est toujours encombrée. Ce matin, il est arrivé un groupe de soldats avec un train d’artillerie, leurs pièces et leurs munitions.

Dans la dernière lettre que vous m’avez envoyée, vous m’avez dit de me remplacer. J’ai cherché et j’ai trouvé, mais je n’en veux pas car on me demande 3.000 francs. Et il faut que le commandant le veuille. Maintenant, s’il fallait la permission des chefs, je crois que je l’aurais. Je crois que c’est comme on dit : le capitaine, Monsieur Jules Foulhouse, que ce ne serait pas pour prendre mon argent et me laisserait embarrassé. Si vous le faites, cela serait mieux dans le département du Puy de Dôme que partout ailleurs. Prenez bien vos précautions. Mais je ne vous le conseille pas. Ainsi, faites comme vous voudrez. Parlez-en à du monde qui en connait davantage que vous.

Si vous m’écrivez, mon adresse est au 32ème régiment de marche 3ème bataillon 7ème compagnie (comme je vous l’ai déjà dit), à Vierzon ou à la suite de mon bataillon.

Je vous envoie mon portrait. Veuillez bien le recevoir.

Votre aimable fils,

Mathieu ».

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