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Publié le 29 Mai 2019

Soldats du 2e REI pendant l’Opération Licorne.

Soldats du 2e REI pendant l’Opération Licorne.

Les causes de la crise.

 

A la mort de Félix Houphouët-Boigny, en 1993, Henri Konan Bédié est élu président de la République de Côte d’Ivoire. Mais six ans plus tard, à la suite d’une mutinerie qui se transforme en coup d’Etat, celui-ci est renversé par l’armée, avec à sa tête le général Robert Guéï. Ce dernier promet des élections, qui se déroulent en 2000.

 

Mais « l'ivoirité » reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine douteuse ». De fait, quatorze des candidats à l’élection présidentielle sont déclarés inéligibles, par la Cour suprême de Côte d’Ivoire.

 

Le décompte des bulletins de vote place Robert Guéï en seconde position derrière Laurent Gbagbo le 22 octobre. Pour autant, le général se proclame président de la République ce qui déclenche d’importantes manifestations de la population, bientôt suivie par la gendarmerie. Les affrontements opposent également la garde prétorienne du général à la population. Les premiers sont rapidement vaincus mais les affrontements se prolongent entre partisans de d’Alassane Ouattara, qui ne pas pu concourir à l’élection et ceux de Gbagbo.

 

Le 26 octobre, Laurent Gbagbo est proclamé président de la République sur décision de la Commission électorale. Le 27 octobre, un charnier de 57 corps est découvert à Yopougon. Le bilan officiel à la fin de l’année 2000 est de 303 morts, 65 disparus et 1.546 blessés.

 

Quelques mois plus tard, en mars 2001, les élections municipales se traduisent par une victoire du parti RDR d’Alassane Ouattara : pour la première fois de son histoire, la Côte d’Ivoire assiste à une défaite électorale du parti au pouvoir. Les choses s’enveniment alors…

 

Les débuts de l’Opération Licorne.

En septembre 2002, la République de Côte d’Ivoire (RCI) connaît une importante dégradation de sa situation sécuritaire. Le pays est divisé et la moitié Nord est passée entre les mains des rebelles. Dès lors, 600 militaires du 43e bataillon d’infanterie de Marine (43e BIMa), régiment stationné à Port-Bouët, dans la capitale ivoirienne depuis juillet 1978, se déploient pour assurer la sécurité des 16.000 ressortissants français. Quelques jours plus tard, le 22 septembre, la France lance l’Opération Licorne et des renforts militaires pré-positionnés en Afrique sont envoyés en Côte d’Ivoire. Mais, face à la montée de la violence, des tensions dans le pays et des crises successives, l’engagement militaire français ne cesse d’évoluer.

Les différentes phases de crises qui ont eu lieu depuis 2002 sur le territoire ivoirien illustrent les capacités d’adaptation des forces armées françaises. En effet, alors qu’au départ l’objectif des soldats était de mettre en sécurité les ressortissants français, rapidement, à la demande de la communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), du gouvernement ivoirien, et de l’ONU, l’engagement militaire évolue et les soldats français deviennent une véritable force d’interposition entre les forces armées ivoiriennes et les rebelles.

Quelques mois plus tard, en mars 2003, la mission de la CEDEAO en Côte d’Ivoire prend la relève des forces françaises et Licorne devient alors une mission de soutien et d’appui aux casques blancs africains. Dans le même temps, le Conseil de sécurité de l’ONU décide la création d’une Mission des Nations unies en Côte d’Ivoire, la MINUCI.

Un an plus tard, en 2004, une résolution est adoptée créant une force de casques bleus en Côte d’Ivoire, l’ONUCI. Mais, à la fin de l’année 2004, la situation politique et sécuritaire du pays se dégrade. Les forces rebelles, qui refusent de se désarmer, décrètent l’état d’urgence dans le Nord du pays. À cette date, les effectifs français déployés sont à leur maximum avec 5.000 militaires français mobilisés dans le cadre de l’opération Licorne.

 

Situation stabilisée.

Dès 2005, la situation politique et sécuritaire se stabilise dans le pays. Cela permet d’alléger le format de la force Licorne avec le retrait de plusieurs centaines de soldats. Les effectifs sont progressivement ramenés à 4.000, puis 3.500 soldats. Cette évolution favorable de la situation permet de réduire encore les effectifs en passant en 2007 à 1.800 militaires.

Au premier semestre de l’année 2009, le nombre de soldats mobilisés diminue encore de moitié passant à 900. L’élection présidentielle de 2010 entraîne une nouvelle crise car les deux candidats présents au second tour se proclament vainqueur. L’ONU certifie la victoire d’Alassane Ouattara, et non de Laurent Gbagbo, président sortant. Dès lors, la force Licorne remonte à 1.600 soldats pour assurer la sécurité des ressortissants français. Le 11 avril, le président sortant est arrêté à sa résidence et la situation en Côte d’Ivoire s’apaise.

 

Les FFCI.

Progressivement, la situation en RCI s’améliore et un nouvel accord de coopération est signé en 2012 entre la France et la RCI. Cet accord est important car il consolide les engagements mutuels dans le domaine de la coopération militaire. Il permet notamment le maintien d’une présence militaire française permanente au-delà de la force Licorne. Le 21 janvier 2015, la France et les autorités ivoiriennes mettent fin à l’opération en créant une force de présence : les Forces Françaises en Côte d’Ivoire (FFCI). Elles ont pour objectifs d’être à la fois le point d’appui des forces de présence sur la façade ouest-africaine et un réservoir de force rapidement projetable en cas de crise dans la sous-région.

 

 

Source :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives ECPAD.
  • Site du Ministère des Armées.
  • Crédit photographique : Gomes Firmino.
  • Site : www.legion-etrangere.wifeo.com
  • Site de la Légion étrangère.

 

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Publié le 29 Mai 2019

L’aviso Commandant Blaison, qui effectua la première mission Corymbe en 1990 (« Corymbe 01 »).

L’aviso Commandant Blaison, qui effectua la première mission Corymbe en 1990 (« Corymbe 01 »).

La mission Corymbe est un dispositif naval mis en place en 1990 par la Marine nationale française, visant à assurer la présence permanente d’un bâtiment, au moins, dans le Golfe de Guinée et au large des côtes d’Afrique de l’Ouest.

 

Missions.

A l’origine, ce dispositif a été conçu pour préserver les intérêts économiques français dans cette zone, notamment ceux liés à l’exploitation pétrolière. Corymbe relève ainsi d’une logique de puissance militaire, en complément du dispositif militaire déployé en Afrique occidentale, constitué par les Eléments français au Gabon (EFG) et les Eléments français au Sénégal (EFS).

 

Dans ce cadre, on peut distinguer trois missions principales :

 

  1. Pré-positionnement « REVESAC » (Opération d’évacuation de ressortissants). La marine se tient prête à évacuer les ressortissants français et européens résidant en Afrique de l’Ouest.
  2. Soutien des forces françaises pré-positionnées avec par exemples des entraînements communs avec l’armée de terre et de l’air à Dakar (Sénégal).
  3. Lutte contre la piraterie et le brigandage.

 

Le dispositif relève en outre de la diplomatie navale française et souligne l’intérêt que porte la France pour la situation des pays bordant le Golfe de Guinée. Le renforcement des liens avec ces nations s’exprime par l’organisation de rencontres officielles à bord des bâtiments, par des manœuvres conjointes avec les marines des pays limitrophes, par des actions de formation de leurs marins, et d’aide à la population.

 

A de multiples reprises, le dispositif a connu une montée en puissance liée à la déstabilisation de pays d’Afrique de l’Ouest. A partir de 2004 et la guerre civile en Côte d’Ivoire, les bâtiments ont plus particulièrement soutenu les militaires français dans le cadre de l’Opération Licorne en Côte d’Ivoire.

 

Zone de déploiement.

Les bâtiments en mission dans cette zone se déploient de la frontière nord du Sénégal à la frontière sud de l’Angola, en passant par les eaux de la Côte d’Ivoire, du Bénin, de Ghana, du Togo, du Nigéria, du Cameroun, du Gabon ou encore des îles de Sao Tomé-et-Principe.

 

Corymbe.

 

Pour information, en botanique, le corymbe est une inflorescence simple, indéfinie, dans laquelle l’ensemble des fleurs se trouve dans le même plan, un peu comme dans une ombelle, et leurs pédoncules insérés sur la tige de façon étagée comme dans une grappe. Les pédoncules étant d’autant plus longs que les fleurs sont périphériques.

 

C’est en quelque sorte une grappe aplatie. D’ailleurs, le mot « corymbe » vient du latin corymbus (« grappe de lierre »).

 

 

 

 

Source :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives ECPAD.
  • Site du Ministère des Armées.
  • Site de la Marine nationale.
  • Archives du Fort de Vincennes.

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Publié le 14 Août 2018

Jeep du 8e RPIMa dans les rues de Bangui (RCA).

Jeep du 8e RPIMa dans les rues de Bangui (RCA).

Bokassa 1er.

 

Jean-Bedel Bokassa nait en 1921 dans un village au sud-ouest de Bangui, capitale de la République de Centrafrique. Elève chez les missionnaires présents dans le pays, il ne sera jamais prêtre et s’engage dans les Forces Françaises Libres en 1939. Il intègre par la suite l’armée française, devient sous-officier, guerroie en Indochine puis en Algérie. Titulaire de la croix de guerre et de la Légion d’honneur, il quitte l’armée avec le grade de capitaine.

 

En 1960, la République de Centrafrique devient indépendante, dans le cadre des grandes lois de décolonisation. Le président du nouvel Etat est alors David Dacko, cousin de Bokassa. A la fin de l’année 1965, le chef de la gendarmerie tente un coup d’Etat contre Dacko et envoie également des gendarmes pour tenter d’arrêter Bokassa, conseiller auprès de son cousin pour organiser l’armée. Mais ce dernier arrive à renverser la situation et prend le pouvoir le soir du 31 décembre 1965 (« coup d’Etat de la Saint-Sylvestre »). Dès le lendemain, Bokassa s’autoproclame nouveau président de la République. Les premières années se passent plutôt bien vis-à-vis de la population et du développement du pays, en dépit de réactions violentes et récurrentes contre les opposants (le général de Gaulle appelle Bokassa le « soudard »). Ses réformes vont plutôt dans le sens du travail et de la dénonciation de la corruption et de la bourgeoisie. Il ne refuse rien à la France, en particulier les mines d’uranium qui sont prospectées par le Commissariat à l’Energie Atomique.

 

Les choses s’enveniment quand Jean-Bedel Bokassa décide de se proclamer président à vie en 1972 puis maréchal deux années plus tard. Et ce n’est pas fini : le 4 décembre 1977, il se fait proclamer Empereur au cours d’une cérémonie délirante (plusieurs milliers de figurants, d’invités ; des pierres précieuses parsèment ses vêtements ; il se promène en carrosse ; fait venir les plats et pâtisseries de France par avion spécial…).

 

Le pouvoir était déjà très répressif, il devient dictatorial. Des milliers de personnes disparaissent dans les geôles du pays. Plus rien n’arrête Bokassa 1er et il annonce vouloir obtenir son indépendance militaire grâce à la bombe atomique. La France, Valéry Giscard d’Estaing est alors président de la République, décide de lâcher le régime et de renverser le maréchal devenu au mieux dictateur mégalomane et au pire complètement fou.

 

L’Opération Barracuda.

 

Dans la nuit du 20 septembre 1979, alors que Bokassa 1er se trouve en Libye dans l’optique d’un rapprochement avec le colonel Kadhafi, les Services Secrets français lancent l’Opération Caban. Un commando infiltré du Service Action accueille le Transall du 1er RPIMa commandé par le colonel Briançon-Rouge à l’aéroport de Bangui. Après avoir neutralisé l’aéroport, des renforts atterrissent et le chef des Forces spéciales contacte le colonel Bernard Degenne, basé à N’Djaména, capitale du Tchad, pour qu’il envoie ses « Barracudas », nom de code pour huit hélicoptères Puma et transports aériens Transall. La prise de Bangui peut débuter ; elle durera deux jours ! David Dacko, conseiller de Bokassa 1er, annonce la chute de son empereur et proclame la République !

 

Les éléments employés sont alors des compagnies du 8e RPIMa du 3e RPIMa, venus de Libreville au Gabon.

 

Jusqu'en novembre 1979, l’opération Barracuda vise à protéger les ressortissants français et le nouveau gouvernement et soutenir les forces armées centrafricaines (FACA) dans leurs missions de maintien de l’ordre. Elle vise ensuite à reconstruire et instruire les FACA afin qu'elles soient en mesure d'assurer la stabilité du pays. L'opération Barracuda se termine en juin 1981, remplacée par les éléments français d’assistance opérationnelle (EFAO) qui seront présents en Centrafrique jusqu’en 1998.

 

La fin de l’empereur.

 

Empereur déchu, Bokassa se réfugie à Abidjan, en Côte d’Ivoire, pendant quatre ans, puis en France, dans son château d’Hardricourt dans les Yvelines. Finalement, il retourne à Bangui en 1986, est arrêté et jugé pour trahison, meurtre, cannibalisme ( !) et détournement de fonds. Sa peine – la mort – en commuée en prison à vie. Il est amnistié par André Kollingba (le nouveau président) en 1993 et meurt trois ans plus tard d’un arrêt cardiaque. Il est inhumé dans son ancien palais de Berengo et est « réhabilité dans tous ses droits » par le président François Bozizé le 1er décembre 2010, à l’occasion de la fête nationale et du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance de la République centrafricaine.

 

Jean-Bedel Bokassa avait 17 femmes et 36 enfants reconnus à charge.

 

Source :

 

  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives INA.
  • Archives chaîne de télévision Antenne 2.
  • Site www.amicale8rpima.com – Site d’une amicale du 8e régiment parachutiste d’infanterie de marine.
  • Stephen Smith et Géraldine Faes, Bokassa 1er : un empereur français, Calmann–Lévy, 2000.
  • Monsieur X & Patrick Pesnot, Les dossiers secrets de Monsieur X : Les dessous de la Françafrique, Ed Nouveau Monde et France Inter, 2008.
  • René-Jacques Lique, Bokassa Ier, la grande mystification, Chaka, 1993.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Monaco, éditions du Rocher, 2010.
Bokassa 1er.

Bokassa 1er.

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Publié le 9 Novembre 2017

1956 - Légionnaires embarquant pour Suez. L'Etat-major ne leur a pas dit où ils se dirigaient.

1956 - Légionnaires embarquant pour Suez. L'Etat-major ne leur a pas dit où ils se dirigaient.

Entre fin octobre et début novembre 1956, une opération franco-britannique a lieu pour libérer le canal de Suez nationalisé par le colonel Nasser, raïs d’Egypte. Les Israéliens lancent en parallèle une vaste opération contre les Egyptiens.

 

Pour les Occidentaux, cette action est justifiée par la restitution aux actionnaires qui ont financé et contribué à la prospérité du canal de ce qui, selon le droit international et les accords passés, leur appartient.

 

Octobre 1956.

 

Une réunion secrète se tient en banlieue parisienne entre Français, Britanniques et Israéliens afin de convenir d’une opération visant à prendre le contrôle du canal de Suez et renverser le colonel Nasser, raïs d’Egypte. C’est l’opération Mousquetaire. En échange d’un déclenchement des hostilités par l’Etat hébreu dans le Sinaï, il reçoit de l’armement et une assistance technique dans le domaine nucléaire.

 

Dans la nuit du 24 octobre débute l’opération Jonas. Les premiers chars AMX 13 débarquent dans le plus grand secret sur les côtes israéliennes – alors que les marins français pensent être arrivés en Algérie – ils viennent compléter les rangs des régiments blindés aux côtés des chars Sherman armés de canon de 75 mm.

 

Le plan initial, élaboré par Moshe Dayan – chef d’Etat-major de Tsahal, l’armée israélienne – prévoit une attaque menée par trois brigades d’infanterie ayant pour objectifs la 8e division palestinienne à Gaza, le carrefour d’Abou Ageila tenu par la 3e division égyptienne et par un pôle défensif sur la route d’Oufa à Quseima. La saisie du col de Mitla revient à un régiment parachutiste qui doit ouvrir la route du canal. Les blindés de la 7e brigade sont cantonnés à une attaque de diversion dans la vallée du Jourdain.

 

Suite à une intervention de son commandant, le général Ben Ari, les chars peuvent appuyer l’infanterie dans la progression. Le passé de commando du général Dayan lui fait privilégier l’infanterie aux autres moyens, car il estime que les blindés ne sont pas prêts pour une opération d’une telle ampleur.

 

Du côté occidental, la première phase consiste à bombarder des objectifs égyptiens depuis des bases aériennes placées sur Malte et Chypre.

 

Les chars donnent la cadence.

 

Le 29 octobre, après le parachutage du 890e bataillon sur le col de Mitla, l’infanterie se retrouve bloquée dès son passage de la frontière par les Egyptiens. Les régiments de chars AMX 13 sont employés dans ce raid, mettant à profit leur mobilité bien supérieure à celle des T34/85 ennemis (de fabrication russe), tout en étant appuyés dans leur mouvement par l’aviation.

 

La 27e brigade longe la côte jusqu’à Jiradi, ville fermement tenue par les Egyptiens. Les AMX 13 enveloppent la position et conduisent sur un flanc que l’ennemi pense inextricable. Les armées égyptiennes ne sont pas coutumières des guerres de mouvement aussi brutales. La rapidité des blindés israéliens les amènent à capturer la garnison d’El Arich par surprise sans qu’elle ne puisse réagir.

 

De leur côté, les Français du 2e régiment de parachutistes coloniaux, commandés par le colonel Château-Jobert, et ceux de la 60e compagnie du génie aéroporté, commandés par le lieutenant-colonel Fossey-François sautent respectivement sur Port-Saïd et Port-Fouad. Ces opérations sont couronnées de succès.

 

Le 2 novembre, Tsahal stoppe sa progression à moins de 20 kilomètres du canal de Suez, tandis qu’un autre contingent se lance au sud de la péninsule, conquise trois jours plus tard. C’est à ce moment-là que l’URSS leur demande de se replier sur leur frontière de 1949 en les menaçant d’une riposte nucléaire. Les Etats-Unis font pression de leur côté sur les Français et les Britanniques qui abandonnent l’opération Mousquetaire.

 

Le succès de cette opération blindée brutale dans le Sinaï va fortement marquer la doctrine militaire israélienne. Moshe Dayan devient par la suite l’un de ses plus fervents promoteurs, allant jusqu’à muter ses meilleurs officiers d’infanterie dans la cavalerie. L’arme blindée de Tsahal va alors jouer un rôle majeur tout d’abord dans la guerre de l’eau de 1964-65 puis pendant la Guerre des Six Jours en 1967.

 

Au global, l’opération de Suez pour les Occidentaux aura duré une semaine. Par crainte, entre autres d’une escalade entre les deux grandes puissances que sont les Etats-Unis d’un côté et l’URSS de l’autre, les Nations unies optent pour la légitimité égyptienne et rédigent une résolution condamnant l’expédition franco-israélo-britannique. Nombre d’actionnaires, français, britanniques et égyptiens sont donc ruinés puisque l’Egypte refuse de les indemniser. Il s’ensuivra des cas de suicides parmi les anciens actionnaires français, des manifestations devant l’ambassade d’Egypte, des pétitions mais le tout restera sans effet.

 

 

 

 

Sources :

 

  • TIM n°287 - Texte du capitaine Jean-Baptiste Petrequin.
  • Paul Gaujac, Suez 1956, Édition Lavauzelle, 1986.
  • Général André Beaufre, L'Expédition de Suez, Bernard Grasset, Paris, 1967.
  • Henri Azeau, Le Piège de Suez, Laffont, 1964.
Le président égyptien Nasser annonce à la foule la nationalisation du canal de Suez.

Le président égyptien Nasser annonce à la foule la nationalisation du canal de Suez.

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Publié le 8 Mai 2016

Avril 1983 - Beyrouth - Un parachutiste français (Copyright Wikimedia)
Avril 1983 - Beyrouth - Un parachutiste français (Copyright Wikimedia)

La guerre civile au Liban.

Le Liban moderne est né à la suite de la Première Guerre mondiale, sur les décombres de l’Empire ottoman. La Société des Nations confie à la France le soin de constituer un état. Le premier Haut Commissaire du Gouvernement français, chargé de l’exécution de ce mandat, est le général Henri Gouraud. Il proclame la création de l’état du « Grand Liban » le 1er septembre 1920.

Dans cette constitution, il s’agit de créer un ensemble viable économiquement, c’est-à-dire rassemblant le littoral, les montagnes et la plaine fertile de la Bekaa et de rassembler également les communautés religieuses. Il est donc décidé de remplacer l’antique système féodal par un système fondé sur la religion avec les maronites, les grecs orthodoxes, les musulmans sunnites, les musulmans chiites, les juifs et les druzes.

Tout ceci signifie une vraie complexité tant dans l’administration qu’au quotidien dans la vie économique et sociale. Après la parenthèse de la Seconde Guerre mondiale, les événements s’accélèrent : absence de consensus sur le passé et de vision commune sur le futur, chaque camp, désormais chaque camp religieux, rejette la faute sur l’autre. Les inégalités sociales et économiques présentent un double caractère régional – les plaines face aux montagnes – et confessionnel. Pour les forces politiques au pouvoir le clientélisme est roi. Il n’est qu’à voir la constitution : elle proclame l’appartenance du président de la République à la communauté maronite, le premier ministre doit être sunnite et le porte-parole du gouvernement chiite. Les sièges parlementaires étant répartis entre les chrétiens et les musulmans ; les maronites ayant en plus le contrôle de l’armée.

Vient s’ajouter l’environnement international : les années 50 sont caractérisées régionalement par l’affirmation d’une « grande nation arabe » selon la volonté du président égyptien Nasser. Nationalisme exacerbé entre autres par la naissance de l’Etat d’Israël – décidé par l’Organisation des Nations Unies dans le cadre du partage de la Palestine de 1947 – qui se matérialise par une première guerre en 1948. De nombreux Palestiniens quittent les territoires maintenant occupés militairement par les juifs et se réfugient au Liban.

Moins de vingt ans plus tard, en 1967, il en va de même avec la Guerre des Six Jours : Jérusalem, le plateau du Golan et la Cisjordanie sont occupés par Israël. Les pouvoirs locaux sont déstabilisés. Les fedayins – combattants de l’Organisation de la Libération de la Palestine de Yasser Arafat – tentent de prendre le pouvoir en Jordanie. Ils sont pourchassés et pour beaucoup trouvent encore refuge au Liban. Cet événement restera dans les mémoires comme l’un des fondements du sentiment palestinien. Il est appelé Septembre Noir. Le Liban devient le foyer du sentiment panarabe et révolutionnaire. Mieux – ou pire selon les points de vue – l’OLP obtient du Gouvernement libanais que les camps d’entraînements militaires des fedayins soient reconnus comme des terrains extraterritoriaux : ainsi les milices palestiniennes peuvent mener une guérilla à partir du Liban, en toute impunité.

La tension monte entre Libanais et Palestiniens. Le 13 avril 1975, des fedayins tirent sur l’escorte du président libanais, Pierre Gemayel. En représailles, les maronites attaquent un bus palestiniens et tuent 27 personnes. La spirale vers le chaos s’amplifie : quelques jours plus tard, nouvelles attaques et nouveaux morts. Bientôt Beyrouth est coupée en deux par une ligne dite « verte » : quartiers musulmans de Beyrouth-Ouest d’un côté ; quartiers chrétiens de Beyrouth-Est de l’autre.

L’année suivante, en 1976, la Syrie du président Hafez el-Assad impose un cessez-le-feu (dix avaient été décrétés auparavant mais sans jamais de succès) et ordonne l’entrée de troupes et de blindés dans le Nord du Liban et dans la plaine de la Bekaa. Du côté chrétien, pouvoir militaire et politique sont unifiés par étapes au prix de sanglants combats : les Kataëb du président Bachir Gemayel – le fils de Pierre – sortent vainqueurs et se rapprochent d’Israël. Enfin, l’OLP profite du chaos pour attaquer et lancer des roquettes sur les villes du nord de l’Etat hébreux.

« Paix en Galilée ».

En juin 1982, face à une énième attaque palestinienne, Israël déclenche l’opération « Paix en Galilée » et entre au Liban, s’avançant jusqu’à Beyrouth. Ce nouveau conflit fait de très nombreuses pertes civiles et provoque un nouveau bouleversement. En effet, les troupes de Tsahal – l’armée israélienne – traversent les lignes tenues par la FINUL – forces mises en place par les Nations Unies en 1978, à l’initiative du général français Jean Cuq à la suite de l’escalade de la violence le long de la frontière israélo-libanaise avec près de 4.000 hommes – franchissent la ligne des 40 km nord initialement annoncée comme objectif limite par le ministre de la Défense Ariel Sharon et atteignent la capitale où elles font jonction avec les Forces libanaises de Bachir Gemayel (à la tête de l’Etat, de l’armée et soutenu par les milices – phalanges – chrétiennes).

Environ une semaine après le début de leur invasion, les Israéliens commencent le siège de Beyrouth Ouest où l’OLP trouvait refuge au milieu de la population civile. Les fedayins sont alors attaqués et rapidement doivent se rendre à l’évidence : en aucun cas, ils ne peuvent l’emporter face à la puissance de l’armée israélienne. Le 21 août, les Etats-Unis imposent un cessez-le-feu : l’OLP quitte Beyrouth à bord de navires de la Marine nationale française. La Tunisie leur accorde l’asile.

Trois semaines plus tard, le 14 septembre 1982, une énorme bombe explose dans le quartier général phalangiste de Bachir Gemayel le tuant ainsi que 60 de ses soldats. L’OLP ayant quitté Beyrouth les Palestiniens se retrouvent sans protection. Les phalangistes entrent dans les camps de Sabra et Chatila et décident de « punir » les terroristes : plus d’un millier de Palestiniens sont massacrés. Les soldats de Tsahal, pourtant proches, n’interviennent pas. Il en est de même pour l’armée régulière libanaise qui laisse faire les milices chrétiennes.

La seconde phase de la guerre du Liban.

Amine Gemayel succède à son frère Bachir à la tête de l’Etat. Sous l’égide des Etats-Unis, un accord est signé stipulant la fin de l’état de guerre et un retrait israélien conditionné par un retrait simultané des forces palestiniennes et syriennes. Malheureusement, de nouveaux combats éclatent entre milices dans le nord du pays, à Tripoli. De même, dans les montagnes du Chouf, jusqu’alors épargnées, les druzes – avec l’appui de l’URSS – s’opposent à l’armée libanaise. Des milliers de civils maronites ou chrétiens sont contraints de quitter leurs villages. En septembre 1983, les Américains interviennent militairement et imposent un cessez-le-feu.

Le 23 octobre, un double attentat-suicide frappe les casernes des troupes américaines et françaises de la force multinationale.

Le poste Drakkar.

La force française est composée de soldats aguerris et de volontaires du 1er et du 9e RCP (régiment de chasseurs parachutistes). Ils ont installé un de leurs cantonnements dans un immeuble qu’ils appellent « Poste Drakkar » dans le quartier Ramlet El Baida de Beyrouth. Les autres postes français sont : Caravelle, Kayak, Boutre, Gondole.

A 6h du matin, le 23 octobre 1983, un camion, bourré d’explosifs, touche le contingent américain du 1er bataillon du 8e régiment des marines, basé à l’aéroport de Beyrouth. Cet attentant cause la mort de 241 soldats. Deux minutes plus tard, dans un procédé similaire, c’est au tour du Poste Drakkar d’être touché. L’immeuble s’effondre de ce fait (c’est du moins la thèse officielle – d’autres considérant que l’immeuble ayant été auparavant évacué par les services secrets syriens, des explosifs y auraient été laissés dans cette intention). On relève 58 corps de parachutistes français tués, ceux de la gardienne et de ses enfants ; 15 militaires sont blessés et 26 sont indemnes. Des témoins indiquent que le camion, sous la pression des tonnes d’explosifs, se serait soulevé dans les airs avant de retomber à sept mètres de distance.

Témoignage du major (R) Omer Marie-Magdeleine.

Dans le numéro 248 de Terre Info Magazine, journal d’informations de l’armée de terre française, Bernard Edinger raconte le témoignage recueilli auprès du major Marie-Magdeleine, blessé dans cet attentat : « J’avais les pieds sur les premières marches de l’escalier quant tout a sauté ; je me suis retrouvé tout à coup dans le vide avec le bâtiment qui s’ouvrait, puis j’étais sous les décombres, en dessous du bâtiment. C’était tôt le matin. J’étais adjudant d’unité de la 3e compagnie du 1er RCP. Je venais d’inspecter les postes de combat sur les balcons du bâtiment ainsi que le checkpost, un peu plus loin tenu par le 35e RAP (régiment d’artillerie parachutiste). Une explosion gigantesque est survenue du côté de l’aéroport au moment où je rentrais. Le bâtiment où étaient basés les Marines s’effondrait causant la mort de 241 Américains. Je me suis précipité vers notre bâtiment où j’ai entendu les chefs de section qui appelaient aux postes de combat. Puis, il y eut l’explosion. D’abord inconscient, j’ai ensuite entendu les marteaux-piqueurs et j’ai crié « Attention, je suis là ! »

« Je suis resté trois ans à l’hôpital du Val de Grâce (NB : le major souffrait de nombreuses fractures qui avaient entraîné de multiples dégâts internes). On a ensuite voulu me démobiliser mais je suis quand même resté. Une section de ma compagnie, de garde sur d’autres sites à Beyrouth lors de l’attentat, a eu la douloureuse tâche de reconnaître les corps de leurs camarades et certains sont aujourd’hui victimes de l’inévitable syndrome post-traumatique ».

PS : le major (R) Marie-Magdeleine a quitté l’armée en 1999. Sa dernière affectation a été le 33e RIMa en Martinique, son département d’origine. Il est officier de la Légion d’honneur et de l’ordre national du Mérite, médaillé militaire.

Représailles.

Un blog est particulièrement suivi sur le site d’informations L’Opinion. Il est animé par un journaliste très connu dans le monde la défense : Jean-Dominique Merchet. Ce blog, Secret Défense, revient en octobre 2013 sur l’attentat du Drakkar grâce à l’interview de Pierre Razoux, Directeur de recherches à l’Institut de recherches stratégiques de l’Ecole militaire (IRSEM). Voici ce que Pierre Razoux indique : « Sous l’égide du ministre de la Défense Charles Hernu, deux actions parallèles sont envisagées. La première est confiée à la DGSE et vise à faire passer un message explicite aux Iraniens. Une jeep militaire française bourrée de 500 kilogrammes d’explosif est garée devant le mur de l’ambassade d’Iran à Beyrouth. L’agent chargé de conduire le véhicule, sans doute sous l’effet du stress, se trompe et ne déclenche pas correctement le retardateur de la charge explosive. La jeep est découverte par le service de sécurité de l’ambassade d’Iran. Le message n’en est pas moins reçu fort et clair par les Iraniens. La seconde riposte préparée par la France est strictement militaire. Il s’agit d’un raid de l’aéronautique navale contre un objectif du Hezbollah. Initialement, c’est l’hôtel Palmyra où résident les principaux dirigeants de la milice chiite, mais devant l’ampleur des pertes collatérales attendues, l’état-major des armées choisit de s’en prendre à la caserne Cheikh Abdallah, près de Baalbek. Le 17 novembre 1983, huit Super Etendard décollent du porte-avions Clémenceau en direction de cet objectif. A leur grande surprise, les pilotes français tombent dans une véritable embuscade et larguent leurs bombes sur une caserne vide ! Le Hezbollah aurait été averti de l’imminence du raid par un diplomate français proche du ministre des Affaires étrangères Claude Cheysson, opposé à toute riposte militaire. Par miracle, les huit pilotes français s’en sortent. A partir de là, le cycle infernal des représailles se déchaînera au Liban. Les otages occidentaux en feront les frais, tout comme les victimes des attentats de 1984 et 1986 en France. »

Il faudra attendre six années après ces attentats pour voir une tentative de restaurer la paix. Un énième cessez-le-feu est proclamé à l’automne 1989. L’assemblée nationale libanaise se rencontre à Taïf en Arabie Saoudite. Un accord est trouvé. Son application n’est pas simple : le nouveau président, René Moawad, est assassiné 17 jours après sa prise de fonction. L’opposant principal, le général Aoun, cherche par tous les moyens à torpiller l’accord afin de se démettre des Syriens. Les Etats-Unis laissent la Syrie intervenir auprès de l’armée libanaise pour se débarrasser de l’encombrant général. Dans la foulée, ce pays formalise son influence sur la politique libanaise avec la signature des traités de fraternité, coopération et coordination et d’un accord de défense. Nombreux sont les Libanais qui y voient l’établissement d’un protectorat syrien sur leur pays.

Peu à peu le Liban se sort de la guerre. Les besoins sont immenses. Les capitaux arabes affluent. Près de 80.000 personnes déplacées reviennent dans leurs villages et sur Beyrouth qui se reconstruit petit à petit. Les pouvoirs publics multiplient les interventions sociales et économiques, mais qui ne peuvent résoudre toutes les difficultés. Les milices n’ont pas disparu : au sud, apparaît le Hezbollah chiite. Prenant de l’ampleur, une branche armée de ce parti est créée. A plusieurs reprises – en 1996 puis en 2006 – Israël doit intervenir au Liban pour que cessent les attaques sur la Galilée.

En juillet-août 2007, l’armée libanaise prend d’assaut le camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, tenu par une milice palestinienne d’inspiration islamiste salafiste, le Fatah al-Islam. En mai 2008, des affrontements armés opposent la branche armée du Hezbollah au forces gouvernementales et à certaines milices à la suite de la tentative du Premier ministre Fouad Siniora de reprendre le contrôle de l’aéroport de Beyrouth.

Enfin, depuis juillet 2011, le Liban sert de base arrière à des groupes d’insurgés syriens combattant le régime du président Bachar el-Assad. Ces crises ponctuelles montrent, malgré le relatif succès de la reconstruction, la fragilité de l’équilibre libanais et sa vulnérabilité aux crises qui agitent la région.

Source :

  • Frédéric Pons, Les Paras sacrifiés, Beyrouth 1983-1984, Presses de la Cité, 1994.
  • Philippe Fortabat-Labatut, Capitaine Thomas, CYL Editions, 2015.
  • Encyclopédie Wikipédia.
  • Encyclopédie Larousse.
  • Archives INA.
  • Archives chaîne de télévision Antenne 2.
  • Terre Info Magazine n°248 – Octobre 2013 - Texte de Bernard Edinger.
  • Blog Secret Défense de Jean-Dominique Merchet dans L’Opinion.
  • Annie Laurent, Antoine Basbous, Guerres secrètes au Liban, Gallimard, 1987.
  • Andrée Chedid, L’enfant multiple, Flammarion, 1989.
  • Lina Murr-Nehme, Le Liban assassiné, Aleph Et Taw, 1989.
  • Denis Langlois, Le Déplacé, L’Aube, 2012.
  • Une association existe et est présidée par le major Marie-Magdeleine. Il s’agit de l’ARVA : « Association des Rescapés et des familles de Victimes de l’Attentat Drakkar ».

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Publié le 8 Décembre 2014

 

Bosnie Forpronu

Convoi militaire de la FORPRONU dans les montagnes enneigées de Bosnie (région de Gorazde – Copyright ECPAD).

 

L’image du militaire est souvent représentée par un guerrier, aux couleurs bariolées sur le visage, tenant dans ses mains un fusil d’assaut, prêt à en découdre. En effet, la vocation première du soldat est de défendre la France, sa patrie à laquelle il est dévoué, en tout lieu et en tout temps. Il s’entraîne chaque jour, avec ténacité, tant physiquement que moralement, afin de pouvoir accomplir la mission confiée. Car il sait, qu’un jour, il sera appelé par les plus hautes instances de l’Etat pour partir défendre les valeurs de son pays avec honneur, franchise et loyauté.

Combien de jeunes soldats, officiers, sous-officiers et militaires du rang, sont partis un jour en opération extérieure, en OPEX comme cela se dit dans le jargon militaire, fier de son engagement mais avec aussi, en soi, cette appréhension propre à tous ceux qui partent à l’aventure sans trop savoir comment celle-ci va se dérouler. Il sait qu’il risque sa vie mais il est prêt à la donner pour une cause qu’il pense être juste et surtout pour une population qui souffre et qu’il souhaite aider à retrouver la paix et la quiétude.

Soldat de la Paix, c’est souvent le cas ! La France se trouve chaque année engagée sur de nombreux théâtres d’opérations et son engagement concourt à rétablir la paix au sein de communautés déchirées par la haine et des années de guerre. Depuis les années 1980, la France a été souvent mandatée par l’ONU, par l’Europe et par l’OTAN. Cela fut le cas en Ex-Yougoslavie où les forces françaises furent engagées au sein de la FORPRONU de 1992 à 1995 puis au sein de l’OTAN à partir de 1996.

Je me retrouve ainsi, en mars 1996, commandant en second au sein d’un bataillon du Génie, appelé BATGEN, dont trois compagnies proviennent du 3e régiment du génie de Charleville-Mézières. Son chef de corps prend le commandement du bataillon. Je suis alors commandant en second du 71e régiment du génie de Oissel, près de Rouen et notre régiment fournit une compagnie d’appui. Le 4e régiment du génie de La Valbonne et le 25e régiment du génie de l’air de Compiègne fournissent également une compagnie respectivement de combat et de travaux.

Dès mon arrivée au Camp de Rajlovac, j’ai le plaisir de retrouver le chef de corps du 6e régiment étranger du génie, un légionnaire que j’ai connu quelques années avant, et commandant le BATGEN que nous relevons. Les consignes se passent à chaque niveau hiérarchique. Je fais le tour du camp avec mon binôme et je découvre dans des pièces, abandonnées et pas encore dépolluées, des parkas serbes. À l’extérieur des bâtiments, se trouve également un conteneur de rations autrichiennes, laissé sur un parking par la FORPRONU, et dont les dates de validité arrivent à péremption. Je trouve regrettable de gâcher de tels produits alors que des milliers de gens cherchent à se nourrir et se protéger du froid avec des températures hivernales et de la neige encore très présente.

Je me mets donc en quête de renseignements sur les structures locales que nous pourrions aider. En allant à Sarajevo, je m’aperçois qu’il y a une gabegie dans l’aide humanitaire fournie par les ONG présentes, par manque bien souvent de coordination, et je ne suis pas sûr d’intéresser quiconque avec nos parkas et rations militaires.

Notre aumônier militaire catholique, rattaché à notre bataillon, contacte des communautés religieuses et nous trouvons des destinataires intéressés par nos denrées. Il est donc décidé que les missions d’aide à la population seront effectuées par le personnel qui s’occupe du soutien, comme les soldats travaillant à l’ordinaire, et qui n’ont pas l’occasion de sortir du camp.

Notre première mission consiste à charger dans trois remorques ¼ de tonne de caisses et de colis de tailles diverses. Destination Sarajevo ! Nous sommes une petite vingtaine. Le convoi contourne la vieille ville et se faufile dans les ruelles étroites qui mènent au séminaire de Sarajevo, notre premier objectif. Il faut souvent dételer les remorques pour manœuvrer plus facilement. À peine arrivés, nos soldats entament plusieurs rotations afin de livrer les cartons de nourriture. Les sourires illuminent les visages des religieuses présentes au fur et à mesure que les colis s’entassent dans la cuisine. Nos soldats repartent avec un petit morceau de gâteau dans la main.

Le convoi redescend l’axe principal de la Snipper Avenue. Notre interprète, avec son sourire habituel, arrive sans trop de difficultés à amadouer le policier de service afin que nos véhicules puissent se garer le long du bâtiment des sœurs de Saint Vincent de Paul. Elles soutiennent beaucoup la population en préparant par jour 150 repas pour les familles les plus démunies. En trois minutes les trente colis sont passés des remorques dans le bâtiment. Sœur Corona est heureuse et remercie vivement toute l’équipe.

Il est 14h45 ! Pas de temps à perdre ! Le convoi repart, accompagné d’un salut très gentil du policier. Les petites ruelles sont, à nouveau, empruntées. Le convoi s’arrête en plein milieu de l’une d’entre elles. Le ballet est bien rodé. En moins de quatre minutes, les caisses se sont entassées dans le couloir des sœurs franciscaines. Sœur Emmanuella n’est pas là. Elle est au chevet du cardinal qui vient de se faire opérer. La sœur présente est heureuse car, ce matin, elle n’a pas pu distribuer de nourriture à trois femmes nécessiteuses. Mais demain, grâce à nos soldats, elle pourra le faire.

Et le convoi repart vers l’orphelinat de la maison d’Egypte où le reste des colis est déchargé. Sœur Libérija offre rapidement une petite slibovitch à notre aumônier qui l’accepte avec un sourire plein de gratitude. Cet alcool de prune réchauffe bien après ces déplacements dans le froid glacial. Elle connaît bien le BATGEN car nos soldats sont déjà venus apporter plein de vêtements pour les petits orphelins qui rejoindront l’établissement dès que les travaux seront terminés.

En effet, en arrivant à Sarajevo, nous sommes alertés sur cet orphelinat qui a subi de gros dégâts pendant les durs combats qui opposent bosniaques et serbes. Il est géré par l’ONG Sade International. Nous en discutons le soir en réunion de commandement et nous décidons de faire quelques travaux, sur les temps libres de nos unités, pour déblayer les gravats et remettre en état les locaux pour permettre aux enfants d’être à nouveau logés de façon décente. 450 m2 de planchers sont cassés et plus de 120 m3 de gravats évacués à la main. Nos compagnies font un travail exceptionnel qui permet d’augmenter la capacité d’hébergement de l’orphelinat.

Par ailleurs, faisant suite à des comptes-rendus alarmants sur la situation de certaines populations, nos lieutenants reçoivent pour mission d’alerter le chef du bureau des opérations de toute situation difficile rencontrée sur les hauteurs du Mont Igman et le long de la piste que nous construisons entre Sarajevo et Gorazde afin de désenclaver les populations bosniaques encerclées.

C’est ainsi que nous apprenons la grande précarité de plusieurs villages dont les familles vivent dans des maisons n’ayant plus de toits. En effet, afin de pousser les populations à quitter les villages, les agresseurs ouvrent une bouteille de gaz et posent une bougie allumée à l’étage. Lorsque le gaz échappé atteint la bougie, cela provoque une explosion qui souffle la toiture. La population a donc beaucoup de mal à se protéger du froid et de la neige. Une ONG lyonnaise, l’ONG Equilibre, souhaite aider la population à reconstruire des toitures. Pour cela, elle récupère les rondins de bois qui servent d’abris aux forces en conflit et à l’ONU et que nous démontons. Nous lui construisons une plate-forme et 150 mètres de piste pour qu’elle puisse mettre en fonction une petite scierie et débiter les rondins en planches.

Les demandes s’intensifiant, nous décidons d’écrire un courrier à toutes les familles de nos soldats pour collecter des vêtements chauds, des chaussures, des jouets et des produits de première nécessité comme du savon, du dentifrice et des brosses à dents. Nos amis aviateurs, effectuant de nombreuses rotations entre la France et Sarajevo peuvent ainsi nous apporter plusieurs mètres cubes de matériels collectés par nos bases arrières respectives. Une vraie chaîne de solidarité s’organise. Le soir nous faisons des colis par tranche d’âge et de sexe dans des sacs fournis par le commissariat.

Ainsi, nous localisons le village de Pomenici. Le 27 août 1996, au matin, un convoi s’élance avec une dizaine de militaires, d’un interprète et d’un journaliste d’Azur FM. Il nous faut plus d’une heure de route pour atteindre la localité. Nous traversons la ville minière de Breza, où le charbon est parmi le meilleur de Bosnie. Ces mines fournissent la matière première pour le fonctionnement de la centrale thermique de Kakanj, ville où était stationné l’ancien BATGEN. Nous arrivons enfin au village de Pomenici situé sur le flanc d’un mont bosniaque.

En nous voyant, les villageois se rassemblent rapidement et avec méthode. Ils s’organisent pour la distribution de l’aide humanitaire. Une jeune femme prend la tête de l’opération et, dans une atmosphère très cordiale, la distribution s’effectue sans aucun problème. Cela est dû au fait que nous avons préparé, à l’avance et lors de notre reconnaissance, une liste alphabétique de chaque famille appartenant au village. La distribution est ainsi équitable pour chaque famille : parka, survêtements, shorts et maillots de sport, vêtements chauds, chaussures, layettes, nourriture, fournitures scolaires et produits d’hygiène élémentaire. Les mamans sont ravies et les enfants affichent un large sourire sur leurs visages rougis par le vent frais. Nous repartons après avoir pris le café et échangé quelques discours avec ces gens qui n’aspirent qu’à vivre en paix.

L’œuvre du BATGEN passe également à Vukanovici, petit village perdu au milieu des montagnes à 1100 mètres d’altitude. Le but est d’apporter médicaments et nourriture pour les deux cents familles restantes qui ne voient aucune ONG. Il en est de même au village de Detcici, petit bourg pratiquement détruit où subsiste une quarantaine de familles. Comme pour le village de Pomenici, la distribution est assurée dans le calme, car chaque famille a été également recensée avec l’aide du chef du village et de notre interprète. Les familles sont donc appelées les unes après les autres pour recevoir vivres et colis de première nécessité. Les enfants se voient également attribuer une belle peluche de l’IFOR, des crayons de couleurs et autres fournitures scolaires. Les mamans sont très attentives à ces objets car elles veillent de près à ce que leurs enfants poursuivent leur scolarité, peut-être plus encore pendant le conflit.

Parallèlement à ces distributions de vivres et denrées de première nécessité, nos soldats remettent en état le parc de la Bosna. Ce parc, d’une superficie de 10 km2, a été aménagé à la fin du XIX°siècle par les autorités austro-hongroises. Il a été par la suite le lieu de rencontre des jeunes amoureux qui venaient jeter, dans les eaux limpides de la source de la Bosna, une pièce pour sceller à jamais un amour naissant.

Le parc a complètement été détruit et de nombreux restes explosifs de guerre traînent partout au risque de blesser un jeune imprudent. Les bancs ont été enlevés pour faire du feu pendant les périodes de grand froid et les petits ponts sont détériorés. Il est convenu, en liaison étroite avec la municipalité d’Ilidza et avec l’aide des scouts de Hrasnica, de procéder au nettoyage des étangs, des espaces verts et de reconstruire les bancs, les barrières et les poubelles afin de redonner à ce magnifique endroit son éclat d’autrefois. Lors de l’inauguration, le député maire d’Epernay remettra 5 cygnes, un noir et quatre blancs, symbole de la Bosna.

Ainsi, de mai à septembre 1996, notre bataillon réalise ses missions de maintien de la paix. Elles consistent à faire la dépollution et le déminage des zones polluées, la destruction de nombreuses armes, munitions, explosifs et mines. Elles se traduisent aussi par la  remise en état de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Sarajevo, la construction de routes, de ponts, de maintien en état de pistes pour permettre aux populations enclavées de pouvoir circuler librement.

J’ai, pour ma part, la joie d’organiser un réel travail humanitaire grâce la volonté du commandement et l’ardeur de nos soldats. Les communautés catholiques de Sarajevo et de Kiseljak, celles des réfugiés serbes de Lucavica et de Filipovici et des bosniaques de Pomenici, de Detcici et de Vukanovcici sont secourues. L’ONG Sade International voit la remise en état de la crèche qu’elle soutient à Ilidza. L’ONG Equilibre obtient la réalisation par nos sections de150 m de piste et d’une plate-forme pour l’installation de leur scierie. Enfin, à la demande des maires des communes locales, le jardin d’enfants à Trnovo, la cour de l’école de Vojkovici et le parc de la Bosna sont remis en état.

Nos armées n’ont pas la vocation à intervenir pour des missions humanitaires. Cependant, les chefs militaires savent tous très bien qu’il est important d’aider les populations à retrouver une certaine sérénité dans des zones où les équilibres de paix sont très instables. C’est une raison aussi pour laquelle l’armée française est appréciée sur le terrain car elle n’oublie pas la dimension humaine, et rivalise d’ingéniosité pour organiser une chaîne de solidarité lorsqu’elle le juge opportun.

Bravo à nos sapeurs qui connaissent bien la devise du génie : parfois détruire, souvent construire, toujours servir.

 

 

(*) Joël Kaigre est lieutenant-colonel (ER) dans l’arme du génie. Il est président de l’ONG Hamap et du Souvenir Français de Chaville.

 

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