Le carré militaire de Gennevilliers et les fusillés de Chateaubriant.

Publié le 10 Septembre 2009

 

Le carré militaire.

 

 

Commune du nord du département, de tradition agricole et maraîchère, Gennevilliers devient une cité industrielle au cours du 19ème siècle. De nombreuses entreprises s’y installent, liées notamment au secteur automobile. Le cimetière est bâtit à cette époque. La population croissant rapidement, la municipalité doit, en 1986, trouver un nouvel emplacement, au nord du village ancien, et de nombreuses sépultures sont transférées.

 

Le cimetière de Gennevilliers possède un monument principal, sur lequel sont gravés tous les noms des morts pour la France de la Première Guerre mondiale pour la commune, un carré militaire lié à la Seconde Guerre mondiale, ainsi que des stèles rappelant le sacrifice suprême de plusieurs de ses habitants à l’occasion des guerres d’Indochine (« A la mémoire de ceux qui sont morts en Indochine. Jurons d’agir pour que cesse cette guerre et pour la paix du Monde ») et d’Algérie.

 

Plusieurs Gennevillois morts pour la France reposent également dans des caveaux familiaux. Pour d’autres ont été créés des tombeaux impressionnants. C’est notamment le cas de Prosper Beurier, chasseur au 4ème Bataillon, cité à l’Ordre du Corps d’Armée, mort pour la France le 16 janvier 1915.

 

Plus rare, un monument a été érigé en mémoire de plusieurs soldats morts en mission en Métropole ou au cours des guerres coloniales. Il comporte les stèles suivantes :

 

  • – Eugène Thomas, 1er Régiment d’infanterie de marine, mort au Tonkin le 9 septembre 1885 à l’âge de 19 ans.
  • – Maxime Renaud, capitaine au 141ème de Ligne, mort à Ajaccio le 1er janvier 1883, à l’âge de 45 ans.
  • – Michel Meyer, canonnier mort à Saint-Louis le 9 octobre 1886 à l’âge de 22 ans.
  • – Georges Girard, 3ème Régiment du Génie, tué à l’explosion d’Arras le 28 août 1883 (24 ans).
  • – Georges Albert Briffault des Corrières, caporal aux Tirailleurs sénégalais, mort à Saint-Louis du Sénégal, le 22 septembre 1878, à l’âge de 22 ans.
  • – Charles Rapp, 36 ans, gendarme colonial, décédé à Saint-Pierre (Ile de la Réunion) en 1897.

 

 

Les fusillés de Châteaubriant.

 

Une stèle rappelle les noms des fusillés de la commune :

 

  • – Jean Grandel, maire et conseiller général du département de la Seine.
  • – Jean-Pierre Timbaud.
  • – Henri Aguado.
  • – Louis Calmel.
  • – Julien Masselier.
  • – Joseph Le Clainche.
  • – Henri Le Gall.
  • – Jules Larose.
  • – Georges Thoretton.
  • – François Kovac.
  • – Paul Simo.
  • – Nevach Zuckerman.

 

Plusieurs d’entre eux, à commencer par Jean Grandel (22 octobre 1941), mais aussi Jean-Pierre Timbaud (22 octobre 1941) et Georges Thoretton (15 décembre 1941), sont fusillés à Châteaubriant. Ouvert en 1941, ce camp du département de la Loire-Atlantique est réservé aux prisonniers de droit commun et aux détenus politiques, dont la plupart sont communistes (le Parti communiste français ayant été interdit à la suite du Pacte germano-soviétique).

 

 

Les fusillés du 22 octobre 1941.

 

Au cours de l’été 1941, le colonel Fabien, résistant communiste, donne le coup d’envoi d’une série d’attentats contre des officiers allemands en tuant l’aspirant Moser, à Paris, au métro Barbès-Rochechouart.

 

Le 20 octobre suivant, Karl Hotz, responsable des troupes d’occupation de la région nantaise est abattu par Gilbert Brustein, membre de la branche armée de la résistance communiste. Le commandant militaire de la Wehrmacht en France, Otto von Stülpnagel commence par demander au Gouvernement de Vichy de réagir et d’organiser la répression. Mais Adolf Hitler lui-même trouve que son représentant est beaucoup trop clément et exige que les Allemands exécutent immédiatement une liste de 200 otages remise par les autorités françaises. Stülpnagel ramène la liste à cent personnes : 50 tout de suite et 50 si les coupables n’ont pas été arrêtés en date du 23 octobre. C’est ainsi que 48 hommes sont fusillés à Paris, Nantes, et Châteaubriant (il y aura une amnistie pour les autres).

 

Otto von Stülpnagel fait parvenir aux autorités françaises les éléments constitutifs de la liste selon un code précis, avec par ordre d’importance :

 

  • – anciens élus d’organisations communistes.
  • – personnes qui se sont adonnées à l’idéologie communiste.
  • – personnes qui ont montré de l’agressivité et de la dangerosité vis-à-vis de troupes de la Wehrmacht.
  • – distributeurs de tracts.
  • – auteurs d’actes de terreur ou de sabotages.

 

L’administration de Vichy remet une liste aux Allemands, au sein de laquelle les militants, élus ou sympathisants communistes sont bien entendu les plus nombreux. C’est ainsi que vont mourir sous les balles ennemies :

 

  • – Jean Grandel, maire et conseiller général.
  • – Charles Michels, député communiste du 15ème arrondissement.
  • – Jean-Pierre Timbaud, secrétaire de la fédération des métaux CGT de la Région parisienne.
  • – Pierre Guéguin, maire de Concarneau.
  • – Les militants communistes : René Carrel, Joseph Gil, Robert Grassineau…
  • – Les Résistants : Paul Birien, Auguste Blouin, Alexandre Fourny, Léon Jost…
  • – Guy Môquet, militant communiste de 17 ans, sur lequel sera retrouvée la lettre suivante :

 

« Ma petite maman chérie, Mon tout petit frère adoré, Mon petit papa aimé, Je vais mourir ! [...]

Certes j'aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur c'est que ma mort serve à quelque chose. [...] ma vie a été courte, je n'ai aucun regret si ce n'est de vous quitter tous. [...) en vous embrassant de tout mon cœur d'enfant. Courage ! [...]

 

Guy »

 

Retrouvez les clichés du cimetière de Gennevilliers dans l’album de photographies intitulé « Carrés militaires ».