Colonel Than.

Publié le 8 Juillet 2014

Bao Dai et de Lattre Armee Vietnam

Le chef de l’Etat du Vietnam, Bao Daï et le général de Lattre parlent de la mise en place d’une armée du Vietnam. (copyright ECPAD).

 

Les Supplétifs.

 Etymologiquement, le terme « supplétif » vient de suppléer, à savoir « qui complète ». En matière militaire, c’est vrai de toutes les guerres quand elles sont faites à l’extérieur d’un pays. Et le meilleur exemple est bien celui des colonies : comment conquérir un pays dont vous ne connaissez ni la langue, ni les croyances et encore moins le mode de vie ? Les batailles gagnées par la seule force ne sont pas des conquêtes de long terme. Aussi, dès le 19ème siècle, la France s’est-elle penchée vers les habitants de ces territoires afin de former des unités locales.

 Ce qui était vrai en Afrique allait l’être aussi en Asie. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans le but de bouter hors d’Indochine les troupes étrangères, le général Leclerc fait appel à la population pour combattre le Vietminh communiste.

 En 1950, cinq années après le début de la guerre, plus de 40.000 hommes composent les effectifs des forces supplétives : ils sont intégrés dans des CSM (Compagnies de Supplétifs Militaires) des unités du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) comme les bataillons de parachutistes, la Légion étrangère (CIPLE – Compagnie Indochinoise de la Légion Etrangère), les unités classiques de la Coloniale et d’autres unités dont les noms sont évocateurs : bataillons de marche d’Extrême-Orient, bataillons de marche indochinois, régiments de tirailleurs tonkinois, le bataillon annamite, le bataillon des forces côtières du Tonkin, les bataillons muongs, les bataillons thaïs, les bataillons de chasseurs laotiens, le régiment mixte du Cambodge.

 En juillet 1951, le général de Lattre veut aller encore plus loin. Son but consiste à créer une armée vietnamienne, digne de ce nom, pour maximiser la lutte. A l’occasion d’un discours à Saigon, le général indique : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

A la Mission vietnamienne à Paris.

 1987. Jean-Michel Fouquet est bénévole comme professeur de français à la Mission vietnamienne de Paris. Il œuvre pour l’intégration des réfugiés du Vietnam. On les appelle « Boat People » car ils ont fui par ce moyen le régime communiste mis en place dans la totalité du pays après la chute de Saigon en 1975.

 Jean-Michel, qui plus tard deviendra vice-président du Comité du Souvenir Français de Puteaux, enseigne donc la langue de Molière. Il fait la connaissance de Than Thi My Dung puis l’épouse. La nouvelle Madame Fouquet lui présente son père. Il s’agit du colonel Than Van Han, réfugié politique. En 1975, le colonel quitte précipitamment le Vietnam. Fiché par les communistes, il n’a eu que quelques instants pour partir. Il emmène avec lui ses plus jeunes enfants. Dix années plus tard, durée du délai légal au Vietnam, sa femme et les enfants les plus âgés réussiront à venir le rejoindre en France, et auront également droit au statut de réfugiés politiques.

 

Combats en Indochine.

 Dès les premiers combats en Indochine, le jeune Than Van Han s’engage dans les forces supplétives. En 1949, alors sergent à la 161e compagnie de supplétifs militaires, il est cité à l’ordre du régiment pour faits d’armes, par le général de division Alessandri, commandant les Forces Terrestres du Viet-Nam Nord et la Zone Opérationnelle du Tonkin : « Chef de section de partisans d’un courage et d’un calme exemplaires. Le 14 octobre 1949 à Bi-Noi (Tonkin), le 5 novembre 1949 à Ya-nam, le 15 novembre 1949 à Khang-Giang (Tonkin), encerclé par des rebelles supérieurs en nombre, a réussi en contre-attaquant brillamment à leur infliger des pertes sévères, tant en matériel qu’en nombre. Le 22 octobre 1949, a été l’âme de la défense du village rallié de Mo-Tho durement attaqué par de forts éléments rebelles. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile de bronze ».

 L’année suivante, alors passé adjudant, Than Van Han s’illustre à nouveau. Le général d’armée de Lattre de Tassigny, Haut-Commissaire de France en Indochine, le fait citer à l’ordre de la division : « Chef de section de supplétifs d’un courage et d’un sang-froid admirables. A pris une part prépondérante aux coups de main de mars et d’avril 1950 aux environs de Mo-Tho (Tonkin), en détruisant 7 Vietminh, récupérant deux fusils et un pistolet automatique. Les 20 et 23 mai 1950, près de Bi-Moi (Tonkin), étant en embuscade, a tué trois rebelles et pris deux fusils, dix-sept mines et obus piégés. Vient à nouveau de se distinguer en novembre 1950, où, à la tête de ses supplétifs il a tué trois rebelles au cours d’embuscades de nuit, contribuant ainsi à faire cesser la dure pression exercée sur le village rallié de Ngia-Thuong. Par ses brillantes qualités guerrières, fait constamment l’admiration de tous. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile d’argent ».

 Après 1951, Than Van Han rejoint l’Armée nationale vietnamienne, dans le cadre des accords passés entre le général de Lattre et Bao-Daï, chef de l’Etat du Vietnam. Il y restera en dépit du départ des troupes françaises, après la chute du camp retranché de Dien Bien Phu en 1954. Il continuera sa carrière militaire jusqu’au grade de colonel.

 Than Van Han n’est jamais retourné au Vietnam. Il est mort sur sa terre d’exil en 2005.

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales Jean-Michel Fouquet, vice-président du Souvenir Français de Puteaux.
  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Alexandre Le Merre, Lieutenant en pays Thai, Indo Editions, 2008.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • Francis Agostini, les Unités Thaïes dans la bataille de Diên Biên Phù.

 

Rédigé par Souvenir Français des Hauts-de-Seine

Publié dans #Témoignages-Portraits - Indochine

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