Publié le 27 Février 2026

A Léon Goyet, de Sèvres.

Les « pépères ».

Léon Goyet nait le 7 mai 1879 à Lons-le-Saunier dans le Jura. Il est le fils d’Antoine Goyet et de Joséphine Magnin. Il fait de brillantes études et entre dans la fonction publique. Il est nommé secrétaire du préfet du département de l’Aude, Théophile Cornu.

Matricule 1392 au bureau du recrutement de Lyon central, il fait son service militaire au début du siècle et devient officier de réserve. Il intègre le 118e régiment d’infanterie territoriale.

Les régiments d'infanterie territoriale, ou RIT, sont alors des unités militaires composées essentiellement d'hommes âgés de 34 à 49 ans, considérés comme trop âgés et plus assez entraînés pour intégrer un régiment d’active ou de réserve. Ils sont créés en 1875. Mobilisés en août 1914 au début de la Première Guerre mondiale, les régiments d'infanterie territoriaux sont en général regroupés dans les divisions d'infanterie territoriales qui font partie de l'armée territoriale. L'armée territoriale française est créée par la loi du 27 juillet 1872 qui a mis en place les principes de la réserve militaire. Les obligations militaires des citoyens français étaient alors, dans les grandes lignes, fixées comme suit :

  • un service national dans l'armée d'active qui durant cinq ans, sauf cas particuliers ;
  • quatre ans dans la réserve de l'armée d'active ;
  • cinq ans dans l'armée territoriale ;
  • six ans dans la réserve de l'armée territoriale (RAT).

Les territoriaux (surnommés parfois familièrement « pépères »), initialement chargés de différents services de gardes, ont joué un grand rôle pendant la « Grande Guerre », notamment sur le front même. Le 1er août 1918, tous les régiments territoriaux existants sont officiellement dissous et les hommes dispersés parmi les régiments d’active et de réserve.

 

Héros au Bois en Hache.

Versé dans le 58e RI, le sous-lieutenant Goyet prend part à la bataille de la Meuse en 1915.

Historique du 58e RI : « Le 20 février, le chef de corps reçoit l’ordre d’attaquer avec une compagnie, une sape ennemie couronnée par un élément de tranchée devant le Bois en Hache. Le 21, l’artillerie commence la préparation à 14 heures. A 14h24 les sections des sous-lieutenants Mouret et Castello sortent des tranchées et s’élancent avec une entrain splendide. Elles atteignent d’un bond les réseaux de fil de fer et les chevaux de frise, qu’elles trouvent intacts, et sont accueillies à bout portant par un feu intense de mousqueterie. Les 2 officiers et un grand nombre d’hommes tombent devant les défenses infranchissables. Le sous-lieutenant Goyet n’écoutant que son courage, enlève la 3e section d’attaque qui vient comme les deux autres, buter sur les réseaux intacts. Le sous-lieutenant Goyet est tué. Les survivants sont ramenés à l’arrière à la nuit. Les sections d’attaque ont perdu 11 tués, 37 blessés et 27 disparus. Sont alors citées trois sections des 8e, 9e et 11e compagnie : « se sont élancés avec une belle crânerie à l’assaut d’une position ennemie formidablement retranchée ; se sont maintenus, pendant plus de trois heures au contact des réseaux de fil de fer allemands avec un feu très violent de mousqueterie, ne se sont repliées qu’après en avoir reçu l’ordre à la tombée de la nuit, avec beaucoup de calme et de sang-froid. » (lettre du chef de Bataillon Fourlinnie, commandant par intérim le 58e RI).

Fourlinnie écrit également au colonel commandant le dépôt du 58e à Avignon : « J’ai le grand honneur de vous confier les 3 croix de guerre vaillamment et coûteusement gagnées par les trois sections (Sections Castello, Goyet, Mouret) des 8e, 9e et 11e compagnies dans l’assaut héroïques et sans espoir exécuté le 21 février devant le Bois de Forges. Partis en pleine lumière à 14h 30, 150 soldats sont venus s’arrêter le long des infranchissables et indestructibles fils de fer allemands. Là, ils ont subi jusqu’à la nuit la mousqueterie et le tir de notre 75 qui s’efforçait de les protéger ; la moitié sont restés percés de plusieurs balles. Laissez quelques vides dans les cases où vous enfermerez ces trois croix de guerre, le 58e en gagnera d’autres ».

Le nom de Léon Goyet est inscrit sur les monuments aux morts de Lons-le-Saunier et de Sèvres (dernier domicile connu), de même que sur le Livre d’or du ministère des pensions à Orange (Vaucluse).

 

Sources :

  • Archives de la Délégation du 92 du Souvenir Français.
  • Encyclopédie Wikipedia.
  • Histoire de l’armée territoriale.
  • Historique du 58e RI.
  • Site Chtimiste sur les unités militaires de la Première Guerre mondiale.
  • Memorial GenWeb : fiche individuelle de Léon Goyet, contributions de Bernard Butet et d’Olivier Schlienger.

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Publié le 14 Février 2026

Entrée du 26e de ligne dans Paris, par la porte du Point-du-Jour.

Entrée du 26e de ligne dans Paris, par la porte du Point-du-Jour.

De l'automne 1870 au printemps 1871, la ville de Boulogne a subi les conséquences de deux sièges successifs de la Capitale : celui établi par les armées ennemies dans le cadre de la guerre franco-prussienne, puis celui des troupes françaises pour reconquérir Paris soulevée par un mouvement révolutionnaire.

Cette période longtemps oubliée a pourtant considérablement marqué le destin du territoire boulonnais.

 

Une ville aux portes de Paris.

En 1814 et 1815, les troupes coalisées contre l'armée napoléonienne avait envahi la France. À cette occasion, la défense de Paris avait démontré sa faiblesse. Pour pouvoir supporter une éventuelle attaque, Paris devait être fortifiée. En 1840, Adolphe Thiers, chef du Gouvernement, fait déclarer d'utilité publique et d'urgence la construction d'une enceinte. Achevée en 1844, la fortification est longue de 39 km et jalonnée de 95 bastions, 17 portes, 23 barrières et 8 passages de chemins de fer. La grande distance entre le fort d'Issy et celui du Mont-Valérien, marque une faiblesse dans la défense de Paris. Les bastions n° 66, 67 et 67 bis – au Point-du-Jour – sont donc essentiels.

La commune est dès lors au cœur d’un cercle de fer et de feu formé par le fort d’Issy, les redoutes de Brimborion à Sèvres, de Montretout à Saint-Cloud, la forteresse du Mont-Valérien et le mur d’enceinte qui sert bientôt de nouvelle limite à la Capitale.

En août 1870, les élections municipales voient la victoire des républicains alors même que le pays vient d'entrer en guerre avec la Prusse et qu'il connaît ses premiers revers. L’Empereur qui rencontre des difficultés politiques intérieures, pense qu'une guerre contre la Prusse permettrait de rassembler le pays autour de lui. La guerre est déclarée à la Prusse le 19 juillet 1870. La mobilisation se fait dans le plus grand désordre, l’armement français est archaïque comparé à l’artillerie prussienne.

En septembre, l’Empereur capitule et les troupes prussiennes sont aux portes de la Capitale qui est dès lors assiégée.

 

Vivre en temps de siège.

À Boulogne, les troupes prussiennes approchent Paris, et le "trou" dans la défense de la Capitale entre les forts d'Issy et du Mont-Valérien fait craindre une attaque aux abords de la ville. Il faut envisager de rompre les ponts de Saint-Cloud, Sèvres et Billancourt. La ville se trouve alors isolée et au cœur du danger.

Mobilisées en région parisienne dès le début du conflit, les unités de la Garde nationale révèlent une grande désorganisation, une impréparation flagrante et un manque d'équipement. Leur présence à Billancourt est ambivalente. Ainsi, la presse loue les exploits des soldats dans la défense des ponts mais les conseillers municipaux sont régulièrement alertés par les habitants et par le commissaire de police des pillages et déprédations commis par les troupes en cantonnement.

Boulogne est sous le feu régulier des bombardements aussi bien prussiens que français dès le début du Siège. Si chacun vise l'autre camp, les tirs sont imprécis et touchent la ville et les communes voisines.

Le château de Saint-Cloud, dans lequel s'est installée l'armée allemande, est détruit le 13 octobre par des obus français tirés depuis le Mont-Valérien.

 

D'un siège à l'autre.

Le 19 janvier 1871, la seconde bataille de Buzenval marque l'ultime tentative française de briser le Siège de Paris. La veille, le roi Guillaume 1er a été élevé au rang d'Empereur dans la galerie des glaces du Château de Versailles.

Malgré quelques succès et face à la désorganisation des troupes françaises, le général Trochu ordonne de battre en retraite.

Le 28 janvier, l’armistice est publié au Journal Officiel. Cet armistice est prévu pour une durée de trois semaines, pendant lesquelles seront négociés les préliminaires de paix. Le 27 février, les troupes allemandes traversent donc la Seine sur un pont de bateaux, empruntent le boulevard de Strasbourg (actuel boulevard Jean Jaurès) puis la Grande Rue (aujourd'hui avenue Jean-Baptiste-Clément) avant d'entrer dans Paris.

Tandis qu'à Boulogne la vie reprend son cours, le peuple de Paris gronde. Face aux exigences allemandes, une grande partie des Parisiens voient l’armistice comme une trahison de la part du Gouvernement. Le 18 mars débute l'insurrection d'un Paris républicain face à l'Assemblée nationale fraîchement élue et à majorité monarchique.

Boulogne est alors prise en tenaille entre le fort d'Issy tenu par les communards et le Mont-Valérien aux mains des Versaillais.

Le 21 mai, un habitant du Point-du-Jour avertit l'Armée que les remparts ne sont pas gardés. Les troupes passent alors par les Portes de Saint-Cloud et du Point-du-Jour pour entrer dans Paris et réprimer l'insurrection : c'est le début de la semaine sanglante.

 

Soigner les blessures.

A la fin de la guerre, les soldats s'étant fait remarquer par leur faits d'armes sont récompensés par la Légion d'honneur ou la médaille militaire. En revanche, le Gouvernement refuse la création d'une médaille commémorative destinées aux anciens combattants. Sans doute veut-on oublier au plus vite la défaite.

Si durant quarante ans, les vétérans de 1870-1871 porteront des insignes non officiels remis par les différentes associations d'anciens combattants., il faut attendre la loi du 9 novembre 1911 pour que soit officiellement créée une médaille.

Le 29 décembre 1912, en présence de la Municipalité, des membres de l'Association du Souvenir Français, du comité de Boulogne et de l'Association des Dames de France, une cérémonie de remise des médailles est organisée à la Salle des fêtes.

 

 

Sources :

  • Encyclopédie Larousse.
  • Site de la ville de Boulogne-Billancourt.
  • Site Herodote sur l’Histoire de France.
  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.

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