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Publié le 1 Septembre 2018

Au caporal Viguier, de Fontenay-aux-Roses.

Georges Viguier.

 

Georges Wilhelm Viguier nait le 5 septembre 1926 à Bessan dans le département de l’Hérault, arrondissement de Béziers. En ce temps-là, au cœur de la Troisième République, les gouvernements se succèdent : Aristide Briand est renversé au profit d’Edouard Herriot, qui va bientôt devoir céder sa place à Raymond Poincaré, qui rétablit l’économie et la confiance des Français. C’est aussi un temps où enfin les puissances se mettent d’accord sur les dettes de guerre, que ce soit avec l’Angleterre ou avec les Etats-Unis. Des traités d’amitié se signent. C’est notamment le cas avec la Roumanie. Et notre empire colonial semble enfin stabilisé. Pour des générations et des générations. Quelques clairvoyants, et au premier titre il convient de citer le maréchal Lyautey, mettent néanmoins en garde pour un juste partage des richesses et un équilibre politique.

 

Georges Viguier quant à lui n’a peut-être que faire de ces considérations politiques. Ses parents sont montés sur Paris. Il suit avec les bagages ! Jeune adolescent, il découvre la Région parisienne sous commandement allemand. Il n’hésite pas – à 18 ans – à faire partie de ses jeunes français qui s’engagent dans la Résistance et œuvrent pour la libération de la capitale. Il suit le mouvement pour « la durée de la guerre » selon la formule consacrée. Il reçoit la Médaille Commémorative 39-45 Agrafe « Barricades ».

 

Puis c’est l’engagement dans la Légion étrangère. Il verra du pays – c’est promis dans les affiches de propagande – et la solde sera tout à fait appréciable par rapport à ce qu’il pourrait gagner en tant qu’ouvrier.

 

Il intègre la Légion étrangère et la prestigieuse 13e demi-brigade.

 

Situation en Indochine.

 

La guerre d’Indochine a commencé en décembre 1946 après le bombardement du port d’Haiphong par la marine française. Marine qui ne faisait que répliquer aux attentats répétés du Vietminh et ses velléités d’indépendance. Ce bombardement n’arrangeant rien d’ailleurs puisque dans la foulée Hö Chi Minh – en tant que leader du Vietminh – donne l’ordre de massacrer le plus d’Européens possible, Français en particulier, et de piller les maisons. « Que celui qui a un fusil se serve de son fusil, que celui qui a un épée se serve de son épée… Que chacun combatte le colonialisme ».

 

Le Vietminh n’a pas encore le soutien de l’URSS et de la Chine (ce sera en 1949). Aussi, aguerrie dans la guerre du peuple, l’armée populaire vietnamienne se fonde sur la mobilité et la dispersion. Il s’agit là de la théorie du tigre face l’éléphant : « Le tigre est tapi dans la jungle. Il va harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, va se vider de son sang et mourir d’épuisement », ajoute Hô Chi Minh. De fait, les soldats communistes se permettent de refuser ou d’accepter le combat. Ils ont l’initiative et les Français du corps expéditionnaire sont généralement en retard et doivent subir. Les coups de main succèdent aux attentats, qui font place aux kamikazes…

 

La 13 en Indochine.

 

Désignée pour faire partie du Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient (CEFEO), la 13e DBLE débarque du SS Ormonde le 6 février 1946 à Saigon, et s’installe au nord de la ville, dans le triangle Gia Dinh – Thu Duc – Hoc Man.

 

Les opérations commencent. Le 19 juin 1946 a lieu le premier combat à Mat Cat, en Cochinchine. La 13 est alors engagée des frontières du Siam jusqu’à Tourane, en passant par la plaine des Joncs. Ses bataillons sont éparpillés :

 

  • Le 1er bataillon s’installe au Cambodge, à la poursuite de Khmers qui se réfugient au Siam.
  • Le 2e bataillon installe son camp au centre Annam afin de défendre Tourane, dégager Hué et surveiller Quang Nam.
  • Le 3e bataillon doit quant à lui affronter les durs combats de Cochinchine, où les embuscades quotidiennes alternent avec des actions de force.

 

La 13e DBLE participe à de nombreuses opérations et bien souvent y laisse bon nombre de  combattants.

 

Pendant le séjour de Georges Viguier, plusieurs histoires arrivent et se racontent de bivouac en bivouac :

 

  1. Le 29 septembre 1946, l’interprète vietnamien du poste de Trunq Chan mélange du datura (hautement toxique) aux aliments : 47 légionnaires sont dans le coma, mais huit autres ont heureusement préféré prendre une douche avant le repas. Voyant l’état de leurs camarades, ils demandent des secours et préviennent ainsi l’attaque.
  2. Un an plus tard, le 19 août 1947, encore une séance d’empoisonnement collectif au poste de Ben Muong. Forts de l’expérience précédente, les ennemis coupent les fils du téléphone et mettent le datura dans le café. Mais un sergent et quatre légionnaires n’ont pas eu le temps d’en boire lorsque l’attaque se déclenche. L’un d’eux traverse inaperçu les lignes ennemies tandis que les autres tiennent tête aux 150 assaillants, pas trop mordants, il est vrai, car ils sont convaincus qu’ils n’ont qu’à attendre pour vaincre sans pertes. Quelques heures plus tard les renforts arrivent et les attaquants deviennent assiégés.
  3. Le 24 avril 1947, la sentinelle du poste « Franchini » voit arriver un groupe de soldats français poussant devant eux un prisonnier ligoté. La sentinelle les laisse pénétrer dans le poste, mais à l’intérieur, sur un signe du soi-disant prisonnier, ils ouvrent le feu, tuant les sept légionnaires et quatre partisans de la garnison.

 

Mais le caporal Georges Viguier n’en verra pas beaucoup plus. Comme bon nombre de ses camarades, il souffre de maladies. Dans un long article sur la guerre d’Indochine, François Goetz (*) indique : « En zone tropicale la dysenterie amibienne, le paludisme, le typhus sont omniprésents. Les conditions du combat ne favorisaient pas l’application des mesures d’hygiène préventives. Dans les rizières et dans la brousse pullulent les parasites, les marches de nuit vous offrent aux piqûres des moustiques. Les premières années de guerre, les moyens médicaux furent insuffisants. Dans quelques bataillons, le médecin-chef distribuait la liste des médicaments de base, en incitant les cadres à se les faire envoyer par leur famille. »

 

Le caporal légionnaire Georges Wilhelm Viguier meurt à l’hôpital militaire de Tourane le 12 septembre 1947. Son corps est rapatrié auprès de sa famille à Fontenay-aux-Roses.

 

 

 

Sources :

 

  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org.

 

 

(*) François GOETZ (1927-2008), président de la Fédération Nationale des Combattants Volontaires (1999-2002) était colonel honoraire, commandeur de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, commandeur de l’O.N.M., 11 fois cité, commandeur des ordres nationaux du Sénégal et du Togo, Officier de l’ordre national du Gabon.

 

 

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Publié le 8 Mai 2018

Elèves de l’école commando lao.

Elèves de l’école commando lao.

Les travaux de Michel Bodin.

Michel Bodin est professeur d’histoire, docteur ès Lettres et ès Sciences humaines. Il a consacré sa thèse d’Etat aux soldats des forces terrestres d’Extrême-Orient, de 1945 à 1954. Il a publié de nombreux ouvrages comme « La France et ses soldats, Indochine 1945-1954 » ; « Soldats d’Indochine, 1945-1954 » ; « Les combattants français face à la guerre d’Indochine, 1945-1954 » ; « les Africains dans la guerre d’Indochine, 1947-1954 ». 

Michel Bodin : « Lorsqu’on évoque les troupes coloniales indochinoises, viennent à l’esprit immédiatement les images des soldats vietnamiens, des tirailleurs annamites ou tonkinois, des supplétifs catholiques..., mais pratiquement jamais celles des militaires laotiens. Certes, ils ne furent pas très nombreux, comparés aux autres combattants, mais environ 50.000 d’entre eux participèrent à la guerre d’Indochine de 1945 à 1954, au sein des Forces Terrestres d’Extrême-Orient (FTEO) sans compter les 30 à 40.000 hommes de l’armée nationale laotienne, et les maquisards du GCMA dont l’effectif reste bien difficile à évaluer.

Les habitants du pays du Million d’éléphants ne bénéficient pas d’une grande réputation auprès de leurs frères d’arme. « Les Laotiens n’étaient ni des soldats ni des militaires mais ils devenaient de terribles guerriers si on touchait à leur famille. » Ce jugement péremptoire d’un sous-officier ayant servi au Laos de 1947 à 1950, pose en fait toutes les problématiques touchant aux troupes « coloniales » (préparation, valeur, motivation, emploi...). Cet avis n’est ni original ni nouveau puisqu’un officier supérieur affirmait au XIXe siècle que les Laotiens étaient « trop pacifiques, trop indolents, trop apathiques pour faire de bons soldats ». Cependant, il faut sans doute plus incriminer les origines et la nature de la tutelle française au Laos que les habitants eux-mêmes, pour expliquer qu’on ait peu fait appel aux combattants lao jusqu’en 1941 car les exemples prouvent que toute troupe coloniale, quelle que soit son origine ethnique, se comporte vaillamment au feu si elle est bien encadrée ».

 

Les Laotiens, une force d’appoint.

De peur de lever de mauvaises recrues, les autorités françaises décidèrent de ne pas créer de bataillons de tirailleurs laotiens. Néanmoins, elles acceptèrent des Lao dans les formations de la garde indochinoise dans laquelle ils furent ennoyés parmi des Vietnamiens. Les événements de 1941 (isolement de la métropole, danger japonais et agression siamoise) décidèrent l’amiral Decoux à autoriser l’expérience d’un recrutement de chasseurs laotiens. En juin 1941, apparut ainsi la 2e compagnie du I/10e RMIC, stationnée à Dong Hene qui, du 9 mars 1945 à la capitulation japonaise, resta groupée autour de son chef. En 1942, une deuxième compagnie fut mise sur pied à Vientiane, la 25e compagnie du IV/10e RMIC qui disparut devant les assauts nippons de 1945. Ce sont ces hommes, dont certains ont retraité avec leurs cadres français vers la Chine, et les volontaires encouragés par le roi Sisavang Vong et son fils Savang Vatthana favorables au protectorat français, qui formaient en 1945 un vivier d’environ 4.000 hommes prêts à s’engager dans l’armée française.

Les premiers projets de constitution d’un corps expéditionnaire pour l’Indochine prévoyaient l’enrôlement progressif d’autochtones pour remplacer les troupes africaines et renforcer les effectifs. D’ailleurs une note, rédigée à Kandy en 1945, espérait un recrutement de 500 Laotiens dès la reddition japonaise. À la fin de 1945, se présentèrent aux autorités militaires du corps expéditionnaire (comme au I/10e RMIC en octobre 1945)  de nombreux volontaires, de sorte qu’en application directe des directives du général Leclerc sur les troupes autochtones, quatre bataillons de chasseurs laotiens (BCL) furent formés en octobre 19455. Les survivants de la 2e CCL et les recrues du moyen et haut Laos en formèrent l’ossature. Un quatrième bataillon vit le jour en juin 1946 au Nord-Laos, un cinquième en juillet 1946 à Vientiane et un sixième en novembre 1946 dans la région de Phong Saly. Le 1er juillet 1949 naquirent les 7e et 8e BCL.

 

Dans les BCL, unités autochtones dès leur création, les Français étaient très minoritaires. On parle officiellement de bataillons mixtes laotiens standards à effectif réglementaire de 680 hommes. Au début, ils ne devaient pas compter plus de 15 % d’Européens (tous les officiers et deux tiers des sous-officiers). Le nombre de ces derniers diminua régulièrement au fil du conflit. En 1947, on évoque un « surjaunissement spécial » pour les BCL. En mai 1953, le taux d’encadrement théorique tomba à 10,45 %. Les BCL dépendaient de l’administration des Troupes coloniales.

D’octobre 1945 à juin 1949, opérèrent des formations à forte dominante laotienne comme le 2e commando de chasseurs laotiens et les 4e, 5e, 6e commandos laotiens (ce dernier prit le nom de 6e commando franco-laotien en juillet 1947).

Au début de 1946, on entama la création d’une unité parachutiste laotienne. On ponctionna le 1er BCL et un commando laotien et on dirigea les volontaires vers les deux centres d’instruction de Vientiane et de Takhek (3e compagnie du 1er BCL) avec espoir de fournir 350 parachutistes aux FTEO. En juillet 1948, la 1ère compagnie de commandos laotiens était mise sur pied puis elle doubla son effectif en 1951 par la création d’une unité jumelle, selon les prescriptions du général de Lattre. À ces éléments, il faut ajouter les militaires intégrés aux unités du Train, du Génie, et aux divers services des FTEO selon la politique du jaunissement mise en vigueur pour les Laotiens en mai 1946.

En termes d’effectifs, que représentent les Laotiens dans les FTEO ? En juillet 1948, ils étaient 4.123 réguliers et leur nombre culmina à 7 762 hommes en avril 1952 (effectifs réalisés).

 

L’armée nationale laotienne.

Le Laos ne posséda pas vraiment d’armée nationale avant la convention militaire du 6 février 1950 qui mettait en application les accords du 19 juillet 1949. Avant, la convention du 27 août 1946 réglait toutes les questions de défense. Elle permettait aux troupes de l’Union française de stationner, de circuler et d’avoir des bases dans tout le pays. En mai 1946, on créa une garde nationale qui devint gendarmerie laotienne, forte d’environ 1.000 hommes en 1947.

Parallèlement, on mit sur pied des compagnies d’infanterie lao (CIL) en prévision de la formation d’autres unités. Le 1er bataillon d’infanterie lao (BIL) fut créé à Vientiane en juillet 1950, le 2e à Paksé en octobre. Les effectifs de l’ANL stagnèrent durant toute l’année. En avril 1950, l’ANL regroupait 1.458 hommes avec ses cadres français et on pensait pouvoir recruter 300 hommes supplémentaires avant la fin de l’année. 1.728 étaient sous les drapeaux en janvier 1951, alors qu’on en avait prévu 4.000, et une grande partie du programme initial ne fut pas réalisé. Le 22 août 1951, 19 CIL furent réunies pour constituer les 3e et 4e BIL et préparer les 5e et 6e. L’arrivée du général de Lattre permit un véritable décollage de l’ANL. Même si le pays ne connaissait pas d’opérations comparables à celles du Vietnam, la situation s’y dégrada.

En 1952, le général de Lattre souhaita disposer de 12.300 Laotiens grâce à un effort de recrutement et à l’aide américaine. Il voulait en outre un groupe d’artillerie et l’amorce de services. Naquirent ainsi des directions du génie, de l’intendance, du service de santé et des transmissions. De 10.849 combattants en juin 1952, l’ANL passa à 13.420 le 1er janvier 1953.

L’accord additionnel entre les gouvernements français et laotien modifia ces chiffres. En effet, la métropole prit en charge 4.026 réguliers pour accélérer la mise en condition de 7 bataillons légers. Avec le soutien américain, on put ajouter 3 compagnies de mortiers, ce qui devait faire passer le nombre des Laotiens en arme à 20.951 au 31 décembre 1953. Au 1er janvier 1954, ils étaient réellement 20.250. Au moment du cessez-le-feu, l’ANL comptait un peu plus de 21.000 hommes dont un tiers dans la garde nationale, alors qu’on avait tablé sur un effectif de 26.000.

 

L’adjudant Jacques François.

Jacques François nait à Paris, dans le 18e arrondissement, le 27 octobre 1911. Il s’engage dans les troupes coloniales. En 1946, il est envoyé en Indochine. Il intègre une unité « indigène » : le 6e bataillon de chasseurs laotiens, formé le 1er novembre 1946 dans la région de Phong-Saly au Laos.

Comme beaucoup de soldats de métropole, Jacques François tombe malade quelques mois après son arrivée en Indochine. Il meurt le 27 octobre 1947 à l’hôpital d’Hanoi, au Tonkin, « des suites de maladie contractée en service » selon l’expression consacrée par les règlements militaires. Peu après, il est officiellement déclaré Mort pour la France. Il avait 36 ans.

Habitant d’Asnières-sur-Seine, c’est dans le carré militaire de cette commune qu’il repose en paix pour l’Eternité.

 

Sources :

 

  • Témoignages du colonel Rives.
  • Site de l’Anapi.
  • Archives de l’Anapi.
  • Michel Bodin, Les Laotiens dans la guerre d’Indochine, 1945-1954.
  • Y. Gras, Histoire de la guerre d’Indochine, Paris, Plon.
  • M. Bodin, La France et ses soldats, Indochine, 1945-1954, Paris, L’Harmattan, 1996
  • M. Bodin, « Leclerc et l’utilisation des autochtones indochinois », Leclerc et l’Indochine, 1945-1947, Paris, Albin Michel, 1992, p. 386-389 et Bulletin officiel du ministère de la Guerre ;
  • Crédit photographies : archives de la Délégation générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine ; ECPAD.
L'adjudant François d'Asnières et les Laotiens.

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Publié le 24 Août 2017

Indochine : le RICM en patrouille de reconnaissance.

Indochine : le RICM en patrouille de reconnaissance.

Le RICM.

Le Régiment d'Infanterie - Chars de Marine, formation blindée, est l'un des deux régiments blindés de reconnaissance de la 9e Brigade Légère Blindée de Marine.

Jeune Régiment, il naît à Rabat au Maroc au début du mois d'août 1914 sous l'appellation de 1er Régiment Mixte d'Infanterie Coloniale. En décembre, il devient le 1er Régiment de Marche d'Infanterie Coloniale. Le RICM, Régiment d'Infanterie Coloniale du Maroc est officiellement crée le 9 juin 1915. Le 17 août 1914, il débarque à Cette (ancien nom du port de Sète). Quatre années durant, il livre des combats qui feront de son emblème le plus décoré de l'armée française. Le 24 octobre 1916, il écrit l'une des pages les plus glorieuses de son histoire lors de la prise du fort de Douaumont.

Après plusieurs années d'occupation en Allemagne, le RICM retourne au Maroc en 1925 où le maréchal Lyautey l'a fait appeler. Dans le Rif marocain, ses opérations sont couronnées de succès. Il rejoint la France et Aix-en-Provence en 1932. En 1939, il quitte Aix-en-Provence pour combattre aux avant-postes en Alsace. Défendant pied à pied le sol français, il perd les deux tiers de ses effectifs.

Dissous après l'Armistice, il est reformé à Rabat en 1940. En 1943, il devient régiment blindé de reconnaissance de la 9ème DIC. Débarqué en Provence le 20 août 1944, il prend Toulon, Mulhouse et arrive sur le Rhin à Rosenau le 13 novembre 1944, le premier de toutes les armées alliées. Il atteint Constance quand a lieu la capitulation de l'Allemagne. Pour le RICM, il n'est pas question de repos ; il débarque à Saigon le 4 novembre 1945. Partout en Indochine, le régiment se montre égal à lui-même au cours de dix années de combats incessants.

Présent durant sept années en Algérie, le RICM s'est illustré lors des grandes opérations de l'Oranais et du maintien de l'intégrité du barrage algéro-marocain. A la fin de l'année 1958, il change d'appellation et devient Régiment d'Infanterie - Chars de Marine.

Le 22 janvier 1963, le RICM arrive à Vannes et s'installe au quartier Delestraint. En 1978, il obtient une 18ème Citation à l'ordre de l'Armée en participant aux opérations du Tchad et du Liban. Après deux nouveaux séjours à Beyrouth en 1982 et 1984, deux escadrons sont engagés au Moyen-Orient dans l'Opération Daguet en 1990-1991. Dans le cadre des efforts de paix de l'ONU en ex-Yougoslavie, le RICM effectue deux mandats en 1992-1993, puis en 1995. En 1994, le Régiment participe avec plus de la moitié de ses effectifs à l'Opération Turquoise déclenchée par la France au profit des populations du Rwanda. Durant l'été 1996, le RICM quitte Vannes et s'installe à Poitiers. Il part aussitôt pour un troisième mandat à Sarajevo en Bosnie, de septembre 1996 à février 1997. Puis en avril, un escadron participe à l'Opération Alba en Albanie jusqu'en juillet. De septembre 1997 à janvier 1998, le RICM met sur pied l'élément de réaction immédiate de la SFOR en Bosnie. A partir de 1998, se succèdent l'Opération d'assistance militaire Aramis au Cameroun, la RCA pour un peloton du 2ème escadron, Djibouti pour les 1er, 2ème et 3ème Escadrons, la Côte d'Ivoire pour 2 pelotons et une partie de l'ECL, la Bosnie encore pour le 4ème Escadron, le Tchad pour le 1er Escadron, le Kosovo pour une SRR et la liste est toujours prête à s'allonger. Ce siècle d'histoire s'achève pour le RICM à Mostar avec le Groupement Tactique Français.

 

Régiment le plus décoré de l’armée française.

Le drapeau du RICM est l’emblème le plus décoré de l’armée française :

Su l’avers :

République française Régiment d'Infanterie - Chars de Marine

Sur le revers :

Honneur et Patrie - La Marne 1914-1918 - Verdun-Douaumont 1916 - La Malmaison 1917 - Plessis de Roye 1918 - L'Aisne - L'Ailette 1918 - Champagne 1918 - Argonne 1918 - Maroc 1925-1926 - Toulon 1944 - Delle 1944 - Kehl 1945 - Indochine 1945-1954

Sur la cravate :

La Légion d'Honneur - la médaille militaire - la croix de guerre 1914-1918 avec 10 palmes - la croix de guerre 1939-1945 avec 2 palmes - la croix de guerre des T.O.E. avec 5 palmes - la croix de guerre de l'ordre Portugais de la Tour et de l'Epée - la cravate bleue de la "Distinguished Unit", inscription "Rosenau" - La croix de l'ordre du mérite chérifien

 

Pierre Aubert de Vincelles.

 

Pierre Aubert de Vincelles nait le 27 juillet 1926 au Mans. Issu d’une vieille famille de la noblesse française, famille de militaires, il intègre Saint-Cyr en 1947. Nommé sous-lieutenant le 1er octobre 1949, il suit pendant une année les cours de l’Ecole d’Application de Saumur et se porte volontaire pour l’Indochine.

 

Nommé au grade de lieutenant le 1er octobre 1951, il est affecté au régiment d’infanterie coloniale du Maroc. Il est grièvement blessé lors d’une opération à Dinh Xuyen, au Tonkin. Rapatrié à Hanoi, il meurt des suites de ses blessures le 12 novembre 1953 à l’hôpital militaire Lanessan. Une semaine plus tôt, il venait d’être fait chevalier de la Légion d’honneur.

 

Deux ans plus tôt, pratiquement jour pour jour, l’un de ses parents, le chef de bataillon François Aubert de Vincelles tombait également en Indochine, tué au combat à la tête du 2e bataillon du 3e REI (régiment étranger d’infanterie) dans la région de Cho Cay, au Tonkin.

 

Le corps de Pierre Aubert de Vincelles est par la suite rapatrié en France. Il est enterré au cimetière de Neuilly-sur-Seine, dans une sépulture familiale.

 

Il est le parrain de la promotion Corniche Brutionne 2002-2004 du Prytanée national militaire.

 

Le chant de la promotion.

 

 

Lieutenant Aubert de Vincelles

Lieutenant marsouin

Notre Parrain

 

Au cœur de votre jeunesse

Imprégnée des valeurs militaires

Vous avez suivi sans cesse

L'idéal de vos pères

Du Bahut à Cyr

Sans jamais faiblir

Distingué par votre brillant

Vous demeurez persévérant

 

Refrain :

Lieutenant Aubert de Vincelles

Vous brûliez de tout quitter pour l'Indochine

Répondant présent à la victoire qui vous appelle

Héros de marine

Magnifique chef de guerre

La promotion prend exemple sur votre vie

Votre audace et votre foi ont servi la patrie

Héros militaire

 

Au plus fort des combats vous vous lancez

Pour mener votre escadron d'acier

Libérer l'Indochine enchaînée

Soumettre à votre volonté

Ceux qui devant vous

Voulaient résister

A leur destin de trépassés

A votre foi de chevalier

 

Refrain

 

En écoutant que votre courage

Fier cavalier vous avez défié

Dans cette contrée sauvage

Le Viêt Minh avec dignité

Frappant les dangers

Le sabre à la main

Vous luttez avec âpreté

Des rives de l'Annam au Tonkin

 

Refrain

 

Entraînant tous vos hommes au combat

Vous manifestez votre sang-froid

D'un cœur admirable et vaillant

Vous combattez ardemment

Allant de l'avant

Pour votre patrie

L'audace du soldat combattant

Sert à terrasser l'ennemi

 

Refrain

 

Vous saviez que la Mort vous suivait

Dans votre incroyable chevauchée

Mais vous resterez immortel

Car vous siégez dans le soleil

A l'assemblée

Des officiers

Qui comme vous se sont donnés

Faisant de nous leurs héritiers

Refrain

 

Lieutenant marsouin

Mort au Tonkin.

 

 

L'entrée de l'hôpital Lanessan à Hanoi.

L'entrée de l'hôpital Lanessan à Hanoi.

Sources :

 

  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Archives du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
  • Archives du Prytanée national militaire de La Flèche.
  • Promotion Corniche Brutionne 2002-2004 du Prytanée national militaire.
  • Site www.8rpima.fr
  • Site de l’association ANAPI – Association des Anciens Prisonniers Internés Déportés d’Indochine : www.anapi.asso.fr
  • Site : www.cheminsdememoire.gouv.fr

 

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Publié le 15 Janvier 2017

Troupes françaises en retraite vers la frontière chinoise (Copyright Wikipédia).

Troupes françaises en retraite vers la frontière chinoise (Copyright Wikipédia).

Situation du Japon en janvier 1945.

 

Janvier 1945. La situation du Japon n’est pas des plus favorables… Les Américains, après avoir reconquit les îles Mariannes, sont maintenant en train de reprendre les Philippines aux Japonais. Ils lancent également leurs avions bombarder le sud de l’Indochine, et notamment Saigon.

 

De leur côté, les Anglais envoient des parachutistes au Tonkin dans le but de désorganiser les postes japonais. Parmi ces soldats de l’Empire britannique, se trouvent des Français représentant le Gouvernement provisoire de la République (entre autres la Force 136) ; prélude à une force d’expédition française qui prévoit près de 60.000 hommes. Le général Blaizot est d’ailleurs envoyé à Ceylan, dans le but de discuter des modalités avec Lord Mountbatten.

 

Les îles japonaises, elles-mêmes, font l’objet de raids de la part de l’aviation américaine.

 

La situation agricole n’est pas favorable non plus. Les bombardements, l’économie de guerre qui désoriente les forces vives vers l’effort militaire, tout cela entraîne de mauvaises récoltes et des révoltes de la faim. Plusieurs milliers de Vietnamiens se trouvent en état de sous-nutrition. Les Japonais d’Indochine sont persuadés que les Alliés préparent un débarquement d’ampleur. Ils ont laissé en place une administration française, favorable au régime de Vichy, donc pro-allemande. Nos soldats sont répartis dans des casernes installées partout sur le territoire indochinois. Mais ils sont peu nombreux : à peine 12.000 hommes, appuyés de 60.000 soldats « autochtones ».

 

Les Japonais ne sont pas vraiment plus nombreux : à peine 50.000 soldats. Il est temps pour eux d’intervenir s’ils ne veulent pas être débordés. L’Opération Mei est décidée.

 

L’Opération Mei.

 

Elle est d’autant plus décidée que l’aviation américaine fait bombarder Tokyo par 300 B-29, faisant en deux jours, près de 100.000 victimes.

 

Dans les premiers jours de mars 1945, les troupes japonaises sont déployées autour des garnisons françaises. Le 9 mars au soir, l’amiral Decoux, gouverneur général de l’Indochine reçoit l’ambassadeur japonais Matsumoto pour une réunion de routine. A 19 heures, l’ambassadeur présente un ultimatum exigeant que les troupes françaises passent immédiatement sous commandement japonais. Decoux essaie de gagner du temps, mais les premiers coups de feu éclatent dans Saigon. L’Opération Mei est déclenchée. A 21 heures, les garnisons françaises, Decoux et ses adjoints sont mis aux arrêts. Entre 20 heures et 21 heures, les garnisons françaises sont attaquées par surprise par l’armée impériale japonaise. Plusieurs officiers administrateurs et officiers français sont exécutés : à Lang Son, le colonel Robert et le résident Auphelle, invités à dîner ce soir-là par leurs homologues japonais, sont arrêtés par surprise et décapités à coup de sabre, de même que le général Lemonnier qui refusait de donner l’ordre de capituler. A Thak Khek, l’administrateur Colin et l’inspecteur Grethen sont également tués. A Dong Dang, le commandant Soulié est tué après avoir repoussé trois assauts ; le capitaine Anosse, qui a pris le commandement de la contre-attaque, tient trois jours et trois nuits mais doit cesser le feu également à court de munitions et sa garnison décimée. Les Japonais l’honorent de cet exploit puis le massacrent aussitôt ainsi que 400 prisonniers. A Hanoi, marsouins et tirailleurs de la citadelle tiennent vingt heures à un contre dix, menés par le capitaine Omessa, et repoussent trois assauts dont le dernier est qualifié de fait d’armes, mais qui finit par lâcher à court de munitions. Toujours à Hanoi, le capitaine Regnier est torturé et massacré pour avoir refusé la reddition. Son adjoint, le lieutenant Damez, repousse pendant quatre-vingt-dix heures les Japonais en leur occasionnant de lourdes pertes et finit par s’enfuir en forçant les lignes japonaises, après avoir incendié le poste. Au quartier Balny, le lieutenant Roudier tient jusqu’à l’aube. On relève particulièrement le fait d’armes de la vingtaine d’hommes, artilleurs, et leurs trois sous-officiers, retranchés dans « La Légation ». A Hué, le capitaine Bernard et le lieutenant Hamel résistent toute la nuit contre trois compagnies de Japonais équipés de blindés et d’artillerie. Le capitaine Bernard, blessé, est fait prisonnier et sera miraculeusement épargné. Il passera, comme des milliers de soldats et de civils français, le reste de la guerre en camp de concentration, sous le commandement japonais, puis Vietminh.

 

Sur les 34.000 Français métropolitains présents dans la région, plus 12.000 militaires d’origine métropolitaine, plus de 3.000 sont tués en moins de 48 heures. L’administration coloniale est détruite de fait. Les postes militaires français à travers tout l’Indochine (Annam, Tonkin, Cochinchine, Laos, Cambodge) sont touchés. Les troupes japonaises prennent notamment les citadelles d’Hanoi et de Lang Son et y massacrent les Européens et les troupes annamites, malgré les promesses faites en cas de reddition. Des camps de prisonniers sont créés pour y parquer civils et militaires. A Hanoi, les généraux Mordant et Georges Aymé commandent la résistance, mais celle-ci doit finalement capituler au bout de quelques heures.

 

Au Tonkin, le général Sabattier, méfiant, a transféré peu avant le coup de force son poste de commandement hors d’Hanoi, tout en mettant en garde son subordonné le général Alessandri. Tous deux dirigent une résistance de quelques milliers d’hommes. Une partie des troupes françaises est faite prisonnière, tandis que d’autres « prennent le maquis ». Les groupes français, dont la tête de chaque soldat est mise à prix, baptisés plus tard « colonne Alessandri », parviennent en Chine, où ils se mettent à la disposition de la Mission militaire française.

 

 

Fernand Cron.

 

Fernand Cron est téléphoniste au sein de la garnison de Dong Dang. Prisonnier, il est conduit comme beaucoup de ses compagnons d’armes, ainsi que des Annamites présents dans le camp, dans un entrepôt des douanes.

 

Georges Fleury, dans son ouvrage La guerre en Indochine, a raconté l’aventure de Fernand Cron : « A la nuit tombée, les Japonais font irruption dans le magasin. Ils obligent les prisonniers à se dénuder, même les femmes. Ils les entravent et les poussent à coups de crosse vers la route de Lang-Son.

 

Parvenus près de la mission japonaise, les prisonniers sont obligés de s’agenouiller au-dessus d’une fosse d’où s’évade la lourde puanteur des eaux sales de Dong Dang. Des porteurs de torches éclairent la scène. Des Japonais dégainent leurs sabres. Un ordre domine tous les bruits de la nuit. Les lames s’abattent dans des bruits mats. Des têtes tombent dans la fosse, toute de suite rejointes par des corps d’où jaillissent des flots de sang. Des bourreaux ont manqué leur coup. D’horribles plaintes montent de la tranchée. Les maladroits sautent dans le cloaque pour achever leurs victimes.

 

Un deuxième alignement de condamnés bascule dans le noir. Puis un troisième se met en place. Fernand Cron devance le coup de sabre d’une fraction de seconde. Il plonge sur le corps des suppliciés. La lame l’a entaillé de biais à hauteur des vertèbres cervicales. Derrière Cron, le soldat Bravaqui s’écroule en hurlant « Vive la France ! ». Comme il répète son cri de bravade, l’homme qui l’a sabré se laisse tomber sur lui pour terminer la besogne. Cron reçoit encore quelques corps mais contient à chaque choc ses cris de douleur.

 

Une fois le dernier condamné exécuté, les assassins descendent tous dans la fosse et lardent de coups de baïonnettes les corps emmêlés. Epargné, Fernand Cron décide de laisser passer du temps après le départ des brutes. Le sang de ses compagnons ruisselle sur lui. La large plaie de son cou irradie d’intolérable douleur chaque fois qu’il respire. Au bout de quelques temps, le miraculé s’enhardit à appeler un par un ses compagnons. Personne ne lui répond. Il est seul parmi le magma de chair, de boue et de sang dont il s’extirpe au prix d’efforts surhumains.

 

Le blessé à demi étêté rampe dans un boyau fétide, se redresse, tâte sou cou où il découvre une plaie large comme la main, reconnaît une piste menant à la montagne, rassemble ses dernières forces, prend sa tête à deux mains, la maintient bien droite et se lance à la course. Derrière lui, Dong Dang flambe. Cron court sans lâcher sa tête jusqu’à ce qu’il bute contre deux Tonkinois échappés du fort. L’un d’eux a le dos troué par deux coups de baïonnette. L’autre est indemne. Le trio parcourt encore cinq kilomètres et pénètre dans un village habité par des Thôs. Cron est à bout de forces. Ses bras mordus de crampes ne peuvent plus maintenir sa tête. Son menton tape sur sa poitrine étroite. Le tirailleur indemne s’aperçoit soudain de son état. Il pousse un cri d’horreur et s’enfuit à toutes jambes.

 

Fernand Cron perd conscience sitôt que des montagnards l’allongent sur un bat-flanc. Lorsqu’il émerge de sa torpeur douloureuse, il est lavé, vêtu à la tonkinoise, sou cou est pris dans une pâte brune. Les montagnards décident de le cacher dans une grotte avec son compagnon.

 

Quelques jours plus tard, alors que quelques défenseurs de Lang Son errent encore dans les montagnes calcaires proches de la frontière, le capitaine Michel, qui a échappé avec certains de ses hommes du 3e RTT, repère un paysan vietnamien. Il est tout petit, penché sur bâton de marche. Ce dernier suit les soldats français depuis quelques centaines de mètres. Sur leurs gardes, les hommes de Michel le laissent approcher. Le capitaine se rend compte qu’il est européen. Fernand Cron a les larmes aux yeux. Il parle difficilement et ne peut redresser sa tête penchée sur sa poitrine. Il se met à genoux devant Michel, place ses mains derrière son dos et, en articulant difficilement, répète à plusieurs reprises :

 

  • C’est comme ça qu’ils m’ont fait…

 

L’officier donne à boire au miraculé. Un infirmier fait bouillir de l’eau afin de débarrasser son horrible plaie de la crasse miraculeuse dont les Thôs l’ont ointe. Et la marche vers la Chine reprend ».

 

Bien plus tard, de retour en France, Fernand Cron reprendra son métier et terminera sa vie du côté de Cognac, où il était viticulteur.

 

 

 

 

 

Sources :

 

  • Encyclopédies Universalis, Larousse, Wikipédia.
  • Site de l’ANAI : Association Nationale des Anciens et des Amis de l’Indochine.
  • Bulletins de l’ANAI.
  • André Teulières, l’Indochine, guerre et paix, 1985.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Perrin, 2000.
  • Pierre Montagnon, La France coloniale, Pygmalion, 1990.
  • Jacques Dalloz, La guerre d’Indochine, Seuil, 1987.
  • Lucien Bodard, La guerre d’Indochine, Grasset, 1965.
  • Jean Sainteny, Indochine 1945-1947, Amiot-Dumont, 1953.

 

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Publié le 20 Avril 2016

Parachuté chez les "Japs" !

Il y a un an disparaissait notre ami Robert, dit « Bob » Maloubier. En juin 2015, le magazine TIM (Terre Info Magazine) avait publié dans son numéro 265 une interview de Bob Maloubier, racontant son aventure indochinoise. Il était alors l’un des derniers survivants des ces parachutistes qui avaient été envoyés en Indochine pour semer la zizanie dans les troupes japonaises.

Au service de Sa Majesté.

« Quand on est partis pour être largués sur le Laos, on nous a dit au briefing : « En arrivant au sol, vous trouverez peut-être des partisans pro-français et antijaponais qui s’appellent les Viêts quelque chose », confie Bob Maloubier, figure légendaire des Services spéciaux. « En fait, il s’agissait du Vietminh, les communistes vietnamiens, et ils n’étaient pas du tout pro-français. Quand on les a rencontrés la première fois, le 8 septembre 1945, ça a été notre fête ! ».

Bob Maloubier, comme quelques dizaines de jeunes officiers issus des forces spéciales ayant participé à la libération de la France, est envoyé dans le Sud-est asiatique pour combattre les Japonais qui occupent encore d’immenses territoires, dont l’Indochine française. Agé d’à peine 22 ans, il est capitaine et titulaire d’un palmarès exceptionnel. Parachuté comme saboteur en Normandie en août 1943, il opère clandestinement jusqu’en décembre quand il est grièvement blessé par balle. Exfiltré vers l’Angleterre, il revient en France dans la nuit du 6 au 7 juin 1944 pour encadrer les maquis limousins, harcelant les Allemands qui cherchent à rejoindre le front normand.

« On m’avait offert de me joindre à la Force 136 qui recrutait des agents pour des opérations contre les Japonais », continue M. Maloubier, plus tard fondateur des nageurs de combat français et un des créateurs du 11e bataillon de choc.

La Force 136 était la branche extrême-orientale du Special Operations Executive (SOE), le service action britannique qui coiffait toutes les nationalités qui allaient entreprendre des actions dans la région.

Force 136.

« C’était gigantesque : il y avait des Birmans, des Indiens, des Malais, des Chinois, des Anglais, des Sud-Africains et des Australiens. Beaucoup venaient des forces spéciales et avaient opéré en France, en particulier du SOE et des équipes franco-anglo-américaines Jedburgh. On a été récoltés comme les enfants perdus que nous étions pour continuer la guerre en Malaisie, en Chine, en Birmanie et en Indochine », poursuit M. Maloubier.

Les Français sont regroupés dans la French Indochina Country Section, le service action français pour l’Asie. Certains sont parachutés ailleurs qu’en Indochine, tel Pierre Boulle, planteur en Malaisie, qui plus tard écrira le roman Le pont sur la rivière Kwaï, basé sur ses expériences du combat en jungle. Les agents sont entraînés au Sri Lanka. « Nous étions des centaines d’agents et on parlait toutes les langues » s’amuse M. Maloubier. Le colonel Jean Sassi, alors sous-lieutenant, raconte dans ses mémoires (« Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes », Editions Nimrod) que les Français reçoivent la visite d’un compatriote haut-gradé venant d’Afrique et sans aucune expérience de l’Asie. Il leur déclare que « le Japonais est un petit homme aux jambes torses habillé en vert. Mauvais tireur, il raterait un éléphant dans un couloir ».

Les instructeurs britanniques, vétérans des campagnes de Birmanie, modèrent le jugement. « Surtout, évitez le corps-à-corps. A la baïonnette, le soldat nippon est insurpassable. Il ne s’avoue jamais vaincu et pousse le fanatisme jusqu’au sacrifice. Ne vous approchez pas d’un cadavre avant de l’avoir inspecté ; il a peut-être été piégé par ses collègues. Même méfiance vis-à-vis d’un blessé : il vous attend peut-être avec une grenade dégoupillée. Pour eux, la vie n’est rien ».

Bob Maloubier est parachuté avec une petite équipe au Laos le 15 août 1945. Il doit harceler les Japonais. Puis, quand le Japon se rend après les bombardements atomiques de son sol, il rejoint le Vietnam comme administrateur de province. « Mais on s’est fait flinguer par les Viêts avant d’arriver, alors on m’a dit, vous êtes dans une province laotienne donc c’est vous qui l’administrerez ».

Tenir le Laos.

« Et on a tenu le Laos et empêché les Viêts de s’y installer. Les Vietnamiens étaient 30 millions d’habitants et nous n’étions au départ que 60 Français et plus 2.000 partisans laotiens qui ne pouvaient pas sentir les Viêts. On faisait le coup de feu et on bougeait continuellement pour donner l’impression que nous étions beaucoup plus nombreux. Mais moi je n’avais que 120 partisans et les autres missions à peu près les mêmes effectifs » se souvient M. Maloubier. « Si on a survécu, c’est parce qu’il y avait des grands espaces et la brousse et que les Japs s’étaient tirés du Laos. Mais ils avaient quand même laissé à la frontière les forces Viêts ».

Les maquis franco-laotiens vont tenir jusqu’en avril 1946 quand ils seront relevés par des troupes régulières françaises arrivées de Saigon.

Bob Maloubier est décédé le 20 avril 2015, quelques semaines après avoir accordé cette interview. Les honneurs lui ont été rendus aux Invalides à Paris le 29 avril.

NDLR : si l’Armée française et la Direction Générale des Services Extérieurs de la France ont rendu à Bob Maloubier l’hommage qu’il méritait, il convient de signaler que Sa Majesté la reine Elisabeth II, de visite à Paris, lui a elle-même remis les insignes de l’Ordre de l’Empire britannique.

Sources :

Terre Info Magazine n°265 – Juin 2015 – Texte de Bernard EDINGER.

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Publié le 18 Janvier 2015

Ceux qui font la guerre, et ceux qui la remportent...

 

 

 

De « l’espion aux pieds palmés » au mercenaire en Afrique.

 

Novembre 2013 – Salons du gouverneur militaire de Paris : à l’invitation de Monsieur le général Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, nous nous rendons à l’après-midi du livre de l’association des Ecrivains-Combattants. Nous y rencontrons un personnage haut en couleurs et charismatique : Robert, dit Bob, Maloubier.

 

Né à Neuilly-sur-Seine en 1923, Robert Maloubier commence son expérience militaire en 1940, en s’enrôlant dans l’armée d’armistice, créée après l’effondrement de la France face à l’Allemagne hitlérienne. Attaché à l’armée de l’air, on l’envoie à Bizerte où sa mission consiste à surveiller la base aérienne. Deux années plus tard, alors que se profile le débarquement allié en Afrique du Nord, Maloubier, qui a passé sa jeunesse aux Etats-Unis et en a conservé une bonne pratique de la langue, est recruté comme espion par les services secrets britanniques. Après une formation commando et à la guérilla en Angleterre, il est parachuté en France pour organiser des missions de sabotage puis former des maquisards au maniement des armes, comme dans le Limousin mi-1944. A plusieurs reprises, il se sort miraculeusement de situations où d’aucun aurait abdiqué ou ne serait pas rentré vivant…

 

Général de Gaulle : « Capitaine Maloubier Robert, répondant à l’appel de la France en péril de mort, vous avez rallié les Forces Françaises Libres. Vous avez été de l’équipe volontaire des bons Compagnons qui ont maintenu notre pays dans la guerre et dans l’honneur. Vous avez été de ceux qui, au premier rang, lui ont permis de remporter la Victoire ! Au moment où le but est atteint, je tiens à vous remercier amicalement, simplement, au nom de la France ! »

 

Après la Seconde Guerre mondiale, il rejoint la Force 136 et reste plus d’une année en Indochine. De retour en France, il participe à la création des services secrets français puis des premières unités de nageurs de combat. Pendant près de quinze, il se donne corps et âme au service de la France. Mais il est dans ces métiers à hauts risques des amitiés qui sont parfois à réprouver, même si la République, sur le coup, s’en accommode très bien. Bob Maloubier entame alors une nouvelle carrière, en Afrique, au service de compagnies pétrolières comme la Shell puis Elf où il terminera sa carrière. En parallèle de ses activités, il ne rechigne pas à donner parfois des coups de mains à Jacques Foccart, le « Monsieur Afrique » sous les présidences du général de Gaulle et de Georges Pompidou.

 

Retiré des affaires, il se lance dans l’écriture et participe à de nombreux débats et émissions télévisées.

 

Bob Maloubier est chevalier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 39-45, médaillé de la Résistance, des Evadés, de la  coloniale agrafe « Extrême Orient », de la France Libre, des blessés militaires. En outre, il a reçu de nombreuses distinctions au Royaume-Uni ainsi qu’au Laos. En 2014, il a reçu des mains de Sa Majesté la reine Elisabeth l’ordre de l’Empire britannique.

 

La Force 136.

 

Revenons à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En Indochine, le Gouvernement de Vichy est en pleine déconfiture : le coup de force des Japonais a sapé ce qui restait de l’autorité de l’Etat français. Des places sont à prendre. Les communistes et les indépendantistes n’ont pas tardé à se manifester. De plus, faisant fi de l’autorité française, en 1942, l’état-major allié (dominé par les Américains) décide du partage du Vietnam en deux zones d’influence : au nord les Chinois de Tchang-Kai-Chek auront à désarmer les Japonais, quand les Anglais s’en occuperont au sud du 16e parallèle.

 

Il convient pour le Gouvernement provisoire de la République française et son chef, le général de Gaulle, de restaurer la France dans ses prérogatives. Pour se faire, il va utiliser plusieurs moyens : il faut d’un côté monter un corps expéditionnaire. Mais cela prend du temps, aussi bien pour l’équiper que pour l’acheminer. Deuxième axe : le 24 mars 1945 ; Il envoie trois représentants de Gouvernement provisoire de la République : Pierre Mesmer, Jean Sainteny et Paul Mus. Les deux premiers sont faits prisonnier. Ils réchapperont par miracle des Japonais et des communistes. Paul Mus réussit à se réfugier au Yunnan, en Chine.

 

Troisième élément : la Force 136. Il s’agit d’une unité des Opérations spéciales des Services secrets de Grande-Bretagne (Special Operations Executive). Créée en 1941, elle a pour but d’appliquer en Asie la tactique qui réussit en Europe : former des soldats d’élite qui encadreront des maquis locaux pour organiser la guérilla et les actions de sabotage contre l’ennemi japonais. Les soldats de la Force 136 permettent donc non seulement une reconnaissance des groupes de résistance, mais aussi servent de liaison avec les forces alliées (anglaises, françaises, américaines) pour recevoir les équipements, les armes et les munitions. Dès sa création la Force 136 est composée non seulement d’Anglais, mais aussi de nombreux étrangers. Parmi les Français, on compte le colonel Jean Sassi, qui sera l’un de ses meilleurs éléments, Pierre Boulle (qui plus tard écrira Le Pont sur la rivière Kwaï), Jean Deuve, Jean Le Morillon et bien entendu Bob Maloubier.

 

Jean Sassi : « La Force 136 a été montée en Angleterre, mais nous sommes rapidement partis pour Ceylan où des instructeurs nous ont formé à la survie et au combat dans la jungle. Très difficile de se battre dans la jungle : vous n’y voyez rien ! Nos instructeurs avaient combattu contre les Japonais en Birmanie et nous montraient des trucs indispensables. Même chose pour leurs homologues indiens, qui connaissaient tout de la faune et de la flore. Ils nous montraient comment grimper aux arbres les plus hauts. En brousse, si on veut observer et surveiller le terrain, il faut se hisser au-dessus de la canopée, sur les cimes ».

 

En Malaisie, la Force 136 se révèle redoutable à partir de 1943 : profitant de la chute de Singapour, des Chinois se fédèrent pour combattre les Japonais. Les Anglais envoient plus de 30 commandos pour infiltrer les groupes ennemis. Les équipes sont composées de militaires britanniques et d’agents chinois. Cette stratégie s’avère payante : en 1945, la défaite nippone doit beaucoup aux actions de groupes gérés par la Force 136. Elle se voit d’ailleurs décerner fin 1945 la Malayan Command Service and Burmese Medal. Mais l’année suivante, les commandos sont démobilisés.

 

En Indochine, la tactique est la même. Bob Maloubier est parachuté au Laos en 1945. Il doit rejoindre la résistance locale mais est rapidement blessé dans des échanges de tirs contre les Japonais. Jean Sassi : « Maloubier tirait depuis sa fenêtre. Il s’est retourné vers moi : « Je suis touché ». Sa chemise était ensanglantée. Mais il restait debout. Je me suis approché de lui, j’ai dégrafé sa chemise, touché la plaie, senti une protubérance : en fait, la balle avait dû ricocher avant de le toucher et avait été stoppée au niveau du sternum. Je la lui ai retirée avec les doigts. Quand il l’a vue, il s’est évanoui. Pas longtemps : Maloubier n’était pas une fillette. Il avait été laissé pour mort pendant le débarquement de Normandie et un projectile allemand se promenait toujours quelque part du côté de son cœur ».

 

Remis sur pied également grâce aux médecines locales, Bob Maloubier devient administrateur d’une province du Laos. Pour autant, les choses ne sont pas simples : au Laos, la Force 136 doit s’organiser pour combattre les Japonais, mais aussi les maquis communistes du Vietminh qui ont profité de l’offensive japonaise de mars 1945 pour récupérer les armes prises aux soldats français. Parfois, ils sont même aidés de commandos américains, à l’époque premiers supporters du Vietminh ! En fait, la Force 136 permet d’éviter le pire et d’attendre l’arrivée des premiers régiments du Contingent Français en Extrême-Orient. Ils débarquent à Saigon en septembre 1945. La reprise de l’Indochine française par une force armée digne de ce nom peut alors commencer.

 

Quand Bob Maloubier revient en métropole, il est convoqué par « Morlane », chef du Service Action dans les Services secrets français. L’entretien se déroule au siège de l’organisation :

 

-       Dis donc Maloubier, t’en as mis du temps pour rentrer !

-  Désolé commandant. J’avais des petits problèmes à régler. Des séquelles d’une balle japonaise par-ci, un paludisme à traiter par-là, des bises aux miens qui ne m’ont pas beaucoup vu en quatre ans…

-       C’est çà ! Et une douzaine de petites amies à réconforter…

 

 

 

Sources :

 

Encyclopédies Larousse, Universalis, Wikipedia.

Portrait de Bob Maloubier dans la revue Octopus, n°7 Avril-juin 2011.

Bob Maloubier, L’espion aux pieds palmés, Rocher, 2013.

Colonel Jean Sassi, Opérations spéciales, 20 ans de guerres secrètes, Nimrod, 2009.

Remerciements spéciaux et amicaux à Jean de Saint-Victor de Saint-Blancard.

 

 

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Publié le 6 Septembre 2014

 

Francis Cote Clamart.jpg

 

 

Sidi-Brahim.

 Francis Cotté est né en 1927 à Paris. Durant la période 1943-1944, il fait secrètement sa préparation militaire à la Sidi-Brahim, camouflée sous le terme de Société de Gymnastique. Ce nom va marquer sa jeunesse : quelques mois plus tard, il intègre le 8e bataillon de chasseurs à pied qui vient d’être recréé sur décision du général de Gaulle. Et ce bataillon a pour origine l’Algérie et plus particulièrement la ville de Sidi-Brahim ! L’unité rejoint l’armée américaine du général Patton et contribue à la libération de l’Alsace et de l’Allemagne.

 Mais Francis Cotté vit ces combats de loin : compte tenu de son jeune âge, il est affecté à l’Ecole de Rouffach pour y devenir chef de section. Le commandement lui propose d’entrer dans le corps des officiers, mais il refuse, préférant, en tant que sous-officier, participer au bataillon de choc dirigé par le commandant Gambiez. Il lui faut de l’action ! Il va être servi : durant les mois qui suivent, à partir de février 1945, il est demandé au bataillon de vider la Forêt noire de groupuscules allemands.

 

 

Au 11e Choc.

 Direction Perpignan où Francis Cotté rejoint le 11e Choc, dirigé par le capitaine Paul Aussaresses. Pour l’anecdote, le nom de l’unité vient de son numéro de téléphone : pour l’obtenir il suffisait de demander « le 11 à Mont-Louis » dans les Pyrénées ! L’entraînement est intense : les hommes doivent s’aguerrir en quelques mois afin d’être de parfaits commandos, dans l’esprit du Special Operations Executive (SOE) britannique, qui est une branche de ses services secrets. Les formations aux opérations de sabotage et subversives, comme celle d’encadrement de forces locales, sont primordiales. Jean Sassi, grand militaire, qui fut commando en Indochine, disait souvent que cette unité fut à l’origine des Bérets verts américains.

 Sous les ordres des lieutenants Duprat et Rivoal, Francis Cotté apprend le maniement de différentes armes et techniques. Il est ensuite envoyé à Pau pour passer son brevet de parachutiste. Retour à Mont-Louis pour quelques semaines seulement : le 11e Choc est envoyé en Indochine. A l’occasion d’une interview en 2008, pour le livre de Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l’école française (Ed. La Découverte), le capitaine Paul Aussaresses livra sa pensée : « je demandais aux hommes de mener ce qu’on appelait alors la guerre psychologique, partout où c’était nécessaire, et notamment en Indochine. Je préparais mes hommes à des opérations clandestines, aéroportées ou non, qui pouvaient être le plasticage de bâtiments, des actions de sabotage ou l’élimination d’ennemis… ».

 En Indochine, Francis Cotté connaîtra plusieurs affectations dont la plus longue sera au 10e bataillon de chasseurs à pied parachutistes. Ses supérieurs lui ordonneront d’être moniteur à Bag Mel au pool d’entraînement de tous les bataillons parachutistes. Puis il est affecté aux largages de munitions et d’équipements à bord de quadrimoteurs Halifax du Groupe Guyenne (actifs depuis la Seconde Guerre mondiale).

 

Retour en France.

 A son retour, Francis Cotté est promu au grade d’adjudant et devient instructeur au 11e Choc. En 1956, il assure l’instruction des parachutistes prémilitaires avec de nombreux sauts à Persan-Beaumont, Mitry-Mory, Evreux. Il se fait une spécialité du saut depuis les Nord-Atlas. A cette époque, il a pour camarade instructeur le sergent-chef Egarteler qui est le moniteur d’un certain François-Xavier Philipp. Des années plus tard, ce dernier deviendra président du Souvenir Français de Clamart et Francis un membre actif !

 Dans le même temps, Francis Cotté devient parachutiste au Centre d’Essai en Vol de Cazaux où il teste les sièges éjectables des Vautours de l’armée de l’air. Au total, il effectue pas moins de 11 sauts éjectables avec ouverture de l’éjecteur du siège, « dégrafage » et saut à partir du siège à seulement 800 mètres. A cet exercice, les accidents mortels furent nombreux…

 En 1960, après 551 sauts, il prend sa retraite militaire et entame une nouvelle carrière, civile cette fois, en tant que visiteur médical. Vingt-sept années plus tard, il prend sa retraite civile. Son ancien chef de corps, le général Gambiez est alors à la tête de la Commission Nationale d’Histoire Militaire. Il l’appelle en 1987 et le fait entrer au Service Historique des Armées du fort de Vincennes, où bénévolement il donne ses avis.

 

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Publié le 8 Juillet 2014

Bao Dai et de Lattre Armee Vietnam

Le chef de l’Etat du Vietnam, Bao Daï et le général de Lattre parlent de la mise en place d’une armée du Vietnam. (copyright ECPAD).

 

Les Supplétifs.

 Etymologiquement, le terme « supplétif » vient de suppléer, à savoir « qui complète ». En matière militaire, c’est vrai de toutes les guerres quand elles sont faites à l’extérieur d’un pays. Et le meilleur exemple est bien celui des colonies : comment conquérir un pays dont vous ne connaissez ni la langue, ni les croyances et encore moins le mode de vie ? Les batailles gagnées par la seule force ne sont pas des conquêtes de long terme. Aussi, dès le 19ème siècle, la France s’est-elle penchée vers les habitants de ces territoires afin de former des unités locales.

 Ce qui était vrai en Afrique allait l’être aussi en Asie. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans le but de bouter hors d’Indochine les troupes étrangères, le général Leclerc fait appel à la population pour combattre le Vietminh communiste.

 En 1950, cinq années après le début de la guerre, plus de 40.000 hommes composent les effectifs des forces supplétives : ils sont intégrés dans des CSM (Compagnies de Supplétifs Militaires) des unités du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) comme les bataillons de parachutistes, la Légion étrangère (CIPLE – Compagnie Indochinoise de la Légion Etrangère), les unités classiques de la Coloniale et d’autres unités dont les noms sont évocateurs : bataillons de marche d’Extrême-Orient, bataillons de marche indochinois, régiments de tirailleurs tonkinois, le bataillon annamite, le bataillon des forces côtières du Tonkin, les bataillons muongs, les bataillons thaïs, les bataillons de chasseurs laotiens, le régiment mixte du Cambodge.

 En juillet 1951, le général de Lattre veut aller encore plus loin. Son but consiste à créer une armée vietnamienne, digne de ce nom, pour maximiser la lutte. A l’occasion d’un discours à Saigon, le général indique : « Si vous êtes communistes rejoignez le Vietminh : il y a là des individus qui se battent bien pour une mauvaise cause. Mais si vous êtes des patriotes, combattez pour votre patrie car cette guerre est la vôtre ».

 

A la Mission vietnamienne à Paris.

 1987. Jean-Michel Fouquet est bénévole comme professeur de français à la Mission vietnamienne de Paris. Il œuvre pour l’intégration des réfugiés du Vietnam. On les appelle « Boat People » car ils ont fui par ce moyen le régime communiste mis en place dans la totalité du pays après la chute de Saigon en 1975.

 Jean-Michel, qui plus tard deviendra vice-président du Comité du Souvenir Français de Puteaux, enseigne donc la langue de Molière. Il fait la connaissance de Than Thi My Dung puis l’épouse. La nouvelle Madame Fouquet lui présente son père. Il s’agit du colonel Than Van Han, réfugié politique. En 1975, le colonel quitte précipitamment le Vietnam. Fiché par les communistes, il n’a eu que quelques instants pour partir. Il emmène avec lui ses plus jeunes enfants. Dix années plus tard, durée du délai légal au Vietnam, sa femme et les enfants les plus âgés réussiront à venir le rejoindre en France, et auront également droit au statut de réfugiés politiques.

 

Combats en Indochine.

 Dès les premiers combats en Indochine, le jeune Than Van Han s’engage dans les forces supplétives. En 1949, alors sergent à la 161e compagnie de supplétifs militaires, il est cité à l’ordre du régiment pour faits d’armes, par le général de division Alessandri, commandant les Forces Terrestres du Viet-Nam Nord et la Zone Opérationnelle du Tonkin : « Chef de section de partisans d’un courage et d’un calme exemplaires. Le 14 octobre 1949 à Bi-Noi (Tonkin), le 5 novembre 1949 à Ya-nam, le 15 novembre 1949 à Khang-Giang (Tonkin), encerclé par des rebelles supérieurs en nombre, a réussi en contre-attaquant brillamment à leur infliger des pertes sévères, tant en matériel qu’en nombre. Le 22 octobre 1949, a été l’âme de la défense du village rallié de Mo-Tho durement attaqué par de forts éléments rebelles. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile de bronze ».

 L’année suivante, alors passé adjudant, Than Van Han s’illustre à nouveau. Le général d’armée de Lattre de Tassigny, Haut-Commissaire de France en Indochine, le fait citer à l’ordre de la division : « Chef de section de supplétifs d’un courage et d’un sang-froid admirables. A pris une part prépondérante aux coups de main de mars et d’avril 1950 aux environs de Mo-Tho (Tonkin), en détruisant 7 Vietminh, récupérant deux fusils et un pistolet automatique. Les 20 et 23 mai 1950, près de Bi-Moi (Tonkin), étant en embuscade, a tué trois rebelles et pris deux fusils, dix-sept mines et obus piégés. Vient à nouveau de se distinguer en novembre 1950, où, à la tête de ses supplétifs il a tué trois rebelles au cours d’embuscades de nuit, contribuant ainsi à faire cesser la dure pression exercée sur le village rallié de Ngia-Thuong. Par ses brillantes qualités guerrières, fait constamment l’admiration de tous. Ces citations comportent l’attribution de la croix de guerre des théâtres d’opérations extérieurs avec étoile d’argent ».

 Après 1951, Than Van Han rejoint l’Armée nationale vietnamienne, dans le cadre des accords passés entre le général de Lattre et Bao-Daï, chef de l’Etat du Vietnam. Il y restera en dépit du départ des troupes françaises, après la chute du camp retranché de Dien Bien Phu en 1954. Il continuera sa carrière militaire jusqu’au grade de colonel.

 Than Van Han n’est jamais retourné au Vietnam. Il est mort sur sa terre d’exil en 2005.

 

 

 

Sources :

 

  • Archives familiales Jean-Michel Fouquet, vice-président du Souvenir Français de Puteaux.
  • Patrice Gélinet, émission de France Inter 2000 ans d’Histoire : Indochine 1945-1954, histoire d’une guerre oubliée.
  • Général Bigeard, Ma vie pour la France, Ed. du Rocher, 2010.
  • Lieutenant-colonel Jean-Vincent Berte, Indochine : les supplétifs militaires et les maquis autochtones, Collège Interarmées de Défense.
  • Georges Fleury, La guerre en Indochine, Tempus, Perrin, 2003 et Nous, les combattants d’Indochine, Bourin Editeur, 2011.
  • Alexandre Le Merre, Lieutenant en pays Thai, Indo Editions, 2008.
  • Michel Bodin, Dictionnaire de la guerre d’Indochine, 1945-1954, Economica, 2004.
  • Gérard Brett, Les supplétifs en Indochine, L’Harmattan, 1996.
  • Site de l’association des Anciens combattants et des Amis de l’Indochine : www.anai-asso.org (dont article écrit par le colonel Maurice Rives).
  • Francis Agostini, les Unités Thaïes dans la bataille de Diên Biên Phù.

 

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Publié le 26 Mars 2014

 

Borderie Pierre

 

Dans la famille de Pierre Borderie, membre du Comité de Clamart du Souvenir Français, l’engagement n’est pas un vain mot. En 1940, après la débâcle de l’armée française, ses parents entrent en résistance. Profondément patriotes et dynamiques, ils font parties des première équipes opérationnelles contre l’envahisseur.

 

Deux années plus tard, alors que le jeune Pierre a tout juste 15 ans, son père est arrêté par la police nazie, enfermé en prison puis déporté en 1943 à Buchenwald. Année funeste : sa mère est à son tour arrêtée et déportée dans le même camp de concentration. Voilà Pierre Borderie orphelin d’une famille glorieuse, dans un pays vaincu.

 

Son oncle voit qu'il y a urgence à trouver une activité stabilisante à cet adolescent puissant et rêveur à la fois. Organisateur de parachutages dans le Périgord, il fournit à Pierre de faux papiers et lui permet de rentrer dans la Résistance, au commando Austin-Conte, bataillon Bertrand, pendant six mois de juin à novembre 1944. Là, il y fait un apprentissage pratique sur le terrain lors de sabotages sur l'axe Bordeaux-Toulouse et il se fait remarquer par son courage et son sang-froid. Blessé, alors que son groupe attaque un convoi allemand de la division mongole, Pierre Borderie est d'abord soigné clandestinement, puis séjourne à l'hôpital de Sainte-Foix-la-Grande, en Gironde, avant de rejoindre son groupe à Bordeaux. Il veut être incorporé dans l'armée régulière qui est en train de se réorganiser. Hélas, 17 ans, c'est trop jeune ! Bon pour le service dans la Résistance, mais écarté administrativement de l'armée nationale : Pierre est moralement cassé par ce refus.

 

Il va lutter pendant deux ans, en 1945 et 1946, contre le règlement scolaire très rétro d'une formation professionnelle en dessin industriel. Puis pendant deux autres années, 1947 et 1948, il est inscrit en faculté de médecine. Mais, ce qui l'attire, ce sont les blagues de carabin et les caves de Saint-Germain-des-Prés, où il fréquente les zazous, les groupes de jazz, ou des artistes comme Juliette Gréco. Finalement, le "potache farceur" est exclu de la Fac. Va-t-il gâcher le reste de sa vie ?

 

Par un réflexe salvateur, les souvenirs de ce qu'il a vécu comme combattant précoce vont balayer les amusements superficiels. Il se présente au bureau de Vincennes et il signe pour six ans dans la Légion Étrangère (pour ce faire, on lui attribue une nationalité suisse). La Légion est maintenant sa famille, il y trouvera l'encadrement nécessaire à l'épanouissement de ses qualités.

 

Dès lors, sans le savoir, il a rendez-vous avec l'Indochine.

 

Pierre Borderie, nouveau légionnaire, est dirigé d'abord sur Philippeville et Sétif en Algérie, au 1er bataillon étranger de parachutistes (1er BEP). En six mois il est breveté "para". Départ pour l’Indochine à bord du Pasteur qui l’emmène en trois semaines à Saigon. Après quelques jours passés dans la capitale de la Cochinchine, il embarque sur la Rafale et en une semaine rejoint le grand port du Tonkin : Haiphong pour intégrer le 2ème BEP.

 

L'affectation qu'il reçoit est, pour lui, une déception. Il est bien au 2e BEP., mais il est détaché à un stage d'infirmier qui a lieu à l'état-major installé à Dalat, au tiers sud de l'Annam (les cours de médecine ont tout de même servi !). Il se sent frustré de ne pas être sur le champ de bataille, soit pour combattre, soit pour soigner.

 

À sa demande, il part en opérations le plus souvent possible : Tonkin, Centre-Annam, Laos en 1949 où il est blessé, Cochinchine. Un jour où sa compagnie est obligée de reculer devant une division Viet, il ramène un blessé sur ses épaules, malgré les ordres de son commandant de compagnie et il présente sa section au complet. Cet acte de bravoure lui vaut "8 pains" (jours de prison) pour désobéissance, mais aussi un grade de caporal-chef.

 

Début 1949, chez le grand voisin chinois, les troupes communistes entrent à Pékin. Parallèlement, six mois après, l'empereur Bao Dai débarque à Saigon et y installe le gouvernement nationaliste vietnamien. C’est là l’élément le plus probant des accords signés au palais de l’Elysée entre la France et sa colonie : le Vietnam est maintenant indépendant dans le cadre de l’Union indochinoise. Au début du mois d’octobre 1949, le CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) subit les attaques du Vietminh en pays thaï puis dans le nord du Tonkin. Un convoi est assailli sur la route entre Cao Bang et Lang Son : on dénombre 28 tués, 44 disparus et 37 blessés.

 

L’année suivante, ce n’est plus une attaque que le CEFEO doit subir mais une vaste offensive : elle y perd toute la zone nord du Tonkin, celle de la frontière avec la Chine. Ayant terminé son stage d’infirmier, Pierre Borderie est de tous les coups. Blessé à deux reprises, il n’en continue pas moins à œuvrer pour soigner les camarades qui tombent autour de lui.

 

Novembre 1953 : le 1er BEP, auquel il est à nouveau attaché, est envoyé sur une zone dans l’extrême ouest du Vietnam, près du Laos. Son nom restera gravé dans les mémoires : Diên Biên Phù. Les soldats commencent à fortifier le camp. L’état-major a demandé à la section à laquelle appartient Pierre de se rendre sur le piton Isabelle. Notre infirmier entend le général Gilles, commandant les paras, murmurer, en voyant la cuvette de Diên-Biên-Phu : « c'est un piège à c.... ».

 

Dans les derniers jours de Diên-Biên-Phu, Pierre est de nouveau blessé par une rafale de mitraillette, comme il le dit avec humour : « du bas du mollet droit à l’épaule droite : 6 trous ». Il tente néanmoins de continuer à soigner ses blessés. Mais au bout d’un certain temps il s’évanouit et ne se réveillera qu'à l’hôpital Dominique-Larrey de Versailles. Il a été évacué dans les derniers. Il n'en garde aucun souvenir.

 

Il finit son temps militaire en 1955 et sa vie professionnelle en 1990. « Je n’ai pas vécu la guerre boum-boum, celle des consoles où grouillent les robots de nos petits-enfants. C'est celle du sang que l'on verse et des larmes que l'on retient » ajoute-t-il.

 

Pierre Borderie est titulaire de nombreuses décorations dont la Médaille Militaire, la Croix de Guerre TOE avec 2 clous et une palme, la Croix du Combattant Volontaire, la Médaille des Blessés avec 4 étoiles.

 

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Publié le 8 Mars 2014

 

Viaduc baica et pont Bailey

 

Viaduc de Baïca en Indochine. La pile centrale ayant été détruite, lancement du pont Bailey (copyright ECPAD).

 

« Militaire de carrière, j’ai servi en Indochine en qualité de lieutenant de septembre 1951 à janvier 1954 au 71ème bataillon du génie, basé à Saigon.

 

J’ai d’abord rempli les fonctions de chef de section, puis de commandant en second de la compagnie 71/1, placée dans les faubourgs nord de Saigon, près du pont de Binh Loi. Au cours de cette période, j’ai notamment construit 1.200 mètres de ponts à charpentes sur pieux de bois ou en fer, ponts Bailey, ponts flottants.

 

Le 22 octobre 1952, je prenais le commandement de la compagnie 71/2 à Vinh Long, en remplacement de son capitaine, assassiné par les Hoa-Hao, secte caodaïste qui l’avait attiré à un déjeuner. Au cours de mon séjour en Cochinchine, j’ai connu une vie passionnante, pleine d’expériences dont deux faits d’armes qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire et dont voici le résumé.

 

Au printemps 1952, j’accompagne mon capitaine, dont j’étais l’adjoint, à une convocation sur le pont de Ben Luc qui vient de faire l’objet d’une destruction de la part du Vietminh. Cet ouvrage, un magnifique pont Eiffel de type routier – voie ferrée, franchit la rivière Vam Co Dong, parallèle au Mékong, à mi-distance de Saigon et de My Tho, au sud. Arrivés sur place, nous rejoignons une quarantaine de civils et de militaires, dont le général commandant le sud-vietnam et le ministre des Transports vietnamien. Les Viets ont détruit à l’explosif la première pile du pont côté rive droite, ce qui a entraîné l’effondrement de deux travées. La 2ème pile n’est pas détruite, mais les explosifs sont en place et une fumée s’échappe d’un pilier. Tout peut exploser d’un moment à l’autre, ce qui serait une véritable catastrophe. Or, personne ne bouge !

 

Je me précipite vers le général pour lui conseiller au plus vite de neutraliser la situation. M’ayant répondu qu’il ne peut envoyer personne à la mort, je lui fais savoir que je suis volontaire pour tenter de régler le problème sous réserve que quelqu’un m’accompagne.

 

Un adjudant de l’Etat-major du 71ème bataillon du génie se portant à son tour volontaire, nous nous dirigeons vers un canot de notre arme, amarré à la rive et nous prenons la direction de la pile, objet de tous les regards. Nous y voilà. Il s’agit de couper tous les cordons détonants qui relient les charges explosives et je neutralise le dispositif de mise à feu. Nous jetons les explosifs dans la rivière et nous rejoignons la rive. Entre temps, le général et ses accompagnateurs ont quitté les lieux et se sont regroupés de l’autre côté du pont dans une ferme bordant la rivière, pour discuter de la suite à donner à cette affaire. Nous les rejoignons. Je remets au général le dispositif de mise à feu, que j’ai ramené avec moi. Il me demande de le déposer sur un meuble et reprend la discussion.

 

Quelques secondes plus tard, le dispositif de mise à feu explose, ce qui laisse pantois les personnes présentes. En effet, si nous n’étions pas intervenus sur la deuxième pile, celle-ci serait maintenant détruite. Le général et le ministre vietnamien nous félicitent chaleureusement.

 

Cette action me vaudra, quelques jours plus tard, l’attribution de l’Ordre national du Vietnam et la Croix de guerre vietnamienne avec palme. Du côté français, je suis cité à l’ordre de l’armée avec attribution de la Croix de guerre avec palme.

 

L’adjudant qui m’accompagne est également décoré.

 

A la suite de ces événements, je suis désigné pour prendre le commandement des opérations de construction d’un pont flottant juste en amont du pont Eiffel. Ma compagnie 71/2, renforcée d’une section du génie de la Légion étrangère, est chargée des travaux. Le pont flottant, de type Bailey (pont préfabriqué portatif), doit reposer sur des petites péniches commandées au Canada. Dans l’attente de ces embarcations, le trafic routier est assuré par des portières, ou bacs flottants, dont je dois assurer la construction et l’utilisation.

 

Quant à la remise en état du pont Eiffel, elle est confiée à un régiment du génie, à l’époque en garnison à Versailles, et spécialiste de ce type de matériel. Les travaux durent près de six mois, durant lesquels le pont Bailey flottant remplit sa mission sans problèmes.

 

La second fait d’armes est le suivant : la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère (DBLE) était chargée de la défense du sud du Vietnam, au nord de Saigon. Son Etat-major était cantonné à Dautieng, complexe Michelin situé sur la rivière de Saigon à quelques 70 kilomètres de cette ville, au centre d’une plantation d’hévéas dont on tire le latex, matière première du caoutchouc. La zone tenue par la DBLE comprenait la région « D » de Cuchi, située au nord-ouest de Saigon, et équipée d’un réseau de souterrains dont les Viets ne pourront jamais être délogés. Durant mon séjour à la compagnie 71/1, j’étais le sapeur toujours réclamé par la légion pour régler les problèmes de travaux du génie, notamment dans la région de Tay Ninh où j’ai réalisé au cours de mon séjour un quinzaine de ponts.

 

Début 1953, la DBLE ayant décidé d’installer un poste à une quinzaine de kilomètres au sud de Dautieng, sur la rivière de Saigon, réclame et obtient mon intervention auprès de l’Etat-major de Saigon. Toute ma compagnie, avec son matériel lourd, s’installe sur place et entreprend la construction du poste. Logé à Dautieng, je rejoins mon unité tous les matins dans un scout-car blindé, équipé d’une mitrailleuse de 12,7 mm et piloté par un de mes sous-officiers, le sergent Pierre Roussel. Nous accompagnons l’ouverture de route, chargée de détecter les mines et les embuscades.

 

Le 27 avril 1953, ayant été convoqué à l’Etat-major de la Légion, nous ne pouvons partir avec l’ouverture que nous rejoignons dès que possible. Sur le point de la retrouver, nous tombons dans une embuscade tendue par les Viets. Une roquette atteint la portière gauche du blindé, côté chauffeur. Roussel, criblé d’éclats, perd le contrôle du véhicule, en flammes, qui quitte la route pour s’enfoncer dans la jungle jusqu’à une termitière qui le bloque.

 

Bien que grièvement blessé, je m’extrais du scout-car et je me traine jusqu’à la route pour appeler à l’aide les légionnaires qui ripostent aux Viets. Les mêmes légionnaires parviennent à extraire Roussel qui, outre ses graves blessures, est brûlé sur le côté gauche. Les ennemis ayant été repoussés, nous sommes évacués à Dautieng et soignés par le médecin de la Légion. Nous sommes ensuite évacués sur Saigon par un avion sanitaire, sur deux civières accrochées sous les ailes. Au-dessus de la fameuse zone « D », l’avion est pris pour cible par des tirs provenant d’un réseau de tranchées. L’avion y échappe en prenant de l’altitude.

 

A l’aéroport de Saigon, nous sommes transportés en ambulance à l’hôpital Grall, spécialisé pour les blessés du crâne. Le sergent Roussel, atteint aussi de 27 perforations aux intestins, décède dans la nuit. Je suis, quant à moi, opéré du crâne dès le lendemain. Un gros éclat est prélevé. Une semaine plus tard, on me tirera un autre éclat du coude gauche, évitant par miracle l’amputation prévue initialement.

 

Après une convalescence à Dalat, je retourne à Vinh Long afin de reprendre le commandement de la Cie 71/1 qui vient de rentrer après avoir achevé la construction du poste dont elle était chargée. Ces incidents me vaudront une nouvelle citation à l’ordre de l’armée et une Croix de guerre avec palme. En 1954, après mon retour en métropole, je serai décoré de la Légion d’Honneur.

 

Quant au sergent Roussel, il a été inhumé à Saigon. Une quarantaine d’années plus tard, le ministre des Anciens combattants fera ramener en France, les dépouilles de 25.000 soldats français de tous grades et de toutes origines, dont celle de Roussel. Les containers renfermant les restes mortels seront regroupés au cimetière de Fréjus.

 

J’ai pu m’y rendre et me recueillir sur la tombe de mon sous-officier ».

 

Colonel Jules Wanschoor.

 

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