La libération de Nanterre par Vincent Pascucci.
Publié le 3 Octobre 2026
Voici un extrait du discours de Vincent Pascucci, président d’honneur ANACR Nanterre pour la commémoration du 72e anniversaire de la Libération de Nanterre (2016).
« Pour le 14 juillet 1944, les responsables FTPF de la 7e région des communes du Nord du département de la Seine décident de l’organisation d’une manifestation. Nous avons rendez-vous au croisement de la rue du Mont Valérien et du boulevard Richard Wallace à Puteaux. Il fait un temps magnifique. A 11h pile, coup de sifflet, tout le monde se rassemble, les jeunes filles en tête de cortège avec les drapeaux tricolores, la Marseillaise retentit. Sur son parcours, le cortège se renforce avec des passants.
Les FTP de Nanterre sont chargés de la sécurité du cortège et restent à la fin de celui-ci.
La manifestation arrive devant l’Hôtel de Ville de Puteaux. Des soldats allemands avertis arrivent de la caserne proche en avant du cortège, les policiers du commissariat de Puteaux par l’arrière. L’ordre de dissolution est donné. Cela va très vite, il ne reste alors que notre groupe face à la police. Un seul de nos camarades sera arrêté. Nous nous échapperons par le jardin de la gendarmerie grâce aux gendarmes.
Cette démonstration de la force de la Résistance restera longtemps dans les mémoires et permettra à de nombreux habitants de rejoindre les résistants au moment de la Libération en août.
Des actions comme celle-ci, il y en a eu plusieurs en Région parisienne avec parfois des combats violents avec les armées d’occupation ou avec la police française.
Ce fut un des éléments qui permit au colonel Rol-Tanguy de lancer le mot d’ordre d’insurrection, le 19 août 1944 qui conduira à la Libération de Paris.
Le 10 août 1944, grève des cheminots au centre de triage de Vitry, à la suite d’une série d’arrestation de cheminots par les nazis. Raymond Barbet est l’un des organisateurs de cette grève qui va faire boule de neige et qui va se poursuivre avec celle du métro, des bus puis de la police et enfin d’un grand nombre d’usines de la Région Parisienne.
La Libération de Paris est en marche. Sur les barricades, les parisiens combattent les nazis. Les forces de la Résistance s’emparent de nombreux bâtiments administratifs. L’arrivée de la division Leclerc amène les nazis à prendre conscience de la situation ce qui conduira à la reddition sans condition des forces d’occupation le 25 août 1944.
A Nanterre, le 20 août 1944, les pompiers ont hissé le drapeau français au faite de leur caserne, (où est maintenant l’Agora), avant de la quitter.
Les Allemands qui sont aux abois, mettent le feu aux installations du camp de la Folie et tirent sur tout ce qui bouge. C’est ainsi qu’ils tueront l’agent de police Noël Pons qui se rendait à son travail au commissariat de Nanterre.
Ce même jour se tient une réunion dans la pièce du fond du café chez Gaston, place du Martray, (maintenant place Gabriel Péri).
René Meunier, le père, responsable du comité de Libération de Nanterre, nous annonce à Louis Meunier et à moi-même, tous deux responsables des FTPF, que le maire collabo et ses adjoints ont été arrêtés et que le lendemain, à la mairie, sera installé le Comité de Libération.
Il me dit : « Toi Vincent, tu prends 3 gars aguerris et armés et demain matin, vous avez rendez-vous avec Raymond Barbet à 9h30 au Pont de Neuilly. Vous devez assurer sa sécurité jusqu’à Nanterre pour qu’il participe à la réunion du comité de Libération ». Les consignes sont données à chacun et la réunion terminée, nous partons chacun de notre côté assurer nos missions.
René Meunier et son fils seront arrêtés par les nazis sur le chemin du retour. Ils sont amenés à la caserne des pompiers. Louis Meunier est fouillé, on trouve sur lui son révolver et son brassard FTP-FFI.
L’officier lui commande de monter décrocher le drapeau tricolore. Il refuse. L’officier le menace alors de son arme. Pour calmer le jeu, René Meunier propose de monter lui-même décrocher le drapeau. Pendant qu’il monte à l’échelle, Louis est ramené à l’intérieur de la caserne où il est abattu par une rafale de mitraillette.
René est emmené au fort du Mont Valérien d’où il sera relâché avec d’autres prisonniers dans le cadre d‘un échange négocié par le Consul de Suède.
Le 21 août, en arrivant à la Mairie avec Raymond Barbet, où s’installe le comité de Libération, nous apprenons la mort de Louis. Raymond Barbet reprend sa place de maire.
Avec l’ensemble du groupe de FTP de Nanterre, nous jurons de venger Louis Meunier.
La prise du Mont Valérien n’aura lieu que le 26 août, les nazis refusant de se livrer à la Résistance qui cerne le fort et ne voulant se rendre qu’à l’armée régulière.
Quand nous rentrerons dans le fort du Mont Valérien, nous rendrons hommage dans la clairière aux 2000 fusillés de la Résistance dont plus de 1500 au Mont valérien.
Notre groupe de Nanterre s’organise alors dans le bataillon Hoche et me nomme Lieutenant de la section militaire « Louis Meunier » que je vais donc avoir l’honneur de commander. Notre section sera intégrée aux commandos d’Afrique de la 1ère armée française qui a débarqué à Marseille.
Quant à mon camarade Jean Guily avec neuf camarades volontaires il participera à la Libération de la Lorraine avec la brigade « Fabien » du 151e régiment d’infanterie. Le jeune Malheurty de Nanterre, sera blessé pendant cette campagne et mourra de ses blessures à l’hôpital militaire.
Je ne peux terminer ce bref rappel de l’histoire de notre ville de 1940 à 1945 sans rendre hommage aux familles nanterriennes qui ont été déportées dans les camps de la mort parce que juives, sans rendre hommage à nos camarades fusillés ou morts en déportation.
Gloire à vous mes camarades, mes frères de combat qui au-delà de vos origines, de vos croyances, avez lutté pour que vive libre la France, la France du Front populaire, la France des droits de l’Homme, pour un monde meilleur fait de solidarité, contre les idées nauséabondes du nazisme, de l’exclusion, de la collaboration.
Vous avez choisi de vous battre au péril de votre vie. Camarades, je vous salue.
Vive la France ! »
NB : Vincent Pascucci s’est éteint en mars 2017 à l’âge de 94 ans.
Sources :
- Archives de la Délégation du Souvenir Français des Hauts-de-Seine.
- Site Mémorial GenWeb.
- Site de la section de Nanterre du parti communiste français.
- Encyclopédies Larousse et Wikipédia.
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