temoignages-portraits - algerie

Publié le 16 Mars 2012

La Vigie Marocaine

 

La Vigie Marocaine – Edition du 1er juin 1954 (copyright Journaux-Collection.com)

 

 

Ce n’est qu’en 1999 que la France arrête officiellement de se cacher derrière les mots pour parler de son histoire récente avec l’Afrique du Nord. Depuis longtemps pourtant les gens de la rue, la presse, parlent couramment de la guerre d’Algérie quand l’Etat n’y voit que des « évènements ».

 

La loi n°99-882 du 18 octobre 1999 permet de remplacer dans tous les documents officiels l'expression « aux opérations effectuées en Afrique du Nord » par les mots « à la guerre d'Algérie ou aux combats en Tunisie et au Maroc », mettant ainsi en cohérence le langage officiel et le langage courant. Ce changement est d’importance car il fait explicitement mention des combats en Tunisie et au Maroc, qui sont bien moins présents dans nos mémoires que ceux de la guerre d’Algérie : l’Algérie était un département français, le Maroc et la Tunisie seulement des protectorats. La France ne pouvait pas se faire la guerre à elle-même.

 

Le soldat Jacques Pronzac, natif de Courbevoie et enterré au carré militaire de Garches, a 21 ans quand il embarque, le 18 mai 1953 pour rejoindre son affectation à la CTA (compagnie de transmission air) 806 de Rabat, au Maroc.

Un petit rappel historique parait ici utile pour bien comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouve la France en 1953 à propos du Maroc. La France exerce un protectorat sur le Maroc depuis la convention de Fès de 1912. Le général Hubert Lyautey est le plus célèbre résident général, représentant la France auprès du sultan du Maroc. Sa gestion et sa diplomatie peuvent même être qualifiées d’éclairées. En 1925, lui succède une administration beaucoup plus coercitive et timorée. En 1927, le sultan Moulay Youssef meurt et laisse le trône à son troisième fils qui devient, à 18 ans, sultan sous le nom de Mohammed V ben Youssef (père d’Hassan II et grand-père de l’actuel roi Mohammed VI).

 

Au début des années 1930, Paris laisse entrevoir sa volonté de transformer le Maroc en une colonie, comme l’Algérie. Des ferments de révolte nationalistes apparaissent et la France fait un pas en arrière. Les esprits se calment avec la nomination en 1936 du général Charles Noguès, disciple de Lyautey, comme résident général.

 

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les nationalistes marocains reprennent de l’audace et fondent en 1943 le parti de l'Istiqlal (indépendance en arabe) ; l’affaiblissement de la France avec l’occupation allemande et le débarquement anglo-américain en 1942 sur les côtes du Maroc donnent des espoirs de liberté. En 1943, le président américain Franklin D. Roosevelt fait même la promesse d’une complète indépendance au sultan Mohammed V, une fois le conflit terminé. La France s’entête encore après la Seconde Guerre Mondiale : les révoltes à Tanger, Fès ou Rabat contre le protectorat ne sont pas comprises. En 1950, Paris pousse le pacha de Marrakech, Thami El Glaoui à se révolter contre le sultan pour le renverser et mettre à sa place le chérif Mohammed ben Arafa, un vieillard. Mohammed V résiste à la transformation du Maroc en simple colonie, fait« la grève des sceaux » en 1951, et demande en novembre 1952, lors de son discours du Trône, l’émancipation immédiate de son pays. El Glaoui, toujours soutenu par la France et avec l’aide d’une vingtaine de caïds, signe une pétition de dénonciation agitant la possibilité d’une guerre civile.

 

Le soldat Jacques Pronzac arrive donc le 19 mai 1953 à Oran et passe dans la journée la frontière algéro-marocaine pour se rendre ensuite à Rabat. Les mois de juin et juillet sont pour lui une période d’instruction, toujours à Rabat. Prenant prétexte des révoltes, le gouvernement français dépose le sultan en août 1953 et l'exile en Corse avec sa famille. Paris met sur le trône Mohammed ben Arafa, mais en agissant ainsi ne fait que laisser grandir dans les esprits marocains le prestige du sultan déchu.

 

Les attentats contre la présence française se multiplient : attentats contre ben Arafa, déraillement d'un train, bombe au Marché Central de Casablanca... Les répressions et les arrestations menées par l’armée française sont de plus en plus nombreuses.

 

Le journal La Vigie Marocaine, féroce partisan d’un Maroc français, dénonce les activités des terroristes et dresse chaque jour dans ses colonnes la liste des exactions et des attentats. Dans son édition du 24 janvier 1954, il donne le bilan suivant : « depuis le 20 août 1953, soit en 164 jours, se sont déroulés 115 agressions, 99 incendies, 48 attentats par engins explosifs, 45 sabotages ».

 

Comme tous les appelés du contingent, Jacques Pronzac se tient informé des événements, un poste de radio collé à l’oreille. Il apprend le transfert du sultan et de sa famille sur l’île de Madagascar le 25 janvier 1954. Malheureusement, le jeune soldat ne verra pas l’évolution inexorable du Maroc vers l’indépendance. Il entre à l’hôpital Jean Vial au début du mois de février pour y soigner une maladie.

Le 7 février, Jacques Pronzac rend son âme à Dieu.

 

Pendant ce temps, la liste des actions continue à s’allonger, avec, entre autres, le 24 mai 1954, un attentat contre le Résident Général, le général Guillaume et le 30 juin de cette même année, l’assassinat du directeur du journal La Vigie, le docteur Emile Eyraud. Le 26 août, Pierre Mendès-France, président du Conseil, annonce à l’Assemblée nationale la création d’un conseil d’étude des réformes au Protectorat du Maroc.

 

Un an plus tard, après un nouveau massacre de colons français – cette fois à l’Oued Zem – et une riposte non moins terrible de l’armée française, Edgar Faure, qui a succédé à Mendès-France à la présidence du Conseil, engage les pourparlers avec les partis politiques et le sultan. Le 22 août 1955 une conférence s’ouvre à Aix-les-Bains. La France signe un document qui reconnaît la fin du protectorat et l'indépendance du Maroc le 2 mars 1956.

 

Le souverain revenu d’exil convertit son titre de sultan en celui de roi sous le nom de Mohammed V et le 7 mars 1956, annonce à son peuple le retour à l’indépendance. Le 7 avril suivant l'Espagne reconnaît à son tour l'indépendance avant de restituer un peu plus tard l'enclave d'Ifni et le littoral méditerranéen (à l'exception de Ceuta et Melilla). Le statut international de Tanger est aboli le 21 octobre de la même année et le grand port du nord retourne dans le giron du royaume.

 

La France, sortie depuis peu de la guerre d’Indochine, vient de « solder les affaires marocaines ». Mais déjà se profile en Algérie un nouveau conflit colonial...

 

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

 

 

 

Sources :

 

·         André Le Révérend, Lyautey, Fayard, 1983.

·         Guy Delanoë, La Résistance marocaine et le  Mouvement « Conscience Française », Ed. L’Harmattan, 1991.

·         Michel Abitbol, Histoire du Maroc, Librairie Académique Perrin, 2009.

·         www.herodote.net

·         http://www.fnaca.org/ , Fédération Nationale Anciens Combattants Algérie, Maroc et Tunisie.

·         http://www.cinquantenaire.ma/mohammed5.asp

 

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Publié le 9 Octobre 2011

Guy Manceaux (copyright Arrigosi)

Le sous-lieutenant Guy Manceaux (copyright Arrigossi, Garcia, Garguilo).

 

 

Sous un chêne imposant, donnant des glands gros comme le pouce, la commune de Fontenay-aux-Roses a fait placer une croix et une stèle : « A la mémoire des enfants de Fontenay-aux-Roses morts pour la France pendant la guerre de 1914-1918. Cette croix a été érigée, ce chêne a été planté pour honorer à jamais en ce champ du repos leur courage et leur devoir ». A côté se trouve le carré militaire, qui comporte une trentaine de tombes individuelles parmi lesquelles on peut citer celle de Guy Manceaux.

 

Guy Manceaux nait le 16 juin 1933 dans le quatorzième arrondissement de Paris. A l’âge de 20 ans, il est admis à l’Ecole Spéciale Militaire Inter-Armes de Saint-Cyr. Il signe un contrat d’engagement pour, selon la formule militaire, « une durée égale au temps qui doit s’écouler jusqu’à la sortie de l’Ecole, augmenté de six ans à compter du 1er octobre 1953 ». En janvier 1954, il est nommé caporal-chef puis sergent à la fin de la même année. Classé soixante-cinquième sur trois-cent-quarante-et-un futurs officiers de l’Armée française, Guy Manceaux choisit l’arme blindée et entame sa spécialisation à partir du 9 février 1955. A la fin du mois de juillet, il « a satisfait aux épreuves de sortie de la 16ème série Saint-Cyr, classé cent-cinquante-quatre sur trois-quarante-et-un » et après un congé de fin d’études il rejoint l’Ecole d’Application de sa nouvelle arme.

 

En septembre 1955, Guy Manceaux reçoit le grade de sous-lieutenant d’active et poursuit sa formation à l’Ecole d’Application de l’Arme Blindée et de la Cavalerie à Saumur. Muté au 18ème RCP (régiment de chasseurs parachutistes) de Pau le 1er juin 1956, il débarque à Alger le 30 du même mois.

 

 

Le 18ème RCP.

 

Héritier du 18ème régiment d’infanterie et du 18ème bataillon d’infanterie parachutiste, le 18ème régiment de chasseurs parachutistes de Pau a pour devise : « Brave 18ème, devant toi l’ennemi ne tient pas ». Sur son drapeau figurent les batailles suivantes, qui montrent sa longévité et sa gloire : Rivoli 1797, Austerlitz 1805, Moskowa 1812, Les Deux-Morins 1914, L’Aisne 1917, L’Avre 1918, Vauxaillon 1918, AFN 1952-1962. Unité de la 25ème division parachutiste, le 18ème débarque à la frontière entre l’Algérie et la Tunisie, dans la région de Tabarka. Il s’agit pour la France de tenter d’empêcher les membres de l’ALN (Armée de libération  nationale) de s’approvisionner et de se réfugier de l’autre côté de la frontière algérienne.

 

Par la suite, le 18ème est repositionné dans le Constantinois et les Aurès.

 

 

La côte 802.

 

Sur le site internet http://parachutiste.18.rcp.free.fr/ géré par un ancien du 18ème RCP, René Mazoyer, les parachutistes Garcia, Arrigosi et Garguilo ont raconté l’embuscade du 12 juin 1957 à Chekfa, département de Constantine

 

«  La côte 802  »

 

« Le 12 juin 1957 l’escadron de reconnaissance du 18°RCP est en opération dans la région de Chekfa (secteur de Djidjelli). Sa mission consiste à effectuer l’ouverture de route menant à Bordj Tahar et à assurer la protection d’un élément du génie équipé d’un bulldozer chargé de la remise en état de la piste. La progression est mise en place avec en tête le 2ème peloton, suivi du 1er et 3ème. Les compagnies du régiment se trouvent dans le secteur en opération de contrôle. Vers 11h l’escadron fait une halte, stoppé par un éboulement de la piste, et le 2ème peloton est remplacé en tête par le 1er commandé par le sous-lieutenant Manceaux (…).

 

L’éboulement est situé dans un virage à deux-cents mètres de la côte 802. Une équipe se met immédiatement au travail pour rétablir le passage sous la protection de ses camarades. A 13h la piste est de nouveau praticable et le 1er peloton reprend sa progression. A partir de cet instant une certaine appréhension gagne les hommes et certains ont un mauvais pressentiment. Les visages sont tendus, et tous redoublent de prudence. Il est 13h15 : arrivé à la hauteur d’une maison forestière sur le bord de la piste peu avant le sommet, le S/L Manceaux donne l’ordre de stopper les véhicules.

 

Les équipages des trois premières jeeps débarquent pour effectuer une reconnaissance. Le terrain est couvert de hauts buissons très touffus et de ronces. Ce lieu est sinistre et peu rassurant. Soudain, une courte rafale de fusil mitrailleur posté en bordure de piste donne le signal d’ouverture du feu. Un fort élément rebelle est en embuscade des deux cotés de la piste. Les paras du 1er peloton sont pris sous un feu croisé. La fusillade d’une grande intensité fait immédiatement plusieurs tués et blessés.

 

L’opération a été minutieusement préparée : les rebelles sont parfaitement embusqués, invisibles depuis la piste et fortement armés. Le radio de la jeep de commandement a juste le temps de signaler l’accrochage avant de s’écrouler, mortellement blessé. Des tireurs postés sur les hauteurs environnantes retardent le débordement d’éléments du 2ème peloton arrivés à pied en renfort. Les quelques survivants du 1er peloton, tous grièvement blessés, se défendent avec courage jusqu'à épuisement de leur munitions et de leur force.

 

Un groupe de rebelle sort de sa position et prend d’assaut les jeeps de tête. Le décrochage se fait rapidement sous les tirs du 75S/R du 2ème peloton. Les rebelles emportent dans leur fuite une mitrailleuse, plusieurs fusils et pistolets mitrailleurs. La fusillade n’a duré que quelques minutes. Les véhicules sont pratiquement détruis, deux jeeps brûlent.

 

Un élément de la 2ème compagnie arrive en renfort et permet l’évacuation des tués et blessés. Une opération d’envergure est montée rapidement, des troupes sont héliportées afin de pourchasser les fuyards. L’escadron de reconnaissance du capitaine Darse a perdu onze tués et six blessés.

 

Les tués sont : le sous- lieutenant Guy Manceaux ; les caporaux chefs Emile Decramer et Pierre Flores ; les parachutistes Raymond Maugras, Louis Dambry, Paul Simon, Lucien Cousin, Richard Biernat, Jean Sotto, Henri Vergez, Michel Peter. Les blessés sont : les sergents Langlois et Legros ; le caporal Faure ; les parachutistes Arrigossi, Lemoine et Latouche. »

 

L’Etat des Services du sous-lieutenant Guy Manceaux mentionne : « Rayé des contrôles du 18ème RCP le 13 juin 1957. Mention « Mort pour la France » accordée ».

 

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Fontenay-aux-Roses : www.fontenay-aux-roses.fr

·         Site sur le 18ème RCP et Guy Manceaux : http://parachutiste.18.rcp.free.fr/

·         Site 1er RCP : www.rcp1.terre.defense.gouv.fr

·         Histoire des parachutistes : www.museedesparas.com

·         Etat de services de Guy Manceaux, obtenus auprès de la caserne Bernadotte de Pau, Bureau Central d’Archives Administratives Militaires.

 

 

 

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Publié le 15 Juillet 2011

 

 

 

 3ème RIMA - 1960

 

 

 

Marsouins du 21ème RIMA – 3ème section – Secteur d’Aïn Zerga en 1960 (copyright Jean-Pierre Vanneau).

 

 

Une enfance châtenaisienne.

 

Parmi les quatorze tombes du carré militaire du cimetière « nouveau » de Châtenay-Malabry, figurent Jean-Louis et François Benoit. « Bien sûr ce sont les jumeaux ! » ont été les premiers mots entendus quand nous avons commencé à chercher des renseignements. Et l’Etat civil a donné son verdict. Jean-Louis Henri Maurice Benoit est né le 8 mars 1939 à Paris, dans le 13ème arrondissement. Il est le fils de Maurice (il n’y a que cette indication) et Marthe de Bonnedeau, domiciliés à Châtenay-Malabry, rue Claude Monet. Quant à François Guy Benoit, il nait le 27 juillet 1939 à Douala, au Cameroun. Il est le fils de Guy Charles Benoit et d’Emma Dupuy.

 

« C’était bien des jumeaux », indique Monsieur Jean-Claude Laronde, aujourd’hui porte drapeau du Souvenir Français de Châtenay-Malabry. « Du moins, rectifie-t-il, il y aurait à redire. Nous étions ensemble à l’école élémentaire Thomas Masaryk de Châtenay et peut-être bien que le premier à les avoir appelés les jumeaux était le maître d’école. Et après, nous avons tous pris cette habitude. On ne se posait pas plus de questions que cela. Nous n’avions qu’une dizaine d’années… En plus, comme il y avait une certaine ressemblance, on n’est jamais allé chercher plus loin. Par la suite, je les ai perdu de vue ».

 

Par la suite, comme la très grande majorité des jeunes gens qui ont vingt ans à la fin des années 1950, direction l’Algérie !

 

  

Embuscade à Bir-Rezala.

 

Les informations inscrites sur l’état signalétique et des services de François Benoit, fourni par le Bureau central d’archives administratives militaires de la caserne Bernadotte de Pau, signalent un « appelé à l’activité » le 2 septembre 1959. Le jeune homme est affecté au Groupe de Transport n°500 pour ses classes. Nommé brigadier le 1er février 1960, il est transféré à la 281ème Compagnie de Circulation Routière le 29. Le 21 juin 1960, il embarque à Marseille et arrive à Philippeville, en Algérie, le lendemain. Il est alors nommé à la 3ème compagnie du 43ème régiment d’infanterie.

 

Le 43ème RI, descendant de l’illustre « Régiment des vaisseaux » créé sous l’Ancien régime, en 1638, fait à l’origine partie de ces unités chargées de servir sur les bateaux et dans les colonies. L’un de ses premiers chefs de corps est le cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu. Juste retour des choses en 1960…

 

Cette année-là marque la fin du plan du général Challe qui aboutit à la victoire de l’armée française sur le terrain, même si au global la situation est loin d’être pacifiée : les attentats continuent ; çà et là, des groupuscules font régner la terreur. La France a maintenant près de 400.000 hommes sur le terrain et cela ne suffit toujours pas. Toute victoire militaire ne peut rien sans solution politique. La situation semble inextricable. Le général de Gaulle le sait plus que quiconque. A Alger, Joseph Ortiz et Jean-Jacques Susini montent les Français les uns contre les autres. Le 14 juin, le président de la République française demande une nouvelle fois l’arrêt des combats et parle ouvertement d’un vote d’auto-détermination du peuple algérien sur son avenir.

 

François Benoit n’a que faire de la politique. Il est militaire. Il obéit aux ordres donnés par son supérieur. Quotidiennement, il participe avec son escouade à ces opérations de pacification, que l’on appelle à l’époque « de maintien de l’ordre ». Placé dans le secteur de Djidjelli, il tombe malheureusement dans une embuscade le 26 juillet 1960 dans la région de Bir-Rezalla et y est mortellement blessé. A titre posthume, il reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme.

 

Chez les marsouins.

 

Jean-Louis Benoit est appelé le 4 mai 1959 et est affecté au 2ème régiment de marche du Tchad. Libérable le 1er novembre 1960, il est maintenu sous les drapeaux, selon l’article 40 de la loi du 31 mars 1928, réactivée en 1956 par le gouvernement de Guy Mollet, et est alors dirigé le 14 novembre vers le 21ème RIMA (régiment d’infanterie de marine). Il devient marsouin, nom donné aux militaires de ces unités et provenant de ce petit cétacé qui accompagne souvent les navires (les militaires de l’infanterie coloniale ne participant à la navigation).

 

Jean-Louis Benoit débarque à Bône, en Algérie, le 15 novembre 1960. Au premier jour de l’année 1961, il est nommé au grade de caporal. Galons qu’il a peine le temps de fêter : il est tué le 24 février 1961, dans la région de Bekkaria.

 

Le Journal officiel du 17 juin 1961 publie le décret du 10 juin par lequel Charles de Gaulle, président de la République, décrète la médaille militaire à Jean-Louis Benoit, caporal au 21ème régiment d’infanterie de marine : « Chef de voiture particulièrement courageux et mordant, dans la nuit du 24 au 25 février 1961, comme chef de patrouille, s’est porté avec rapidité malgré les tirs de mortiers, de mitrailleuses et de canons S.R., au secours du poste de « Pharandole » (zone sud-est Constantinois) attaqué. Arrêté par des éléments rebelles infiltrés près du barrage, a riposté immédiatement avec sa mitrailleuse puis avec son half-track d’appui. S’est élancé sous un tir très dense à hauteur du premier véhicule du peloton blindé d’intervention pour lui désigner les emplacements repérés. A été mortellement blessé dans cette action au cours de laquelle il a montré toutes ses qualités de chef. Restera pour ses camarades, un exemple permanent de courage et du dynamisme. Cette concession comporte l’attribution de la croix de la valeur militaire avec palme ».

 

Deux frères ? Deux cousins ? Finalement, peu importe. Pour l’éternité, François et Jean-Louis Benoit sont l’un à côté de l’autre dans le petit carré militaire de Châtenay-Malabry.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

·  Ville de Châtenay-Malabry : www.chatenay-malabry.fr

·  Informations et entretiens avec Monsieur Torre et Monsieur Laronde, Châtenay-Malabry, mars 2011.

·  Site : http://copainsdavant.linternaute.com  : page de Jean-Pierre Vanneau.

·  Etats signalétiques et des services de François Benoit et Jean-Louis Benoit, fournis par le Bureau central d’archives administratives militaires (Caserne Bernadotte de Pau).

·  Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·  Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·  Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·  Georges Fleury, Nous les combattants d’Algérie, François Bourin Editeur, 2010.

 

 

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Publié le 15 Mai 2011

 

Algerie 62 - depart des français

 

 

Exode de Français d'Algérie en 1962 (copyright www.histoire-en-questions.fr).

 

Au sein du carré militaire de Meudon, la tombe « Famille Cassis » évoque entre autres la disparition de Maurice Cassis, à Oran le 5 juillet 1962, soit trois mois et demi après les Accords d’Evian du 19 mars 1962, qui mettent fin à la guerre d’Algérie. Comment en est-on arrivé là ?

 

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

 

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

 

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

 

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités. Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

 

« Une victoire française sur le terrain ».

 

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

 

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

 

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

 

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

 

 

Oran – 5 juillet 1962.

 

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

 

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

 

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

 

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr

·         Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.

·         Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.

·         Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

·         Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·         Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·         Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·         Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

 

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Publié le 17 Décembre 2010

 

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Les gorges de Palestro.

 

Avril 1956. Sur ordre du gouvernement, les premiers militaires du contingent débarquent sur le sol algérien. Ils sont appelés, ou rappelés : c’est-à-dire qu’ayant effectué déjà leur service militaire, ils reviennent sous les drapeaux pour une durée de six mois, ou plus selon leur demande.

 

C’est ainsi le cas de l’aspirant Hervé Artur. Natif de Casablanca, âgé de trente ans, préparant son agrégation de philosophie, il effectue une nouvelle période et intègre le 9ème régiment d’infanterie coloniale. Il a sous ses ordres les fantassins de la 2ème section : les sergents Bigot et Chorliet, les caporaux-chefs Galleux et Aurousseau, les caporaux Poitreau et Hecquet et les soldats Desruet, Dufour, Caron, Dobeuf, Gougeon, Carpentier, Serreau, François, Villemaux, Chicandre, Nicolas, Daigneaux, David-Nillet et Dumas.

 

Le 9ème RIC est implanté non loin de la ville de Palestro, aujourd’hui appelée Lakhdaria, en Kabylie. Au matin du 18 mai 1956, Artur reçoit l’ordre d’une mission de reconnaissance dans des villages se trouvant non loin de l’Oued Djerrah. Une mission tout à fait ordinaire, menée par un officier qui croit en l’œuvre de pacification de l’Armée française en Algérie, comme le demande le secrétaire d’Etat aux Forces armées, chargé des Affaires algériennes, Max Lejeune. C’est d’ailleurs bien dans cet esprit que sont menées toutes les sorties de la section depuis plusieurs semaines.

 

Après plusieurs heures de marche, la section s’arrête dans un village où elle est reçue avec respect. C’est l’heure du casse-croûte, et les militaires commencent les palabres avec le chef du douar. Vers 11h, la section reprend sa marche. La piste se transforme en un sentier et commence la montée dans le djebel. Soudain, parfaitement placés, des fellaghas se mettent à tirer sur les soldats français. C’est une tuerie. Les hommes d’Artur ne peuvent se replier, pris sous un feu croisé. Aux ordres du lieutenant Khodja, ancien sergent de l’Armée française, déserteur, les militaires de l’Armée de libération nationale abattent les Français un par un. Le combat ne dure pas plus de vingt minutes. Seuls cinq marsouins survivent : Caron, Chorliet et Aurousseau sont blessés et intransportables ; ils sont confiés à des villageois. Dumas et David-Nillet sont faits prisonniers. Leurs geôliers leur laissent le temps d’écrire des lettres à leurs familles en indiquant qu’ils sont bien traités.

 

Macabre découverte.

 

Au lendemain, sans nouvelles de la section, le régiment donne l’alerte. Les parachutistes du 13ème dragons sont envoyés sur place. Ils trouvent le village abandonné. Ils trouvent également les hommes de la section Artur. Les villageois les ont exposés sur des rochers. Les marsouins sont atrocement mutilés : les yeux sont crevés, les testicules sont coupées, les entrailles retirées et remplacées par des cailloux, les pieds sont striés de coups de couteau. La chasse est lancée dans le djebel environnant et se solde par la mort d’une cinquantaine d’Algériens.

 

L’embuscade fait la une des journaux, à commencer par le magazine Paris Match. L’article fait sensation en métropole : en Algérie, c’est bien la guerre.

 

Sous les ordres du général Massu, l’Armée française décide d’envoyer près de trois mille soldats pour retrouver la section perdue. Le 23 mai, les parachutistes du 1er REP (régiment étranger parachutiste) et du 20ème BPC (bataillon parachutiste colonial) retrouvent la section de Khodja. Elle s’est réfugiée dans une grotte, avec ses deux prisonniers. L’assaut est lancé et il se termine par la mort de seize fellaghas, mais aussi du marsouin David-Nillet. Seul Dumas réussit à sortir vivant de l’aventure. Il décrit l’horreur qu’il vient de vivre.

 

Le déserteur – l’opinion publique.

 

Quelques jours avant le drame, l’aspirant Maillot, militant communiste, déserte l’Armée française. A bord du camion qu’il conduit se trouvent des dizaines d’armes automatiques. Il livre son chargement aux fellaghas. Le marsouin Dumas raconte : « Nous approchions d’une ligne de rochers en surplomb du sentier, lorsque la fusillade éclata. Les rebelles n’étaient pas à trente mètre devant nous, bien à l’abri dans la pierraille. Ils tiraient au fusil de chasse et à l’arme automatique ».

 

Finalement, même s’il est difficile d’indiquer qui sort vainqueur de cette tragédie, un fait est avéré : l’opinion publique française découvre qu’en Algérie, même si le gouvernement parle « d’événements », c’est bien la guerre, et que les soldats qui tombent pour la patrie sont aussi des rappelés. Mesure qui deviendra au fil des mois de plus en plus impopulaire.

 

Le nom du marsouin Serge Villemaux, né le 31 octobre 1932, mort à Palestro, est inscrit sur le monument aux morts de Ville d’Avray.

 

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Publié le 18 Mars 2010

Départ en mission



Georges Fleury, in La guerre en Algérie (Ed. Payot) :

"J'ai écrit ce livre (...) pour que les enfants d'aujourd'hui, ceux de demain, se rendent compte que leur père ou leurs grands-pères n'ont pas été pires que d'autres, alors même qu'ils étaient confrontés à des situations extrêmes qui dépassèrent souvent ceux qui les avaient envoyés se battre dans ces djebels si beaux dont ils rêvent encore la nuit et ou des petits riens les ramènent parfois. Il suffit d'un copain retrouvé, d'une phrase en arabe cueillie au coin d'une rue, d'une odeur de merguez, d'un petit coup de vent chaud, d'un verre de vin rosé, d'une tasse de thé, du miel d'une pâtisserie, pour qu'ils entendent encore l'étrange et lancinante petite musique de là-bas. Celle de nos vingt ans...".

Retrouvez des clichés de l'Algérie et de la guerre d'Algérie dans l'album éponyme.

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Publié le 31 Janvier 2010

Hassi Messaoud
Algérie: région d'Hassi Messaoud.

 

« Je me souviens très bien de mon premier contact avec l’Algérie. Après avoir passé deux jours, très déprimants, dans le camp de Sainte-Marthe à Marseille, nous embarquâmes pour la traversée de la Méditerranée. Et nous arrivâmes à Alger. Considérant l’importance du déploiement des forces militaires et policières au port, je peux dire que nous étions attendus !

 

Nous n’eûmes pas le temps de faire du tourisme, d’admirer Alger la blanche. Nous fûmes de suite invités à monter dans des GMC et direction Baraki. A voir les têtes de nos compatriotes, nous commençâmes à changer d’état d’esprit.

 

Le séjour dans cette petite unité de l’Armée de l’Air, proche d’Alger, consista à suivre le peloton de caporal. Dans le cadre de cette formation, nous effectuâmes quelques sorties, dans le but, entre autres, de contrôler le passage d’un oued. Il n’y eut pas d’incidents. Le plus stressant était de monter la garde, la nuit, dans des miradors, avec la mitraillette MAT, chargeur engagé. Il fallait promener un faisceau lumineux sur 180 degrés, très régulièrement, ce qui créait des ombres parfois inquiétantes et que l’on n’identifiait pas toujours. Le temps paraissait bien long au cours de ces nuits hachées.

 

Puis, pour un camarade et moi, peloton en poche, ce fut le départ pour Constantine par le train. Le départ fut très matinal. Tellement, que cette nuit-là, nous eûmes droit aux derniers soubresauts d’une nuit bleue qui vit l’OAS (Organisation de l’Armée Secrète – pro-Algérie française) faire des dizaines de plastiquages. Notre chauffeur nous lâcha à la gare. Je me retrouvai, avec mon camarade, dans un train bondé de civils, pour la plupart algériens, et comme nous en partance pour Constantine. Finalement, le parcours se déroula très correctement. Les paysages défilaient devant nous. Magnifiques. Je garde encore en mémoire cette vue au loin de la ville de Tizi Ouzou.

 

Nous arrivâmes enfin à Constantine. Pas d’accueil. Aucun sous-officier à l’horizon pour venir quérir ces deux nouveaux caporaux. Nous étions complètement livrés à nous-mêmes. Je me demande encore comment nous avons pu faire pour nous rendre au fort. Et comment, l’Armée française pouvait-elle laisser deux jeunes militaires en uniforme et paquetage dans les conditions d’insécurité qui régnaient alors. Ce n’est que plus tard que j’appris la vérité : notre départ avait été précipité, improvisé par un subalterne, alors qu’il n’était pas du tout prévu qu’il se déroulât ainsi.

 

C’est là que nous eûmes à choisir notre prochaine affectation. Le fait d’arriver seuls nous avait au moins apporté cela : la possibilité d’avoir des entretiens avec les officiers et de choisir les lieux de destinations finales. Le choix de mon camarade se porta sur un camp placé sur un piton – et dont j’ai malheureusement oublié le nom. Quant à moi, j’optai pour le camp d’Hassi Messaoud.

 

Ce séjour au Sahara me laissa de nombreux souvenirs. Quelques mois plus tard, au moment du déménagement de la base de Sidi Ahmed en Tunisie, je fus libéré de mes obligations militaires. Et je rejoignis ma terre natale en quittant l’Afrique par le port de Bizerte ».

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Publié le 10 Octobre 2009

 

 

Le colonel Richard Marillier.

 

 

Richard Marillier a été Résistant, membre de la section Chabal au maquis du Vercors, capitaine d’une section au 494ème R.I. pendant la guerre d’Algérie, colonel honoraire de l’Armée de Terre. Richard Marillier a été très présent dans le monde du cyclisme : Directeur Technique National du cyclisme français de 1970 à 1981, Directeur Adjoint Délégué du Tour de France de 1981 à 1990, Président de la Ligue du Cyclisme Professionnel et membre du Comité Directeur de l’Union Cycliste Internationale de 1989 à 1992. Le colonel Richard Marillier est commandeur de la Légion d’honneur.

 

« J’ai fait la connaissance de Robert Eggs, en 1957, à Bir El Ater (sud-est constantinois). Il avait le grade de capitaine et commandait la compagnie portée du 4ème Régiment Etranger d’Infanterie. Il jouissait d’une réputation exceptionnelle. En 21 ans de Légion, il avait combattu de Narvik à l’Indochine en passant par la Syrie et la Lybie ou il avait été fait Compagnon de la Libération à Bir Hakeim alors qu’il était adjudant-chef !

 

Au cantonnement comme en opération, il était un spectacle à lui tout seul. Il ne faisait rien comme les autres, il ne s’exprimait pas comme les autres. Il était à la fois craint, détesté et admiré. A cette époque, le commandement rassemblait les unités de secteurs pour monter des opérations. A Bir El Ater, j’étais lieutenant et je commandais la 6ème compagnie de 2/44ème RI. Je me retrouvai « accolé » à la compagnie Eggs pendant un an et demi. C’est dire si j’ai des anecdotes en mémoire. En voici une parmi tant d’autres.

 

Ce jour-là, nous avions accroché une bande rebelle dans le djebel Foua. Très rapidement, les différentes unités avaient éclaté et des combats sporadiques se déroulaient aux quatre coins du djebel. Enfin d’après-midi, les derniers fellaghas étaient aux prises avec la compagnie Eggs et tentaient de sortir du dispositif. Je fus appelé à la rescousse et, avec une section, je réussis à colmater la brèche puis je cherchai à rejoindre le capitaine. Au fur et à mesure que j’avançais, et que je dépassais les légionnaires, je finis par arriver auprès du sergent-chef Campanella, porte fanion de la Compagnie Eggs. Il était assis, adossé contre un rocher et fumait une cigarette en souriant. Son pantalon froissé laissait apparaître un pansement compresse au niveau de la hanche.

 

-          La bonne blessure, mon lieutenant, 23 jours de convalo ! me dit-il.

 

Il me précisa que le capitaine se trouvait devant, comme d’habitude. Les rebelles continuaient de tirer et je m’accroupis derrière un rocher où se trouvait le radio Rychtick. Ce dernier me dit que le capitaine était de l’autre côté. En me baissant, je le vis. Il était debout sur un rocher, les jumelles à la main et je l’entendis distinctement crier aux tireurs d’en face :

 

-          Alors, messieurs les fellaghas ! Montrez vos sales gueules et rendez-vous ! Après, il sera trop tard.

 

Une volée de balles s’abattit sur son rocher sans le toucher. Il répéta son discours et obtint la même réponse. Alors, se tournant vers ses hommes, il entonna : « Légionnaires… A l’assaut ! » et il se mit à chanter « Combien sont tombés au hasard d’un clair matin ». Toute la compagnie reprit le célèbre chant. Incroyable ! Un quart d’heure après, le combat cessa, faute de combattants.

 

Le commandement décida que l’on resterait sur place pour la nuit, afin de fouiller le terrain le lendemain matin. Il faisait froid car nous étions à 1.300 mètres d’altitude. Eggs m’invita à dormir avec lui et son ordonnance Mayerhoffer nous confectionna une sorte de litière avec de l’alfa, entourée d’un muret de pierres sèches. Sa djellaba nous servit de couverture. Je n’arrivai pas à trouver la bonne position pour dormir. Il s’en rendit compte et bougonna :

 

-          Encore un peu tendre (prononcé à l’allemande, en appuyant sur le « dre »).

 

Il saisit sa musette remplie d’alfa qui lui servait d’oreiller et me la glissa sous la tête, puis ramassa une grosse pierre sèche pour la remplacer. Je ne savais pas s’il fallait le remercier. J’attendis cinq minutes et lui dis :

 

-          Mon capitaine, Bir Hakeim, c’est quand même autre chose ?

 

Il ne répondit pas. Il dormait à poings fermés.

 

Aujourd’hui, le commandant Robert Eggs, grand officier de la Légion d’Honneur est âgé de 93 ans. Il vit avec son épouse en Côte d’Or, très exactement à Ivry-en-Montagne. Il est Français officiellement depuis quelques semaines».
 

Bir El Ater 1957 – Le Capitaine Eggs à la tête de sa compagnie du 4ème REI. Le porte-fanion est le sergent-chef Campanella.



 

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Publié le 12 Juillet 2009

 

 

Au cimetière d’Asnières-sur-Seine, figure la tombe de Jean-Pierre Riller, maréchal des Logis au 1er Régiment de chasseurs d’Afrique, mort au combat en Algérie le 31 janvier 1959, à l’âge de 23 ans (il est né le 24 décembre 1936).

 

 

 

 

Création du 1er chasseur.

 

Créé le 1er mars 1832, le 1er Régiment de chasseurs d’Afrique s’est illustré dès ses premiers faits d’armes, en Afrique du Nord, à la bataille d’Isly, le 16 août 1844. Le maréchal Bugeaud remportant une victoire éclatante face au sultan du Maroc, Moulay Abd al-Rahman, allié de l’intrépide Algérien Abd el-Kader. Par la suite, lors de la Guerre de Crimée, le 1er Chasseur combat aux batailles de Balaklava et de Solferino. Pendant les guerres de colonisation, le 1er Chasseur est présent en Extrême-Orient, à Madagascar puis à nouveau au Maroc.

 

Participations aux conflits.

 

Pendant la Première Guerre mondiale, le 1er Chasseur se bat entre autres dans les Flandres, en 1914. Ensuite, il est l’un des régiments de l’Armée d’Orient. Il s’illustre par exemple lors de la prise de la ville d’Uskub, dans l’actuelle Macédoine.

 

Pour la Seconde Guerre mondiale, le 1er Chasseur débarque en Provence en septembre 1944. Doté de chars américains Sherman, il joue un rôle important dans la libération du territoire national.

 

Retour aux origines avec son implantation au Maroc après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 1er Régiment de Chasseur d’Afrique participe aux « événements d’Algérie ». Dissous en 1964, le 1er RCA est récréé à Canjuers le 10 février 1998. Sa devise reste la même depuis l’origine : « Ubique Primus », c’est-à-dire « Toujours premier ».

 

 

 

Décorations.

 

Le 1er RCA est décoré de la Légion d’honneur, de la Croix de Guerre 1914-1918, avec deux palmes, de la Croix de Guerre 19139-1945 avec une palme, du Mérite Militaire Chérfien, de l’Ordre serbe de Kara Georges, de la Croix de Guerre serbe, avec une citation, de la Médaille d’or de la ville de Milan.

 

Dotations.

 

Le 1er RCA est équipe de 107 blindés : chars Leclerc, AMX 30 B2, AMX 10 RC, ERC 90.

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