temoignages-portraits - 1914-1918

Publié le 19 Avril 2010

Entree troupes francaises Monastir, 1918.jpg

1918 : les troupes françaises entrent dans Monastir (auj. Bitola en Macédoine)

 

1 - La guerre en Orient.

 

Ouvrir un second front.

Qui se souvient que des soldats français ont fait la Première Guerre mondiale dans les Balkans, et que celle-ci a d’ailleurs duré jusqu’en 1919 ?

 

A la fin de l’année 1914, la situation semble inextricable. Après les offensives et les longs mouvements de conquête et de retraite de l’automne, les Alliés, comme les armées des Empires centraux, se sont enterrés dans des tranchées. Au cours de cette première année de guerre les pertes sont déjà phénoménales. La France a vu mourir plus de 500.000 de ses soldats.

 

Winston Churchill, alors Premier lord de l’Amirauté (ministre de la Marine britannique), défend l’idée de l’ouverture d’un second front en Europe, et du côté des Balkans. Dans un triple objectif : ravitailler l’Armée russe via la mer Noire ; contourner les Empires centraux ; occuper Constantinople, capitale d’un Empire ottoman, considéré comme le « grand malade » du continent et par ailleurs allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie.

 

Gallipoli.

 

Une expédition maritime est proposée et envoyée. Sans grand succès. La présence de mines, de côtes fortifiées (donc difficiles à bombarder) et de nombreux sous-marins allemands ne facilitant pas les manœuvres ! Une nouvelle expédition est menée. Elle est terrestre et consiste en l’envoi d’un premier contingent de 75.000 soldats anglo-français (auxquels il convient d’ajouter des unités australiennes et néo-zélandaises) sur la presqu’île de Gallipoli, à l’entrée du détroit des Dardanelles. C’est une catastrophe : les soldats sont littéralement hachés par l’artillerie ottomane, sous le commandement du général allemand Liman von Sanders. Un second débarquement se déroule quelques semaines plus tard pour renforcer un dispositif déjà à bout de forces. Il ne fait qu’ajouter des morts. Les anglo-français doivent abandonner les lieux. Leur chef, le général Gouraud, vient de quitter le front, amputé du bras droit. Les Alliés réussissent néanmoins à sauver environ 100.000 hommes et les faire débarquer à Salonique, en Grèce, pays alors neutre, quoique soupçonné de docilité vis-à-vis de l’Allemagne.

 

Là, les soldats n’ont pas le temps de se refaire une santé. Le corps expéditionnaire devient l’Armée d’Orient et tente de faire la jonction avec les restes de l’Armée serbe qui vient de traverser la Macédoine, du nord au sud. La Serbie connait au début de la guerre quelques victoires, avec notamment la reprise de la ville de Belgrade, mais les défaites s’accumulent par la suite. De plus, la Bulgarie entre dans le conflit aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. L’expédition française pour porter secours aux troupes serbes s’avère vite être un échec et le retour vers Salonique se déroule à la fois dans des conditions climatiques détestables et sous le feu des armées des Empires centraux, qui multiplient les combats avec les unités de l’arrière-garde alliée.

 

Le camp de Salonique.

 

Salonique devient alors un immense camp militaire retranché, sous la menace permanente des armées allemandes, austro-hongroises et bulgares. L’Armée grecque s’est interposée entre les deux et tente d’éviter le pire. Au sommet de l’Etat grec les dissensions entre le Premier ministre, Vénizelos, partisan de la Triple-Entente (France, Russie, Empire britannique) et le roi Constantin 1er, pro Empires centraux, sont plus vives que jamais. Et les soldats alliés enfermés ne peuvent qu’attendre les ordres. Pour combattre la dysenterie, la malaria, le paludisme, la malnutrition et le scorbut, ils collaborent à l’assèchement des marais et se mettent à cultiver la terre. Une partie du camp se transforme en un immense potager. D’où la réplique, sarcastique, de Georges Clemenceau : « les jardiniers de Salonique ».

 

De leurs côtés, les états-majors s’affèrent pour mettre en place des unités dignes de ce nom. Le général français Maurice Sarrail tente un équilibre : ne pas déplaire aux Grecs, qui sont toujours neutres, faire attention aux espions allemands, bulgares ; faire régner l’ordre entre les troupes françaises, serbes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises, italiennes, sans oublier les contingents indiens et africains.

 

En 1916, sollicitée des deux côtés, la Roumanie entre en guerre finalement en se rapprochant des Alliés. Dans le même temps, le général Sarrail voit les Grecs dégarnir les postes qui sont sensés protéger les Alliés. Il décide de sorties : les Serbes attaquent les premiers et reprennent aux Bulgares les monts menaçant la plaine de Salonique. De leur côté, les Français entrent en Macédoine et fixent les troupes germano-bulgares. L’aide des Roumains est de courte durée : à la fin de l’année 1916, le pays est entièrement envahi par les puissances centrales. Tout au long de l’année suivante, quelques combats sporadiques opposent les deux camps.

 

L’offensive victorieuse de 1918.

 

Il faut attendre 1918 pour que l’offensive majeure se déroule. Au cours de 1917, le général Adolphe Guillaumat s’est ingénié à remonter le moral des troupes, à les entretenir et surtout à les soigner. Les épidémies sont enfin endiguées. Le général contribue aussi fortement à l’implantation d’un état-major interallié, suffisamment solide et intelligent pour ne froisser aucun des pays contributeurs, tout en permettant des décisions rapides et efficaces. De plus, les Grecs finissent par s’engager dans le conflit aux côtés des Alliés. Le camp de Salonique n’est plus retranché ! Le temps de la reconquête est arrivé.

 

En juin 1918, rappelé à Paris par le nouveau Président du Conseil, Georges Clemenceau, le général Guillaumat est remplacé par le général Louis Franchet d’Espérey, qui peut enfin mettre en œuvre la globalité du plan élaboré par son prédécesseur. Le 15 septembre 1918, avec l’accord des gouvernements anglais et italiens, Franchet d’Espérey lance les armées alliées à la reconquête des Balkans. A l’est, les soldats anglais et grecs attaquent en direction de la Bulgarie (vallée du Vardar). Au centre, les Français et les Serbes, progressent rapidement et s’emparent de l’ensemble de leurs objectifs. L’un des épisodes les plus fameux de cette offensive reste la dernière charge de cavalerie de l’Armée française : sous le commandement du général Jouinot-Gambetta, la brigade à cheval des chasseurs d’Afrique réussit un raid de plus de 70 km à travers les montagnes, à plus de 2.000 mètres d’altitude. Le 29 septembre, les cavaliers prennent par surprise Usküb, la capitale de la Macédoine. Le soir même, les Bulgares sont acculés à signer un armistice.

 

Pendant ce temps, Franchet d’Espérey continue sa marche en avant et se dirige maintenant vers Bucarest, capitale de la Roumanie. Mais l’objectif est bien l’entrée en Autriche-Hongrie. L’armistice général du 11 novembre 1918 met un terme à la reconquête des Alliés, qui se retrouvent à ce moment-là bien plus proches des Empires centraux que leurs homologues de l’ouest. Mais pour l’Armée d’Orient, la guerre n’est pas encore terminée.

 

1919.

 

L’Armée Française d’Orient est à nouveau rebâtie pour se transformer en trois unités :

 

  • - L’Armée du Danube : commandée par le général Berthelot, elle est constituée des unités qui sont stationnées en Roumanie, d’abord à Bucarest puis dans le delta du Danube. Il s’agit de faire face aux nouveaux ennemis : les Russes bolchéviques qui eux sont positionnés en Moldavie (sous domination russe à l’époque).
  • - L’Armée de Hongrie, sous le commandement du général Labit, est chargée de mettre fin aux agissements des bolchéviques hongrois.
  • - Le Corps d’Occupation de Constantinople, a pour mission de faire régner l’ordre dans une partie de ce qui est bientôt l’ancien Empire ottoman.

 

Face aux « Rouges » et en appui des Russes « Blancs » (tsaristes), les troupes françaises vont stationner et se battre pendant plus de cinq mois après la fin officielle de la Première Guerre mondiale. Les ports russes sont envahis par des bateaux français et anglais : il s’agit d’étouffer économiquement le nouveau pouvoir de Lénine. Mais le retournement de la situation militaire (les Rouges amassant les victoires), les mutineries de marins français dans le port d’Odessa, et de plusieurs compagnies dans l’Armée du Danube, précipitent le retour des soldats français en métropole au printemps 1919.

 

 

2 - Pierre Achalme au 371ème RI.

 

Au 371ème RI.

 

Pierre François Achalme, 2ème classe au 371ème régiment d’infanterie, nait le 19 octobre 1895 dans le 17ème arrondissement de Paris. De la classe 1915, il porte le matricule au corps n° 5826.

 

Le 371 a pour casernement Belfort en 1914. Il fait partie de la 114ème brigade d’infanterie, de la 7ème région et du 4ème groupe de réserve. En cette première année de guerre, il participe aux opérations en Alsace puis dans les Vosges. En octobre – novembre 1915, il embarque pour Salonique.

 

Carnets d’Emile Nussbaum.

 

Emile Nussbaum, caporal au 371ème RI écrit à sa sœur :

 

  • - 3 octobre 1915 : « Chère sœur, je viens par cette lettre t’apprendre une nouvelle qui ne te fera pas trop plaisir. Notre régiment, et bien d’autres, fait partie du Corps Expéditionnaire d’Orient, nous sommes pour le moment à Meximieux pour le repos. On nous vaccine contre le choléra et on nous habille et équipe à neuf, nous allons y rester 4 ou 5 jours et de là nous sommes dirigés sur Marseille et embarquer pour la Serbie ».
  • - 12 octobre 1915 : « Le 8, nous partons pour de bon. Nous étions très bien à bord et comme je te l’ai dit c’était un Transatlantique du nom de « Princesse de Montfaléone », il a fait un temps superbe tout le temps de la traversée, le 8 et le 9 nous avions en vue les côtes de la Corse, Sardaigne et Sicile, puis d’Italie. Le 10, nous n’avons pas aperçu la terre de toute la journée. Le 11, nous avons vu des côtés dont je ne connais pas le nom et nous avions été en alerte toute la journée c’est-à-dire en pantalon et en veste sans chaussures, et de fortes ceintures de liège, nous craignons les sous-marins Austro-boches mais nous avons eu de la chance. Le 12 à minuit, nous débarquions en bon état au port de Salonique, c’est une ville assez bizarre sur le bord de la mer et en coteau, c’est très beau en regardant de la mer, mais c’est une ville sale avec des pavés très mal unis et peuplée de gens de toutes les nations, beaucoup de Français et d’Anglais. Mais les gens du pays sont très paresseux, on voit tous les hommes se faire traîner par de petits ânes, et leurs jambes trainent presque par terre. On en voit couchés au soleil des journées entières. Il y a beaucoup de commerçants de toutes sortes et à peine arrivés, nous étions assaillis par des marchands de figues, gâteaux, toutes sortes de fruits et camelotes sont réunies ici, c’est le genre de Sidi que l’on voit en France. On parle très bien le Français et on achète même des journaux imprimés en Français. La soirée du 12 fut consacrée au montage de nos tentes où nous couchons, c’est un grand camp occupé par des Français et des Anglais et des troupes de colonies. Nous avons vu les troupes Grecques qui sont dans Salonique. C’est un type très mou mais qui peut être un très bon soldat ».

 

Peu après son installation, le régiment se rend en Serbie du sud (Macédoine actuelle) en passant par la vallée de la Vardar, au cœur des montagnes du nord de la Grèce. La mission consiste à faire la liaison avec les troupes serbes qui retraitent à travers la Macédoine. C’est au cours de ces engagements, le 2 décembre 1915 – anniversaire de la bataille d’Austerlitz – que Pierre Achalme meurt de ses blessures dans la ville de Krivolac.

 

Pierre Achalme avait vingt ans. Son nom figure aujourd’hui sur le monument aux morts de la Première Guerre mondiale de la commune d’Asnières-sur-Seine.

 

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Pierre Miquel : Les poilus d’Orient, Fayard, 1998 ; La poudrière d’Orient, Fayard 2004 ; Le gâchis des généraux, Plon 2001 ; Les Poilus, Plon, 2000 ; Je fais la guerre, Clemenceau, Taillandier, 2002 ; Les Enfants de la Patrie, Fayard, 2002.

- Pierre Gosa : Franchet d’Espérey, Nouvelles Editions Latines, 1999.

- Jacques Ancel : Les travaux et les jours de l’Armée d’Orient, Paris, 1921.

- Site internet www.chtimiste.com sur l’historique des régiments et les carnets du caporal Emile Nussbaum du 371ème RI.

- Journal de Marche du 371ème RI.

- Journal de Marche de la 114ème division d’infanterie

- Journal de Marche du Corps Expéditionnaire d’Orient

 

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Publié le 30 Août 2009


 

 

Trois frères.

 

 

 

Une plaque attire l’attention dans le carré militaire de Rueil-Malmaison. Elle mentionne : « Lucien Lambert, Charles Lambert, Louis Lambert ». En-dessous de celle-ci figure une tombe triple, ce qui n’est pas banal.

 

Charles Lambert est l’aîné. Il nait à Paris, dans le 6ème arrondissement, le 7 mai 1888. Son frère Lucien le suit de quatorze mois : il nait au même endroit le 19 août 1889. Louis est le plus jeune : il nait le 23 novembre 1891. Il se peut que la famille ait déménagé entre temps, car a contrario de ses frères, le petit Louis voit le jour dans le 2ème arrondissement de Paris.

 

Charles a intégré le 23ème régiment d’Artillerie de Campagne (RAC). A l’époque, un RAC est composé de trois, voire quatre, groupes. Chaque groupe est lui-même formé trois batteries de canons (quatre canons) et est commandé par un capitaine. Le 23ème RAC a son casernement à Toulouse en 1914 et dispose de neuf batteries de canons de 75.

 

Lucien Lambert est au 76ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Paris. Le journal des marches et opérations du régiment commence ainsi : « Le 76ème Régiment d’Infanterie a reçu l’ordre de mobilisation générale le samedi 1er août à 16h30 (premier jour de mobilisation le dimanche 2 août 1914). Le régiment s’est mobilisé à Paris et à Coulommiers. L’état-major du régiment et les 1er et 2ème bataillons se sont embarqués à Paris, gare de la Villette, en deux trains partis le 6 août 1914, à 5 heures et à 13 heures. Le 3ème bataillon a quitté Coulommiers également par voie ferrée, le 6 août à 3h30. Les trois bataillons ont débarqué à Bannoncourt, où ils ont cantonné, dans la nuit du 6 au 7 août 1914. Le 76ème Régiment d’Infanterie (colonel Cottez) fait partie du Vème Corps d’Armée (général Brochin), 10ème Division d’Infanterie, 20ème Brigade d’Infanterie (général Bachelard). Il appartient à la 3ème Armée (général Ruffey) ».

 

Louis Lambert a, quant à lui, été incorporé au 156ème Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Toul. En 1914, son chef de corps est le colonel Quillemot.

 

 

Trois morts.

 

Louis, le plus jeune, est tué le premier, dès le 28 octobre 1914, à l’occasion des combats de Monchy-au-Bois, dans le département du Pas-de-Calais, arrondissement d’Arras. Ces combats se déroulent dans le vaste mouvement appelé « course à la mer » : il s’agit de l’ultime épisode de la guerre de mouvement de 1914, quand après avoir essayé sur Nancy, la Champagne et la Marne, les armées françaises et allemandes ont tenté de se déborder l’une et l’autre par le nord-ouest entre l’Oise et la mer du Nord. Aucune n’a réussit ; si ce n’est de se positionner dans des tranchées et de stabiliser le front. C’est dans ce même secteur qu’un an plus tard, le futur célèbre romancier allemand Ernest Jünger note qu’en dépit des interdictions formelles de part et d’autre, des échanges ont lieu entre Anglais, Allemands et Français au moment de Noël : « C’était un vrai champ de foire… ».

 

Lucien Lambert succombe un an plus tard, le 22 octobre 1915, à la Butte du Mesnil, en Argonne, dans l’ouest de la Meuse. La commune du Mesnil-les-Hurlus possède une butte, haute de 199 mètres et quadrillées de tranchées, abris, bunkers fortifiés imprenables, comme le fortin de Beauséjour. Pendant pratiquement toute la durée de la guerre, des soldats français sont morts en tenant de la reprendre aux Allemands.

 

Quant à Charles, l’aîné, il succombera des suites d’une congestion pulmonaire, attrapée l’année précédente. La guerre est finie depuis près de trois mois, quand le jeune homme décède sur son lit d’hôpital, à Rueil. C’était le 19 février 1920, et il avait 31 ans.

Trois frères. Tous morts pour la France.

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Publié le 3 Août 2009


Copyright Assemblée Nationale.
 

Charles Péguy : « Le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont éternelles ».

 

Jeunesse.

 

Charles Péguy nait à Orléans en 1873. Son père meurt quelques mois plus tard. Le jeune Charles entre en 1880 à l’école annexe de l’Ecole Normale d’Orléans puis fait des études secondaires brillantes au lycée d’Orléans. Il effectue son service militaire au 131ème R.I., puis il finit, après deux échecs, par entrer à l’Ecole Normale Supérieure toujours à Orléans. Charles Péguy est aussi titulaire d’une licence ès lettres (philosophie).

 

Avec son ami André Bourgeois, il loue un appartement et passe ses loisirs à s’intéresser à Jeanne d’Arc.

 

Le Dreyfusard.

 

Mais, jeune adulte, Charles Péguy devient un anticlérical convaincu. Dreyfusard, il défend le capitaine injustement accusé. Il fonde également un groupe socialiste et s’oppose aux partisans de Jules Guesde et leur « socialisme collectiviste ». Longtemps, il soutient Jean Jaurès. Il lance, pour promouvoir ses idées et ses premières œuvres une revue : les Cahiers de la quinzaine. Celle-ci n’atteindra en tirage jamais plus de deux mille exemplaires et finira par être un échec.

 

En 1897, il épouse Charlotte Baudouin avec qui il aura quatre enfants : Marcel (1890) ; Germaine (1901), Pierre (1903) puis Charles-Pierre, enfant posthume né en 1915.

 

 

Le mystique.

 

Vers les années 1907 et 1908, il revient à la religion catholique et peu à peu tombe dans un mysticisme sincère et affiché. En 1910, il fait paraître le Mystère de la charité de Jeanne d’Arc. Il ne manque jamais de montrer en public ses retrouvailles avec la foi. En 1911, il reçoit le prix Estrade-Delcros de l’Académie française. En 1912 et en 1914, il fait le pèlerinage de Chartres, accompagné jusqu’à Dourdan par Alain-Fournier. Parallèlement, il expose dans plusieurs articles et récits son refus du modernisme.

 

« Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,

Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre. [...]

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,

Couchés dessus le sol à la face de Dieu [...]

Heureux les épis murs et les blés moissonnés. »

 

En 1913, la famille s’installe à Bourg la Reine pour permettre au fils aîné de suivre ses études.

 

 

Œuvres.

 

Ecrivain prolifique, parmi ses œuvres restées célèbres, on peut citer : Jeanne d'Arc, 1897 ; De la raison, 1901 ; Notre Patrie, 1905 ; Notre jeunesse, 1910 ; Victor-Marie, Comte Hugo, 1910 ; Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, 1910 ; Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912 ; Le Mystère des Saints Innocents, 1912 ; L'Argent, 1913 ; La Tapisserie de Sainte Geneviève et de Jeanne d'Arc, 1913 ; La Tapisserie de Notre-Dame, 1913 ; Ève, 1913 ; Note sur M. Bergson et la philosophie bergsonienne, 1914.

 

La mort.

 

Fervent patriote, Charles Péguy est nommé lieutenant de réserve au 276ème Régiment d’Infanterie en septembre 1905. Grâce aux travaux du Service historique de la Défense, voici un extrait du Journal du 276ème Régiment d’Infanterie :

 

« La 55ème Division se porte en deux colonnes dans la direction de l’Est. La 110ème Brigade forme la colonne de gauche, le 276ème en avant-garde, dans l’ordre suivant : 6ème bataillon, groupe du 13ème d’artillerie. Itinéraire : Moussy-le-Vieux, Thieux, Nantouillet, Plessis-Lévêque. Arrivé à 1.500 mètres à l’Est de Nantouillet, le lieutenant-colonel détache la 24ème compagnie (lieutenant Jaconcet) pour couvrir le flanc gauche de la colonne dans la direction de Saint-Soupplets et reconnaître les lisières du bois de Tillières. Cette compagnie est contrainte, en cours de route, de détacher un peloton en soutien d’artillerie et ne pourra envoyer par suite qu’une force insuffisante dans le bois.

 

La tête de colonne arrivait à 12h à hauteur de Plessis-Lévêque, où le 276ème devait cantonner. A ce moment, quelques dragons, débris d’un peloton du 23ème, revenaient ventre à terre sur l’avant-garde. Quelques minutes après, des obus, dont le tir était mal réglé, tombaient sur le 6ème bataillon et les batteries du 13ème, qui commençaient à former le parc.

 

Le 6ème bataillon se mit à l’abri des maisons de Plessis-Lévêque. La 21ème compagnie (lieutenant Truillet), reçoit l’ordre de se glisser par petits paquets, dans le bois de Tillières et de le nettoyer jusqu’à sa corne Est. Le mouvement s’opère très lentement à cause de la canonnade très nourrie. Néanmoins la compagnie arrive à pénétrer dans le bois, qui est faiblement occupé. Elle arrive avec ses premiers éléments à la corne Est, mais elle tombe sous des feux nourris d’infanterie. Le capitaine Truillet et l’adjudant-chef Mouty sont blessés et la compagnie conduite par ce dernier, qui n’accuse sa blessure qu’après avoir mis ses hommes à l’abri, reflue en arrière dans le bois, qu’elle ne quitte pas.

 

A 17 heures, le lieutenant-colonel est avisé de l’échec de cette tentative. A ce moment, le feu de l’ennemi s’est sensiblement ralenti. Ordre est donné à la 22ème compagnie (capitaine Dessat) de se porter dans le bois, de rallier les éléments de la 21ème compagnie, et de dégager ce bois, qui était une menace pour notre flanc gauche. Le capitaine Dessat réussit dans sa mission, arrive, à la nuit tombante, à la corne Est du bois, mais tombe dans un guet-apens et est littéralement assassiné par les Allemands, qui, dès les premiers coups de feu, avaient criés : « Ne tirez pas, nous sommes amis ! ». La pénombre avait permis de faire, pour un instant, prendre l’ennemi pour des Anglais ou des Marocains, que l’on savait à proximité.

 

Les hommes des deux compagnies se trouvant sans chef, rentrèrent par petits groupes à Plessis-Lévêque.

 

Le 5ème bataillon était, de son côté, employé d’abord à soutenir l’artillerie, puis à appuyer une attaque de tirailleurs marocains entre Penchard et Villeroy. Le bataillon, lancé à l’attaque sans préparation suffisante de l’artillerie, déploya successivement ses compagnies, mais sa marche en avant fut bientôt brisée, les capitaines Guérin et Hugin, les lieutenants de la Cornillière, Péguy, furent tués, un grand nombre d’homme fut mis hors de combat, et les unités désorganisées furent ralliées sur la 17ème compagnie à peu près intacte. Le 5ème bataillon cantonna à Villeroy.

 

La journée du 5 septembre avait coûté au régiment : 27 tués dont 5 officiers ; 135 blessés dont 2 officiers ; 300 disparus.

 

Le régiment a rassemblé ses divers éléments à 8h. L’ennemi a évacué les positions de Monthyon ».

 



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Publié le 26 Juillet 2009

Soldats portugais au front.

Soldats portugais au front.

Claude Correia, pilier du Souvenir Français du Plessis-Robinson, ancien de la 2ème Division Blindée, nous a communiqué des documents exceptionnels : des photographies du contingent portugais pendant la Première Guerre mondiale. Celles-ci ont été prises par un des premiers reporters photographiques de Guerre : Arnaldo Garcez.

 Claude Correia : « Pendant la Première Guerre mondiale, le Portugal avait envoyé un contingent pour aider les Alliés, sur le front de l’Ouest. Une des principales raisons de cet engagement consistait à combattre partout où cela était possible, l’ennemi allemand, qui avait des visées sur les possessions africaines du Portugal. Et d’obtenir un appui des Anglais. Mon père était de ce contingent. Il participa, entre autres, à la bataille de la Lys, en avril 1918. Le courage des Portugais força l’admiration de l’ensemble des Alliés. Mon père s’en sortit, comme par miracle. Sinon, je ne serais pas là ! »

 La bataille de la Lys.

 D’abord sous commandement britannique, comme le veut la convention du 3 janvier 1917, le contingent portugais prend par la suite l’entière responsabilité du front qui lui est affecté. Le 9 avril 1918, se déroule la terrible bataille de la Lys. Celle-ci consiste à reprendre Ypres aux troupes du IIème Reich. Pendant près de vingt jours, la seconde division portugaise, dirigée par le général Gomes da Costa (qui deviendra en 1926 président de son pays), forte de seulement 20.000 hommes, fait face à huit divisions allemandes, soit près de 100.000 hommes et un feu roulant d’artillerie. La lutte est acharnée. Les Portugais perdent plus de 7.000 hommes et 300 officiers.

 Ceux qui réchappent par miracle du carnage sont retirés du front et envoyés vers l’arrière pour se refaire une santé. En juillet 1918, le général Tomàs Antonio Garcia Rosado est nommé nouveau chef de commandement du CEP (Corps Expéditionnaire Portugais).

 Après l’armistice du 11 novembre 1918, une délégation portugaise participe à la conférence de paix de Versailles. Cette délégation est emmenée par le professeur Egas Moniz. L’une des clauses du traité apporte le port de Kionga (dans l’actuelle Tanzanie) au Portugal (à l’époque le Mozambique et l’Angola sont colonies portugaises).

 Il existe plusieurs monuments et cimetières portugais, ou à la mémoire du sacrifice des soldats portugais sur le front de France. Nous pouvons, par exemple, citer : le monument de la Couture et le cimetière de Richebourg l’Avoué, dans le Pas-de-Calais.

 

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Publié le 27 Juin 2009

 

Origines.

 


Gaston Biron est né à Paris le 19 mai 1885. Seul fils d’une famille de sept enfants, le jeune homme écrit tant qu’il peut à sa mère Joséphine, sans oublier ses sœurs Berthe, Hélène, Blanche, Marguerite, Madeleine et Marie.

 

Blessé le 8 septembre 1916, Gaston Biron meurt trois jours plus tard à l’hôpital militaire de Chartres. L’acte est transmis à la mairie de Gennevilliers le lendemain.

 

« Lettres de poilus ».

 

En 1998, les éditions Taillandier Historia, en collaboration avec les stations locales de Radio France ont publié un livre remarquable : Lettres de poilus. Une lettre de Gaston Biron s’y trouve. La voici :

 

« Mercredi 14 juin 1916


Ma chère Mère,

 

Je suis bien rentré de permission et j’ai retrouvé mon bataillon sans trop de difficultés. Je vais probablement t’étonner en te disant que c’est presque sans regret que j’ai quitté Paris, mais c’est la vérité. Que veux-tu, j’ai constaté, comme tous mes camarades du reste, que ces deux ans de guerre avaient amené petit à petit chez la population civile, l’égoïsme et l’indifférence et que nous autres, combattants, nous étions presque oubliés, aussi quoi que de plus naturel que nous-mêmes nous prenions aussi l’habitude de l’éloignement et que nous retournions au front tranquillement comme si nous ne l’avions jamais quitté.

 

J’avais rêvé avant mon départ en permission que ces 6 jours seraient pour moi 6 jours trop courts de bonheur, et que partout je serais reçu les bras ouverts ; je pensais, avec juste raison je crois, que l’on serait aussi heureux de me revoir, que moi-même je l’étais à l’avance à l’idée de passer quelques journées au milieu de tous ceux auxquels je n’avais jamais cessé de penser. Je me suis trompé ; quelques-uns se sont montrés franchement indifférents, d’autres, sous le couvert d’un accueil, que l’on essayait de faire croire chaleureux, m’ont presque laissé comprendre qu’ils étaient étonnés que je ne sois pas encore tué.

 

Aussi, tu comprendras, ma chère mère, que c’est avec beaucoup de rancœur que j’ai quitté Paris et vous tous que je ne reverrai peut-être jamais. Il est bien entendu que ce que je te dis sur cette lettre, je te le confie à toi seule, puisque, naturellement, tu n’es pas en cause bien au contraire, j’ai été très heureux de te revoir et j’ai emporté un excellent souvenir des quelques heures que nous avons passées ensemble.

 

Je vais donc essayer d’oublier comme on m’a oublié, ce sera certainement plus difficile, et pourtant j’avais fait un bien joli rêve depuis deux ans. Quelle déception ! Maintenant je vais me sentir bien seul. Puissent les hasards de la guerre ne pas me faire infirme pour toujours, plutôt la mort, c’est maintenant mon seul espoir.

 

Adieu, je t’embrasse un million de fois de tout cœur.

 

Gaston. »

 

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Publié le 14 Mai 2009

Nissim de Camondo (copyright Musée des Arts Décoratifs). 

Les origines.

 Etablis à Istanbul, dans l’Empire ottoman, les Camondo, juifs sépharades, font des affaires fructueuses dans le monde de la banque. En guise de remerciements pour services rendus dans le cadre de la réunification italienne, la famille est anoblie par le roi d’Italie Victor-Emmanuel II en 1867.

 Décidant d’optimiser leurs affaires en Europe, les Camondo – Nissim et son frère Abraham-Behor – s’installent en France. Dans leur bagage, âgé de neuf ans : Moïse, qui apprend très vite et devient, comme son cousin Isaac, un financier et un collectionneur important. La famille s’installe au n° 63 de la rue de Monceau à Paris, dans un hôtel particulier. En 1891, Moïse Camondo épouse Irène Cahen d’Anvers. De cette union naissent deux enfants : Nissim, le 23 août 1892, à Boulogne-Billancourt et Béatrice, le 9 juillet 1894.

 Mais le couple formé par Moïse et Irène se sépare rapidement, en 1896. Abandonné par son épouse, Moïse met du temps à se remettre, même si ses enfants restent lui. Le divorce est prononcé en 1901. Puis à la suite des disparitions de sa mère puis de son cousin, Moïse, passionné par l’art du 18ème siècle, fait raser la demeure familiale, en 1912, pour y faire construire un hôtel particulier somptueux, dans la tradition du Petit Trianon de Versailles.

 

 

La jeunesse de Nissim de Camondo.

 Le jeune Nissim reçoit une éducation stricte et patriotique. Il poursuit ses études au lycée parisien Janson de Sailly. Il est de ces milieux de l’aristocratie et de la bourgeoisie parisienne si bien décrits par Marcel Proust. Les Rothschild, les Fould, les Pereire, sont des habitués de la rue de Monceau. En 1911, Nissim de Camondo devance l’appel et s’engage dans l’armée pour y effectuer son service militaire : il est affecté dans un régiment de hussards qui tient garnison dans la ville de Senlis. Il est libéré de ses obligations militaires en novembre 1913, et commence une carrière de banquier au service des titres de la Banque de Paris et des Pays-Bas. 

 

La guerre.

 Nissim de Camondo rejoint l’Armée française dès la déclaration de guerre, le 3 août 1914. Il est sous-lieutenant chez les Hussards. Faisant preuve d’un courage inouï, il s’illustre dès le 21 août et est cité à l’ordre de l’Armée : « Etant de patrouille de découverte avec quatre cavaliers, reçu à coups de fusil au village de Mellet, l’a contourné, mis pied à terre sous le feu pour relever un hussard tombé avec son cheval et, au retour, a abordé résolument une patrouille allemande de onze cavaliers qu’il mit en fuite… ».

 Intéressé par les propos de camarades qui lui enjoignent de poursuivre la guerre au sein des nouvelles unités de l’Armée de l’Air, qui est alors en pleine création, il devient officier observateur, et est rattaché au 21ème Régiment de Dragons (les escadrilles aériennes n’existent pas encore). Il fait encore une fois preuve d’une attitude exemplaire : « Observateur en avion de haute valeur, ayant montré en diverses circonstances de remarquables qualités de courage et de sang-froid, notamment en prenant les photographies du secteur du C.A. devant Verdun, malgré les attaques quotidiennes de plusieurs avions ennemis en groupe puissamment armés ».

 Dans son ouvrage Le Dernier des Camondo, publié aux Editions Gallimard, Pierre Assouline relate le carnet de campagne du jeune Camondo : « 23 décembre 1915 : départ pour les tranchées ; 18 janvier 1916 : visite de Charles de Noailles ; 21 janvier : journée à Malassise et Aumont ; 8 février : vais à Fosseux. Phonographe ; 17 mars : arrivée de papa et Béatrice ; 14-15 mai : Paris ; 22 mai : photos de Verdun. Prise de Douaumont ; 29 juin : premier vol comme pilote et non plus comme observateur. Deux fois dix minutes sous la pluie ; 30 juin : vol à nouveau. Enfin seul. Un quart d’heure ; 28 juillet : départ pour Paris. Arrivée 11h30. Déjeuner avec maman ; 29 juillet : retour de papa de Vichy ; 31 juillet : retour à l’escadrille ; 1er septembre : Champs ; 9 septembre : Paris. Déjeuner et dîner chez Larue avec Ninette ; 12 septembre : chasse à Aumont ».

 Une nouvelle fois, Nissim de Camondo est cité à l’ordre de l’Armée : « Officier commandant la section photographique du corps d’armée, joint à une très grande habileté professionnelle les plus hautes qualités de courage, de hardiesse et de sang-froid. A rendu des services exceptionnels en exécutant au cours de la bataille de l’Aisne, tant comme observateur que comme pilote de monoplan, des reconnaissances photographiques particulièrement dangereuses à très faible altitude sur un appareil de C.A. sans se soucier des attaques des avions ni du feu de terre de l’ennemi. Le 26 avril 1917, son appareil étant gravement endommagé par le feu de l’artillerie ennemie, n’est rentré qu’ayant terminé entièrement sa mission ».

Nissim de Camondo est promu lieutenant. Au sein de l’escadrille MF33, stationnée près d’Embermenil dans le département de Meurthe-et-Moselle, il est un exemple pour tous. Le 5 septembre, alors qu’il revient d’une courte permission effectuée à Deauville, son avion, à bord duquel se trouve également le sous-lieutenant Desessart, est pris en chasse par un appareil allemand. Camondo réussit à abattre l’engin ennemi, mais, également touché, il ne peut éviter un atterrissage en catastrophe. Des témoins voient le biplace disparaître derrière la forêt qui sépare les lignes françaises des allemandes. Ayant appris cette nouvelle, et sans aucune indication de l’Armée française, Moïse de Camondo espère un miracle pendant plus de deux semaines. Puis, un intendant confirme ce que l’on n’osait imaginer : Nissim de Camondo est bel et bien mort au combat ; il est enterré en terre française, à Dieuze, en Moselle, près de Sarrebourg. Même si sa disparition est notifiée en Belgique, à Housse.

 Pierre Assouline : « Qui saura dire la misère d’un père à jamais privé de son fils ? Il n’est pas de plus haute solitude. C’était comme s’il avait planté un arbre, qu’il l’avait amoureusement entretenu pendant toute sa jeune vie et qu’au bout de vingt ans, sans raison apparente, la foudre le déracinait brutalement ».

 Ce destin horrible amène Moïse de Camondo à léguer toute sa fortune et ses biens à L’Union des Arts Décoratifs (Musée des Arts Décoratifs). Jusqu’à sa mort, en 1935, il achète des œuvres d’art pour compléter une donation déjà exceptionnelle.

 

1943.

 Mais la tragédie ne s’arrête pas là. Béatrice de Camondo épouse en 1920 Léon Reinach. De cette union naissent deux enfants : Fanny, en 1920, puis Bertrand en 1923. En 1943, tous sont arrêtés et envoyés au camp de Drancy. Léon et ses enfants sont déportés à Auschwitz quelques jours plus tard. En 1944, c’est au tour de Béatrice. Aucun d’eux ne reviendra. 

 

Le musée.

 Aujourd’hui, le musée Nissim de Camondo, situé au 63 de la rue de Monceau, renferme des collections inestimables de meubles, de commodes, de secrétaires à cylindre, d’œuvres (estampes, toiles, dessins…) du 18ème siècle. Il est ouvert du mercredi au dimanche de 10h00 à 17h30.

 Un peu d’éternel, ou tout au moins de durable, était entré dans la composition de cet éphémère… Marcel Proust.



 

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