Publié le 14 Août 2011

 

STO 3

 

Le tournant de 1942.

 

Début 1942, en conséquence immédiate de la prise de conscience d’une guerre longue et difficile à venir, l’ensemble des territoires occupés par l’armée allemande et leurs ressources économiques doivent désormais être utilisés pour soutenir l’effort de guerre. Fritz Sauckel(8) et son représentant particulier en France, Julius Ritter(9) se voient confier, en mars 1942, la mission de mobiliser la main d’œuvre des pays occupés au profit de l’effort de guerre allemand. En France, Pierre Laval revient à la tête du gouvernement, le 18 avril 1942, sous la pression allemande. Il est aussitôt confronté à l'exigence des autorités d’occupation qui lui réclament 350.000 ouvriers. En juin 1942, le gouvernement français parvient à un difficile compromis avec les allemands, ce qui lui permet, dans un premier temps, de sauver la face devant l’opinion publique française(10). La France fournira immédiatement 150.000 ouvriers en échange de 50.000 prisonniers de guerre, rendus à leur foyer. C'est la « Relève ».

 

Afin de justifier cette politique auprès de l’opinion publique, une opération de propagande accompagne, le 11 août 1942, à Compiègne, l'arrivée du premier train de prisonniers : 1.200 agriculteurs qui resteront les seuls bénéficiaires tangibles de cette politique. Elle n’obtient pourtant pas le succès escompté en dépit des avantages accordés aux volontaires (salaires élevés, prime de séparation). Fin 1942, les résultats sont donc loin d’être à la hauteur des espérances. Furieux de ce manque d’efficacité, Fritz Sauckel refuse d'appliquer l'accord de juin 1942 permettant le retour de prisonniers de guerre. Pour obtenir des résultats concrets, le gouvernement va devoir employer des méthodes de plus en plus coercitives vis-à-vis de la population française. Par une loi du 16 février 1943, Laval met en place le Service du travail obligatoire pour les jeunes gens nés en 1920, en 1921 et en 1922(11). Des sanctions sont prévues pour les réfractaires. Les exigences allemandes se font chaque fois plus sévères. En 1943, Fritz Sauckel réclame désormais un million de travailleurs. Une seconde loi en février 1944 durcit encore la situation. Elle réquisitionne tous les hommes de seize à soixante ans et toutes les femmes sans enfants de dix-huit à quarante-cinq ans si leur maintien dans un emploi en France n'est pas indispensable à l'économie nationale.

 

Les travailleurs sont envoyés dans des établissements industriels allemands(12) pour remplacer une main d’œuvre non qualifiée. Au total, un peu moins de 650.000 français vont partir travailler en Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944. Les estimations les plus récentes considèrent que 35.000 d’entre eux y ont perdu la vie(13). Au cours de cette période, la France sera, en nombre d’hommes mobilisés, le troisième contributeur européen à l’effort de guerre allemand après la Pologne et la Russie. A la différence de ces deux pays ayant perdu toute autonomie politique, l’Etat français se distinguera et organisera, pour le compte de l’occupant, l’envoi en Allemagne des travailleurs français. En plus des personnes relevant strictement du service du travail obligatoire, la situation des personnes impliquées dans le travail au service de l’Allemagne comprend des situations diverses. Les victimes du S.T.O. ne sont les seules à travailler pour l’Allemagne. Au cours des deux premières années d’occupation, la propagande allemande essaye d’attirer volontairement en Allemagne une main d’œuvre désœuvrée et qualifiée. Au début de 1942, 60.000 personnes travaillent déjà en Allemagne. Au total, en sus des requis du S.T.O., environ 200.000 personnes seront des travailleurs volontaires et 250.000 prisonniers de guerre seront utilisés de gré ou de force comme travailleurs sur le territoire allemand.

 

On le voit les lignes de démarcation entre les statuts ne sont pas si claires. Cette difficulté a contribué à des controverses durables dans l’après guerre. Comme en témoigne l’histoire désormais célèbre de Georges Marchais, secrétaire général du Parti Communiste Français (1970-1994), il fut accusé après la guerre d'avoir été volontaire en Allemagne chez Messerschmitt et non pas envoyé au S.T.O contre son gré. Selon son biographe, Marchais ne fut ni volontaire ni requis du S.T.O. Il fut muté en Allemagne par l'entreprise qui l'employait déjà en France depuis 1940. Son parcours est comparable au sort de milliers de Français, contraints de travailler pour les Allemands en France ou en Allemagne.

 

Au final, les résultats obtenus part les autorités françaises en termes de travailleurs réellement envoyés en Allemagne n’ont jamais satisfait complètement les exigences des autorités allemandes. le S.T.O. apparaît donc comme un double échec, tant du point de vue du Reich que pour la politique de collaboration du gouvernement de Pierre Laval. D’abord destinée à adoucir le traitement réservé à la France, la collaboration doit également assurer une nouvelle place favorable dans l’Europe sous la domination du Reich de l’après guerre. Cette politique et ses conséquences pour les jeunes français fut largement une illusion. Le travail obligatoire a provoqué, en 1943, la première fissure grave entre la population et Vichy. Il figure au premier rang des reproches adressés au régime. Si la majorité des Français peut conserver une attitude attentiste jusqu’en 1943 et se référer à l’image rassurante du Maréchal, le service du travail obligatoire va désormais obliger les individus à prendre position pour ou contre Vichy. Se soumettre implique de devoir partir travailler pour l’Allemagne. Le premier effet tangible du S.T.O. a donc été de jeter dans la Résistance une part très importante des jeunes gens menacés. Beaucoup d'entre eux préféreront rejoindre les maquis plutôt que de partir pour l'Allemagne. On peut considérer que cette loi de 1943 a d’abord été un magnifique cadeau pour les capacités de recrutement de la Résistance intérieure. Des actions d’éclats ont été menées spécifiquement contre le service du travail obligatoire. La mémoire d’une des actions les plus célèbres de la Résistance est conservée par une plaque gravée à l’entrée du ministère du Travail. Le 25 février 1944, au siège du S.T.O., 3, place de Fontenoy, un commando dirigé par Léo Hamon pénètre dans les locaux et réussit la destruction du fichier administratif des appelés de la classe 42, appelés à partir travailler en Allemagne(14).

 

Après la guerre.

 

Après la guerre, les enjeux de mémoire ont provoqué une dernière controverse importante et a concerné le statut juridique des victimes du S.T.O. La loi du 14 mai 1951 a créé un statut donnant aux victimes du service du travail obligatoire en Allemagne la qualité de personnes « contraintes au travail en pays ennemi ». La fédération regroupant les français astreints au travail obligatoire a choisi le titre de « Fédération nationale des déportés du travail ». Les associations de déportés ont intenté des actions judiciaires contre l'appellation choisie par les anciens du S.T.O. Un arrêt de la Cour de cassation en date du 23 mai 1979 a interdit à cette fédération d'user des termes de déporté ou de déportation. Saisie de nouveaux recours, la Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a confirmé le 10 février 1992 ses arrêts précédents, en déclarant que « seuls les déportés résistants et les déportés politiques, à l'exclusion des personnes contraintes au travail en pays ennemi », pouvaient se prévaloir du titre de déporté. C'est donc cette jurisprudence qui s'applique actuellement.

 

A l'occasion des cérémonies marquant le cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1995, le retour des victimes du S.T.O. a été tout spécialement célébré le 11 mai 1995 à Paris au cimetière du Père-Lachaise, face au mémorial où repose une victime inconnue du Service du Travail Obligatoire. Dernière avancée, un arrêté en date du 16 octobre 2008, a accordé une carte officielle aux victimes du Travail Forcé en Allemagne nazie.

 

 

 

Luc Tessier

Docteur en économie – Enseignant à l’Université Paris-Est, Marne-la-Vallée.

 

 

Sources :

·         Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

·         Homburg Heidrun, Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543..

·         Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manoeuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

·         Jean Quellien, Bernard Garnier Françoise Passera Collaboration(s), La Main-d'oeuvre Française Exploitée par le IIIe Reich (2003) 704 p. (2003) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) CNRS : UMR6583 – Université de Caen

·         Patrice Arnaud, Les STO - histoire des Français requis en Allemagne nazie, Paris, CNRS Editions, 2010, 592 p.

·         Jacques Evrard, La Déportation des travailleurs français dans le IIIe Reich, Fayard, Les grandes études contemporaines, Paris, 1972.

·         Patrice Arnaud, Les Travailleurs civils français en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale : travail, vie quotidienne, accommodement, résistance et répression, thèse de doctorat, Université de Paris-I, 2006, 1942 p.

·         Jacques Martin, Carnets de guerre, en collaboration avec Julie Maeck et Patrick Weber, 2009, Casterman.

·         Françoise Berger, L’Exploitation de la main-d’œuvre française dans l’industrie sidérurgique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, Revue d'histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 2003.

·         J.-P. Azema & F. Bedarida dir., La France des années noires, 2 vol., Seuil, 1993 (rééd. 2000)

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande 1940-1944, Seuil, 1995

·         J. Jackson, La France sous l'Occupation, 1940-1944, Flammarion, Paris, 2004

·         J.-P. Azéma, De Munich à la Libération, Le Seuil, Paris, 1979 (Nouvelle Histoire de la France contemporaine), 5e éd. rev. et aug., 1996

·         J.-P. Azéma & F. Bédarida dir., La France des années noires, 2 volumes, Le Seuil, Paris, 1993

·         J.-P. Azéma & O. Wieviorka, Vichy et les Français, Fayard, Paris, 1992  Vichy 1940-1944, Perrin, Paris, 1997 / M. O. Baruch, Le Régime de Vichy, La Découverte, Paris, 1996

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande, Le Seuil, Paris, 1995 / É. Conan & H. Rousso, Vichy un passé qui ne passe pas, Fayard, Paris, 1994

·         Le Régime de Vichy, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 2007.

·         La Main-d'œuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque international de Caen (novembre 2001), Centre de Recherche d’Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, J. Quellien et F. Passera

 

Notes de lecture

[1] « un des aspects les plus surprenant de cette guerre est que Hitler ait voulu éviter à son peuple les épreuves que Churchill et Roosevelt imposèrent au leur sans hésiter » P.304, Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

2 Id page 311

3 Homburg Heidrun. Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543.

4 On peut citer le cas de l’entreprise AIR-ÉQUIPEMENT à Bois-Colombes fin 1942, des techniciens, ouvriers et tourneurs, ont été arrêtés sur leur lieu de travail ou bien convoqués et enfermés à la caserne Mortier à Paris, avant leur départ pour Berlin. Les parents et familles ont été avisés par courrier de leur apporter bagages et nécessaire pour y passer la nuit.

5 Le cas des usines Morane-Saulnier est exemplaire. Ses dirigeants refusèrent en 1940 la collaboration économique immédiate avec l’occupant, les ateliers furent mis sous tutelle et en partie démantelés par l’armée allemande. Des ateliers de maintenance aéronautique et une fabrication d’appareils allemands furent conservés en France pour les besoins de la Luftwaffe sous un contrôle absolu de l’occupant. Ces ateliers furent très durement bombardés par l’aviation alliée et ne purent jamais redémarrer à la Libération en raison de la disparition totale de l’outil de production.

6 Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manœuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

7 Un colloque international d’histoire a été organisé à Caen en décembre 2001 pour aborder le problème de l'exploitation de la main-d'œuvre française par le Troisième Reich dans la totalité de ses dimensions. Ainsi, tout en accordant une place centrale au travail obligatoire, institué par les lois de Vichy de septembre 1942 et février 1943 (créant le STO), d'autres formes de travail pour le Troisième Reich ont été examinées : le volontariat, dont l'importance a longtemps été sous-estimée ; le travail, en France même, dans les usines ou les multiples chantiers ouverts par les Allemands, en premier lieu ceux du Mur de l'Atlantique. Sous l'angle politique, le Service du Travail Obligatoire a fortement contribué à renforcer l'hostilité envers l'occupant, mais aussi à détacher de nombreux Français du régime de Vichy et de sa politique de collaboration. Enfin, a été posée la question des enjeux de mémoire, notamment autour du statut des requis, contraints de renoncer au titre de "déportés du travail" et à la longue bataille menée par leur fédération en vue d'obtenir la reconnaissance officielle de la nation et une certaine réhabilitation auprès d'une opinion parfois portée à les considérer avec distance

8 Fritz Sauckel (1894-1946) était un responsable nazi. Il organisa les déportations de travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne. En 1946, Il fut condamné à mort pour crimes de guerre au procès de Nuremberg et pendu.

9 Colonel SS, il est abattu le 28 septembre 1943 par un commando de résistants appartenant au groupe Manouchian. Leur destin a été popularisé par un texte de louis Aragon et mis en chanson par Léo Ferré.

10 Voir le site internet http://www.universalis.fr/encyclopedie/service-du-travail-obligatoire/

11 François Cavanna, fils d’émigré italien, évoque magnifiquement le S.T.O. dans un de ses romans à succès, « Les Russkoffs », éditions Belfond, prix interallié 1979. Envoyé à Berlin, il est affecté à la fabrication d'obus, où il rencontre Maria, une jeune Ukrainienne, son grand amour des années 1943-45. Il décrit également la violence particulière appliquée par les autorités allemandes envers les travailleurs de l’Est.

12 Certains d’entre eux seront également affectés dans l’administration, les chemins de fer allemands ou beaucoup plus rarement dans l’agriculture.

13 Le nombre exact de victimes du STO a fait l’objet de nombreuses exagérations. Le chiffre donné ici est le plus prudent, il comprend les victimes de guerre, les décès liés aux mauvaises conditions de vie et les exécutions.

14 Il est paradoxal de noter qu’il s’agit là d’une des contributions principales de Vichy à la reconstruction de l’appareil administratif français d’après guerre. Les premiers travaux de suivi statistique de la production industrielle et les premières constitutions de fichiers concernant la main d’œuvre ont été organisé pendant l’occupation par cette administration pour les besoins de la planification de la production de guerre et pour répondre aux exigences allemandes. Ils seront à l’origine de la création de l’INSEE dans l’immédiate après guerre.

 

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Publié le 14 Août 2011

 

Comme toutes les communes des Hauts-de-Seine, et d’ailleurs, La Garenne-Colombes a eut à souffrir du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les victimes civiles de ce conflit, et qui sont nombreuses dans le carré militaire de cette ville, figurent bien souvent des hommes morts en Allemagne du fait de ce STO.

 

Exploiter les ressources françaises.

 

La relation qui s‘établit entre la France et l’Allemagne à partir de la défaite de juin 1940 se caractérise par une mise en exploitation progressive de l’ensemble des ressources de la France au service de l’Allemagne. Si le S.T.O. n’en constitue qu’un aspect parmi d’autres, il s’inscrit dans un contexte plus global de collaboration économique de la France au service de l’Allemagne. Malgré l’ampleur des spoliations, il ne fut jamais pour le IIIème Reich qu’un pis -aller destiné à redresser une situation de son économie de guerre de plus en plus difficile. Du côté français, malgré tous ses renoncements, le gouvernement de Vichy ne fut jamais en mesure de s’opposer aux exigences allemandes, ni même en situation de les satisfaire pleinement.

 

Entre septembre 1940 et la fin 1941, pendant la première partie de l’Occupation, les autorités allemandes se contentent d’une politique de pillage des actifs économiques les plus intéressants. Du point de vue de l’armée allemande, la France doit d’abord fournir des moyens économiques nécessaires à de futures campagnes militaires. Au cours de cette période, des usines jugées stratégiques sont mises sous séquestre, les matières premières et les machines outils sont emportées en Allemagne. Albert Speer, un des principaux dirigeants nazis et artisan majeur de la mobilisation économique du Reich, a souligné, à plusieurs reprises dans ses mémoires(1) cette vision trop optimiste et surtout erronée d’une guerre à court terme. Dès 1942, il estime qu’il manque, dans l’industrie allemande, un million d’hommes nécessaire à la production de guerre(2). Il déclarera, après la guerre, que le retard pris par l’Allemagne pour la mobilisation totale de ses ressources productives en 1940 et 1941 fut certainement sa plus grande erreur stratégique à l’origine de sa défaite finale. Il exercera une influence déterminante dans le glissement rapide d’une politique de pillage vers une politique plus rationnelle de mise en exploitation maximum du potentiel économique des pays occupés.

 

Dans cette nouvelle configuration, l’industrie française doit assurer une fonction primordiale de sous-traitance auprès de l’industrie allemande. Dès l’été 1941, dans les secteurs jugés prioritaires, les entreprises françaises sont submergées par les commandes de leurs partenaires du Reich. Cette politique ne se met pas en place sans quelques contradictions et ratages, y compris du point du vue de l’occupant et de l’efficacité économique des moyens industriels à son service(3).

 

Collaboration économique active.

 

A partir de 1942, une collaboration économique active de la part des entreprises françaises, des carnets de commandes pleins et des flux de production orientés quasiment exclusivement vers l’Allemagne ne les protègent pas systématiquement des réquisitions possibles d’outillages et de personnels(4). Si la France ne subit pas les mêmes exactions et la mise en coupe réglée des territoires situés à l’Est, le pays devient pourtant le meilleur fournisseur industriel de l’Allemagne. Il utilise pleinement sa main-d'œuvre pour cette production : plus de deux millions de salariés travaillent en France pour le compte de l’Allemagne. Les indemnités journalières prévues par la convention d’armistice s’élèvent à environ 400 millions de francs par jour dont une part très importante sert à financer les achats allemands. Ainsi en 1943, en France, 50% du trafic ferroviaire, 80% de la sidérurgie, 85% de la branche automobile, 90% de l'aéronautique, l'essentiel du BTP sont au service exclusif de l'effort de guerre allemand. Des secteurs moins directement stratégiques ont également largement contribué à l’effort. Ainsi sur l’ensemble de la période 1940-1944, l’industrie électrique française a assuré plus de 30% de son activité à partir des commandes allemandes.

 

De tels niveaux de production ne peuvent pas être réalisés sans une acceptation, voire une recherche systématique, des commandes allemandes. La collaboration économique du patronat français a fait l’objet de nombreuses enquêtes et poursuites judiciaires à la Libération. A la décharge des industriels, ils n’ont pas à l’époque de nombreux choix alternatifs. Les usines refusant de collaborer avec l’occupant risquent la réquisition immédiate, voire le démantèlement et le transfert des outillages vers l’Allemagne dès lors qu’elles comportent le moindre intérêt stratégique pour l’occupant. L’armée allemande est, à cette période, le seul client payant ses factures rubis sur l’ongle. La justification principale avancée après-guerre pour la défense des industriels à la collaboration économique est plus subtile : la production locale au service des commandes de l’ennemi permettait de conserver une production nationale à destination du marché français. Non sans une part de vérité, il s’agissait de protéger l’emploi local et l’outil de production sur le territoire. Ces argumentaires de défense seront très souvent utilisés par des directions d’entreprises. Le cas de Louis Renault est emblématique de la période. Il meurt en octobre 1944 certainement victimes de mauvais traitement dans sa cellule à la Prison de Fresnes. Son crime n’est pas d’avoir organisé la réouverture de ses usines au service de l’Allemagne mais d’avoir utilisé la période pour mener une politique de répression antisyndicale qui a conduit directement plusieurs militants syndicaux de l’entreprise en déportation. Pour éviter un chômage de masse, la production chez Renault redémarre en octobre 1940 avec l’assentiment de la CGT. Les usines Renault sont alors un cible évident pour les alliés et très largement détruites par un bombardement anglais en 1942(5).

 

A Lyon, Les usines Berliet suivent la même trajectoire et la même accusation de répression antisyndicale conduira Marius Berliet en prison. Le second argument de défense des industriels souligne l’importance des actions de résistance menées dans les ateliers. Le sabotage et le freinage de la productivité sont des moyens certains de se soustraire aux exigences allemandes. Pour lutter contre ces résistances, les autorités allemandes ont systématiquement renforcé leur contrôle sur la production. En septembre 1943, à la suite d’un accord signé entre Albert Speer et Jean Bichelonne, le ministre français de la production industrielle, les entreprises françaises les plus stratégiques mobilisées dans la production de guerre sont directement placées sous le contrôle d’une entreprise allemande « marraine » chargée de diriger l’ordonnancement des productions, y compris dans certains cas avec l’envoi de techniciens allemands pour superviser directement les ateliers sur place.

 

Remplacer les travailleurs allemands.

 

A partir de l’année 1942, les premières difficultés sérieuses rencontrées par l’armée allemande sur le front russe amènent le gouvernement du Reich à accentuer la pression exercée sur la population allemande. Un nombre croissant de travailleurs allemands, non indispensables à la production industrielle, sont mobilisés et envoyés au front en Russie. L’Allemagne nazie perd alors rapidement ses illusions d’une guerre courte et victorieuse permettant d’épargner à la population civile des efforts démesurés. En raison de la diminution rapide de la main d’œuvre nationale disponible, les entreprises du Reich se voient contraintes à utiliser une main d’œuvre étrangère, souvent très peu formée, pour éviter la paralysie totale de leurs activités ou, pire encore, la réquisition administrative de leurs usines par les autorités. Leur situation et leurs options ne peuvent pourtant se réduire à la seule contrainte exercée par les autorités politiques. Dans certains cas, les stratégies d’optimisation économique des capacités de production et de rentabilité ont pu amener les entreprises allemandes à privilégier l’emploi systématique d’une main d’œuvre de travailleurs étrangers forcés plutôt que de recourir à des investissements beaucoup plus coûteux pour développer leur production(6). Elles choisissent alors clairement de substituer le capital par du travail bon marché.

 

Entre 1939 et 1945, au fur et à mesure de la dégradation de la situation économique et militaire du Reich, il est possible de caractériser une trajectoire des grandes entreprises industrielles allemandes. Au-delà de toute considération morale, la situation de ces entreprises évolue d’une situation relativement favorable au début de la guerre où la production civile et militaire est réalisée exclusivement avec des travailleurs allemands, vers une situation de plus en plus dégradée du point vue de l’efficacité industrielle. L’utilisation massive de travailleurs étrangers peu coopératifs pour assurer une production de plus en plus militaire et de moins en moins civile n’a pas contribué à optimiser l’efficacité de l’appareil industriel ni à satisfaire les besoins de base de la population, entrainant par là même un divorce progressif entre la population allemande et le gouvernement.

 

Dans les derniers mois de la guerre, la situation catastrophique du Reich amènera les dirigeants industriels allemands à utiliser presque systématiquement des travailleurs forcés pour simplement assurer une production minimum d’armement. Le déplacement à l’Est, pour des raisons de sécurité, des activités industrielles très menacées par les bombardements massifs des anglo-américains est organisé à grande échelle. Les plus grandes entreprises allemandes utilisent alors systématiquement des travailleurs fournis par l’administration SS des camps de concentration avec les résultats humains que l’on connait. Pour autant, ces entreprises n’ont pas complètement perdu certaines marges de manœuvre. Les travaux des historiens allemands ont montré que les conditions matérielles d’existence des travailleurs forcés recouvrent une grande diversité de situations locales en raison des comportements personnels des ingénieurs, des contremaitres et des chefs d’entreprises en charge de l’organisation pratique de l’exploitation de la main d’œuvre(7).

 

STO 2

 

 

 

 

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Publié le 7 Août 2011

Anori

 

 

Sous le patronage du général de division Patrick RIBAYROL,

Commandant les écoles militaires de Draguignan,

Commandant l’École  de l’Infanterie,

 

le lieutenant-colonel (h) Patrice FICHET, président,

et les membres du conseil d’administration de l’ANORI

ont l’honneur de vous convier à assister

aux cérémonies de la célébration de la Saint Maurice, patron des Fantassins,

 

 

le vendredi 16 septembre 2011     : Ravivage de la Flamme sous l’Arc de Triomphe

(Rassemblement terminé à 17h45 en haut des Champs Elysées)

avec la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et mécanisés

et la fanfare du 27ième BCA

 

***

 

le samedi 17 septembre 2011 à 16h au Fort-Neuf de Vincennes

 

Dépôt de gerbe à la plaque en l’honneur des élèves des Préparations Militaires

à l’initiative du Conseil de Région Ile de France de l’UNOR (rassemblement terminé à 15h45)

 

Commémoration des combats de SIDI-BRAHIM

et cérémonie de transmission du Drapeau des Chasseurs du 27ème BCA au 7ème BCA

 

 

 

 

A l’issue,

 

Buffet amical de la FNAC

Grâce à l’hospitalité de la Fédération Nationale des Amicales de Chasseurs à pied, alpins et mécanisés, il est possible, dans la limite des places disponibles, de participer au buffet amical qui clôturera la journée au Château de Vincennes (prix 18€ par personne). Inscription obligatoire avant le 5 septembre 2011.

 

*

 

 

Pour toute ces manifestations :

 tenue 21 (interarmées C) ou civile sombre - Se munir de cette invitation

RSVP à l’aide du bulletin ci-joint avant le 5 septembre 2011.

 

Pour de plus amples informations et éventuellement les modifications de dernière minute des cérémonies, connectez vous sur le site de l’ANORI : http://anorinfanterie.free.fr

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Publié le 15 Juillet 2011

 

 

 

 3ème RIMA - 1960

 

 

 

Marsouins du 21ème RIMA – 3ème section – Secteur d’Aïn Zerga en 1960 (copyright Jean-Pierre Vanneau).

 

 

Une enfance châtenaisienne.

 

Parmi les quatorze tombes du carré militaire du cimetière « nouveau » de Châtenay-Malabry, figurent Jean-Louis et François Benoit. « Bien sûr ce sont les jumeaux ! » ont été les premiers mots entendus quand nous avons commencé à chercher des renseignements. Et l’Etat civil a donné son verdict. Jean-Louis Henri Maurice Benoit est né le 8 mars 1939 à Paris, dans le 13ème arrondissement. Il est le fils de Maurice (il n’y a que cette indication) et Marthe de Bonnedeau, domiciliés à Châtenay-Malabry, rue Claude Monet. Quant à François Guy Benoit, il nait le 27 juillet 1939 à Douala, au Cameroun. Il est le fils de Guy Charles Benoit et d’Emma Dupuy.

 

« C’était bien des jumeaux », indique Monsieur Jean-Claude Laronde, aujourd’hui porte drapeau du Souvenir Français de Châtenay-Malabry. « Du moins, rectifie-t-il, il y aurait à redire. Nous étions ensemble à l’école élémentaire Thomas Masaryk de Châtenay et peut-être bien que le premier à les avoir appelés les jumeaux était le maître d’école. Et après, nous avons tous pris cette habitude. On ne se posait pas plus de questions que cela. Nous n’avions qu’une dizaine d’années… En plus, comme il y avait une certaine ressemblance, on n’est jamais allé chercher plus loin. Par la suite, je les ai perdu de vue ».

 

Par la suite, comme la très grande majorité des jeunes gens qui ont vingt ans à la fin des années 1950, direction l’Algérie !

 

  

Embuscade à Bir-Rezala.

 

Les informations inscrites sur l’état signalétique et des services de François Benoit, fourni par le Bureau central d’archives administratives militaires de la caserne Bernadotte de Pau, signalent un « appelé à l’activité » le 2 septembre 1959. Le jeune homme est affecté au Groupe de Transport n°500 pour ses classes. Nommé brigadier le 1er février 1960, il est transféré à la 281ème Compagnie de Circulation Routière le 29. Le 21 juin 1960, il embarque à Marseille et arrive à Philippeville, en Algérie, le lendemain. Il est alors nommé à la 3ème compagnie du 43ème régiment d’infanterie.

 

Le 43ème RI, descendant de l’illustre « Régiment des vaisseaux » créé sous l’Ancien régime, en 1638, fait à l’origine partie de ces unités chargées de servir sur les bateaux et dans les colonies. L’un de ses premiers chefs de corps est le cardinal Armand Jean du Plessis de Richelieu. Juste retour des choses en 1960…

 

Cette année-là marque la fin du plan du général Challe qui aboutit à la victoire de l’armée française sur le terrain, même si au global la situation est loin d’être pacifiée : les attentats continuent ; çà et là, des groupuscules font régner la terreur. La France a maintenant près de 400.000 hommes sur le terrain et cela ne suffit toujours pas. Toute victoire militaire ne peut rien sans solution politique. La situation semble inextricable. Le général de Gaulle le sait plus que quiconque. A Alger, Joseph Ortiz et Jean-Jacques Susini montent les Français les uns contre les autres. Le 14 juin, le président de la République française demande une nouvelle fois l’arrêt des combats et parle ouvertement d’un vote d’auto-détermination du peuple algérien sur son avenir.

 

François Benoit n’a que faire de la politique. Il est militaire. Il obéit aux ordres donnés par son supérieur. Quotidiennement, il participe avec son escouade à ces opérations de pacification, que l’on appelle à l’époque « de maintien de l’ordre ». Placé dans le secteur de Djidjelli, il tombe malheureusement dans une embuscade le 26 juillet 1960 dans la région de Bir-Rezalla et y est mortellement blessé. A titre posthume, il reçoit la médaille militaire et la croix de la valeur militaire avec palme.

 

Chez les marsouins.

 

Jean-Louis Benoit est appelé le 4 mai 1959 et est affecté au 2ème régiment de marche du Tchad. Libérable le 1er novembre 1960, il est maintenu sous les drapeaux, selon l’article 40 de la loi du 31 mars 1928, réactivée en 1956 par le gouvernement de Guy Mollet, et est alors dirigé le 14 novembre vers le 21ème RIMA (régiment d’infanterie de marine). Il devient marsouin, nom donné aux militaires de ces unités et provenant de ce petit cétacé qui accompagne souvent les navires (les militaires de l’infanterie coloniale ne participant à la navigation).

 

Jean-Louis Benoit débarque à Bône, en Algérie, le 15 novembre 1960. Au premier jour de l’année 1961, il est nommé au grade de caporal. Galons qu’il a peine le temps de fêter : il est tué le 24 février 1961, dans la région de Bekkaria.

 

Le Journal officiel du 17 juin 1961 publie le décret du 10 juin par lequel Charles de Gaulle, président de la République, décrète la médaille militaire à Jean-Louis Benoit, caporal au 21ème régiment d’infanterie de marine : « Chef de voiture particulièrement courageux et mordant, dans la nuit du 24 au 25 février 1961, comme chef de patrouille, s’est porté avec rapidité malgré les tirs de mortiers, de mitrailleuses et de canons S.R., au secours du poste de « Pharandole » (zone sud-est Constantinois) attaqué. Arrêté par des éléments rebelles infiltrés près du barrage, a riposté immédiatement avec sa mitrailleuse puis avec son half-track d’appui. S’est élancé sous un tir très dense à hauteur du premier véhicule du peloton blindé d’intervention pour lui désigner les emplacements repérés. A été mortellement blessé dans cette action au cours de laquelle il a montré toutes ses qualités de chef. Restera pour ses camarades, un exemple permanent de courage et du dynamisme. Cette concession comporte l’attribution de la croix de la valeur militaire avec palme ».

 

Deux frères ? Deux cousins ? Finalement, peu importe. Pour l’éternité, François et Jean-Louis Benoit sont l’un à côté de l’autre dans le petit carré militaire de Châtenay-Malabry.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

·  Ville de Châtenay-Malabry : www.chatenay-malabry.fr

·  Informations et entretiens avec Monsieur Torre et Monsieur Laronde, Châtenay-Malabry, mars 2011.

·  Site : http://copainsdavant.linternaute.com  : page de Jean-Pierre Vanneau.

·  Etats signalétiques et des services de François Benoit et Jean-Louis Benoit, fournis par le Bureau central d’archives administratives militaires (Caserne Bernadotte de Pau).

·  Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·  Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·  Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·  Georges Fleury, Nous les combattants d’Algérie, François Bourin Editeur, 2010.

 

 

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Publié le 2 Juillet 2011

 

 

Congres national 2011 009

 

 

Paulette Levalleur-Steudler et Roger Levalleur au congrès national du Souvenir Français – Paris, avril 2011.

 

 

L’engagement.

 

Avril 2011 : à l’occasion du congrès national de notre association, nous rencontrons Paulette Levalleur-Steudler et son époux Roger. Membres du Souvenir Français de Neuilly, ils sont de toutes les commémorations et se consacrent sans relâche au Devoir de Mémoire.

 

Paulette Levalleur : « Il y a un grand nombre d’années, j’ai rencontré, lors d’un dépôt de gerbes au cimetière ancien de Neuilly, un personnage portant le drapeau du Souvenir Français. Après une courte discussion, je me suis engagée avec mon époux au Comité de Neuilly-sur-Seine». Mais en fait, l’engagement patriotique de Paulette Levalleur remonte au début de la Seconde Guerre mondiale, en ces temps où ceux qui suivaient un certain général de Gaulle n’étaient pas si nombreux…

 

Paulette Levalleur : « Je suis née à Saint-Leu-la-Forêt le 11 mai 1921 d’une maman française d’Alger et d’un papa suisse, de Neufchâtel. Mon père ayant trouvé une situation à Londres, notre famille le rejoignit en Grande-Bretagne en septembre 1936. J’ai été élevée dans le culte de la France une et indivisible, comme le dit si bien notre constitution de 1958, et dans l’amour de la Patrie. Pour mes parents le respect des valeurs et le caractère sacré de leurs drapeaux respectifs étaient des éléments essentiels. Nous avons vécu l’invasion de la France avec douleur et déchirement. Aussi, quand le général de Gaulle a lancé son appel en juin 1940, je n’ai pas hésité et je me suis engagée dans les Forces Françaises Libres ».

 

Les Forces Françaises Libres sont créées par le général de Gaulle le 1er juillet 1940. Elles sont divisées en trois unités : les forces terrestres, navales et aériennes. Les forces terrestres sont formées de soldats de métier et d’appelés de l’armée de terre française, qui rejoignent Londres comme ils peuvent, des hommes du colonel Béthouart, commandant le corps expéditionnaire en Norvège (ils viennent de remporter la bataille de Narvik mais ont dû laisser le pays aux troupes du Reich) et de civils qui s’engagent. De moins de 2.000 hommes en juillet 1940, elles passent rapidement à plus de 3.000 le mois suivant. Les forces navales rassemblent environ un millier de marins sous le commandement de l’amiral Muselier, et les forces aériennes regroupent environ 300 pilotes et mécaniciens.

 

Trois années plus tard, les Forces Françaises Libres seront fortes de près de 75.000 hommes !

 

Paulette Levalleur : « L’engagement était naturel pour moi. Je ne sais même pas si j’ai réfléchit aux conséquences de mon acte. J’ai donc signé selon la formule en vigueur : « Pour la durée de la guerre, plus trois mois ». J’étais affectée à des tâches de secrétariat aux services du Renseignement. Tous les jours, je venais travailler au quartier général de la France Libre à Delphin Square. J’y rencontrai des personnages extraordinaires. Par exemple, le colonel Passy (NB : André Dewavrin, qui mit en place les services secrets de la France Libre) était un grand personnage, aimé et apprécié de nous tous, ainsi que le colonel Rémy (NB : Gilbert Renault fut l’un des agents secrets français les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale). Et puis, bien entendu, plusieurs fois par an, nous avions l’honneur de prises d’armes et de revues devant le général de Gaulle. Je travaillais sur toute une série de dossiers. J’œuvrais entre autres dans le cadre de la correspondance avec la Résistance, pour indiquer des mouvements de troupes, des emplacements de rampes de V1 et de V2…».

 

 

Retour en France.

 

Paulette Levalleur : « En 1944, je débarquai à Arromanches avec les membres du service. Je fus affectée à la DGER, Direction générale des Etudes et Recherches puis à la Direction générale des Services Spéciaux, la DGSS ».

 

Pièce du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), créé à Londres par le général de Gaulle et le colonel Passy, la DGER fut constituée en 1944 et administrée par Jacques Soustelle, avant de devenir en 1946 le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), qui sera actif – et célèbre – de sa création jusqu’en 1982. Quant à la DGSS, elle résulte aussi de la fusion du BCRA avec des membres des services de renseignements, fondés sous le régime de Vichy puis organisés par le général Giraud à Alger à partir de 1943.

 

Paulette Levalleur : « Mais je ne restai pas très longtemps au sein de ces services. On me proposa un poste au sein de l’American Army, sous le commandement du colonel Brunschvig, dans une mission de liaison, pour remplacer une secrétaire qui était alors très malade ».

 

 

Au sein de la Shell.

 

Paulette Levalleur : « Je ne restai pas très longtemps non plus membre de l’American Army. Dès que je fus libérée de mes obligations militaires, je rentrai à la société des pétroles Shell, comme secrétaire de direction bilingue. J’y effectuai 35 années de bons et loyaux services, du 14 février 1946 au 31 mai 1981. Avec un patron de nationalité britannique, je pouvais relater mes années de jeunesse à Londres !

 

A la Shell, j’étais fondatrice et présidente de la Section Equitation de notre club sportif. Je donnais des leçons, généralement le soir ; parfois le samedi et le dimanche. Un jour, c’était en 1951, un beau jeune homme vint prendre quelques leçons. Et voilà comment quelques temps plus tard, Roger devint mon mari ! ».

 

Aujourd’hui, Paulette Levalleur-Steudler est chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, médaille de la France Libre, médaille de la Reconnaissance Française, médaille d’or de la Jeunesse et des Sports, médaille de Vermeil du Souvenir Français, Administratrice nationale honoraire de la FNCV (Fédération Nationale des Combattants Volontaires), membre de nombreuses associations patriotiques, dont l’Union des Gaullistes de France.

 

 

 

 

 Paulette Levalleur

 

  

Paulette Steudler, à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale (copyright FNCV).

 

 

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Publié le 26 Juin 2011

 

Bagneux - cimetiere parisien

 

Avec Pantin et Thiais, Bagneux fait partie de ces trois communes qui accueillent un cimetière pour les Parisiens. Inauguré en 1886, il est situé sur un terrain où se déroulèrent pendant la Guerre franco-prussienne de terribles combats. Combats d’ailleurs principalement entre Français, puisqu’ils opposèrent les Fédérés (Communards) aux Versaillais. La taille du lieu est imposante : le cimetière s’étend sur 61 hectares, soit 115 divisions et comporte près de 83.000 concessions ! A titre de comparaison, il est par exemple une fois et demie plus grand que le Père-Lachaise.

 

Le cimetière parisien de Bagneux comporte quatre carrés militaires :

 

  • - 9ème division : carré militaire de morts pour la France de la Première Guerre mondiale.
  • - 19ème division : tombes de soldats français de 1914-1918 et de 1939-1945 ; mais des soldats anglais (35 tombes), belges (5 tombes) et allemands (86 tombes) s’y trouvent également.
  • - 20ème division : tombes de soldats morts à la fin du premier conflit mondial (Seconde bataille de la Marne ; morts dans les hôpitaux parisiens ; morts de la grippe espagnole).
  • - 40ème division : tombes de soldats morts pour la France de la Second Guerre mondiale.

 

Les sépultures de ces carrés militaires – environ 2.500 tombes – sont entretenues par le Souvenir Français de Paris, sous l’autorité de Monsieur le général Jean-Jacques Bougerol.

 

En outre, de très nombreuses stèles et monuments sont présents dans ce cimetière, entre autres, à la mémoire des Juifs tués ou exterminés dans les camps nazis. Citons par exemple :

 

  • - L’Association des marchands forains et petits commerçants juifs : « A la mémoire de ses membres et de leurs familles victimes du nazisme – 19140-1945 » (80 noms sont inscrits).
  • - La Société mutuelle du Carreau du Temple : « En hommage à ses membres déportés victimes de la barbarie nazie » (48 noms sont inscrits).
  • - Les amis de Varsovie-Ochota : « Gloire et honneur aux héros et martyrs du ghetto de Varsovie – A la mémoire de nos chers parents victimes de la barbarie nazie » (303 noms sont inscrits).
  • - L’Association française des Bessarabiens : « A la mémoire de leurs héros tombés glorieusement au combat et dans les camps d’extermination 1939-1945 » (198 noms sont inscrits).
  • - « A l’honneur des martyrs juifs de Tarnow » (218 noms sont inscrits).
  • - Union des amis de Lodz : « Que le souvenir de nos martyrs reste à jamais gravé dans nos cœurs – A la mémoire de nos 230.000 compatriotes de Lodz, de nos chers sociétaires, parents, frères, sœurs, enfants et amis martyrisés et sauvagement exterminés par les barbares hitlériens – 1939-1945 » (255 noms sont inscrits).
  • - « Les amis de Pulawy et environs à leurs camarades déportés morts dans les camps nazis » (143 noms sont inscrits).

 

Et tant d’autres encore…

 

 

Source :

 

o    Encyclopédie Wikipédia.

o    Relevés des stèles et des morts pour la France du cimetière parisien de Bagneux : http://www.memorial-genweb.org/

o    Site national du Souvenir Français : www.souvenir-francais.com

o    Site sur les cimetières : www.landrucimetieres.fr

o    Site de la ville de Paris : www.paris.fr

o    Information sur les carrés militaires du cimetière parisien de Bagneux : http://pages14-18.mesdiscussions.net/pages1418/

 

 

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Publié le 11 Juin 2011

 

 

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Staline, Roosevelt et Churchill à la conférence de Téhéran en 1943.

 

L’aviateur allié.

 

L’imagerie populaire et le cinéma montrent, où montraient dans les années 60 et 70, l’aviateur allié de la Seconde Guerre mondiale comme un beau garçon venant en France pour sauver le pays… et accessoirement séduire les jeunes femmes. C’est bien connu, les meilleures femmes dans le monde étant les Françaises ! Rappelons le fringuant britannique appelant Bourvil « joli-papa » après avoir laissé le plus beau des souvenirs à sa fille. Rappelons-nous « Big-moustache » et ses acolytes dans « La grande vadrouille ». L’aviateur-séducteur a encore de beau jours devant lui, n’en doutons pas. Il n’en demeure pas moins vrai que la réalité a certainement été faite de ce genre d’aventures, mais aussi que certains carrés militaires des Hauts-de-Seine en racontent des moins drôles.

 

C’est le cas à Clichy-Nord où la majeure partie des sépultures des soldats du Commonwealth concernent des pilotes, des mécaniciens, des navigateurs, des radios ou encore des mitrailleurs (il y a là des Australiens, des Canadiens, un Néo-zélandais et des Britanniques). C’est le cas également à Clamart où se situe la tombe de Ronald Frederick Howell, sergeant à la Royal Air Force, Squadron 640. Son avion est abattu le 25 juillet 1944, alors qu’il est mitrailleur à bord d’un bombardier Handley Page Halifax, et qu’il est en mission de bombardement sur la ville de Stuttgart en Allemagne. Les autres membres de l’équipage réussissent à se sortir vivant de l’accident mais ils sont faits prisonniers. Certains parviennent à s’échapper. Une plaque porte l’inscription suivante : « In Memory of Ronald Frederick, english aviator, who died for France, 25 juillet 1944. This tablet is erected by a Norwegian lady in sympathy – R.I.P.”.

 

A Clamart, une autre stèle a été érigée à la mémoire d’aviateurs alliés. Elle se trouve dans le bois au lieu-dit de la Croix Blanche, et rassemble les restes de quatre Américains, membres de l’U.S.A.A.F. (United States Army Air Force), 418th Squadron, 100th bomb groupe. Il s’agit de Alf Aske, second lieutenant, Gordon E. Davis, second lieutenant, Stuart R. Allison, technical sergeant, Robert F. Williams, technical sergeant. Leur avion est abattu le 11 août 1944, alors qu’ils œuvrent dans le cadre de l’opération Royal Flush de destruction de l’aérodrome de Villacoublay. Cette opération est l’une des multitudes missions liées à l’opération d’envergure Bodyguard.

 

 

L’opération Bodyguard.

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la guerre menée par les services secrets a été considérable et elle s’est notamment illustrée à l’occasion d’une opération particulière : Bodyguard. Ce nom provient d’un discours de Winston Churchill : « In wartime, truth is so precious that she should always be attented by a bodyguard of lies”, ce qui peut, approximativement se traduire par : “En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée (par un garde-du-corps) par des mensonges ».

 

De fait, Bodyguard a un double objectif : apporter de fausses informations au Reich allemand, et une fois que les faits sont avérés, leur faire croire qu’ils vont se dérouler autrement. Et Bodyguard est un ensemble qui regroupe les opérations suivantes :

 

  • - Fortitude : dissimuler aux Allemands que le débarquement des Alliés se déroulera en Normandie ; puis, une fois qu’il est réalisé, réaliser des diversions afin d’empêcher l’acheminement de troupes vers la zone des combats.
  • - Fortitude Nord : présenter le château d’Edimbourg – y compris dans la presse – pour l’état-major d’une armée alliée, fantôme, s’apprêtant à organiser un débarquement en Norvège avec l’aide de l’Armée rouge. Ainsi, l’armée allemande va laisser stationner 17 divisions en Norvège et au Danemark, alors que la bataille principale vient de commencer en Normandie.
  • - Copperhead (« tête de cuivre ») : faire passer un acteur australien, Mr Clifton-James, pour le général britannique Montgomery et l’envoyer à Gibraltar et en Afrique du Nord pour intoxiquer l’ennemi en annonçant un débarquement imminent dans le sud de la France. Le plan marchera parfaitement puisque, évoquant le « plan 303 », l’acteur jettera le désarroi sur les services germaniques qui chercheront pendant des semaines ce que signifie ce plan.
  • - Quicksilver : principe identique d’une armée fantôme, américaine, avec le général Patton à sa tête.
  • - Mincemeat (« chair à pâté ») : en 1943, une fois la campagne d’Afrique du Nord terminée, l’objectif pour les Alliés est la Sicile, puis l’Europe continentale via l’Italie. Mais comment faire en sorte que les Allemands aient de fausses informations ? Les Britanniques optent alors pour une mission audacieuse. Ils récupèrent le cadavre d’un homme, lui place toute une série de documents privés (clés, photos personnelles, lettres d’amour…) et de faux documents officiels tendant à prouver que deux attaques en préparation : la première sur la Sardaigne puis sur la Corse ; la seconde sur la Grèce puis les Balkans. Ce plan marchera puisque le débarquement en Sicile ne sera pas des plus meurtriers.

 

Ainsi avec ces opérations, mais au prix du sacrifice de quelques-uns, des dizaines de milliers de vies, peut-être des centaines de milliers, ont été épargnées à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et Churchill a ajouté : « Il n’y a qu’une réponse à la défaite, et c’est la victoire ».

 

 

 

Sources :

 

- www.wikipedia.org

- www.evene.fr

- www.dday-overlord.com

- Anthony C. Borwn, Bodyguard of Lies, harper and Row.

- Donald C. Daniel, Strategic Military Deception, Pergamon Press.

- Major Jon S. Wendell, Strategic Deception Behind the Normandy Invasion, Air Force United States.

- François Bédarida, Churchill, Fayard.

 

 

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Publié le 29 Mai 2011

Jean-Claude Bernardet (à g.), délégué du Souvenir Français pour la Saône-et-Loire et Jean-Pierre Didrit, président du comité de Rueil.

Jean-Claude Bernardet (à g.), délégué du Souvenir Français pour la Saône-et-Loire et Jean-Pierre Didrit, président du comité de Rueil.

 

Le comité du Souvenir Français de Rueil-Malmaison a organisé pour une quarantaine d'adhérents, les 20 & 21 mai 2011, un voyage "Tourisme & Mémoire" en Bourgogne.

 

Tous les participants rueillois ont été associés à une cérémonie avec dépôt de gerbe et minute de silence au carré militaire du cimetière de Macon, en Saône-et-Loire, puis à la visite commentée par le président-fondateur du Mémorial Citoyen de 1870 à nos jours, Monsieur Jean-Claude Bernardet. Ce musée, rare en France, évoque la mémoire collective de cette partie du sud de la Bourgogne, dans un site remarquablement fourni en pièces, objets et souvenirs des derniers conflits,  et donnés dans la quasi-totalité par des habitants de la région. Il est à noter que le Mémorial est situé place du Souvenir Français.

 

Après un déjeuner convivial, les participants ont pris la direction de Génelard, pour une seconde visite : le Centre d'interprétation de la ligne de démarcation. Là-aussi, il s’agit d’un musée unique en France, sur cette ligne qui partagea notre territoire entre 1940 et 1942. La Saône-et-Loire faisait alors partie des treize départements traversés par la frontière entre la Zone Occupée et la Zone Libre. A Génelard se trouvait un poste de contrôle de la ligne tristement célèbre.

 

A lire : "Monuments de mémoire de Saône-et-Loire", écrit par Messieurs Jean Chenu et Claude Elly de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Saône-et-Loire (114 pages) avec 150 monuments photographiés. Contact téléphonique pour se procurer l’ouvrage : 03.85.93.41.71.

 

Jean-Claude Bernardet (à g.), délégué du Souvenir Français pour la Saône-et-Loire et Jean-Pierre Didrit, président du comité de Rueil.

Jean-Claude Bernardet (à g.), délégué du Souvenir Français pour la Saône-et-Loire et Jean-Pierre Didrit, président du comité de Rueil.

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Publié le 15 Mai 2011

Exode de Français d'Algérie en 1962 (copyright www.histoire-en-questions.fr).

Exode de Français d'Algérie en 1962 (copyright www.histoire-en-questions.fr).

 

Au sein du carré militaire de Meudon, la tombe « Famille Cassis » évoque entre autres la disparition de Maurice Cassis, à Oran le 5 juillet 1962, soit trois mois et demi après les Accords d’Evian du 19 mars 1962, qui mettent fin à la guerre d’Algérie. Comment en est-on arrivé là ?

 

De la révolte de Sétif aux guerres civiles.

 

A la suite du 8 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie, plusieurs émeutes éclatent parmi la population algérienne musulmane. A Sétif et dans le Constantinois, près d’une centaine d’Européens sont assassinés. Les causes sont complexes et multiples : revendications cultuelles, culturelles, reconnaissance d’une égalité de traitement entre la population musulmane algérienne et la population d’origine européenne. Un formidable vent de liberté vient de souffler sur le monde entier : les peuples n’ont entendu que cela dans les mois qui précèdent le printemps 1945. « Retrouver la liberté ». Le contexte de l’époque tient également en deux termes : anti-impérialisme et anti-colonialisme. « Quand un peuple veut sa liberté, rien ne peut l’arrêter » a écrit le général Bigeard dans ses mémoires posthumes (« Ma vie pour la France », Ed. du Rocher).

 

Les émeutes algériennes sont très durement réprimées par l’Armée française. Le général Duval, qui commande les unités de notre pays indique: « Je vous ai donné la paix pour dix ans, si la France ne fait rien, tout recommencera en pire de façon irrémédiable ». Et c’est la période où notre nation perd l’Indochine, vaincue par une armée faite, au départ, de paysans équipés d’armes d’un autre âge : la puissance colonisatrice n’est pas invincible. C’est l’une des raisons qui poussent, en novembre 1954, des hommes du FLN (Front de libération nationale) à œuvrer au même moment un peu partout en Algérie des attaques contre des représentations françaises : postes de gendarmerie, bâtiments publics, entrepôts… De nombreux Français sont pris pour cibles. Dans les Aurès, un couple d’instituteurs, les Monnerot, est abattu.

 

En métropole, la réaction ne se fait pas attendre. A la tribune de l’Assemblée nationale, Pierre Mendès-France, président du Conseil déclare : « A la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse ». Des militaires supplémentaires arrivent de nombreuses casernes. Il s’agit de mater ce que l’on appelle les « événements ». On ne peut alors parler de guerre. D’abord, l’Algérie est alors un pays français, composé trois départements (l’Oranais, l’Algérois, le Constantinois) et de territoires du Sahara. Et on ne peut, selon les traités internationaux de l’époque ne faire une guerre que contre un pays souverain. De plus, en 1954, ce n’est qu’un début d’hostilités. Quelques mois plus tard, le FLN, qui s’est renforcé, créé l’ALN (Armée de libération nationale) et organise toute une série de massacres dans le Constantinois… auxquels répondent les Français par autant de ripostes. Pour rassurer les habitants de souche européenne, le gouvernement fait appel aux militaires du contingent. Des supplétifs « indigènes » – selon la terminologie de l’époque – comme les harkis et les moghaznis viennent compléter les unités françaises. La situation s’envenime… Bientôt, le conflit se transforme en une guerre civile au sein des deux communautés : aux prix de nombreuses exécutions et éliminations, le FLN prend le dessus sur le Mouvement national algérien (MNA) ; en métropole comme en Algérie, des Français se tirent dessus : le Parti communiste français appelle à l’arrêt des combats et favorise l’action des pacifistes. Certains vont plus loin et deviennent des « porteurs de valises » (armes, argent) pour le FLN. De l’autre côté de l’échiquier politique, un groupuscule passe aux armes et créé l’OAS en 1961 (Organisation de l’armée secrète) dont les victimes sont tout aussi bien algériennes que des Français qui soutiennent la demande d’indépendance de l’Algérie.

 

« Une victoire française sur le terrain ».

 

Pourtant en 1959, grâce au plan du général Challe, la victoire est proche. L’idée maîtresse consistant à traiter de manière successive des surfaces importantes avec des moyens considérables, dans le but de réduire à néant les bandes de fellaghas. Le plan comporte de nombreuses opérations : les zones refuges d’Oranie, la couronne d’Alger, le passage du Hodna, le Grande et la Petite Kabylie, le nord Constantinois. Enfin, de septembre 1960 à avril 1961, se déroule l’importante tâche dans les Aurès. Et à toutes ces opérations s’ajoutent des missions dans l’Atlas saharien. En encerclant les zones, en bloquant toutes les issues possibles, l’Armée française provoque des dégâts majeurs – jusqu’à 50 % dans l’Oranie – au sein de l’ALN.

 

Comme l’indique le général Glavany dans une interview accordée au Souvenir Français : « Nous n’avions plus alors en face de nous de grande « katibas » organisées et pouvions, à juste titre, considérer que nous étions vainqueurs sur le terrain. Mais le terrorisme urbain persistait et, sur le terrain même, des petites bandes fluides nous condamnaient à attaquer, à attaquer sans cesse et à tuer. Totalement intégré à cette division parachutiste dont j’étais solidaire, je restais néanmoins un aviateur et gardais ma liberté d’esprit et de jugement. Si je n’étais pas lassé des combats – car l’allégresse des combats, cela existe – je voyais avec consternation ce beau pays peu à peu crucifié tandis que l’amertume des officiers montait tout autour de moi devant une politique qu’ils ne comprenaient point. »

 

De fait, en avril 1961, quatre généraux (Challe, Jouhaud, Salan et Zeller) fomentent un putsch et s’emparent du pouvoir à Alger dans le but de préserver l’Algérie à la France, donc d’aller contre la politique voulue par le général de Gaulle, alors président de la République. Plusieurs régiments de la Légion et de parachutistes suivent, mais l’aventure ne dure que quelques jours… Moins d’un an plus tard, le 19 mars 1962, les accords d’Evian sont conclus : ils donnent naissance à la République algérienne démocratique et populaire, dont l’avènement doit être proclamé le 5 juillet 1962.

 

Commencent alors l’exode massif des Pieds-Noirs (familles françaises installées, parfois depuis 1830, en Algérie), les massacres d’Européens et encore plus des musulmans qui ont aidé les Français, tels les Harkis.

 

 

Oran – 5 juillet 1962.

 

Le 1er juillet 1962, la population algérienne, par référendum, vote à une écrasante majorité l’indépendance de son pays. La France reconnait l’Algérie comme Etat indépendant deux jours plus tard. Et la déclaration d’investiture du GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) est officielle le 5 juillet.

 

En apprenant cette nouvelle, les populations descendent dans les rues. C’est une explosion de joie. A Oran, la population européenne est encore importante. Même sous la contrainte (« la valise ou le cercueil »), des dizaines de milliers de Français ne peuvent boucler leurs affaires en quelques semaines. Dans un article paru le 28 février 2002 dans le Nouvel Observateur, l’historien Benjamin Stora indique : « Vers 11h du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. (…) Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens ».

 

Normalement, les accords d’Evain prévoient la protection des Européens et des Harkis. Mais à Oran, le responsable des troupes françaises, le général Katz, n’intervient pas. Bien sûr, les avis divergent : est-il au courant de ce qui se déroule à quelques mètres de lui ? Exécute-t-il strictement les ordres qui lui ont été donnés (le Journal des Opérations du secteur d’Oran indique que les troupes sont consignées dans les casernes) ? Et Alain Peyrefitte, dans « C’était de Gaulle » (Ed. Fayard), rappellent les mots du général : « La France ne doit plus avoir aucune responsabilité dans le maintien de l’ordre après l’autodétermination. Elle aura le devoir d’assister les autorités algériennes ; mais ce sera de l’assistance technique. Si les gens s’entre-massacrent, ce sera l’affaire des nouvelles autorités ».

 

Les troupes françaises finissent par sortir en début d’après-midi. Trop tardivement. Au cours de cette journée, à Oran, comme dans toute l’Algérie, des milliers d’Européens sont passés par les armes et ils sont encore plus nombreux ceux que les familles ne reverront jamais.

 

 

 

Sources :

 

·         Ville de Meudon : www.ville-meudon.fr

·         Entretiens avec le général Roland Glavany, 2008-2010.

·         Joseph Katz, L’honneur d’un général : Oran, 1962, L’Harmattan, 1993.

·         Georges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d’Algérie, Robert Laffont, 2003.

·         Benjamin Stora, Histoire de la guerre d’Algérie (1954-1962), La Découverte & Syros, 2004.

·         Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, Fayard, 1994.

·         Pierre Montagnon, Histoire de l’Algérie : des origines à nos jours, Pygmalion, 1998.

·         Georges Fleury, Comment l’Algérie devint française, Perrin, 2004.

 

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Publié le 10 Mai 2011

Assemblée générale 2011 du comité de La Garenne-Colombes.

 

Cette assemblée s’est tenue 23bis rue du Château, le 12 mars 2011, à partir de 15 heures 15. Après la diffusion de la ‘’Marseillaise’’, le président Robert Duval a présenté les demandes d’excuses de Philippe Juvin, maire, et de plusieurs membres absents en raison de leur état de santé, ou à cause de l’éloignement. Il accueille les participants, remercie les membres de la municipalité et du conseil municipal présents, ainsi que Robert Pichard, les jeunes porte-drapeaux et leurs parents. Puis, il demande à Yves Perrée, adjoint au maire délégué aux Associations patriotiques, de présider la séance. Ensuite, il invite à respecter un moment de recueillement en souvenir des membres des associations décédés en 2010.

L’assistance écoute alors les différents rapports :

- compte-rendu de l’assemblée générale du 13 février 2010 par Gisèle Moulard

- rapport moral par Robert Duval. Le président rappelle la participation à de nombreuses cérémonies, remercie les porte-drapeaux, en particulier les jeunes qu’il félicite et encourage à venir participer chaque fois que cela leur est possible. Il nous rappelle le besoin de fidélisation des adhérents et sollicite de la part de chacun l’inscription d’un nouvel adhérent et enfin, il exprime ses remerciements envers la mairie pour ses aides diverses et importantes.

compte-rendu financier par Gisèle Moulard.

- rapport du commissaire aux comptes par Alain Pouilly,

 

 

Tous ces exposés sont adoptés à l’unanimité.

 

Lors de son intervention, André Labour, délégué général des Hauts-de-Seine, se réjouit d’être une nouvelle fois parmi nous. Après avoir regretté, au niveau du département, une baisse d’effectifs, il nous rappelle l’origine du Souvenir-Français et sa finalité. Il compte sur les actions publicitaires dans la presse pour associer les jeunes générations. Il exprime sa conviction dans la possibilité de nouvelles adhésions par la nécessité de promouvoir le souvenir. Il prône la reconduction de l’organisation de visites au profit des lycéens au Mémorial du Mont-Valérien suivi de la cérémonie du ravivage de la flamme à l’Arc de Triomphe. Après avoir rappelé la nouvelle présentation de la revue, il souhaite notre participation au congrès national à Paris les 2 et 3 avril, ainsi qu’à l’assemblée générale départementale, le 6 novembre à Rueil-Malmaison qui est la ville qui possède le comité le plus important du département.

 

Yves Perrée félicite les nouveaux adhérents, les jeunes porte-drapeaux et leurs parents. Il nous transmet les remerciements de Théo Graber, président de l’ONAC-VG 92, pour la cérémonie du souvenir de la Bataille de Verdun et ceux de Lillian Brécard, fille de Yéo-Thomas, pour la participation des associations patriotiques à la cérémonie d’action de grâce célébrée à la mémoire de son fils en l’église protestante luthérienne le 12 janvier. Puis, après avoir rappelé plusieurs décès récents parmi les membres des associations patriotiques, il indique brièvement l’organisation de la journée du 8 mai prochain.

 

Afin de reconnaître la participation des jeunes gens à nos cérémonies, leur témoigner nos remerciements et les encourager à poursuivre, André Labour et Robert Duval remettent un diplôme d’honneur du Souvenir Français pour services rendus ainsi qu’un insigne, petit modèle, de porte-drapeau, à : Anis Abdnour, Jenny et Wendy Dransart, Marie Hubert, Hugo Belogi, Amaury et Tanguy Chevillard, Anthony Pouplot et Vadim Zacaropoulos.

 

Sur proposition de Robert Duval, le président général du Souvenir-Français a décidé l’attribution de médailles d’honneur à plusieurs membres du comité garennois, en remerciements des services rendus. André Labour, délégué départemental, procède à la remise de la médaille de bronze à Marie-Thérèse Duval et d’argent à Michel Krieff.

 

Yves Perrée remercie Robert Duval, André Labour, son épouse, les élus présents et tous les participants. Il renouvelle ses félicitations aux jeunes porte-drapeaux, aux médaillés du jour et lève l’assemblée vers 16 h 15. Ensuite, nous avons partagé les verres de l’amitié dans une ambiance chaleureuse.

 

 

 

Robert DUVAL

Président du Comité du Souvenir Français de La Garenne-Colombes.

 

Pierre LUCAS.

Président du Comité d'Entente des Associations patriotiques de La Garenne-Colombes.

 

 

 

 

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