Publié le 15 Janvier 2011

 

 

 

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- Comité de Meudon : assemblée générale le samedi 29 janvier à 10h30 au complexe René Leduc, 12, rue du Père Brottier à Meudon.

 

- Comité de Levallois-Perret : assemblée générale le vendredi 11 février à 18h00, au pavillon des Fêtes,  place de Verdun à Levallois.

 

- Comité de Rueil : cérémonie du souvenir de la bataille de Buzenval, le mercredi 19 janvier à 19h30 au monument de Buzenval, rue du général Colonieu, à Rueil-Malmaison.

 

- Comité d'Issy-les-Moulineaux : assemblée générale le dimanche 20 février à 10h30 à la Maison du Combattant, 4 rue du général Leclerc à Issy.

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Publié le 2 Janvier 2011

 

 

Dien Bien Phu ECPAD

 

Parachutistes à Diên Biên Phù – Copyright ECPAD.

 

 

Au 7ème RTA.

 

Pierre Coupard nait en 1928. Il intègre le 7ème RTA (régiment de tirailleurs algériens), unité de l’Armée d’Afrique. Ce terme, valable de 1830 à 1962, désignait les régiments installés pour la plupart en Afrique du Nord ; leur origine remontant bien souvent à la conquête de l’Algérie.

 

Le 7ème RTA est une unité prestigieuse, arborant la Légion d’honneur sur son drapeau. Présent à la bataille de la Marne en 1914, en Artois en 1915, à Verdun l’année suivante, ou encore à Villers-Bretonneux en 1918, le régiment est actif pendant la campagne de France en 1940 et fait partie des troupes du général Juin en 1944 à Monte-Cassino. Il libère Marseille en août de la même année. Plus tard, comme bon nombre d’unités coloniales, il est envoyé en Indochine. En 1954, Pierre Coupard, alors sous-lieutenant d’active, est sous les ordres du chef de bataillon Roland de Mecquenem à la 5ème compagnie du 7ème RTA.

 

L’opération Castor.

 

En novembre 1953, l’Opération Castor est décidée. Il s’agit de réoccuper les bâtiments d’une ancienne garnison japonaise dans le village reculé de Diên Biên Phù, à l’ouest du Tonkin, proche de la frontière du Laos. Le but étant d’attirer en cet endroit un maximum de forces du Vietminh et de les battre. Il s’agit également de fermer la frontière avec le Laos, où le prince Souvana Phouma a fait allégeance à la France. L’objectif est donc de prendre la cuvette de ce village, longue de seize kilomètres, et d’en faire un point d’appui. Les collines entourant la zone deviennent Anne-Marie, Béatrice, Claudine, Dominique, Eliane, Françoise, Huguette et Isabelle.

 

Cette tactique a réussi à plusieurs reprises au cours du conflit. Mission est donnée aux commandants Bigeard (6ème BCP) et Bréchignac (2/1er RCP) de sauter et prendre le village. Le général Bigeard : « Les hommes de Bréchignac et les miens, nous sautons. Ce n’est pas facile, il y a du vent. Nous voilà mélangés aux Viets. Ça tire de partout. Mais finalement on s’en sort. Tout le monde se regroupe et nous prenons le village de Diên Biên Phù. De notre côté, nous avons eu environ vingt paras tués, contre plus d’une centaine de Viets ».

 

En globalité l’Etat-major français est persuadé de la bonne position des troupes françaises. Le Vietminh ne pourra pas attaquer le Laos et va venir s’empaler sur nos défenses. Si certains font remarquer que la position se trouve entourée de collines d’environ sept-cent mètres de hauteur, ce qui permet des tirs tendus d’artillerie, l’évocation est vite contredite par le colonel Piroth, responsable de l’artillerie. Il s’est engagé : « jamais les bodoïs ne pourront monter des canons à dos d’hommes et les placer sur les collines ». Le responsable du dispositif, le colonel Christian de Castries est également de cet avis. « C’était une vue de l’esprit. On ne connaissait pas l’embrigadement des soldats du Vietminh. Et tenir une vallée n’empêche personne de passer » répondait le général Bigeard, quelques mois avant sa disparition. A partir de la fin du mois de novembre 1953, des avions en provenance d’Hanoi récupèrent les parachutistes et acheminent des régiments d’infanterie et de l’artillerie ; ainsi, le 29 décembre, le 5/7ème RTA et le 3/10ème RAC (régiment d’artillerie colonial) sont aérotransportés.

 

Le chef militaire du Vietminh, le général Giap, est d’accord avec les Français sur un point : il faut que la bataille finale s’engage. Pour la France, s’il s’agit d’annihiler une fois pour toutes les forces communistes ; pour les communistes vietnamiens, il convient de battre la puissance coloniale pour placer le pays aux conférences de Berlin (janvier 1954) et de Genève (mai 1954) dans les meilleures conditions.

 

L’attaque.

 

L’attaque est déclenchée le 13 mars 1954 : en un éclair, une pluie d’obus s’abat sur le camp retranché de Diên Biên Phù. Stupeur au sein de l’Etat-major. Ne supportant pas un échec aussi flagrant, le colonel Piroth dégoupille une grenade et se suicide. Le moral des troupes françaises – alors que sont placées là toutes les unités d’élite – s’effondre. En quelques heures, les troupes qui tiennent Béatrice sont anéanties. Deux jours plus tard, c’est au tour de Gabrielle de succomber. A chaque fois, les troupes françaises et supplétives (formées de tribus anti-vietnamiennes et de vietnamiens anti-communistes) contre-attaquent. Mais à chaque fois également, les bodoïs reviennent, toujours plus nombreux. Toujours plus fanatiques. Et gare à ceux qui refusent d’aller au combat : Giap ordonne qu’ils soient passés par les armes.

 

Le Vietminh a regroupé près de soixante-quinze-mille hommes autour du champ de bataille, grâce à vingt-mille vélos, des camions prêtés par la Chine et des armes et de la logistique soviétiques. Les bodoïs creusent des centaines de kilomètres de galeries, de tunnels. Ils démontent les pièces d’artillerie, les installent sur des mulets et les enfouissent dans des galeries placées à flanc de colline. Ainsi, le canon peut être sorti, tirer et rentrer dans sa cachette (« les gueules du crapaud »).

 

En 1991, au micro de France Inter, dans Indochine 1946-1954 : histoire d’une guerre oubliée, une émission de Patrice Gélinet, le colonel vietnamien Le Kim explique l’approche de Diên Biên Phù : « Nous voyons que le sol est très fertile. Très facile à creuser. Et les Vietnamiens sont un peuple de terrassiers. Alors, nos hommes s’équipent de pioches et de pelles. Ils creusent. Partout. Il s’agit d’acheminer les munitions et l’artillerie au plus près du camp afin de détruire la piste d’aviation et la forteresse ».

 

De plus, le temps est à la mousson : le terrain se transforme en un vaste champ de boue où les manœuvres de l’artillerie s’avèrent périlleuses. Du fait du brouillard, les largages de bombes aériennes le sont tout aussi : les obus, le napalm sont lancés presque au hasard. Rarement les défenses vietnamiennes sont inquiétées.

 

Le 16 mars, Bigeard et ses paras sautent à nouveau sur le camp et prennent appui sur Eliane, une des collines principales. Pendant quinze jours encore, le ravitaillement aérien est possible. Le 28 mars, un Dakota se pose. A son bord se trouve Geneviève de Galard, convoyeuse de blessés. L’avion est touché au moment de l’atterrissage. Il ne peut repartir. Geneviève de Galard : « Je rejoins l’infirmerie. Elle est remplie de blessés. Nous faisons comme nous pouvons pour maintenir les conditions d’hygiène, en tapissant les murs de la salle d’opération de draps blancs. Mais nous sommes vite dépassés. Partout se trouvent des blessés. Dans certaines salles, par manque de place et de moyens, nous creusons des lits à même le sol et nous enveloppons les hommes dans des parachutes. Cela donne un air lugubre de catacombes à notre hôpital ».

 

Les offensives vietnamiennes des 13 et 31 mars sont repoussées. Le général Giap a perdu plus de quinze-mille hommes. Mais il ne peut plus reculer : l’ouverture de la conférence de Genève est sa planche de salut. Il décide de jouer son va-tout et engage vingt-cinq-mille hommes supplémentaires dans la bataille. Les Français ne croient plus en la victoire. Partout ils sont débordés. Ils arrêtent un assaut et tuent des centaines d’hommes. En vain. Les munitions viennent à manquer. Cela n’empêche pas des actions héroïques, comme celle du capitaine Jean Pouget, qui saute avec ses hommes du 1er BPC sur Diên Biên Phù fin avril 1954, alors que l’issue fatale est connue. Les collines tombent une à une, au prix de combats incessants, durant de jour comme de nuit. Les hommes sont épuisés. Certains foncent sur l’ennemi en hurlant les paroles de la Marseillaise. Comme à Verdun, les médecins constatent des décès par choc psychologique. Des blessés quittent l’hôpital et se joignent aux combattants. Pour l’honneur…

 

L’une des dernières collines, Eliane, tombe le 6 mai. Bigeard : « Nous n’avons plus de munitions. C’est la fin. Je mets mon béret. J’ajuste ma veste. J’attends ». Le Groupement Opérationnel du Nord Ouest (GONO) refuse de hisser le drapeau blanc mais cesse le feu.

 

Diên Biên Phù représente pour le Vietminh une victoire sans précédent, mais au prix de plus de vingt-cinq-mille morts et, environ, douze-mille-cinq-cent blessés. Il n’empêche : le retentissement international est immense. Bien souvent, en France, on prend conscience de la guerre d’Indochine à ce moment-là. Appuyés par les Chinois et les Soviétiques, les Vietnamiens peuvent arriver la tête haute à Genève. Du côté des troupes françaises et supplétives, sur près de quinze-mille hommes présents, on dénombre deux-mille-deux-cent-quatre-vingt-treize morts et cinq-mille-cinq-cent-quatre-vingt-quinze blessés.

 

Les prisonniers sont aussitôt regroupés. Les sous-officiers et les officiers sont envoyés dans le Camp n°1 ; les soldats sont éparpillés dans d’autres camps. Il faut marcher pendant des centaines de kilomètres. Les blessés sont laissés à l’abandon dans des villages amis. C’est au Camp n°1 que meurt le 18 juin 1954 le sous-lieutenant Pierre Coupard. Ses restes sont placés dans le carré militaire de Levallois-Perret.

 

 

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Publié le 17 Décembre 2010

 

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Les gorges de Palestro.

 

Avril 1956. Sur ordre du gouvernement, les premiers militaires du contingent débarquent sur le sol algérien. Ils sont appelés, ou rappelés : c’est-à-dire qu’ayant effectué déjà leur service militaire, ils reviennent sous les drapeaux pour une durée de six mois, ou plus selon leur demande.

 

C’est ainsi le cas de l’aspirant Hervé Artur. Natif de Casablanca, âgé de trente ans, préparant son agrégation de philosophie, il effectue une nouvelle période et intègre le 9ème régiment d’infanterie coloniale. Il a sous ses ordres les fantassins de la 2ème section : les sergents Bigot et Chorliet, les caporaux-chefs Galleux et Aurousseau, les caporaux Poitreau et Hecquet et les soldats Desruet, Dufour, Caron, Dobeuf, Gougeon, Carpentier, Serreau, François, Villemaux, Chicandre, Nicolas, Daigneaux, David-Nillet et Dumas.

 

Le 9ème RIC est implanté non loin de la ville de Palestro, aujourd’hui appelée Lakhdaria, en Kabylie. Au matin du 18 mai 1956, Artur reçoit l’ordre d’une mission de reconnaissance dans des villages se trouvant non loin de l’Oued Djerrah. Une mission tout à fait ordinaire, menée par un officier qui croit en l’œuvre de pacification de l’Armée française en Algérie, comme le demande le secrétaire d’Etat aux Forces armées, chargé des Affaires algériennes, Max Lejeune. C’est d’ailleurs bien dans cet esprit que sont menées toutes les sorties de la section depuis plusieurs semaines.

 

Après plusieurs heures de marche, la section s’arrête dans un village où elle est reçue avec respect. C’est l’heure du casse-croûte, et les militaires commencent les palabres avec le chef du douar. Vers 11h, la section reprend sa marche. La piste se transforme en un sentier et commence la montée dans le djebel. Soudain, parfaitement placés, des fellaghas se mettent à tirer sur les soldats français. C’est une tuerie. Les hommes d’Artur ne peuvent se replier, pris sous un feu croisé. Aux ordres du lieutenant Khodja, ancien sergent de l’Armée française, déserteur, les militaires de l’Armée de libération nationale abattent les Français un par un. Le combat ne dure pas plus de vingt minutes. Seuls cinq marsouins survivent : Caron, Chorliet et Aurousseau sont blessés et intransportables ; ils sont confiés à des villageois. Dumas et David-Nillet sont faits prisonniers. Leurs geôliers leur laissent le temps d’écrire des lettres à leurs familles en indiquant qu’ils sont bien traités.

 

Macabre découverte.

 

Au lendemain, sans nouvelles de la section, le régiment donne l’alerte. Les parachutistes du 13ème dragons sont envoyés sur place. Ils trouvent le village abandonné. Ils trouvent également les hommes de la section Artur. Les villageois les ont exposés sur des rochers. Les marsouins sont atrocement mutilés : les yeux sont crevés, les testicules sont coupées, les entrailles retirées et remplacées par des cailloux, les pieds sont striés de coups de couteau. La chasse est lancée dans le djebel environnant et se solde par la mort d’une cinquantaine d’Algériens.

 

L’embuscade fait la une des journaux, à commencer par le magazine Paris Match. L’article fait sensation en métropole : en Algérie, c’est bien la guerre.

 

Sous les ordres du général Massu, l’Armée française décide d’envoyer près de trois mille soldats pour retrouver la section perdue. Le 23 mai, les parachutistes du 1er REP (régiment étranger parachutiste) et du 20ème BPC (bataillon parachutiste colonial) retrouvent la section de Khodja. Elle s’est réfugiée dans une grotte, avec ses deux prisonniers. L’assaut est lancé et il se termine par la mort de seize fellaghas, mais aussi du marsouin David-Nillet. Seul Dumas réussit à sortir vivant de l’aventure. Il décrit l’horreur qu’il vient de vivre.

 

Le déserteur – l’opinion publique.

 

Quelques jours avant le drame, l’aspirant Maillot, militant communiste, déserte l’Armée française. A bord du camion qu’il conduit se trouvent des dizaines d’armes automatiques. Il livre son chargement aux fellaghas. Le marsouin Dumas raconte : « Nous approchions d’une ligne de rochers en surplomb du sentier, lorsque la fusillade éclata. Les rebelles n’étaient pas à trente mètre devant nous, bien à l’abri dans la pierraille. Ils tiraient au fusil de chasse et à l’arme automatique ».

 

Finalement, même s’il est difficile d’indiquer qui sort vainqueur de cette tragédie, un fait est avéré : l’opinion publique française découvre qu’en Algérie, même si le gouvernement parle « d’événements », c’est bien la guerre, et que les soldats qui tombent pour la patrie sont aussi des rappelés. Mesure qui deviendra au fil des mois de plus en plus impopulaire.

 

Le nom du marsouin Serge Villemaux, né le 31 octobre 1932, mort à Palestro, est inscrit sur le monument aux morts de Ville d’Avray.

 

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Publié le 8 Décembre 2010

 

 

RC4 Convoi (copyright Ballade.free

 

Convoi sur la RC 4 (copyright ballades.free)

 

 

Les bataillons coloniaux de commandos parachutistes.

 

Guy Pagnard nait le 21 janvier 1927 à Rouvraye- en-Santerre dans le département de la Somme. Il s’engage dans l’armée et part en Indochine où il est affecté, en tant que sergent, au 3ème GCCP (groupe colonial de commandos parachutistes). Les bataillons de parachutistes coloniaux sont pour la plupart créés à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. C’est le cas du 3ème BCCP (bataillon colonial de commandos parachutistes) qui débarque à Saigon le 9 novembre 1948. Quelques jours plus tard, l’unité s’installe à Haiphong et prend part aux opérations de rétablissement de l’autorité française : des compagnies œuvrent en Cochinchine tandis que d’autres sont placées pendant un temps au Cambodge. Puis elles sont regroupées pour participer aux opérations d’envergure comme Junon, Anthracite, ou Diabolo.

 

Le désastre de la RC4.

 

La RC 4 est la Route Coloniale n°4. Elle suit la frontière chinoise entre Cao Bang – au nord – et Lang Son – au sud – et passe par des localités comme Dong Khé et That Khé. Son tracé date de la conquête du Tonkin au 19ème siècle. Ce n’est pas vraiment une route mais plutôt une piste, large en certains passages, de quelques mètres seulement. Empierrée, elle n’autorise que le va-et-vient de camions et de véhicules de type blindé léger. L’itinéraire est sinueux. Il passe par des cols escarpés et des gorges, encadrées de massifs rocheux, appelés calcaires. Pour la plupart, les ponts et autres ouvrages n’ont pas été refaits depuis près d’un demi-siècle. Et c’est un coupe-gorge ! La région est le terrain de jeux idéal pour les brigands connus autrefois sous le nom de Pavillons noirs, des trafiquants d’opium, des réfractaires de tout poil. Bien sûr, depuis le début de la guerre d’Indochine, le Vietminh prend plaisir à placer des hommes tout en haut des calcaires : les convois sont des cibles parfaites.

 

En 1949, le général français Revers, chef d’Etat-major de l’Armée de terre, fait une visite de la zone. Constatant que le ravitaillement des postes et des garnisons s’avère démesuré tant d’un point de vue matériel que du coût en vies humaines, il propose un plan d’évacuation des villes et des postes de la RC4. Revers s’oppose aux généraux Carpentier, chef du Corps expéditionnaire et Alessandri, qui dirige la région. Le plan est plusieurs fois reporté, jusqu’au moment d’une attaque éclair vietnamienne.

 

En mai 1950, la Brigade 308 du Vietminh prend d’assaut de la bourgade de Dong Khé et l’occupe en quelques heures. La France vient de comprendre qu’il y a un monde entre les bandes de révolutionnaires communistes de 1946 et cette brigade puissamment armée par la Chine et dotée d’une artillerie digne de ce nom. Mais, le 27 mai, le 3ème GCCP du commandant Decorse est parachuté et, aidé du 10ème tabor marocain, arrive à reprendre le poste. La situation semble stabilisée. L’Armée française décide enfin l’application du plan et l’évacuation de Cao Bang est prévue pour le début du mois de septembre 1950. Mais il ne s’agit pas d’une opération simplement militaire : l’armée ne veut pas abandonner les tribus anti-vietnamiennes des minorités du Tonkin et tous les civils qui se sont ralliés à elle. A grand renfort de dynamitage des matériels qui ne peuvent être emportés, avec des femmes, des enfants, des vieillards, l’opération tourne à l’exode.

 

RC 4 (Ecpad)

 

 

RC 4 (Copyright ECPAD).

 

Elle est confiée au colonel Constans qui commande le secteur depuis Lang Son. C’est-à-dire très loin de la zone même des opérations. Le succès de l’évacuation repose sur le recueil de la colonne de Cao Bang du colonel Charton par la colonne du colonel Lepage, lui-même venant de Lang Son. Au même moment, le poste de Dong Khé est à nouveau attaqué, et pris, par les bodoïs. Le plan du général Giap, chef militaire du Vietminh, fonctionne parfaitement : le colonel Lepage commence par porter secours aux légionnaires qui défendent Dong Khé. Puis, apprenant que la colonne Charton a quitté Cao bang, le colonel Lepage, alors qu’il est dans une position critique, décide de remplir sa mission initiale. Il lance ses hommes à travers la jungle afin de récupérer la colonne Charton. Dans le même temps, plutôt que de rebrousser chemin, la colonne Charton, lassée d’être harcelée par les bodoïs, progressant avec une lenteur infinie sur des pistes déformées par les pluies, finit par abandonner ses matériels et équipements et applique l’ordre de défendre la colonne Lepage durement touchée par la guérilla.

 

C’est une catastrophe. Sortant des routes, les hommes du CEFEO (Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient) sont massacrés par les troupes communistes vietnamiennes. Face à cinq-mille soldats français et partisans se trouvent plus de vingt-mille ennemis, qui connaissent parfaitement le terrain. Se sentant perdus, les officiers français donnent l’ordre de constituer de petites unités afin qu’elles puissent, par chance, s’exfiltrer des griffes du Vietminh. Les troupes aéroportées du 1er BEP et du 3ème BCCP sont anéanties : le bataillon colonial a deux-cent-quarante-trois tués sur un total de deux-cent-soixante-huit paras. Finalement, du total des troupes françaises engagées, seuls douze officiers et quatre-cent-soixante-quinze soldats parviennent à regagner That Khé, camp qui sera lui-même évacué quelques jours plus tard, dans des conditions tout aussi dantesques. Le 17 octobre, le colonel Constans quitte précipitamment la zone sud de la RC4. Il permet aux bodoïs de trouver de quoi équiper toute une division.

 

Prisonnier, le sergent Pagnard est emmené dans un camp d’internement du Vietminh. Il s’agit du Camp n°1.

 

 

 

 

 

RC 4 Cocxa

 

RC4 – Région de Cocxa.

 

 

Au Camp n°1.

 

Le Camp n°1 se trouve dans le Haut Tonkin, au cœur de la vallée de la rivière Song. Ancien secrétaire d’Etat à la Défense, prisonnier au Camp n°1, Jean-Jacques Beucler, dans Le Camp n°1 et ma libération a écrit : « Le camp comptait environ 150 officiers et sous-officiers supérieurs. Ces prisonniers étaient pratiquement tous blancs. Il faut savoir que ce camp, comme la plupart des autres d’ailleurs, n’était pas entouré de fils de fer barbelés, ni surveillé par des sentinelles et des miradors. (…) En fait, une évasion était quasiment impossible : jungle épaisse, relief accidenté, faiblesse physique des prisonniers, vigilance de la population, éloignement des premiers postes français ».

 

Jean Pouget – qui connaîtra le Camp n°1 après Diên Biên Phù en 1954 – ajoute (Le Manifeste du Camp n°1) : « Les lavages de cerveau sont quotidiens, sournois, lancinants, à tout propos. Les corps et les esprits affaiblis offrent moins de résistance. Les perfides méthodes vietminh qui dosent savamment les tortures morales, les espoirs, les déceptions, les brimades en tous genres brisent les plus forts qui capitulent parfois, résignés. C’est alors le désespoir. Les bien-portants deviendront malades, les malades grabataires et les grabataires mourront. Un engrenage. Les pertes sont évaluées à 70 % ; mauvaise alimentation ; béribéri ; dysenterie ; les types se vidaient, parfois en une seule fois. Pas d’hygiène ; pas de médicaments ; au Camp n° 1 c’était différent car il y avait des médecins dont Amstrong qui a sauvé plusieurs types. On ne buvait pas d’eau crue ; on chassait les moustiques avec de la paille enflammée. La nuit, on boutonnait bien nos vêtements pour éviter les piqures. On passait tous les récipients à la flamme avant de manger ».

 

Dans une émission spéciale de France Inter (Patrice Gélinet) sur la guerre d’Indochine, un dirigeant du parti communiste vietnamien indique : « Dans ce Camp, nous avons deux conseillers français envoyés par le PC Français : André et Rolland. Il fallait comprendre la psychologie des soldats français. Ces conseillers étaient très utiles pour le Vietminh. Nous leur disions qu’il fallait la paix. Le peuple vietnamien a le droit à la liberté, a le droit de se défendre contre les ennemis de cette liberté. Alors que nous n’étions vus souvent comme une peuplade de barbares, et nous expliquions que nous avions une civilisation déjà quand l’Europe en était encore à l’époque du bronze. Nous parlons aux prisonniers de nos mœurs, de nos coutumes, de nos légendes. Nous sommes des hommes comme eux. Puis ensuite, nous parlions de marxisme sans en prononcer le nom ; c’étaient les leçons de Ho-chi-Minh. Par exemple, il ne fallait pas écouter la France, « Mère-patrie » qui exploitait les soldats. Ne pas se laisser faire ».

 

Globalement, au cours des neuf années de la guerre d’Indochine, près de quarante-mille soldats français sont faits prisonniers. Seuls, neuf-mille-trois-cent-quatorze sont rendus à la France en septembre 1954. La métropole que Guy Pagnard ne reverra jamais. Il meurt de maladie le 2 décembre 1950, moins de deux mois après son arrivée au Camp n°1.

 

 

 

 

RC 4 Duong-Len-Cao-Bang

 

Région de la RC 4 aujourd'hui (copyright vietnamtourism.com)

 

 

 

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Publié le 5 Décembre 2010

 

Vaucresson - Florent

 

Florent, porte-drapeau du Comité de Vaucresson.

A l’occasion de son assemblée générale du 6 novembre 2010, le comité avait invité un historien à donner une conférence sur un jeune Résistant vaucressonnais, mort pour la France le 20 juin1944, à l’âge de 21 ans : Jean Salmon-Legagneur, étudiant, avait rejoint un maquis dans l’Oise. Attaqué par la Wehrmacht, il mena un combat héroïque, jusqu’à l’épuisement de ses munitions, pour couvrir le repli de ses hommes. Fait prisonnier, il fut fusillé le lendemain dans une clairière, près de l’Isle-Adam, avec dix de ses compagnons.

 

Après cette évocation émouvante, M. André Labour, Délégué général pour les Hauts-de-Seine procéda à une remise de médailles du Souvenir français. A côté de trois adultes, un jeune de 17 ans, Florent, reçut cette décoration au titre de porte-drapeau, fonction qu’il exerce depuis trois ans avec régularité et spontanéité dans les cérémonies officielles. En même temps que la médaille, M. Labour lui remit le diplôme « Attestation de reconnaissance à la jeune génération », en insistant sur le caractère exemplaire de l’adhésion de ce jeune lycéen aux valeurs qui sont la raison d’être du Souvenir Français.

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Publié le 4 Décembre 2010

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Le Comité de Chatenay-Malabry vous informe :

 

- Le dimanche 5 décembre, la messe en la chapelle Royale de Versailles sera chantée par les Choeurs de Paris, chers à Françoise-Marie Belin, présidente de ce Comité. L'ouverture des portes est prévue pour 16h30 ; entrée gratuite par la porte longeant la chapelle (l'entrée la plus proche se trouvant sur la rue des Réservoirs).

 

Le Comité de Rueil-Malmaison vous informe :

 

- Le dimanche 12 décembre 2010 se déroulera l'assemblée générale du Comité, présidé par Jean-Pierre Didrit. A 10h, se déroulera la cérémonie au monument aux morts et à 10h30, en la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de Rueil, l'assemblée générale aura lieu.

 

 

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Publié le 27 Novembre 2010

 

Infirmières militaires

 

 

 

Infirmières, médecins et militaires devant la baraque d’un hôpital militaire – Nord de la France, septembre 1917.

 

 

Sur le monument aux morts de Sèvres, pour la Première Guerre mondiale, figurent plusieurs noms de femmes : Germaine Geslin, Alyette Poirot-Delpech, Marie Daull Barret. Autant pendant la Seconde Guerre mondiale, les listes comprennent de nombreux noms de déportées, de victimes civiles ou de résistantes, autant cela était beaucoup plus rare trente-cinq ans plus tôt. Généralement, il s’agissait d’infirmières militaires déclarées mortes pour la France. Au nombre de deux-cent-mille dans les troupes alliées, surnommées « anges blancs », des milliers d’entre-elles se sont sacrifiées pour sauver des soldats.

 

 

Les Sections d’infirmiers militaires.

 

Les Sections d’infirmiers militaires sont dirigées par des médecins, qui peuvent avoir des galons différents selon leur âge, leurs années de services (…). Ils ont le titre de médecin attaché devant leur grade.

 

Les Sections d’infirmiers militaires sont des entités du Service de Santé des Armées et sont des éléments organiques de corps d’armée, au même titre que l’état-major, les sections du train des équipages, les secrétaires, le recrutement, les commis et ouvriers militaires d’administration ou encore les légions de gendarmerie. Les Sections d’infirmiers comportent bien entendu des infirmiers, et aussi des brancardiers, des chauffeurs, des médecins, des aides-soignants, des auxiliaires. Des infirmières également.

 

Il y a des années de cela, pour la revue « Je sais tout », le journaliste Paul Fuchs interrogea Charlotte Maître, infirmière militaire pendant la Grande guerre : « Il y a deux sortes d'infirmières : les unes dépendent d'associations libres et donnent gracieusement leur concours à l'État ; les autres, dont je suis, sont réellement incorporées dans l'armée et sont des soldats, en tout et pour tout. Assimilées aux officiers subalternes, nous touchons les mêmes rations qu'eux, nous voyageons avec les mêmes feuilles de route. Nous n'avons sur eux qu'un avantage, une indemnité d'habillement de cent francs par an ».

 

 

La Croix-Rouge.

 

La Croix-Rouge française, créée en 1864, se matérialise via plusieurs entités : la Société de Secours aux Blessés Militaires (SSBM) et le Comité des Dames de la SSBM. Des scissions interviennent qui donnent naissances à deux autres œuvres : l’Association des Dames de France (ADF) et l’Union des Femmes de France (UFF).

 

Dès les premiers jours du conflit, la SSBM se rend sur les champs de batailles. A l’arrière, l’ADF et l’UFF œuvrent à l’organisation d’hôpitaux militaires provisoires et/ou auxiliaires. En 1918, on dénombre près de mille-quatre-cent hôpitaux. De nombreuses écoles, des lycées, des châteaux (Chenonceau par exemple), sur tout le territoire national, sont transformés en unités de soins et de repos, en sanatorium ou encore en centres de tris pour l’envoi de colis aux soldats.

 

Ce sont près de soixante-huit-mille femmes qui s’engagent au sein de la Croix-Rouge française pour défendre la France et son armée.

 

 

Les religieuses.

 

Au même titre qu’il existe au sein de l’armée un service des aumôneries militaires, de très nombreuses religieuses se portent volontaires pour aider et soigner les blessés. Sœur Gabrielle à Clermont-en-Argonne, sœur Julie à Gerbéviller, sœur Cléophas de l’hôpital de Rochefort-en-Yvelines, sœur Thérèse, qui accompagne le corps expéditionnaire français dans les Dardanelles en 1915, les Sœurs franciscaines Missionnaires de Marie qui œuvrent à Paris, sont restées parmi les plus célèbres.

 

Il faut également mentionner les sœurs des ordres religieux originaires des pays alliés et qui interviennent sur le front.

 

Les religieuses reçoivent des décorations, comme la Médaille de la Reconnaissance française ou la Médaille des Epidémies (et de nombreuses décorations étrangères). Elles sont aussi citées à l’Ordre du corps d’armées ou de l’armée, comme Victoire Perrin, de l’ordre des Sœurs Hospitalières de Saint-Charles de Nancy : « Supérieure à l’hôpital de Blâmont, est restée à la tête de la maison pendant toute l’occupation allemande. D’une charité et d’un dévouement sans bornes, a donné ses soins, en pleine bataille des 14 et 22 août 1914, aux blessés français. Par la suite, au cours de la campagne, a caché à plusieurs reprises des patrouilles égarées dans les lignes allemandes et les a aidées à regagner nos lignes, sans souci des représailles ennemies auxquelles elle s’exposait.»

 

 

Les Armées alliées.

 

Il convient ensuite de distinguer les services de santé des armées présentent sur le sol français pendant la Première Guerre mondiale des associations caritatives et des dons de personnalités étrangères à l’Armée française.

 

Comme pour le Service de Santé de l’Armée française, des hôpitaux militaires de campagne et des centres de convalescence sont constitués sur le sol français pour, et parfois par, les armées belges, anglaises (et troupes du Commonwealth), américaines, canadiennes… C’est l’explication par exemple de la présence de nombreuses tombes militaires belges dans le petit village d’Avon-les-Roches en Touraine.

 

Les interventions des YMCA (Young Men’s Christian Association) anglaises et américaines, des œuvres caritatives canadiennes, sud-africaines ou encore australiennes sont primordiales pour suppléer ou aider les infirmières militaires.

 

Quand les Etats-Unis lèvent un corps expéditionnaire pour aider son alliée la France, en 1917, il y a déjà près de deux ans que l’association américaine American Ambulance Field Service fournit des ambulances modernes pour le front occidental. Et au moment même où ce même corps expéditionnaire débarque en France, il est accompagné de bataillons entiers d’infirmières.

 

Autre exemple : les ladies de la Société londonienne se dévouent corps et âmes pour créer et administrer des antennes en Belgique et dans le nord de la France, payant elles-mêmes les matériels et les médecins.

 

 

Le dévouement, quelque soit la patrie du soldat.

 

Les Services de Santé agissent d’abord et principalement pour leurs armées. Mais il ne faut oublier que la Convention de 1906 pour l’amélioration du sort des blessés et malades dans les armées en campagne, signée à Genève, est souvent respectée et est associée à un esprit « chevaleresque » encore présent dans les armées.

 

De fait, il n’est pas rare que des infirmières soient désignées pour s’occuper de blessés ennemis récupérés sur le champ de bataille.

 

C’est le cas d’Elisabeth Ridell Henderson, infirmière écossaise, qui raconte, bien des années plus tard, une demande particulière de sa supérieure : « Dans la matinée, un jeune scout est venu dans l’aile en saluant brièvement. Avec une étincelle espiègle dans les yeux, il m’a dit : « Ma sœur, la directrice veut vous voir dans son bureau immédiatement. » Il savait très bien qu’un tel message a le don de mettre une personne à l’envers ! Voici ce que la directrice avait à me dire : « Ma sœur, je veux que vous prépariez vos bagages immédiatement : je vous envoie à une école dont nous avons pris possession afin de préparer les lieux pour que nous puissions recevoir trois-cents blessés allemands ce soir même. » Je suis restée clouée sur place, puis, j’ai répondu, désespérée : « Madame, ne pourriez-vous pas envoyer quelqu’un d’autre qui n’ait pas les mêmes sentiments que moi ? Le frère dont je suis le plus proche est porté disparu, le frère de mon fiancé a été tué en ramenant des prisonniers qui s’étaient rendus, et le fiancé d’une de mes sœurs, grièvement blessé, est à l’hôpital Cambridge, à Aldershot, depuis près d’un an. Je ne pourrais pas toucher aux Allemands !» ai-je lancé fougueusement. La directrice a répondu doucement : « Ma sœur, c’est un ordre. »

 

 

Pourquoi s’engagent-elles ?

 

Les infirmières s’engagent par devoir, par sentiment patriotique, par fidélité à un amour parti à la guerre, en souvenir d’un frère, d’un mari, d’un aïeul tombé au champ d’honneur. Les infirmières proviennent de toutes les classes sociales, de tous les milieux : de l’aristocrate à la paysanne, de l’ouvrière à la femme au foyer. Il n’est que de citer sa majesté Elisabeth, reine de Belgique, Madeleine Jacquemaire, fille aînée du Président Georges Clémenceau, Louise de Bettignies, surnommée « la Jeanne d’Arc du Nord », qui, prisonnière des Allemands, refuse de fabriquer des pièces d’armement pour les ennemis de son pays, et finit par mourir de privations et de maladie dans les geôles du IIème Reich.

 

Ou encore Edith Cavell, infirmière anglaise, qui organise en 1915 l’évasion de nombreux blessés alliés de la zone d’occupation allemande. Pour ce fait de résistance, elle est arrêtée et exécutée le 12 octobre 1915. « J’ai pensé que c’était mon devoir de faire cela pour mon pays. Je suis anglaise et j’ai agi en patriote ».

 

Léonie Bonnet dans son journal de la Grande guerre écrit : « C’est dans le travail et la prière, qu’un très grand chagrin dont personne ne peut soupçonner l’existence, peut trouver un certain apaisement. Aujourd’hui plus qu’hier, et demain davantage, je penserai à ces deux mots : « Travail, Prière » (placé en exergue du livre Aimer et travailler, Léonie Bonnet, d’Alexandre Lafond et Céline Piot, Ed. Nérac).

 

 

Monuments et stèles.

 

A Pierrefonds, dans le département de l’Oise, le 20 août 1918, un bombardement aérien tue l’infirmière Elisabeth Jalaguier. Depuis un monument a été érigé en sa mémoire et pour toutes les infirmières tombées au combat : « In memoriam. Gloire aux infirmières militaires de France. Ce monument est érigé dans le parc ou fut tuée Elisabeth Jalaguier. »

 

Dans plusieurs édifices religieux se trouvent des stèles à la mémoire du sacrifice de ces femmes merveilleuses, comme par exemple à Reims, où est inauguré en 1924 un monument à la gloire des infirmières de la Première Guerre mondiale. A Paris, sur un des piliers de la nef de l’église Saint-Louis des Invalides, une plaque a été posée et représente un hommage des soldats français à leurs infirmières. A Berck-sur-Mer, le monument représente un Poilu sur un brancard (« Aux infirmières françaises, les combattants reconnaissants »).

 

« Il fallait quand même consoler, distraire, encourager ceux qui, dans les trente lits de la salle, gisaient et souffraient pour la Patrie ; il fallait rire et sourire durant douze heures par jour, mais le soir, dans le dortoir sans feu, bien lasse, si lasse qu’elle avait à peine touché à sa ration, la jeune infirmière tirait alors clos les rideaux de son alcôve et sanglotait en appelant « sa maman » qui la gâtait si fort et la soignait si bien, elle, la pauvre gosse à peine sortie elle-même de l’enfance » (Louise C., infirmière belge, citée par Hubert Depester dans son ouvrage Nos héros et nos martyrs de la Grande Guerre – Ed. Tamines).

 

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Publié le 11 Novembre 2010

 

Vanves 012

 

 

L’une des caractéristiques du carré militaire de Vanves est de présenter (ici au premier plan) une série de tombes russes : du capitaine Nicolas Voloschinoff aux soldats Marouchine ou Kertachaw, en passant par le sous-lieutenant Alexandre Remizoff, ils sont quinze russes à être enterrés dans le cimetière de cette petite commune des Hauts-de-Seine. Pourquoi ?

 

 

Données démographiques.

 

En août 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, les données démographiques sont simples : la France, avec une population de 39 millions de personnes, aligne une armée de 800.000 hommes. Ce qui est une proportion considérable, car les anciennes classes ont toutes été rappelées et la durée du service militaire a été portée à trois ans. Il s’agit d’engager un maximum de soldats dans une guerre rapide. « Aux vendanges, nous serons rentrés » entend-on un peu partout. Mais, de son côté, l’Allemagne, avec une population de 67 millions, n’a mobilisé que les jeunes classes, soient plus de 1.000.000 hommes. Cela représente environ vingt divisions de plus que l’Armée française. Qui plus est, le Reich a la capacité à mobiliser encore autant d’hommes en faisant appel aux réservistes.

 

Le premier allié de la France est l’Armée anglaise. En 1914, le Corps expéditionnaire britannique n’est que de 70.000 hommes (ses effectifs augmenteront avec les années) ; par contre, l’Empire peut compter sur ses colonies (Indes, Nigéria, Kenya) et ses dominions : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Terre-Neuve. L’est et le nord de la France se trouvent être les champs de bataille principaux ; toutes ces armées vont donc se croiser et s’affronter sur ces terres.

 

Les premiers combats sont parmi les plus violents. A la fin de l’année 1914, les armées belges, anglaises et françaises ont déjà perdu plus d’un million d’hommes, principalement des Français. Une bataille comme celle de la Marne, qui se déroule du 6 au 9 septembre 1914, représente plus de 80.000 morts dans les rangs français. Il n’est pas rare qu’une simple attaque se solde par 5.000 tués…

 

De leur côté, en décembre 1914, les Allemands n’ont perdu que 675.000 hommes.

 

Le recrutement d’effectifs supplémentaires est donc vital si les Alliés veulent vaincre le Reich. L’Armée britannique se renforce et tente, en 1915, avec l’Expédition des Dardanelles, d’ouvrir un nouveau front. L’Armée française fait appel à ses colonies. Des dizaines de milliers d’hommes arrivent d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, d’Afrique Equatoriale Française et d’Afrique Occidentale Française.

 

 

L’Armée russe : un réservoir d’hommes.

 

Pour battre les Empire Centraux (Reich allemand et Empire Austro-hongrois), les Alliés comptent également sur l’immense Armée russe, forte de plus de 5 millions d’hommes (armées d’active et réservistes). Les capacités semblent infinies. Mais cette armée cache de lourdes lacunes : pour une grande partie, elle est composée de paysans sans formation militaire, mal armés et mal équipés.

 

La France décide donc d’approcher son allié et de lui demander une aide par l’envoi de troupes. Dans le courant du mois de décembre 1915, le généralissime Joffre, commandant en chef de l’Armée française, fait envoyer une délégation de parlementaires auprès du tsar Nicolas II. Celle-ci est menée par Paul Doumer, sénateur et futur président de la République. La France souhaite obtenir 40.000 hommes par mois pour combler les pertes d’effectifs. En échange, elle s’engage à livrer de grandes quantités d’armes dont plus de 450.000 fusils. Finalement, Nicolas II accepte la transaction mais se sont seulement 45.000 soldats russes qui sont envoyés pour appuyer les forces alliées : deux brigades partent pour la France (elles voyagent depuis l’extrême est de la Russie – Vladivostok – et débarquent à Marseille en passant par le canal de Suez) ; deux autres brigades sont envoyées sur le front des Balkans pour aider les corps expéditionnaires britanniques et français.

 

Après le défilé d’arrivée à Marseille et une formation militaire avec la fourniture d’équipements (dont un casque français sur lequel a été ajouté un aigle bicéphale), les soldats sont envoyés en Champagne et se battent courageusement dans les secteurs de Suippes et d’Aubérive. Au début de l’année 1917, les deux brigades attaquent et remportent le Fort de la Pompelle, près de Reims, puis, en avril, elles participent à l’offensive – et l’échec cuisant – du Chemin des Dames, déclenchée par le général Nivelle, nouveau chef de l’Armée française. Dans cette boucherie, les brigades russes perdent près de 5.000 soldats, sur les 19.000 engagés.

 

 

A Vanves.

 

A Vanves, le lycée Michelet connait un sort identique à de nombreux établissements scolaires : surveillants, maîtres et professeurs étant mobilisés au front, les classes restent vides. D’où leur réquisition par l’Armée pour en faire des hôpitaux militaires temporaires (c’est par exemple le cas de l’Institut Saint-Nicolas d’Issy-les-Moulineaux, distant d’un kilomètre).

 

Entre 1914 et 1918, le lycée Michelet reçoit des milliers de blessés et de convalescents. Une fois, c’est toute une section de Russes qui arrive…

 

 

 

 Vanves - Lycée en hôpital

 

 

 

Russes rouges et Russes blancs.

 

Mais en février 1917, la Révolution bolchévique est déclenchée par Lénine à Saint-Pétersbourg. Dilemme des ex-soldats du tsar : doivent-ils rejoindre la mère patrie et cesser les combats ou doivent-ils rester fidèles à Nicolas II et continuer la lutte aux côtés des Français (les négociations de paix entre les Empires Centraux et la Russie sont engagées en décembre 1917) ? Pour éviter une contamination des troupes françaises, il est décidé de partager les deux brigades : la 1ère, plutôt « rouge » est envoyée dans un camp militaire, la Courtine; la 2ème, plutôt loyaliste, ou « blanche », est dirigée sur Felletin, également dans le département de la Creuse. Placer les deux divisions dans des camps proches est une erreur.

 

A La Courtine, les Russes pro-Lénine créent des comités bolchéviques et exigent le retour immédiat en Russie. Ils essaient également de rallier les Russes loyalistes. Le camp est transformé en une faction autogérée. L’Ukrainien Globa prend la tête du mouvement. Les soldats russes profitent également de leur isolement pour fraterniser avec les populations locales et coopèrent aux travaux des champs. Effrayé à l’idée que les idées bolchéviques ne contaminent la population, l’Etat-major de l’Armée française envoie plus de 3.000 hommes pour mater la rébellion. Les populations civiles sont évacuées le 12 septembre 1917 à la périphérie du camp, et le surlendemain, La Courtine est pilonnée à coups de canon. Rapidement matés, au prix de 150 morts, les soldats russes se rendent. Globa est arrêté.

 

L’épilogue de cette aventure est une « francisation » de l’élite militaire du camp : près de 400 officiers et sous-officiers tsaristes s’engagent dans l’Armée française, 11.000 hommes sont intégrés aux compagnies de travail (chemins de fer ; logistique ; armement…). Pour 5.000 autres Russes, réfractaires, c’est la direction de l’Algérie et le placement dans les fermes ou, souvent, ils remplacent les fellahs envoyés au front. En 1920, certains soldats russes sont autorisés à rentrer en Russie bolchévique. D’autres s’installent en France, et d’autres encore restent en Algérie.

 

Quant aux Russes de Vanves, certains s’installent et fondent une petite communauté d’expatriés. En 1931, ils créent la paroisse orthodoxe de la Sainte-Trinité qu’ils décorent avec des icônes rapportées de la Mère patrie. L’un des membres les plus célèbres de cette communauté est la poétesse Marina Tsvetaeva, qui habite avec sa famille rue Potin à Vanves entre 1934 et 1938.

 

 

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