temoignages-portraits - 1939-1945

Publié le 13 Avril 2015

Les Compagnons de la Libération des Hauts-de-Seine : Roger Lavenir de Bois-Colombes.

Roger Lavenir est né le 8 octobre 1919 à Bois-Colombes. Son père était employé de banque.

Après des études secondaires au lycée Condorcet à Paris, il devient employé de banque avant de s’engager à 18 ans, en octobre 1937, au titre du 8e régiment de cuirassiers. Deux mois plus tard, il passe au 1er régiment de spahis marocains (1er RSM) à Beyrouth. Spahi de 2e classe en 1939, il stationne au Levant et est promu brigadier en mai 1940.

Refusant l’armistice et décidé à combattre, il passe la frontière de Palestine le 30 juin 1940 avec le 1er escadron commandé par Paul Jourdier et rejoint les forces britanniques au Soudan anglo-égyptien ; ce qui lui vaut d’être condamné par contumace, en mai 1941, aux travaux forcés à perpétuité pour trahison et désertion par le tribunal vichyste de Clermont-Ferrand.

Promu au grade de brigadier-chef en octobre 1940, il est dirigé avec le 1er escadron de spahis vers la frontière de l’Erythrée et de l’Abyssinie deux mois plus tard. Il prend part à la campagne d’Erythrée contre les Italiens et combat à Umbrega ; il est cité à l’ordre de l’Armée par le général Catroux pour avoir « donné son cheval à un spahi blessé dont le cheval était mort » et l’avoir « ramené sous le feu ».

Le 20 avril, il quitte le 1er escadron et est dirigé vers Khartoum où il est affecté à la 2e compagnie de la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE). Il est dirigé sur Port-Soudan le 25 avril puis Massaoua où il parvient à la fin de la campagne d’Erythrée.

Il participe à la campagne de Syrie en juin 1941.

En août 1941, Roger Lavenir est promu maréchal des logis et est affecté à la 3e compagnie légère du désert (3 CLD) à Dmeir (Surie) où il assume les fonctions de chef du 1er peloton. Le 30 mars 1942, dans la région du Safa, attaqué par des bédouins Hassen, il conduit ses groupes de combat avec discipline et un mépris absolu du danger sous le feu croisé des rebelles et dans un terrain extrêmement difficile. Il parvient à empêcher l’encerclement de sa troupe et, après 4 heures de combat, à repousser sans subir de pertes 80 bédouins armés. En mai 1942, il promu maréchal des logis chef.

Roger Lavenir est affecté en juillet 1944 à la 1e CLD à Palmyre avant d’être nommé adjudant en janvier 1945 puis adjudant-chef en juillet 1945.

Démobilisé en janvier 1946, il devient employé de transit à Marseille.

Roger Lavenir est décédé le 31 juillet 2005 à Saint-Maximim (var) où il est inhumé.

Décorations :

  • Officier de la Légion d’Honneur.
  • Compagnon de la Libération – Décret du 1er février 1941.
  • Croix de Guerre 39-45 avec plame.
  • Croix de Guerre des TOE avec étoile d’argent.
  • Médaille Coloniale avec agrafe « Erythrée ».
  • Médaille Commémorative de Syrie-Cilicie avec agrafe « Levant ».
  • Mérite Syrien.

© Ordre de la Libération.

Source :

Musée de l’Ordre de la Libération et site : www.ordredelaliberation.fr

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Publié le 15 Février 2015

Mémorial aux justes des nations. Shelomo Selinger. 1986

Mémorial aux justes des nations. Shelomo Selinger. 1986

 

Yad Vashem et les Justes parmi les Nations.

 S’il est un lieu des plus émouvants au monde, c’est bien Yad Vashem, non loin de Jérusalem, en Israël. Ce mémorial a été bâti en 1953, après le vote à la Knesset (parlement israélien) de la Loi du mémorial. Il est dédié à la mémoire des millions de juifs assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale, par les nazis et leurs alliés.

 Ce nom vient du chapitre V du Livre du prophète Isaïe : « Et je leur donnerai dans ma maison et dans mes murs un mémorial (Yad) et un nom (Shem) qui ne seront pas effacés ».

 L’édifice, planté sur une colline d’oliviers, comprend plusieurs bâtiments : la chambre de la mémoire, un musée historique, une galerie d’art, des archives, la salle des noms et peut-être le plus émouvant : le mémorial des enfants. On entre dans un bâtiment où règne la pénombre et on entend des voix citer les prénoms et âges des enfants au moment de leur mort.

 Il est un autre bâtiment : celui des Justes.

 Par une loi de 1963, l’Etat d’Israël attribue le titre de « Juste parmi les Nations » à des personnes non juives qui, au péril de leur vie et sans contrepartie, ont aidé des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce titre est la plus haute distinction civile de l’Etat d’Israël. Les cérémonies se déroulent partout dans le monde grâce aux représentants diplomatiques. Le récipiendaire, ou ses ayants droits, reçoit un diplôme d’honneur et une médaille, gravée à son nom qui est également inscrit sur le mur des Justes au mémorial de Yad Vashem.

 De nombreux pays ont des comités de « Justes parmi les nations », à commencer par la France, dont la présidente, Madame Simone Veil, a dit : « En honorant ceux qui ont refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie, la médaille des Justes contribue à rétablir l’Histoire dans sa vérité ».

 

En France et des les Hauts-de-Seine.

 En 1940, la France comptait environ 320.000 juifs. 76.000 ont été déportés et seulement 2.551 sont revenus. Il est à noter qu’aucun enfant déporté n’est rentré des camps.

 Ils sont nombreux les Français non juifs qui ont été courageux dans leur aide ou leur dévouement à la population juive pendant la Seconde Guerre mondiale. La France compte 3.328 Justes. Leurs noms sont aussi inscrits à Paris, dans l’Allée des Justes, près du mémorial de la Shoah, rue Geoffroy l’Asnier.

 L’association « Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie dans les communes de France », dont le siège est à Bordeaux, a dénombré 46 Justes pour le département des Hauts-de-Seine. Parmi ces héros, on peut citer Marie-Thérèse et Fernand Bibal de Levallois-Perret, Jane et André Perrot de Sèvres, la famille Charra de Bourg-la-Reine, ou encore Marthe Marie Potvin de Chatenay-Malabry.

 Pendant la Seconde Guerre mondiale, Monsieur Gabriel Boulle habite Bois-Colombes. Il exerce la profession d’ébéniste. En 1943, il rencontre dans la rue Monsieur Léon Fellmann. Les deux hommes se connaissent peu. Quelques échanges polis. « Et votre mère, comment se porte-t-elle ? » demande le premier au second. Léon Fellmann raconte alors les persécutions que lui et sa famille subissent de la part des autorités allemandes et françaises depuis l’été 1942 et la rafle du Vél d’Hiv. Léon Fellmann indique ainsi avoir perdu ses parents, déportés à ce moment-là. Il vit reclus dans une chambre de bonne en compagnie de ses trois frères, sa grand-mère et sa tante.

 Emu par cette histoire, Gabriel Boulle, qui cache déjà des pilotes anglais et américains, n’hésite pas et offre à la famille Fellmann l’hébergement dans sa maison. Plus tard, il ira même jusqu’à procurer des faux papiers et des cartes d’alimentation à tout le monde. Cette situation durera jusqu’à la Libération en août 1944.

 

Le 31 mai 1987, le titre de « Juste parmi les Nations » a été décerné à Gabriel Boulle.

  

 

Sources :

 Lucien Lazare, Dictionnaire des Justes de France, Fayard, 2003.

Mémorial de Yad Vashem : www.yadvashem.org

Comité de Yad Vashem en France : www.yadvashem-france.org

Association des « Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie » : www.ajpn.org

 

 

Gabriel Boulle.

Gabriel Boulle.

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Publié le 1 Février 2015

Robert Chambeiron

 

 

 

 

Résistant : c’est le titre du livre d’entretiens (coécrit avec Marie-Françoise Bechtel) que Robert Chambeiron avait publié, aux éditions Fayard, en avril 2014. Résistant : c’est aussi ce qui qualifiait le plus fidèlement celui qui, dès novembre 1940, rejoignit Jean Moulin pour commencer à structurer les réseaux de la Résistance et participa activement à la création du Conseil national de la Résistance (CNR). Robert Chambeiron est mort le 30 décembre 2014, à l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), à l’âge de 99 ans. Dans un communiqué publié mercredi, François Hollande a salué la mémoire de celui qui, « dans la nuit de l’Occupation, fut de ceux qui eurent le courage defaire quelque chose».

 

« On savait qu’on allait faire quelque chose, mais on ne savait pas quoi », raconte celui qui, à peine démobilisé, en octobre 1940, prend contact avec Jean Moulin, sous les ordres duquel il avait travaillé à partir de 1937 au ministère de l’air, dans le cabinet de Pierre Cot. Né le 22 mai 1915 à Paris, Robert Chambeiron se destine en effet à devenir aviateur et décide d’effectuer une préparation militaire, mais, à peine affecté à la base 117, c’est au ministère de l’air qu’il atterrit. C’est à cette époque qu’il travaille auprès du chef du secrétariat particulier du ministre, Pierre Meunier, qui sera plus tard le représentant à Paris de Jean Moulin pendant l’Occupation. Ayant réintégré une unité combattante, il est en Tunisie depuis le 17 juin lorsque de Gaulle prononce son appel du 18 juin 1940.

 

 En novembre 1940 commence alors le travail d’organisation des réseaux, encore embryonnaires, de la Résistance, jusqu’à la création du CNR, le 27 mai 1943, à la suite d’une ordonnance établie à Londres le 21 février. L’instruction a été remise à Jean Moulin, chargé d’unifier les mouvements de la Résistance. Celui-ci nomme Pierre Meunier et Robert Chambeiron secrétaires généraux. Mais, tant à Londres qu’au sein de la Résistance intérieure, ces nominations, en l’absence de directive officielle, sont contestées.

 

« Quand Moulin fut arrêté [le 21 juin 1943, à Caluire], deux personnes s’occupaient du CNR : Meunier et moi, personne d’autre, raconte Robert Chambeiron dans ses souvenirs. On ne savait même pas ce qu’on devait faire. La seule directive restait de constituer un conseil national composé de délégués des mouvements de résistance et qui représenterait la Résistance dans son ensemble. » Ils assureront la liaison jusqu’à ce que Georges Bidault prenne la succession, début octobre, de Jean Moulin à la tête du CNR. Après plusieurs mois de négociations entre les différents courants, le 15 mars 1944, est adopté le programme du Conseil national de la Résistance, qui porte les principes d’action et de gouvernement qui devront être mis en œuvre après la Libération. Membre de l’Assemblée consultative en 1944, il fait partie, après la guerre, de l’Assemblée constituante.

 

Opposé au général en 1958.

 

En 1945, Robert Chambeiron est élu député des Vosges, sous l’étiquette du Parti républicain, radical et radical-socialiste. Il est exclu un an plus tard, en même temps que Pierre Cot et Pierre Meunier, du Parti radical, qui entend désormais se positionner au centre. Ils s’allient avec des proches du Parti communiste, dont Emmanuel d’Astier de La Vigerie, pour former l’Union des républicains progressistes (URP) qui, en 1950, deviendra l’Union progressiste (UP), issue de la fusion avec le Parti socialiste unitaire, le Regroupement des radicaux et résistants de gauche et l’Union des chrétiens progressistes. Les députés de l’URP puis de l’UP sont alors apparentés au groupe communiste de l’Assemblée nationale.

 

 Il siégera jusqu’en 1951, avant d’être réélu en 1956. Opposé au retour du général de Gaulle, il perd son siège lors des premières élections législatives de la Ve République, en novembre 1958. Robert Chambeiron retrouve un mandat de parlementaire sur des listes du PCF de 1979 à 1989. En 1992, l’ancien résistant s’était opposé au traité de Maastricht, avant de se rapprocher de Jean-Pierre Chevènement, dont il présidera le comité national de soutien à sa candidature à l’élection présidentielle de 2007, avant que celui-ci ne retire sa candidature.

  

© Le Monde

 

 

 

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Publié le 23 Août 2014

 

Exode 1939 Villeneuve la Garenne

Madame Anne-Marie Bouy, du Souvenir Français de Villeneuve-la-Garenne, est née après la Seconde Guerre mondiale. Mais elle parle ici de souvenirs racontés par sa mère, Simone Allard : le départ précipité de la famille de Paris, en 1939.

 

« 39-40, la dernière guerre. La drôle de guerre ! On a tous un souvenir vécu ou transmis de cette période. Celui-là m’a été souvent raconté par maman. Avec à chaque fois autant d’émotion. L’exode… A cette période, les Parisiens quittèrent leur domicile. Direction le sud, car l’ennemi arrivait. Paris allait être envahie, le peuple avait peur. Il partait à pied, en voiture, avec une carriole à cheval ou à bras. Ma famille n’échappa pas à ce départ massif. Septembre 1939 : papa était mobilisé en Seine-et-Marne, à May-en-Multien, près de Lagny. Il fit dire à maman : « Pars, Paris va être prise, pars chez ton grand-père à Conforgien, près de Saulieu ».

 

Maman organisa alors le départ. Mon frère aîné Jean-Claude y participa – il était alors âgé de 5 ans – en rassemblant en quelques minutes ce qui lui semblait être essentiel. Un bruit ! Quelqu’un frappait à la porte. Maman ouvrit : la cousine Juliette. Elle était enceinte. Elle avait rencontré un jeune homme, qui s’était sauvé en apprenant la grossesse. Comme Juliette, orpheline de ses deux parents, vivait chez tonton Edouard, et que celui-ci était plutôt strict, elle avait été tout simplement mise à la porte. « Je pars chez grand-père à Conforgien, lui dit maman, viens donc avec nous. C’est ton grand-père aussi ! ».

 

Direction la gare de Lyon. Il y a du monde partout. Tous veulent entrer pour quitter Paris. A peine les portes ont-elles été ouvertes qu’il faut les refermer aussitôt. C’est l’émeute ! Des trains sont à quai. Ils sont bondés. Ils doivent partir, mais quand ? Les agents l’ont dit. Partiront-ils vraiment ? Maman et Juliette montent dans un train vide, qui doit normalement rester à quai. Le petit Jean-Claude peut enfin se reposer. Le temps passe, la fatigue l’emporte. Les trois passagers s’endorment. Ils sont réveillés bien plus tard par le ballotement du train ! Panique… Maman s’aperçoit qu’ils sont restés seuls. La meilleure tactique consiste à rester discrets et attendre que le train s’arrête. Il fait d’abord une halte à Auxerre. Un machiniste descend. Le train repart. Il semble se diriger vers le Morvan. Vaille que vaille ! Quelques heures plus tard, nouvel arrêt : Saulieu ! Dieu soit loué. Voilà les deux femmes et l’enfant presque arrivés à bon port. Mais Saulieu n’est pas Conforgien, il reste plusieurs kilomètres à faire.

 

Arrivés en centre ville, Maman appelle une vieille amie dont le mari est chauffeur de taxi et tout le monde se retrouve dans la soirée chez les grands-parents. Mais ceux-ci ne peuvent les accueillir. Le lendemain matin, un oncle et une tante passent et sont étonnés de leur découverte. Pas de radio ni de télé, peu de journaux informent les populations de la panique des Parisiens. Ils emmènent les réfugiés chez les cousines Adrienne et Yvonne. Le temps pour elles de prévenir le maire, celui-ci se débrouille pour faire ouvrir une maison qui servira de refuge (il s’agit d’une maison de vacances). Ainsi, Juliette, maman et le petit Jean-Claude y habiteront quelques mois. Juliette accouchera en décembre 1939 d’une petite Maryse. La maman et l’enfant repartiront sur Paris en 1940. Maryse, en tant que pupille de la Nation, sera confiée aux soins d’une institution à Auffargis, dans l’Essonne. Malheureusement, l’établissement sera bombardé le 14 juillet 1944 et l’enfant trouvera là une mort terrible. Elle repose à Bièvres, dans un carré de quatre petits. Maman aura été une éphémère marraine…

 

Quel destin tragique pour la pauvre enfant. Un destin que se renouvelait, hélas. La maman de Juliette, Marie Lombardi, avait rencontré un jeune gars du nom de Robert Anthony. Il était mort dans les tranchées de 14-18 et elle d’une phtisie galopante. La petite Juliette ayant été conçue le temps d’une permission… Je n’ai jamais su où est enterrée Marie Lombardi. Quant à Robert, son nom figure sur une colonne du cimetière de Levallois-Perret. »

 

 

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Publié le 8 Juin 2014

Sevres Manufacture 1942

Sèvres 1942 : des collections de céramiques de la Manufacture après un bombardement (copyright Sèvres, cité de la céramique).

 

Olivier Maurion, président du comité du Souvenir Français de Sèvres a recueilli le témoignage de Madame Madeleine Berthault.

 

« Nous sommes le 3 mars 1942, aux alentours de 21h. La nuit est claire, pas de nuages, ciel limpide. Brusquement, une vague d’avions anglais envahit le ciel. L’alerte n’est pas donnée et une pluie de bombes s’abat sur la ville.

Les sirènes alors, se mettent à retentir. Nous n’avons pas le temps de se rendre aux abris. Au travers des vitres, on aperçoit des fusées éclairantes, plein de ballonets. La DCA tire, les bombes tombent, surtout ne pas sortir ! Tous les voisins se sont regroupés dans l’escalier et regardent pétrifiés. Le bombardement durera deux heures. Les avions anglais arrivent par vague.

Au matin, les dégâts sont terribles. Les usines étaient la cible du bombardement. L’usine Renalt, l’usine Farman sont très touchées, mais aussi les maisons environnantes et le bas de Sèvres, place du Parc et surtout la rue Troyon.

Une famille entière est anéantie : la grand-mère, les enfants et les petits-enfants : les Decominck (huit morts). Plus loin, la famille Chevrier a subi le même sort : la maman tuée, le fils emmené très blessé, seul le père s’en sort.

Bombes un peu partout dans Sèvres : rue des Fontaines, maison à gauche après le pont de chemin de fer, rue Annne Amieux, pavillon détruit. A la manufacture, tout le côté gauche du pavillon du personnel est tombé, heureusement, les habitants se sont réfugiés dans la cave. La famille Gordet qui demeurait dans le petit pavillon des gardiens à gauche du musée est également touchée, alors qu’elle se rendait se réfugier dans la cave du personnel logé. Le chien est tué. Monsieur Gordet, grièvement blessé, décèdera quelques mois après. Quant à Madame Gordet, très blessée également, elle s’en remettra, mais chaque année devra subir des opérations pour retirer des éclats de bombes qu’elle gardera dans son corps.

Un autre couple se rendant dans les tranchées creusées dans les jardins du personnel sera touché. Les parents seront sauvés, mais leur jeune fille mourra écrasée, étouffée par la tranchée qui s’est éboulée.

Les habitants du bas de Sèvres fuiront pour demeurer dans les hauts de Sèvres : famille Derny, rue Vicor Pauchet ; famille Brelivit, villa Kildin rue Brancas ; famille Germont, rue Brancas ; famille Guillon, rue Léon Cloudel.

Le parc de Saint Cloud est truffé d’énormes cratères faits par les bombes. La nuit du 3 mars 1942 fut une nuit de cauchemar ! »

 

 

Site du Souvenir Français de Sèvres : www.souvenirfrancais.fr

 

 

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Publié le 17 Novembre 2013

 

marche mort

Détenus de Dachau pendant une Marche de la Mort.

 

François Perrot nait à Strasbourg en 1921. Passionné par l’Histoire de France, élevé dans le culte du sacrifice de ses « grands anciens », il se destine à l’Ecole militaire de Saint-Cyr. Après la défaite de l’armée française en mai – juin 1940, il se trouve avec sa famille à Orléans puis dans le Lot, où, au milieu de soldats français en déroute, il écoute le discours du maréchal Pétain puis l’appel du général de Gaulle le 18 juin.

 

Dès octobre 1940, il fonde à Gap un groupe de lycéens résistants à l’occupant. L’année suivante, il tente, en vain, de rejoindre la France Libre. En 1942, il prend la tête de la section d’un mouvement de la Résistance Intérieure Française au sein de l’Ecole Libre des Sciences Politiques.

 

En 1943, arrêté par la Gestapo, il est interné à Fresnes puis est envoyé au camp de Compiègne pour monter dans l’un des convois avec pour destination les « camps de la mort ». D’abord interné à Buchenwald (matricule 21189), il est transféré au camp de Flossenbürg en avril 1945.

 

Libéré en mai 1945, François Perrot va entamer une triple carrière : au Commissariat à l’Energie Atomique, où il est Chef de Service ; en parallèle, il travaille dans les associations du monde combattant et du Devoir de Mémoire : président de l’UNADIF 92 (Union Nationale des Associations de Déportés et Familles de Disparus), vice-président de la Fondation Nationale pour la Mémoire de la Déportation, président d’honneur du comité du Souvenir Français de Vaucresson. Enfin, au service de ses concitoyens, il est pendant de nombreuses années maire-adjoint de Vaucresson. Croix de Guerre et Médaille militaire, Officier dans l’Ordre national du Mérite, François Perrot est Grand-Officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.

 

En 1995, il participe à l’ouvrage « Leçons de Ténèbres » (sous la direction de Jean Manson, éditions Plon). Le texte ci-dessous intitulé « Marches de la Mort » est extrait de ce livre.

 

 

« Les Marches de la mort ».

 

« Le froid printemps de 1945 fut pour beaucoup la période la plus dure de la déportation, une sorte d’apothéose funèbre, de couronnement d’épines, de Golgotha ! Même si, jusque-là, la mort nous guettait à chaque instant, nous nous étions plus ou moins installés dans la vie concentrationnaire, en accomplissant notre tâche quotidienne, en tentant de nous fondre dans la masse et de ne pas nous signaler à l’attention des SS, des kapos, des Vorarbeiter... ».

 

 

« De Buchenwald à Flossenbürg ».

 

« Cela avait commencé par Auschwitz dès le mois de janvier. Puis les évacuations se généralisèrent en avril.

 

En ce qui me concerne, affecté le 9 octobre 1943 au Kommando de Berlstedt, qui dépendait du camp de Buchenwald, où j’étais arrivé le 18 septembre 1943, je fus replié avec tous mes camarades sur le camp principal le 4 avril 1945. Nous partîmes le 6 avril en direction de l’est, fuyant devant l’avance américaine. Nous étions entassés dans des wagons de marchandises découverts, du type « minéralier ». Sans manger et sans boire, serrés les uns contre les autres, sans pouvoir nous asseoir et, encore moins, nous coucher, nous roulions jour et nuit. Je me souviens de la joie vengeresse qui nous étreignit en traversant Chemnitz complètement détruite. Nous nous disions : « Nous allons mourir, mais nous ne serrons pas les seuls ! » De temps à autre, le convoi s’arrêtait en raison des bombardements et les SS s’abritaient sous les wagons.

 

Puis, nous repartions. Un jour, le convoi bifurqua pour prendre la direction du sud afin de ne pas se retrouver face à l’Armée rouge. Ce furent alors les beaux paysages de la Bohême : Komotov (Komotau en allemand), Karlovy Vary (Karlsbad), Marianské-Lazné (Marienbad) qui n’avait pas encore été illustré par Alain Resnais. Puis, dans la petite gare de Tachov (Tachau), le train s’arrêta : les SS nous dirent que nous allions continuer à pied et demandèrent que ceux qui se sentaient incapables de marcher sortent des rangs. Bien qu’ayant, comme beaucoup d’autres, les chevilles très gonflées par la station debout prolongée depuis plusieurs jours, mes amis Marcel Pernin, Auguste Vercey et moi jugeâmes prudent de rester avec le gros de la troupe qui se dirigea aussitôt ver l’ouest pour franchir les monts de Bohême (plus précisément l’Oberpfälzer Wald). Nous ne devions plus jamais revoir nos camarades qui avaient déclaré ne pouvoir marcher. Ils furent abattus et leurs restes enterrés avec d’autres victimes de la Marche de la mort. Leur fosse commune est surmontée d’une sorte de tertre et d’un modeste monument.

 

Il fallut marcher et franchir la montagne qui sépare la Bohême de la Bavière et qui culmine à environ mille mètres. Une trentaine de kilomètres fut parcourue.

 

Ce fut notre première « marche de la mort ». Parmi ces milliers d’hommes, de tous âges, de toutes nationalités, affaiblis par des mois ou des années de mauvais traitements, de sous-alimentation, de coups, d’humiliations, beaucoup ne purent supporter ces nouvelles épreuves ; ils s’arrêtaient ou tombaient sur la route et étaient immédiatement achevés d’une balle dans la tête.

 

Cela dura plusieurs jours, sans  nourriture, sans boissons... Nous couchions la nuit au bord du chemin, après avoir bu l’eau des fossés et mangé quelques herbes ou pissenlits. Beaucoup d’entre nous étaient malades (dysenterie, érysipèle...).

 

Le jour, nous traversions de rares villages. Deux souvenirs contradictoires restent gravés dans ma mémoire. Un jour, au bord de la route, mon regard a croisé ceux, apitoyés, d’un couple de civils en promenade avec un bébé. Une autre fois, à moins que ce ne soit le même jour, des enfants ont jetés des cailloux aux « criminels » qu’ils voyaient passer. Un peu partout, à chaque carrefour, se dressait un calvaire, comme un signe !

 

La nuit était tombée lorsque nous parvînmes à Flossenbürg. Mes camarades et moi nous souviendrons de cette arrivée lugubre, sinistre, apocalyptique. Les SS criaient et frappaient, les chiens aboyaient, quelques rares lumières scintillaient dans l’obscurité et notre pitoyable troupeau fut poussé dans le hall de l’usine Messerschmitt où gisaient quelques éléments d’avions. Il y avait des flaques de sang et nous crûmes tous que c’était là l’aboutissement de notre vie, une sorte d’abattoir infernal... Puis, le calme s’établit et, épuisés, nous avons sombrés dans le sommeil, écroulés sur le ciment entre des morceaux d’avions.

 

Le lendemain matin, cela devait être le 15 ou le 16 avril, nous fûmes répartis dans les baraques surpeuplées du camp. Celui-ci, conçu pour 4.000 hommes, en comptait alors 17.000, compte tenu du retour au bercail de nombreux kommandos. Il ne nous restait plus qu’à nous installer à même le sol, sous les châlits. Mais, au moins, recevions-nous notre ration de liquide chaud qui tenait lieu de soupe et un peu de pain, et, surtout, n’avions-nous plus à marcher, ni, d’ailleurs, à travailler.

 

Tous les matins, nous trouvions dans les latrines les morts de la nuit qui nous regardaient fixement.

 

Au bout de quelques jours, une canonnade fut entendue au loin. Les SS, ou leurs auxiliaires, quittèrent certains miradors après y avoir installé des drapeaux blancs. Le bruit courut que le camp allait se rendre. La joie et l’espoir firent briller nos yeux au fond des orbites creuses de nos crânes décharnés.

 

Hélas, peu de temps après, les gardiens reprirent leur place et les drapeaux blancs disparurent ! »

 

 

« Flossenbürg à Cham ».

 

« Le 20 avril, il fallut reprendre la route, en plusieurs colonnes, vers le sud cette fois, vers Dachau ou vers un hypothétique « réduit alpin ». Et la même horreur se renouvela : les nuits au bord du chemin, ou dans les bois, l’eau des fossés, les pissenlits, la maladie, la fatigue, l’épuisement. Il fallut parcourir 30 kilomètres par jour, sans nourriture, si ce n’est un demi-pain reçu au départ, sans boisson. Le froid pénétrait à travers nos mauvais vêtements de Fibranne, nos pieds saignaient dans nos claquettes. Des coups de feu retentissaient tout au long de la colonne, annonçant la mort de tous ceux qui n’en pouvaient plus et qui rendaient l’âme quelques jours ou quelques heures avant la libération. Il nous fallait bander toute notre énergie, faire appel à nos dernières forces physiques et morales pour marcher, marcher encore. J’ai même l’impression d’avoir parfois marché en dormant, à moins que je n’aie dormi en marchant...

 

Et toujours, ces coups de feu lancinants ! C’était vraiment « Marche ou crève » !

 

Il y a eu quatre colonnes dont le départ s’échelonna dans la journée entre 9 heures et 17 heures, en tout environ 15.000 hommes, dont 7.000 arrivés de Buchenwald.

 

Pour comprendre les conditions dans lesquelles se sont déroulés ces « marches de la mort », il faut essayer de s’imaginer ce mois d’avril 1945, qui vit s’installer progressivement le chaos en Allemagne. Les armées de terre alliées de l’Ouest et de l’Est, marchant à la rencontre les unes des autres, enserraient la Wehrmacht dans un étau inexorable ; l’aviation bombardait les colonnes ennemies en retraite, les nœuds ferroviaires, les mines, et, bien sûr, les villes dans cette guerre qu’Hitler avait voulue totale ; les populations civiles quittaient les villes, fuyant devant l’avance alliée, comme les Belges et les Français en juin 1940 ; les SS ayant reçu d’Himmler l’ordre de ne pas laisser de traces de leurs forfaits, tantôt ramenaient les kommandos vers les camps, tantôt évacuaient ceux-ci vers on ne sait quelle destination, en abattant tous ceux qui ne pouvaient plus avancer, tantôt liquidaient les déportés au lance-flammes où à la mitrailleuse. Il y avait là une gigantesque fourmilière désorganisée, se divisant en toute une série d’exodes, dans une confusion de plus en plus grande, dans une horreur sans cesse grandissante, vers un crépuscule des Dieux.

 

Le 23 avril, les survivants de Buchenwald et de Flossenbürg furent libérés par une colonne de la 11ème division blindée de l’Armée Patton sur une route de Cham, les uns à Straubing, les autres à Wetterfeld, les derniers, parmi lesquels je figurais, à Untertraubenbach. Les corps des victimes de cette « marche de la mort » ont été inhumés, en général provisoirement, dans de villages traversés, puis exhumés et regroupés soit à Neunburg, soit à Flossenbürg. Quelques-uns ont été restitués aux familles. Cet exode de la « route de Cham » a concerné plus de 14.000 déportés et a coûté la vie à près de la moitié d’entre eux, si près de la libération ! D’autres moururent d’épuisement dans les jours qui suivirent.

 

Quant aux survivants, ils furent rassemblés et hébergés dans le 120th Evacuation Hospital de Cham ; beaucoup retrouvèrent la mère patrie le 16 mai, où ils passèrent par le centre de rapatriement de l’abbaye Saint-Clément de Metz.

 

Ces deux « Marches de la mort », à une semaine d’intervalle, furent, avec l’hiver 1943-1944 passé dans la carrière de Berlstedt, les moments les plus horribles de ma déportation. Beaucoup de camarades d’autres camps subirent le même sort.

 

Je dédie ce témoignage à la mémoire de mon ami Roger Hébert, vice-président de l’A.D.I.F. des Hauts-de-Seine, décédé le 29 octobre 1994 à Meudon. Ancien maquisard du Vercors, arrêté par les Italiens, remis à la Gestapo, parti quelques jours avant moi de Compiègne pour Buchenwald, il fut affecté au kommando de Langenstein. En avril 1945, évacué sur les routes, il se retrouva en pleine bataille. Une rafale le faucha : un SS se dirigea vers lui donner le coup de grâce ; la balle traversa le cou sans le tuer... Son heure n’était pas venue ! »

 

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Publié le 20 Octobre 2013

 

Dargols Bernard 2

Juin 1944 : Bernard Dargols et sa jeep « La Bastille ».

 

8 août 2013. La Garenne-Colombes. Rue de l’Aigle. Beau nom quand on est citoyen américain, et que le symbole de son pays est un aigle (un pygargue pour être plus précis) à tête blanche !

 

Bernard Dargols est donc Américain, depuis qu’un jour de 1944 son supérieur hiérarchique lui a proposé, tout en conservant sa nationalité française. Le parcours jusqu’à cette cérémonie n’avait pas été simple. Celui qui s’en suivit, encore moins…

 

 

Machines à coudre.

 

« Je suis né à Paris en mai 1920. Cela a son importance. Non pas la date en tant que telle, mais parce qu’en France, à cette époque, cela signifiait être appelé à l’armée 20 ans plus tard. En mai 1940 !

 

Ma famille était dans la machine à coudre. Mon père tenait un atelier d’importation de machines destinées à l’industrie, qui se situait au numéro 8 de la rue des Francs Bourgeois, en plein quartier du Marais. Il était la tête de pont de fabricants américains tels que Dearborn ou Consolidated. Cette affaire marchait bien. Après moi, mes parents eurent deux autres garçons.

 

A l’école, je n’étais pas le meilleur. Pour moi les résultats étaient, certes importants, mais sans y accorder plus de valeur qu’il ne le fallait. J’affectionnais particulièrement le calcul mental – et ma mémoire a toujours été excellente – et l’anglais. L’une comme l’autre de ces matières me servira plus tard ! En attendant, je collectionnais les prix de camaraderie et cela ne m’empêcha pas de poursuivre ma scolarité au lycée Turgot, préparant les Arts et Métiers. Je me destinais à être Gadzarts.»

 

 

A NYC.

 

« A l’âge de 18 ans, mon père me convoqua dans son bureau. Il m’expliqua que j’étais l’aîné et de ce fait devait un jour reprendre l’affaire familiale. Il n’était pas question d’être un « fils à papa ». Je l’entends encore me faire la morale sur le principe du travail et de l’apprentissage et non du legs et de la cuiller en argent ! Pour se faire, il s’était mis d’accord avec ses fournisseurs et partenaires américains : je partais pour une année de stage aux Amériques. Ainsi, je connaîtrais le métier et serait plus à l’aise en anglais.

 

Imaginez donc un peu : moi le jeune titi parisien, rêvant devant les photographies de la Grosse Pomme, écoutant la musique de jazz, ne concevant le cinéma qu’Américain, j’étais en plein rêve. J’allais aux Etats-Unis ! Le monde s’ouvrait devant moi.

 

Je pris le bateau Paris pour New York. Après un passage rapide à Ellis Island – je n’étais pas considéré comme émigrant – je pris mes quartiers chez nos fabricants et reçus un accueil formidable de la part des ouvriers. A l’époque, comme aujourd’hui encore, dire qu’on était Français et qui plus est de Paris, attirait spontanément la sympathie. Et puis, mes cours d’anglais, et la qualité remarquable de mon professeur du Turgot, me permirent de familiariser de suite, même si mon accent « so british » était quelque peu moqué. Dans un premier temps, je fus hébergé chez de lointains cousins, installés dans le borough de Brooklyn. Puis je déménageai dans Manhattan, dans la 108ème West.

 

Mai 1940 : j’ai vingt ans et la France est en guerre. Je suis appelé par le consulat de France aux Etats-Unis. Je dois passer une visite médicale afin de savoir si je suis apte au service national. Je dois une année à la République et pas question de s’y soustraire. « Ne bougez pas, on vous appellera » me dit-on après les résultats positifs des examens. J’attends toujours… ».

 

 

France Libre ou US Army ?

 

« Un mois plus tard, à l’occasion d’actualités vues au cinéma, je prends conscience de l’effondrement de mon pays. Pis que cela ! A Montoire, dans le centre de la France, le maréchal Pétain vient saluer Adolf Hitler. C’en est trop. Non seulement indigné, j’avais aussi le désir ardent de ma battre pour mon pays. Après quelques renseignements, je sollicite un rendez-vous auprès du représentant new-yorkais de la France Libre. Il s’agissait du colonel Alexandre de Manziarly. Un homme charmant, amputé d’une jambe pendant la Première Guerre mondiale. Il m’explique que la France Libre a besoin d’hommes comme moi. Je peux partir dès que possible en Angleterre et je serai bien accueilli. Je pourrais être rapidement nommé officier, tant le manque d’hommes fait défaut aux troupes du général.

 

Je m’en retournai auprès de mes amis et leur expliquai la situation. Ils n’appuyèrent pas ma démarche, expliquant pour l’un que les rapports entre de Gaulle et Churchill étaient médiocres – ce qui ne laissait augurer rien de bon – et pour l’autre qu’entre soldats gaullistes et officiers vichystes, cela sentait bien un parfum de guerre civile ! J’attendis et continuais mon travail.

 

Néanmoins convaincu par la force du général de Gaulle, je fondis une association, la « Jeunesse France Libre » pour soutenir son action. La cotisation était de 25 cents et tous les gens que je connaissais étaient impitoyablement chassés pour devenir membres ! Parmi eux, se trouvait une jeune française, nommée Françoise… Mon soutien se matérialisa également par une lettre d’encouragements que j’écrivis sous le nom de Bernard Darvil – ma famille étant restée à Paris, pas question pour moi de la mettre en danger – et le grand journal New-York Times la publia !

 

Au lendemain de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, le président Franklin Roosevelt déclara la guerre au Japon. De ce fait, les Etats-Unis ayant ouvert la conscription, mes camarades n’hésitèrent pas : ils signèrent presque tous. « Pourquoi ne viendrais-tu pas avec nous ? » me dirent-ils ? De France, j’avais quelques nouvelles via la Croix Rouge établie en Suisse. Les restrictions pour les juifs se multipliaient. Nous sommes juifs. Peu portés sur la religion et plutôt laïcs. Mais pour l’Etat français, peu importait qu’on soit pratiquant ou laïc : on était d’abord juif. Plus question pour moi de tergiverser. Je signais mon engagement dans l’armée américaine. »

 

 

Dans l’US Army.

 

« Au début de 1943, deux choses étaient essentielles pour moi : faire venir ma famille aux Etats-Unis et poursuivre mon engagement. Mon père et mes frères réussirent à fuir la France et passer par Cuba. Ils y restèrent quatorze mois car les autorités américaines exigeaient la constitution de dossiers très complexes – et complets ! – et cela nécessitait des sommes d’argent conséquentes. Les dirigeants de firmes que nous représentions en France prêtèrent les montants exigés à mon père, et lui dirent : « Tu nous rembourseras quand nous aurons gagné la guerre ». Il le fit, au dollar près !

 

J’intégrai le Fort Dix, centre militaire du New Jersey où je fis mes classes pendant plusieurs mois, puis on m’envoya au Camp Croft en Caroline du Nord où je fus nommé sergent-chef à la Military Intelligence Services, que l’on peut résumer aux termes de « Service des renseignements Militaires ». Elle était composée de trois sections : la première regroupant les Américains d’origine allemande ; la deuxième, faite pour l’interprétation des photographies aériennes – en relief ! – prises en Europe et la troisième, composée des éléments chargés d’interroger les civils français. Nous devions tout apprendre par cœur : le nom des divisions allemandes, leurs compositions, leur armement…

 

Tout cela me passionnait mais je commençais à douter de mon départ pour l’Europe. D’autant que plusieurs de mes camarades se battaient déjà dans le Pacifique. Et puis, un jour, nous étions en décembre 1943, je reçu un ordre : j’étais envoyé en Angleterre ! C’était sûr : tôt au tard, je reverrais Paris et la Normandie ! J’embarquai sur le Queen Elisabeth et j’arrivai en Ecosse quelques semaines plus tard. De là, je partis pour le Pays de Galles, où se trouvait mon camp d’entraînement. J’y restai près de six mois. Mon rôle consistait à enseigner « La France » aux soldats US !

 

A la veille de juin 1944, mon supérieur me proposa de devenir citoyen américain, sans pour autant perdre ma nationalité française : « Si tu restes Français, me dit-il, avec ton uniforme US, et que les Allemands te prennent, alors il n’est pas impossible que tu finisses fusillé ! Si tu es Américain, alors ils te considéreront comme un soldat et ils traiteront comme tel ». Je n’hésitai guère plus de quelques secondes ! Avec mon grade de sergent-chef, on me confia deux jeeps, une remorque et six gars à diriger. J’étais rattaché à la prestigieuse 2ème division d’infanterie américaine. »

 

 

In the « Indianhead » Infantry Division.

 

« Forte de 13.000 hommes, la Indianhead – son écusson représente une tête d’Indien – a été formée par le général Pershing, en France, en 1917. Elle a combattu à Bois-Belleau, à Saint-Mihiel et sur la Marne en 1918.

 

En juin 1944, nous n’étions pas au courant de tout, loin s’en faut, mais on se doutait de quelque chose à voir l’accélération des préparatifs. Nous savions que nous allions prendre le bateau – pour la France ? Pour la Belgique ? – et que ce ne serait pas une croisière. Le 5 juin, on nous fit monter dans un bateau – un Liberty ship – au port de Cardiff. Nous étions tous pétrifiés de peur. Mais quand on a peur à plusieurs centaines d’hommes, on trouve toujours un moyen de se réconforter, d’imaginer qu’on va s’en sortir. Au départ, notre bateau était seul. Et nous restâmes trois jours en mer, mais au fur et à mesure que nous approchâmes des côtes françaises, ce furent des milliers de bateaux qui s’offrirent à nos vues !

 

Le 8 juin au matin, une formidable canonnade commença. Notre commandement savait que les Allemands, bousculés par les premières vagues du 6 juin, avaient reculés de près de 3  kilomètres. Mais un retour est toujours possible. On nous fit monter dans des barges de débarquement et quelques instants plus tard, je retrouvais le sol de France, à Saint-Laurent-sur-Mer, sur la plage que nous appelions Omaha Beach ! »

 

 

La campagne de France.

 

« Le quartier-général de la division fut installé dans le village de Formigny. Mais auparavant, je fus appelé par le colonel Christiansen, chef du G2, l’unité de renseignement. Avec ma jeep et un MP (« Military Police »), je devais entrer dans Formigny et interroger les habitants : « Les Allemands sont-ils encore dans le coin ? Loin ? Près ? Combien sont-ils ? Demandent-ils à manger ? Ont-ils de l’argent pour payer ? Quelles sont les unités vues ou aperçues ? Quand ils bivouaquent, à quelle heure se lèvent-ils ? Où se trouvent leurs réserves de munition, leurs dépôts de carburant ?… ». En fonction des renseignements que je rapportais, des décisions étaient prises. Ainsi, notre seule jeep pénétra, au pas, dans le village. Nous n’en menions pas large… Aujourd’hui, la petite route que nous avions empruntée de la plage à Formigny porte mon nom !

 

Plus tard, on me demanda « d’ouvrir » de même les villages de Trévières, Cerisy-la-Forêt, Saint-Georges-d’Elle (près de Saint-Lô), Brétigny… Tout cela en direction de la Bretagne. A chaque fois, je cherchais la ferme dont les bâtis étaient les plus grands. Normalement, c’étaient celles qui pouvaient abriter le plus grand nombre de soldats. A chaque fois, je reçus un accueil délirant : « On vous attendait depuis si longtemps ! ». Pensez-donc : un soldat américain, parlant parfaitement le français, qui conduit une jeep appelée La Bastille, qui distribue du chocolat et des chewing-gums à qui veut bien ! J’étais moi aussi en plein rêve.

 

Par la suite, la division pris la route de Brest qu’une armée allemande tenait fermement. Les combats durèrent plus d’un mois, entre août et septembre 1944. Puis, toujours, dans le cadre du G2, notre campagne nous porta à Bastogne en Belgique. Mais là, pas de Français à interroger : les habitants ne parlaient que l’allemand ! Aussi, je fus muté sur Paris, dans les anciens locaux de la Kommandantur, place de l’Opéra… Je profitai de mon passage dans la capitale pour visiter ma mère : quatre longues années que je ne l’avais vue… Ma pudeur m’interdit d’en dire plus. »

 

 

Retour aux USA.

 

« Janvier 1946 : je reçus mon ordre de démobilisation. Mais les formalités étaient à remplir à Fort Dix. Je suivis les ordres : bateau à Marseille et retour aux USA. Je retrouvais mon point de départ, puis ma famille à New-York et notre association la « Jeunesse France Libre ». Je retrouvai également la jeune et belle Françoise… que j’épousai quelques semaines plus tard à Manhattan !

 

Retour en France, où nous reprîmes tous ensemble, notre vie et l’atelier laissé en sommeil pendant ces années terribles. Pas tous d’ailleurs. Plusieurs de mes oncles et tantes avaient été déportées et n’étaient pas rentrés des camps hitlériens.

 

Avec Françoise, nous eûmes trois enfants, une fille aînée, professeure d’anglais, notre cadette, professeure de français à New-York et notre fils, médecin à Paris, au sein de l’association SOS Médecins.

 

L’atelier de la rue des Francs Bourgeois se portait bien et notre activité se développa. Associé avec l’un de mes frères, il reprit l’affaire à mon départ en retraite en 1985 ».

Dargols Bernard

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Publié le 3 Septembre 2013

 

La Garenne-Colombes-20130525-00134

Années 1930 : Roger Poulet à l’Ecole Saint-Joseph de La Garenne-Colombes (derrière et à gauche de l’abbé).

 

Samedi 25 mai 2013. Nous rencontrons Monsieur Roger Poulet qui habite la commune de La Garenne-Colombes.

 

Un gamin parisien.

« Je suis né à La Garenne le 21 janvier 1917. Je vous laisse compter et je sais que cela en fait pas mal au compteur ! Nous étions alors en pleine guerre. La bataille de Verdun venait d’être remportée. D’ailleurs mon père était au front. Comme il avait une formation d’écuyer, les chefs le placèrent au débourrage et au dressage des chevaux. Il commença par des chevaux de l’armée française et par la suite on lui en confia du contingent américain. Tout se passait bien jusqu’au jour où il fut chargé et renversé par un cheval : réformé !

 

Après la guerre, il entra chez De Dion-Bouton, qui était alors un constructeur de moteurs et d’automobiles remarquable. Il commença comme simple ouvrier pour finir chef d’atelier. Quelques années plus tôt, il avait rencontré ma mère, qui travaillait en tant que domestique dans une maison bourgeoise.

 

Me voilà donc, gamin, dans les rues de La Garenne. Et ce n’est rien de dire que la ville a bien changé depuis. Fils unique, je suivis une scolarité somme toute normale pour l’époque, si ce n’est qu’elle fut pour une grande partie religieuse. Placé à Saint-Joseph, auprès d’un maître d’école extraordinaire, l’abbé Rouillau, j’obtins assez facilement mon certificat d’études. De là, entrée dans la vie active à travers l’apprentissage et je devins tailleur. En ce temps-là, il y en avait quinze à Courbevoie et tout autant à La Garenne-colombes. »

 

Une « drôle de guerre ».

« En 1937, je fus appelé pour faire mon service militaire. Nommé au 23ème RIF (régiment d’infanterie des frontières), dans la forteresse d’Haguenau, mon temps fut prolongé à la veille de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Une fois par mois, pour nous dégourdir les jambes, nous faisions une marche de 15 km, avec tout le barda sur le dos. En 1939, je fus mobilisé en Alsace, à Bischwiller. C’est là que je vécut, comme mes camarades la « drôle de guerre », selon l’expression du journaliste Roland Dorgelès, qui s’y connaissait en guerre !

 

Comme cela est bien connu, la Ligne Maginot ne servit pas à grand-chose : les Allemands attendirent les beaux jours et passèrent à la fois par la Belgique et les Ardennes, réputées infranchissables (« Tu parles ! »). Ma section ne s’attarda pas à la forteresse – il y avait longtemps que nous avions été dépassés par les forces allemandes – alors, fort l’honneur, nous combattîmes quelques jours dans les Vosges. Un jour pas comme un autre, nous fûmes encerclés. Nous devenions ce que tout le monde appelait des « PG » : des prisonniers de guerre. Les Allemands nous conduisirent sur Strasbourg et de là nous primes le train pour Nuremberg ».

 

Prisonnier en Allemagne puis en Pologne.

« Stalag 13A, Commando 2700, tel était ma nouvelle unité. J’avais indiqué mon métier dans le civil et je fus ainsi envoyé à Der Schuhfabrik (la fabrique à chaussures) où l’on me demanda de gérer la réfection d’uniformes de la Wehrmacht. On les passait par paquets de 10 dans une grande chaudière et on remplaçait ce qui faisait défaut : boutons, fermetures, …

 

On couchait au 5ème étage de l’usine et le matin on prenait le petit-déjeuner au rez-de-chaussée. Les mois passant – nous étions déjà en 1941 – et comme j’étais violoniste, avec des camarades nous montâmes une petite troupe de Théâtre aux Armées. Plusieurs Allemands trouvaient que c’était une bonne idée et nous encourageaient. Ils n’étaient pas tous des salauds ! A cette époque, j’étais parfois aussi employé au grand théâtre de Nuremberg en tant que machiniste. Et puis vint la catastrophe…

 

Evénement qui commença pourtant si bien. J’avais repéré une jeune allemande, superbe. Elle ne semblait pas non plus insensible à mon charme de « titi parisien ». Alors, ce qui devait arriver arriva bien sûr. Et de plus je me fis prendre la main – si je puis dire – dans le sac !

 

La sentence fut sévère : « Attendu que le prisonnier de guerre français, Poulet Roger, matricule 69.045 au Stalag XIII, est accusé, étant suspect, d’avoir désobéi continuellement aux ordres, attendu qu’il entrait en relations coupables avec M.H., épouse âgée de 23 ans, attendu qu’il l’embrassait une fois dans la cantine, attendu qu’ils avaient convenu de se rencontrer sur un terrain sportif, et qu’ils (…), alors par ces faits et ces motifs, le prisonnier de guerre français Poulet Roger est renvoyé devant le conseil de guerre ». Et c’est ainsi que je me retrouvai en prison à Graudenz (aujourd’hui Grudziadz) dans le nord-ouest de la Pologne, sur le fleuve Vistule. Je n’en menais pas large…

 

Mon métier me sauva encore une fois. Nous étions 6 par cellule et nous étions engagés dans divers travaux. Je fus muté dans un atelier de couture, ou nous devions rapiécer des uniformes. Je résistais comme je pouvais et ce fut un miracle que je ne pris pas une balle. Une fois, un officier me surpris en train de cisailler des vestes : deux semaines de cave ! Je m’y fis, comme on se fait à tout ».

 

La grande marche.

« Le 21 janvier 1944, alors que je fêtais mes 27 ans, un ordre d’évacuation nous mit dehors des baraques, en colonnes par quatre. Nous ne savions pas grand-chose, mais on entendait bien parfois le canon tonner au loin. A voir les têtes de nos gardiens, les vainqueurs avaient changé de camp. Nous sortîmes avec ce que nous avions sur nous et tant mieux pour ceux qui étaient bien chaussés. Et malheur aux faibles, aux malades, aux chétifs, à ceux qui n’avaient pas ou plus de chaussures. Sous la conduite de soldats de la Wehrmacht, nous entamâmes une marche de plusieurs centaines de kilomètres. On commença par traverser la Vistule, comme l’avaient fait 132 ans plus tôt les soldats de la Grande Armée de l’Empereur. Evidemment, nous laissâmes rapidement derrière nous des gars qui avaient les pieds gelés, d’autres qui se vidaient du fait de la dysenterie. On mangeait ce qu’on trouvait, parfois ce qu’on nous donnait, et bien souvent ce furent des pommes de terre.

 

Le soir, nous étions regroupés dans des chambrées de 50 ou 60 gars, et il y avait de tout là-dedans. Les microbes s’en donnaient à cœur joie. Une nuit, nous fûmes réveillés par les hurlements d’un prisonnier : gris d’appendicite aigüe. On partit au petit matin, le laissant là, agoniser, à la merci du premier venu.

 

Les soldats allemands relâchaient de plus en plus la surveillance. Certains désertaient, d’autres paraissaient sans courage. La morgue du début était bien loin. Nous étions par groupes de 100 ou 200 soldats. Un jour, alors que nous étions proches du lac de Constance – nous avions bien traversé toute la Pologne et toute l’Allemagne soit plus de 1.000 kilomètres – je décidai avec deux camarades qu’il était temps de foutre le camp ! J’avais encore en tête quelques leçons de géographie : si la Suisse n’était pas loin, Strasbourg non plus ».

 

L’évasion.

« La chance fut toujours avec nous. Nous partîmes d’un coup, sans nous retourner. Après quelques heures de marche, nous arrivâmes dans un petit village quasi déserté par ses habitants. Dans une grange, nous trouvâmes des vêtements militaires. Cela pouvait être utile et c’était de toute façon mieux que nos frusques usées, déchirées et déguenillées. Un peu plus loin, dans une ferme, une dame allemande nous donna deux ou trois bricoles à manger. Plus tard, dans un autre village, nous tombâmes sur un vieux garage, à peine moins âgé que son propriétaire. Une voiture de marque Adler trainait là. Je ne sus jamais si mon audace, nos quelques mots d’Allemand ou nos uniformes, ou tout bonnement la lassitude du gars, tant est si bien qu’il nous remit le véhicule en état de marche. L’un de mes camarades ayant trouvé un peu d’essence dans un bidon – encore une fois, la chance était avec nous – nous pûmes quitter l’endroit, et direction plein ouest vers la frontière française.

 

Tout au long de notre périple, nous rencontrâmes beaucoup de monde, mais sans jamais être inquiété. Il régnait sur les routes un bazar indescriptible : des militaires, des civils, des matériels étaient laissés à l’abandon dans des fossés…Après quelques temps, nous vîmes une colonne de soldats US. Nous nous mîmes à hurler nos qualités de prisonniers français. Notre équipée amusa les Américains, qui nous indiquèrent la direction à suivre. Nous étions alors en avril 1945. Mais franchir la frontière pour entrer en France fut une toute autre histoire : nous fûmes arrêtés par les Français pour port illégal d’uniformes, vol de voiture, j’en passe et des meilleures ! Deux jours de prison que dura la plaisanterie.

 

Le 5 mai 1945, on nous libéra et nous prîmes un train pour Paris. A la gare de l’Est, un convoi nous emmena directement au cinéma le Rex, sur les Grands boulevards, où nous passâmes des formalités administratives. Enfin, le 7 mai, je franchis le portail de la maison familiale, quittée sept années plus tôt. Près de 70 ans après, je peux encore décrire la tête que fit maman ! Le lendemain, avec les copains, je fêtais la fin de la guerre sur les Champs-Elysées et le 9 mai, j’étais de retour chez mon patron pour reprendre mon travail de tailleur.

 

Travail que j’exerçai en tant qu’artisan pendant quelques années. Mais l’URSSAF ayant eu raison de mes économies, je quittai l’artisanat pour entrer d’abord chez Armand Thiery puis dans la maison Burton, où je terminai ma carrière en tant que responsable technique des prises de mesures. Auparavant, je m’étais marié et nous eûmes deux belles filles ».

 

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Publié le 16 Septembre 2012

 

Mont Valerien - 11-2008-Lysiane Tellier

Mont Valérien – Novembre 2008 : Monsieur Roger Karoutchi, alors ministre en charge des Relations avec le Parlement, Monsieur le préfet des Hauts-de-Seine et Madame Lysiane Tellier.

 

Le conseil d’administration départemental de l’Union Nationale des Combattants s’est réuni le jeudi 5 avril 2012. A cette occasion, le président Joseph Muller a tenu à rendre hommage à Madame Lysiane Tellier, pour son travail au sein de l’UNC 92 – et du Souvenir Français de Bourg-la-Reine – et son passé de résistante :

 

« Permettez-moi de vous présenter quelqu’un que vous ne connaissez pas. Il s’agit du sous-lieutenant Bourguignon, alias Bob dans les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Le sous-lieutenant Bourguignon est officier de la Légion d’honneur, médaillé militaire, croix de guerre 1939-1945 et médaillé de la Résistance française.

 

Fin 1942, Bob établit des contacts avec le créateur du maquis Lagardère qui était son professeur d’escrime puis avec le commissariat de Châtellerault qui fabriquait de faux-papiers d’identité pour les réfractaires au Service du Travail Obligatoire (STO). Il est chargé du renseignement et est agent de liaison entre les groupes de résistants. Bob effectue les franchissements de la ligne de démarcation dans la Vienne, vers Chausigny, afin de conduire les jeunes dans les forêts de l’Indre sous le prétexte fallacieux de fabriquer des charbons de bois. Il contrôle et ravitaille ces groupes en vue de former le maquis.

 

Début 1944, Bob prend contact dans l’Indre avec un officier de l’armée de l’Air recherché par la milice. Il lui fait passer la ligne de démarcation pour le faire rentrer en zone occupée où il sera caché chez les parents de Bob jusqu’au Débarquement ! Ensemble, ils rejoindront le maquis appelé Chouan. Dans ce maquis, le sous-lieutenant Bob s’investit dans l’organisation et les liaisons. Il participe aux combats de Coussay-les-Bois, Lussac-les-Châteaux et Chausigny en s’occupant des blessés. Le 25 juillet 1944, sous le feu violent de l’ennemi, il réussit à évacuer les blessés graves, en particulier le lieutenant commandant le maquis. Cela vaut au sous-lieutenant Bourguignon une citation à l’ordre de la division avec attribution de la croix de guerre 1939-1945. Il lui revient en pénible obligation de prévenir du décès de leurs proches, les familles des tués au combat.

 

Malgré la libération d’une grande partie du territoire, des poches de résistances allemandes subsistent dans plusieurs endroits. Bob part avec son groupe combattre sur le front de Saint-Nazaire jusqu’à la fin de la guerre. Il obtiendra la médaille de la Résistance française en 1946 et travaillera au 5ème bureau du ministère de la Guerre. Malheureusement, suite à la vie dans le maquis, ses poumons ont été atteints et il est opéré d’un pneumothorax et passe deux ans en sanatorium suivis d’une mise en congés maladie jusqu’en 1952 et d’une retraite anticipée avec pension militaire d’invalidité.

 

Je tenais, en ce jour, à vous présenter le sous-lieutenant Bourguignon, alias Bob, qui n’est autre que notre présidente d’honneur de l’UNC 92 : Lysiane Tellier et qui a été notre présidente départementale d’octobre 1998 à aujourd’hui. Sa modestie et sa pudeur lui ont interdit de vous communiquer durant 14 ans cette période de sa vie que je viens de vous révéler. »

 

 

 

Sources :

La Voix du Combattant – Numéro 1776 – Juillet et Août 2012.

 

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Publié le 14 Juillet 2012

 
SGT-MIAS-2
1945 : le sergent Mias en tenue de combat.
 
« Période de guerre, la France était occupée, la vie était difficile pour la grande majorité de nos compatriotes. Heureusement, il restait l'espoir et beaucoup d'exaltation patriotique, notamment chez les jeunes.
C'est ainsi, qu'après un scoutisme semi clandestin (interdit par l'occupant) et une participation aux équipes d'urgence de la Croix Rouge lors des bombardements, je me suis dirigé tout naturellement vers un Groupe FFI de Colombes, du mouvement MNPGD, dirigé par le commandant Favart, dit "Roger-Colombes", ce qui m'a permis de prendre part à la libération de Paris et de Colombes. Mais la tâche n'était pas terminée pour autant.
Après une démarche infructueuse en direction de la 2ème DB du général Leclerc, j'ai rejoint, début septembre 1944, avec une quarantaine de camarades FFI, dont Clouet, Decan, Entringer, Mouttet et bien d'autres, une unité FFI en formation : le Bataillon 12/22 "LIBERTE", au château de Madrid, à l'orée du Bois de Boulogne, à Neuilly. Ce Bataillon du Mouvement MNPGD était commandé par le colonel Patrice (Pelat) et le commandant Champarneau. Il était composé de volontaires issus des FFI de la Région parisienne.
 
L'entraînement était intensif dans le Bois de Boulogne, mais en contrepartie, il y avait également les gardes statiques de points sensibles à Paris et en banlieue. Nous ne pouvions nous satisfaire longtemps de cette inaction ; nous ne nous étions pas engagés pour rester l'arme au pied.
 
Aussi, avons-nous, un peu, forcé le destin. Un premier groupe est parti vers les Commandos d'Afrique du colonel Bouvet, un autre à la Brigade "Alsace-Lorraine" du colonel Berger (Malraux), au moment de la Campagne d'Alsace de la 1ère Armée du général de Lattre de Tassigny.
 
Le mien a quitté la Caserne Dupleix, avec 3 jours de vivres, pour se diriger sur la 1ère Demi-brigade de Chasseurs de Lorraine du colonel Pochard, pendant la Campagne de Lorraine de la 3ème Armée US du général Patton, au sein du "Corps d'Armée fantôme" du général Walker, le 20ème CA-US.
 
Le reste du Bataillon a rejoint le front de l'Atlantique, dans le cadre du Détachement d'Armée de l'Atlantique du général de Larminat, devant les poches de Royan, La Rochelle et Pointe-de-Grave. C'est ainsi qu'éclata dans plusieurs directions le Bataillon de Marche 12/22.
 
Mais bien que dispersés, ses éléments allèrent tous, avec le même esprit, vers un seul but : la Victoire !
En ce qui me concerne, j'étais devenu chasseur à pied, à la 1ère Demi-brigade, qui se composait des 8ème BCP du commandant Pugliesi-Conti, 16ème BCP du commandant Aubry et 30ème BCP du commandant du Pavillon. Incorporé au 16 (mais détaché au 8 pendant une certaine période), je me suis fondu, avec notre groupe de Parisiens, dans le noyau de base du Bataillon, composé de maquisards de l'Aube.
Ensuite, des Lorrains sont venus nous rejoindre. Nous avons débarqué à Hayange, devant Metz, après un parcours sinueux. Nos patrouilles s'infiltrent avec les Américains entre les forts et pénètrent dans la ville. Celle du sous-lieutenant Hugel, du 16ème, parvient au Palais du Gouverneur et le chasseur Weltz hisse le drapeau tricolore sur l'édifice. Petit à petit, Metz est libérée, bien que des coups de feu claquent encore dans les rues et que la ceinture des forts résiste toujours.
 
Nous montons en soutien à Fort-Moselle, puis nous partons à Marange, en position. Retour impromptu à Metz, pour participer à une revue et à un défilé devant les généraux de Gaulle, Giraud, Juin et Dody (ce dernier : Gouverneur Militaire de Metz) et Monsieur Diethelm, ministre de la Guerre.
 
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Après cet intermède, nous montons sur Saint-Avold, puis sur Freyming et Merlebach pour prendre possession des mines de charbon, avant un éventuel sabotage des Allemands, en retraite. Pour cette mission, trois détachements sont formés. Celui du 16ème BCP du sous-lieutenant Quintrand passe le premier, suivi par celui du 30ème BCP et celui du 8ème BCP.

 

Avec les GI'S de la 80ème DI-US, nous occupons Freyming et Merlebach. Nous déplorons hélas, la perte du médecin auxiliaire, tué à Merlebach, alors que l'ennemi occupe toujours Forbach et y restera jusqu'en mars 1945. Suite à changement de secteur, nous sommes passés en revue par les généraux américains : Patton, Walker, et français : Koeltz et Dody, le 11 mars 1945 à Luxembourg (au Grand Duché).

Puis, retour en position de soutien, à Vaudoncourt, où l'aspirant de Saulnay est tué. Nous déplorons également la mort du sergent Clouet, à Varize. Peu après, le sous-lieutenant Quintrand est tué avec deux chasseurs en franchissant la frontière allemande.

 

En ce qui me concerne, je pénètre en Sarre avec le 8ème BCP et la 3ème DI.US, jusqu'à Merzig - trois blessés graves chez nous et un américain - attaque de harcèlement de notre cantonnement. Après cette mission, je retrouve mon 16ème à Baumholder où nous participons au nettoyage de la région et faisons des prisonniers. Le sergent Thibaut est blessé. Pendant que les Américains vont faire leur jonction avec les Russes, nous restons en Rhénanie, conformément aux ordres reçus, dans le but d’intégrer une nouvelle division : la 2ème DB. Mais les combats cesseront avant. Le 8 Mai 1945, c'est la Victoire !

 

Quelle a été notre vie pendant cette période ? Celle de tous les Combattants : progressions, coups durs, patrouilles, défense de positions, repos, changements de secteur, des joies, des peines, des moments de cafard, de peur, dont on parle rarement, mais aussi des instants exaltants, malgré la crainte des mines et des gardes statiques de nuit, seul à veiller sur la vie des copains qui dorment. A ce propos, je me souviens d'une nuit, sur les bords de la Nied gelée, dans mon "trou Gamelin" au FM, avoir été alerté par des craquements répétés et à force de fixation dans le noir, avoir cru discerner des ombres en mouvement, à l'abri des saules bordant la rivière.

 

Patrouille ennemie et risque de jets de grenades ? Faut-il effectuer un tir d'interception, peut-être prématuré, ou observer encore ? Moments intenses d'anxiété, se terminant fort heureusement, dans le cas présent, par un constat risible : la glace craquait suivant les variations de température.

Il est vrai que l'hiver 1944/45 fut particulièrement rude, la neige dépassait 60 centimètres et le thermomètre marquait -15 à -20° en Lorraine et en Alsace ; nous ne le savions pas, faute de thermomètre. Cette situation climatique difficile et les circonstances nous obligeaient un jour, à faire du café avec de la neige fondue dans le casque lourd, par manque d'eau.

 

Il me reste en souvenir être resté 25 jours équipé, sans pouvoir me dévêtir, même la nuit, lors des périodes de repos sur la paille humide, afin de ne pas se laisser surprendre.

Puis, vint le dégel et la boue, et d'autres problèmes. Une seule chose était immuable : les repas froids des "fameuses" rations.

 

Au milieu de ces épreuves, une grande camaraderie, un partage fraternel, une amicale solidarité et une grande cohésion régnaient, sans doute engendrés par les joies, les peines, les efforts consentis ensemble et les risques encourus. De cette période subsistent des amitiés durables.

Puis vint la récompense, une sorte d'apothéose : le Défilé de la Victoire, du 18 Juin 1945, sur les Champs-Elysées, à Paris, où chaque Unité Combattante était représentée.

Hommage suprême, nous sommes passés sous l'Arc de Triomphe, comme nos Pères, les Poilus, en 1919.

 

Ensuite, nous sommes allés porter le légendaire béret des Chasseurs sur les rives allemandes de la Moselle, en occupation, de Trèves à Coblence, en passant par Bernkastel, Wittlich et Cochem, comme infanterie portée de la 2ème DB du général de Langlade, ce qui m'a permis de retrouver trace de camarades du Bataillon 12/22 "Liberté" à Diez-Oranienstein (près de Limbourg), incorporés au 46ème RI. - Régiment de La Tour d'Auvergne (10ème DI du général Billotte), qui tiendra garnison jusqu'en 1994, à Berlin et sera prochainement recréé comme régiment de Réserve au Fort de Vincennes. La boucle était bouclée.

 

En ce cinquantenaire, chacun se remémore sa petite expérience personnelle et doit penser intensément à nos glorieux Morts pour que vive la France. C'est la noble tâche permanente du Souvenir Français. Rejoignez-nous, pour perpétuer leur souvenir ».

 

 

Claude MIAS

Vice-Président du Comité de Colombes du Souvenir Français


SGT-MIAS

 

 

NDLR : ces souvenirs ont été écrits en 1995 ; la Délégation générale du Souvenir Français des Hauts-de-Seine remercie le lieutenant-colonel Patrice Fichet, président du Comité de Colombes, pour nous avoir permis de diffuser cet article.

 

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