temoignages-portraits - 1939-1945

Publié le 29 Août 2011

 

2e DB à Paris

 

 

La 2ème Division Blindée du général Leclerc défile sur les Champs-Elysées – Août 1944.

 

En ce 67ème anniversaire de la Libération de Paris, le lieutenant-colonel Patrice Fichet, président du Comité de Colombes du Souvenir Français nous propose le témoignage du capitaine Jean Mauras, que nous saluons !

 

« Bien que ce récit puisse paraître à certains peu crédible, il existe encore certainement des témoins qui doivent se souvenir des événements, que ma mémoire (et surtout un carnet de route écrit au jour le jour depuis 1940), vont me permettre de relater aussi fidèlement que possible !

 

Les mêmes détracteurs diront aussi qu’il n’a rien de glorieux ! Mais une vie de soldat m’a appris que la guerre n’est pas faite que d’actes héroïques, et qu’elle réserve parfois des surprises et des actions qui, en temps de paix, seraient sans importance, pour ceux qui les commettent.

 

Après le débarquement à Utah Beach, le 1er août 1944, et la dure campagne de Normandie, mon unité de la 2ème DB (Division Blindée) arrive à Paris dans la matinée du 26 août. L’après-midi, c’est la remontée des Champs-Elysées jusqu’à l’Etoile dans une atmosphère de joie inoubliable, au milieu d’une foule de Parisiens en délire ! Mais la lutte continue car l’ennemi s’est retiré dans la banlieue, et nos unités livrent de durs combats. Ma mission présente comporte la charge fort lourde de ramener des dépôts américains des blindés aux unités engagées en remplacement des chars détruits au combat. Mission délicate, car le personnel dont je dispose ne permet que, selon la formule des marins, « d’armer » les véhicules. Autrement dit, chacun de nous conduit un engin démuni de son équipage de tireur, radio et chef de voiture, et de ce fait, à la merci d’une simple patrouille ou d’un blindé adverse en état de combattre.

 

Je dois exécuter les ordres reçus, mais conscient des risques qu’ils comportent, chaque fois que je le peux, accompagné d’un simple conducteur, je pars faire une reconnaissance de l’itinéraire que j’emprunterai par la suite avec ma colonne de véhicules.

 

C’est ainsi, qu’ayant reçu, dans la matinée, pour mission d’emmener des blindés à nos unités qui combat au nord de la capitale, je décide d’aller reconnaître une route sûre dans l’après-midi du 27 août 1944, avec un Dodge, piloté par le matelot Raymond Sicre. Mais, arrivés sur les quais de Seine, au niveau d’un pont (dont j’appris par la suite que c’était le pont de Gennevilliers), des éléments de circulation de notre division m’informent que nous ne pouvons pas aller plus loin, car les combats font rage à quelques kilomètres au nord. Et on ignore où sont les nôtres et les positions ennemies.

 

Déçu, je décide de retourner à mon cantonnement pour rendre compte de l’impossibilité provisoire d’exécuter la mission. Mais au lieu de prendre le chemin de l’aller, nous suivons la Seine par les quais… direction le bois de Boulogne ! Dans ma tête cependant, je vois mes camarades des chars qui combattent, et je me dis qu’il faut que je les aide en leur amenant ces engins neufs. Chemin faisant, nous arrivons devant un autre pont avec des panneaux : l’un indique Clichy-Paris, l’autre, en traversant le pont : Asnières, Bois Colombes, Colombes.

 

Il n’y a personne. Mais, en nous approchant prudemment, nous constatons que des chicanes sont toujours en place. L’heure tardive (plus de 18h) m’incite à prendre la direction de Clichy. Mais toujours au fond de moi se présente l’image des amis au combat… et mes chars de réserve ! La rue, déserte, soudain s’anime et nous sommes arrêtés. La vue de nos tenues et les insignes de la DB du véhicule dans un premier temps rassurent, puis déchaînent la joie autour de nous. Aux cris de « Leclerc », bientôt c’est la foule. Non sans peine, nous pouvons parler et demander des renseignements et soudain une idée folle traverse mon esprit toujours obsédé par la non-livraison de mes blindés. N’existe-t-il pas une possibilité de rejoindre la zone des combats de l’autre côté de la Seine ? A ma question, on me répond qu’il existe un axe « Colombes-Saint-Denis ». Mais que l’on ignore si la voie est libre et tenue pas les nôtres ! Les scrupules des risques à faire courir à mon fidèle Sicre sont balayés par une déclaration péremptoire : « Lieutenant, on y va ! ». Et c’est ainsi que nous franchissons le pont d’Asnières. La première chicane est libre, mais, soudain, au moment de passer la deuxième (sortie du pont) des hommes en armes nous entourent. L’émotion s’arrête de part et d’autre. Nous, en voyant les brassards FFI, eux, en reconnaissant des « Leclerc » : cris de joie, embrassades. Le scénario de tout à l’heure recommence et, au milieu du tumulte, j’obtiens le silence et je demande à nouveau des renseignements sur mon itinéraire de déviation. C’est alors que l’on me propose de me guider à travers Asnières vers Bois-Colombes. Mes FFI du pont ajoutent qu’ils n’ont rien vu : ni des Allemands, ni des Français, et que nous sommes les premiers « Leclerc » qu’ils accueillent ! Plus loin, on ne sait qu’une chose : qu’il règne un grand calme ! Et qu’il semble bien que les Allemands se sont retirés vers Saint-Denis. Ainsi se confirme à mes yeux l’interdiction qui m’a été faite au pont de Gennevilliers. Mon naturel m’a toujours porté à l’action, et ayant pesé le pour et le contre, ma décision prise, je m’y tiens, quoiqu’il puisse arriver ! Mais j’ai charge d’âmes car en cours d’attaque, que nous pourrions-nous faire, pratiquement sans armes… et un malheureux véhicule ? C’est à ce moment qu’intervient la folle inconscience de nos compatriotes. Dans l’exaltation et l’enthousiasme, chacun veut marcher vers l’inconnu ! Gagnés par cette folie collective, nous avançons au milieu d’une foule de plus en plus nombreuse. Notre pauvre camionnette surchargée roule lentement et partout, ce ne sont que des « Vive de Gaulle ! Vive Leclerc, vive la France ! ».

 

Toujours en tête mon leitmotiv « Colombes-Saint-Denis », je me souviens cependant avoir prononcé « Rue Guerlain » à Colombes, et ces mots entendus par nos guides font qu’après avoir traversé Bois-Colombes, nous atteignons la rue Guerlain ! Pourquoi cette rue plutôt qu’une autre ? Simplement parce que j’ai promis, trois mois plus tôt, en quittant Oran, à ma jeune femme (qui va rester seule) que si le hasard veut que je passe près de Paris, j’irai rassurer sa mère dont elle n’a plus de nouvelles depuis 1941. Et le hasard fait que je suis rue Guerlain où habitent depuis 1870 (date d’arrivée de son arrière grand-mère) la famille et la mère de ma compagne !

 

Je ne peux que l’embrasser et échanger quelques nouvelles car la rue est envahie par les voisins, et comme les « voyageurs » embarqués sont Colombiens, il faut limiter les effusions et aller à l’Hôtel de ville. D’où vient-il et où a-t-il été trouvé ce bien modeste drapeau tricolore du 14 juillet qui est accroché au balcon ? Mystère ! Mais ce dont je me souviens, c’est l’obligation de fêter à grand renfort de breuvages divers et variés l’événement « des Leclerc à Colombes » !

 

Qu’il me soit pardonné : mon axe « Colombes-Saint-Denis » est bien loin – mes idées encore relativement nettes me font admettre qu’à l’heure du moment (plus de 20h), il est hors de question d’aller le reconnaître ! De plus, mon fidèle matelot et la majorité des mes « guides » occasionnels sont hors d’état de conduire, ou de m’indiquer une route quelle qu’elle soit.

 

Un dernier « pot » et  un dernier « vivat » et je songe à prendre le volant et le chemin du retour. De mes souvenirs d’avant-guerre, il me revient à l’esprit, que lorsque je venais en permission voir ma fiancée, je prenais entre Paris et Colombes une ligne de trolleybus, qui partait de la vieille église. Je dois promettre à nos admirateurs de revenir pour m’obliger à tenir ma promesse, certains veulent m’accompagner. Il est vrai que la plupart, rendus euphoriques tant par la joie, l’exaltation, que par les libations me suivraient au bout de la Terre si je le proposais. C’est ainsi qu’avec mon guidage de caténaires « Colombes-Porte de Champerret » j’emmène mon chargement humain au Bois de Boulogne fort tard dans la nuit.

 

Le lendemain, dès que mes idées sont clarifiées, je pars rendre compte « qu’il est risqué d’emmener des blindés sans équipage en renfort, mais qu’il peut y avoir une possibilité par une rocade « Colombes-Saint-Denis » d’approcher au plus près de la zone de combats ». Il m’est répondu que la mission est provisoirement suspendue – et il me semble que l’on ne tient pas compte de mon renseignement. Quelque peu décontenancé, je reviens à mon cantonnement et retrouve mon matelot, mes compagnons (et compagnes, car je dois préciser qu’elles sont présentes et aussi enthousiastes que les Colombiens) de la veille…

 

Il faut bien se résoudre à ramener tous ces gens, d’autant qu’il y a parmi eux des jeunes adolescents et adolescentes !

 

Cette fois, la route indiquée passe par le pont de Neuilly, La Défense, Courbevoie, La Garenne-Colombes. Inutile de préciser que partout, ce n’est qu’effusions, embrassades… Tous veulent nous retenir, mais pour moi, il me faut arriver à Colombes. Ayant quitté le bois à 13h30, nous n’arrivons à l’église de Colombes qu’à 15h30 ! Mais en écrivant le mot « délire », je suis en dessous de la vérité. Voici ce que j’écris sur mon carnet de route : « 15h30. Arrivée à Colombes. C’est du délire ! Une masse de gens monte sur le Dodge (dont les arceaux, entre parenthèses, se sont brisés) et on traverse la ville en tous sens. Pour pouvoir être libre auprès de ta mère, je dois promettre de rejoindre les gens qui assaillent la camionnette ».

 

Tournées de cafés, du presbytère pour une fête de la Croix-Rouge. Et chaque fois, nous devons à nouveau boire à la santé des Alliés, de de Gaulle, de Leclerc… Effusions, ovations, photographies (dont hélas je n’ai jamais pu avoir d’épreuves). Il nous faut parler, répondre à des milliers de questions et toujours… trinquer ! Je me souviens d’un monsieur âgé, des immeubles en briques de l’avenue Paul Bert, qui veut à toutes forces « boire avec les libérateurs » la bouteille de champagne qu’il a conservé pendant l’Occupation pour cela !

 

Aux environs de 20h, je peux enfin retrouver la rue Guerlain. Mais « nos épreuves » ne sont pas terminées, car tous les amis du quartier viennent aux nouvelles et chacun de demander ce qu’est devenue ma femme, comment se passe notre vie en Afrique du Nord depuis 1941…

 

C’est un véritable interrogatoire auquel, malgré la fatigue, nous répondons du mieux possible. Chacun boit nos paroles, veut nous approcher : le pompon de mon fidèle Sicre résiste cependant à l’assaut… mais à quel prix !

 

On réussit à prendre un peu de nourriture chez les voisins, mais notre Dodge est toujours occupé par nos admirateurs. Et pour les satisfaire, nous devons encore une fois faire un tour d’honneur à grand renfort de klaxon, hurlements, cris divers, dans la ville. Le malheureux véhicule est aussi chargé « qu’une voiture de métro aux heures de pointe, lorsqu’un incident a ralenti la cadence de passage des rames ». Tard dans la nuit, nous rejoignons Paris.

 

C’est ainsi, qu’avec Raymond Sicre : un officier et un marin du régiment blindé des fusilliers marins de la Division Leclerc furent les premiers militaires alliés à rentrer dans Colombes, sans l’avoir prévu, en ces deux journées d’août 1944, qu’ils n’oublieront jamais ».

 

 

Capitaine Jean Mauras.

 

 

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Publié le 14 Août 2011

 

STO 3

 

Le tournant de 1942.

 

Début 1942, en conséquence immédiate de la prise de conscience d’une guerre longue et difficile à venir, l’ensemble des territoires occupés par l’armée allemande et leurs ressources économiques doivent désormais être utilisés pour soutenir l’effort de guerre. Fritz Sauckel(8) et son représentant particulier en France, Julius Ritter(9) se voient confier, en mars 1942, la mission de mobiliser la main d’œuvre des pays occupés au profit de l’effort de guerre allemand. En France, Pierre Laval revient à la tête du gouvernement, le 18 avril 1942, sous la pression allemande. Il est aussitôt confronté à l'exigence des autorités d’occupation qui lui réclament 350.000 ouvriers. En juin 1942, le gouvernement français parvient à un difficile compromis avec les allemands, ce qui lui permet, dans un premier temps, de sauver la face devant l’opinion publique française(10). La France fournira immédiatement 150.000 ouvriers en échange de 50.000 prisonniers de guerre, rendus à leur foyer. C'est la « Relève ».

 

Afin de justifier cette politique auprès de l’opinion publique, une opération de propagande accompagne, le 11 août 1942, à Compiègne, l'arrivée du premier train de prisonniers : 1.200 agriculteurs qui resteront les seuls bénéficiaires tangibles de cette politique. Elle n’obtient pourtant pas le succès escompté en dépit des avantages accordés aux volontaires (salaires élevés, prime de séparation). Fin 1942, les résultats sont donc loin d’être à la hauteur des espérances. Furieux de ce manque d’efficacité, Fritz Sauckel refuse d'appliquer l'accord de juin 1942 permettant le retour de prisonniers de guerre. Pour obtenir des résultats concrets, le gouvernement va devoir employer des méthodes de plus en plus coercitives vis-à-vis de la population française. Par une loi du 16 février 1943, Laval met en place le Service du travail obligatoire pour les jeunes gens nés en 1920, en 1921 et en 1922(11). Des sanctions sont prévues pour les réfractaires. Les exigences allemandes se font chaque fois plus sévères. En 1943, Fritz Sauckel réclame désormais un million de travailleurs. Une seconde loi en février 1944 durcit encore la situation. Elle réquisitionne tous les hommes de seize à soixante ans et toutes les femmes sans enfants de dix-huit à quarante-cinq ans si leur maintien dans un emploi en France n'est pas indispensable à l'économie nationale.

 

Les travailleurs sont envoyés dans des établissements industriels allemands(12) pour remplacer une main d’œuvre non qualifiée. Au total, un peu moins de 650.000 français vont partir travailler en Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944. Les estimations les plus récentes considèrent que 35.000 d’entre eux y ont perdu la vie(13). Au cours de cette période, la France sera, en nombre d’hommes mobilisés, le troisième contributeur européen à l’effort de guerre allemand après la Pologne et la Russie. A la différence de ces deux pays ayant perdu toute autonomie politique, l’Etat français se distinguera et organisera, pour le compte de l’occupant, l’envoi en Allemagne des travailleurs français. En plus des personnes relevant strictement du service du travail obligatoire, la situation des personnes impliquées dans le travail au service de l’Allemagne comprend des situations diverses. Les victimes du S.T.O. ne sont les seules à travailler pour l’Allemagne. Au cours des deux premières années d’occupation, la propagande allemande essaye d’attirer volontairement en Allemagne une main d’œuvre désœuvrée et qualifiée. Au début de 1942, 60.000 personnes travaillent déjà en Allemagne. Au total, en sus des requis du S.T.O., environ 200.000 personnes seront des travailleurs volontaires et 250.000 prisonniers de guerre seront utilisés de gré ou de force comme travailleurs sur le territoire allemand.

 

On le voit les lignes de démarcation entre les statuts ne sont pas si claires. Cette difficulté a contribué à des controverses durables dans l’après guerre. Comme en témoigne l’histoire désormais célèbre de Georges Marchais, secrétaire général du Parti Communiste Français (1970-1994), il fut accusé après la guerre d'avoir été volontaire en Allemagne chez Messerschmitt et non pas envoyé au S.T.O contre son gré. Selon son biographe, Marchais ne fut ni volontaire ni requis du S.T.O. Il fut muté en Allemagne par l'entreprise qui l'employait déjà en France depuis 1940. Son parcours est comparable au sort de milliers de Français, contraints de travailler pour les Allemands en France ou en Allemagne.

 

Au final, les résultats obtenus part les autorités françaises en termes de travailleurs réellement envoyés en Allemagne n’ont jamais satisfait complètement les exigences des autorités allemandes. le S.T.O. apparaît donc comme un double échec, tant du point de vue du Reich que pour la politique de collaboration du gouvernement de Pierre Laval. D’abord destinée à adoucir le traitement réservé à la France, la collaboration doit également assurer une nouvelle place favorable dans l’Europe sous la domination du Reich de l’après guerre. Cette politique et ses conséquences pour les jeunes français fut largement une illusion. Le travail obligatoire a provoqué, en 1943, la première fissure grave entre la population et Vichy. Il figure au premier rang des reproches adressés au régime. Si la majorité des Français peut conserver une attitude attentiste jusqu’en 1943 et se référer à l’image rassurante du Maréchal, le service du travail obligatoire va désormais obliger les individus à prendre position pour ou contre Vichy. Se soumettre implique de devoir partir travailler pour l’Allemagne. Le premier effet tangible du S.T.O. a donc été de jeter dans la Résistance une part très importante des jeunes gens menacés. Beaucoup d'entre eux préféreront rejoindre les maquis plutôt que de partir pour l'Allemagne. On peut considérer que cette loi de 1943 a d’abord été un magnifique cadeau pour les capacités de recrutement de la Résistance intérieure. Des actions d’éclats ont été menées spécifiquement contre le service du travail obligatoire. La mémoire d’une des actions les plus célèbres de la Résistance est conservée par une plaque gravée à l’entrée du ministère du Travail. Le 25 février 1944, au siège du S.T.O., 3, place de Fontenoy, un commando dirigé par Léo Hamon pénètre dans les locaux et réussit la destruction du fichier administratif des appelés de la classe 42, appelés à partir travailler en Allemagne(14).

 

Après la guerre.

 

Après la guerre, les enjeux de mémoire ont provoqué une dernière controverse importante et a concerné le statut juridique des victimes du S.T.O. La loi du 14 mai 1951 a créé un statut donnant aux victimes du service du travail obligatoire en Allemagne la qualité de personnes « contraintes au travail en pays ennemi ». La fédération regroupant les français astreints au travail obligatoire a choisi le titre de « Fédération nationale des déportés du travail ». Les associations de déportés ont intenté des actions judiciaires contre l'appellation choisie par les anciens du S.T.O. Un arrêt de la Cour de cassation en date du 23 mai 1979 a interdit à cette fédération d'user des termes de déporté ou de déportation. Saisie de nouveaux recours, la Cour de cassation, siégeant en assemblée plénière, a confirmé le 10 février 1992 ses arrêts précédents, en déclarant que « seuls les déportés résistants et les déportés politiques, à l'exclusion des personnes contraintes au travail en pays ennemi », pouvaient se prévaloir du titre de déporté. C'est donc cette jurisprudence qui s'applique actuellement.

 

A l'occasion des cérémonies marquant le cinquantième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1995, le retour des victimes du S.T.O. a été tout spécialement célébré le 11 mai 1995 à Paris au cimetière du Père-Lachaise, face au mémorial où repose une victime inconnue du Service du Travail Obligatoire. Dernière avancée, un arrêté en date du 16 octobre 2008, a accordé une carte officielle aux victimes du Travail Forcé en Allemagne nazie.

 

 

 

Luc Tessier

Docteur en économie – Enseignant à l’Université Paris-Est, Marne-la-Vallée.

 

 

Sources :

·         Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

·         Homburg Heidrun, Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543..

·         Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manoeuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

·         Jean Quellien, Bernard Garnier Françoise Passera Collaboration(s), La Main-d'oeuvre Française Exploitée par le IIIe Reich (2003) 704 p. (2003) Centre de Recherche d'Histoire Quantitative (CRHQ) CNRS : UMR6583 – Université de Caen

·         Patrice Arnaud, Les STO - histoire des Français requis en Allemagne nazie, Paris, CNRS Editions, 2010, 592 p.

·         Jacques Evrard, La Déportation des travailleurs français dans le IIIe Reich, Fayard, Les grandes études contemporaines, Paris, 1972.

·         Patrice Arnaud, Les Travailleurs civils français en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale : travail, vie quotidienne, accommodement, résistance et répression, thèse de doctorat, Université de Paris-I, 2006, 1942 p.

·         Jacques Martin, Carnets de guerre, en collaboration avec Julie Maeck et Patrick Weber, 2009, Casterman.

·         Françoise Berger, L’Exploitation de la main-d’œuvre française dans l’industrie sidérurgique allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, Revue d'histoire moderne et contemporaine, juillet-septembre 2003.

·         J.-P. Azema & F. Bedarida dir., La France des années noires, 2 vol., Seuil, 1993 (rééd. 2000)

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande 1940-1944, Seuil, 1995

·         J. Jackson, La France sous l'Occupation, 1940-1944, Flammarion, Paris, 2004

·         J.-P. Azéma, De Munich à la Libération, Le Seuil, Paris, 1979 (Nouvelle Histoire de la France contemporaine), 5e éd. rev. et aug., 1996

·         J.-P. Azéma & F. Bédarida dir., La France des années noires, 2 volumes, Le Seuil, Paris, 1993

·         J.-P. Azéma & O. Wieviorka, Vichy et les Français, Fayard, Paris, 1992  Vichy 1940-1944, Perrin, Paris, 1997 / M. O. Baruch, Le Régime de Vichy, La Découverte, Paris, 1996

·         P. Burrin, La France à l'heure allemande, Le Seuil, Paris, 1995 / É. Conan & H. Rousso, Vichy un passé qui ne passe pas, Fayard, Paris, 1994

·         Le Régime de Vichy, coll. Que sais-je ?, P.U.F., Paris, 2007.

·         La Main-d'œuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque international de Caen (novembre 2001), Centre de Recherche d’Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, J. Quellien et F. Passera

 

Notes de lecture

[1] « un des aspects les plus surprenant de cette guerre est que Hitler ait voulu éviter à son peuple les épreuves que Churchill et Roosevelt imposèrent au leur sans hésiter » P.304, Albert Speer, Au cœur du troisième Reich, les grandes études contemporaines Ed. Fayard 1971

2 Id page 311

3 Homburg Heidrun. Aspects économiques de l'occupation allemande en France, 1940-1944: l'exemple de l'industrie électrotechnique. In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 527-543.

4 On peut citer le cas de l’entreprise AIR-ÉQUIPEMENT à Bois-Colombes fin 1942, des techniciens, ouvriers et tourneurs, ont été arrêtés sur leur lieu de travail ou bien convoqués et enfermés à la caserne Mortier à Paris, avant leur départ pour Berlin. Les parents et familles ont été avisés par courrier de leur apporter bagages et nécessaire pour y passer la nuit.

5 Le cas des usines Morane-Saulnier est exemplaire. Ses dirigeants refusèrent en 1940 la collaboration économique immédiate avec l’occupant, les ateliers furent mis sous tutelle et en partie démantelés par l’armée allemande. Des ateliers de maintenance aéronautique et une fabrication d’appareils allemands furent conservés en France pour les besoins de la Luftwaffe sous un contrôle absolu de l’occupant. Ces ateliers furent très durement bombardés par l’aviation alliée et ne purent jamais redémarrer à la Libération en raison de la disparition totale de l’outil de production.

6 Mark Spoerer, Motivations, contraintes et marges de manœuvre des entreprises allemandes dans l'emploi de travailleurs forcés pendant la Seconde Guerre mondiale In: Histoire, économie et société. 2005, 24e année, n°4. pp. 545-553..

7 Un colloque international d’histoire a été organisé à Caen en décembre 2001 pour aborder le problème de l'exploitation de la main-d'œuvre française par le Troisième Reich dans la totalité de ses dimensions. Ainsi, tout en accordant une place centrale au travail obligatoire, institué par les lois de Vichy de septembre 1942 et février 1943 (créant le STO), d'autres formes de travail pour le Troisième Reich ont été examinées : le volontariat, dont l'importance a longtemps été sous-estimée ; le travail, en France même, dans les usines ou les multiples chantiers ouverts par les Allemands, en premier lieu ceux du Mur de l'Atlantique. Sous l'angle politique, le Service du Travail Obligatoire a fortement contribué à renforcer l'hostilité envers l'occupant, mais aussi à détacher de nombreux Français du régime de Vichy et de sa politique de collaboration. Enfin, a été posée la question des enjeux de mémoire, notamment autour du statut des requis, contraints de renoncer au titre de "déportés du travail" et à la longue bataille menée par leur fédération en vue d'obtenir la reconnaissance officielle de la nation et une certaine réhabilitation auprès d'une opinion parfois portée à les considérer avec distance

8 Fritz Sauckel (1894-1946) était un responsable nazi. Il organisa les déportations de travailleurs des pays occupés vers l'Allemagne. En 1946, Il fut condamné à mort pour crimes de guerre au procès de Nuremberg et pendu.

9 Colonel SS, il est abattu le 28 septembre 1943 par un commando de résistants appartenant au groupe Manouchian. Leur destin a été popularisé par un texte de louis Aragon et mis en chanson par Léo Ferré.

10 Voir le site internet http://www.universalis.fr/encyclopedie/service-du-travail-obligatoire/

11 François Cavanna, fils d’émigré italien, évoque magnifiquement le S.T.O. dans un de ses romans à succès, « Les Russkoffs », éditions Belfond, prix interallié 1979. Envoyé à Berlin, il est affecté à la fabrication d'obus, où il rencontre Maria, une jeune Ukrainienne, son grand amour des années 1943-45. Il décrit également la violence particulière appliquée par les autorités allemandes envers les travailleurs de l’Est.

12 Certains d’entre eux seront également affectés dans l’administration, les chemins de fer allemands ou beaucoup plus rarement dans l’agriculture.

13 Le nombre exact de victimes du STO a fait l’objet de nombreuses exagérations. Le chiffre donné ici est le plus prudent, il comprend les victimes de guerre, les décès liés aux mauvaises conditions de vie et les exécutions.

14 Il est paradoxal de noter qu’il s’agit là d’une des contributions principales de Vichy à la reconstruction de l’appareil administratif français d’après guerre. Les premiers travaux de suivi statistique de la production industrielle et les premières constitutions de fichiers concernant la main d’œuvre ont été organisé pendant l’occupation par cette administration pour les besoins de la planification de la production de guerre et pour répondre aux exigences allemandes. Ils seront à l’origine de la création de l’INSEE dans l’immédiate après guerre.

 

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Publié le 14 Août 2011

 

Comme toutes les communes des Hauts-de-Seine, et d’ailleurs, La Garenne-Colombes a eut à souffrir du Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) pendant l’occupation allemande de la Seconde Guerre mondiale. Parmi les victimes civiles de ce conflit, et qui sont nombreuses dans le carré militaire de cette ville, figurent bien souvent des hommes morts en Allemagne du fait de ce STO.

 

Exploiter les ressources françaises.

 

La relation qui s‘établit entre la France et l’Allemagne à partir de la défaite de juin 1940 se caractérise par une mise en exploitation progressive de l’ensemble des ressources de la France au service de l’Allemagne. Si le S.T.O. n’en constitue qu’un aspect parmi d’autres, il s’inscrit dans un contexte plus global de collaboration économique de la France au service de l’Allemagne. Malgré l’ampleur des spoliations, il ne fut jamais pour le IIIème Reich qu’un pis -aller destiné à redresser une situation de son économie de guerre de plus en plus difficile. Du côté français, malgré tous ses renoncements, le gouvernement de Vichy ne fut jamais en mesure de s’opposer aux exigences allemandes, ni même en situation de les satisfaire pleinement.

 

Entre septembre 1940 et la fin 1941, pendant la première partie de l’Occupation, les autorités allemandes se contentent d’une politique de pillage des actifs économiques les plus intéressants. Du point de vue de l’armée allemande, la France doit d’abord fournir des moyens économiques nécessaires à de futures campagnes militaires. Au cours de cette période, des usines jugées stratégiques sont mises sous séquestre, les matières premières et les machines outils sont emportées en Allemagne. Albert Speer, un des principaux dirigeants nazis et artisan majeur de la mobilisation économique du Reich, a souligné, à plusieurs reprises dans ses mémoires(1) cette vision trop optimiste et surtout erronée d’une guerre à court terme. Dès 1942, il estime qu’il manque, dans l’industrie allemande, un million d’hommes nécessaire à la production de guerre(2). Il déclarera, après la guerre, que le retard pris par l’Allemagne pour la mobilisation totale de ses ressources productives en 1940 et 1941 fut certainement sa plus grande erreur stratégique à l’origine de sa défaite finale. Il exercera une influence déterminante dans le glissement rapide d’une politique de pillage vers une politique plus rationnelle de mise en exploitation maximum du potentiel économique des pays occupés.

 

Dans cette nouvelle configuration, l’industrie française doit assurer une fonction primordiale de sous-traitance auprès de l’industrie allemande. Dès l’été 1941, dans les secteurs jugés prioritaires, les entreprises françaises sont submergées par les commandes de leurs partenaires du Reich. Cette politique ne se met pas en place sans quelques contradictions et ratages, y compris du point du vue de l’occupant et de l’efficacité économique des moyens industriels à son service(3).

 

Collaboration économique active.

 

A partir de 1942, une collaboration économique active de la part des entreprises françaises, des carnets de commandes pleins et des flux de production orientés quasiment exclusivement vers l’Allemagne ne les protègent pas systématiquement des réquisitions possibles d’outillages et de personnels(4). Si la France ne subit pas les mêmes exactions et la mise en coupe réglée des territoires situés à l’Est, le pays devient pourtant le meilleur fournisseur industriel de l’Allemagne. Il utilise pleinement sa main-d'œuvre pour cette production : plus de deux millions de salariés travaillent en France pour le compte de l’Allemagne. Les indemnités journalières prévues par la convention d’armistice s’élèvent à environ 400 millions de francs par jour dont une part très importante sert à financer les achats allemands. Ainsi en 1943, en France, 50% du trafic ferroviaire, 80% de la sidérurgie, 85% de la branche automobile, 90% de l'aéronautique, l'essentiel du BTP sont au service exclusif de l'effort de guerre allemand. Des secteurs moins directement stratégiques ont également largement contribué à l’effort. Ainsi sur l’ensemble de la période 1940-1944, l’industrie électrique française a assuré plus de 30% de son activité à partir des commandes allemandes.

 

De tels niveaux de production ne peuvent pas être réalisés sans une acceptation, voire une recherche systématique, des commandes allemandes. La collaboration économique du patronat français a fait l’objet de nombreuses enquêtes et poursuites judiciaires à la Libération. A la décharge des industriels, ils n’ont pas à l’époque de nombreux choix alternatifs. Les usines refusant de collaborer avec l’occupant risquent la réquisition immédiate, voire le démantèlement et le transfert des outillages vers l’Allemagne dès lors qu’elles comportent le moindre intérêt stratégique pour l’occupant. L’armée allemande est, à cette période, le seul client payant ses factures rubis sur l’ongle. La justification principale avancée après-guerre pour la défense des industriels à la collaboration économique est plus subtile : la production locale au service des commandes de l’ennemi permettait de conserver une production nationale à destination du marché français. Non sans une part de vérité, il s’agissait de protéger l’emploi local et l’outil de production sur le territoire. Ces argumentaires de défense seront très souvent utilisés par des directions d’entreprises. Le cas de Louis Renault est emblématique de la période. Il meurt en octobre 1944 certainement victimes de mauvais traitement dans sa cellule à la Prison de Fresnes. Son crime n’est pas d’avoir organisé la réouverture de ses usines au service de l’Allemagne mais d’avoir utilisé la période pour mener une politique de répression antisyndicale qui a conduit directement plusieurs militants syndicaux de l’entreprise en déportation. Pour éviter un chômage de masse, la production chez Renault redémarre en octobre 1940 avec l’assentiment de la CGT. Les usines Renault sont alors un cible évident pour les alliés et très largement détruites par un bombardement anglais en 1942(5).

 

A Lyon, Les usines Berliet suivent la même trajectoire et la même accusation de répression antisyndicale conduira Marius Berliet en prison. Le second argument de défense des industriels souligne l’importance des actions de résistance menées dans les ateliers. Le sabotage et le freinage de la productivité sont des moyens certains de se soustraire aux exigences allemandes. Pour lutter contre ces résistances, les autorités allemandes ont systématiquement renforcé leur contrôle sur la production. En septembre 1943, à la suite d’un accord signé entre Albert Speer et Jean Bichelonne, le ministre français de la production industrielle, les entreprises françaises les plus stratégiques mobilisées dans la production de guerre sont directement placées sous le contrôle d’une entreprise allemande « marraine » chargée de diriger l’ordonnancement des productions, y compris dans certains cas avec l’envoi de techniciens allemands pour superviser directement les ateliers sur place.

 

Remplacer les travailleurs allemands.

 

A partir de l’année 1942, les premières difficultés sérieuses rencontrées par l’armée allemande sur le front russe amènent le gouvernement du Reich à accentuer la pression exercée sur la population allemande. Un nombre croissant de travailleurs allemands, non indispensables à la production industrielle, sont mobilisés et envoyés au front en Russie. L’Allemagne nazie perd alors rapidement ses illusions d’une guerre courte et victorieuse permettant d’épargner à la population civile des efforts démesurés. En raison de la diminution rapide de la main d’œuvre nationale disponible, les entreprises du Reich se voient contraintes à utiliser une main d’œuvre étrangère, souvent très peu formée, pour éviter la paralysie totale de leurs activités ou, pire encore, la réquisition administrative de leurs usines par les autorités. Leur situation et leurs options ne peuvent pourtant se réduire à la seule contrainte exercée par les autorités politiques. Dans certains cas, les stratégies d’optimisation économique des capacités de production et de rentabilité ont pu amener les entreprises allemandes à privilégier l’emploi systématique d’une main d’œuvre de travailleurs étrangers forcés plutôt que de recourir à des investissements beaucoup plus coûteux pour développer leur production(6). Elles choisissent alors clairement de substituer le capital par du travail bon marché.

 

Entre 1939 et 1945, au fur et à mesure de la dégradation de la situation économique et militaire du Reich, il est possible de caractériser une trajectoire des grandes entreprises industrielles allemandes. Au-delà de toute considération morale, la situation de ces entreprises évolue d’une situation relativement favorable au début de la guerre où la production civile et militaire est réalisée exclusivement avec des travailleurs allemands, vers une situation de plus en plus dégradée du point vue de l’efficacité industrielle. L’utilisation massive de travailleurs étrangers peu coopératifs pour assurer une production de plus en plus militaire et de moins en moins civile n’a pas contribué à optimiser l’efficacité de l’appareil industriel ni à satisfaire les besoins de base de la population, entrainant par là même un divorce progressif entre la population allemande et le gouvernement.

 

Dans les derniers mois de la guerre, la situation catastrophique du Reich amènera les dirigeants industriels allemands à utiliser presque systématiquement des travailleurs forcés pour simplement assurer une production minimum d’armement. Le déplacement à l’Est, pour des raisons de sécurité, des activités industrielles très menacées par les bombardements massifs des anglo-américains est organisé à grande échelle. Les plus grandes entreprises allemandes utilisent alors systématiquement des travailleurs fournis par l’administration SS des camps de concentration avec les résultats humains que l’on connait. Pour autant, ces entreprises n’ont pas complètement perdu certaines marges de manœuvre. Les travaux des historiens allemands ont montré que les conditions matérielles d’existence des travailleurs forcés recouvrent une grande diversité de situations locales en raison des comportements personnels des ingénieurs, des contremaitres et des chefs d’entreprises en charge de l’organisation pratique de l’exploitation de la main d’œuvre(7).

 

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Publié le 2 Juillet 2011

 

 

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Paulette Levalleur-Steudler et Roger Levalleur au congrès national du Souvenir Français – Paris, avril 2011.

 

 

L’engagement.

 

Avril 2011 : à l’occasion du congrès national de notre association, nous rencontrons Paulette Levalleur-Steudler et son époux Roger. Membres du Souvenir Français de Neuilly, ils sont de toutes les commémorations et se consacrent sans relâche au Devoir de Mémoire.

 

Paulette Levalleur : « Il y a un grand nombre d’années, j’ai rencontré, lors d’un dépôt de gerbes au cimetière ancien de Neuilly, un personnage portant le drapeau du Souvenir Français. Après une courte discussion, je me suis engagée avec mon époux au Comité de Neuilly-sur-Seine». Mais en fait, l’engagement patriotique de Paulette Levalleur remonte au début de la Seconde Guerre mondiale, en ces temps où ceux qui suivaient un certain général de Gaulle n’étaient pas si nombreux…

 

Paulette Levalleur : « Je suis née à Saint-Leu-la-Forêt le 11 mai 1921 d’une maman française d’Alger et d’un papa suisse, de Neufchâtel. Mon père ayant trouvé une situation à Londres, notre famille le rejoignit en Grande-Bretagne en septembre 1936. J’ai été élevée dans le culte de la France une et indivisible, comme le dit si bien notre constitution de 1958, et dans l’amour de la Patrie. Pour mes parents le respect des valeurs et le caractère sacré de leurs drapeaux respectifs étaient des éléments essentiels. Nous avons vécu l’invasion de la France avec douleur et déchirement. Aussi, quand le général de Gaulle a lancé son appel en juin 1940, je n’ai pas hésité et je me suis engagée dans les Forces Françaises Libres ».

 

Les Forces Françaises Libres sont créées par le général de Gaulle le 1er juillet 1940. Elles sont divisées en trois unités : les forces terrestres, navales et aériennes. Les forces terrestres sont formées de soldats de métier et d’appelés de l’armée de terre française, qui rejoignent Londres comme ils peuvent, des hommes du colonel Béthouart, commandant le corps expéditionnaire en Norvège (ils viennent de remporter la bataille de Narvik mais ont dû laisser le pays aux troupes du Reich) et de civils qui s’engagent. De moins de 2.000 hommes en juillet 1940, elles passent rapidement à plus de 3.000 le mois suivant. Les forces navales rassemblent environ un millier de marins sous le commandement de l’amiral Muselier, et les forces aériennes regroupent environ 300 pilotes et mécaniciens.

 

Trois années plus tard, les Forces Françaises Libres seront fortes de près de 75.000 hommes !

 

Paulette Levalleur : « L’engagement était naturel pour moi. Je ne sais même pas si j’ai réfléchit aux conséquences de mon acte. J’ai donc signé selon la formule en vigueur : « Pour la durée de la guerre, plus trois mois ». J’étais affectée à des tâches de secrétariat aux services du Renseignement. Tous les jours, je venais travailler au quartier général de la France Libre à Delphin Square. J’y rencontrai des personnages extraordinaires. Par exemple, le colonel Passy (NB : André Dewavrin, qui mit en place les services secrets de la France Libre) était un grand personnage, aimé et apprécié de nous tous, ainsi que le colonel Rémy (NB : Gilbert Renault fut l’un des agents secrets français les plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale). Et puis, bien entendu, plusieurs fois par an, nous avions l’honneur de prises d’armes et de revues devant le général de Gaulle. Je travaillais sur toute une série de dossiers. J’œuvrais entre autres dans le cadre de la correspondance avec la Résistance, pour indiquer des mouvements de troupes, des emplacements de rampes de V1 et de V2…».

 

 

Retour en France.

 

Paulette Levalleur : « En 1944, je débarquai à Arromanches avec les membres du service. Je fus affectée à la DGER, Direction générale des Etudes et Recherches puis à la Direction générale des Services Spéciaux, la DGSS ».

 

Pièce du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), créé à Londres par le général de Gaulle et le colonel Passy, la DGER fut constituée en 1944 et administrée par Jacques Soustelle, avant de devenir en 1946 le SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage), qui sera actif – et célèbre – de sa création jusqu’en 1982. Quant à la DGSS, elle résulte aussi de la fusion du BCRA avec des membres des services de renseignements, fondés sous le régime de Vichy puis organisés par le général Giraud à Alger à partir de 1943.

 

Paulette Levalleur : « Mais je ne restai pas très longtemps au sein de ces services. On me proposa un poste au sein de l’American Army, sous le commandement du colonel Brunschvig, dans une mission de liaison, pour remplacer une secrétaire qui était alors très malade ».

 

 

Au sein de la Shell.

 

Paulette Levalleur : « Je ne restai pas très longtemps non plus membre de l’American Army. Dès que je fus libérée de mes obligations militaires, je rentrai à la société des pétroles Shell, comme secrétaire de direction bilingue. J’y effectuai 35 années de bons et loyaux services, du 14 février 1946 au 31 mai 1981. Avec un patron de nationalité britannique, je pouvais relater mes années de jeunesse à Londres !

 

A la Shell, j’étais fondatrice et présidente de la Section Equitation de notre club sportif. Je donnais des leçons, généralement le soir ; parfois le samedi et le dimanche. Un jour, c’était en 1951, un beau jeune homme vint prendre quelques leçons. Et voilà comment quelques temps plus tard, Roger devint mon mari ! ».

 

Aujourd’hui, Paulette Levalleur-Steudler est chevalier de la Légion d’honneur, titulaire de la médaille militaire, médaille de la France Libre, médaille de la Reconnaissance Française, médaille d’or de la Jeunesse et des Sports, médaille de Vermeil du Souvenir Français, Administratrice nationale honoraire de la FNCV (Fédération Nationale des Combattants Volontaires), membre de nombreuses associations patriotiques, dont l’Union des Gaullistes de France.

 

 

 

 

 Paulette Levalleur

 

  

Paulette Steudler, à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale (copyright FNCV).

 

 

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Publié le 11 Juin 2011

 

 

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Staline, Roosevelt et Churchill à la conférence de Téhéran en 1943.

 

L’aviateur allié.

 

L’imagerie populaire et le cinéma montrent, où montraient dans les années 60 et 70, l’aviateur allié de la Seconde Guerre mondiale comme un beau garçon venant en France pour sauver le pays… et accessoirement séduire les jeunes femmes. C’est bien connu, les meilleures femmes dans le monde étant les Françaises ! Rappelons le fringuant britannique appelant Bourvil « joli-papa » après avoir laissé le plus beau des souvenirs à sa fille. Rappelons-nous « Big-moustache » et ses acolytes dans « La grande vadrouille ». L’aviateur-séducteur a encore de beau jours devant lui, n’en doutons pas. Il n’en demeure pas moins vrai que la réalité a certainement été faite de ce genre d’aventures, mais aussi que certains carrés militaires des Hauts-de-Seine en racontent des moins drôles.

 

C’est le cas à Clichy-Nord où la majeure partie des sépultures des soldats du Commonwealth concernent des pilotes, des mécaniciens, des navigateurs, des radios ou encore des mitrailleurs (il y a là des Australiens, des Canadiens, un Néo-zélandais et des Britanniques). C’est le cas également à Clamart où se situe la tombe de Ronald Frederick Howell, sergeant à la Royal Air Force, Squadron 640. Son avion est abattu le 25 juillet 1944, alors qu’il est mitrailleur à bord d’un bombardier Handley Page Halifax, et qu’il est en mission de bombardement sur la ville de Stuttgart en Allemagne. Les autres membres de l’équipage réussissent à se sortir vivant de l’accident mais ils sont faits prisonniers. Certains parviennent à s’échapper. Une plaque porte l’inscription suivante : « In Memory of Ronald Frederick, english aviator, who died for France, 25 juillet 1944. This tablet is erected by a Norwegian lady in sympathy – R.I.P.”.

 

A Clamart, une autre stèle a été érigée à la mémoire d’aviateurs alliés. Elle se trouve dans le bois au lieu-dit de la Croix Blanche, et rassemble les restes de quatre Américains, membres de l’U.S.A.A.F. (United States Army Air Force), 418th Squadron, 100th bomb groupe. Il s’agit de Alf Aske, second lieutenant, Gordon E. Davis, second lieutenant, Stuart R. Allison, technical sergeant, Robert F. Williams, technical sergeant. Leur avion est abattu le 11 août 1944, alors qu’ils œuvrent dans le cadre de l’opération Royal Flush de destruction de l’aérodrome de Villacoublay. Cette opération est l’une des multitudes missions liées à l’opération d’envergure Bodyguard.

 

 

L’opération Bodyguard.

 

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la guerre menée par les services secrets a été considérable et elle s’est notamment illustrée à l’occasion d’une opération particulière : Bodyguard. Ce nom provient d’un discours de Winston Churchill : « In wartime, truth is so precious that she should always be attented by a bodyguard of lies”, ce qui peut, approximativement se traduire par : “En temps de guerre, la vérité est si précieuse qu’elle devrait toujours être protégée (par un garde-du-corps) par des mensonges ».

 

De fait, Bodyguard a un double objectif : apporter de fausses informations au Reich allemand, et une fois que les faits sont avérés, leur faire croire qu’ils vont se dérouler autrement. Et Bodyguard est un ensemble qui regroupe les opérations suivantes :

 

  • - Fortitude : dissimuler aux Allemands que le débarquement des Alliés se déroulera en Normandie ; puis, une fois qu’il est réalisé, réaliser des diversions afin d’empêcher l’acheminement de troupes vers la zone des combats.
  • - Fortitude Nord : présenter le château d’Edimbourg – y compris dans la presse – pour l’état-major d’une armée alliée, fantôme, s’apprêtant à organiser un débarquement en Norvège avec l’aide de l’Armée rouge. Ainsi, l’armée allemande va laisser stationner 17 divisions en Norvège et au Danemark, alors que la bataille principale vient de commencer en Normandie.
  • - Copperhead (« tête de cuivre ») : faire passer un acteur australien, Mr Clifton-James, pour le général britannique Montgomery et l’envoyer à Gibraltar et en Afrique du Nord pour intoxiquer l’ennemi en annonçant un débarquement imminent dans le sud de la France. Le plan marchera parfaitement puisque, évoquant le « plan 303 », l’acteur jettera le désarroi sur les services germaniques qui chercheront pendant des semaines ce que signifie ce plan.
  • - Quicksilver : principe identique d’une armée fantôme, américaine, avec le général Patton à sa tête.
  • - Mincemeat (« chair à pâté ») : en 1943, une fois la campagne d’Afrique du Nord terminée, l’objectif pour les Alliés est la Sicile, puis l’Europe continentale via l’Italie. Mais comment faire en sorte que les Allemands aient de fausses informations ? Les Britanniques optent alors pour une mission audacieuse. Ils récupèrent le cadavre d’un homme, lui place toute une série de documents privés (clés, photos personnelles, lettres d’amour…) et de faux documents officiels tendant à prouver que deux attaques en préparation : la première sur la Sardaigne puis sur la Corse ; la seconde sur la Grèce puis les Balkans. Ce plan marchera puisque le débarquement en Sicile ne sera pas des plus meurtriers.

 

Ainsi avec ces opérations, mais au prix du sacrifice de quelques-uns, des dizaines de milliers de vies, peut-être des centaines de milliers, ont été épargnées à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et Churchill a ajouté : « Il n’y a qu’une réponse à la défaite, et c’est la victoire ».

 

 

 

Sources :

 

- www.wikipedia.org

- www.evene.fr

- www.dday-overlord.com

- Anthony C. Borwn, Bodyguard of Lies, harper and Row.

- Donald C. Daniel, Strategic Military Deception, Pergamon Press.

- Major Jon S. Wendell, Strategic Deception Behind the Normandy Invasion, Air Force United States.

- François Bédarida, Churchill, Fayard.

 

 

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Publié le 18 Avril 2011

Siroco - Dunkerque

Le Siroco (copyright Bruno Pruvost).

 

« Irrésistiblement, il regarda la mer. Elle était là, immobile, brillante sous le soleil, avec, à l’horizon, cette légère vapeur blanche des beaux temps. Elle fascinait. On ne voyait qu’elle. Tous les yeux se tournaient vers elle ardemment. Une si petite mer ! Si petite qu’on l’avait franchie à la nage ! Et elle s’étendait là, si calme, si accueillante, sous le soleil. Cela paraissait si facile d’atteindre l’autre bord ! La pensée s’y élançait d’un bond, en une seconde. Et sur l’autre bord, un monde intact commençait. Sur l’autre bord, il y avait l’ordre, le calme, la sécurité. »

 

Ces quelques lignes sont extraites du roman Week-end à Zuydcoote (prix Goncourt 1949), dans le lequel Robert Merle décrit les pérégrinations d'un soldat français dans la poche de Dunkerque en mai 1940, après la défaite franco-britannique. Les plus cinéphiles se souviennent aussi de Jean-Paul Belmondo, interprétant le sergent Maillat, héro désabusé de cette fin de semaine à la fois cocasse et tragique, dans l’adaptation au cinéma par Henri Verneuil en 1964.

 

Robert Merle, agent de liaison  avec les forces britanniques, est à Dunkerque en mai 1940. Il ne rejoindra pas l’Angleterre : fait prisonnier par les allemands, il reste en captivité jusqu’en 1943. Dans le roman, le sergent Maillat trouve la mort le dimanche après-midi enseveli sous les décombres de la maison bombardée où il s’est réfugié avec son amie Jeanne. Jeanne, qu’il a sauvé quelques heures plus tôt de deux violeurs, soldats français comme lui.

 

Raymond Foison, soldat au 19ème Train, dont le nom apparait sur le monument aux morts de Châtillon, a lui aussi trouvé la mort dans la poche de Dunkerque, le 31 mai 1940, alors qu’il est passager sur le torpilleur le Siroco, lors de l’opération Dynamo. Déclenchée le 21 mai 1940, celle-ci a pour but d'évacuer les effectifs des armées alliées britanniques regroupées dans la poche de Dunkerque à destination de Douvres.

 

Le Siroco, une des dix-huit unités de la deuxième flottille de torpilleurs, est commandé par le Capitaine de Vaisseau de Toulouse Lautrec. Dans les semaines précédentes, le valeureux bâtiment a déjà envoyé par le fond trois sous-marins, dont deux en un jour. Il a également manqué se faire couler, alors qu’il est en mission de soutien dans les eaux hollandaises : une bombe lâchée par un Junkers 86 touche le navire mais n’explose pas.

 

Le 30 mai le Siroco quitte le port de Douvres pour rejoindre Dunkerque par la route du nord. Il doit forcer le passage pour atteindre la jetée dunkerquoise : un navire anglais en bloque l’entrée ! Selon les témoignages son but est d’empêcher l’accès du port aux bâtiments venus chercher leurs troupes !

 

En fin d’après-midi, le Siroco embarque sept-cent-cinquante soldats, dont le soldat Raymond Foison, et reprend la route Y, la plus longue, vers les côtes anglaises. Vers deux heures du matin, alors que le navire prend le tournant d’une bouée éclairée, deux torpilles lancées par un schnell-boot allemand foncent sur lui par l’avant. Le commandant de Toulouse Lautrec fait éviter de justesse les engins de mort par une déviation rapide. Malheureusement deux autres torpilles atteignent le navire français sur son arrière, arrachant les deux hélices et occasionnant une voie d’eau.

 

Alors que le commandant demande par radio de l’aide qui ne vient pas assez tôt, un avion stuka ennemi qui rôde dans les parages repère le Siroco et pique sur lui malgré le feu des mitrailleuses du bord. Le stuka lâche deux bombes. La soute à munitions explose, emportant la moitié arrière du bâtiment, et entraînant dans la mort tous ceux qui s'y trouvent. Le Siroco coule en quelques minutes, son étrave dressée vers le ciel. Quelques hommes peuvent monter dans les radeaux de sauvetage.

 

Malgré l’arrivée à la rescousse d’un contre-torpilleur polonais et d’un paquebot anglais, le sauvetage est rendu particulièrement difficile par les grandes quantités de mazout libérées dans la mer. Le bilan est lourd, très lourd : six-cent-quatre-vingt morts ou disparus. Seuls deux cent soixante dix survivants sont recueillis.

 

Lors de l’opération Dynamo, trois-cent-trente-huit-mille-six-cent-quatre-vingt soldats, dont cent-vingt-trois-mille Français, sont ainsi débarqués en Angleterre. Cette évacuation maritime entraîne la perte d'un tiers des trois-cent-trente-six navires engagés. Elle cesse le 4 juin 1940: les Allemands viennent d'envahir la ville de Dunkerque.

 

 

Antoine Junqua.

 

 

Sources :

 

Week-end à Zuydcoote, Robert Merle, Ed. Folio

Site « Epaves au large de Dunkerque », http://dkepaves.free.fr/

 

 

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Publié le 14 Avril 2011

"Un petit boulonnais dans la guerre".

Daniel Jouin, président du comité du Souvenir Français de Boulogne-Billancourt a recueilli le témoignage de Monsieur Jacques Dubois, maire-adjoint honoraire de la ville.

 

 

« La découverte récente d’une bombe de 500 Kg non explosée à Billancourt nous rappelle que la ville a subi plusieurs bombardements très meurtriers durant la Seconde Guerre mondiale. Présent dans la ville pendant toute la guerre j’en garde un souvenir très précis.

 

J’avais dix ans à la déclaration de guerre le 3 septembre 1939. On s’y attendait depuis la signature du pacte germano-soviétique qui laissait les mains libres à Hitler pour envahir la Pologne et poursuivre sa conquête de l’Europe. On ne parlait que de cela sur les plages des vacances et, nous, les enfants, nous comprenions très bien la menace que cela représentait. Dès la déclaration de guerre à l’Allemagne (suite à l’invasion de la Pologne) on s’attendait à ce que les centres industriels de France et d’Angleterre soient bombardés et il était prévu d’évacuer les enfants vers la campagne. Pour Boulogne-Billancourt un plan d’évacuation était organisé vers la Creuse. Mon frère et moi avons été accueillis par une tante dans sa propriété de Normandie ».

 

« N’oublie pas ton masque à gaz ».

 

« Aucune menace ne s’étant réalisée, nous avons regagné notre appartement de la rue Paul Bert et repris le chemin de l’école de la rue de Billancourt à la rentrée du 1er octobre 1939 avec notre masque à gaz.

 

 

En effet, la Grande guerre ayant inauguré l’emploi des gaz asphyxiants, tous les pays en guerre se préparaient à cette éventualité et les populations civiles des centres urbains avaient reçu des masques à gaz. Je me souviens très bien quand j’ai été chercher le mien avec ma mère et mon frère au poste de secours organisé dans le sous-sol de la mairie. Ce masque (made in Tchécoslovaquie, alors occupée par le Reich !) non seulement puait le caoutchouc mais nous donnait, comme à l’avance, une tête de mort.

 

Nous ne devions pas nous séparer de la grande boite en fer qui le contenait et que nous emmenions avec notre cartable à l’école. Nous ne réalisation pas vraiment la menace que supposait cet engin de guerre. Comment penser que des gens pouvaient imaginer de tuer par gaz des petits écoliers pacifiques ? Si les bombardements aux gaz des populations civiles n’ont pas eu lieu, les gaz ont servi à l’extermination des juifs et résistants dans les camps nazis.

 

Le premier bombardement, vécu comme écolier, est un raid de l’aviation allemande sur les usines Citroën en juin 1940. Nous étions en classe lorsque la sirène retentit. C’est sagement, en rang que nous nous sommes dirigés vers les abris qui étaient prévus pour les élèves de l’école Billancourt, dans le square Henri Barbusse sur l’emplacement actuel de la patinoire et de la piscine. Ces abris étaient de simples tranchées recouvertes de dalles de béton qui n’assuraient qu’une illusoire protection contre les bombes. Le dimanche suivant nous sommes allés en famille voir les dégâts occasionnés surtout à Paris. L’avenue de Versailles avait été particulièrement touchée et offrait un spectacle de destruction que nous avons vu à Boulogne-Billancourt lors des bombardements suivants.

 

Après le retour à une certaine tranquillité en 1941, nous, les enfants, avions repris une vie d’écolier presque normale. Le masque à gaz restait à la maison. Nous souffrions de dures restrictions et le ravitaillement nous obligeait à de queues interminables et pénibles dans le froid. Nous pensions que la guerre nous avait oubliés ».

 

Le 3 mars 1942.

 

« Ce fut donc une brutale surprise quand, le 3 mars 1942 vers 21 heures, le hurlement sinistre des sirènes placées sur la terrasse de la mairie nous fit prendre le chemin des caves et des abris. Nous étions réfugiés dans notre immeuble du 21 rue Paul Bert qui accueillait aussi, outre les locataires, des habitants du quartier.

 

Immédiatement après la sonnerie de l’alerte les premières vagues de bombardiers larguaient leurs bombes à basse altitude, par vagues successives. Dans l’abri, non éclairé, régnait une lourde angoisse. A chaque série d’explosions on rentrait la tête dans les épaules en attendant la vague suivante. Personne ne parlait on n’entendait seulement des prières et des «Je vous salue Marie » que récitaient certains. Quand la vitrine de la boutique non loin de nous s’effondra à grand bruit de verre brisé, on cru notre dernière heure venue. Après plus de deux heures le bruit des avions cessa et on pu regagner son logement mais la ville retentissait de sirènes d’ambulances et de voitures de police.

 

Le lendemain matin mon frère et moi nous nous présentâmes à l’école rue de Billancourt comme d’habitude. Mais l’accès nous était interdit par un soldat allemand casqué et armé d’une mitraillette car des bombes étaient tombées sur l’école et les élèves devaient être accueillis dans d’autres écoles. C’est ainsi que j’ai été affecté à l’école de la rue Fessart pendant plusieurs mois.

 

Nous avons parcouru la ville pour constater les dégâts. Des immeubles entiers étaient effondrés. C’était notamment le cas d’un grand immeuble de la rue de Paris dont les habitants étaient encore sous les décombres. On disait que certains avaient été noyés par l’eau des gazomètres qui avaient été détruits près du pont de Sèvres. L’hôpital Ambroise Paré était rasé. La petite église de Billancourt qui datait de l’Empire était en ruine.

 

Ce fut le premier bombardement en France occupée par les alliés. Il en eu bien d’autres par la suite ».

 

Le 4 avril 1943.

 

« Un an après, le 4 avril 1943, Boulogne-Billancourt subit un autre grand bombardement effectué, celui-là par l’aviation américaine et en plein jour par un beau dimanche après-midi. Après le bombardement du 3 mars 1942 une grande partie de la population avait quitté Boulogne-Billancourt pour se mettre à l’abri mais il restait encore de nombreuses familles sur place.

 

Le bombardement nous surpris rue de l’ancienne Mairie, devant l’église Sainte-Thérèse, où la troupe scoute se préparait pour une sortie au parc de Saint-Cloud. Il ne dura que quelques minutes comme si les équipages qui volaient à haute altitude étaient pressés d’échapper à la défense antiaérienne. Elle s’était d’ailleurs considérablement renforcée depuis le bombardement de 1942.

 

La bombe qui tomba près de l’église à quelques dizaines de mètres de moi me précipita dans la crypte. Elle éclata heureusement dans la terre meuble du jardin du curé en faisant un entonnoir énorme mais ne tuant miraculeusement personne. Toute la troupe s’était réfugiée dans la crypte sous le clocher avec les prêtres de la paroisse.

 

Hélas ce bombardement coûta la vie à notre mère qui périt dans le hall d’un immeuble du boulevard Jean- Jaurès où elle avait cherché refuge et où périrent plusieurs personnes. Notre père, quant à lui, échappa miraculeusement à la mort. Les dommages furent considérables en pertes humaines et beaucoup de Boulonnais quittèrent définitivement la ville. Il y eut encore plusieurs bombardements en septembre 1943 puis ils cessèrent. Les alliés préférant, dans la perspective du débarquement, choisir des cibles ferroviaires.

 

Entretemps j’avais intégré le lycée Jean-Baptiste Say à Auteuil où les cours étaient fréquemment interrompus par les alertes aériennes qui nous contraignaient à gagner les abris situés dans les caves des grands immeubles du quartier et ce, parfois plusieurs fois par jour. Puis les cours s’espacèrent jusqu’au printemps 1944 où on commençait à voir circuler des pistolets et autres révolvers de cartables en cartables à la barbe des miliciens cantonnés rue d’Auteuil.

 

Un détachement de la Division Leclerc entré dans Boulogne par le pont de Sèvres nettoya la ville des éléments de SS qui s’étaient retranchés dans les ruines de l’hôpital.

 

Les Boulonnais étaient libérés.

 

Plusieurs des aînés des scouts routiers de Billancourt, et habitant notamment dans la cité du Point du Jour (aujourd’hui Pierre Grenier), s’engagèrent immédiatement dans la 2ème DB qu’ils accompagnèrent au Bourget où de durs combats se déroulèrent après la libération de Paris. Malgré leur inexpérience, ils furent de vaillants combattants, certains obtenant même la Croix de guerre au feu.

 

Je veux rendre hommage à ces camarades scouts dont on a oublié le courage ».

 

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Publié le 27 Mars 2011

 

Ordre de la Libération

 

 

Médaille de l’Ordre de la Libération

 

 

Formation.

 

Le 16 novembre 1940, à Brazzaville alors en Afrique Equatoriale Française, le général de Gaulle créé un nouvel ordre : l’Ordre de la Libération. Il s’agit de récompenser des personnes et des collectivités qui œuvrent de façon exceptionnelle pour la libération de la France. Les titulaires reçoivent le titre de « Compagnon de la Libération ».

 

En 1946, l’ordre cesse d’être décerné, la libération du territoire national étant achevée depuis plus d’une année. A cette date, mille-trente-six personnes physiques, dix-huit unités militaires et cinq communes (l’île de Sein, Paris, Nantes, Grenoble, Vassieux-en-Vercors) le portent.

 

L’ordre sera à nouveau ouvert en 1958 puis en 1960, à titre exceptionnel, pour le remettre à Winston Churchill puis au roi d’Angleterre George VI.

 

Le dernier compagnon sera inhumé au Mont Valérien, dans le 9ème cercueil de la crypte, laissé vide à cet effet.

 

A Saint-Cloud.

 

A Saint-Cloud, sont enterrés deux compagnons : Jean des Moutis et Gilbert Grandval.

 

  • Jean des Moutis : officier de marine, il rallie l’Angleterre le 17 juin 1940, emmenant avec lui tout le commissariat de la marine de Cherbourg. De tous les combats pendant la Seconde Guerre mondiale puis en Indochine, effectuant une carrière exemplaire au sein de son arme, il décède à Fontainebleau en 1965.

 

  • Gilbert Grandval : Alsacien (son nom de naissance est Hirsch-Ollendorff), haut responsable chez les FFI (Région C – Alsace / Lorraine), il prend une part importante dans la libération de cette zone en 1944. Il fait par la suite une carrière de haut fonctionnaire et est nommé Ambassadeur de France de 1952 à 1955. Après cette date, il quitte la fonction publique pour entamer une reconversion dans la Marine marchande, et devient président de la Compagnie des Messageries maritimes. Il meurt à Paris en 1981.

 

Dans les Hauts-de-Seine.

 

D’autres Compagnons de la Libération sont enterrés dans les Hauts-de-Seine, comme Yves Mahé à Issy-les-Moulineaux ; Pierre Julitte, Henri Dewavrin-Passy, André Bergeret ou encore Henri Gorce-Franklin à Neuilly ; André Schock à Meudon ; bien sûr Berty Albrecht et Alfred Touny, inhumés dans la crypte du Mont Valérien ; ou encore Pierre Louis-Dreyfus, décédé le 15 janvier 2011 et enterré à Ville d’Avray. Mais le département des Hauts-de-Seine en a vu naître aussi beaucoup d’autres :

 

  • Emile Bellet est né le 20 juin 1911 à Boulogne ; soldat au 1er bataillon d’infanterie de marine, il participe aux premières campagnes de la France Libre. Il meurt au cours d’un accrochage à Bir-Hakeim le 13 avril 1942 et est inhumé dans le cimetière militaire de Tobrouk.

 

  • Maurice Duclos est le 23 août 1906 à Neuilly-sur-Seine ; militaire de carrière, il participe à plusieurs engagements dont celui de Narvik au sein de la prestigieuse 13ème DBLE. Membre du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Actions), il effectue de nombreuses missions en France occupée et en Afrique du Nord. Après 1945, il travaille pour des sociétés privées puis se fixe en Argentine. Il meurt le 23 février 1981 à Buenos Aires, où il est enterré.

 

  • Pierre Dureau est lui-aussi né à Neuilly-sur-Seine, mais le 23 août 1915. Présent sur presque tous les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, il quitte l’armée en 1945 avec le grade de capitaine et commence une nouvelle vie dans l’industrie du bois et de la construction. Il est mort le 22 avril 2006 à La Cadière d’Azur, dans le Var, où il vivait et où il est enterré.

 

  • Yves Ezanno nait le 14 juillet 1912 à Clamart. Militaire de carrière, il est un as de l’aviation, vainqueur de nombreux duels en vol. Présent aussi bien en Afrique du Nord et au Levant en 1942 qu’en Normandie deux ans plus tard, il gravit par la suite tous les échelons de l’Armée de l’air pour devenir général de corps aérien. Il décède le 20 octobre 1996 à Nice et est inhumé à Aix-en-Provence.

 

  • Philippe Fauquet est originaire de Neuilly-sur-Seine ; il y nait le 7 novembre 1921. Sous-lieutenant au 2ème RCP, il trouve la mort en octobre 1944 dans un accident de jeep.

 

 

  • Ernest Gimpel est natif de Vaucresson (le 5 août 1913) ; spécialiste du renseignement, membre du BCRA, il quitte l’armée après la Seconde Guerre mondiale et s’installe en Angleterre où il dirige une galerie d’art dont la renommée sera internationale. Il meurt le 26 janvier 1973 dans à Crettingham Woodbridge, dans le Suffolk, où il est enterré.

 

  • Jacques Joubert des Ouches est originaire de Meudon où il voit le jour le 2 mai 1920. Pilote, il réalise plus de cent-soixante missions offensives. Il disparait le 6 juin 1944, au-dessus d’Utah Beach, alors qu’il procède, à bord de son Spitfire, à sa seconde attaque. Son corps ne sera jamais retrouvé.

 

  • Roger Lavenir nait le 8 octobre 1919 à Bois-Colombes. Refusant l’armistice de 1940, il s’engage dans les Forces Françaises Libres et œuvre dans le cadre de la Campagne du Levant en 1941-42. Après 1945, il se fixe à Marseille. Il meurt à Saint-Maximin, dans le Var, le 31 juillet 2005, où il est enterré.

 

  • Jean Mantelet est de Nanterre. Il y nait le 5 mars 1891. Marin pendant la Première Guerre mondiale, il entre en 1925 à la Compagnie du canal de Suez en tant que pilote. En 1939, de nouveau mobilisé, il rejoint le général de Gaulle et devient commandant du paquebot Paul Doumer, mis au service des Forces Françaises Libres. Le navire est coulé par un sous-marin allemand le 30 octobre 1942.

 

  • Robert Marchand est né à Fontenay-aux-Roses le 6 février 1915. Résistant de la première heure, il soutient de nombreuses actions contre l’ennemi nazi. Arrêté en 1942, torturé, il est exécuté d’une balle dans la nuque le 22 août 1942, à Issy-les-Moulineaux.

 

  • Roger Motte est de Neuilly-sur-Seine où il nait le 15 août 1912. Pilote, il totalise, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, près de cent-soixante-dix missions et deux-cent-cinquante heures de vol de guerre. Il continue par la suite sa carrière au sein de l’Armée de l’air, et meurt en service commandé le 26 octobre 1962. Il est inhumé au cimetière de Pantin.

 

  • Jean Nanterre est né le 30 août 1907 à… Nanterre ! Sous-lieutenant chez les dragons, il combat avec bravoure en 1940. Démobilisé, il rejoint le général de Gaulle et intègre la 2ème Division Blindée du général Leclerc, avec laquelle il participe à la libération de la France. Cité à de nombreuses reprises, il quitte la vie militaire en 1945 et entame une carrière dans le privé, où il devient, entre autres, directeur des Etablissements métallurgiques Worms. Il meurt le 13 novembre 1996 à Paris où il est inhumé.

 

  • Jacques Piette nait le 13 mai 1916 à Issy-les-Moulineaux. Après l’armistice de 1940, il rejoint les réseaux de renseignement où il œuvre entre la fin de 1940 et 1944. Nommé commissaire de la République à Lille par le général de Gaulle à la Libération, il commence une brillante carrière politique, au Parti socialiste, qui le voit élu député, conseiller général et conseiller régional. Conseiller d’Etat en 1981, il meurt le 2 avril 1990 à Boulogne-Billancourt et est incinéré au cimetière du Père Lachaise.

 

  • Edgar Tupët-Thomé nait à Bourg-la-Reine le 19 avril 1920. Après la défaite de 1940, il rejoint la Résistance et permet l’évasion de nombreux camarades. En 1944, il rejoint le 3ème bataillon d’infanterie de l’air (futur 3ème RCP) et libère Daoulas (Finistère) puis Landerneau. De même, dans le Jura, il se distingue à Clerval puis intègre la 7ème armée américaine où il se couvre à nouveau de gloire. Après la guerre, il entre à l’Ecole Nationale d’Administration et est nommé en Tunisie. Par la suite, il exerce au sein de plusieurs secteurs de l’économie : viticulture, agriculture, élevage, mais aussi laboratoire pharmaceutique, construction automobile et tourisme.

 

  • Robert Weil est né le 25 avril 1916 à Suresnes. Sous-lieutenant dans l’Armée de l’air en 1939, pilote, il décide avec plusieurs de ses camarades de rejoindre le général de Gaulle en 1940. Mais au moment d’atterrir à Gibraltar, leur avion est abattu par la DCA espagnole. L’un des premiers compagnons de la Libération.

 

 

 

 

 

 

Sources :

 

o    Encyclopédies Larousse, Wikipédia.

o    Pierre Miquel, les Compagnons de la Libération, Denoël, 1995.

o    Olivier Matthey-Doret, les Compagnons de la Libération de la Région Franche-Comté et Bourgogne, 1996.

o    Henri Weill, les Compagnons de la Libération, Privat, 2006.

o    www.ordredelaliberation.fr.

o    www.cheminsdememoire.gouv.fr.

o    www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr.

 

 

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Publié le 4 Mars 2011

 

 

Chalvidan - Memorial-GenWeb

 

 

René Chalvidan – Cliché www.memorial-genweb.org

 

   

 

Quand, au cours de l’été 1939, l’Union soviétique de Staline et l’Allemagne nazie d’Hitler signent un pacte, resté dans l’Histoire sous le nom de « Pacte Germano-soviétique », et qu’en vertu de celui-ci les deux puissances se partagent allégrement la Pologne, la République française décide la dissolution du parti communiste français, juste après être entrée en guerre contre le IIIème Reich.

 

Les Francs-Tireurs Partisans.

 

Formés, habitués à être structurés dans des cellules prêtes à la lutte des classes, les militants communistes vont alors œuvrer en clandestinité. Et avec d’autant plus d’ardeur qu’en juin 1941, Hitler désagrège le pacte en envahissant l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (opération Barbarossa).

 

La direction du parti, sous l’égide de Jacques Duclos, décide de la lutte armée contre le nouvel ennemi fasciste. Des groupuscules, ou unités combattantes, sont conçus, entre autres par Eugène Hénaff, et sont rattachés à un Comité militaire national (CMN). Les combattants, d’abord regroupés en Organisations spéciales prennent, au début de 1942, le nom de Francs-Tireurs Partisans Français (FTPF) puis FTP.

 

Développements.

 

En octobre 1941, la direction du CMN est confiée à Charles Tillon. Les réunions se tiennent au gré de l’évolution des consignes de sécurité et des mises à l’abri des dirigeants. Ensuite, un journal est produit : France d’abord, dont plus d’une soixantaine de numéros paraissent entre 1942 et la Libération.

 

A partir de la fin de 1942, les FTP s’ouvrent aux non-communistes. Le mouvement s’accélère au fur et à mesure de la montée de l’engagement dans la Résistance. De même, sont intégrés les militants de la MOI (Main d’œuvre Immigrée). La MOI, structurée depuis le début des années 1920, permet aux jeunes travailleurs étrangers vivant en France de participer à la Troisième Internationale communiste sans dépendre directement du PCF. Les FTP-MOI sont surtout connus pour leurs actions en Région parisienne et le charisme de leurs chefs : le Roumain Boris Holban et l’Arménien Missak Manouchian.

 

En Zone sud, les FTP se développent également. A partir de novembre 1942 – date de l’invasion de la zone par les troupes allemandes – les FTP montent un Comité Militaire de la Zone Sud (CMZ). Parmi les responsables, il convient de citer : Boris Guimpel, Mathieu Puyo, Francisque Jommard. Le CMZ est maintes fois désorganisé par les rafles du responsable de la Gestapo de Lyon : Klaus Barbie.

 

Ainsi, partout en France, les maquis – généralement composés d’une trentaine d’hommes – se multiplient, comme les actions militaires : sabotages, exécutions de responsables SS et de la Wehrmacht ou simplement de soldats ; élimination de personnels du Régime de Vichy… Mais les exécutions peuvent aussi concerner des membres des FTP qui refusent obstinément de suivre la ligne du parti.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur.

 

Les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) est le nom donné en 1944 – la date de la fusion généralement retenue est le 23 décembre 1943 – à l’ensemble des groupements militaires clandestins qui s’étaient constitués pendant l’Occupation. Parmi ces groupements, on peut citer : l’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée, d’autres groupes moins importants et bien entendu les FTP.

 

L’Armée Secrète, créée en 1942, est un regroupement de résistants français. Cette organisation est issue du rassemblement des mouvements Combat, Libération-Sud et Franc Tireur. L’ORA (Organisation de résistance de l’armée), créée à la suite de l’invasion de la Zone Libre par la Wehrmacht en novembre 1942, est une organisation apolitique, formée principalement d’anciens militaires, souvent en provenance de l’Armée d’armistice (elle-même créée après la défaite de la France, comme unité militaire pour la Zone Libre). A ces mouvements, il convient d’ajouter le Conseil national de la Résistance (CNR) qui, à partir de 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, est l’organe qui dirige et coordonne les mouvements suivants : Front national ; Ceux de la Libération ; Libération-Sud ; Libération-Nord ; Ceux de la Résistance ; Organisation civile et militaire ; Franc Tireur.

 

En 1944, le COMAC (Comité d’action militaire) est constitué : il regroupe des représentants de la résistance intérieure (le CNR) et de la France Combattante – force extérieure, dont le bras armé est appelé, jusqu’en 1943, Forces Françaises Libres, avant de devenir l’Armée française de libération. Au sein de cette dernière organisation, le Gouvernement Provisoire de la République française, dirigé depuis Alger par le général de Gaulle, a nommé des représentants : un Délégué militaire national (en août 1944, il s’agit de Jacques Chaban-Delmas), secondé pour la Zone Nord par André Rondenay et Maurice Bourgès-Maunoury pour la Zone Sud.

 

Tous les mouvements armés implantés en France vont donc se regrouper pour engendrer les FFI. Reconstituer l’organigramme des FFI n’est pas chose aisée, tant les dissensions entre les différentes mouvances pouvaient être parfois importantes (dans de nombreuses régions la fusion ne se fera pas).

 

Il n’empêche qu’en avril 1944, un Etat-major est créé et à sa tête est nommé le général Marie-Pierre Koenig. Comme sur l’ensemble du territoire, un représentant militaire est nommé pour l’Ile-de-France. Il s’agit du colonel Henri Rol-Tanguy, ancien ouvrier métallurgiste, militant communiste et FTP. Son rôle est déterminant au moment de la libération de Paris.

 

Dans ses mémoires, le général américain Eisenhower indique : « l’aide apportée par les FFI fut estimée à l’équivalent de quinze divisions régulières ».

 

René Chalvidan.

 

René Chavildan nait le 26 août 1912 à Nîmes dans le Gard. A dix-neuf ans, il intègre l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr avec la promotion du Tafilalet (1931-1933, du nom de cette région du sud-est du Maroc, à la frontière algérienne, où des soldats français combattirent à plusieurs reprises). A la sortie de son école, il entre à la gendarmerie et y commence sa carrière d’officier. En 1944, alors capitaine commandant la caserne de gendarmerie Exelmans à Paris, il s’engage pour la libération de la capitale, dans les FFI.

 

Après le débarquement de Normandie en juin 1944 et la bataille de Normandie, les Alliés avancent assez rapidement en direction du sud et de l’est de la France. Apprenant ces nouvelles, les Parisiens se soulèvent à la mi-août 1944. La grève générale est déclenchée le 18 et bientôt les insurgés couvrent les rues de la capitale de barricades et s’en prennent aux garnisons allemandes aidées de membres de la Milice. Pauvrement armés, les FFI et autres résistants ne peuvent tenir longtemps. Avec l’accord du général de Gaulle, forçant la décision américaine, les blindés de la 2ème DB du général Leclerc quittent la Normandie précipitamment, contournent par l’ouest la Région parisienne et entrent dans la proche banlieue par le sud. L’enthousiasme de la population est tel qu’il ralenti la progression des militaires. Appuyés par la 4ème division d’infanterie américaine, les Français défont tout à tour les différents points d’appui allemands. Dans un délire total, ils pénètrent dans Paris par la porte d’Orléans le 24 août 1944.

 

Le lendemain, dans l’hôtel de ville de Paris, Charles de Gaulle prononce ces paroles historiques : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! ». Malheureusement, René Chavildan n’est plus. Il est tombé sous les balles ennemies trois jours plus tôt. Marié, père de trois enfants, titulaire de la Croix de Guerre, il est l’un des mille-cinq-cent morts FFI de la libération de la capitale. Son nom est inscrit sur le monument aux morts du square des Martyrs de la Résistance du Plessis-Robinson.

  

 

Sources :

 

- Encyclopédie Universalis, dictionnaire Larousse, encyclopédie Wikipédia.

- André Castelot et Alain Decaux : Histoire de la France et des Français, Larousse.

- Service historique de la Défense – Site « Mémoire des hommes » du ministère de la Défense.

- Site de « la Libération de Paris » par Gilles Primout.

- Site « Plaques commémorative » de François Tanniou.

- Le général Leclerc et sa deuxième DB, par Dominique Forget, Ed. Hemdal.

- Les enjeux de la Libération, par Christine Levisse-Touzé, Ed. Albin Michel.

- Les FTP, par Charles Tillon, Ed. Julliard.

- Les Fils de la nuit, par Albert Ouzoulias, Ed. Grasset.

- Dictionnaire historique de la Résistance, dirigé par François Marcot, Ed. Robert Laffont.

 

 

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Publié le 14 Février 2011

Déportés Nanterre

 

 

 

Commémoration du Souvenir Français et d’associations d’anciens combattants et patriotiques au Monument Départemental aux Déportés.

 

 

A la mémoire des Déportés.

 

Nanterre abrite pour les Hauts-de-Seine, le Monument Départemental aux Déportés.

 

Avant d’être déportées, des populations entières (étrangers, juifs, résistants, tziganes, homosexuels…) ont été raflées en France, souvent avec le concours direct des forces de police françaises, voire à leur propre initiative.

 

Notre mémoire collective est particulièrement marquée par la rafle du Vel’ d’Hiv, le 16 juillet 1942. Ce jour là plus de douze-mille personnes juives sont arrêtées (quatre-mille-cinquante-et-un enfants, cinq-mille-huit-cent-deux femmes et trois-mille-trente-et-un hommes). Cinq-mille partiront rapidement pour le camp de Drancy et sept-mille seront regroupées et surveillés durant cinq jours par des policiers français dans l’enceinte du Vélodrome d’Hiver, situé dans le 15ème arrondissement de Paris. Cette rafle représente à elle-seule, plus du quart des quarante-deux-mille juifs envoyés de France à Auschwitz en 1942, dont seuls huit-cent-onze reviendront chez eux après la fin de la guerre.

 

Les rafles.

 

Mais il y eut d’autres rafles avant et après celles du Vel’ d’Hiv.

 

La première grande rafle de juifs a lieu le 14 mai 1941 à Paris. Des milliers de juifs étrangers, polonais pour la plupart, sont convoqués par la Préfecture de police de Paris, à 7h du matin, «pour examen de situation». Ceux qui se présentent, soit trois-mille-sept-cent-dix personnes, sont arrêtées et envoyées dans les camps du Loiret, à Pithiviers et à Beaune-la-Rolande.

 

La deuxième rafle se déroule du 20 au 25 août 1941, toujours à Paris. Quatre-mille-deux-cent-trente-deux hommes sont appréhendés par des policiers français, sous la direction de militaires allemands. La plupart sont des étrangers, mais il y a tout de même mille-cinq-cent Français parmi eux. Cette rafle conduit à la création du camp de Drancy, situé dans la banlieue nord de la capitale.

 

La troisième rafle a lieu le 12 décembre 1941, à Paris. Sept-cent-quarante-trois juifs, uniquement des hommes, sont arrêtés par des policiers allemands, avec l’aide de policiers français. La plupart des juifs sont Français, tous de milieux aisés : avocats, hommes politiques ou industriels. Ils sont internés pendant une nuit à l’Ecole militaire, puis envoyé au camp de Compiègne-Royallieu.

 

Le 26 août 1942 a lieu la grande rafle de juifs étrangers de la Zone Sud. Par un accord de collaboration policière, le gouvernement de Vichy accepte de livrer aux Allemands dix-mille juifs étrangers qui se trouvent en zone non-occupée. Il livre tout d’abord les juifs internés dans les camps français, puis ceux qui ont été incorporés dans les Groupements de travailleurs étrangers. Cela prend les trois premières semaines d’août 1942.

 

Enfin, une rafle massive est organisée, le 26 août. Toutes les régions de la Zone Sud sont concernées. Les résultats ne sont pas aussi élevés que prévus, car beaucoup de juifs sont prévenus. Ils sont transférés en train jusqu’à Drancy et de là, déportés. Au total, dix-mille-cinq-cent juifs sont transférés de zone non-occupée vers Drancy. Ces déportations depuis la Zone Sud de la France sont les seules en Europe depuis un territoire qui n’est pas occupé par les troupes allemandes !

 

Il y a par la suite de nombreuses autres rafles, mais moins massives. A partir de 1943, le gouvernement français refuse d’apporter son aide à l’arrestation de juifs. Les Allemands doivent se contenter de leurs propres forces de police, ce qui réduit largement l’efficacité des rafles. Elles se poursuivent jusqu’au mois de juillet 1944, juste avant la libération de la France. Entre le 21 et 25 juillet, deux-cent-trente-deux enfants sont arrêtés dans les maisons d’enfants de l’UGIF, par la Gestapo.

 

Un témoignage.

 

Il existe un témoignage poignant et révolté de ce que fut la survie des raflés du 16 juillet ; c’est cette lettre qu’une jeune assistante sociale affectée le 18 juillet 1942 au Vel’ D’Hiv écrivit à son père. Nous vous la livrons in extenso :

 

« Au Vel d'Hiv', 12 000 Juifs sont parqués. C'est quelque chose d'horrible, de démoniaque, quelque chose qui vous prend à la gorge et vous empêche de crier. Je vais essayer de te décrire le spectacle, mais ce que tu vois déjà, multiplie-le par mille, et tu n'auras seulement qu'une partie de la vérité. En entrant, tu as d'abord le souffle coupé par l'atmosphère empuantie, et tu te trouves dans ce grand vélodrome noir de gens entassés, les uns contre les autres, certains avec de gros ballots déjà salis, d'autres sans rien du tout. Ils ont à peu près un mètre carré d'espace chacun quand ils sont couchés, et rares sont les débrouillards qui arrivent à se déplacer de 10 mètres de long dans les étages. Les quelques WC qu'il y a au Vel'd'Hiv' (tu sais combien ils sont peu nombreux) sont bouchés ; personne pour les remettre en état. Tout le monde est obligé de faire ses déjections le long des murs. Au rez-de-chaussée sont les malades. Les bassins restent pleins à côté d'eux, car on ne sait où les vider. Quant à l'eau, depuis que je suis là-bas, je n'ai vu que deux bouches d'eau (comme sur les trottoirs), auxquelles on a adapté un tuyau de caoutchouc. Inutile de te décrire la bousculade. Résultat : les gens ne boivent pas, ne peuvent pas se laver.

 

Le ravitaillement : une demi-louche de lait par enfant de moins de neuf ans (et encore tous n'en ont pas), 2 tartines épaisses de 2 cm de gros pain pour toute la journée (et encore tous n'en ont pas) ; une demi-louche de nouilles ou de purée pour les repas (et encore tous n'arrivent pas à en avoir). Cela va encore, car les gens ont des provisions de chez eux, mais d'ici quelques jours, je ne réponds plus de rien.

 

L'état d'esprit des gens – de ces hommes, femmes et enfants, entassés là – est indescriptible ; des hurlements hystériques, des cris : « libérez-nous », des tentatives de suicide (il y a des femmes qui veulent se jeter du haut des gradins) ; ils se précipitent sur toi : « tuez-nous, mais ne nous laissez pas ici », « une piqûre pour mourir, je vous en supplie », et tant d'autres, et tant d'autres. On voit ici des tuberculeux, des infirmes, des enfants qui ont la rougeole, la varicelle. Les malades sont au rez-de-chaussée ; au milieu se trouve le centre de la Croix-Rouge. Là, pas d'eau courante, pas de gaz. Les instruments, le lait, les bouteilles pour les tout-petits (il y en a qui ont treize mois), tout est chauffé sur des réchauds à méta ou à alcool. Pour faire une piqûre, on met trois quarts d'heure. L'eau est apportée dans des laitières plus ou moins propres. On tire l'eau avec des louches. Il y a trois médecins pour 15 000 personnes et un nombre insuffisant d'infirmières. La plupart des internés sont malades (on est allé chercher même les opérés de la veille dans les hôpitaux, d'où éventrations, hémorragies, etc. J'ai vu aussi un aveugle et une femme enceinte). Le corps sanitaire ne sait où donner de la tête ; de plus, le manque d'eau nous paralyse complètement et nous fait négliger totalement l'hygiène. On craint une épidémie.

 

Pas un seul Allemand ! Ils ont raison. Ils se feraient écharper. Quels lâches de faire faire leur sale besogne par des Français ! Ce sont des gardes mobiles et des jeunes des « chantiers de jeunesse » qui font le service d'ordre. Inutile de te dire ce qu'ils pensent. Nous - assistantes sociales et infirmières – avons reçu comme consigne de nos monitrices : « Surtout ne racontez rien de ce qui se passe ici au dehors ! ». C'est ignoble. On voudrait faire silence autour de ce crime épouvantable !

 

Mais non, nous ne le permettrons pas. Il faut qu'on sache. Il faut que tout le monde soit au courant de ce qui se passe ici. »

 

 

 

Antoine Junqua.

Membre du Souvenir Français.

 

 

 

Sources :

 

André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Seuil, 1997

Léon Chertok, Isabelle Stengers, Mémoires : les résistances d’un psy, Odile Jacob

Lettres et Histoire, Académie de Rouen, http://lettres-histoire.ac-rouen.fr/spip/

 

 

 

 

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